Tag Archives: couple

WOLF **

8 Nov

wolf nicholson pfeiffer

3sur5  En-dehors des deux films phares de son début de carrière (Le Lauréat et Qui a peur de Virginia Woolf?), Mike Nichols n’a pas livré d’autre ‘chef-d’oeuvre’ largement homologué. Que de succès petits ou contextuels, diversement appréciés. Parmi ces plus modestes succès émerge Closer en 2004 qui a eu un certain retentissement et jouissait d’un casting quatre étoiles ; un téléfilm sur la maladie en 2001, peu connu mais bien noté ; puis d’autres anecdotes encore, donc ce Wolf, produit mineur mais un des plus vus de son auteur, grâce à ses deux stars principales.

Sorti en 1994 à une période où Nichols s’essaie à de nouveaux genres (et se plante dans la comédie de SF – De quelle planète viens-tu ?), Wolf réunit Jack Nicholson et Michelle Pfeiffer pour former un couple atypique, sept ans après leur idylle à quatre des Sorcières d’Eastwick (avec Cher et Susan Sarandon). Wolf approche le degré de kitsch de ce film de Miller et le devance en terme d’essais désuets et enfantins voir ridicules. La nouvelle approche du loup-garou proposée par Nichols et son équipe ne manque pas d’esprit, mais bien de clarté.

Il en résulte un divertissement agité, charmeur et brouillon. Le ton est à la fois grivois et facile, mais aussi cohérent et très sombre. Le fatras ‘mystique’ reste aussi risible a priori que les effets spéciaux improbables (les sauts en l’air notamment et surtout le choc des loups final), mais cette propension au grotesque le plus péremptoire intrigue et amuse plus qu’elle n’invite à la moquerie. La mise en scène est d’une grande lourdeur, révèle avec astuce et décalage l’animalité triomphante du futur loup (le prestigieux éditeur new-yorkais développe des capacités sensorielles extraordinaires, pisse sur les chaussures en daim de son adversaire).

En marge de la transformation, sur un plan plus propre au drame bourgeois où s’est révélé Nichols;les réflexions et réactions exubérantes de Nicholson concernant ses pérégrinations, en entreprise ou dans ses relations, sont un des meilleurs arguments du film. Il y a des punchline un peu surfaites mais l’ensemble est malin, avec une part d’innocence bizarre. Wolf laisse quelques images fortes à l’esprit (les yeux de Plummer et Pfeiffer) et surtout la sensation d’un spectacle syncrétique, singulier mais vulgaire, avec beaucoup à exprimer sans s’être accompli. C’est aussi un exemple de maestria ivre, entre aisance et grossièreté, cheap et originalité, régression (abus de fondus lourdauds) et sophistication (certains plans très inspirés, qui auraient pu être pénétrants dans un contexte plus réfléchi).

Note globale 62

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Suggestions… Wolfen (1981) + Le Loup-Garou de Londres (1981) + Le Loup Garou (1941) + Wolfman (2010) + La compagnie des loups + Les Vestiges du Jour

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Scénario & Ecriture (3)

Acteurs/Casting (4)

Dialogues (4)

Son/Musique-BO (3)

Esthétique/Mise en scène (3)

Visuel/Photo-technique (3)

Originalité (4)

Ambition (3)

Audace (3)

Discours/Morale (3)

Intensité/Implication (3)

Pertinence/Cohérence (3)

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9 SONGS *

9 Sep

9 songs

1sur5  C‘est une bonne chose pour ce film qu’il ait été ardemment censuré, en France comme chez les anglo-saxons : sinon, encore plus de monde se foutrait de son existence, ce qui signifierait rapidement qu’en plus d’être un échec artistique cet objet putassier n’aurait eu qu’un retentissement très marginal. 9 songs est un essai minable naviguant autour des frontières du porno, qu’il franchit parfois, à l’occasion d’une pipe juteuse par exemple. Il dure 69 minutes, lol xptdr effect en trompe-l’œil et vrai gimmick poétique : il souligne les profondes ambitions de cet objet présentant les relations sexuelles d’un couple sur toute sa durée, entrecoupées par des extraits de concerts et de séquences en Antarctique à commenter la forme des glaces.

