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MINI CRITIQUES REVUS (1)

5 Fév

Tous les films que j’ai vu depuis que j’ai ce blog (donc un an et demi avant Sens Critique), notés en-dessous de 9, qui n’avaient pas eu les honneurs de critiques. Pour d’autres elle restera envisageable (des films marquants ou importants, de quelque manière), mais ils sont une petite portion.

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8 et demi *** (1963) : Auto-analyse de Fellini, projeté dans le réalisateur dépressif interprété par Marcello Maistroianni. Cet opus est très proche de La Dolce Vita (le tournant subjectiviste de sa carrière), avec le même type d’humanité : des membres de la haute société, celle du luxe et pas concernée par les responsabilités, jamais étouffée par le devoir ou la conscience.

Pendant deux heures en noir et blanc Marcello/Fellini déambule entre sa réalité et ses fantasmes. Ses rêveries ont une orientation nostalgique et souvent érotique. Sa femme (à lunettes) n’a que des interventions pesantes, elle lui ressemble peut-être trop et n’apporte ni plaisir ni réconfort – c’est un repère désuet. Elle forme un contraste avec le harem largement imaginaire (parce que peu vécu et à tout juste articulé mentalement comme tel) de son mari.

Fellini démontre un art du clip et de la fantasmagorie ‘adulte’ notamment au début, avec la scène d’ouverture et celle en musique autour de la réception d’aristos. Le film contient quelques moments de génie très ‘publicitaires’. Son visuel magnifique a sûrement été pris régulièrement comme modèle, dans les arts liés à la photographie. Les dialogues fourmillent de fulgurances sarcastiques ou spirituelles. Les amateurs de Barbare Steele la verront heureuse de prendre des coups de fouets – le cadre a changé mais son personnage a bien été importé. (64)

Vu le 6 août 2015 et revu sur Mubi le 30 septembre 2017.

Ça – Il est revenu ** (1990) : Téléfilm en deux parties ou ‘film’ de trois heures. J’en avais vu les premières minutes (ainsi que d’autres bouts), desservies par l’interprétation féminine. La mise en scène est lourde et efficace, expéditive et proche du grotesque dans les moments cruciaux. C’est loin d’être l’incurie sur le plan horrifique ou des idées photographiques (Tommy Lee Wallace était déjà la réalisateur d’Halloween III et Vampire vous avez dit vampire). En revanche le film manque d’épaisseur, de fluidité dans les relations. Il peut être une bonne expérience pour les enfants et notamment pour un premier film d’horreur. (54)

Vu des morceaux de la première moitié à la télévision vers 2008.

Les Anges gardiens ** (1995) : Comédie hystérique, avec Depardieu/Clavier dans un double-cabotinage ; plein d’ellipses au risque de l’absurde (une des fins les plus précipitées), du Poiré. Avec un bêtisier médiocre à la fin. J’aime même si c’est fait à l’arrache et sûrement prémédité au minimum possible. Si vous adhérez à un tel truc, essayez Les Gaous (qui pousse le bordel épileptique à un niveau ‘inédit’) ou La Vengeance d’une blonde (meilleur). (62)

Vu une fois enfant, revu en 2017.

Les délices de Tokyo * (2015) : Avec Les filles du Moyen Age, c’est un des deux films que j’ai vus dans l’année (fin décembre) mais pas critiqué (faisant de 2016 la première et seule année où je n’ai pas tenu le principe). Un troisième film entrait dans cette catégorie, mais je ne l’avais pas terminé : le coréen The Strangers.

Bien que le départ soit relativement encourageant, je confirme ma non-adhésion à ce film. Et la note si basse qui par rapport aux moyennes a l’air d’une provocation, ce qui me dépasse d’autant plus que, si je ressens du négatif envers ce film, je ressens surtout peu de choses. (32)

Vu en VOST le 26 décembre 2016, revu en VF en mai 2018.

L’empire des sens ** (Japon 1976) : Présenté dans une version restaurée en 2016. Aucunement excitant et plutôt répugnant dans ses scènes explicites (entre les micro-pénis et les touffes du passé). J’avais trouvé l’approche triviale malgré un côté pompeux, c’est confirmé. Depuis heureusement j’ai découvert Tabou (et Il est mort après la guerre).

