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MINI 14 ou 2020-2 (Mars à Juin)

22 Juil

Tous les films découverts de Mars à Juin (inclus), à l’exception de ceux vus sur Mubi. Il n’y aura plus de telles distinctions à l’avenir – seulement des vagues spéciales Courts et des vagues spéciales Revus.

 

Jalouse *** (France 2017) : Un film juste concernant le thème annoncé, les relations humaines, un certain genre d’aigreur féminine. Foenkinos réalisateur est parfaitement à la hauteur. Peut-être car le sujet est moins heureux, la glue mièvre de La délicatesse n’a quasiment aucune prise. Dans ses grands moments, le personnage de Karin Viard, avec sa mesquinerie et ses urgences pathétiques, ressemble à un mélange Christian Clavier et Bridget Jones ; dans l’ensemble, le film pointe habilement la mauvaise foi des gens, y compris le bénéfice à se cacher la réalité. Conjointement aux Chatouilles et surtout à Chanson douce ce film montre les qualités de jeu de Karin Viard et la sort définitivement du lot commun des actrices légitimement reconnues mais finalement interchangeables ou abonnées aux films et personnages ‘épais’. (64)

Butch Cassidy and the Sundance Kid / Butch Cassidy et le Kid *** (USA 1969) : Slaugterhouse five/Abattoir 5 interpelle par ses ambitions et sa mise en scène ; je ne peux le retirer à son auteur George Roy Hill et son Butch Cassidy le confirme. Détails soignés et enchaînements stylés, instants ‘profonds’ et joyeux voire moments ‘magiques’ pour qui y goûte. Certains passages guillerets ou ‘aérés’ semblent triviaux aujourd’hui mais avaient peu d’équivalence il y a cinquante ans. Mais sur la forme comme sur le fond, ce sont bien des trucs de l’époque, comme l’est déjà cette transformation romantique de la dernière époque du plus fameux gangster du réel Far West. Ce western phare du Nouvel Hollywood rejoint ainsi le cortège de Sugarland Express, Seuls sont les indomptés, Easy Rider, Bonnie & Clyde avec une certaine largesse qui le rend plus universel que ces cas-là, mais aussi plus irréaliste. J’ai trouvé qu’il reflétait la tension entre la fantaisie libertaire mais humaniste et l’anarchie réelle dont elle prétend relever ; à plusieurs reprises on croit que notre bon bad boy va trop loin et in fine ça se dégonfle ; par exemple cette femme qu’il semble contraindre est en fait sa complice bien connue. Cette tempérance de fond, ces négociations voilées avec la sauvagerie et la brutalité, sont peut-être responsables de la facilité à décrocher du film surtout dans sa seconde moitié. (66)

Numéro une ** (France 2017) : Le monde des entreprises et ‘multinationales’ d’état est présenté sous un jour pragmatique. Il est terne même dans ses accès de violence. Les nuances concernant les personnes sont minces ou vaguement ridicules (l’adversaire auquel on accorde une sensibilité à double-tranchant via ses petites larmes à l’opéra). La corruption est une affaire ordinaire et peu spectaculaire – à l’héroïne on propose celle ‘sociale’ et spirituelle, d’autres se gavent déjà sur le plan matériel mais c’est loin des affaires directement gérées à l’écran. Beaucoup de choses légères ou intimes traversent la séance ; Biolay nous livre une théorie interpellante selon laquelle les mecs peuvent cumuler 2 succès sur les trois choses menant le monde : sexe, pouvoir, argent.

Malheureusement ce film garde un petit quelque chose de sur-fabriqué. Devos joue une femme de volonté, mais d’un mordant et d’une voracité très limités, il est donc bizarre de la trouver dans ce contexte et à son niveau. Finalement le film se rapetisse en se raccrochant au wagon du féminisme brutal et simplet d’époque, culminant dans la niaiserie au goût artificiel lors de son final avec la fillette sur la plage (et dans le grotesque chialoteux avec le discours de Véra/Clément à l’enterrement d’Adrienne). Or entre-temps il n’a presque rien montré d’une trajectoire spécialement féminine, de barrages aux femmes, etc. On a vu que ce club de femmes ambitieuses et effectivement leurs discours sont flattés, tout de même prudemment, à défaut d’être étayés. Numéro une se conduit un peu comme un politicien raisonnable et informé ‘verdissant’ son discours pour le rendre immédiatement recevable. Il est aussi peut-être un peu naïf, lucide mais trop ‘normal’. (58)

Les conquérantes ** (Suisse 2017) : Sur le droit de vote ouvert aux femmes si tard en Suisse (entre 1959 et 1990 selon les cantons) ; le film se déroule avant sa reconnaissance au niveau fédéral en 1971. Actrices charismatiques, forme gentillette. Montre les fautes en chemin, comme le vote à main levée. Accent sur la sexualité (avec pour conclusion la conversion au cunni du mari). (48)

On ne choisit pas sa famille ** (France 2011) : Signé Christian Clavier, le met en scène aux côtés de Muriel Robin et Jean Reno comme dans Les Visiteurs 2. Il joue encore un beauf bling-bling à la connerie truculente. Comédie efficace et idiote, bien tenue par rapport à ses concurrentes (en restant sur les rails de la bouffonnerie contrairement par exemple à Si j’étais un homme). (52)

Elle s’en va * (France 2013) : Au début du basculement de Deneuve vers les rôles de mamie-MILF déconfite dans sa vie normale. Insipide et nain. Les deux films tournés avant et après par la réalisatrice, Les infidèles et La tête haute, le sont beaucoup moins – mais tendent également à la caricature ‘crue’ à l’occasion mais gentillette au fond. La chanteuse Camille tient un personnage horrible et déboule n’importe comment dans ce film écrit et conçu manifestement à l’aveuglette. Il n’y a qu’une pauvre mise au point via engueulade convenue pour apporter un peu de consistance aux histoires de la famille. Tout l’axe narratif avec ‘Charlie’ et son personnage voisinent la nullité. (26)

Suggestions… Fête de famille, Tu mérites un amour, Le dernier métro.

Vivre et laisser mourir ** (UK 1973) : Sur le fond, continuité en douceur tout en accentuant la gaudriole. Loin d’être aussi réjouissant que les suivants (Roger est encore trop frais) mais pas décevant par rapport à l’ensemble des opus antérieurs avec Sean Connery. (58)

Midnight Lace / Piège à minuit ** (USA 1960) : Tiré d’une pièce de théâtre, un polar bavard marchant sur les pas d’Hitchcock. Sort en même temps que Le Voyeur ! Très ‘bourgeois’ par ses décors, personnages, références. Un petit côté giallo avant l’heure lors des scènes relatives à la traque de Doris Day. Notable pour son tueur à voix de lapin. Deux ans après David Miller signera Seuls sont les indomptés. (56)

Twist again à Moscou ** (France 1986) : Le drôle de contexte et l’intrusion de ces français en dictature communiste rendent le film attirant au départ ; dès que Lamotte est sorti de sa glacière, ça devient soporifique. Comme comédie c’est plutôt inepte, sur un plan dramatique c’est bordélique, les gags laissent froid, les dialogues sont sobrement débiles [peu potache ou gras] dès qu’ils cherchent à faire rire. Faible alchimie entre les personnages, plusieurs acteurs dans un costume un peu pataud (Clavier pas à son meilleur dans cette peau de jeune rebelle, Agnès lourde dans son personnage criard et geignard). Comme dans Papy fait de la résistance (avec ce même plan de Clavier fuyant un château en hurlant), on y retrouve des petits trucs plus tard employés dans Les visiteurs (cette anecdote du vieux militaire qui a tué son ami en le prenant pour un ours). Ce film reste comme une curiosité un peu téméraire et très mal arrangée ; pas à recommander, mais à essayer (surtout si vous avez la capacité à endurer la mise en scène éméchée de Jean-Marie Poiré). (48)

Raising Arizona / Arizona Junior *** (USA 1987) : Un film perçu comme ‘plus mainstream’ de la part des frères Coen, probablement car il se rattache à un genre américain devenu typique et parce que beaucoup de cinéphiles l’ont découvert enfant. L’histoire et les personnages sont naïfs (la VF accentue l’effet et celle de Cage est inappropriée), la réalisation cartoonesque et l’univers magnétiques. Splendides scènes d’action et de courses dans le désert, ou encore de rêvasserie mais avec pour elles une couche supplémentaire d’émotion et de niaiserie. Interprètes parfaits – capables d’atténuer les demandes lourdingues de la direction (notamment avec le tandem de rapetous). Esthétique outrancière, qui sera très diversement appréciée – énormément dans mon cas, musique y compris. Le ‘fond’ et le scénario sont assez évidents et pas brillants : sur tout le reste le film excelle – ou étouffe, ou paraîtra simplement daté. Pour moi c’est plutôt ce genre de films capables de vous faire éprouver une nostalgie pour un temps ou des lieux que vous n’avez pas connu, des moments qui n’ont jamais existé. (76)

Jo *** (France 1971) : Une des quelques réunions du couple De Funès/Gensac en-dehors des Gendarmes. Très court et clairement issu du théâtre. De Funès est dans un de ses grands moments, parfait en train de ramer (spécialement quand il argumente face au policier). Dialogues benêts ou rusés pour un résultat efficace. Des détails débiles (avec les personnages secondaires : l’agent immobilière, la bonne ou Galabru) et d’autres malins (surtout avec ce vieux couple, presque mignon, ou le traitement bouffon des effets spéciaux – ce qui les a empêchés de ‘vieillir’). Meilleur qu’Hibernatus, tout aussi crétin et primaire, mais moins de choses inutiles et à demi-accomplies ; le final serait décevant si on accordait un minimum de sérieux à cette histoire ; or celui de la Soupe aux choux ferme correctement la boucle alors qu’en terme de mongoleries on était parti encore plus loin. La bonne est exagérément conne et hystérique, on souhaite un accident brutal et douloureux en l’entendant beugler – ou rire aux éclats de cette manière typique de grasse bête essayant de convaincre de sa joie de vivre. (66)

Down by Law ** (USA 1986) : Valable mais seulement sur un plan esthétique – le reste est terne ou convenable, le burlesque tiède ou endormi ; surnage quand même le goût de l’évasion. Charmant au début et après la fuite, soporifique dès que les deux types se retrouvent en prison (volontairement ?). Ce n’est alors que du blabla et de l’attentisme, l’irruption de Benigni n’y change rien. Ses petites spéculations, son hoquet : on épuise les fonds de tiroir de l’espièglerie roudoudou de la culture. Que son personnage soit un étranger plein de bonne volonté est tout ce qui fait tenir le film (ou rebondir l’histoire – mais c’est digne par son principe d’une sitcom vulgaire, comme avec l’indien dans Big Bang Theory), sans quoi c’était un clip au ralenti attendant son ornement musical. J’y trouve une sensibilité de surface ou d’intention (d’après les connaisseurs, Jarmusch rend hommage à Buster Keaton) ; la seule poésie est celle de la mise en scène. J’aimerais savoir pourquoi Jarmusch tient tellement à ce désengagement apparent – peut-être pour laisser germer l’absurde qui rassure, pour éviter de souiller ce ‘flux’ par trop de faits, d’enjeux privés ? Ce Down by Law est loin d’être assommant comme Stranger in the paradise mais par rapport à lui s’avère redondant au mieux, sinon une simple récréation laborieuse. Heureusement Jarmusch a réalisé plus tard Dead Man et Ghost Dog où son style vaporeux prend plus de sens et où un minimum d’amour de l’action et de la narration permet d’élargir l’horizon (et le public potentiellement réceptif). Notez que sauf le dernier cité ces films sont en noir et blanc alors que nous sommes au moins dans les années 80. (52) 

Suggestions… Saint Amour, Johny Guitare, La fureur de vivre.