Il y a de beaux gros liens à opérer avec la prise en main d’une femme, le mystère insondable de la joie charnelle et toutes les conneries qu’on voudra. Pour Michael Winterbottom, l’important est manifestement de faire spirituel. Avoir l’air profond c’est donc jouer au poète totalement paumé. Concrètement on assiste aux émulations de ce couple de crétins, où domine cette fille formellement plate, inintéressante, décérébrée, bruyante et vaniteuse. Dire de la merde entre deux instants cul, allez voir des concerts de rock contemporain mielleux, partir à New York en solo et ne pas se connaître, juste connaître le corps de l’autre et puis voilà, prendre la vie comme elle vient et jouir même un peu mollement.

C’est donc l’extase du beauf-bohème urbain serein de 20-40 ans. Moralité : liberté j’écris ton nom, en me baignant dans la mer à poil sur une plage quasi déserte et non-nudiste. On rigole, on baise, on apprécie les léchouilles dans l’œil ; et puis on fait des trucs plus exotiques en passant. Petits essais un peu SM, oh oh ; numéro de charmeur de chatte sur un cobaye les yeux bandés. C’est pas qu’on bande mou, juste avec flegme, mais tant que ça marche il faut y aller. Moralité : suivre ses impulsions du moment, sans réfléchir, sans faire de mal à personne, sans aucune autre aspiration, être ici, là et maintenant, tirer un coup, boire, profiter d’un superbe concert avec plein de gens enthousiastes autour. Et puis insérer des déconnexions en Antarctique pour caser un petit côté arty.

Voilo. Les auteurs ont voulus mettre de leurs tripes, ça se sent bien ; elles sont couleur caca malheureusement et trop embrouillées pour pondre quelque chose de consistant. De l’émotion au ras du bitume, du sexe non-simulé et de l’intimité pouet-pouet, une petite musique au piano de Michael Nyman. On patauge et comme il faut bien un peu de ‘quelque chose’ dans un film : alors une petite mélancolie pointe – que lui perçoit, qu’elle ressent, chacun avec ses moyens limités de primates innocents et égocentrés. Pas de panique, c’est un petit affect superficiel, un petit coup de blues, qui ne casse rien ou alors très en douceur ; c’est les 30 ans quoi, quand on a rien foutu sinon dilapidé du fric pour s’enfoncer dans sa médiocrité et bien jouir en rétamé. Puis bon, baiser on ne s’en lasse jamais : on s’ennuie mais ça meuble inlassablement.

Note globale 22

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Suggestions… Shortbus

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Scénario & Ecriture (1)

Acteurs/Casting (2)

Dialogues (-)

Son/Musique-BO (2)

Esthétique/Mise en scène (1)

Visuel/Photo-technique (2)

Originalité (2)

Ambition (2)

Audace (2)

Discours/Morale (1)

Intensité/Implication (1)

Pertinence/Cohérence (1)

 

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LA CHAMBRE DU FILS / IGLESIA **

16 Août

chambre du fils iglesia

3sur5  Aparté dans la carrière d’Alex de la Iglesia, auteur espagnol connu pour son style excentrique : on lui doit Le Jour de la Bête, Le crime farpait et plus récemment Balada Triste. En 2006 il réalise La Habitación del niño, film d’à peine 80 minutes pour la collection« Películas para no dormir » diffusée à la télévision espagnole. Balaguero a réalisé A louer dans le cadre de ce Masters of Thriller qui n’a pas connu de suites. Adoptant un ton grave et premier degré inhabituel pour lui, De la Iglesia s’empare avec diligence de cette histoire de maison hantée et de possession.

