LA PETITE PRINCESSE / LITTLE PRINCESS (Pickford 1917) ***

14 Sep

3sur5  Le roman Sara Crew or What Happened at Miss Minchin’s (1888) est la pièce maîtresse de l’œuvre de Frances Hodgson Burnett, figure majeure du roman d’apprentissage pour enfants. Sara Crew sera souvent diffusé et en tout cas identifié sous le titre ‘Little princess’ à partir de la pièce adaptée pour Broadway en 1903. En 1917 cette histoire est portée sur grand-écran avec « la petite fiancée de l’Amérique » Mary Pickford pour le rôle-titre (elle joue la petite fille à 25 ans : ces incongruités bien déguisées n’ont pas attendu Disney Channel ou les séries télés pour ados). Cette première adaptation est très fidèle, contrairement à la version de 1939 avec Shirley Temple ou plus encore celle de Cuaron en 1995.

Le film (signé Marshall Neillan – réalisateur et acteur dans de nombreux courts d’Allan Dwan) met en valeur les bienfaits d’une éducation classique et exigeante, avec le contrôle, l’affection et la reconnaissance du père au cœur du processus. Transformée en souillon lorsqu’elle est envoyée à l’école de Miss Minchin (jouée par Katherine Griffith), Sara reste forte, c’est même elle qui réconforte. À l’issue s’annonce un retour à son niveau d’aisance et par suite de respectabilité sociale, sans qu’elle ait perdu sa grâce entre-temps : la méritocratie salue les princesses intégrales, princesses de la besogne jusqu’à l’os. Le ton est extrêmement positif et l’horreur, la perspective de la solitude, les ombres sont vigoureusement démentis voire refoulés.

Sombrer est donc en partie une affaire de laisser-aller, en tout cas pour une petite princesse si gâtée à la racine comme l’a été Sara. Cette force lui permet de sauver sa camarade Becky, petite Cendrillon sans soutien ni destinée. Le duo est le principal atout du film, Zasu Pitts s’avérant à la hauteur de la star et offre un complément de plus en plus convaincant. Becky est naïve et stable, charmante et faible, quand l’autre s’alourdit en vieillissant, passe de la soumission active à l’activisme de cheftaine, en étant toujours lisse au maximum ; mais aussi en étant doté d’un charisme monstre, quand Pitts est ‘simplement’ attendrissante ou appétissante. Pitts a alors 23 ans et sera qualifiée de meilleure actrice en exercice par Stroheim lorsqu’il la dirigera, en 1924, dans Les Rapaces (puis Symphonie nuptiale).

Le spectacle est simple, les enfants pourront comprendre et les petites filles prendre commande. Mais c’est que le film est limpide en tout. Visuellement et techniquement, il est d’une grande qualité, avec des séquences longues, une caméra ne perdant pas de détails en se rapprochant ou s’éloignant. En négatif il n’y a qu’une minuscule poignée de raccords douteux, mais ils servent une volonté ‘expressive’ et sont les résidus d’une attitude courante à l’époque. L’imagination a sa place et autorise quelques audaces, comme les mouvements de marionnettes ‘magiques’ ou les rêveries orientales en milieu de séance (faisant écho aux contes racontés par Sara). À l’heure où Cabiria (1914) et Naissance d’une Nation (1915) sont encore frais, ce film ravissant rejoint le haut du panier.

Note globale 67

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Mary Poppins

Scénario & Écriture (3), Casting/Personnages (3), Dialogues (2), Son/Musique-BO (-), Esthétique/Mise en scène (4), Visuel/Photo-technique (4), Originalité (3), Ambition (4), Audace (2), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (2)

Voir l’index cinéma de Zogarok

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