The Cold Light of Day / Sans issue * (USA 2012) : Cinéma d’action creux mais présentable, du niveau d’un anonyme Shangai Job plutôt que de Sans identité. Fait son travail mais doit son minimum d’intérêt aux seuls acteurs. Trouver Sigourney Weaver ici laisse quand même perplexe. (32)

La vie très privée de Monsieur Sim *** (France 2015) : Malgré des côtés pralineux et nostalgiques (y compris cette musique, finalement loin d’être dérangeante), c’est un joli film, généralement drôle ; une sorte de Podium gris et à terme plus gentil ; on y voit le potentiel de libération d’un type insipide dont la vie l’est autant ; c’est donc plus trivial mais aussi plus pertinent qu’avec un cas excentrique ou franchement pathétique. Il y a des façons plus spectaculaires de passer à côté de sa vie mais c’est bon aussi de le voir dans un contexte si commun et de susciter de l’empathie pour quelqu’un d’ennuyeux et crétin sur bien des points (contrairement au protagoniste de L’année des treize lunes par exemple, un individu vif et original, autrement absurde). Bien sûr on a souvent une longueur d’avance, y compris sur les détails comme celui de la photo, mais généralement c’est bénéfique aux effets comiques et ça participe à la démonstration crypto-houellebecquienne. Et bien sûr sous le sceau du réalisateur du Nom des gens une orientation gaucho-libertaire est en bout de chaîne, spécialement avec ce final ‘homo’ – un peu abusif et irrationnel mais c’est l’esprit d’irresponsabilité et de libertarisme qui exulte au mépris de toutes autres considérations ; même au mépris de la continuité identitaire d’un type, comme si suivre les pas de son parent ‘déviant’ ou ‘élargir son horizon sexuel’ était sain, naturel ou rentable. La cohabitation de cette vision un peu guillerette et optimiste avec un regard lucide sur les gens renforce le film, met à l’écart l’écueil du glauque bedonnant et moins sûrement celui de la niaiserie. (68)

This Boy’s life / Blessures secrètes *** (USA 1993) : Conventionnel mais bon ou excellent sur l’ensemble des points, relève plus du ‘teen movie’ existentiel (comme Boys don’t cry) que du biopic même partiel (dont on ne saura jamais mesurer la validité – que l’affaire se soit résolue de façon si guillerette rend soudain dubitatif, même si la lettre d’admission apportait une voie de libération objective permettant à cette comédie de la volonté libre et spontanée de s’exercer). Bons dialogues, fort émotionnellement, sans débauches de quelque sorte. Dynamité par les excellentes interprétations ; DiCaprio encore quasiment un enfant, à trois ou quatre ans de Titanic, montre un talent exceptionnel ; puis surtout Robert DeNiro est encore dans une de ses performances monstrueuses. Son personnage de sadique et semi-loser aligné est d’une précision délicieuse ; les autres aussi ont de belles qualités dramatiques (et des ombres toujours atténuées, spécialement maman l’impulsive). Si on se décentre de l’histoire et du cas du jeune homme pour s’intéresser plutôt à celui de DeNiro, le film peut tourner à la comédie glauque involontaire toujours plus jubilatoire – la souffrance et la fatalité perçues par Tobias en rajoutent. Les gens avides de cinéma pleurnichard et de dénonciation de la masculinité toxique pourront aussi y trouver leur compte – avec la conclusion c’est ce qui m’a retenu un mois avant de céder un 8- plutôt qu’un 72-74. Titre français déplorable. (76)

Dragged Across Concrete / Traîné sur le bitume *** (USA 2019) : Séduisant, dialogues et surtout casting excellent, mais dépourvu d’originalité comme une brave série B et peut-être inutilement long ; c’est entièrement raccord avec cette mode de la lenteur et des scènes ‘comme’ en roue-libre. Ce film pourrait donc être plus ramassé et efficace (surtout lors de l’épilogue), mais ce qu’il donne ne manque pas d’intérêt (la première heure) ni d’intensité (la suivante), grâce à son emphase sur les personnages au rôle clé, même s’ils sont passagers (comme celui de Jennifer Carpenter). (68)

Suggestions… Breaking Bad, Nip/Tuck.

Stockholm *** (US 2019) : Film PrimeVideo, comme The old man and the gun. La véritable prise d’otage a duré cinq jours, on en ‘ressent’ pas tant dans la prise en compte de ce film. Huis-clos plaisant centré sur une amourette impossible et prenant tout le monde de cours. (72)

Suggestions… Moi Tonya.

Elle l’adore * (France 2014) : Un film pas dynamique et bizarrement développé, au point qu’on a oublié de lui coller une fin digne de ce nom. Les premiers laissés en friche sont ces profils déjà basiques, portés par deux acteurs de qualité : Lafitte dans son rôle de sociopathe pas ou peu ‘pervers’ livre donc son travail habituel ; Kiberlain, d’abord en cruche hypnotisable mais qu’on devine ironiquement sauvée par sa petite et son étroitesse, campe un personnage plus à contre-emploi qui gagnera en densité, mais pas en épaisseur ; cette mythomane n’est qu’une baudruche – et tout dans ce film un mirage, même s’il donne l’impression de traîner d’obscures convictions (qui auraient peut-être pu mieux s’épanouir ou s’expliciter dans un roman – éventuellement en virant à la niaiserie amorale). (36)

Suggestions… Possessions.

Habemus Papam * (Italie 2011) : voir la critique. (28)

DTV> Hunger / Affamés ** (USA 2010) : Un huis-clos à la Saw vu de loin et sans doute aussi en principe, mais pas si gore ni machiavélique. Oublie de colossales évidences liées aux besoins et aux envies primaires concernant ces confinés de l’extrême ; ou n’y vient que tardivement et succinctement dans le cas de la formation de couples et du sexe. Beaucoup de gesticulations y compris verbales au début ; une dernière partie nettement plus concentrée. Le cas du responsable reste non-développé et son aperçu des plus plats. Diffusé en festivals en 2009, sorti en vidéo en 2010, début 2011 pour la France. Actuellement disponible sur PrimeVideo. (46)

Suggestions… Captivity, J’ai rencontré le diable.

L’express bleu / Le train mongol ** (Russie ou URSS 1929) : Lutte de classes et course mortelle dans un train 84 ans avant Snowpiercer – ici la victoire ouvrière est garantie, ce qui est plus ‘remarquable’ c’est de s’en remettre aux chinois [prolos] contre les [capitalist pig] anglais. Mélo laborieux qui se termine en comédie musicale ‘virile’. Une grosse démonstration, mouvementée mais ni palpitante ni interpellante faute de profondeur ; le montage survolté peut artificiellement secouer mais en-dehors de la scène de la danse l’inspiration est mal dégrossie. (52)

Looking Glass ** (USA 2018) : Un passe-temps décent avec Nicolas Cage présenté sous un jour des plus sérieux possible. Rien n’est tout à fait nul sinon le degré d’originalité, l’histoire est superficielle et le mystère largement éventé au bout d’une poignée de secondes fatidiques. La musique, les décors et les acteurs sont de bonne tenue voire carrément aimable ; tout autour est médiocre, mais en aucun cas exécrable – et loin d’être assez minable pour amuser les nanardophiles. (44)

Operation Petticoat / Opération jupons * (USA 1959) : Comédie interminable et niaise à bord d’un sous-marin. Fortement homo-érotique, avec ses ouvriers torse nu, ses dialogues curieux ou à sous-entendus ; puis les femmes n’arrivent qu’au bout de trois quart d’heure. Humour laborieux voire un peu pathétique, comme cette scène du cochon triste au maximum. Même avec le contexte puritain de l’époque et même si justement il le titille, ce film reste affreusement infantile, avec son ton à la fois gentiment paternaliste et ses aspirations hédonistes de petits garçons et de vieilles dirigistes dans des corps d’adulte bien soignés et socialisés. Je savais que Blake Edwards avait son nom associé à des inepties ou des films d’une lourdeur éreintante (comme le fameux The Party), je supposais et maintenant sais aussi qu’il a participé à des choses simplement débiles qui ne valent pas le coup pour le commun des spectateurs. (28) 

Blake Edwards… Victor Victoria, Diamants sur canapé, Allo Brigade Spéciale.

Suggestions… Underwater, La vie aquatique, Le chant du loup, L’aventure c’est l’aventure, Tu imagines Robinson.

Du jour au lendemain * (France 2006) : Un essai sur l’addiction au ronron de la lose du citoyen-bolosse intégré et la peur du bonheur : bien essayé mais immédiatement éventé et incapable de tenir et développer ses idées. C’est un peu original par son parti-pris mais simplement triste et déjà vu dans l’ensemble, avec un gros lot de clichés (peut-être à vocation humoristique, comme ceux concernant les espagnols). La scène où les gens se mettent à trop compter sur Poelvoorde est exemplaire de cette maladresse généralisée (peut-être s’agit-il aussi de superficialité) : c’est brutal, étroit, mollasson. Même dans les meilleurs moments on reste plus près de Walter Mitty que d’Un jour sans fin ou American Beauty. Un passage de comédie musicale gravement cheap. Le réalisateur est aussi celui des Femmes du 6e étage et d’Alceste à bicyclette avec Luchini, tout aussi doux, avec ce souci de ‘vivre une vraie vie’ gentillette. (38)

Charlie Says ** (USA 2019) : Le cas de la famille Manson sous l’angle des filles embarquées et aliénées. Bien écrit mais trop prudent et même un peu planqué concernant sa variété d’intervenants. (62)

Voir la critique de Vora.

The Void ** (USA 2016) : L’image est bonne, les références aussi, le reste patine. Scénario, dialogues et personnages sont essentiellement faits de clichés ou de trous d’air. Sur le plan graphique c’est joli et assez gratiné ; c’est plus musclé que la moyenne, mais comme ces démonstrations physiques et ésotériques sont le seul os à ronger, il faudrait aller plus vite et plus fort ! Une créature à la Ctulhu et une horde sectaire sont rapidement exposées, mais la première moitié proche d’une adaptation de Stephen King ne surprend jamais et donc tend à ennuyer passé la mise en place. La seconde partie sous influence Prince des ténèbres (avec un brin d’Hellraiser pour le final) est bien meilleure, mais l’impact émotionnel reste modeste et jusqu’au-bout l’encéphalogramme sera plat. (52)

L’appât *** (France 1995) : Malgré le discours convenu similaire à celui d’Haneke dans Funny Games, avec Scarface en ligne de mire, c’est probablement pertinent et réaliste, au moins concernant les humains et leurs petits commerces (avec eux-mêmes comme marchandises et trophées, ou détenteurs de trophées réduits à leur possession et à leur emballage). Les personnages sont parfaitement écrits et pensés, l’interprète principale oublie l’essentiel de la pudeur. On se doute de l’issue même sans tenir compte d’un faits divers vieux d’une dizaine d’année dont ce film se serait inspiré. Plus limpide que d’autres, aussi percutant que L.627, cet Appât arrive haut dans mon classement des Tavernier (nettement devant l’ensemble de ses productions ultérieures – mais je n’ai pas vu Capitaine Conan). (68)

The Intruder *** (USA 1962) : voir la critique. (66)

Colonel Chabert *** (France 1994) : Adaptation moins pathétique que le roman de Balzac (1832-1844), avec un énorme casting francophone. Depardieu pas furibard comme d’habitude, Luchini aussi un peu corseté par nécessité (Angelo réalisera en 2008 son spectacle Le point sur Robert), seule Fanny Ardant a la latitude pour se montrer expansive. Quelques acteurs fameux dans les seconds rôles d’affreux ou de laquais. Pas d’originalité mais mise en scène et narration sans fautes, avec des décors soignés et de beaux flash-back sur les champs de bataille. (68)

Les zombies font du ski * (Autriche 2014) : Forcément on en attend très peu et on est à peine déçu : ça reste bien nul. Comme nanar volontaire c’est routinier et banal, loin des outrances heureuses d’un Sharknado, loin de remplir décemment sa petite heure un quart. Hormis les effusions gores c’est inepte dans l’humour comme dans l’action. Dialogues et personnages sont minables, tiennent à peine en-dehors d’un premier jet de geeks éméchés. Les références sont évidentes et pauvres comme le reste. Le yodel aurait du être davantage exploité, comme toutes les autres ressources locales ; cela valait mieux que cette piteuse tentative de transformer la malheureuse de Paradis Amour en bavaroise badass, ou de donner dans la poésie décalée qui néanmoins provoquera son effet quand nous, spectateurs et vrais humains, auront connu une véritable attaque de mutants hostiles. La réalisation est cheap mais s’attache à leurrer quelques gros événements, comme cette explosion qu’on est censé ne voir que de loin avant de revenir sur les lieux pour assister à la lutte dans les décombres ; une telle ingéniosité a perdu de sa légitimité depuis un siècle. Bien sûr ce n’est pas infâme et repoussant comme La nuit des clowns tueurs mais le niveau est aussi bas ; et c’est trop tiède pour amuser (comme savait le faire Burger Kill) ou inspirer une espèce de consternation curieuse (comme Werewolves of the third reich). Au moins les films médiocres ou odieux peuvent agacer ; celui-ci va juste vous ennuyer à moins que vous soyez fatigué, désespéré, ou trop amoureux des détournements et du zombie. (24)

La mort de Louis XIV ** (France 2016) : Film manifestement de laïcard ou gauchiste de l’ancienne garde tendance sado-libertaire. Le film est techniquement irréprochable et d’une fidélité absolue à sa promesse dont on découvre rapidement le caractère obtus et pseudo-clinique ! L’expérience est à la fois bêtement divertissante et stupide. Aucune personne saine ou sereine n’a besoin ou envie de se farcir puis d’applaudir une telle démonstration. Dans le genre mieux vaut se tourner vers Amour d’Haneke ou La gueule ouverte de Pialat – même en terme de mesquinerie et de dégradation des ‘illusions’ humaines vous aurez votre compte. (46)

La vie sexuelle des belges 1950-1978, partie 1 *** (Belgique 1995) : Ce qui devait apparemment être le premier film d’un biopic en deux temps est devenu le premier d’une série de six films. Pour ceux qui aiment constater la réalité dans toute sa puanteur douillette, comique et déplorable : foncez ! Côté technique et direction d’acteurs, c’est modeste, parfois complètement miteux – mais on s’y fait vite, l’esprit vient vite surpasser les maladresses d’écriture et de présentation des dix premières minutes. Organisation et scénario à la fois malins et paresseux, pour un rendu un peu mou mais truculent. (68)