La seule scène un peu satisfaisante et plaisante est celle où une fille, tenue par plusieurs autres, se fait enfiler un oiseau en bois (juste avant la danse de Gangnam Style version papy à l’EHPAD). Concernant la passion même charnelle et plus encore les sentiments, ce film manque d’authenticité et d’intensité, jusqu’à ce qu’il ait tout déblayé autour du couple (donc quasiment jusqu’à cette mise à mort interminable). L’espace est alors trop étroit pour que la psychologie soit encore intéressante, mais les acteurs paraissent crédibles et la volonté de madame l’est certainement.

C’est bien un porno chic, enrobé par un halo de subversion et des moyens inimaginables pour un film ‘bis/Z’ ou ‘d’exploitation’ normal. Évidemment c’est devenu ringard puisqu’il n’y a plus grand chose à subvertir depuis les années 1990-2000 (en tout cas au niveau de ces choses ‘naturelles’ et accessibles au moins en esprit et en théorie par chacun), il ne nous reste alors plus qu’à constater la mollesse de la séance, les béances du scénario, le manque de tenue – sauf sur les divers plans techniques. (56)

Vu une fois vers 2008, revu en juin 2018 sur MUBI.

Tenue de soirée *** (France 1986) : Changement d’avis, même si Buffet froid et Les valseuses planeront toujours au-dessus. Film imprévisible et grotesque, avec des omissions considérables et un dernier tiers rendu plus loin qu’en roue libre. La façon dont Michel Blanc est considéré doit être le plus drôle car le plus déroutant – quelque soit les goûts de l’observateur, son personnage n’est pas ‘beau’. L’évolution des individus est ridicule, leurs aventures invraisemblables, les deux sont jubilatoires. Dialogues et acteurs excellents. Un brillant nanar et une formidable comédie, un parfait film pour alcooliques, conçu manifestement à l’arrache ou avec une certaine négligence pour la charpente. Aussi un film remarquable sur le cocufiage et ses variétés. (72)

Vu (incomplet) une fois vers 2009, revu en août 2018.

Cendrillon **** (U 1950) : J’avais mis 7 à mon arrivée sur SC, partagé entre enthousiasme et scepticisme fondés sur des estimations lointaines. J’aime effectivement, suis probablement plus sensible aujourd’hui au mauvais chat, plus enclin à aimer les souris et les petits animaux, mais la grosse souris maladroite est toujours aussi répugnante – je souhaitais sa mort bien que ce ne soit pas dans l’esprit de Disney.

Le culte du prince charmant, l’éloge des petites filles sages et pures sont bien là et pratiqués à fond ; si le premier mérite effectivement révision, le second n’est pas si horrible – la morale de Cendrillon a ses vertus. Sauf sur cette rêverie de fille à marier, mais sur ce plan les ratés sont constants : dans La Valse dans l’ombre comme dans Blanche-Neige, les ‘princes charmants’ sont des êtres vides, sans charisme sinon celui d’une publicité pour l’hygiène. La prise en puissance de l’ex-petite fille, sa maturation sans compromissions, est aussi un motif récurrent mais ne me semble pas un problème – qu’il en soit un pour celles pétries de regrets de s’être trop ou trop vite souillées, pour celles qui n’auraient pu l’être comme elles le souhaitaient ou pour leurs complices masculins, c’est tout naturel.

Sinon le film est plein de détails charmants et marquants. Sa niaiserie est gracieuse. Les chants de souris en font les ancêtres des Chimpmunks. C’est le point le plus innocent du film, car sa morale effectivement n’est peut-être pas géniale pour les enfants (sans qu’elle soit déroutante comme celle de Peter Pan), car s’en remettant quasiment à la chance, le développement du charme personnel et la ‘magie’ pour sortir de la misère – en même temps, les enfants n’ont pas besoin d’être progressistes et de prendre du recul sur tous leurs fantasmes, pas en esprit du moins. (82)

Vu plusieurs fois enfant, revu en décembre 2018.

Peter Pan **** (U 1953) : Vu une fois enfant, j’avais moins aimé le début dans la réalité et n’en conservais aucun souvenir clair. De nombreux détails me sont parus familiers (la fée enfermée, la capture via les sapins). Représentation remarquable et amorale de l’évasion et de l’imagination, capable de parler aux enfants sans les tenir enfoncés dans la niaiserie habituelle (même si la gamine ‘responsable’ et aimante conserve un peu d’ancrage et de repères). Les enfants méritent de voir un tel Disney plutôt que la majorité de ses alter-egos (trop restrictifs) et de ses descendants (trop criards et débiles). (8)

Vu une fois enfant, vers huit ans, (re)découvert en décembre 2018.