Si ce film reste assez peu connu, il a beaucoup enthousiasmés les quelques fans de pellicules horrifiques l’ayant découvert. Pourtant Alex de la Iglesia réalise un métrage efficace mais foncièrement banal. Il abuse d’effets horrifiques faciles, emploie une BO tonitruante et est un héritier très conforme et minimaliste de Shining. Son tempérament exalté pas toujours bien employé rejailli dans l’écriture et crée un résultat intéressant, balançant tout en soulignant son effort de sérieux. Posture régressive par endroits : au départ s’alignent les dialogues de lourdauds autour de la vie de couple. Sorti de ses intrigues haut perchées où l’outrance est norme, De la Iglesia devient lui-même très ordinaires dans ses vannes comme dans ses analyses lorsqu’il est branché sur des thèmes communs.

Heureusement De la Iglesia finit par laisser de côté ses commentaires sur les hommes, sur les femmes et bien sûr les relations hommes/femmes. Il peut alors se montrer réellement percutant, jouant sur la confusion : assistons-nous à un véritable mythe en action, au triomphe d’une maladie mentale, à la combinaison des deux où on ne sait plus lequel nourrit l’autre ? La dissociation et les doutes du héros sont installés avec habileté, la photo et l’ambiance font vaguement penser aux débuts de Guillermo del Toro (Cronos et Mimic), qui lui sont supérieurs mais n’ont pas son dynamisme.

C’est lorsque la femme est partie (avec l’enfant) que le film est le plus captivant. Juan est entré dans un cycle dont il est le héros malgré lui et lutte contre un ennemi invisible : pire qu’un fantôme, il pourrait être un double, à moins qu’il ne s’agisse d’un retour du refoulé pour le futur papa.. Au-delà de cette tension réussie, De la Iglesia apprend à amuser de façon économique : le collègue Garcia est un antihéros jubilatoire. Un espèce de passager clandestin à la présence d’autant plus efficace que son doubleur français fait la voix du flic de South Park. Cette modeste réussite a pu servir de tour de chauffe à De la Iglesia ; son projet suivant s’inscrit également dans un registre conventionnel et bien codifié, en visant le grand-public : Crimes à Oxford.

Note globale 57

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Suggestions… La Chambre du fils (Moretti) + Malveillance 

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PHANTOM THREAD ***

13 Mai

4sur5  Plus pédagogue et attractif que There Will Be Blood ou The Master, Phantom Thread est comme les autres signés Paul Thomas Anderson – un film renfermant une vérité sombre et pathétique dont nous voyons les beaux effets. Il a été préparé minutieusement pendant deux ans, par le réalisateur et son acteur principal, Daniel Day-Lewis (d’autant plus libre de s’impliquer qu’il envisage ne plus retourner ensuite devant la caméra). Le résultat est à l’image du personnage, élégant, sévère et aseptisant, étouffant et même auto-asphyxiant, en restant ultra-ordonné et lumineux. Le couturier Reynold Woodcock, qui habille la haute-société et travaille pour la famille royale, est inventé mais partage des ressemblances avec au moins deux contemporains réels et réputés – Cristobal Banlenciaga et Edward Molyneux (mais lui avait abandonné Londres pendant les années 1950).

Ce ne serait qu’un sublime film de robes et tapisseries s’il se passait de ses protagonistes et de leur fanatisme. Par aliénation, égoïsme ou dévotion, les héros d’Anderson sont toujours engagés et à terme, mortifiés dans cet engagement, pour un confort supérieur (c’est la grande promesse d’une secte ou d’une mafia) ou la définition comblant une vie lorsque les choses tournent à leur avantage. Dans Phantom Thread, il y a trois personnages, un champion et ses deux supportrices, chacun étant esclave et tyran de l’autre. La sœur Cyril verrouille, l’amante ou amie Alma nourrit, Reynold est l’enfant ‘génie’ à protéger, odieux et capricieux mais rentable et justifiant tout de ces situations, les avantages pour ces deux femmes en premier lieu (sans lui elles devraient retourner se battre pour prendre une place). Il exerce un contrôle absolu sur son environnement, s’en remet à sa sœur pour la gestion des affaires courantes et du relationnel superflu par rapport à ses activités de créateur et directeur (quoiqu’il sache se plier aux mondanités). C’est aussi un piège dans lequel il est enfermé – cette sœur, au style sadique et irréprochable, a le pouvoir, même si lui est le cœur, le responsable, du succès et de la raison d’être de cette maison, de cette marque et donc de tout ce manège.

