JULES CÉSAR (Mankiewicz 1953) ***

5 Fév

3sur5  Trois ans après Eve, Mankiewicz dirige Jules César en s’alignant sur la pièce éponyme de Shakeaspeare. L’attention est portée sur la conspiration contre César, puis la guerre pour son héritage (l’auteur de La guerre des Gaules tire sa révérence en milieu de séance – ensuite Brando grignote le terrain et l’écran). Les oppositions entre Brutus et Marc-Antoine sont soulignées et aggravent les enjeux de pouvoir, comme si le destin avait la charge de choisir un caractère, sinon un type d’orgueil, pour orienter et incarner l’évolution de Rome. Deux outrances se confrontent : celle, masquée mais pas moins intense du doctrinaire (Brutus par James Mason, dont l’idéal confine à la régression), contre celle manifeste du tribun (Marc-Antoine, véritable héritier de la fougue de César, interprété par Marlon Brando) ; incarnation ‘morale’ et théorique contre celle ‘physique’ de la grandeur de Rome – toutes les deux celles d’héritiers viciés, aux vanités stériles ou surpassées à terme.

Le réalisateur tend à s’effacer derrière son sujet, au point de rigidifier ses ressources : tout ce que le film a d’ample, de poses éloquentes et de trognes hypertrophiées semble appliqué à ne pas déborder du cadre imparti. Pas de thématiques bonus, d’angles surprises, mais une mise en scène affectée, chassant le naturel, réclamant des récitations enflammées de la part de ses pantins possédés (les interprètes jouent leurs partitions de glaçons passionnés – ça sonnera ‘so british’). Cela donne l’effet d’une grande puissance neutre, avec des tendances contradictoires et une vie propre libérée en coulisses, à laquelle le spectateur ne saurait avoir accès puisque tout ce qui compte est dit et montré. En d’autres termes, les images et les assertions fortes abondent, leur charge est explicite, mais tous les agents de la tragédie, humains ou non, sont comme effacés dans leur spécificité, niés, rapetissés par le haut, confondus dans une transe ponctuée de petits accents baroques (les vents, éclairs, etc).

On imagine les auteurs du film un peu tétanisés par l’objet à attaquer et se dissociant avec force pour trouver le succès (minimalisme de l’interprétation, ferveur des déclarations). C’est sûrement la meilleure méthode pour un cinéma illustratif optimal, surtout à ce degré d’ambitions. La vertu d’un tel film est de fournir un réservoir d’images directes, corrompues le moins possibles (l’espace est clôt), aux lecteurs de la pièce, ou bien comme substitut. Paradoxalement, ce loyalisme était sans doute la posture la plus efficace pour Mankiewicz (Madame Muir, Le Limier, Soudain l’été dernier) si pour la postérité, il souhaitait remplacer la pièce par une version améliorée et ‘totale’. Le mastodonte Cléopâtre (1963) supervisé par Mankiewicz dix ans plus tard aura la même ambition de représentation ‘ultime’ en recourant à des méthodes et des registres très différents. Ce péplum-là sera prolixe, audacieusement surchargé, expansif à tous degrés.

Note globale 70

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…

Scénario & Écriture (4), Casting/Personnages (3), Dialogues (4), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (4), Visuel/Photo-technique (5), Originalité (2), Ambition (4), Audace (2), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (3)

Voir l’index cinéma de Zogarok

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