Les Aristochats **** (U 1970) : Un excellent Disney, où le cadre est souvent plus intéressant que le sujet (les chats). Le Paris des années 1890-1910, les virées burlesques, les rencontres (avec les oies) rendent l’ambiance charmante. Beaucoup de scènes burlesques remarquables, principalement autour des deux chiens et d’Edgar. Dialogues relativement bien écrits, même si peu sont mémorables (contrairement à Blanche-Neige, Le Roi Lion ou au Livre de la Jungle, mais à l’instar de Robin des Bois ou même Cendrillon). Toujours peu fan du passage sous les toits de Paris et peu sensible à ces chats bohémiens. (8)

Vu peut-être plusieurs fois enfant, revu en décembre.

Independance Day ** (USA 1996) : J’y avais jeté un œil plus que véritablement ou intégralement regardé. Les effets spéciaux sont d’un niveau maximal pour l’époque, comme les meilleurs de Star Wars Phantom sorti trois ans après et également produit par la 20th Century Fox. Les aspects mélo sont ni brillants ni affligeants. Mais combiné au patriotisme et aux échauffements de la dernière riposte, ils multiplient les longueurs. Le véritable problème de ce film me semble donc être cette dernière partie et tout l’ennui précédant la grande attaque. Elle-même en sort gâchée, tandis que le quota de bêtises ‘l’air de rien’ et des autres défauts sont exacerbés – le président devient grotesque, heureusement le mec avec la VF de South Park a le bon goût de bien torpiller l’emphase du délire. Des trucs un peu niaiseux ou invraisemblables, comme prévu, pas dans des proportions atypiques ni trop choquantes. Les péquenauds sont plus cools et musclés que dans Mars Attacks où ils sont transformés en beaufs à la Deschiens. Le président est un tocard pendant les deux tiers au moins – son administration en sait voire en peut davantage. Ceux qui dénoncent sa sanctification supposée ne sont pas au clair – il n’y a que sa virée finale pour véritablement le flatter, pour le reste c’est un membre de la team America comme un autre – c’est bien cette normalisation du personnage qui devrait plutôt être questionnée. (54)

Vu une fois partiellement il y a une quinzaine d’années, revu en avril 2019.

Violette Nozière ** (France 1978) : Une ado de 18 ans jouée par une actrice de 26 comme dans les fictions au campus dans les années 1990. N’étais plus sûr de l’avoir vu et sûr de l’avoir vu superficiellement, confusion possible avec Une affaire de femmes. Pas étonnant tant le point de vue est attentiste, la séance presque contemplative : Chabrol ne sait pas couper ni hiérarchiser. Le père semble mal relié à sa fille, le choix de Carmet et Huppert après Dupont Lajoie où il violait ne saurait être innocent ; mais même dans les relations tout reste bien flou, on en connaît la nature qu’aux deux tiers au maximum, pour certains cas (l’amant), pas même la moitié pour les parents. Comme d’habitude Chabrol donne dans la sous-satire sans beaucoup d’humour contre les bourgeois, l’ordre établi (les féministes peuvent inscrire cet opus sur leur liste des ‘récupérables’) – et comme d’habitude il en fait sûrement trop partie pour attaquer ou même considérer sérieusement la chose. Un film pour ceux qui aiment les ambiances d’époque, à condition qu’ils n’aient pas des espérances de spécialistes ; sinon, pour les acteurs. (56)

Vu une fois superficiellement, [re]vu en juin 2019.

Walkyrie *** (USA 2009) : Sur la tentative d’assassinat d’Hitler par des haut-gradés allemands en juillet 1944 (la dernière des quinze connues de la résistance allemande d’après le carton final), quand la guerre tournait en défaveur du camp de l’Axe. Mise en scène classique et technique plutôt luxueuse. Perd de sa force et de son intérêt avec le lancement de la mission. Focus un peu neuf sur une page de la ‘grande guerre’ mais c’est encore de l’Histoire proprette et héroïque – sans tomber dans la pure figuration de service public. Finalement un film à suspense éventé foncièrement manichéen (une main de la lumière et du Bien tendue vers l’Allemagne), sans à-côtés baveux et sans trajectoires intimes très étoffées. Un épilogue plus humain et moins grave aurait été préférable – Carice Van Houten (deux ans après Black Book) n’est même pas reconnaissable car, comme l’ensemble des personnages secondaires, elle ne sert qu’à refléter une ou deux émotions. (64)

Vu une fois dans de mauvaises conditions en 2009, revu en juillet 2019.