Le film impose sur ces êtres une lecture particulière, que l’image et l’incarnation ne confirment pas totalement. Au minimum, la validité reste à l’appréciation du spectateur, que cet abandon soit volontaire ou non. Le film paraît convaincu par la fragilité de ce robot hargneux qu’il a pour pilier, mais cette fragilité tient simplement aux limites d’un homme dont nous savons et voyons le rayonnement et l’efficacité. À l’inverse, Alma semble tenue pour un caractère fort, caché ou négligé jusqu’ici ou dans le jeu des apparences. Sa ténacité et les vertus de son sentimentalisme sont évidentes. Pour autant ce n’est pas une dominante. Au contraire, ce sera toujours une subordonnée, la seconde du leader, même en mettant un autre à genoux. Elle sera moins appréciée pour elle-même que pour sa qualité à se donner et s’engager, quand elle n’est plus chérie en tant que modèle, c’est-à-dire support – muse serait probablement exagéré, un terme presque aussi grossier que le « fuckest chic ».

Son ascendant est celui de la servante, de l’esclave et de l’assistante amoureuse – elle obéit jusqu’à un point ; elle doit aussi l’avoir faible devant elle, mettre la main sur un homme fort ou inaccessible puis le dominer, peut-être lâchement, à la façon d’une mère plaintive ou d’un parasite aidant. Voilà le cadeau d’une perpétuelle humiliation et d’une aliénation, pour un être inférieur et complexé, construit sur une conscience de microbe infirme, sinon toujours conscient de son cas (malgré tout ce qu’il y a d’objectif ou de personnel pour en améliorer la représentation). Sa dévotion même perverse ou soutenue par de basses motivations fait toute sa qualité, fait oublier sa légère couperose, ses remarques puériles, ses foucades lamentables. Le couturier est rarement conciliant, jamais énamouré. Comme dans beaucoup d’histoires d’amour, il y a l’aimant et l’aimé, lui se laisse aimer. Par besoin ou anticipation semble-t-il, au point que cette relation flirte avec l’aberration, tant lui en tire si peu et elle y prend tant de coups (de mépris). Puis les éruptions d’Alma aboutissent au bon endroit et enfin Reynolds l’aime, lorsqu’elle montre sa détermination, se passionne et canalise son énergie à destination de lui ou de ses normes. Deux ressentiments et deux ambitions se marient, ce couple ‘mécanisé’ peut se révéler sans se gâter, chacun trouvera son accomplissement (satisfaction régressive et grande œuvre pour Reynolds, dans lequel le réalisateur, en partenariat avec l’acteur, reconnaît avoir injecté de lui-même).

Note globale 72

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Suggestions… Falbalas/Becker + Rebecca/Hitchcock + Yves Saint-Laurent + La Sirène du Mississippi + Le Silence des Agneaux + The Revenant + Foxcatcher + American Bluff

Scénario/Écriture (7), Casting/Personnages (7), Dialogues (7), Son/Musique-BO (7), Esthétique/Mise en scène (7), Visuel/Photo-technique (8), Originalité (6), Ambition (8), Audace (6), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (6), Pertinence/Cohérence (7)

Note arrondie de 70 à 72 suite à l’expulsion des 10×10 (mai 2019).

