Tag Archives: Catherine Deneuve

LES TEMPS QUI CHANGENT **

15 Mar

2sur5 Entre Les Égarés (2003) et Les Témoins (2007), Téchiné organise les retrouvailles de Deneuve (sa collaboratrice fétiche) et Depardieu avec Les Temps qui changent, tourné au Maroc. C’est la cinquième fois que la star et le monstre sont réunis (la première était pour Le Dernier métro – Truffaut 1980 ; la prochaine sera pour la comédie Potiche de Ozon), pour filer un amour entravé comme d’habitude. Téchiné lui-même retrouve Angélique Kidjo pour la musique, déjà recrutée pour Ma saison préférée (1993).

Depardieu arrive en Antoine à Tanger pour un chantier ; il y retrouve Deneuve en Cécile, l’amour de sa vie consommé à de l’adolescence. Aujourd’hui il est au bord de l’enfouissement, se pousse même vers le précipice pour aider la résurrection, en étant ‘achevé’ pour Céline. Selon ses calculs, elle sera lassée et déconfite, mûre pour revenir à lui et apprécier l’évidence de leur couple. Les temps qui changent ont raison de nous, la passion est inébranlable mais discrète, les êtres tendent à s’user et arrivent au moment où il faut tenir son équilibre moyen mais acquis, ou retrouver une vocation qui a perdu son éclat et n’a plus rien à promettre : et savoir que c’est parfait ainsi. Le résultat à l’écran est indolent, le romanesque s’ancre et se dilue dans les affaires courantes, le récit est agrémenté par de multiples intrigues secondaires pleines de relations creuses et de démarches dérisoire ou non-concluantes (avec le tandem de jeunes homos typique de chez Téchiné : métissé et l’esprit léger). Ce n’est plus l’art mais les sentiments de basse intensité, une construction hagarde et l’armature téléfilmique qui viennent soulager des souffrances, du doute et de la vérité.

Deneuve et son personnage heurtent par leur virulence, Cécile alourdissant les retrouvailles par son attitude passive-agressive et en minimisant constamment, pour se convaincre elle-même (elle réprime violemment la menace, malgré l’aigreur générée par son lien à Natan et une foule de détails de son existence). Depardieu est positivement ‘cassé’, avec son rôle radicalement à contre-emploi : un homme ‘fin’ et sensible, businessman posé et introverti, déterminé au point de dominer son évidente fragilité. Passionnant lorsqu’il se confie ou ‘s’autorise’, il fait vibrer le film, touchant en amoureux : notamment lorsque Gérard ‘récite’ car Antoine a tout médité depuis trente an. L’affadissement de Big Gégé par Téchiné sur Barocco (un de ses premiers longs, avant la grande mutation – du palais des glaces vers les bouillonnements ‘incarnés’) est donc réparé. Sans lui c’est la torpeur généralisée, avec comme seuls stimulants la visite de Tanger et l’irruption d’une scène cryptique, avec Sami de nuit face aux chiens. Manifestement forgé dans l’intimité, peut-être déterminé par des rencontres ou expériences, cet opus est un des moins bons de Téchiné. Des effets numériques (hideux) et ralentis sont incrustés sans raison claire, manifestement pour souligner l’égarement et l’écrasement ressentis par les vieux protagonistes (en premier lieu Antoine) face à des innovations sourdes à leurs cas.

Note globale 47

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Suggestions… Je vous aime/Berri + Astérix & Obélix : Au service de Sa Majesté + Mademoiselle Chambon + Garden State

Scénario & Écriture (2), Casting/Personnages (3), Dialogues (2), Son/Musique-BO (2), Esthétique/Mise en scène (2), Visuel/Photo-technique (2), Originalité (2), Ambition (2), Audace (1), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (3)

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LE DERNIER METRO ***

11 Mai

le dernier métro deneuve

4sur5  Ce n’est qu’à la fin de sa (courte) vie que François Truffaut connaît de grands succès populaires, après son passage devant la caméra dans Rencontres du troisième type (1977) de Spielberg. Avant La femme d’à côté puis Vivement dimanche ! avec Fanny Ardant, sa dernière compagne, il signe Le Dernier métro, cumulant 3.3 millions d’entrées et dix Césars. Selon Truffaut lui-même, c’est un « tableau de l’Occupation », où l’action se déroule quasiment en huis-clos au sein d’un théâtre. Marion Steiner (Catherine Deneuve) dirige le théâtre Montmartre depuis que son mari, juif, a dû quitter le pays. Il est en fait caché dans le sous-sol du théâtre et son épouse devenue son dernier contact humain direct. Un nouvel acteur (Gérard Depardieu), transfuge du Grand Guignol, rejoint son équipe pour la pièce qui se prépare ; elle en tombe amoureuse et s’en trouve exaspérée.

C’est un film entre ombre et lumière, à tous les degrés. L’emploi du temps de Marion/Deneuve est compartimenté entre vie publique et vie secrète. Dans les coulisses se croisent les comédiens à la scène et les faussaires quotidiens dont Marion fait partie. Sauf via la radio et les invités rapportant l’humeur du jour et les événements, l’au-dehors n’existe pratiquement pas en tant que tel dès que nous nous sommes engouffrés avec Bernard Granger/Depardieu dans le théâtre, c’est-à-dire au bout d’une poignée de minutes. Face à un contexte hostile, les fonctions de la scène se sont étendues au quotidien ; les collaborateurs surjouent leur rôle (l’employée insistant pour remettre les preuves de sa non-judéité), Daxia (‘méchant’ aux répliques succulentes) le mécène collabo affiche une mine complaisante dans le théâtre et attaque la troupe, Marion et son mari évaporé dans la presse.

À l’intérieur de l’Histoire et à l’ombre de la collaboration, Truffaut insère la petite histoire, raccordée à l’avatar du triangle amoureux qu’il a souvent mis en scène. Contrairement à la chronique existentielle Jules et Jim où ce triangle échoue, il peut ici se vivre grâce aux faux-semblants et à la différenciation des  »vies » de Marion. Les circonstances politiques servent de décors et apportent le premier élan, tandis que la création et la duplicité permettent cet équilibre. Truffaut réalise un film romantique où sont affichées toutes les ficelles permettant à la passion de s’exercer et aux arts ludiques de se regonfler (les contraintes, prisons et privations en font partie). Le prix de cette réussite est une certaine distanciation à soi-même, la subversion et le contrôle de ses multiples identités. Ausculter la passion pourrait être repoussant a-priori, or justement, c’est s’approprier les règles du jeu et faire fonctionner sa mécanique qui est le plus stimulant, en permettant de vivre ses désirs sans s’y noyer. Dans une telle configuration, Deneuve et son personnage au leadership froid paraissent l’icône de circonstance (proche de la sublimation des manifestations d’un caractère passif-agressif – peut-être le plus adapté à traverser la société en temps de lourdes pressions et de trahisons – en temps de vrai chaos ou de fausse paix acquise il en faudra un autre).

Note globale 74

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Suggestions… Le Locataire/Polanski

Truffaut sur Zogarok >> Vivement dimanche ! + La sirène du Mississippi + Fahrenheit 451

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MINI-CRITIQUES 8 (2018-1)

5 Mar

Hook ou la revanche du capitaine Crochet ** (USA 1991) : Signé Steven Spielberg et doté d’un gros casting (avec Julia Roberts en fée et Dustin Hoffman en capitaine pirate). La morale et les moments avec les enfants prêchent chacun à leur façon pour une morale et une joie humbles et conventionnelles, prenant l’imagination comme opium. La séance est sympathique mais prévisible en tous points. Ni fausses notes ni grands et beaux moments. Robin Williams montre encore, encore, l’étendue de ses talents, tout en paraissant exactement le même. (56)

Your Name. ** (Japon 2016) : Néglige la cohérence de son concept et parfois même le corrompt au bénéfice de surenchères ‘romcom’. Très joli et plutôt agréable, mais gâché par ses préférences infantiles. (62)

Vape Wave * (Suisse 2016) : Documentaire diffusé sur LCP, pas sorti en salles mais projeté dans plusieurs pays, pris en charge par Jan Kounen (narrateur ‘cobaye’ et réalisateur). Les saynètes et les effets, puis les laïus d’effarouchés, dominent les faits et l’éclairage (brut, amélioré ou approfondi, peu importe). Le vapotage est présenté comme une pratique mal perçue, accablée par des fantasmes relayés par les médias, parfois persécutée. Les fumeurs également sont plaints – ils sont victimes de ces gens et organisations n’acceptant pas encore que la vie puisse être douillette. La séance est un mélange de conventionnalisme, de foires d’egos en douce et d’exercice de style en roue-libre ; la véracité est d’autant plus sujette à caution.