Comment j’ai fêté la fin du monde ** (Roumanie 2006) : J’en avais aucun souvenir et c’est parti pour se répéter. Un doute subsistait : était-je passé à côté d’un tableau profond, car quelques détails relevaient la sauce !? Je me les suis effectivement rappelé (cette prof blonde typique, le vieux tout enthousiaste à la chute du dictateur et immédiatement cassé par la mise à feu tout aussi joyeuse de sa voiture – les ‘copains’ l’ont pris trop vite au sérieux) mais ils ne valaient pas de se pencher spécialement sur ce film. Le film ne présente que des anecdotes et son centrage officiel sur le garçon est curieux, puisque sa grande sœur a un joli caractère et qu’elle meuble bien mieux que tous ses camarades. (52)

Découvert en février 2016 et revu en juillet 2019, toujours sur Mubi.

Bruce tout-puissant * (USA 2003) : Vulgaire et néanmoins bizarre, furieusement débile et niais (dépasse Ace Ventura et ses parties philosophiques ne font que l’enfoncer). Les projections semblent celles d’un petit garçon proche de la mort cérébrale, abruti par ses fantasmes de super-héros. J’avais détesté et décroché après le gag du singe, en était sorti avec un a-priori déplorable [déjà induit par ses pitreries télé] concernant le clown Carrey (corrigé peu après grâce à Truman Show, puis avec Philip Morris) ; finalement ce film n’est pas une des pires choses tournées mais reste probablement la pire avec Jim Carrey. Elle a un pied dans le sentimental et la prêche émotionnelle qui rendent Carrey décalé dans un nouveau et regrettable sens (les flonflons familiaux gâchaient à peine Menteur menteur, passait pour un obstacle allègrement surmonté). Le lien avec Aniston est peu crédible également, même si son personnage est parfaitement vraisemblable. Bien sûr le film oscille entre légèrement et odieusement moche. Les séquences avec ‘Dieu’ Freeman sont trop consternantes pour rester simplement embarrassantes. Pas grand-chose à retenir, le bizutage de Steve Carell surnage à peine, quelques séquences liées aux pouvoirs sont relativement marquantes (la lune, le passage en musique dans la rue). C’était une vilaine expérience avec un arrière-goût sordide. Elle annonce la dérive ‘chamallow’ accompagnant la chute de la carrière de Carrey malgré quelques éclats (comme Eternal sunshine). (28)

Vu partiellement vers 2005, revu en juillet 2019.

L’opération Corned Beef *** (France 1991) : Une comédie grasse et flamboyante signée Poiré avec Clavier, deux ans avant Les Visiteurs et quatre avant Les anges gardiens. On y retrouve les ressorts typiques du cinéma de Poiré, avec ces gags destroy mais aussi des caricatures vaguement mesquines : la grosse avec des scènes assassines et des plans gratuits soulignant sa démarche puis sa tardive prise de conscience (deux costaudes auront un rôle-éclair similaire dans Les visiteurs 2), le dictateur latino. Le couple ‘vieille France’ est moins écorné, on sent davantage de sympathie pour les personnages certes bouffons de Clavier et Lemercier. Jean Reno n’est pas brillant et plombe presque certaines scènes, heureusement l’outrance et la vitesse de la mise en scène l’en empêchent. Tout oscille entre la beauferie adulte et les délires enfantins, la voix de Mitterrand relève du second. On pourrait croire que l’opération fait écho à l’affaire des écoutes de 1982-86, or elles n’ont été révélées qu’en 1992 : dans un autre registre les critiques en feraient des tonnes sur le flair du scénariste ou du réalisateur. (64)ou+

Vu certainement en 2016 ou 2017, revu en août 2019. Peut-être vu plus jeune.

