DEAD MAN ****

26 Mai

*

4sur5  Il n’y a pas tellement à dire sur Dead Man. Celui qui soutiendra que le film ne raconte rien sera difficile à convaincre du contraire ; c’est même parce qu’il est aussi léger, voir apparemment frivole, mais pourtant fascinant, que Dead Man séduit autant. En vérité, c’est un film « d’atmosphère » intransigeant, revisitant le Far West pour y remplacer les cow-boys par deux hurluberlus au bord de la plénitude et du néant.

Dead Man peut être envisagé comme une révélation prenant la forme, pour l’individu embarqué malgré lui et chamboulé, d’un voyage non-sensique. Johnny Depp semble catapulté dans un film dont il est l’acteur principal par inadvertance, déclenchant des phénomènes et provoquant des destinées qui ne laissent perplexe que lui. Mais les déambulations hallucinées ne suffisent pas à décrire cette balade métaphysique farfelue ; Jim Jarmusch, sans doute esseulé par ses échecs récents, est bousculé dans ses doutes ; son affection pour l’idéal de renoncement au monde matériel mais aussi aux illusions de la Civilisation doit parvenir à un niveau plus pur, plus mature. La force de Dead Man est de ne pas se complaire dans le principe fumeux ou la posture de rupture avec le flot entretenu par ses contemporains : l’œuvre est radicale dans son entreprise, contemplative et instinctive, détachée en tous points (« trop » originale éventuellement). Le Monde « moderne » a disparu et ses stigmates en sont les parasites, les étrangères, compulsivement évacuées. 

Au cours de cette agonie grotesque traversée d’histrions rustiques et guidée par un obèse mystique, Personne, l’Indien aux dictions et élégies tirées de l’oeuvre de William Blake, s’active à ressusciter le poète qui s’est évanouit dans l’enveloppe insipide du comptable incarné par un Johnny Depp aseptique et hideux. D’abord indifférent et suiveur par défaut, le comptable finit par rejoindre et intégrer la perception et les enseignements de son acolyte et guide, retrouvant un peu de fougue morale et de vitalité à l’approche du Styx. Dead Man raconte ce passage de l’état aveugle à un état d’exaltation serein ; Depp le passif qui subvenait à ses besoins découvre la vie cachée du Monde et la sienne. Il n’est pas omniscient pour autant, mais ouvert à son environnement, ne négligeant plus ou acceptant les perceptions s’offrant à lui, mais aussi l’univers alentour. Funeste mais pétillant, Dead Man dévoile comment éclot un être naïf et nain devant une part, très terrienne, d’absolu.

Note globale 79

*

Interface Cinemagora + page allociné   + Zoga sur SC


Voir l’index Cinéma de Zogarok

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :