LE CITOYEN X (Tv) ***

14 Sep

3sur5  En 1995, les américains présentent la première adaptation [en fiction à l’écran] de l’affaire du tueur de Rostov. Cet instituteur ukrainien a été reconnu coupable de 52 meurtres, la plupart sur des enfants qu’il a dévorés, souvent aussi torturés et violés. Le téléfilm Citizen X (tiré d’un livre de Robert Cullen) montre au minimum et avec pudeur ces exploits. La présence de trois acteurs à la notoriété internationale, dont les deux principaux, souligne l’ambition de cette production HBO (premier long par Chris Gerolmo – Certain prey). Max von Sydow a un rôle crucial (le docteur Bukhanovsky) mais une exposition mineure, intervenant pendant l’interrogatoire du tueur qu’il a nommé ‘citoyen X’ dans sa thèse.

Stephen Rea et Donald Sutherland occupent le plus d’espace et le film s’intéresse avant tout à l’investigation dont le premier est le héros, le second l’avocat. C’est donc l’histoire d’une lutte contre les éléments humains, sociaux et pour faire la lumière sur une menace, toujours bassement humaine, que la société doit ignorer. C’est aussi la peinture convaincante d’un système politique sclérosé et à bout de souffle, piège pour ses membres et réciproquement – puisque les camarades se rigidifient et rentrent dans le déni avec, par et pour lui. Rea aka Victor Burakov interprète le légiste dépêché pour une sale besogne promu directeur d’une vaste enquête, occasion de mettre à profit son caractère fort, bien que taciturne. C’est un de ces demi-blasés, avec un fond un peu capricieux par ‘absolutisme’ de la bonne volonté, malgré la cuirasse forgée et la modestie acquise à propos des comportements humains.

Au lieu de confronter ou de louvoyer, il a déplacé sa compulsion à l’engagement et aux nobles desseins sur sa tache d’enquêteur. On lui découvrira une émotivité étrange (crises de larmes en contradiction avec son air froid, résolu et les traits toujours circonspects de l’acteur). Le colonel puis général Fetisov (Sutherland) est son unique soutien face à la commission composée de bureaucrates soviétiques, mais c’est un allié indéfectible, puissant et surtout malin. La duplicité de ce fataliste responsable permettra de tenir et gagner sur la durée (les changements de 1990-1991 seront d’un grand secours). En effet admettre l’existence d’un tueur en série compromet l’URSS, affiche l’échec de ses idéaux fondateurs et une certaine impuissance matérielle, technologique et même ‘opérationnelle’ (car le défaut [même ‘choisi’] d’intelligence a des effets sur le terrain).

Tchikatilo a une place moindre aux deux hommes et il est sciemment négligé. C’est un vieux minable prédateur dépourvu des charmes et de la contenance qui lui seront prêtés dans Evilenko (thriller italien sorti en 2004, mettant l’accent sur la signification politique de ces exploits). L’ensemble des scènes impliquant le tueur tendent à l’humilier tout en inspirant le malaise à son égard. Dès sa première apparition, il est affiché en piteuse posture : ce n’est déjà plus un professeur, mais un ouvrier méprisé au travail et en famille. Concentré sur ses crimes, il a délaissé le reste, répond aux devoirs sociaux comme un ‘nul’ distrait, mais trop replié et manifestement embarrassé pour en devenir drôle. Il sera capturé une première fois en 1990 mais relâché, à l’époque où la kommandantur est encore trop écrasante.

Malgré les hautes ambitions, un certain raffinement et des qualités surprenantes dans l’écriture ou les ‘éclats’ des personnages (mais aussi des manières bas-de-gamme pour la musique), Citizen X opère sur un champ restreint. Le jugement est trop fort et surtout emprunt de négativité ; ces deux qualités combinées empêchent d’atteindre un degré notable de profondeur et de compréhension. Le traitement normatif du tueur n’est nuancé de loin que par le psychiatre, qui prend de la hauteur pour le considérer mais dont l’arrachage de confessions et les analyses savantes resteront bannies. Le méchant asocial, bête craintive mais malsaine, tire sa révérence avec le film, décuplant cette sensation d’un jugement parasitaire, obtus à son endroit, c’est-à-dire sur le cœur du sujet. En revanche, si l’occasion de souligner les défaillances des rouges est saisie, là aussi la sobriété est de mise (le recours à certaines anecdotes grotesques, notamment lors du procès, manquerait de charité).

Note globale 68

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Clean Shaven

Scénario & Écriture (3), Casting/Personnages (4), Dialogues (4), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (3), Ambition (4), Audace (3), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (3)

Voir l’index cinéma de Zogarok

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