Mais en tant que film ou même clip et non documentaire, Vape Wave montre régulièrement une marque propre et le talent créateur de Kounen (qu’on apprécie ou pas ses applications et ses motifs – je ne les ai pas appréciés). Malheureusement cela représente une petite portion, concentrée au début (et dans le futur). Le reste est une publicité à peine masquée, ou une propagande de service public et/ou de collaboratifs ‘consciencieux’ socialement, avec toujours un ton infantile, complice, secrètement d’un sérieux absolu et plombant (régressif). Les petits sketchs sont forts mous, l’imitation par Kounen de la ministre de la santé est un bonheur soudain. Enfin tout ça aurait pu être massivement raccourci. (38) 

La vie de château ** (France 1966) : Comédie de Rappeneau où la jeune Deneuve n’est pas gâtée par son personnage (bien qu’elle-même soit flattée par les hommes – au point d’attirer une exultation troupière, incompatible avec les mœurs ‘anti-sexiste’ 52 ans plus tard). Le film a des points communs avec Papy fait de la résistance mais n’est pas si chargé que lui. Sa légèreté le tire parfois vers la mollesse. Personnages ‘mono’ mais sympathiques. (62)

Star Wars – L’empire contre-attaque *** (USA 1980) : J’ai apprécié le premier opus la semaine précédente, également vu lors de sa diffusion sur TF1. Je sais que cet opus au moins ne fera jamais partie des films que j’aime ou respecte particulièrement, mais j’ai bon espoir pour les deux suivants, qui semblent dotés de ce qui manquait ici – les décors fastes, les arguments déjà réglés pour l’épopée.

Le 2e ou 5e épisode est effectivement supérieur en terme de mise en scène et de divertissement. C’est du grand spectacle, sans les côtés boiteux du premier. Cet opus est relativement sombre, très vif, comblera celui qui se laisse aller. Les décors, la photo (les couleurs !), les gadgets sont remarquables. Les personnages emblématiques gagnent en épaisseur : Yoda est une excellente recrue, qui déniaise un peu les tendances religieuses ou à défaut les étoffe ; Dark Vador gagne en charisme, sa mission et son passé se définissent. En revanche les personnages du groupe principal ratent leur décollage : les deux robots piétinent, la princesse et Harrison Ford entretiennent une relation un peu absurde, mais individuellement ils affinent leurs styles. Chewbecca est superflu mais son incongruité finit par le rendre bienvenue (ses grognements ressemblent à des pleurs d’autiste). Je comprends toujours mieux l’adhésion à Indiana Jones mais j’ai cette fois franchement (même si légèrement) aimé, tout en y voyant de nombreux défauts et pas l’ampleur d’une épopée culte à ce point, notamment lors des combats. (68)

Scoop ** (USA 2006) : Vu à la télé, comme tous les autres sur cette liste à l’exception de Your Name et de Slaughterhouse. Woody Allen est très drôle, parfois sa satisfaction personnelle est un peu trop visible et parasite la vraisemblance (idem pour Joansson, son amusement déborde au bar par exemple). Séance très plaisante, même si le scénario est assez fainéant surtout pour conclure et pour renforcer le réalisme (un millionnaire doublé d’un probable tueur en série se montre si insouciant, ne cherche ni n’obtient d’informations sur cette fille sortie de nulle part ?). (58)

Hatchi *** (2010) : Inspiré d’une histoire réelle, produite au Japon début XXe, transposée aux USA. Le protagoniste humain est joué par Richard Gere, c’est un gentil petit-bourgeois, un professeur de piano épanoui habile au barbecue comme dans sa petite société. Il connaît tous les gens de son circuit quotidien et ne montre jamais d’émotions négatives ou antagonistes : un véritable ravi de la crèche avec le cadre assorti. Et c’est tant mieux. Le film est très niais, mais carrément niais, sans trembler – de la niaiserie pour enfants et pour gens qui ont vieilli et du tire-larmes efficace pour tout le monde. Offre quelques vues subjectives du chien (noir et blanc et couleurs altérées). (68)

La taverne de l’irlandais *** (USA 1963) : Positif comme le précédent, sans la tristesse. Se gâte un peu après la rencontre avec le père, soit au bout d’1h10 environ. Finalement John Wayne vaut bien Gabin (mais c’est une confirmation, pas une révélation). Le personnage de Lee Marlin est insupportable et méritait ce qu’il s’est ramassé ; dans l’ensemble, ce film est plein de justes leçons. Un ‘feel-good movie’ à sa façon, signé John Ford, l’auteur du populiste Les raisins de la colère. (72)

Le Cid *** (USA 1961) : Une adaptation très ambitieuse (de Corneille), superproduction de trois heures avec une foule de figurants, de décors, de couleurs éclatantes (Technicolor). Un excellent film de cape et d’épées, excellent film de type ‘saga’ ou super-soap aussi (rétrospectivement). C’est un grand plaisir jusqu’au-moment où la lassitude l’emporte – elle n’a plus qu’a grignoter doucement le reste du temps. C’est aussi un des derniers films dirigés par Anthony Mann, meilleur que les autres que j’ai vu de lui (Je suis un aventurier, Les Affameurs). (68)

Ulysse ** (Italie 1954) : Représentation directe (à tous points de vue – voilà un [relatif] péplum de moins de deux heures), théâtrale au début, charmante, avec une tendance à la mollesse (mais jamais au point de ‘lâcher’ vraiment). Face-à-face Quinn/Douglas comme dans Le dernier train de Gun Hill cinq ans plus tard. (62)

La Fin des temps *** (USA 1999) : Schwarzenegger vs Satan incarné. Humour grotesque, héros devenu cynique et voué à se racheter, degré premier ou zéro – qui déplaît puisque la religion est dans l’équation. J’ai aimé et me suis amusé. Les interprètes sont très bons (comme à leur habitude). Premier vu de Peter Hyams. (66)

Rescue Dawn **** (2007) : Un film d’Herzog passant à la télé hors-arte et même sur NRJ12 ! Cette anomalie est due à la présence d’un acteur AAA, Christian Bale. L’enrobage est légèrement plus classique (photo, mise en scène, montage, même la musique) à cause des parties impliquées dans la production. Le début et la toute fin ramènent aux joies (diverses) du troupier, le reste est un dur égarement dans la jungle. Les militaires (et autres) ne sont pas présentés de façon manichéenne ou idéaliste. L’excentricité du personnage principal (Dieter Dangler) est plus flagrante que dans le documentaire lui étant consacré précédemment réalisé par Herzog (Petit Dieter doit voler). Cette excentricité n’implique pas d’aberrations. Excellent film de survie dans la jungle, de détention (puis d’évasion), sur la démence. 400e noté 8/10 sur 3583 films sur SC. (78)

Riens du tout *** (France 1992) : Premier film tourné par Klapisch, dont je ne suis pas client, ni la cible. Satire du monde de l’entreprise et de ses petites mains. Léger et piquant, archétypes efficaces (assez ridicules et assez vraisemblables). Les ‘casseurs’ (des cracheurs dans la soupe) sont présentés positivement puisqu’ils sont les seuls à avoir du recul, même si c’est par névrose pour certains. Le jeune faux loubard, sorte de fil narratif par défaut, est dans ce cas ; je l’ai trouvé méprisable, comme son camarade négativiste et le crétin professeur de musique. Le film garde tout de même une certaine lucidité même sur ces sales gosses qui ont le bon rôle. M’a tout de même semblé légèrement ‘long’ pour un film d’1h30, sûrement car on se fatigue de l’effet catalogue. (64)

Le Capitan ** (France 1960) : Sorti dans la foulée du Bossu, avec les mêmes arguments. M’a paru radicalement meilleur, quoique s’englue aussi – les aventures valent mieux que les intrigues. Le duo Bourvil/Marais fonctionne et les farces de Bourvil sont efficaces, dans un registre enfantin et bouffon. (58)

Ennemis rapprochés ** (USA 1997) : Tandem Ford/Pitt, dirigé par Alan J.Pakula, spécialiste du thriller judiciaire/politique et auteur du fameux Les Hommes du Président. Un peu policier, un peu sentimental, un peu action, très ‘dramatique’ dans le ton et sans grand intérêt. Malgré des atouts supérieurs, a la même valeur pour le spectateur ou consommateur qu’un téléfilm amorphe et correctement ficelé. Une chose plaide pourtant en sa faveur : ces personnages réalistes, qui ne semblent pas tirés des conventions du cinéma et ne font jamais ‘tache’, médiocres ni caricaturaux (idem pour le récit, moins pour la façon de le présenter et dérouler). (46)

9 mois ferme ** (France 2013) : Sixième film tourné par Dupontel, druckerisé et donc loin de la fureur de Bernie, mais regonflé par rapport au Vilain. Son duo avec Kiberlain est excellent, le lourdaud/victime tient un numéro amusant. Court et efficace, sauf sur la fin, gâtée par les sentiments. Mise en scène colorée, avec quelques emballements [heureux] pour passer des propos lourds. (62)

Cartouche *** (1964) : Une des collaborations Broca – Belmondo, deux ans après le jubilatoire Homme de Rio. Inspiré d’un personnage réel du XVIIIe, sorte de ‘robin des bois’ et de terreur, dont on retient ici le potentiel affable et romantique. Interprétations très affectées. Fait le choix des sentiments voire de la tragédie dans la dernière partie, autour du cas de Claudia Cardinale. Énergique, film d’aventures enthousiasmant le reste du temps, quoique laissant peu de traces. Film de cape et d’épées à gros budget bien visible dans tous les cas, malgré des légèretés dans la mise en scène. (64)

Le choix des armes ** (1981) : Réuni Deneuve, Big Gérard et Yves Montand, sous la direction d’Alain Corneau (Série noire, Police Python 357, Crime d’amour). Beaux ou bons décors, quelques séquences remarquables autour du trio (romantiques avec Deneuve/Montand, ou explosives avec Depardieu – comme le passage à la station-service). Trop long. (58)