99 francs ** (France 200) : On y croit un temps et il y a bien des passages potentiellement succulents (la réunion tout particulièrement), mais ça tient difficilement sur plus de 70 minutes. À terme c’est toujours les mêmes problèmes et la même complaisance pseudo-masochiste, vraiment exhibitionniste. On sent cette quête du petit supplément d’âme et de conscience critique pour ces gens-là, les admirateurs de leur milieu, leurs contempteurs hypocrites ou médiocres – puis bien sûr pour tous les autres qui le voudront bien, mais on sort du cœur de cible/noyau dur qui fera la force et l’aura du film. Je reconnaît qu’il y a de la ressource dans cette bête-là mais c’est encore trop ensorcelé par ce que ça prétend dénoncer et à l’image du tour de la fin, c’est superficiel et complètement penaud dès qu’il s’agit de dépasser la provoc ou la posture. (62)

Vu partiellement peu de temps après sa sortie. Revu l’été 2019.

Astérix & Obélix mission Cléopâtre ** (France 2002) : Même si ses atouts au niveau du casting et des décors gardent de leur efficacité, Mission Cléopâtre n’est pas à l’abri d’une réévaluation générale à la baisse. Une grande partie de l’humour repose sur des références anachroniques ; sans surprise celles portées par Itinéris ont mal vieilli. Jamel apparaît comme une sorte de sous-Eric Judor pas drôle. Il n’est pas exaspérant comme il le sera plus tard à cause de la faiblesse des univers autour de lui – quoiqu’il arrive son ‘génie’ n’est pas responsable du succès ou non d’une entreprise ; mais je suppose qu’il peut amuser certains enfants coutumiers de ses réflexes.

Je craignais que placer La surprise de César à peu près au même niveau soit une sorte de snobisme ou une volonté d’originalité opérant à mon insu ; je dois vérifier l’objet lui-même, mais en revenant sur son concurrent, les placer au moins à égalité ne me semble pas tricher. Mission Cléopâtre démarre fort, recycle habilement des éléments secondaires (les pirates), puis à mesure qu’il a posé les enjeux s’épuise. Il connaît une lourde chute après la sortie de pyramide en format bande-dessinée, avec des moments longuets voire assez nuls comme les batailles impliquant Darmon. Le final est assez pauvre et trop centré sur les petites personnes des participants ou du moins leurs personnages sociaux. (58)

Vu en salles à sa sortie et plusieurs fois depuis. Revu pendant le dernier trimestre 2019.

Topaz / L’étau ** (USA 1969) : De jolies scènes (la fille s’évanouissant dans sa robe violette, les grosses manifestations soviétiques), mais des interprétations douteuses, un scénario et un rythme flottants. On peut y voir la contradiction de James Bond mais l’agent principal est un OSS 117 insipide. On assiste à des scènes lentes et laborieuses plutôt que de démonstrations hautement ‘réalistes’. Politiquement le niveau ne dépasse pas la mesquinerie (envers des représentants français) mais il faudrait être un anti-américain susceptible ou un sympathisant socialo-communiste pour en être remué – même s’il est facile de se sentir plus concerné que ces guerilleros mollassons. La partie romance est encore plus fadasse et inepte. Probablement le moins bon de la carrière d’Hitchcock qui approchait de son terme – heureusement les ultimes opus bénéficient de leur relative extravagance – ou vulgarité (Frenzy particulièrement). (44)

Vu une fois en 2014 ou avant, revu en novembre 2019.

Ravenous / Vorace *** (USA 1999) : Malin et bizarre. Palabre sur la transgression et l’égoïsme viscéral, avec quelques sorties brûlantes comme « La normalité, le dernier bastion des lâches ». Une certaine légèreté et ses façons de ‘huis-clos’ interdisent d’aller au bout des ses raisonnements odieux et encourage le flou artistique dans le scénario. (64) 

Vu une fois il y a dix-onze ans.