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MINI-CRITIQUES 7

31 Jan

Seuls les 9 et 10/10 feront l’objet d’une critique systématique. Les 8 intègrent donc les Mini-critiques via cette septième édition (grâce au Reptile de Mankiewicz).

Cemetery of Splendour ** (Thaïlande 2015) : Et si tout ça n’était pas adapté pour le cinéma, ou seulement entre parenthèses ? J’avais aimé Tropical Malady, mais cet opus-là est trop lent, les dialogues et même une bonne part des pourtant rares mouvements sont plombants, l’action comme les individus sont dépersonnalisés. Filmer l’irrationnel reste méritoire mais ‘l’abandon’ même encadré mène à une reconstitution du réel qui a-priori vaut autant qu’une impulsive, racoleuse, ou une pure illustration qu’auraient signés des amateurs. Ce qui relève le film outre sa jolie plastique, c’est son charme, rapidement diffusé ; pour le reste, il se distingue en allant sur une pente sûrement jolie et défendable mais qui peu enrichissante à cause de sa passivité volontaire. (44)

Les Nuits avec mon ennemi / Sleeping with the enemy ** (USA 1991) : Film empreint de manichéisme sur la violence conjugale, mais pertinent dans le détail et dans la description d’une relation toxique et ses effets. Au sens strict cette partie n’occupe qu’un cinquième du film (en entrée), le reste montrant la lutte à distance, jusqu’aux retrouvailles.

Ce film (à la jolie photo, au style 100% nineties) est donc en contradiction avec le romantisme de Pretty Woman (plus proche de Cinquante nuances de grey avec sa conception du ‘gros lot’ pour femmes) ; il est partiellement en contradiction avec l’image de Julia Roberts à l’époque et participe à développer sa facette combative (Erin Brockovich arrivera en 2000).

Le style est théâtral et lourd, notamment dans l’usage de la Symphonie fantastique de Berlioz pour souligner l’oppression et la morbidité des situations. Une autre ambiguïté atténue le propos : le moustachu autoritaire est-il un vrai psychopathe ou un homme prédateur ? Enfin tous les hommes semblent être des menaces ou des propriétaires condescendants en germe (l’autre mec voit la relation plus forte qu’elle ne l’est, s’impose) – à moins que ce ne soit que le prisme déformant d’une victime et que nous savons tous, auteurs et contrôleurs du film y compris, que ces biais en sont et font leur office. Enfin l’approche se veut positive pour les femmes, la victime s’avérant débrouillarde (elle a prémédité, de loin, sa fuite) et résiliente malgré les coups qu’elle a pris et sa diminution passée. (48) 

Oblivion *** (USA 2014) : Film de SF à énorme budget avec Tom Cruise, à l’époque où il devient commun de s’en moquer. Plane sur le genre, reprend des souvenirs glorieux ou des références originales à défaut d’être entrées au panthéon (classiques mineurs des 70s, références incontournables pour cinéphiles comme La jetée et Solaris, Postman peut-être -ou car c’est lui-même un pot-pourri- ?). Les spectateurs rodés ne vont rien découvrir fondamentalement, mais le spectacle est de haute tenue, en tout cas irréprochable et agréable techniquement. Reste des aspects trop sucrés ou ringards, catalysés par Morgan Freeman et tirant la dernière partie vers l’insipide. (66)

Ressources humaines *** (France 2000) : Débuts de Laurent Cantet (Vers le sud, Entre les murs), avec Jalil Lespert. Digne d’un documentaire et souvent brillant dans les dialogues, la direction d’acteurs et l’écriture (‘photographique’) des personnages. Malgré l’engagement flagrant et implicitement assumé, ne verse pas dans le fantasme ou le procès, préfère les tons gris et la morosité du réel. (72)