Slaughterhouse, l’abattoir de l’angoisse * (1987) : Slasher digressant depuis le cas célèbre déjà source d’inspiration de Texas Chainsaw Massacre (1974). La mise en place avec les prétendus ados est fausse et régressive d’une manière qui démoraliserait les parodistes. Une part de farce cohabite avec la franche horreur. Tout un univers passe autour de cet abattoir et d’un filtre cochon, mais le décollage et l’approfondissement n’auront pas lieu. Il reste le travail sur la musique, les cris de cochons, le duo de cinglés et des petites références pour gourmets et goreux (‘la fête du porc’, l’anecdote des empreintes digitales douloureuses). Le complément du titre est spécifiquement français. (42)

Fast & Furious : Tokyo Drift * (2006) : Premier F&F antérieur au 5e que je découvre. Très kitsch (dialogues, relations). Du Crash pour fans de tunning. Quelques bizarreries de continuité. Trop léger et répétitif, juste deux-trois ‘tournants’ dans l’histoire. (32)

Fast & Furious 7 ** (2015) : Après deux opus mieux réputés (ceux que j’ai vu, en plus de Tokyo Drift), la réalisation a été confiée à James Wan. Cet épisode est d’un niveau supérieur aux précédents, également aux autres productions de masse ou franchises dans le domaine de l’action-movie. La photo et les effets spéciaux sont assez brillants tout en étant communs. Le film est souvent simpliste pour soutenir son déroulement et l’introduction de gadgets. Il vire en mode BD avec des sauts d’immeuble ou le débarquement surréaliste à la montagne et retrouve de la beauferie (bling-bling) à Abu Dhabi. Il contient beaucoup de moments sentimentaux, lourds sans être indigents, jusqu’à la diapo où frère Diesel ressasse sa relation avec frère Brian – aka Paul Walker, acteur décédé sur le tournage. (62)

Libre comme le vent ** (1958) : Western sur la forme et drame en pratique, avec les aléas relationnels d’un Steve au centre (Robert Taylor) – avec son frère (John Cassavetes), avec une nouvelle arrivante (Julie London) et dans une moindre mesure avec la communauté. Court et lourd, conventionnel dans ses procédés et ses jugements plutôt que vraiment niais. Animalise un peu le Tony, comme une sorte de nerveux malfaisant et fébrile. Joli habillage. (58)

10 canoës, 150 lances et 3 épouses * (Australie 2006) : (concours de) Bites à l’air libre, chasses, épouses, intrigues relationnelles médiocres, rites et combats : la vie dans cette communauté est des plus dissuasives. Construction instable (portraits/ récits/ enchâssements et répétitions), développement lent. Sous-titré, langage anglais et aborigène. Des passages en noir et blanc. (38)

The Lady * (2011) : Un des regrettables Besson, réalisateur dont je trouve les films habituellement potables, légèrement bons ou simplement mauvais. Besson a voulu s’exprimer sur un symbole vivant et incarné de la lutte contre les tyrans, contre la corruption, pour le pouvoir du peuple par le peuple. Il vient à un moment où tout le monde peut dire du bien sur une ersatz [perçue] de Gandhi. À cette fin il enjambe plein de faits et de nécessaires ambiguïtés. Le film est niais, ses méchants grossiers et mono-traits avec une surface encore plus réduite que pour les autres. Il dramatise à outrance, jusqu’aux petites souffrances d’une otage (et le dilemme avec sa famille). The Lady est une BD mielleuse et donc une misère pour un biopic. Tout comme le ciné-gentil n’a aucun intérêt pour traiter la politique (sauf du point de vue d’un larbin ou de son maître). The Iron Lady à la gloire de Thatcher, à peu près aussi partisan et un peu moins aveugle, en tout cas pas unilatéral, vaut largement le double voire le triple de cette bêtise. Séance débile quoique pas désagréable et sans longueurs. (28)

Bons Baisers de Russie ** (1963) : Mon initiation à James Bond ! Avec une vieille lesbienne dure et traître à la patrie soviétique. Des moments repris dans OSS 117. Agréable mais futile et trop lent. (54)

La Mort en direct *** (1980) : Vu pour le thème et à cause de la direction par Tavernier. « La mort est la nouvelle pornographie – la nudité ne choque plus personne ». Initiative intéressante mais tendance à s’affaler ; manie (constante dans les futurs docs ou fictions sur la télé-réalité, comme Le jeu de la mort) de compatir formellement et de pointer le gouffre entre la mécanique ou le système et un ou deux humains mâchés dans le processus. Tourné en anglais avec des acteurs US dont Harvey Keitel. Emet le sentiment qu’il n’y a plus de drames et qu’il faut trouver de nouveaux dopants et divertissements à l’Humanité, qui s’ennuie dans son confort pour une part moisie. Le film lui-même offre une aventure authentique, avec vagabondage romanesque et semblant de romance tragique. En conclusion, il indique avoir été tourné en Écosse et à la mémoire de Jacques Tourneur. (68)

2 fast 2 furious ** (2003) : Bien meilleur que le suivant (Tokyo Drift) et au niveau des 56, en étant différent : plus coloré, plus émotionnel, plus sensuel et moins puissant. Un peu crétin, vulgaire, transparent, généreux. Casting sympathique. Finalement, c’est le plus aimable et enjoué que j’ai vu, après le 7e opus – c’est donc le meilleur après lui. (54)

Tellement proches ** (France 2009) : Troisième du duo Toledano-Nakache, autour d’embrouilles d’une famille supposée dysfonctionnelle. Recyclage joyeux et grand-public des clichés en terme de caractères et parfois en terme de vannes. Efficace et simpliste. Niaiserie ravageuse (et convenue comme le reste) dans la dernière partie. (48)

Au Service Secret de Sa Majesté ** (1969) : Second que je vois de la franchise, à nouveau sur FranceO. C’est un James Bond à part, avec l’australien George Lazenby et une ‘vraie’ romance avec engagement. Les décors (dans les montagnes suisses) et la musique forment les points forts. L’action (non le rythme) comble le vide. (48)

L’étudiante et monsieur Henri ** (France 2015) : Auto-adaptation d’une pièce de théâtre par le réalisateur qui avait commencé fort mal via Irène. Vu à la télévision où il paraît au mieux. Naïveté et réalisme, bons mots, bons interprètes. (58)

Bob le flambeur ** (1956) : La raideur habituelle de Melville est poussée à son comble, la lenteur est toujours de la partie et affecte surtout le scénario. Tout est dans le style pour cet espèce de cartoon très langoureux, propre et superficiel(lement ‘noir’). Avec un braquage en perspective, c’est en fait un film de gangsters, dotés du swag de l’époque. Les démêlées du groupe et les faiblesses des personnes occupent presque tout l’espace, l’action est rare, les buts restent mous, la direction est floue. (56)

Fatima ** (France 2015) : La femme du titre est une femme de ménage peu intégrée en France, avec deux filles qui elles parlent le français et n’ont pas grandi au bled (recrée sur place par les bigotes et faute d’accès à mieux). Le film s’attache à sa vie minable sans faire dans le misérabilisme. Il relève d’une école ou à défaut d’une catégorie ‘réaliste’ remplissant un job de fonctionnaire et préférant la vérité sociale à l’art, à la subjectivité (sauf celle d’une ‘héroïne’ mais toujours en plaçant sur elle une expression qui n’est pas la sienne, commente son ressenti de façon didactique). À la rigueur il pourrait être téléfilm et remplirait aussi bien sa mission – ou plutôt sa fonction. Le scénario et le contenu sont minimalistes et sans complexité, mais le film est sensible à son triple-cas, synthétique. La fin abrupte rend l’ensemble assez débile. Dans les quinze dernières minutes la politique commence à s’installer sérieusement et le film ne met plus seulement des mots dans la bouche de Fatima, mais aussi des convictions, les résidus d’une représentation du monde – c’est le rôle de sa lettre, pleine de ressentiment. Le film s’écrase alors : il a pu faire illusion, mais finalement n’est qu’un produit de convaincu, de partisan, qui s’est contenté de faits orchestrés, s’est bien dépouillé, pour installer le terrain et ne dire rien d’autre que ce dont son engagement a besoin. C’est dommage, car il y a de l’efficacité, un joli élan, de l’empathie clinique, une façon de se poser dans la laideur et la bête réalité qui avec davantage de perspective aurait joué un rôle constructif (à une échelle plus large que faire tenir des tranches de vie). (52)

La Ritournelle ** (France 2014) : Film français très classique puisque très humble et portant sur l’adultère avec doutage joyeux et relance à la clé. Donne envie pour un contre-emploi insolite : Isabelle Huppert en femme d’agriculteur (en Normandie). Elle reste une névrosée planant au-dessus ou en-dehors du milieu et de ses fonctions – enfin, une Bovary plutôt qu’une névrosée. Les personnages autour d’elle, sauf le suédois, sont souvent dans la connerie ; elle a une tendance à la fuite, se montre intrépide puis lâche, déterminée mais distraite (elle part à Paris pour retrouver un homme, passe méthodiquement dans tous les magasins de la ligne où il doit se trouver, mais n’a pas prévu ce qu’il faudra lui dire). (58)

Gribouille ** (France 1937) : Vu dans le Cinéma de minuit de France3 avec un préambule peu engageant, où le narrateur n’a de mots que pour les acteurs et les films relatifs. Il indique qu’un remake hollywoodien a été tourné en 1940. Vu pour Michèle Morgan, qui n’est pas à son meilleur dans un rôle pourtant à fort potentiel et approprié (probable tueuse de son amant créant la confusion dans la famille qui la prend en charge). Lourd et traînant. Sorte de comédie à suspense, d’un registre courant dans les années 1930-40. La musique est le meilleur. Raimu chante Gloria In Exelcis Deo à l’Église – l’ensemble des scènes reste insignifiante. (36)