Inland Empire ** (USA 2006) : C’était le moins bon et le moins stimulant à mes yeux à l’époque, en-dessous d’opus plus classiques ou renommés qui ne m’ont que modérément touché. C’est probablement normal que son réalisateur ait pris des distances avec le cinéma par la suite, tant il semble avoir fait le tour du medium ou de ce qu’il pouvait en triturer (à moins bien sûr de régresser vers du Godard ou du Cavalier). Le style Lynch semble sacrifié au profit de quelque chose de plus ‘cosy’, jusqu’au générique de fin annihilant toute magie du cinéma. Même si aujourd’hui le film se suit relativement facilement, probablement car il rejoint un genre de bidouillages presque courant, il contient trop de redites par rapport aux œuvres ultérieures et seul son mystère trompe l’ennui. (62)

Vu partiellement sinon totalement, pas plus de quatre ans après sa sortie. Revu sur Mubi en décembre 2019.

LES 39 MARCHES **

2 Déc

les 39 marches

2sur5  Après le succès de L’Homme qui en savait trop (1934) dont il tournera lui-même le remake en 1956, Hitchcock enchaîne sur Les trente-neuf marches (1935). C’est à ce moment qu’il attire l’attention des américains : nous sommes encore dans sa période britannique, prenant fin en 1940 avec Rebecca et les classiques avec Cary Grant et James Stewart arriveront dans une décennie. Au-delà de son statut de classique ‘secondaire’ parmi les 53 réalisations d’Hitchcock, Les 39 marches est important car il marque son premier usage du MacGuffin.

Ce procédé scénaristique a été popularisé par Hitchcock jusqu’à lui être complètement assimilé. Comme dans la plupart des opus hitchcockien ultérieurs, tout démarre sur le postulat de l’homme accusé à tort d’un crime dont il a rencontrée juste avant sa mort la victime. S’ensuit la chasse par la police de Richard Haney (Robert Donat), de l’Angleterre au Canada. Le film officie avec efficacité dans l’espionnage et serait tout à fait classique s’il n’y avait cette légèreté caractéristique d’Hitchcock, ici exacerbée, ainsi que ce flirt avec la comédie.

Le spectacle recèle quelques gags curieux, comme cette intro avec le public déchaîné face à un magicien très sobre, ou encore l’échange avec le livreur. Mais passée la rencontre avec Annabella Smith, Les 39 marches s’enlise dans une floppée de rodomontades. Son intrigue est naive, son héros également : cette petite flamme crissante, se déployant à partir de son discours ridicule sur une tribune, éteint le film. Les trente-neuf marches laisse ses quelques anecdotes, la joliesse d’une superposition du souvenir d’Annabelle, pour filer briller au rang des Hitchcock mineurs.

Note globale 53

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Suggestions…

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LE CRIME ÉTAIT PRESQUE PARFAIT ***

26 Juil

le crime était presque parfait

4sur5  Appartenant à la période de l’Hitchcock classique, grand maître, Dial M for Murder sort en 1954 et se situe juste avant Fenêtre sur cour et La main au collet. Manifestement moins ambitieux que d’autres, c’est pourtant l’un des meilleurs opus hitchcockiens, en tout cas l’un des plus délectables. Craignant une séparation qui le mettrait financièrement dans l’embarras, Tony Wendice contraint un homme à tuer sa femme. Mais celui-ci rate son assassinat et Margot Wendice se défend si bien qu’il meurt un ciseau planté dans le dos.

Le mari est alors au téléphone à l’extérieur. Il doit rejoindre sa femme à leur domicile : comment la gérer, comment se protéger et orienter la police qui arrive ? Le spectacle est assez balourd au départ, quoique le face-à-face du commanditaire et de l’exécutant forcé corrige rapidement le tir en mettant au placard les discussions oiseuses. Lorsque l’unique véritable criminel est le seul (avec nous spectateur) à connaître la menace pesant sur lui et devoir la déjouer, le film devient passionnant. Puis le piège se referme sur sa femme et arrive le climax du film, où la victime manipulée est doublement bafouée.

Le spectacle charme énormément par sa précision retorse et l’aspect ludique de sa construction. Son tournage en quasi huis-clos lui apporte plus que sa 3D (dont quasiment personne n’a pu profiter pendant une cinquantaine d’années, en-dehors des festivaliers). De l’aveu du réalisateur lui-même, peu d’effets se fondent sur le relief (les remarquables sont relatifs à des gestes manuels), mais Le crime était presque parfait a ainsi l’honneur de figurer parmi les premiers à employer le procédé. Le film profite de ses excellents personnages (Grace Kelly, l’inspecteur) et notamment de son criminel quasi parfait.