Dans la chaleur de la nuit *** (USA 1967) : Survenu au moment des luttes des droits civiques et des émeutes/tensions raciales. Assez fin dans ses profils sauf peut-être lorsqu’il s’agit des brutes armées et traquant le policier noir. Loin du moralisme et de la haine (générale mais surtout géographique ou ‘de classe’) de productions antiracistes ou antibeaufs de l’arrière-pays comme Un homme est passé. Vu en VF. Serait le premier détenteur du grand Oscar interdit aux enfants (aux moins de 13 ans). J’ai aimé l’ambiance et certains plans ou détails m’ont paru remarquables ; à revoir et rehausser, peut-être. (70)

La part des anges ** (UK 2012) : Septième Loach vu et premier sans critique. Meilleur que Daniel Blake et drôle contrairement à lui. Sait faire apprécier l’aventure à défaut de rendre les petites frappes sympathiques. Davantage une comédie complaisante et tranquille qu’une œuvre ‘sociale’. (62)

Le Jour de la fin du monde * (1980) : Ou ‘When Time Ran Out’ en VO. Film catastrophe banal, pas dégoûtant ni stimulant, avec Paul Newman en brave et Bornigne en vieux chien. Je l’ai vu surtout pour Bisset (remarquée dans La cérémonie). Un ‘film de vacances’ à tous points de vue – et pas des vacances de prolos bien que les effets soient cheaps. Musique balourde. Malheureusement avec la fuite le film perd de son semblant d’intensité. De plus les moments spectaculaires sont très insuffisants et dignes d’une série B de studio B. (38)

The Impossible ** (2012) : Vu sur France 2. Les grands studios n’osent ce genre de films (comme 127 heures) qu’avec le label ‘based on a true story’ – des versions ‘ad hoc’ pour les mêmes résultats ne demanderaient pas beaucoup d’imagination. Efficace, plutôt équitable a-priori mais longuet sur la fin et assez pauvre au fond. (48)

Ex-lady ** (USA 1933) : Vu sur France 3 via ‘Cinéma de minuit’, n’avait que deux notes sur SC (est passé à neuf). Montre une tentative, forcément ratée, d’union libre, avec Bette Davis en femme indépendante rattrapée par la jalousie. Un peu grivois dans les dialogues. Bette Davis joue mal la pleureuse. Plaisant et facile, moins de 70 minutes. (62)

Le jour du fléau ** (USA 1975) : De Schlesinger, le responsable de Marathon Man et Pacific Heights. Tendances mélo et grandiloquentes, semble viser la grande chronique voire la petite fresque. Tiré d’un roman ou d’une nouvelle homonyme paru en 1939. Le physique étrange de Karen Black retient l’attention et son personnage assure le ‘show’ constamment. Malheureusement il y a un fossé entre ce que le film montre (qui est finalement innocent ou banal) et sa dépréciation affichée par rapport aux mœurs, certes basses, pourries ou ‘hors-sol’ des gens de cinéma – ou des business s’y rapportant. Le ton se fait franchement cinglant sur le tard seulement. En revanche Day of the Locust a bien le mérite, si c’en est un, de montrer la réalité par le bout laid, refuser toute complaisance et presque toute magie – presque car il se fait poétique voire lyrique par endroits, quand ses gens sont trop affectés et qu’il n’y a plus de quoi tourner ça à la dérision. La fin (à partir du déchaînement de la foule) relève du cauchemar et de la ‘fantaisie’. À essayer pour ceux qui ont aimé Le Dahlia Noir. (58)

Le bonheur ** (France 1934) : De Marcel L’Herbier, avec Gaby Morlay et Charles Boyer. Tiré d’une pièce d’Henri Bernstein, connu comme auteur de théâtre de boulevard. Michel Simon en homosexuel peut surprendre, mais il l’aurait été dans sa vie réelle – sûrement pas sous ce format. Bien que ce film en soit un, au lieu de se contenter d’un espace de théâtre (il utilise des astuces montage pour les enchaînements), il manque d’intensité. La direction est plutôt claire jusqu’au milieu, mais l’épaisseur manque, probablement par suite de l’absence d’engagement. La critique est donc superficielle, hors de quelques mots plaqués elle est des plus faibles ; le romanesque reste théorique, même le luxe et les moments de passion semblent morts et lointains. Ce film est tout de même précoce, dans la mesure où il introduit dans les coulisses du cinéma et la machinerie de l’illusion amoureuse – avec l’idée qu’il vaut mieux savourer sans toucher, se faire ‘avoir’ de loin sans se faire prendre par les artifices. (48)