Chérie, je me sens rajeunir ** (USA 1952) : Comédie loufoque ou burlesque de Howard Hawks. J’ai peu accroché au début et sur la fin, aimé les phases de folie ou de régression de Cary Grant et Ginger Rogers, ou encore la participation du singe. Le film se renouvelle trop peu malheureusement et le silence aurait été préférable au laïus final sur la jeunesse en esprit, même s’il dure une vingtaine de secondes (avant le baiser convenu puis ‘the end’). Marilyn Monroe joue une secrétaire-potiche allumeuse (à quel degré de conscience ?). (56)

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Autres Mini-critiques : 9, 7654321 + Mubi 4, 3, 21 + Courts 2, 1 + Mubi courts 2, 1

MINI-CRITIQUES 6

2 Nov

Port du désir ** (France 1955) : Avec Gabin (excellent) et Henri Vidal, à Marseille. Un film autour des milieux marginaux, du ‘small business’ garanti sans vertus bourgeoises. Passages au bordel, sans scènes explicites bien entendu, mais le vocabulaire et le cynisme constant compensent largement. De l’esprit (cru), pas de profondeur ni de direction dans le scénario ; côté pacotille. (52)

Merci pour le chocolat ** (2000) : Un Chabrol moyen, trois ans avant La fleur du mal, plus vicieux et du même niveau (plus saoulant aussi car trop désireux d’afficher et de choquer). Mouglalis joue une sorte de grande gamine futée, à la fois fragile et intrépide (le caractère de sa mère a dû largement forger cette apparence), ce qui donne un effet bizarre.

Son camarade Guillaume campe l’horrible abruti de service, un jeune type se montrant un peu réfractaire voire provocateur au début (lors du mariage), s’avérant incapable de discernement et de présence à tous niveaux ; vite ébranlé, forcément. Que ce personnage-là soit mis sur la touche est donc bien défendu, mais la façon dont la plupart s’évanouissent au fur et à mesure est moins évidente, ressemble davantage au résultat de lacunes de scénario.

L’évidence a éclatée, dès le début, semble-t-il. Dutronc est nonchalant sur le sujet ; les autres font semblant de rien trop savoir, qu’il n’y a là qu’un curieux concours de circonstance, une anecdote amusante au plus. Mais Mouglalis est bien là, en train de forcer l’édifice. Puis les soupçons sont balayés, le malaise se focalise ailleurs ; quoiqu’il arrive, la vérité sera derrière le personnage d’Huppert. Au fond c’était juste une énième variation autour de son aura de profonde névrosée – elle a réussi à se faire passer pour aimable pendant des années – et pendant la première demi-heure. (58) 

The Hole/ Le refuge ** (2001) : Côté satirique au début, concernant les rois du lycée, le milieu scolaire supérieur (et nanti), le conformisme et les groupes figés à l’université. Centré sur une ‘grosse’ invisible amie d’une espèce de INTJ sensible et mort de faim (‘friendzoné’).

Puis le jeu commence. Fondé sur une série de flash-back par rapport à un présent où les deux pré-cités sont survivants. Nous allons découvrir la vérité en même temps que la psychologue et les enquêteurs ; et surtout, pas simplement un nouveau points de vue, mais redécouvrir la réalité : on nous a menti sur les personnages, leurs relations, etc.

Film ‘ado’ accrocheur, plein d’effets de mise en scène superflus et tapageurs. Ne vaut pas The Faculty mais se montre plus téméraire. Avec deux acteurs qui seront très populaires dix ans plus tard : Desmond Harrington (grâce à la série Dexter) et surtout Keira Knightley. (62) 

Mauvaise graine ** (1934) : Premier film en tant que réalisateur de Billy Wilder (alors crédité pour une dizaine de scénarios), qui partage la casquette de réalisateur avec Alexandre Esway. Il quitte la France peu après et rejoint Hollywood où il entamera sa véritable carrière huit ans plus tard, en léguant la crème des comédies loufoques ou de mœurs de l’époque.

Apparition de Danielle Darrieux, au début de son ascension. Plusieurs têtes d’affiche sont assez médiocre, une autre partie du casting ne fait que passer pour cabotiner. Rythme efficace, style léger, scénario rempli et instable. Pas tourné dans des conditions théâtrales, d’où un relatif intérêt ‘documentaire’ concernant la vie à Paris en 1934, en tout cas celle des oisifs et des garagistes de luxe – avec une balade dans le sud de la France sur la fin. (48)

The Love Witch *** (2016) : Très inspiré des années 1970 – par la musique, l’esthétique (psychédélique ; les couleurs flashy ; etc), aussi dans son coté transgressif sombre et candide à la fois. Explore l’occulte et en cite de nombreux fétiches ou références – évoque la Wicca, l’arc-en-ciel (élément récurrent chez les anglo-saxons ; ‘somewhere over the rainbow’).

Les explications sur la sorcellerie, sur l’idéologie des ‘déesses primitives’, soutiennent une espèce de féminisme mystique. Les nymphos conquérantes ne sont pas des prédatrices absolues, vident voire tuent sans intention malveillante (sans grands états d’âmes pour l’autre non plus) ; c’est que les femmes qui doivent se faire aimer ainsi ! (même pas prendre le pouvoir, ce qui se produit pourtant).

Paradoxal (fumeux ?) mais beaucoup à raconter. Original mais se répète, n’évolue pas beaucoup – pour le scénario, les démonstrations (cultes, décollages ‘glamours’), les idées (rapports hommes-femmes, attentes et fantasmes respectifs). (68)

Manchester by the Sea ** (2016) : Assez typique du film soigné, très grave, sur des drames et vies de beaufs à la con. L’approche est pachydermique, l’instrumentalisation presque parodique (par exemple avec l’inconnu moralisateur dans la rue – ce qui rend la séance sympathique par le mauvais bout).

Les dehors sont raffinés, les méthodes conventionnelles, le fond vulgaire. Adagio (in G Minor) d’Albinoni est servi sur toute la nuit de l’incendie – et maintenu sur plusieurs scènes, y compris lorsqu’Affleck raconte cette nuit, avec sa façon crue.

La bêtise du personnage domine les autres aspects – sa dépression, son agressivité. Ce type continue à vivre alors qu’il en a perdu l’envie et peut-être ne s’en sent plus la légitimité. Nous observons une désintégration. Il y avait donc un terrain, mais les auteurs ont décidé de limiter leur perception à l’extérieur et aux interactions les plus turbulentes. L’ensemble des personnages féminins est bien débile aussi – une manifestation de la subjectivité de ce Lee ?

Sa résistance passive-agressive est le seul trait retenu – il faut dire qu’avant le drame révélé au bout des flash-back (et coupant le film en deux), c’était un sacré tocard. Par conséquent, peu importe les malheurs de ce type, lui et le film deviennent rapidement gonflants. Mis sous pression (en milieu de séance), il sera encore plus odieux ; un véritable abruti. (52) 

Fascination/Possessed *** (1931) : Joan Crawford en femme forte née chez les prolétaires, gravissant les échelons grâce à sa beauté et sa détermination – surtout grâce à la beauté, tant qu’il s’agit d’exister pour ses cibles ; ses ruses transparentes ne causent alors aucun dommage. L’essentiel du film se passe quelques années après son intégration éclair (lors de son arrivée à New York).

Belle fin. Dommage que l’écriture ne vise pas plus large ni profond.

Dans une courte scène, le potentiel ‘bienfaiteur’ de Crawford fait l’inspection de sa recrue, commente ce que dégagent les grands axes de son visage (bouche affectueuse, donc à cacher, etc). Dommage que le film ne multiplie pas ce genre d’exemples cyniques, concrets et ‘ludiques’ ; il fait plutôt partie de ces productions théâtrales très bavardes, pleines de joutes et de confrontations avec muselière.

Par Clarence Brown, réalisateur de Flesh and devil. Avec Clark Gable sans moustache. (74)

Non coupable *** (France 1947) : La revanche d’une crapule. Met du temps à décoller, peut-être surchargé, mais le personnage de Michel Simon, ses motivations et les dialogues sont très réussis. Troisième réussite d’Henri Decoin à me passer sous les yeux. Bon aussi en tant que film sur l’alcoolisme, la solitude, le dégoût et la médiocrité d’un individu. (72)

Contre-enquête *** (France 2007) : Bon thriller mais à proscrire aux amis de la subtilité. Les dégaines des trois pervers (dont un au passage éclair) sont bien marquées – c’est l’occasion de vérifier le talent de Jean-François Garreaud, étrangement crédible dans le costume d’un type bousillé depuis sa tendre enfance et légèrement retardé à l’arrivée. Dujardin finit par évoquer OSS 117 dans ses moments les plus raides.