Camping Cosmos – La vie sexuelle des belges, partie 2 *** (Belgique 1996) : Où Groland peut choir et Strip-Tease se rhabiller. Le cinéma de seconde zone à son zénith, en train de juter sur son miroir. Davantage d’outrance et de gaudriole dans ce deuxième film, plus spécifiquement politisé avec ses animateurs culturels marxistes et/ou gauchistes (univers rarement traité au cinéma à ma connaissance). Moins de pathétique, plus de violence ; ce n’est plus le quotidien misérable mais les bas-fonds ludiques. Les acteurs ne sont pas nécessairement moins amateurs mais paraissent plus naturels, certains comme la fille de 13 ans sont pros. Le caractère biographique est moins évident et l’utilisation de Lolo Ferrari achève de tirer cette franchise vers l’allégorie grotesque. (72)

Battlefield Earth / Terre champ de bataille * (USA 2000) : Largement raté et plein de clichés, de conventions ringardes et de raccourcis piteux, c’est bien un nanar ; mais sa réputation invraisemblable n’est probablement pas tant due à toutes ces faiblesses manifestes ou ces ralentis grotesques qu’à ses liens avec la scientologie. La critique et les gens aiment se payer de mauvais films ambitieux et dès que la religion est de la partie, les pudeurs minimales sautent. Les spectateurs aptes à mettre ces filtres pourris de côté pourront s’amuser de Terre champ de bataille, de son abondance de bizarreries et de fautes de continuité, de ses dialogues redondants, des inconnues abyssales laissées en suspens ou mal traitées, du manque d’alchimie mais aussi d’écriture entre certains personnages (le couple en premier lieu) ; puis surtout de l’ensemble des interventions de Forest Whitaker et John Travolta, complètement grotesques. Au niveau de l’univers ce n’est pas si mauvais (d’où le démarrage potable), peut-être car Roger Christian fut décorateur de Star Wars et d’Alien avant de réaliser de nombreux films manifestement kitsch, dont celui-ci sera peut-être le seul à passer à la postérité grâce aux amateurs de ‘mauvais films sympathiques’. La réalisation a une facture typique de la SF soap, ce qui peut la rendre agréable mais plus difficilement estimable – et l’abus de volets pour enchaîner nuit gravement à la patience du spectateur le plus indulgent. Enfin on pourrait sauver la tentative d’exprimer un propos sur la mauvaise foi flagrante d’une ‘espèce supérieure’ envers une inférieure dont elle refuse de considérer les réalisations voire les simples démonstrations.. (42)

Suggestions… Dune, After Earth, Independance Day, Matrix Reloaded.

Tetarti 04:45 / Mercredi 04:45 * (Grèce 2015) : Polar lourdaud, genre bling-bling des ‘bas-fonds’ crapuleux. Musique et photo ‘stylées’, narratif bête et sérieux, humour et logiques ras-du-bitume mais ‘propres’ sur eux. Pas compris l’intérêt des chapitres – probablement un gadget de plus. (36)

Une si jolie petite plage ** (France 1949) : Drame sombre tourné sur les plages normandes, avec une fausse pluie persistante. Avancé, affecté et appliqué concernant le casting, les dialogues et les effets techniques, minimaliste concernant le scénario. Pas loin d’être cynique en plus d’être tragique, d’où cet avertissement contraint pour protéger l’honneur des ‘pupilles de la nation’ [en rappelant à m’sieurs-dames qu’elles sont pas toutes criminelles et donnent même parfois des médecins ou architectes]. (62)

Neruda ** (Chili 2016) : voir la critique. (48)

L’homme qui en savait trop peu ** (USA 1997) : Bill Murray en semi-Bean passant grâce à sa chance et son insouciance pour un génie du banditisme et un manipulateur sensationnel. Comédie simple et efficace, qui n’aurait plus que sa bonne inspiration avec des acteurs plus fades à la place du couple principal – mais aussi avec une réalisation moins savante, qui manifestement sait relever le niveau quand les blagues ou les ressorts planifiés par le scénario sont moyens ou médiocres. Le film ressemble à plusieurs comédies britanniques de l’époque sans se perdre comme elles en bavardages. Réalisé par Jon Amiel, dont j’ai apprécié Haute Voltige et surtout Copycat. (62)

Tant qu’il y aura des hommes *** (USA 1953) : Sur l’adultère et les tentations d’évasion individualistes et amoureuses de la part de gens engagés dans (les hommes) ou pour (les femmes) l’armée. Réalisé par Zinnemann un an après Le train sifflera trois fois. Casting monstrueux, avec ses deux ‘couples’ puis Sinatra et Bornigne dans des rôles secondaires. Apprécié à l’époque et multi-oscarisé probablement parce qu’il percute l’armée (bien que les brimades soient fadasses au possible quand on pense à Full Metal Jacket) ; mais ses qualités sont réelles, l’écriture et les enjeux assez adultes pour convaincre un public un peu blasé, l’érotisme assez corseté et compartimenté pour apporter un contrepoint glamour à cette ambiance matérialiste et sévère. Malheureusement la réalisation et peut-être le film en tant qu’adaptation sont un brin paresseux et la conclusion pas solide. (64)

Four rooms / Groom Service * (USA 1994) : Film à 4 sketches, le troisième tourné par Rodriguez, le dernier avec Tarantino. Le jeu de Tim Roth laisse pantois, trouve peut-être sa source dans des ringardises plus anciennes que La Panthère Rose, inspiration probable du générique. Rarement une interprétation aura été aussi consternante de fausseté ; même dans les films pour enfants on ne voit pas de tels tics si étriqués et abondamment répétés. Au moins ce détail rendra mémorable ce spectacle rarement drôle, démesurément bavard, lent malgré son hystérie (hystérie plutôt ‘masculine’ la plupart du temps). Le premier sketche est inepte mais pas désagréable et finalement pas plus aberrant que la suite, le deuxième sketche avec son drame psychosexuel est de loin le plus lent et rebutant, le troisième avec Banderas surjoue la carte ethnique. (38)

Suggestions… Les sorcières (1990), Une nuit en enfer, Kingsman, The Grand Budapest Hotel.

Viral *** (USA 2017) : Film de contamination donnant l’occasion à des zombies mutants de s’illustrer ailleurs que dans des comédies ou du bis flamboyants. Taillé pour me plaire : j’accroche au style, à cette photo chaude et orangée, j’aime forcément l’ambiance et les ingrédients. Ce n’est pas irréprochable sur le fond mais une suite, ou un simple épilogue, pourrait tout arrondir rapidement avec quelques éclairages concernant la nature de la maladie. (72)

Kiss Kiss Bang Bang ** (USA 2005) : Comédie policière impudique, racoleuse (à la fois cynique et flagorneuse envers le public) et cousue de clichés (ceux relatifs aux vieux attouchements sont malvenus et pas justifiés par la semi-parodie), tirée vers le haut par ses interprètes et personnages. Très lourd avec ses petites farces méta mais c’est pardonnable par rapport à la concurrence et dans la mesure où la mode démarrait. Proche de Guy Ritchie, peut-être encore plus vulgaire mais moins kikoo-affranchi. A pu inspirer la série Castle. (56)

Faute d’amour * (Russie 2017) : Oh la la que le monde contemporain est froid et que les gens sont absurdes et ingrats surtout les bourgeois. Oh la la que l’homme est blasé et amorphe et comme sa femelle est rageuse et comme cette désolation ne date pas d’hier (la visite chez la mère, grotesque mais seule scène vivante du film). Observons-donc cette triste réalité avec langueur et distanciation – et probablement beaucoup de complaisance. Profitons de l’occasion pour satisfaire en loucedé nos petites envies en sensationnalisme que nous n’assumerions en aucun cas sinon – nous ne sommes pas dans du vulgaire cinéma d’horreur ! Et au terme de démonstrations pachydermiques on subit le regard face caméra de la femme banalement abjecte. Oui ce film illustre bien l’absence d’amour et l’absence tout court, l’absence de sens à la vie, l’émoussement de la vitalité ; il ne fait rien de neuf et ne sait que déplorer sans y toucher. Marre de ces films pompeux, superficiels et passif-agressifs. Que leurs auteurs retournent consulter Le septième continent et passent à autre chose ; un cinéma plus dramatique posant des alternatives ou au moins des issues à la triste condition d’humains vernis qui s’ennuient, par exemple. Marre de ces gens et de ces œuvres pleurnichant sentencieusement en pensant rejouer du Bergman ou atteindre de pédantes hauteurs tarkovskiennes. (38)

Mon nom est Clitoris * (Belgique 2019) : voir la critique. (22)

Le professionnel *** (France 1981) : Le fameux film d’action de la grande époque du Belmondo ‘bad boy’ et/ou flic (pourri), avec cet air insistant [Chi Mai de Morricone] dont une pub canine a ruiné la crédibilité dès 1986. Le héros badass ressemble à un cousin libertaire ou ‘dissident’ de Rambo (sorti en 1982), plus fort que ses traumatismes, d’une adaptabilité à toute épreuve. Le film est caricatural et racoleur voire nanar plus qu’aux entournures ; quand même un plaisir. Du bon même dans le mauvais et l’outrance – plaisir coupable ou ringard selon les occasions. À l’image de cette fin, lourde mais pas pour rien, en remettant un coup contre les services et le cynisme de l’État (français mais aussi abstrait ou générique ; pour le particulier c’est la ‘Françafrique’ pour le général la raison d’État). Si vous cherchez un bon candidat pour dénoncer la culture raciste [attention dans certaines scènes le mal et l’exploitation s’exercent en-dehors des nations ‘blanches’ ou ‘jaunes’], misogyne [les femmes sont rares et faibles au cours de la séance], lesbophobe [cette scène de la baignoire !] et l’idéal de l’aventurier macho héroïque, ce film va vous régaler – pas autant bien sûr que si vous considérez ces qualificatifs exagérés mais que vous aimez ça. (66)

Paterson ** (USA 2016) : Du Jarmusch qui ne défrisera personne et laissera dans l’expectative les nouveaux entrants – qu’ils voient plutôt Ghost Dog, Dead Man, ou même Stranger than Paradise pour des choses plus représentatives. Toujours aussi décontracté et pauvre en scénario comme en conflits, mais plus humainement consistant et donc plus sûrement sensible. Refus du drame comme de la tragédie, de la part du réalisateur comme du protagoniste. Sans les estimer j’ai apprécié les personnages, leur indifférence aux pressions extérieures et leur existence mi-végétative mi-bohémienne sans tambour ni complexe, ainsi que cette tentative de relever la poésie dans le quotidien où s’engluent des damnés modérés et civilisés vivant malgré la médiocrité dans le confort standard. Des jolis plans et une jolie volonté pour une version intello, affinée et différemment futile de cinéma amoureux des poètes de l’ombre et/ou losers magnifiques (même si celui-ci et ses camarades n’en seront que d’un point de vue ‘socialement objectif’). Condamné à une certaine inanité par sa vision angélique des êtres humains et certains petits tours faciles et un brin stupides ou crémeux (avec la gamine ou le chien) – le tout en restant adulte, sans niaiserie (mais avec tout de même des effets bien pourris lors des déclamations intérieures et des cameos lourdauds). (56)

Suggestions… Neruda, Le feu follet, The Big Lebowski.

Harmonium ** (Japon 2016) : Sur les remontées de haine et de désir de violence envers ses proches immédiats. C’est correct mais potentiellement un film raté, je ne sais trop à quel degré (et j’en fait le 12e de ma liste « Les immenses gâchis »). Les partitions sont médiocres, dramatiquement c’est à la fois profond et con, les acteurs bons, ‘ça’ ne prend pas. On dirait du Haneke sans la quantité d’aigreur et de foi en ses conneries. Ça ne dégouline pas, ça se veut et c’est malaisant mais ça s’oubliera rapidement (sauf pour les images chocs avec les corps plus ou moins dépourvus de vie) ; trop d’expectative et de mystères misérables pour des réalités dont on se fout poliment après tout. Oeuvre de dépressif(s) très ‘conscience-professionnelle’ ayant trouvé plus passionnant en chemin ? (44)

Jeune et innocent ** (UK 1937) : Un autre de ces films pas déplaisants ni complètement ordinaires mais finalement anodins signés Hitchcock. Cette fois il flirtait avec la comédie policière, d’où plusieurs scènes, final compris, laissant dubitatif ; d’autres prêtant à sourire, pour des raisons burlesques (les deux policiers bourrus invités à monter à l’arrière avec les cochons) ou de ‘mœurs’ (la mère [?] de la sauveuse). Le véritable tueur est bien sûr un désaxé au rire tordu (en plus il pratique le Black Face !) et aux motifs évanescents.. sommes-nous censés être glacés, amusés, rassurés par cette représentation pleine de bon sens, tout cela à la fois ? Livré par arte et arteTV avec sa VF surfaite, spécialement grotesque et énergique lors de la scène d’ouverture. (52)

Diplomatie *** (France 2014) : Je l’ai regardé à cause du réalisateur et une fois encore il pose des bonnes questions, se soucie de l’essentiel : la conscience individuelle, la consistance et la vérité d’un être et plus spécifiquement des êtres objectivement les plus arrachés à eux-mêmes, par le devoir d’État (national ou diplomatique). Forcément nous arrivons avec le souci de préserver Paris et/ou le refus de la destruction, mais le film sait tenir compte du point de vue du militaire, reconnaître ‘passivement’ sa validité, tout en intégrant les à-côtés cyniques à son logiciel (et ces ‘contradictions’ [cristalisées en la Spippenhaft] qui n’en sont qu’en raison de nos têtes pourries par l’hystérie collective et la diabolisation) ; quand on aborde une guerre et en particulier cette guerre, c’est assez rare. Bien qu’en-dessous des 90 minutes le film semble encore un peu long, il aurait fallu s’autoriser quelques libertés supplémentaires ou simplement des scènes d’action plus étoffées – en prenant le risque de gâter l’ensemble. Comme il est tiré d’une pièce et que ses dialogues sont excellents, il fallait un duo charismatique ou magnétique ; difficile d’imaginer de meilleurs supports qu’Arestrup [surtout] et Dussolier (d’autres directeurs d’acteurs auraient probablement pris un général plus raide et borné, un consul plus mielleux). Pour le reste, n’attendez de grands effets de mise en scène, d’originalité ou de pédagogie historique de ce film, sous peine d’en sortir consternés. Vous aurez tout de même les images d’archives [laissées en noir et blanc] pour entamer et clore le film, puis « J’ai deux amours » accompagnant le générique de fin : les publics scolaires et les amoureux de Paris ne seront donc pas perdus. (72)

HS : D’ailleurs je classe ce film en ‘Cosmopolitiquement correct’ et l’ignoble scénographie à l’Ossuaire de Douaumont pour le centenaire de Verdun a prouvé que Schlondorff, comme beaucoup de gens moins sensibles que lui, plaçait plus haut son pacifisme ou du moins son mépris des faits militaires que le respect pour les morts, les sacrifices peut-être idiots mais en tout cas accomplis, les références d’une nation pourtant voisine de la sienne (voire la sienne en pratique).