En dépit du risque d’échec pesant sur lui tout le long du film, Ray Milland est un stratège et acteur brillant, d’autant plus inquiétant qu’il ne souffre d’aucun trouble intense ni d’aucune culpabilité (seulement l’anxiété du dissimulateur). Sa position d’aliéné modéré et son élégance, face à un amant plus grossier (dont la perspicacité sonne faux), le rendent plus sympathique que les autres protagonistes, dont l’enthousiasme creux et la froideur mondaine semble être devenue une seconde peau ‘sincère’ : le spectateur voit une hypocrisie et un maillon (faible et moralement abject, pourtant sans méchanceté) qui ne s’en accommode pas. En dernière instance son obscurité est plus digne que leurs couleurs pastels – c’est un franc antihéros, les autres sont rangés aux mesquineries ordinaires. C’est aussi un vrai sujet de tragi-comédie tant il est objet d’ironie ; il fait entrer le Mal dans la maison, évidemment pour son propre compte, or il travaille au succès des besoins amoraux de ses adversaires, qui demeurent les gentils de l’affaire.

Note globale 72

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Suggestions… Hannibal + Douze hommes en colère

Scénario/Écriture (4), Casting/Personnages (4), Dialogues (4), Son/Musique-BO (-), Esthétique/Mise en scène (4), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (2), Ambition (3), Audace (3), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (4), Pertinence/Cohérence (4)

Critique complétée suite à un second visionnage en janvier 2019.

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LA MAISON DU DOCTEUR EDWARDES **

26 Juin

3sur5  Dans les années 1940, la psychanalyse est à la mode chez les anglo-saxons. Hollywood s’empare du domaine et Hitchcock s’y illustre notamment avec Rebecca dès 1940. La Maison du Docteur Edwardes (1945) s’inscrit plus explicitement dans le registre ; moins finement aussi, le degré de complexité étant comparable au Secret derrière la porte de Fritz Lang (1948), produit beaucoup plus ludique et attentif aux vibrations passionnelles de ses personnages. Car Hitchcock a beau expliquer par la voix de Constance que comprendre l’humain est plus fort encore que capter son esprit, lui-même se soucie peu de briser la glace.

En soi le pari est audacieux et Hitchcock réussit à créer le suspense en concentrant ses efforts et ses effets sur un seul point. Et avec une question : quelle est la nature du mal rongeant le docteur Murchinson ? La psychiatre Constance Petersen recherche son trauma d’origine alors que son état s’aggrave doucement. D’abord collaborateurs, ils deviennent intimes : comme toujours chez Hitchcock, leur passion est platonique et conforme aux canons puritains. L’originalité du film devient finalement son fardeau. Hitchcock traite cette quête du traumatisme comme une affaire à détricoter. Il est loin du langage visuel de Rebecca, où l’usage de l’espace disait plus et mieux sur l’état d’un sujet que les notions sentencieuses et les anecdotes douteuses (une fossette gauche à chaque secousse maternelle – voir à la 12e minute).

Cette gaucherie trouve sa meilleure expression lors des scènes où Constance est portée par une intuition face à un Murchinson s’énervant directement.Qu’il y ait dissociation ou sujet épineux, soit. Mais de façon si tranchée, nous arrivons dans le cartoon. D’une seconde à l’autre, Murchinson devient injurieux et s’exprime comme s’il ne connaissait pas Constance et que leur histoire disparaissait. La vision est ultra-rigide. Hitchcok et ses auteurs sont bons pour attirer l’attention mais pas pour convaincre par ce genre de délibérations. Cette propension à la caricature enfantine a toujours été un élément constitutif de son cinéma et de sa mise en scène, le final de Sueurs froides étant un exemple plus outrancier.

Malgré ces aspects contrariants, La Maison du Docteur Edwardes est un film réussi, un spectacle de petit-maître. Hitchcock fait ici la démonstration de son talent pour le mélo, qu’il avait d’ailleurs exprimé très tôt avec par exemple Le Chant du Danube (en 1934 alors qu’il était encore en Grande-Bretagne). Le tandem Gregory Peck/Ingrid Bergman fonctionne et la scène du rêve dessinée par Dali diverti. Sauf cet aspect et un plan au travers d’un verre de lait, la mise en scène reste prudente et précieuse. Pour le reste, la vérité est au bout de la piste de ski. C’est un peu plat, mais un épilogue tombera, pour donner leur compte aux amateurs de l’Hitchcok polier : là-dessous il y avait bien une histoire criminelle et un protagoniste se délectant de ce faux coupable envoyé par la providence.