Quelques répliques bien pittoresques, comme : « J’ai fait des conneries dans ma vie mais faudrait pas tout me foutre sur le dos » (le tueur de quatre enfants) et « Tu vas voir ce que ça fait de se la prendre dans le cul quand t’es pas d’accord » (à Laurent Lucas). (64)

Pension Mimosas *** (France 1935) : Sur la relation entre une mère de substitution et son fils, lors de retrouvailles après que celui-ci soit devenu un gigolo parisien. Petite apparition d’Arletty. Dialogues de qualité, style ‘droit au but’ et énergique. (74)

Les manèges humains ** (Canada 2013) : Une fille accrochée à sa caméra, initialement pour tourner un film professionnel, accumule les entrevues centrées sur la sexualité. Au milieu du film son excision est révélée. Hormis pour le voyeurisme, ce film ne sert et dit pas grand chose – mais évoque le fantasme de la vierge offerte. La confession donne le seul moment à retenir. Les réactions (des deux hommes impliqués) sont étirées sans gagner en valeur ou en profondeur. Sur le même sujet, voir Fleur du désert. (48)

Le domino vert ** (France 1935) : Tourné par Henri Decoin aux débuts de sa carrière et de sa collaboration (et relation) avec Danielle Darrieux. Produit avec une version allemande en simultané par Herbert Selpin. Très bavard, avance lentement ou pour pas grand chose et s’enlise dans la seconde moitié, mais au moins ‘parle’ franchement. (46)

Froid comme la mort ** (1986) : Film d’Arthur Penn ultra-kitsch, Dead of Winter pourra plaire aux adeptes de Brian De Palma et d’Hitchcock à ses heures les plus désinhibées. Réserve de beaux moments d’appels au secours désespérés et de paranoïa justifiée, mais aussi de face-à-face grotesques et d’horreur sans hémoglobine. Se prend facilement avec humour (l’encourage vu l’abondance de détails lourdingues), mais trop luxueux et raffiné pour un ‘nanar’ même de qualité. Final plus clairement dans la farce (et en allant au bout du grand-guignol), sans perdre en charme et en intensité. Dans un registre proche, voir aussi Dead Again et Témoin muet. (6)

Le diable dans la peau *** (France 2013) : Interpelle grâce à l’acteur principal (enfant/ado), un style très sombre et une certaine originalité. Trop jaloux de ses secrets pour se développer à bon escient. Peut plaire quand on a aimé les trois opus actuels de Laugier. Tourné en Corrèze, tout se passe à la campagne (sauf scènes dans le train). (64) 

Mud sur les rives du Mississippi *** (2013) : Meilleure expérience personnelle avec un film de Jeff Nichols, après avoir été très dubitatif face à Take Shelter puis Shotgun Stories (pas vu Midnight Special ni Loving sortis récemment). Vaut pour la forme, le fond est trivial et presque désuet, mais le rythme est efficace et la sensibilité vive. Peut devenir saoulant à force avec ses histoires d’amour déçues et les leçons de vie sur le sujet ; a trop peu à dire et ses personnages ne le prononcent pas assez bien. Casting excellent, enfilant des costumes sans complexité. (64)

Aux frontières des Indes *** (1959) : ‘Ordure cosmopolite’ rapidement spotted ! Elle a le statut d’antagoniste de braves sujets de la couronne britannique. Le méchant de service est un malpropre (et une fouine comme sa profession l’indique), mais il a tout de même droit à la parole. L’establishment britannique est clairement désigné lorsqu’on entonne l’air d’Eton Boat Song (que je connaissais grâce à sa parodie horrifique dans Society).

Les décors sont magnifiques, la narration et les répartitions efficaces ; le plus important (et éventuellement gênant, quoique cela semble peu relevé et pas au point de le pénaliser) c’est que nous avons à faire à un film de colon. Le moralisme est ‘cool’ mais jamais flexible au point d’être innocent.

Au-delà de cet aspect précis, le film diffuse en abondance des laïus bien-pensants, des réflexions très générales sur les relations humaines ou entre sexes – avec une certaine délicatesse dans la forme. Il a aussi un réel charme, capable de dissiper les résistances critiques et d’enchanter un public candide.

C’est un des premiers films ‘remarquables’ de Jack Lee Thompson, plus tard ‘director’ des Canons de Navarone, des Nerfs à vif première version et de deux suites dans la saga Planète des Singes. (68)

Domino * (France 1943) : De l’esprit, de l’humour, mais aussi de l’erreur de casting, en plus de celles en interne. Se dégonfle progressivement, les interprètes masculins perdant en crédibilité, la mise en scène peu vive ne colmatant rien. Bernard Blier apparaît dans un de ses premiers rôles. Adapté d’une pièce (éponyme) de Marcel Achard (1932). (42)

L’assassin est à l’écoute * (France 1948) : Vingt minutes au début dans la salle de radio, aussi grande qu’un plateau de jeu télé bien peuplé. Enquête le reste du temps. Scénario lourd et superficiel, cabotinage généralisé. Décousu. Certains dialogues complètement cons. Les pics de violence sont encore moins crédibles que les déguisements des deux malfrats vers la fin. Parfois, de jolis décors, ou avec un relatif intérêt ‘documentaire’. Les deux personnages féminins sont plus sympathiques. (34)

Le camion blanc ** (France 1943) : Road-movie sympathique mais pas lumineux. Typique des petites/moyennes productions ‘à gros tirage’ de l’époque, versant récréatif. Une histoire fondée sur quelques embrouilles et un truc insolite (ici, le camionneur sous le signe du destin). Quasiment aucune seconde sans parole. Acteurs connus ou récurrents de l’époque (comme François Périer, sept ans après Hôtel du nord). Mise en scène plate, rigide par défaut. (46) 

Cécile est morte ** (France 1944) : Adaptation réalisée par Maurice Tourneur (tourné entre La Main du Diable et Le Val d’enfer) du roman éponyme publié en 1942. Ponctuellement, voix-off de liseur du roman. Quelques monologues intérieurs du commissaire, dont l’interprète est dépourvu de charisme. Sympathique mais pas typique ni enrichissant pour l’univers Maigret. (56)

Le jour de la haine ** (Italie 1967) : Western mélo, surfant à plusieurs niveaux sur la popularité de Django et des ‘Il était une fois’ encore tout frais. Qualités de mise en scène et superbes décors, interprétations et ‘trucs’ proches du cartoon posé, dialogues cons. (56)

L’imposteur ** (USA 1944) : Signé Duvivier, film pompeux à forte fibre patriotique tourné aux Etats-Unis pendant la seconde guerre mondiale. Cite De Gaulle. Faible intérêt en-dehors de cette fonction et faible scénario ; pas beaucoup plus riche que Le Messager sorti onze ans avant où Gabin s’égarait aussi en ‘mission’ loin du sol français. Jolie intention avec cette conversion de l’ancien condamné à mort sans foi ni attachements ; mais que de bavardages et tout est contrit (d’où un Gabin ‘faux’ comme rarement). (46)

Antibirth * (USA 2016) : DTV tapageur avec sujets vulgaires et bons interprètes (les deux principales sont Chloe Sevigny, déjà vue chez Larry Clark et dans American Horror Story – et Natasha Lyonne, découverte pour ma part). ‘Carré’ et débraillé, axé ‘mauvais goût’ psychotique/psychédélique, conventionnel et sérieux dans son genre d’écumeur de poubelles. Potentiel évident. Divertissant et assez rigoureux à sa façon, mais mou en action comme en imagination et finalement débile dans le body horror et l’écriture. S’arrête au pire moment, en soulignant sa somme d’impuissances. Pour ceux qui se sont épris de Dremcatcher. (42) 

Capitaine sans peur ** (USA 1951) : Film de Raoul Wash (L’enfer est à lui, Le voleur de Bagdad) où Gregory Peck interprète le personnage Horatio Hornblower (héros né sous la plume du britannique Cecil Scott Foster), lui-même inspiré de l’amiral Thomas Cochrane. Démarre de façon prometteuse et s’englue rapidement dans les sentiments. La bataille à la fin ‘fait le job’ mais tout ce déroulement est très mécanique. Décevant en tant que film d’aventures, sans intérêt tout court. Délaisse les mystères et prend les personnalités par le bout ‘soap’ de la lorgnette. Reste la mise en scène et les décors, au bénéfice du plaisir fétichiste du cinéphile et du nostalgique/rêveur. (52)

Il était une forêt ** (France 2013) : Troisième film de Luc Jacquet, après La Marche de l’Empereur puis Le renard et l’enfant. Avec le botaniste Francis Hallé. Pédagogique, délicat, presque doté d’odeurs mystiques. Commentaires assez triviaux (hors-informatif) et écriture bien légère. Les ‘pousses’ artificielles sont envahissantes à en devenir laides. (58)

La garçonne *** (1936) : Adaptation homonoyme du roman (à ‘scandale’) de Victor Margueritte (1922). Sort après une version censurée (1923) ; une autre sortira en 1957. Une jeune fille (jouée par Marie Bell), qui a vécu jusqu’ici à la campagne chez sa tante est rappelée à Paris par ses parents et bientôt mariée. Elle rompt avec sa famille et un certain conventionnalisme, mais pas avec les loisirs de la ville ; elle se jette dans d’autres milieux parisiens et se développe socialement, monte son entreprise avec l’aide de l’entremetteuse jouée par Arletty.

Le film ne s’étale pas sur les côtés licencieux, ni trop tristes. Il contient les éléments ‘chocs’ du livre sur un mode très atténuée (ses nouvelles fréquentations, l’opium et la bisexualité). La mise en scène est assez elliptique. Quelquefois, un peu dans la déclamation, l’assertion empruntée (l’ouverture notamment) ; mollasson sur la fin et d’une théâtralité étouffante.