Le Chemin du passé / I’ll Follow You Down * (Canada 2013) : Difficile de croire que ce soit si récent. On croirait voir un téléfilm plus vieux de dix à quinze ans, avec sa photo sombre à la fois ‘rassurante’ et repoussante, sa dramatisation raide et sirupeuse, ses grands plans susceptibles de changer le monde et la connaissance. Le principe interpelle et il y a de bons moments, des échanges graves, mais on sait d’emblée que ces grandes possibilités vont être ratatinées voire niées au bénéfice des sentiments et d’une morale pro-famille conservatrice et/ou universellement religieuse. Ce n’est pas un mal mais cela relève d’un certain nihilisme : en-dehors de ses proches et des traditions, rien ne serait tellement important ; soyons humbles et évitons de repousser les limites quand bien même nous en aurions les capacités. Ce n’est pas si idiot ni infamant mais cette morale doit bien s’incliner quand s’offrent de si grandes opportunités pour l’Humanité ; d’où l’impression, confortée par l’absence d’humour, de contempler un film à la fois profond et dérisoire. Un peu comme Diplomatie ce Chemin du passé met en relief les tensions entre les nécessités personnelles et l’implication dans des projets où le ‘soi’ disparaît ; mais dans ce cas c’est pour ramener à la poursuite du père (comme dans Contact) et du bonheur familial, avec les autres considérations finissant leur course en simples obstacles à ce contentement. Je retiens ce film comme un exemple d’Individualisme et de Conservatisme poussés à leur comble (sans être extravagants, simplement intransigeants), par ce dédain pour le sacrifice de sa ‘petite vie’ au bénéfice de toutes sortes de progrès ; classé dans ma liste « Cinéma & Politique ». (42)

Sabotage / Agent secret *** (UK 1936) : Un nouvel opus des débuts d’Hitchcock, avant Une femme disparaît, après Les 39 marches et L’homme qui en savait trop. Je suis plus client de celui-ci, avec ses personnages ‘borderline’, hors-la-loi ou la morale dès le départ ou à cause de leur entourage, ces jeux de responsabilités qui les travaillent tous. Même si le récit [tiré d’une nouvelle de Joseph Conrad] est court, cet activiste sacrifiant sa propre sécurité et celle de ses proches est fascinant, sa conjointe vivement pathétique ; un beau couple tragique mal assorti et servi par des fortes gueules. La mise en scène est par endroits remarquable, au service du suspense ou de sous-entendus déstabilisants (scènes de la bombe ou du train, scène fatale du dîner). Cet Hitchcock britannique m’est donc apparu moins quelconque et ennuyeux, plus assuré dans ses initiatives, que Jeune et innocent. Le titre VF Agent secret crée la confusion avec Secret Agent (en VF Quatre de l’espionnage) sorti quelques mois avant ; le titre VO avec le futur Saboteur (en VF Cinquième colonne). (68)

Bugsy Malone ** (UK 1976) : L’initiative est originale et même téméraire ; les ingrédients sont des plus rebattus. Le défi est relevé, la direction d’acteurs et plusieurs jeunes acteurs sont d’une qualité inespérée. Pourtant c’est l’ennui car le film ne s’émancipe à aucune seconde de la parodie ; à quoi bon rejouer le programme des autres ? À initier les enfants au cinéma de gangster, supposé trop violent pour un spectateur de 12 ans ? Le problème c’est que, malgré de bons dialogues du couple principal, rien ne pèse et rien ne surprend ; tout peut arriver ou échapper, peu importe ; mais rien ne va arriver qui ne soit déjà largement encadré. Alors quand en clôture on décide que les tartes à la crème ne sont que ce dont elles ont l’air, on se dit qu’on aurait mieux fait de naviguer d’un numéro musical à l’autre – pour le son plutôt que pour les chorégraphies type ‘spectacle de fin d’année’, sans parler de la façon dont le scénario se raccommode à ces moments. La VF rend ridicule certains personnages mais s’efface lors des moments musicaux. (52)

L’homme à la Buick * (France 1968) : Comédie douce soporifique avec Fernandel mille fois moins à sa place que son personnage lui-même imposteur. Casting énorme (Piéplu, JP Marielle, Lonsdasle), partitions à fort potentiel, résultat inepte sans devenir désagréable. Dialogues potables. Une perte de temps manifestement diffusée en HD par France 3. (32)

Suggestions… Pour 100 briques t’as plus rien + Tenue de soirée + Quai des brumes.

La tour de Nesle ** (France 1955) : Très proche de l’ambiance des films de cape et d’épée de l’époque. C’est très bavard, pompeux, superficiel, mais aussi assez mouvementé et violent. C’est aussi très carton-pate avec rarement les moyens ou le culot de tenir ses promesses (en premier lieu, mais qu’importe car on s’en doutait, les plus sulfureuses) ; si au moins la politique, même en pure projection, pouvait se mêler aux intrigues.. peut-être s’ennuierait-on moins. Mais le film fait du surplace pendant que son récit gesticule, jusqu’à ce dénouement de mélo criard pénible. L’interprète de Marguerite de Bourgogne se donne beaucoup de mal. (46)

Suggestions… Le masque de la mort rouge + Othello.

Marie-Octobre ** (France 1959) : D’un tiers trop long et redondant. Manque d’éléments cruciaux, ne serait-ce que concernant le seul suspense. La dernière partie joue avec les mêmes hypothèses de coupable et un tout petit nombre d’enjeux. Le passage en revue des embourgeoisements est de loin plus convaincant. (58)

L’amant de Lady Chatterley ** (France 1955) : De bonnes répliques et de jolis moments – de vérité ou de sensualité (je préfère les premiers). D’une intense lourdeur dans sa démonstration ‘libertaire’ et les psychologies, comme dans la mise en scène quand soudain elle décolle. Les enjeux et les conflits sont importants mais pour le moins réduits et le récit pas loin de l’inertie. Les effets de l’engagement seraient aussi intéressants à voir que la route vers celui-ci ; encore une fois le film s’arrête quand le meilleur commence – le moins romantique probablement, avec la mise à l’épreuve de cette autorité de l’attraction et du désir sur la vie humaine. Le film gagne à être complaisant envers cette polarité hédoniste et féminine pour mieux la représenter, mais forcément il s’en tire avec une insouciance en rien obscène, mais irréaliste et certainement stérile. (58)

Cheech & Song : Still Smokin’ ** (USA 1983) : Un des films des humoristes Cheech & Song, parmi cette longue série suivant leur premier succès Up in Smoke/Faut trouver le joint. Comédie potache, laxiste et chargée ; ou stoner movie énergique. La construction est douteuse : le pseudo-scénario s’étiole et est dégagé au profit des sketches à la moitié du chemin. Mais l’essentiel est ailleurs et on est plus près du spectacle enregistré et étoffé pour l’édition DVD. Les performances sont bonnes et Cheech Marin toujours parfait dans ses personnages diversement grotesques. Ça vole très bas (avec une préférence pour l’étage du minable) et ça ne rompt pas ; l’ennui suit le respect dans la tombe. (56)

True Colors / Le jeu du pouvoir *** (USA 1991) : Sur l’arrivisme et le cloaque que constitue le milieu politicien. Le film est un brin candide concernant ses propres personnages mais dans l’ensemble il tape juste – et d’un point de vue strictement dramatique ça lui est bénéfique. À l’image du héros positif (par James Spader), il n’en fait pas trop et ne se laisse pas griser ou dégrader par le cynisme (ou sa dénonciation, ou un quelconque moralisme baveux). Le cas concret est assez étoffé, la démonstration assez précise, les motifs assez généralistes pour que le film garde du sens tant que la politique politicienne n’aura pas été dépassée ; il faudra alors reconsidérer la chose en fonction des artifices remplaçants. La forme pourra agresser un public de bon goût ; l’enrobage bien kitsch et d’époque, la bande-son un témoignage remarquable de cette ère d’ambiances et musiques d’ascenseur ou tapis roulant – Herbert Ross est plus connu pour Footloose. (72)

Le festin de Babette ** (Danemark 1987) : L’hédonisme conservateur-traditionaliste illustré. Apprentissage d’un chapitre du sens de l’existence pour des protestants normalement crispés : la grâce n’est pas que dans l’austérité et la repentance, aussi dans les satisfactions et joies de la vie ; avant le monde d’après il y a ce monde d’avant, sans l’adorer nous devrions savoir l’apprécier. Le film est bien conçu, intimiste et sans excès, pour une séance tranquille et doucement sensible. Le choix de la française reste stupide d’un point de vue économique ou simplement individuel – sa capacité de générosité vient de disparaître en même temps que celle de pourvoir à son égoïsme. Ce point continue à me gêner et limite donc ma note ; j’acceptais plus facilement ce mélange de religiosité policée et décontractée, cette passion d’humilité (qui ne va pas sans petites mesquineries) et naturellement cette fermeture au monde. (62)

Le corsaire noir ** (Italie 1976) : Une des adaptations d’un cycle de romans considéré comme anticolonialiste (le plus fameux de ces personnages et cycles signés Salgari est Sandokan). Proche des films d’aventure hollywoodiens et au début d’une bande-dessinée. Beaucoup trop long, épuise vite ses cartouches au niveau des personnages et du scénario. (48)

125 rue Montmartre *** (France 1959) : De la comédie au polar vicieux en passant par le drame psychologique : une bonne séance pleine d’affabulations, de manipulations – à l’étage individuel et dont on ne sait trop ni la nature, ni les intentions véritables. Le pleurnichard est joyeusement exaspérant mais le bourru n’est pas mieux : les deux s’échauffent et se poussent à bout. Un tel tandem a pu participer à l’invention de François Pignon et de L’emmerdeur, où le même Lino se coltinera Jacques Brel. Seul problème : tout ce montage tient à peu de choses, le film a peu de réserves, sa courte durée nous évite donc probablement des déconvenues sinon un gentil dégonflage. (66)

Gun Fury / Bataille sans merci ** (USA 1953) : De Raoul Walsh, avec Leo Gordon le filouté de The Intruder. De bonnes scènes en extérieur dont l’effet est passablement laminé par les plans de papier pour les fuites de diligence. L’écriture est bien épaisse et donne lieu à quelques dialogues savoureux de lourdeur ou de crétinerie mielleuse (via Rock Hudson). Morale ‘freedom’ vaseuse bonne pour la pose et cadenassée par la véritable orientation, la ‘fleur bleue’, pas absolument sage ou docile mais résolument gentillette et auto-satisfaite. Rien de dégoûtant, rien d’attachant (ou si vaguement) – on oublie vite ces séances-là, de ‘bons’ moments de faible intensité. Sous l’1h30, tourné en 3D et Technicolor. (52)

L’espion qui venait du froid *** (UK 1965) : Espionnage de basse intensité avec abondance de dialogues (certains un peu ronflants au début). Protagoniste amer, dans l’auto-dépréciation – un aliéné qui ne croit pas ou plus en lui ni en rien, n’a ni passé ni futur ni acquis à son compte. C’est potentiellement ennuyeux mais aussi captivant, si on est sensible aux ‘films noirs’, aux antihéros adultes, aux intrigues cyniques sur fond géopolitique. Adapté de John Le Carré. (68)

La Menace *** (France 1977) : La première moitié est séduisante (fait parfois penser aux belles heures du bis italien de l’époque), la poursuite de l’enquête bien plus poussive (le scénario devient trop démonstratif, le commissaire n’affiche que des facettes médiocres ou de demi-abruti complexé). Des plans superbes (dans la région bordelaise et en Colombie-Britannique) et sur le tard du ‘gros spectacle’ avec cette traque mutique d’une vingtaine de minutes. Jeu intense de Marie Dubois en femme désespérée et vengeresse. En-dehors des scènes excellentes avec elle, le film aurait gagné à être raccourci ou plus rapide. Acteurs assez brillants, Montand dans le polar et les configurations sombres et sans baratin est définitivement plus convaincants. (66)

Alain Corneau : Police Python 357, Série noire, Le choix des armes, Crime d’amour.