Brèves de comptoirs * (France 2014) : Pour la mise en bouche cette adaptation recrute les beaufs présentables type RTL/ FranceInter/ programmes courts du 20h – les FranceInter se mouillent moins, quand même, quoique François Morel déboule avec un costume d’homme-sandwich. Le film se contente de relier les phrases (il est rarement plus long, sauf une scène sur Brigitte Bardot) à l’intérieur de pseudo-saynettes très flottantes. Le premier quart-d’heure est passable, il faut surmonter la centaine de minutes. Une mini-séries avec de mini-épisodes aurait déjà été sans intérêt, puisque ce film n’a aucune vertu et ses acteurs eux-mêmes perdent leur temps. Beaucoup de vannes hyper triviales, déjà vues ou entendues : les champignons pas balancés aux allemands contrairement aux juifs (déjà dans Groland), les remarques sur le racisme, etc. C’est un peu du Mocky en lymphatique et ronflant avec casting populaire et gros blancs. Un petit côté poétique et morbide sensible essaie de se greffer mais tout manque pour décoller. Ribes fait un cameo pour nous dire que les humains c’est si décevant – les gens mesquins se sentent légitimes pour sortir ce genre de conneries. (22)

Le Bossu * (France 1960) : Très raide, pas de souffle – encore moins épique. Les acteurs n’ont pas la place et ne sont pas en cohésion – Marais et Bourvil livrent des versions aseptisées d’eux-mêmes. Pour les fétichistes des ‘beaux costumes’. (36)

Le frisson des vampires ** (France 1971) : Troisième long-métrage achevé de Jean Rollin qui persévérait dans le vampirisme. Fort en style et en initiatives graphiques, mais desservi par sa direction d’acteurs et son indifférence aux rythmes. Ces deux défauts servent toutefois la pente ‘stoner-movie’ de cette production absorbant à son compte (vicieux) les atours hippies et reprenant du paganisme. Parfois très bavard. Agréable à voir quand la lenteur est occultée. Dans le même registre et tourné la même année : La rose écorchée de Claude Mulot. (48)

Quai des orfèvres *** (France 1947) : Marquait le retour de Clouzot après son interdiction d’exercer à la Libération, suite aux polémiques générées par son Corbeau de 1943. Excellents acteurs, brillante mise en scène, scénario ou du moins histoire d’un moindre niveau. Bernard Blier est très intense et tourmenté par rapport à sa moyenne finale. Le commissaire et le catalogage des (mauvaises) passions souillent les vanités du show-business. Louis Jouvet me semble exagérément applaudi pour son personnage de bon et brave cynique, les deux femmes étant largement plus intéressantes et captivantes. Le titre fait référence à l’adresse d’une unité de police judiciaire rattachée à la préfecture de Paris – il sera repris par Olivier Marchal en 2004. (72)

Le trou normand * (France 1952) : Marqué par la première apparition à l’écran de Bardot, qui vient donner la réplique à Bourvil (lequel joue un benêt reprenant ses études pour apprendre à être intelligent – à l’époque ça se conçoit). Les deux sont à la peine. La direction d’acteurs manque de dynamisme, certains essaient de compenser avec de hauts cris, sans succès. Comédie ‘bon enfant’ mais un peu grivoise et à peu près nulle. (20)