Sorti deux ans après l’instauration du code Hayes aux USA, le film est complaisant avec Monique, soutient son opposition aux mœurs bourgeoises, à l’intéressement des parents. Il devient doux voire confus, plutôt que ‘recadrer’ à partir du désir d’enfant et de la relative normalité acquise par la protagoniste.

Petit rôle d’Edith Piaf. (68)

En équilibre ** (2015) : Film sur le dépassement de calibre téléfilmique et gentillet. En mode ‘oui c’est possible – mais restons prudents, aérons-nous simplement’. Doucereux, futile, s’apprécie et s’oublie vite, sauf pour des instants ‘perçants’ (et complaisants). Les doublures sont visibles, les raccourcis et fautes de cohérence aussi. À voir pour le duo Cécile DeFrance/Bernie, tous les deux bien vieillis mais sur des chemins positifs. Dommage qu’une année de mise au point soit zappée ; c’est là qu’allait se passer le plus intéressant. Le film est tourné en Bretagne – une scène passe par les marais salants. (46)

Princesse Tam Tam * (France 1935) : Notable pour la participation de Joséphine Baker, qui chante à deux reprises. Rencontre de deux cultures : on fait difficilement plus niais. ‘L’époque’ ne doit pas être la seule raison, car elle n’a pas empêché les auteurs de cumuler les sous-entendus lubriques – ou souligner le cynisme en société (avec cette fausse distance critique typique des mondains hystériques).

Avec ou sans cela, c’est le cinéma français de l’époque – celui de la mauvaise pente – dans toute sa médiocrité mais en mettant le paquet (en termes de décors, de casting -avec sa guest- ; avec les éternelles intrigues romanesques guillerettes et mal embranchées ; ici l’exotisme en bonus).

Ni rythme ni fluidité, écriture paresseuse et bordélique, direction d’acteurs catastrophique ; souvent de jolis plans et quelques prises non-triviales (la rafale de coups de téléphone, le spectacle à la fin), mais aucune performance à retenir au détail, hors des parties musicales (au bar avec les Noirs). Les moyens sont là et pour le reste on ‘bourre’.

Dans le dernier plan, un âne dévore la couverture en papier d’un livre nommé ‘Civilisation’ – dans la joie et l’allégresse, loin des ‘snobs’. On est lo’. (28) 

Coherence *** (2014) : Thriller/SF à petit budget. Séance à envisager comme un cauchemar, passant par des moments logiques et suivant un canevas qu’elle détraque un peu à loisir.

Certaines cachotteries ajoutent au mindfuck – vient un moment où il n’est plus certain que tout ça tienne. L’isolation du groupe (et de ses variantes) par rapport au reste de la ville n’est jamais bien précisée ; tout ce qui fait le cadre n’est pas défendu. Autre problème : pourquoi ces gens évitent des initiatives rationnelles et conjointes ? L’audace d’Emily peu avant la disparition de la comète permet de balayer l’essentiel de ces flous. Le final garanti de gros effets et pas des réponses rigoureuses, même si cette sortie se justifie humainement.

Des points communs avec The Invitation (mais le dîner est plus chaleureux et les membres aimables), Timecrimes/Los Cronocrimines et Would you rather. (68) 

L’envers du paradis * (France 1953) : Par le réalisateur de Princesse Tam Tam, juste avant Port du désir avec Gabin. Sentimental complet avec une pointe d’humour ‘piquant’ mielleux (efficace contre le flic, sûrement car son cas n’a rien de romantique). Dans sa phase enquête et prises de têtes, fait des mystères en excès et à rallonge. Insipide et interminable, mais jamais gênant ou agaçant – et même mignon quand le romantisme s’accomplit. Le marin échoué là est Eric von Stroheim en mauvaise condition. (42)

El Dorado ** (1967) : Huit ans après Rio Bravo, Howard Hawks dirige une sorte d’auto-reboot. El Dorado égale voire dépasse son grand frère en abandonnant la mièvrerie des familles. Il commence bien mais manque de nerf et de gravité. Robert Mitchum en alcoolique vaillant est le seul véritable motif d’amusement à partir de la remontée en scelle du shériff. John Wayne est fort badass, sans forcer, mais aussi en train des vieillir. Les américains essaient d’être plus légers voire tremper dans le second degré, ce qui ne va pas aider à dominer la vague italienne dans le western. (58)

Fast and Furious 6 ** (2013) : Quatrième opus d’affilée réalisé par Justin Lin, qui aura plutôt convaincu après la tentative Tokyo Drift et surtout avec le 5e épisode. Le sixième reprend l’action immédiatement après. Souvent drôle dans la première moitié, surtout avec le snob agressif puis servile. Tente un certain romantisme avec la manipulation de l’amnésique (Michelle Rodriguez). Un peu long, mais remplit son contrat. (52)

Tonnerre ** (France 2014) : Film doux avec des gens ‘du réel’ et un peu bohèmes. Par le réalisateur d’Un monde sans femmes avec un acteur fraîchement hype (Vincent Macaigne). Léger jusqu’à une rupture due à un excès de sensibilité du protagoniste. Après sa réaction agressive, un bizarre apaisement. (58)

Viktor and Viktoria *** (Allemagne 1933) : Basé sur un (faux) travestissement pour raisons professionnelles, avec bientôt un objectif romantique additionnel. Approche bon enfant sans devenir niaise. Le Viktor initial est assez exalté pour paraître en état d’ivresse dans ses moments normaux ; ses simagrées en rajoutent et accompagnent naturellement le film dans ses écarts vers la comédie musicale. La séance s’améliore en lui accordant moins d’attention et se concentrant sur l’héroïne (Susanne en ‘Mr Victoria’ – par Renate Muller), embarquée dans un double combat.

Aujourd’hui le film peut être repéré grâce au Victor Victoria produit en fin de carrière de Blake Edwards. Il a été l’objet de plusieurs autres remakes, tous antérieurs (ce dernier aurait-il intimidé les prétendants ?) : une version anglaise dès 1935, une allemande en 1957. Schunzel lui-même tournera une édition alternative française nommée Georges et Georgette. (68)

Premier vainqueur du Top Hebdo qui ne sera pas l’objet d’une critique. Il arrive de très peu devant The Last Girl (67), sortie récente et critiquée.

Effets secondaires ** (USA 2013) : Cet opus de Soderbergh rappelle particulièrement Contagion sur la forme (avec l’aspect oppressant des milieux urbains) et Erin Brokovich pour son postulat ; il évolue vers le thriller plus conventionnel ensuite. La charge directe contre la psychiatrie n’a pas lieu, mais la médicalisation pathologique de la société reste indiquée jusqu’au-bout (pubs pour médicaments ; réflexe ancré, recours pour accompagner le travail, la vie sociale, dans les hautes sphères même avec une compétition modérée ou déplacée). Elle sert également le suspense et montre des méthodes à haut potentiel pour les ‘méchants’ ou n’importe quel type malveillant dans un film de ce genre (quand vient l’heure de l’arrangement où les salauds ou demi-salauds se sont confondus depuis longtemps). (62)

Ned Kelly * (Australie 2003) : Sur le fameux bushranger, objet du possible premier long-métrage (l’australien The story of Kelly Gang produit en 1906). Pompeux et idéalisant, avec bande-son hystérique et casting en or (certains acteurs, comme Heath Ledger, étant alors encore à leurs débuts de haute notoriété ou de starification). Seul les physiques ne sont pas ‘surfaits’ ou lissés : un point positif. Direction d’acteurs (mâles) et décors ‘impeccables’, éclairages sombres et cajoleurs. (38)

Le grand méchant loup * (France 2013) : Triviale histoire de double cocufiage et d’ennuis des messieurs dans le mariage. Névroses superficielles de bourgeois franciliens insipides. Comédie écrit avec le cul réunissant toute la fine fleur des super-beaufs de France, avec les nouvelles types venues de Canal. Les personnages de Kad Merad et Léa Drucker ont un petit potentiel. Pas 100% non-drôle mais d’une longueur ressentie phénoménale. Inspiré d’un conte, Les trois petits cochons, qui ne semble pas peser lourd. Dans le même registre, j’avais été réceptif aux Infidèles. (26)

Le fruit défendu ** (France 1952) : Tiré du roman Lettre à mon juge (1947) de Simenon, deuxième film réalisé par Verneuil avec Fernandel dans le rôle principal. Interprètes de qualité, mais ensemble trop long, remplit poussivement ‘entre les lignes’ du récit. Tourné à Arles et Marseille. Parlera probablement davantage aux hommes ‘d’âge mûr’ plus ou moins concernés. (58)

La rose écorchée ** (France 1970) : Série B sentant l’heure de la ‘libération sexuelle’. Directement inspiré des Yeux sans visage. Mise en scène abrupte, avec des manières caricaturales sensationnalistes, parfois jolies ou relativement sophistiquées (les flous, les cadrages subjectifs), d’autres fois à la limite de la bouffonnerie agressive. Cette brutalité ne compense pas un développement trop lent et le manque d’épaisseur – et ne rehausse pas le niveau des bagarres, les seules vaguement crédibles étant les chahuts ‘sexuels’. Le film a tout de même de bonnes idées et des pics grand-guignols en réserve. Certains acteurs, surtout femmes, donnent un jeu très théâtral en restant agréables. Moins fluide et divertissant que le futur Les prédateurs de la nuit. (52)

Fenêtre sur Pacifique ** (1990) : De Schlesinger, auteur de l’excellent Marathon Man. Thriller à base d’harcèlement ‘passif’ ou maquillé, avec un locataire parasite. N’appuie pas assez sur les ressentis spécifiques et les conflits, pose un regard très ‘neutre’ tout en s’envolant vers les lourdeurs autour de son ‘méchant’. Très marqué et typique du genre à son époque. Pour quelque chose d’un peu plus ‘pénétrant’ il faut voir plutôt JF partagerait appartement de Schroeder sorti deux ans après. (52)

Lamb / Zeleke ** (Éthiopie 2015) : Probablement le premier film que je vois de cette nationalité et un des rares africains dans ma collection. Connu internationalement grâce à sa sélection pour les Oscars étrangers de 2016 (également projeté à Cannes en 2015 dans ‘Un certain regard’).