Le monde de Charlie ** (USA 2012) : Plutôt poignant sans être renversant, casting excellent, enrobage un peu nostalgique, avec même quelques effets de montage ‘criards’ eux aussi typiques des alentours de l’an 2000. Fin pas à la hauteur qui laisse sur un sentiment de superficialité voire de gâchis ; presque tout est laissé en plan sous prétexte de fin d’année scolaire. Le recours au traumatisme est d’un triste conventionnalisme et assez pleutre, même si l’illustration de ce cas précis, avec les amnésies et cette sorte de ‘confusion’, est légitime. Pourrait-on simplement aborder les phases difficiles du développement humain sans aller chercher des accidents outranciers ? Pourrait-on accepter que les événements sales et les expériences malsaines ne sont pas nécessaires pour expliquer bien des maux, des bizarreries, ou même des petits décalages ou des souffrances ? Cette incapacité à dépasser les masques rend le film vain ; à quoi bon montrer l’Humanité dans sa lâcheté, relever des traits et des manières si décisives, si c’est pour se planquer derrière ‘l’exception’ ? Simplement car cette œuvre est aussi un produit-doudou, une sorte de bonbon pour les ados ou ex-ados qui se sont sentis ou ont été exclus par les autres ou malmenés dans leurs premiers contacts avec la vie – mais avaient, forcément, beaucoup de charme et de talent. (62)

Meurtre au soleil *** (UK 1982) : Sûrement un peu moins bon que Mort sur le Nil mais pas moins plaisant. Les voix françaises tendent au cartoonesque, flattant la légèreté bigger-than-life du ton. Retrouver celle tonitruante de la vieille dans Tom & Jerry le film m’a rendu spécialement réceptif. Des dialogues curieusement crus voire salaces ! Seule réserve sérieuse : la tactique de Poirot pour boucler l’affaire pouvait être anéantie par un minuscule incident. Sinon l’enquête et la mise en scène sont carrées, laissant de nombreux indices qu’on peut repérer facilement sans savoir les déchiffrer avant la résolution. (72)

Scrooged / Fantômes en fête ** (USA 1988) : Une poignée de scènes potentiellement mémorables quand le film pousse à fond dans le fantastique. Un loukoum de mongolos contents de se tenir chaud en guise de fin. Film de l’alcoolisme joyeux. Les fans de Murray ne seront pas déçus par son jeu hystérique ; ils peuvent loger des espoirs dans son personnage mais pas dans le scénario ni le traitement qui lui est réservé. L’entrain de la comédie et des interprètes permettent de digérer en douceur la moraline ; car on est bien dans une énième sérénade prônant l’humilité et l’esprit de Noël, seulement le ‘salaud’ est notre héros et on le sent trop vivement racheté d’avance. (52)

Shiraz ** (Inde 1928) : Film romantique utilisant le Taj Mahal pour tailler une conclusion fleur bleue (le prince et l’amour d’enfance, soudés et apaisés, rendent hommage à l’ex-esclave et impératrice morte précocement). Tournage et équipe indiennes, mais réalisateur et financement allemand ; probablement raison pour laquelle nous parvient. Long à développer mais pas nécessairement plus que le commun de l’époque et sans trop ennuyer. (54)

Miss Daisy et son chauffeur ** (USA 1989) : Un film de ravis de la crèche avec peu de politique bien que la ségrégation soit de la partie – et même un discours de Martin Luther King, qu’on ne voit pas. On a droit à une scène suggérant la proximité des difficultés entre mamie juive allemande et papy descendant d’esclaves ; même à cette occasion le focus est sur l’individu et pas la société. On ne risque pas de dépasser les clichés avec ce Miss Daisy et son black souriant, plein d’entrain en théorie comme en pratique, peut-être légèrement déficient ou niais (contrairement à son employeuse qui est seulement une conne pontifiante) – interprété par Morgan Freeman censé avoir près de 70 ans !

Mais ce film est surtout une jolie histoire de vieillesse et de femme planquée inapte à regarder ses vérités, d’où ses ratés décisifs et un rabougrissement de l’esprit. Son ego est probablement le premier responsable de sa dégénérescence finale. (58)

Le jouet ** (France 1976) : Le postulat est excellent, on a immédiatement compris où le film veut en venir et lui n’a aussitôt plus rien à nous dire. C’est mou, carré, forcé. Gentiment amusant et convaincant. Les scènes tendues avec le patron et la mise à l’épreuve de la dignité de ses sujets auraient suffit. Celles avec Pierre Richard resteront difficilement en mémoire mais on risque moins l’ennui qu’avec son Distrait ou toute autre franche comédie loufoque ; le film n’a donc pas les moyens de ses ambitions mais il en tire bien un bonus, un ‘supplément d’âme’. Pour des films sur la déshumanisation et malgré une poignée de dialogues bien sentis dans celui-ci, je recommande plutôt les films de Bunuel de cette époque ou le récent Chien avec Macaigne. (52)

Paris brûle-t-il ** (France 1966) : Pas une ombre sur Paris ! Ni en son sein, ni dans son passé récent ; il n’y a que des hommes et des femmes bien braves déjà au bout de la pente de la Résistance. Ce triomphalisme obtus a ses vertus pour l’ensemble du champ social et politique : on ne peut lui reprocher de jeter de l’huile sur le feu. C’est de la propagande bien française, sans méchants ni conflits internes, terrienne mais artificielle, toute en joie démonstratives et gouaille cadenassée. Que le PCF soit également partie prenante achève peut-être de neutraliser tout élan un peu riche ou sincère. Certains acteurs déjà reconnus mais bientôt des plus éminents y apparaissent dans de pauvres rôles et sont douloureusement faux, Belmondo au garde-à-vous est en pleine gêne et Montand est déjà dans une posture de pseudo-populeux héroïque. Les acteurs américains ont l’air naturels, Kirk Douglas comme tant d’autres s’oublie rapidement, Perkins après Norman Bates (Psychose) est relativement magnétique. De jolis mouvements de caméra et une mise en scène grand angle, pourtant on pouvait donner au film dix ans de plus sans que ça paraisse trop louche. (46)

Jennifer 8 ** (USA 1992) : Il ressemble bien aux thrillers de sa décennie mais plus encore à ceux coréens sortis dix à vingt ans plus tard. Convaincant sur le rayon polar et celui des sentiments. La trentaine de minutes précédant la conclusion est très différente, la mise en accusation d’un des personnages principaux rapproche le film de tunnels conventionnels dans le genre, avec faux doutes et interrogatoires interminables – même sur ce terrain le film s’en sort en remettant en jeu la relation entre l’aveugle et l’enquêteur, en jouant de ce qu’elle peut avoir d’inconfortable voire de trouble dans un œil extérieur. (72)

LE CRIME ÉTAIT PRESQUE PARFAIT ***

26 Juil

le crime était presque parfait

4sur5  Appartenant à la période de l’Hitchcock classique, grand maître, Dial M for Murder sort en 1954 et se situe juste avant Fenêtre sur cour et La main au collet. Manifestement moins ambitieux que d’autres, c’est pourtant l’un des meilleurs opus hitchcockiens, en tout cas l’un des plus délectables. Craignant une séparation qui le mettrait financièrement dans l’embarras, Tony Wendice contraint un homme à tuer sa femme. Mais celui-ci rate son assassinat et Margot Wendice se défend si bien qu’il meurt un ciseau planté dans le dos.

Le mari est alors au téléphone à l’extérieur. Il doit rejoindre sa femme à leur domicile : comment la gérer, comment se protéger et orienter la police qui arrive ? Le spectacle est assez balourd au départ, quoique le face-à-face du commanditaire et de l’exécutant forcé corrige rapidement le tir en mettant au placard les discussions oiseuses. Lorsque l’unique véritable criminel est le seul (avec nous spectateur) à connaître la menace pesant sur lui et devoir la déjouer, le film devient passionnant. Puis le piège se referme sur sa femme et arrive le climax du film, où la victime manipulée est doublement bafouée.

Le spectacle charme énormément par sa précision retorse et l’aspect ludique de sa construction. Son tournage en quasi huis-clos lui apporte plus que sa 3D (dont quasiment personne n’a pu profiter pendant une cinquantaine d’années, en-dehors des festivaliers). De l’aveu du réalisateur lui-même, peu d’effets se fondent sur le relief (les remarquables sont relatifs à des gestes manuels), mais Le crime était presque parfait a ainsi l’honneur de figurer parmi les premiers à employer le procédé. Le film profite de ses excellents personnages (Grace Kelly, l’inspecteur) et notamment de son criminel quasi parfait.

En dépit du risque d’échec pesant sur lui tout le long du film, Ray Milland est un stratège et acteur brillant, d’autant plus inquiétant qu’il ne souffre d’aucun trouble intense ni d’aucune culpabilité (seulement l’anxiété du dissimulateur). Sa position d’aliéné modéré et son élégance, face à un amant plus grossier (dont la perspicacité sonne faux), le rendent plus sympathique que les autres protagonistes, dont l’enthousiasme creux et la froideur mondaine semble être devenue une seconde peau ‘sincère’ : le spectateur voit une hypocrisie et un maillon (faible et moralement abject, pourtant sans méchanceté) qui ne s’en accommode pas. En dernière instance son obscurité est plus digne que leurs couleurs pastels – c’est un franc antihéros, les autres sont rangés aux mesquineries ordinaires. C’est aussi un vrai sujet de tragi-comédie tant il est objet d’ironie ; il fait entrer le Mal dans la maison, évidemment pour son propre compte, or il travaille au succès des besoins amoraux de ses adversaires, qui demeurent les gentils de l’affaire.

Note globale 72

Page Allocine & IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions… Hannibal + Douze hommes en colère

Scénario/Écriture (4), Casting/Personnages (4), Dialogues (4), Son/Musique-BO (-), Esthétique/Mise en scène (4), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (2), Ambition (3), Audace (3), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (4), Pertinence/Cohérence (4)

Critique complétée suite à un second visionnage en janvier 2019.

 Voir l’index cinéma de Zogarok

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LES IMMORTELS **

2 Jan

2sur5 Au cinéma, le clipeur et publicitaire Tarsem Singh s’est d’abord imposé avec l’ego-trip The Cell puis avec le conte The Fall. Dans les deux cas, les films valaient surtout pour leur esthétisme écrasant ; après l’expérience aussi vibrante qu’ennuyeuse de The Fall, Singh était forcé de dépasser ses limites. Malheureusement, le premier petit blockbuster qui lui est confié tend plutôt à l’enfoncer ; s’il ne perd rien de son talent ni de son empreinte, le voilà pour le moment impuissant à transformer l’essai.

Les puristes aussi seront déçus par cette représentation du mythe de Thésée (quasiment) sans Minotaure. Les Immortels torture allègrement la mythologie grecque sur laquelle il se fonde. Ce n’est pas tout à fait en vain, car il y a une violence, une ferveur, que la candeur de The Fall étouffait. Mais celle-là aussi est étouffée ici ; cette fois, plutôt par l’aspect brouillon, décousu et hésitant. On dirait la succession de prises de vue en préparation d’un méga-blockbuster. Le résultat est à la fois parodique et pénétrant grâce à un lyrisme débridé (l’originel défi aux dieux, Mickey Rourke réjouissant en Hypérion) au péril de tous les amphigourismes.

Cette dimension extrêmement kitsch, Thésée en est le paroxysme. Incarné par le superman de Man of Steel (Henry Cavill, tout aussi magnétique dans les deux cas, malgré un défaut de style), il endosse une vision héroïque intransigeante lorsqu’à l’heure du climax, il pousse au combat ses quelques légions malgré l’impossibilité concrète de faire face ; invoquant l’honneur, la survie de son nom, les enfants et l’immortalité (aussi – parce que sinon, restait un doute à s’engager). Un moment ridicule et flamboyant, où les paroles semblent rédigées par un Cartman enragé ; sauf qu’ici, le leader y croit et suivra, en dépit de tout bon sens. Cependant pour combler cette magnifique négation du réel, il faudrait un personnage charismatique assorti. La gueule et les muscles sont là, le physique de caractère passablement, mais il manque un héros, un vrai, pas un simple gentleman bodybuildé fronceur de sourcil ; il faudrait une intensité charnelle, pas juste des cris permanents.

Si cette libération des Titans est un joli spectacle, c’est aussi un feu-d’artifice dégonflé. Tarsem Singh s’est enfermé dans le rôle de faiseur d’images génial… mais il est réalisateur, pas prestataire de prestige. L’ultime séquence est à cette image : Singh fourni de merveilleuses visions, mais n’a pas de ressources pour les raccorder, se servant hasardeusement de péripéties légendaires essorées pour guide. Si l’auteur indien poursuit sur cette lancée, le quatrième sera celui de trop et sans doute beaucoup ont déjà préparée la mise en bière.