Note globale 62

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L’HOMME QUI EN SAVAIT TROP (HITCHCOCK) : LES DEUX VERSIONS **

8 Mai

l'homme qui en savait trop 1934

L’HOMME QUI EN SAVAIT TROP (1934) **

2sur5  Premier film d’Hitchcock pour la Gaumont British Picture Corporation, L’Homme qui en savait trop est son premier grand succès en 1934. L’auteur s’installe dans l’univers qui sera le sien pour l’ensemble de sa carrière, au point d’être tenu pour le « maître du suspense ». Toutefois, The Man Who Knew Too Much est souvent égratigné, car il souffre de sa comparaison au remake américain réalisé par Hitchcock lui-même en 1958. Il est d’ailleurs beaucoup moins connu que celui-ci, ‘véritable’ Man who knew too much dans la mémoire cinéphile.

Avant d’être un véritable thriller, avec de nombreuses percées humoristiques, le film démarre sous le sceau de la comédie, assez cash. Comme en matière de boxe avec Le ring (1927), Hitchcock aime cogner. Par la suite, il chahute sans cesse son intrigue en introduisant des gags à foison, se permettant une scène de pure farce à la messe auprès des adorateurs du Soleil. C’est d’ailleurs à ce moment que le film coule. Fort en gueules (le méchant est Peter Lorre, le ‘héros’ de M le Maudit), L’homme qui en savait trop est d’une intensité faible et surtout plombé par un scénario difficilement tenable.

Tout est limite et le sacrifice de la vraisemblance s’opère pour des petites bagatelles sans effet. Le film ne décollera jamais vraiment. La scène de l’opéra annonce une certaine accélération mais précède une scène de gunfight finale anormalement posée. Le remake l’omettra, pour une issue plus tendue, clou du spectacle. Ici, l’affaire est classée bien trop facilement et jamais Hitchcock ne profite du complot, plus attiré par des rebondissements sauvages. Le climat est légèrement excentrique mais trop versatile et la courte durée (soixante-douze minutes) empêche définitivement Hitchcock d’être plus concluant.

Note globale 53

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l'homme qui en savait trop 1956

L’HOMME QUI EN SAVAIT TROP (1956 – REMAKE) **

3sur5  En 1956, Hitchcok vient d’acquérir la nationalité américaine. Le réalisateur britannique dirige alors lui-même le remake de L’Homme qui en savait trop, son premier franc succès dans le policier/film à suspense. Contrairement à son modèle bien trop court et éparpillé, la version présente développe abondamment ses personnages et se centre sur le couple dont l’enfant est pris en otage. Une nouvelle fois, les parents sont réduits au silence par des terroristes alors que le mari (James Stewart) détient des informations cruciales en mesure de sauver la vie d’un diplomate.

Comme dans l’opus originel, Hitchcock dresse un portrait très social de ses principaux protagonistes, du moins au début. C’était alors une ribambelle de gens honorables ridiculement euphoriques pendant leur voyage en Suisse ; cette fois, l’intérêt se porte sur eux deux, bourgeois cyniques et un peu médiocres. Loin de verser dans la comédie véritable, le film se caractérise par la présence de personnages tous idiots ou antipathiques, sauf quelques-uns très secondaires. Tout en jouant de la paranoia et de la confusion des parents éplorés, l’intrigue piétine et le spectacle est assommant pendant une longue partie.

Hitchcock joue et s’étend trop. Ce n’est qu’au moment où les ravisseurs sont repérés que le film gagne en puissance, les personnages eux-mêmes en profitant, Doris Day (la mère) en particulier. Sa solitude face aux policiers devant l’église ou la séquence où elle perd le contrôle à l’opéra sont des moments forts. Bien plus trépidant et complexe que dans le film de 1934, le long dénouement se situe au même niveau. C’est peut-être le film où Hitchcock s’amuse le plus en important une foultitude de détails gratuits et pittoresques. Les amateurs seront ravis, ils en font d’ailleurs un de ses chefs-d’oeuvre, pourtant cette légèreté éclatante a un prix : un fond fantôme et des caractères parfois proche de l’incohérence.

Note globale 57

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