C’est aussi un premier film avec un garçon de huit ans lancé dans une nouvelle vie, avec des parents de remplacement. Il va longtemps traîner sa brebis, seul objet restant de sa mère. Le film est gentil mais pas très enrichissant, sinon pour le coup-d’œil qu’il permet de jeter sur un ‘ailleurs’ (beaucoup de temps autour de la bouffe). Propret, ne secouera personne, mais fera se balader virtuellement sur les hauts plateaux. (48)

Anthony Zimmer ** (France 2005) : Mise en scène efficace pour le suspense et pour allécher, justifiant la qualification du réal pour l’adaptation de Largo Winch – j’ai pensé à la BD. Mais le scénario rocambolesque s’auto-intoxique. La révélation finale balaie trop d’éléments injustifiables (j’en ai douté car elle m’apparaissait trop débile, impossible à assumer hors d’un état d’esprit nanardophile). À trop vouloir ménager ses super-effets le film bousille toute sa charpente. Il faudrait n’avoir aucune mémoire, être totalement submergé et acceptant, pour être ‘ébloui’ ; d’autant plus qu’à ce niveau de ‘libertés’, il n’y a plus rien de malin dans un twist.

Un remake américain est sorti cinq ans après : The Tourist avec Angelina Jolie et Johnny Depp, qui semble un mauvais client pour la relève de l’anté-glamour Yvan Attal. (48)

Cent mille dollars au soleil ** (France 1964) : Noir et blanc, avalanche de bons mots, pas très dense en terme d’aventures et rebondissements peu remuants. (56)

La barbe à papa *** (USA 1973) : Le film le plus connu de Peter Bogdanovich après La dernière séance. Choisi le noir et blanc. Au Kansas pendant la Grande Dépression. Du Lolita passif-agressif et des Raisins de la colère retournés. Les personnages ne sont pas spécialement aimables, plutôt d’un cynisme ‘blanc’, sans arrières-pensées, devenu seconde nature de ces déshérités.

Remarquable pour son enfant manipulatrice et donc en avance, consciente – performance saluée par un Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle pour cette fille de 9 ans (Tatum O’Neal). Serait un des films préférés de Fincher. (64)

Sicario (USA 2015) ** : L’intro est excellente, puis Sicario se tasse après le lancement de l’opération mystère. La fille est borderline et tremblante en excès – sa psychologie faible est à l’avant-garde, puisque les caractères sont progressivement évacués, au bénéfice de la cavalcade soap, à la limite du nanar d’exploitation avec grosses idées/gros postulat. Joue le film engagé, dur, pour des intrigues pompeuses et conventionnelles. Si vous en voulez plus sur les trafics, essayez Cartel Land.

Finalement c’est du Villeneuve as usual : ça arrive avec majesté et se déballonne avec la plus grande des délicatesses, en gardant une forme pimpante et anxiogène. Trop de façons pour en venir à nous dire que les flics et les bandits sont les mêmes. Prend des détours, laisse en suspens, pour attendre la toute dernière partie où tout se règle et s’affiche avec grandiloquence. On se croirait devant un petit frère vaniteux de No country for old men.

Induit peut-être en transe ceux qui s’y tiennent, car ne ‘lâche’ jamais sa ligne. (52) 

La French ** (France 2014) : Par un réalisateur marseillais dans son premier film solo. Film de gangsters français avec le face-à-face des deux grosses stars glamour locales (déjà réunies et même soudées dans Les Infidèles).

Tiré d’une histoire vraie (celle du juge Michel et du truand Zampa), elle-même appartenant au trafic international d’héroïne démantelé en 1975 nommé la ‘french connection’ (illustrée par Friedkin dans l’œuvre homonyme de 1971).

Les deux têtes d’affiches, voire Magimel inclus, ne sont pas nécessairement crédibles dans leur rôle, mais l’écriture est suffisamment ‘réaliste’ et viscérale pour mettre de l’équilibre. Particulier dans ses choix d’ellipses ou d’étirements. Quelques incohérences ou flous dans les formes secondaires. (56)

Caught / Pris au piège ** (USA 1949) : Opus suivant Lettre d’une inconnue dans la carrière de Max Ophuls – une adaptation de roman également. Histoire d’un mariage intéressé pesant très lourd à une jeune femme dont on ne sait trop si elle est aliénée, rongée par l’ennui, ou entre les mains d’un monstre modéré. Robert Aldrich (Vera Cruz, Baby Jane) était assistant réalisateur pour ce film.

Sur un thème similaire, plus cynique et compassionnel, mieux vaut voir Fascination. (52)

The Bible – In the beginning ** (USA 1966) : Film forcément d’une ambition extraordinaire, pris en charge par John Huston et financé par les écuries De Laurentiis. Le film représente les 22 premiers chapitres de la Genèse et le réalisateur joue Noé. Images somptueuses.

Moins soucieux que Le Message d’Akkad d’en rajouter sur la morale ou d’écarter le reste (l’Histoire et les histoires) et surtout mieux doté pour le budget et les décors. Plutôt synthétique et équitable (sauf pour Noé et Abraham qui prennent une plus large place), mais perd de sa fluidité en avançant.

Les mauvaises notes générales viennent probablement d’un ‘front’ de frustrés naturels. Les chrétiens qui pourraient ne pas apprécier de voir le grand livre mis en forme, ou trouver inappropriée la sensualité de certaines scènes et de la direction d’acteurs. Des athées et les ‘cartésiens’ pourraient s’agacer de voir des ‘énormités’ ainsi sublimées. (62)

Un tramway nommé désir *** (USA 1951) : Cette fameuse adaptation de Tennesse Williams souffre d’une grave erreur de casting, sinon d’une hypocrisie remarquable. Marlon Brando est censé être ‘bestial’ ou ‘commun’ : sa belle-sœur le lui reproche, les autres acquiescent. On lui refile des tournures se voulant caractéristiques (des prolos) et un boulot ingrat (de prolo) et l’illusion doit opérer ; le spectateur voit sa plastique ‘parfaite’ (et hors-norme par ce qu’elle réunit d’apparemment contradictoire). C’est un ouvrier au physique de boxeur et à la tête d’ange, nullement abîmé. Enfin il est fréquent que les gens du cinéma oublient de souiller leurs interprètes de miséreux ; alors forcément, quand ils en tiennent un spécialement glamour, l’ajustement devient impossible.

Cet élément gêne assez peu le spectacle, l’essentiel étant tenu par Vivien Leigh, avec son personnage exagérément dramatique et aux grandes postures esthétiques. Le film reste dépendant de son modèle ; les scènes sont longues, ‘étroites’ par ce qu’elles disent ou explorent et les restrictions physiques du théâtre se sentent également. Les personnages sont assez statiques et le flux de laius contient une majorité de choses inutiles. Les considérations sont toujours très particulières, sauf recours aux vérités générales ou traditionnelles.

Sur Wikipedia on peut lire « C’est un film mythique qui annonce l’irruption des pulsions sexuelles dans l’univers cinématographique hollywoodien jusque-là très feutré ». Or ce Tramway sort pendant la mode freudienne et arrive 20 ans après la courte époque des ‘films pré-Code’. Ce genre de justifications de la réputation du film semble conditionné par les réalisations à venir d’Elia Kazan. (64) 

Mata-hari, agent h21 ** (France 196) : Artificiel et éparpillé. Les acteurs ne sont pas fautifs, mais ne font que se croiser. Tournicote entre l’espionnage et la fantaisie historique pour s’étaler dans le tragico-romantique professionnel. (50)

La maison Russie ** (USA 1990) : Sorti peu après À la poursuite d’Octobre rouge. Film d’espionnage de toute fin de Guerre froide. À voir principalement pour le couple formé par Connery et Pfeiffer. (56)

Limitless ** (2011) : Très bon comme divertissement voire comme comédie noire, à condition d’accepter une certaine naïveté (dérisoire par rapport au Lucy de Besson). Elle pose quand même quelques problèmes notables : soudain, pour l’amie de Cooper, l’optimisation des capacités se traduit par des perceptions sensorielles de cyborg ; on devine des choses plus vite que le surdoué artificiel ; puis il y a ce foirage final. La séance se suit sans ennui et avec quelques enthousiasmes. (62)

Starbuck ** (Canada 2011) : Pas si mauvais que je le redoutais, mais mielleux et conciliant au lieu de prendre son sujet à bras le corps. Le postulat est insolite, les personnages gentils, l’écriture pas brillante. L’ambiance est douce et pas désagréable, sans être accrocheuse. L’origine québecoise doit être pour beaucoup dans la popularité du film (bien achalandé pour son pays et avec des accents et tournures amusantes pour les étrangers francophones). (46)