Note globale 46

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 Voir l’index cinéma de Zogarok

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FREDDY & SES SUITES, L’INTÉGRALE DES GRIFFES DE LA NUIT

1 Sep

Cet article évoque l’intégralité de la saga Freddy/Les Griffes de la Nuit, opus par opus : comme pour les Guinea Pig, Massacre à la tronçonneuse et Saw.

 

Les chroniques des quatre premiers opus et du remake ont déjà été diffusés sur un ancien blog il y a cinq ans (2009), les autres rédigés dans la foulée. Quelques textes ont subis des coupes ou des ajouts, certains presque aucun (le 5). Deux cas se distinguent : Freddy 7 (mon préféré), puisque l’article a été écrit pour les besoins de ce grand bilan ; et le 2, car j’ai profondément changé de regard sur lui.

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Si vous voulez d’autres rafales sur les diverses sagas existantes, consultez le tag « Sagas Intégrales ». Plus spécifiquement : Halloween, Vendredi 13, Hellraiser. En-dehors de l’Horreur : Die Hard, Indiana Jones.

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freddy 1

LES GRIFFES DE LA NUIT **

2sur5   En 1984, Wes Craven offre au cinéma d’horreur une nouvelle figure culte, caution à des suites guère ambitieuses si ce n’est pour des meurtres et cauchemars tape-à-l’œil. Incarné par un Robert Englund qui se retrouvera ainsi cantonné à celui-ci, le personnage de Freddy Krueger innove alors par son originalité, puisque l’un des premiers [et toujours des plus fameux] boogeyman en série de l’histoire du cinéma est loin du tueur froid et sans nom auquel le public a l’habitude de se trouver confronter.

En effet, Freddy Krueger est un croque-mitaine qui n’intervient que dans les rêves de ses victimes, d’ou l’atmosphère paranoïaque que dégagent ces Griffes de la Nuit. Le film demeure -chose rare- potentiellement impressionnant ou effrayant un quart de siècle après sa sortie. Wes Craven mixe fantastique et horreur pure [ces Griffes de la Nuit sont outrageusement violentes, ce qui ne sera pas tant le cas de sa flopée de successeurs] et invoquant une peur universelle puisque liée aux cauchemars d’enfance -et surtout à leur anticipation.

Aussi, la lutte contre Freddy apparaît impossible ; l’insomnie est la seule solution pour échapper à ce tueur tout-puissant à l’allure particulièrement terrifiante. Chaussé de son éternel chapeau, vêtu de son incontournable pull à rayures rouges et vertes [le choix de Craven aurait été guidé par le fait qu’il s’agit des couleurs réputées comme les plus agressives] et armé de ses gants et lames démesurées, Freddy arbore un visage brûlé, inhumain, rendant sa présence d’autant plus dérangeante. Indestructible, il va même jusqu’à s’auto-mutiler devant ses proies afin d’accroître leur effroi.

Car c’est la peur qui sert d’abord le bourreau. Wes Craven nourrit son personnage d’obsessions personnelles ; cauchemars infantiles, peur du noir et de l’abandon, le réalisateur traitant, au-delà de la peur de s’endormir, de celle du passage à l’âge adulte. Adultes demeurant ici en-dehors, ne croient et ne pourraient croire à ces histoires que vivent leurs enfants. Or, c’est à cause de leurs méfaits du passé (et dans une moindre mesure grâce à leur négligence d’aujourd’hui) que ces derniers subissent aujourd’hui Freddy. Cet héritage sera évoqué dans quelques suites et notamment le troisième opus, reconnu de façon générale comme l’une sinon la meilleure suite [c’est oublier toutefois la réussite de Freddy 7, avec Craven de nouveau aux commandes, une très maline entreprise de démystification].

Pourtant le film peut laisser sur une impression mitigée, malgré ses qualités, sa proposition initiale et son principe de fond. Les scènes de cauchemars constituent évidemment les meilleurs passages ; ces scènes tendent à être superbes, elles le sont dans la première moitié du film, mais cela ne dure pas et dans la seconde moitié, elle se raréfient. Du reste, les dialogues sont limites et surtout le rythme est extrêmement bizarre, le film suivant une ligne droite avec quelques soubresauts (les visions et/ou meurtres). L’écriture du film est ainsi très contrastée, tout comme le rapport de Craven aux archétypes las du slasher (implantés depuis déjà 5 ans avec Halloween et Vendredi 13) : les personnages sont en phase avec la réalité et capables de parler aux adolescents (divorce, situations familiales particulières, etc).

Mais en dépit de cette sensibilité, Craven se tient à proximité des impératifs du genre, comme s’il redoutait d’allez au bout de son univers. Il n’est pas étonnant qu’il soit plus performant dans Freddy VII et se soit illustré avec les Scream, exercices de style éblouissants et fonctionnels tout en lorgnant vers la farce ‘réflexive’. La bizarrerie du rythme est peut-être la résultante de ce même élan de pudeur voir de résignation quand à son inspiration. Cela abouti en tout cas au très bancal piège dans la maison, puis à final abrupt où le cas du monstre est réglé pour de faux. Les Griffes de la Nuit laisse le sentiment d’avoir assisté à un work in progress dont nous aurions un résumé rapide et c’est embarrassant Les effets du film s’en trouvent d’ailleurs dilués et ses traits plus profonds (la situation de Marge Thompson) sont contournés, à la limite du zapping opportuniste.

Si le film semble échouer à de multiples niveaux et que son univers peut laisser de marbre, il faut avouer que l’ensemble reste honorable et dépaysant. La BO de Chris Bernstein est très sophistiquée dans le genre, avec une atmosphère de révélation limite surnaturelle. Bien qu’aillant un peu vieilli, Freddy sait toujours effrayer, pourra étonner (à défaut d’inquiéter immédiatement) y compris par son degré de sanguinolent [le premier meurtre (Tina) en particulier – inspiré de L’Exorciste?], diverti largement plus que le premier opus d’Amityville et est d’un tout autre niveau que celui minable de la saga Vendredi 13. Objet sympathique et frustrant, Les Griffes de la Nuit apparaît comme une sorte de semi-échec ou de semi-réussite.

Jamais complètement convaincant, Fred Krueger sera en tout cas très rentable pour la New Line, cette maison de production étant boosté par le film de Craven et la saga en découlant. Elle rachètera Vendredi 13 à la fin des années 1980 et organisera un cross-over entre Freddy et Jason, les tueurs des ces sagas de slashers de référence (partageant leur domination avec une troisième, la meilleure : Halloween). Les groupies de Johnny Depp doivent également voir ce film puisque leur idole y jouait son premier rôle au cinéma, léguant à la postérité une mort blobesque ; il fera un cameo dans L’ultime cauchemar, cinquième suite des Griffes.

Note globale 53

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FREDDY II : LA REVANCHE DE FREDDY **

3sur5  Après un premier épisode discrètement comique, les nombreuses séquels des Griffes de la Nuit [cinq comprises ici, de Freddy II à VI] vogueront vers le grand-guignol et un humour prosaïque, optant même pour la pochade vulgaire dès le 3e opus. Il faudra attendre le Freddy 7 de Wes Craven pour un retour en grâce net et global, opus portant un regard critique sur la saga et s’illustrant par sa rigueur et sa prise de distance. D’ici là, Jack Sholder prend en charge cette première suite avant de signer son Hidden, puis une flopée de nanars et de purs divertissements bis.

Le Krueger bouffon de l’horreur devra cependant attendre l’opus de Chuck Russell (le 3e), le très mal nommé Freddy’s revenge entrant en dissonance. Freddy 2 est un slasher complet et Krueger est de la partie comme toujours, mais il frôle le hors-série. Toute la dynamique rêves/réalité est mise de côté, voir éjectée si ce n’est dans l’exposition et le final. Freddy atterrit dans la réalité, s’invite dans une fête et s’avère omnipotent. La Revanche trahit donc complètement les principes posés par le premier opus et s’intéresse à la détresse psychologique du héros, nouvel occupant de la maison des Thompson à Elm Street. Harcelé par Freddy le voulant comme partenaire et l’utilisant comme son bras droit pour tuer, Jesse (Mark Patton) se demande s’il sombre dans la folie.

Le film n’est pas effrayant au sens habituel du film d’horreur, mais il est parcouru par une tension lié à son imagerie crypto-gay et à la perversion disséminée par Freddy. Celui-ci est plus qu’un simple boogeyman (et contrairement à Jason ou Michael Myers, il n’est pas mutique) : c’est un monstre sadien. Quand à la trajectoire de Jesse, elle devient la métaphore d’un coming-out inassumé virant à la psychose. L’ambiance et les sous-entendus homo-érotiques sont constants, avec Graddy, la demande de protection à un meilleur ami loin des regards. Pourtant jamais la notion d’homosexualité n’est évoquée explicitement ni n’existe dans les échanges ou même le conscient des personnages ; il n’y a qu’une évocation, à la sauvette, concernant le vicieux prof de sport auquel Freddy réserve une mort à la limite du BDSM. Le résultat est très inquiétant et donne un vrai drame, en terrain étranger ; le 5 aussi tentera une approche plus sensible avec Alice et son enfant. D’ailleurs on note que passée cette expérience, les producteurs manifestement dans l’embarras ne confieront plus jamais la franchise à un héros masculin.

Si le Freddy troupier n’est pas encore pour cet opus, ce Freddy 2 n’est pas toujours du meilleur goût et tutoie régulièrement le nanar. Il y a de petits côtés ridicules incontrôlés parfois et surtout cette scène ahurissante de la perruche, passage hallucinant digne d’une place d’honneur dans la galaxie Nanarland. Des inspirations en décalage (comme des aperçus d’un autre film) se ressentent, donnant un charme au film sans trop avancer son intrigue, en évoquant Society ou Le Dentiste. Le rêve lié au bus est un trip enfantin très décevant, digne des pitreries au surréalisme niaiseux de Freddy 6 (le pire opus de la saga). Les opus 3 et 4 seront bien plus expansifs niveau morceaux bravoure, alors que l’heure n’est pas encore au cumul d’exploits. En revanche, lorsqu’elle est présente, la violence graphique est extrême et assez grave, ce qui tend à aligner Freddy 2 sur son prédécesseur et les isoler du gore pop-corn rayonnant sans partage par la suite.

Note globale 60

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Note arrondie de 59 à 60 suite à la mise à jour générale des notes.

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FREDDY III : LES GRIFFES DU CAUCHEMAR **

3sur5  Après un second opus faisant guise de parenthèse, Freddy III est la première vraie suite des Griffes de la Nuit. Revenant à l’avant-scène, Freddy enfile pour la première fois son costume burlesque et ose les punchline bouffonnes. Ce Nightmare On Elm Street 3 est donc responsable du tournant grand-guignol de la saga et donc de son identité générale, pour le meilleur et pour le pire. Le meilleur c’est justement cet opus réalisé par Chuck Russell [auteur du ferveur et fabuleusement con Blob sorti un an après], d’une grande inventivité, avec même une certaine grâce, comme lorsque Freddy s’incarne dans un pantin pour s’inviter dans l’espace d’un rêve. Le pire, c’est ce dédain pour l’horreur véritable au profit de spectacles proposant d’autres genres de sensations fortes aux adolescents venant pour un train-fantôme. Le pire c’est donc surtout les opus 4, 5 et 6, tous redevables à cette troisième mouture et tous des déclinaisons inférieures.

Sans les maladresses ni la foi aveugle en ses excès tape-à-l’oeil du premier opus, Freddy 3 respecte assez scrupuleusement les avatars de sa mythologie tout en boostant son langage. Avec le très moyen sixième volet qui tentera de mettre un terme à la saga, Freddy 3 est celui qui cherche le plus à amplifier l’univers du croquemitaine et à en explorer de nouveaux horizons. Plus axé sur le fantastique que l’horreur pure, le film permet à ses adolescents d’exploiter leurs rêves, leur permettant d’y déambuler afin de pouvoir mettre fin à Freddy et de facto à leurs cauchemars. Ce dernier devient un véritable showman, soignant ses entrées, raffinant ses agressions et surtout les personnalisant [qu’une fillette se repose sur une figure paternelle rassurante et il se révèle ; en ce sens, Freddy 3 est la seule suite à tutoyer les thématiques du film de Craven]. Le sadisme de Krueger est subtil et son personnage a une épaisseur que Jason Vorhees comme Myers n’ont pas. Il est bien trop dissipé et criard pour concurrencer Pinhead de Hellraiser, mais son charisme est supérieur au boogeyman standard. Freddy gagne également en épaisseur en tant qu’individu puisqu’on apprend sa genèse et l’existence d’Amanda Krueger.