Paradis perdu ** (France 1940) : Opus très dispensable mais sans défauts de conception de la fin de carrière d’Abel Gance. Suit un homme perdant sa femme pendant qu’il est poilu, puis évoluant en tant que père de son retour du front jusqu’à la fin de son existence. (52)

Portrait de femme *** (1996) : Par la réalisatrice de La Leçon de piano, Jane Campion. Nicole Kidman y est manipulée par un Malkovich ‘loser’, raffiné, blasé et malveillant, auquel l’a livrée une ambitieuse déçue. Entrecoupé par des séquences d’imagination (simple fantasme la première fois, puis fantaisie en noir et blanc). Le vieux, fumant sur son lit de mort : « Les choses ne sont jamais ce qu’elles pourraient être ». S’essouffle après le milieu. (74)

Moi, moche et méchant * (USA 2010) : Film d’animation franco-américain extrêmement connu (30K de notes sur SensCritique – à la 235e place selon cette liste) et première production d’Illumination Entertainment qui signera ensuite Le Lorax et Comme des bêtes. Responsable des Minions, petites créatures jaunes en salopette, dont les facéties manquent d’inspiration et de ‘jusqu’au-boutisme’. En terme d’humour et d’aventures, le film devient insipide dès que le Gru a adopté les gamines. Les caractérisations restent médiocres mais les différences entre personnages sont assez importantes pour compenser. Musique ‘funk’ de Pharrell Williams. (32)

Le petit dinosaure et la vallée des merveilles ** (1989) : Le début est relativement exigeant, puis les enfants dinosaures sont réunis. (60)

Le Reptile *** (USA 1970) : Une réalisation Mankiewicz (son avant-dernière) avec des audaces et des vulgarités, proche du western italien de l’époque et loin des hauts canons hollywoodiens. Relève de la satire avant l’entrée en prison et garde ensuite des côtés grotesques, sarcastiques. Autour d’un groupe partageant la même cellule d’une prison du XX (parmi eux un vieux couple). Le seul point important sur lequel le film risquait de rester faux était son directeur, mais cet idéaliste est moins niais qu’il en l’air (et c’est encore sans tenir compte de la contagion du cynisme). Dans le même registre, en plus trash (l’époque et le peu de comptes à rendre aidant), il existe Vice Squad. Plus récemment est sorti une version péquenaude avec Rodney Dangerfield en bon papa : De retour pour minuit. (76)

Circus World / Le plus grand cirque du monde ** (1964) : Dans la première phase, John Wayne ne déroge pas à ses habitudes et si on considère le film avec rigueur, lui et son apparence, voire sa prestation, sont hors-sujets dans le contexte du cirque ; auprès des européens il aura moins l’air emprunté. Très bon casting, sans doute plus remarquable que les personnages (en particulier pour Claudia Cardinale). Gagne en intérêt progressivement : le début en Amérique est un peu fouillis, l’arrivée en Europe divertissante, les retrouvailles apportent une dimension plus romanesque. Reste une moitié du film autour de cette affaire de famille compliquée, émaillée par quelques incidents (la vraisemblance ‘physique’ sera parfois mitigée). Enchaînements mélos bourrins (ni flottements ni profondeur dans ces moments-là). VF de la gamine fort décalée. De jolis moments de cirque malgré des répétitions. (56)

La terre des pharaons *** (USA 1955) : Appuie sur l’escroquerie religieuse et notamment le concept de ‘seconde vie’ pour forcer au travail et justifier la dureté et les privations ici-bas. Signé Hawks (Scarface, Rio Bravo), n’a pas l’ampleur de son Cléopâtre, mais reste un péplum bien achalandé, un AAA de routine – avec ses autres qualités. La concurrence entre efforts de réalisme et démonstrations donne un résultat agréable. Le casting masculin manque parfois d’intensité et par suite de crédibilité. (66)

Autres Mini-critiques : 9, 8, 7654321 + Mubi 4, 3, 21 + Courts 2, 1 + Mubi courts 2, 1