De l’autre côté du periph * (France 2012) : Ce film engage Omar Sy un an après Intouchables, pour servir sa volonté de créer (lancer?) une Arme fatale française (cite Le flic de Beverly Hills et Le Professionnel). Le résultat peut attirer la sympathie mais sûrement pas l’admiration. Le film joue à fond et exclusivement sur les oppositions – avec un personnage original pour le cinéma dans ce genre de postures, mais plutôt commun au fond : celui de Laffite. Il incarne un jeune connard droitiste arrogant, cynique et soucieux de son image. De quoi valoriser son côté psychopathe (voir Elle). Pour le reste, c’est trop banal, avec des bouffées racoleuses et une capacité modeste mais certaine à amuser. Le récit sera rattrapé par la démago, après l’avoir employée mollement. (38)

L’Homme qu’on aimait trop ** (France 2014) : Septième collaboration de Téchiné avec Deneuve pour une commande manifeste. Tiré d’un faits divers des années 1970, prend le parti ‘contre’ le tueur présumé, interprété par un Canet assombri, quelques mois avant La prochaine fois je viserai le cœur. Deneuve apparaît vieillie et rabougrie à la fin (Canet aussi, mais là il n’y avait pas d’image à entamer). Les acteurs sont convaincants mais l’ensemble est tiède, à force de louvoyer. (54)

Equalizer ** (2014) : Adaptation d’une série diffusée sur CBS en 1985-99. Sombre et énergique, sans entrer dans la débilité ou la confusion visuelle – la réalisation a été confiée au director de Training Day. Le protagoniste est dans la continuité pour Denzel Washington et relève du vigilante movie. Ses capacités très développées avant d’entrer dans le lard rappellent Limitless – mais dans celui-là rien n’est si méthodique ou méritoire. Malgré ses gadgets ce Robert utilise son corps, s’expose et subit les mêmes limites que beaucoup de monde (transports en commun, marche à pied, boulot sans gloire le jour). Quelques très bonnes scènes (confrontations où la violence est retardé ou déplacée ; ou certaines scènes lourdes de symboles brillant surtout par leur texture). (58)

Tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir des parents communistes ** (France 1993) : Entre les clichés balourds plus posés et la tendresse. Sans hystérie mais peu réfléchi aussi. Josiane Balasko montre l’étendue de ses talents. Quelques courts instants ou dialogues pour refléter la valeur du communisme pour les gens. (48)

Flic ou voyou ** (France 1979) : De Lautner avec les dialogues de Audiard. Marquait le retour de Belmondo après deux années sabbatiques ; lancement d’une nouvelle période, où il allait devenir une caricature. Du rocambolesque mais trivial dans tous ses ressorts, dans le cabotinage à tous les niveaux et presque aussi creux que Ne nous fâchons pas. (48)

Devdas ** (Inde 2003) : Largement diffusé en Occident en 2002-03, Devdas fait partie des rares films indiens actuellement connu par nos foules. Il est responsable de la popularisation de Bollywood, industrie de comédies musicales (gratinées) dont cet opus reste un des plus luxueux. Adaptation du célèbre écrivain bengali Chattopadhayay (‘Chatterjee’) et de son équivalent de Romeo & Juliette local. Tient ses promesses. (60)

Danger : Diabolik ! ** (Italie 1968) : Vu sur Arte où il est désigné comme un « nanar » jubilatoire. Tiré d’une série de fumetti (BD italiennes) nommée Diabolik. Certainement mieux équipé et plus habile mais pas plus passionnant que Flash Gordon ou les berezina semi-volontaires dans ce registre. Très créatif quoique typique des fièvres esthétiques sixties. Certaines productions audiovisuelles (clips, Austin Powers) recyclant les logorrhées chromatiques et érotiques de l’époque passent par ce film ‘culte’. Les acteurs et personnages y sont peu importants ou accablants (Piccoli semble égaré ou retenu de force), quoique pas autant que le scénario. Bava avait déjà versé dans le psychédélique avec The Trip. (46)

Doctor Dolittle * (USA 1998) : Vu en VF avec donc un sifflement désagréable pour le hamster. Humour infantile, potache et scato. Eddy Murphy est très bon comme d’habitude. (36)

HOTEL DES AMÉRIQUES ***

1 Août

4sur5  Opus du basculement pour Téchiné, Hôtel des Amériques est plus ‘réaliste’ et surtout plus charnel. C’est le début de ce qui caractérise son cinéma et sera validé dans Rendez-vous (révélation pour Binoche et prix de la mise en scène à Cannes), avec le fracas et les exubérances des nouvelles conversions. La forme est toujours très sophistiquée (la photo est éblouissante et doit beaucoup aux lumières naturelles de Biarritz) mais le romantisme flamboyant prend du relief, s’anime et s’autonomise. Téchiné entre dans la jungle des sentiments et la maîtrise à sa façon, un peu irrationnelle, avec une direction d’acteur héritant des manières de la Nouvelle Vague (ce qui permet, au second plan, à Balasko de se glisser sous une peau plus délicate – loin de ses comédies). C’est aussi la première collaboration avec Deneuve, qualifiée de « sphinx ». Après avoir été une icône, presque une potiche divine, chez Truffaut et Demy, Deneuve va en devenir une plus humaine chez Téchiné. Ils tourneront sept films ensemble (Le Lieu du crime, Les voleurs, Ma saison préférée… jusqu’à L’Homme qu’on aimait trop), cette collaboration étant donc ‘numériquement’ aussi importante dans la carrière de Téchiné que celle avec Jacques Nolot.

La rencontre entre Deneuve et Dewaere provoque une romance étrange, incarnée par deux âmes en rupture, habituées à la figuration et à la frustration au quotidien. Dewaere apparaît obnubilé par Deneuve, mais plus encore happé par ses démons. Il se tue à communiquer. Deneuve est une jeune veuve, un peu dans la désolation. Au départ elle n’est pas tellement attirée par lui, ce n’est pas son « genre » ; mais elle trouve une brèche et s’y enfonce. Elle le laisse faire, c’est toute sa demande. Lui est perdu, elle est gavée (on dirait aussi ‘blasée’) ; ils sont associés pour une fuite ou pour une passion aveugle. Deneuve, passive vue de loin et indécise qu’en apparence, trompe sa lassitude, trouvant un autre chose d’exotique, à percer ; Dewaere, totalement à fleur de peau quand Deneuve est sobre, semble espérer beaucoup, exige des garanties et des grandes déclarations ; mais se dérobe quand il est invité. Téchiné fait souvent se trouver des caractères très différents, aimantés par des mystères vivants, poussés vers des sentiers sinueux voire impraticables. Ce sera le cas des principaux protagonistes dans Les roseaux sauvages (l’opus le plus ‘culte’ et même le plus populaire) et dans Rendez-vous. Dans Hôtel des Amériques, Deneuve et Dewaere semblent n’avoir aucune raison de graviter l’un autour de l’autre ; sauf ce désir de se noyer dans le désir de l’autre, succomber à ses caprices sans déroger à ses propres rêveries, ou à son confort. Leur aventure est irrégulière. Ils deviennent une espèce de couple déglingué, se croisant régulièrement comme pour se doper et survoler avec plus d’assurance leurs existences entre-temps. Ou s’assurer une fatigue ‘pleine’ à propos de leur vie.

Tout est à la fois minimaliste et très systématique ; éthéré mais très carré, comme l’est le chassé-croisé. C’est romanesque et limpide, avec des personnages rebelles, peu ‘littéraires’ ou saisissables ; la seule prise sur eux semble être le cadre. Le metteur en scène tient la matrice dans laquelle ils doivent déambuler et puisqu’ils le peuvent, briller. Comme d’habitude, Dewaere est dans un rôle de ‘perdant’ et de désespéré, peut-être plus outrancier et fragile encore. Il semble prêt à s’effondrer, avec son personnage ; il n’a pas encore cette façon d’être sublimement résigné, ou de s’assombrir ; il est au moment où la violence explose, les émotions fusent, où il faut s’employer à refuser ce précipice dans lequel on vient pourtant de tremper de façon irréversible. Ce Dewaere n’est pas celui de Série noire ou de Paradis pour tous ; c’est celui d’un homme à l’agonie, malade d’être sans vocation, d’avoir perdu son ‘étoile’, son guide suprême ou tout ce qui pourrait se rapporter à une telle idée. Dans Hôtel il croit devoir honorer l’apparition Hélène/Deneuve, alors qu’elle n’aspire à rien d’autre que d’entrer dans son monde et lui présenter le sien. Il essaie de se dépasser, de se confier mieux qu’il ne l’aurait jamais fait ; il est à l’origine de ces pressions. Elle n’est que positive et réservée, un spectre fringant, un gouffre harmonieux et fini, dont les intérêts sont bien plus triviaux et aussi bien plus libres que ceux qu’il s’imagine(rait). Forcément elle ne cerne pas tout à fait son agonie, mais voit bien qu’elle se nourrit de mirages empêchant la croissance de leur relation.

Note globale 73

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Suspiria

Scénario & Écriture (3), Casting/Personnages (4), Dialogues (4), Son/Musique-BO (4), Esthétique/Mise en scène (4), Visuel/Photo-technique (4), Originalité (4), Ambition (4), Audace (-), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (4), Pertinence/Cohérence (3)

Voir l’index cinéma de Zogarok

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