L’emprunte de Wes Craven s’impose en toile de fond mais de nombreux choix divergents s’y ajoutent ; ne jetant pas l’éponge comme il le fit sur Freddy 2, il laisse aux producteurs de la saga un scénario largement réécrit par le tandem pour le moins improbable Russell/Darabont. Si sa créature lui semble définitivement dépossédée, ses pérégrinations trouveront ici leur point d’orgue, avant la décrépitude dans des proportions raisonnables (le crash total des Vendredi 13 est loin). Le film a vieilli mais sa désuétude plutôt que de l’handicaper lui confère aujourd’hui une touche vintage qui lui sied bien, au contraire du 4 bien trop dans la farce has-been. Mariant le spectaculaire, l’horrifique et le grand-guignol avec une efficacité indéniable, l’ensemble tend parfois au délire carnavalesque, graphique [à partir de rêves d’ados complètement décérébrés, le film est bien plus sombre et extravagant visuellement] comme scénaristique, mais avec toujours une main de fer pour canaliser ce goût pleinement assumé pour l’absurde afin que les déviances « fun » ne basculent pas dans un ridicule involontaire prenant le pas sur le grotesque gratuit.

Le compromis entre un récit suffisamment consistant et une dose polie d’hystérie bis, la légèreté du ton et le volontarisme dans l’outrance, permet la réussite de cette entreprise honnête et régressive, aux ambitions récréatives menées à leur terme. Cette effusion de gadgets, de gore et d’ironie donne curieusement force à un mythe, l’enrichit en tirant vers le haut son potentiel grandiloquent. En même temps Freddy III s’affirme en réel film d’épouvante, même inefficace ou rigolard, car il a la dimension exploratrice nécessaire aux exigences de ce registre. Cet équilibre se reflète dans le traitement des personnages, souvent considérés avec dérision : répliques à la bêtise ironique ; malades qu’on nous invite à davantage prendre pour des imbéciles que pour des sommes d’angoisse ; pittoresque scène de la journaliste TV ; lycéenne se rêvant punk et rebelle jusqu’au bout des ongles, etc. Simultanément, c’est avec une empathie sincère, étouffée sous la couche de bouffonneries, qu’il jette son dévolu sur d’authentiques peurs ou préoccupations adolescentes, la tentation du suicide en tête.

Note globale 60

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FREDDY IV : LE CAUCHEMAR DE FREDDY *

2sur5  Démonstration du tournant définitivement ce Freddy vers le statut de vache à laid grand-guignol [ce sera le gros succès de la saga], cette quatrième mouture se distingue par sa cynique nullitude et ses frustes manières de film MTV. Avec The Dream Master, Freddy devient un gros beauf et la mascotte d’un train fantôme. Ridicule mais divertissant, Le cauchemar de Freddy tient du clip pop-rock à rallonge et n’a plus beaucoup à voir avec un film d’épouvante. On sent les années 1990 arriver au travers de cette intrigue et ce traitement superficiels et glam-trash, anticipant les Souviens-toi l’été dernier ou Dangereuse alliance. L’ensemble est d’une profonde stupidité dès le départ et c’est le premier opus assumant à ce point la bullshit générale ; il restera indépassable, même le 6 (plus minable que crétin festif) ne pouvant concurrencer. La bêtise cohabite avec la flamboyance et cet opus est à sa façon le plus lumineux, en tout cas celui brillant par ses effets spéciaux.

L’histoire se concentre sur une victime en particulier ; cette fois, l’héroïne est introvertie et relativement timide, mais pas seule au monde. Alice rêve de briser la glace et envoyer tout [le monde] valser, ou de s’affirmer et entrer dans la compétition sexuelle, mais ne le fait pas, évidemment. Mais lorsque démarre sa lutte contre Freddy, alors elle sort d’elle-même et entre dans une phase ultime de rebellitude. A l’image de ses camarades, la jeune Lisa Wilcox est une interprète honorable, mais est bien la seule à infuser une habile dose de second degré à sa personnage [notamment lors de sa  »métamorphose »].

Produit d’une grande vulgarité (le chien pisseur du feu), le film de Renny Harlin (l’homme des navets loufoques crâmant leur budget dans l’allégresse – Peur bleue) fait toutefois preuve d’une grande maîtrise technique et son visuel arbore des allures nettement plus contemporaines, même si le goût est tout aussi has been. Beaucoup de choses peuvent être reprochées à Freddy 4 (dont le sabotage du mythe), mais c’est une réussite graphique et son catalogue d’exploits aussi bêtes que spectaculaires fait la différence avec la plupart des autres sequel. Sans afficher le style de Freddy 5, le film s’inscrit décemment dans la lignée du film de Chuck Russell quand à l’imagerie glauque clownesque. À la hauteur de sa mission, Freddy 4 fait preuve d’une certaine inventivité dans les scènes de rêve et de meurtres [la fille aspirée par un grand écran notamment ; ou encore l’exemple, souvent cité, de celle muée en cafard], lesquelles évoquent toujours un certain parfum de contrefaçon et une espèce de surréalisme discount. Les ados se font (inter)venir les uns les autres dans leurs rêves, d’autant plus librement qu’il n’y a pas de narration réfléchie.

Versant dans le teen-movie degré zéro, crétin mais pas forcément plus que la moyenne, la franchise se complaît dans la banalité, mélangeant ses propres poncifs à ceux de tout un genre. L’humour lourdeau tente de se marier à l’horrifique pour offrir un cocktail adroitement calculé aux dehors extravagants, pendant que Freddy et ses victimes se vautrent allègrement dans une beaufitude sans fards – mais une beaufitude bankable, propre. En gentleman appliqué, Freddy se surpasse s’agissant d’y aller de sa petite vanne ; il nous garnit d’un tout bidon « j’aime la nourriture spirituelle » alors qu’il se repaît d’une tête d’olive, et ne passe pas non plus à côté du « bienvenue au pays des merveilles, Alice ». Raté, ce zèle ne lui permettra pas de se classer parmi les incontournables : on peut accepter le contrat (se vider le cerveau devant un show gratiné et totalement creux) et repartir avec quelques anecdotes (la nymphe piégée dans le matelas d’eau), à la fin il faut admettre que le croquemitaine y perd.

En effet celui-ci apparaît comme un faire-valoir de placements produits ; au-delà de Krueger chaussant ses Ray Ban, le spectateur est surtout abreuvé d’un rock piteux ou de rap lisse, de l’easy-listening de boeufs si on préfère. Par décence ou minimum syndical de respect envers les créateurs et notamment LE créateur, Wes Craven [de nouveau sur la fiche technique pour le troisième opus, il a contribué à la réussite de la seule ‘vraie’ sequel un peu plus que potable], les producteurs tuent de nouveau Freddy au terme de sa nouvelle aventure. Mais pour de faux, on le sait.

Note globale 42

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Suggestions…

Note arrondie de 41 à 42 suite à la mise à jour générale des notes.

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freddy, l'enfant 5

FREDDY V : L’ENFANT DU CAUCHEMAR **

3sur5  Souvent considéré comme le plus inintéressant de la saga par de nombreux fans, Freddy 5 est pourtant, à un stade ou la saga aura blasé les plus impatients, une très bonne surprise – et un film fantastique assez captivant. Moins primairement « second degré » et grand-guignol [mais nettement plus finement quand il s’agit d’adopter cette posture], l’opus du futur réalisateur de Predator 2 ne se confond pas dans la bouffonnerie : c’est peu de le dire et pour un Freddy, c’est déjà beaucoup, presque un parti-pris impertinent vis-à-vis du caractère général de la saga : les deux opus précédents et le suivant relèvent de la gaudriole unilatérale (quelque soit leur niveau par ailleurs).

Dissipant l’exubérance stérile devenue caution à un nivellement par le bas, L’enfant du Cauchemar adopte un ton franchement solennel concernant les péripéties de son personnage principal, à l’instar du second opus. Réexploitant certains éléments de son prédécesseur [la maison abandonnée et Alice, qui de nouveau se bat contre Freddy dans ses rêves], le film démarre cette fois sur une idée aussi astucieuse qu’abradabrantesque, Freddy se réincarnant dans le bébé qu’Alice doit enfanter. Rompant donc avec la vulgarité et le tape-à-l’oeil mais pas avec certains recours faciles, Freddy 5 se montre plus audacieux, même si ses innovations se concrétisent avec plus ou moins de bonheur (le final n’est pas forcément concluant et laisse sur un goût mitigé). Contrairement à ce qui est admis généralement, le croquemitaine y apparaît moins comme un bouffon, par contre son image est fragilisée. Moins terrifiant, perdant de sa superbe et de sa toute-puissance, le personnage évolue pour se muer en une sorte d’écorché soudain vulnérable.

Toujours aussi grossier, Freddy gagne en épaisseur alors qu’il n’évoluait en rien dans le précédent opus où il vacillait vers la figure du vieil oncle amuseur en chef de galerie familiale. Mais surtout, si son humour [ »noir »] s’étiole, il est plus déchéant, plus résolument trash. Ce vieux bonhomme qui se met au champagne et s’arrache le bras plus hilare que jamais semble résigné à sa propre décadence. Le mouvement est loin de celui ostentatoire de Freddy 7, surtout moins délibéré, mais en s’épurant de ses marques de fabrique, le boogeyman acquiert un nouveau souffle, court mais alternatif. Cette nouvelle déclinaison ne vit que pour masquer sa terreur d’assister à l’épuisement d’une formule avec laquelle elle se débat.

Malheureusement en tentant d’étendre cette chétive mythologie, démultipliant à l’infini les possibilités [Freddy dans ce corps-là, puis dans celui d’un autre, puis dans une voiture, puis plus dans une voiture] comme dans Hidden (réalisateur de Freddy 2!), le film a le défaut de vouloir brasser un peu trop, échouant globalement à réinventer son mobile de fond en comble. Finalement assez lisse malgré son apport conséquent au personnage-fétiche, le scénario est inspiré mais pas toujours parfaitement cohérent ou limpide. Quelques références, non attestées cependant, nourrissent le film : Rosemary’s Baby bien sûr, mais aussi Labyrinthe et ses escaliers, Eraserhead pour les joues de hamster ou Tetsuo pour le premier meurtre.

Lorsque les ambitions lacunaires s’effacent au service du spectaculaire, l’inventivité de Freddy 5 s’affirme pleinement dans sa facette graphique (la BD, les poupées, l’usine). Plus noir et surtout baroque, presque gothique, le film se dote de ce qui manquait à l’effervescent Freddy 4 : une ambiance et un style. L’enfant du Cauchemar inspire bien plus le cauchemardesque [scène du dîner très réussie]. Freddy 5, en bout de course, est un petit film d’horreur de facture plutôt classique mais très bien conçu, dont les parfois réjouissantes qualités plastiques prennent le pas sur la psychologie de personnages pourtant abordés avec un mélange d’empathie et d’ironie plus ambigu encore que dans le film de Chuck Russell. Le fan s’y retrouve donc difficilement, le néophyte peut estimer cet essai hybride comme une bouffée d’oxygène. Pour les simples curieux, c’est peut-être mieux ainsi.

Note globale 58

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Suggestions… L’échelle de Jacob + L’armée des 12 singes

A Nightmare On Elm Street – Part 5 : The Dream Child** (5/10)

Notoriété>10.100 sur IMDB (plus faible, nettement) ; 425 sur allociné (2e plus faible, de peu)

Votes public>4.7 sur IMDB (2e moins bon score : légère tendance féminine) ; France : 4.8 (allociné ; 2e plus mauvais ex-aeco avec Freddy 6)

Note arrondie de 57 à 58 suite à la mise à jour générale des notes.

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FREDDY VI : LA FIN DE FREDDY – L’ULTIME CAUCHEMAR *

1sur5   Ecopant d’une lourde perte de vitesse de ses recettes, reçu tièdement par les fans, Freddy 5 amène la société de production New Line à ré-envisager le cas du croquemitaine. Il est clair qu’à ce stade le filon est épuisé, l’ambition a disparue, ainsi que toute fraîcheur ou illusion. Des suites sans inspiration dont l’inventivité concernait surtout les meurtres ou exploits visuels ont dénaturé l’esprit d’un film initial lui-même devenu particulièrement suranné et rétrospectivement révélé dans toute sa redondance, ses lacunes et sa platitude.

La mise à mort définitive de Freddy est ainsi décrétée. Prend place alors le rendez-vous raté avec un final qui serait une fête, révélant les coulisses, invitant à « vivre » le mythe au plus près, pénétrer dans l’intimité de Freddy en levant le voile sur l’essentiel des mystères planant sur une mythologie paresseuse. Donner un passé au croquemitaine était essentiel pour consolider l’initiative et dans les grandes lignes cet Ultime cauchemar réussit à répondre de façon cohérente à la logique de la saga, en faisant vaincre Freddy Krueger par sa propre fille. Loin de toute intensité (quoique l’absurde combat final soit hypnotisant), leurs retrouvailles ficellent adroitement la biographie du monstre ; Les Griffes originelles campaient un propos sur le passage à l’âge adulte et les peurs de l’enfance, un boogeyman arroseur arrosé constituait la plus facile mais aussi la meilleure sortie possible.

Le cheminement vers l’évidence ne se fait pas sans révélations plombantes. Flash-back à l’appui, le scénario met en scène un Freddy « pré-freaks », côté réalité, mais le portrait de ce père de famille aux tares inavouables annihile tout mystère sans contrebalancer par de quelconques nouvelles pistes. Carrément cartoonesque, Freddy tente de faire peur à nouveau mais ne parvient jamais à saisir le ton juste, le film adoptant des allures d’ennuyeuse série B audiovisuelle vaguement prétentieuse. Comme pris de convulsions, il passe d’une sobriété feinte confinant parfois au ridicule à la blague épaisse, traînant ces deux pôles antinomiques avec un professionnalisme embarrassé.

Même dans le 4 très borderline, il y a toujours une construction spontanée et une cohérence dans les actions. Là, le scénario est honteux : quelques idées sont posées et elles sont finalement survolées ou traitées avec amnésie (les adolescents décimés, les Nightmare On Elm Street partout, puis tout ce repompage du Village des Damnés). Le manque d’intelligence est phénoménal : le 4 est dans la bêtise, mais sa bêtise est celle d’un show ouvertement dans la farce et il enchaîne avec force. Là, si ce n’est un sabotage pénible, c’est une tentative d’arriérés : en d’autres termes, le 4 est conçu pour nous abrutir dans la joie MTVesque quand le 6 semble initié par des monocellulaires sous coke s’adressant à des débiles légers.

Présentant son film en 3-D, Rachel Talalay ne semble à l’aise que lorsqu’elle aborde le terrain des effets spéciaux. Mais la virtualité au cœur du film est loin de le booster, le sens du spectaculaire de l’équipe technique tenant ici du ridicule achevé. Le voyage ouvertement ludique au cœur d’effets kitschs éreinte dans une interminable dernière partie, puis sidère lors de son morceau le plus fameux, celui de l’inénarrable incursion de Krueger dans un jeu vidéo très moche et primitif (sachant qu’il y a deux produits dérivés dans ce domaine, sortis en 1989). Aspirant dans une télévision [rappelant clairement Videodrome, autant dire qu’on frôle le blasphème tant un bon lot d’années-lumières sépare les deux niveaux] un ado qu’il pourchasse avant de le tuer, Freddy se livre à une expérience aguichante seulement sur le papier, devenue culte chez la minorité de fanatiques qui ne fut pas assommé par la médiocrité de cette farce ratée de bout en bout.

Mêlant une froideur toute 90′s à la folie simulée des Kruegers 80′s, L’Ultime Cauchemar propose de tuer Freddy en chaussant ses lunettes, instaure un présupposé BG de service au poste de héros et fait péter le rock consensuel à fond les ballons. Le hic : tout n’est que laideur et lieux communs – sinon, pour l’originalité, la mort très branque de John. La scène d’intro, référence avouée et sans ambiguïté au Magicien d’Oz, pourra amuser les fans de ce classique mais n’en demeure pas moins hideuse. Freddy semble ainsi tirer sa révérence en frisant l’escroquerie, sous des allures pleines d’entrain et de sincérité. Et lorsque défile un best-of de l’épopée Kruegerienne sur fond de merdique tube d’un jour d’Iggy Pop, pas une once de nostalgie, ce n’est autre que le soulagement qui nous envahit.

Note globale 30

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Suggestions… Gacy + Halloween Resurrection + Demon House + Halloween 3 + L’Antre de la Folie 

Note arrondie de 29 à 30 suite à la mise à jour générale des notes.

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freddy 7 sort de la nuit 2

FREDDY SORT DE LA NUIT (FREDDY VII) ***

4sur5  Trois ans après l’affreux Ultime cauchemar marquant la mort de Freddy et un final où il reprenait sa forme humaine, Wes Craven relance pour un dernier opus la saga. Cette reprise en main est une façon de régler son compte à une franchise qui le contrarie, l’ensemble des suites ayant rompu avec ses Griffes de la Nuit pour évoluer vers la performance trash et la gaudriole. Néanmoins Craven lui-même est en pleine décadence pendant cette décennies (années 1990) et ses ‘classiques’ de l’Horreur sont parmi les plus sur-cotés : La dernière maison sur la gauche, La colline a des yeux (balayés par leurs remakes) et même Les griffes de la nuit.

Prenant tout le monde à revers, Freddy sort de la nuit est une réflexion sur le boogeyman, son traitement par Hollywood et par les médias, son interaction avec le public et avec ses auteurs. Heather Langenkamp, héroine des Griffes de la Nuit et présente dans Les griffes du cauchemar (3e opus) interprète son propre rôle, tout comme Robert Englund et Wes Craven. Langenkamp a mis de côté le cinéma et s’occupe de son enfant Dylan. Lorsque New Line (réellement productrice des Freddy) la contacte, elle refuse de reprendre le rôle pour le 7e opus en préparation, sur lequel un scénariste travaille dans le secret depuis deux mois.

Mise en abyme de rigueur et plutôt qu’un véritable film dans le film, c’est un tournage secret dans le film, où les parties impliquées de près ou de loin deviennent les pions de cet obscur projet. L’idée du scénario dirigeant la réalité renvoie à L’antre de la folie, l’un des sommets de John Carpenter qui sortira l’année suivante et l’exploitera avec une plus grande envergure. Craven passe en revue l’impact de Freddy sur le public et la façon dont celui-ci a été transformé par le marché et le collectif. Il est désormais un bouffon de l’horreur et l’ombre pathétique de celui qu’avait élaboré Wes Craven. Néanmoins, lorsque Robert Englund vient satisfaire la ‘freddymania’ sur un plateau, l’aura malsaine du boogeyman se ressent du point de vue de Heather Langekamp.

Le nouveau statut de Freddy reflète par ailleurs la banalisation de l’Horreur dans les esprits, celle-ci étant (au cinéma) devenue un objet de consommation courante parfaitement mobilisateur. Les enfants eux-mêmes connaissent les monstres, en tout cas celui des Griffes de la Nuit ; c’est d’autant plus ironique dans son cas puisqu’il est un pédophile devenu démon suite à sa mise à mort. Craven combine son désir de revanche et son approche conceptuelle en se réappropriant sa créature de façon critique ; il entame sa grâce de freaks, son crédit de star et lui accorde un maquillage plus ostensiblement fait de plastique (qui a énormément heurté ses groupies, peu sensibles au discours du film et à son rythme). Jamais Freddy n’aura cependant été aussi inquiétant et son meurtre à l’hôpital est un véritable moment de terreur et de désarroi pour la victime.

En plus de poursuivre ses propres créateurs, Freddy reprend le pouvoir sur la farce dont il est devenu le héros. Prenant acte de sa mort dans la saga, il vient se réfugier dans la réalité en amadouant les spectateurs comme il amadouait les enfants, pour finalement les faire basculer dans son territoire. La thèse de Craven est multiple et se lit comme un tandem de boucles croisées et achevées. Rétrospectivement, Freddy sort de la nuit apparaît comme la préfiguration de Scream. Avec celui-ci et ses suites, Craven portera à nouveau un regard sur l’horreur et ses clichés, mêlés entre premier et second degré, tout en traitant leur héritage dans la réalité. Cette entreprise ambiguë entre ré-enchantement et auscultation de l’Horreur aboutira à une vague de néo-slashers parodiques, portant un coup fatal à l’Horreur, bien plus que les farces doublement inoffensives que constituaient les Freddy 3 ou 4. Jusqu’au-bout, la démonstration (plusieurs en une, en fait) est parfaite, valorisant son directeur tout en corrompant ses instruments.

Note globale 76

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…

Note arrondie de 75 à 76 suite à la mise à jour générale des notes.

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freddy remake

LES GRIFFES DE LA NUIT (REMAKE) **

2sur5 Toucher à un sanctuaire horrifique condamnait inéluctablement Samuel Bayer (directeur du clip de Smells Like Ten Spirit) au mépris de la classe cinéphage, encline par nature à ce type de railleries la confortant dans ses assurances douillettes. Et quoiqu’effectivement très mal accueilli, ce reboot des Griffes de la Nuit était une proposition intéressante. Le potentiel du film de Wes Craven se dissipait tant sous des graisses kitschs que la simple idée de les voir élaguées par un second tour de piste plus sombre et pas moins calibré promettait, à défaut de justifier cette réputation franchement surfaite, au moins de restaurer l’intelligence diffuse des obsessions distillées par cet opus originel.

Sans pleinement satisfaire ces timides espoirs ni même tout à fait escroquer son lynchage, Les Griffes de la Nuit 2010 est une relecture intéressante du mythe de Freddy. Ce huitième opus [ou neuvième, en comptant l’hors-série Freddy contre Jason, cross-over avec la saga Vendredi 13] est une des productions de Michael Bay et sa série de remakes/reboot. Celle-ci est une synthèse laquée de l’horreur premier degré et principalement pour ados qu’Hollywood a engendré autour de 2006-2013. Un réalisateur novice venu du clip, des jeunes acteurs qui ne se sont pas souillés dans l’horreur parodique, un style très grave tout en restant évasif, des personnages intenses mais superficiels.

Comme la version 2009 de Vendredi 13 supervisée par la même équipe, cette version 2008 de Nightmare on Elm Street fait partie des bons éléments. Contrairement au nouveau Vendredi 13, plus neutre, ici le ton est mature. L’heure est au sérieux extrême, les adolescents sont tous troublés ou résignés. Le réalisme s’en trouve décuplé, l’évocation de la pédophilie est frontale et Freddy concerne le passé des grands ados, pas de leurs parents. Cette solennité et ce pragmatisme relatif inclus tout, y compris le personnage de Freddy dont l’allure est celle d’un authentique grand brûlé et non d’un démon. Il y a peu d’humour de la part de Freddy et lorsqu’il y en a, les punchline sont ‘sombres’, pour rester sobre.

De plus les auteurs ont eu l’excellente idée d’introduire la notion de micro-sommeils et en tirent de quoi doper l’ambiance avec un minimum de justifications. Ce manège glacial fonctionne tant que le spectateur est sensible aux charmes maniéristes sans être saoulé par le conformisme aux codes de l’époque. Le soin technique apporté à la remastérisation de visions dantesques initialement déjà frivoles ravit nos pupilles par à-coups. Quelquefois se ressent cette satisfaction d’apercevoir l’once d’une terreur ou d’un pouvoir de fascination immédiat ; un potentiel immense, avec déjà le contenant, qu’il ne resterait qu’à orienter un peu plus. De ce point de vue ces Griffes 2 sont à la hauteur des Griffes 1, dont les séquences oniriques faisaient un petit effet tant que l’initiative et sa beauté suffisaient à omettre le vide et l’absence de destination.

Malheureusement, il y a Rooney Mara et il est temps de remettre en question l’exploitation de cette actrice ; ici elle ne joue pas mal, elle est là, lâche son texte sans se départir de sa poker face parfois crispée, entre le flegme et le malaise face aux événements. Sa simple présence devient parfois une lourdeur, heureusement dissipée par Kyle Gallner (Quentin) partageant quasiment le rôle-phare avec elle à mesure que le film avance. Celui-ci s’achèvera de façon idiote, mais conforme, posant un petit choc ultime gratuit une fois que tout est réglé : c’est fait comme du bis luxueux de son temps, mais en soi c’était déjà l’issue du film de Craven. Globalement, le premier film solo de Bayer laisse la sensation d’un spectacle un peu vain comme prévu, mais prenant parti et allant au bout, se positionnant bien parmi la masse sans s’en distinguer.

Note globale 53

Page Allocine & IMDB + Zoga sur SC

Suggestions… Carrie la Vengeance    

A Nightmare On Elm Street-remake**

Notoriété>7.000 sur IMDB

Votes public>5.6 sur IMDB (tendance très marquée -30 ans) ; USA : 6.0 (metacritic)

Critiques presse>USA : 3.4 (metacritic) ; UK : 4.0 (screenrush)

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freddy les griffes

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THE CROODS **

18 Juil

3sur5 Depuis quelques années, le cinéma d’animation en provenance des Etats-Unis n’est pas à son meilleur ; Rebelle a illustré le tassement de Pixar, Dreamworks a accumulé les copies flagrantes et les sequels superfétatoires, une foule de petits shows régressifs ont envahis les écrans en exagérant les démonstrations de  »cynisme » puéril et les crises d’hystérie défiant la vacuité. Nouvelle production Dreamworks (avant le second et dernier cru de 2013, Turbo, qui sortira en octobre), The Croods se tient dans la moyenne haute du panier, rappelant notamment Dragons.

Si l’excursion tribale imposée par un désastre naturel rappelle inévitablement L’Age de Glace, de même que certains gags liés à la famille et au contexte graphique, The Croods acquiert sa propre identité grâce à son humour et aux caractères de ses personnages ; il vaut également pour son incroyable foule de petites créatures exotiques, facétieuses à la limite du trollisme (la petite mascotte Brassé) ou simplement attachantes.

La morale déclarée (il faut sortir de la caverne et suivre la lumière), lourdement assénée, n’agace jamais ; au contraire, elle profite au dynamisme du récit. La nécessité de l’éveil au-delà du cercle familial et des premiers acquis est le prétexte à l’aventure et au dépassement de soi, générant avec tact le suspense et l’émotion. Pour les enfants, The Croods évoque les limitations et la gêne posées par la famille et le film pourra donc cimenter certaines de leurs prises de conscience et générer un attachement dont ils seront redevables ; autrement dit, The Croods peut s’infuser dans l’esprit d’une génération de cinéphages encore impressionnables, là où la plupart de ses concurrents ne dépassent pas le fast-food et la grimace inconséquente.

Note globale 58

Page Allocine & Metacritic   + Texte sur SC

Note ajustée de 60 à 58 suite aux modifications générales des grilles de notation.

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