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MINI-CRITIQUES MUBI 3

7 Avr

Une session en retard, car la 4e a déjà été publiée. Les films concernés ont été vus d’octobre à décembre 2017. Leurs notes ont été mises à jour (la limitation aux paires n’avait pas encore cours). 

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Opera Jawa * (Indonésie 2006) : Film musical décousu, volontiers loufoque voire régressif, assez mou à force de planer doucement et malgré les gueulantes. Pour les gens épuisés et réceptifs appréciant d’être dépaysés et surpris tant qu’on ne les bousculent pas.

Attention spoiler : dans les derniers moments une fille se fait planter (c’était un sous-Parapluies de Cherbourg à Java ?) ; le panneau d’avant-générique nous averti que nous venons de voir un requiem contre les violences domestiques. On retiendra plutôt ses efforts et ses effets esthétiques – si les tissus et les plages vous donnent des vapeurs, ça pourra marcher. (42)

Enfance clandestine ** (Argentine 2011) : Dans l’Argentine sous dictature des années 1970. Autour du fils d’un couple de rebelles. Fibre mielleuse, accent sur les rêves du garçon et ses privations. Les passages violents ou avec les antagonistes sérieux passent sous format BD. Apport faible au niveau politique, sans toutefois dénigrer le travail des résistants ou la résistance en elle-même. Peut séduire grâce à son prisme subjectif voire romantique, son primat aux émotions (la musique lève toutes ambiguïtés sur les intentions) et son cachet nostalgique. Seule la scène avec la grand-mère remue franchement la matière à questionnements. (52)

À nos amours * (France 1983) : En découvrant le film le plus connu et reconnu de Pialat, certaines critiques corsées que j’avais lues contre le réalisateur s’expliquent soudain. À nos amours est à la limite de l’amateurisme, racoleur sans fournir de contreparties ni même combler les attentes qu’il souhaite inspirer, tout en étant une bonne caricature de l’existentialisme merdeux à la française. Que le cinéaste ait convaincu les critiques en les intimidant devient une rumeur fortement crédible.

Le film est plein de drames surfaits, de poussées hystériques soudaines, dignes d’un Tellement vrai crasseux et laborieux. Bonnaire livre un jeu calamiteux. Pialat apparaît en se donnant un beau rôle, mais en tant que directeur d’acteurs, il semble un petit exploiteur, voire un vicieux ou un cynique – sûrement à raison, puisque le monde suit. Le recours à Klaus Nomi est aberrant. (28)

Sans Soleil *** (France 1983) : Probablement un des meilleurs films de voyage. Maelstrom d’images, sensations et réflexions fluides sans suivre de programme précis. Parfois des sentences de nature idéologique ou ‘gratuites’ – effet malheureux d’une tendance à absorber l’information vers un noyau subjectif, au lieu d’explorer de façon brute ou simplement ‘ouverte’.

Les parties en Guinée-Bissau semblent d’une moindre importance et sont intéressantes dans ce qu’elles ont d’abstrait (par opposition aux témoignages concrets). (74)

Le Retour *** (Russie 2003) : Découverte de Zvyagintsev. Montre une virtuosité qui serait peut-être vaine s’il n’y avait pas un ‘sens esthétique’ si fort. Le film reste dans le mystère, pas sur tout et pas sur l’état des enfants, mais sur ce père et ses motivations. Les émotions et surtout les passages aux actes sont refrénés, l’action ‘couverte’. Le plus jeune des deux enfants essaie la résistance passive-agressive (avec option sabotage) mais comme le reste, elle est intériorisée plutôt que mise en œuvre. Le film cherche à illustrer une tension éclatante mais toujours floue dans ce qu’elle pourrait avoir de particulier. A pu inspirer Mud. (64)

Tapage nocturne * (France 1979) : Second film de Catherine Breillat dont j’ai vu Anatomie de l’enfer. Un exemplaire d’existentialisme français verbeux et random – version féminine et plus ‘sanguine’, ça change. Histoires d’amour, de culs et de baratins. S’élève un peu par ses choix musicaux, sinon est perdu dans la glue. Ancêtre de Solange te parle ? Tout de même pas si poseur et grotesque. (28)

Elena ** (Russie 2012) : Zvyagintsev (auteur du Léviathan de 2014) fait partie des élus du moment sur Mubi, peut-être à cause de son récent Faute d’amour. Je laisse de côté Le Bannissement pour directement aller à Elena. Photo impeccable encore une fois, avec un focus plus concret – sur le quotidien et les détails. Mais s’il n’est plus tellement mystérieux, la tendance à compliquer et prendre des détours inutiles ou ralentir demeure. Beaucoup de musique de Philip Glass pour peu de drames. Plus chaleureux que l’Amour d’Haneke – par défaut, car en vérité, simplement moins courageux, pénétrant et donc moins anxiogène. (48)

Umoregi / La forêt oubliée ** (Japon 2005) : Inspiré par son amie la baleine, un trio de lycéennes forge un récit fantastique. Gentil, plein de beaux décors et parfois un peu insolite (puisqu’il y a cette forêt souterraine), mais mollasson et soit peu généreux, soit borné dans sa créativité. Rempli de nostalgie (peut-être imaginaire ou générée par la compassion pour les anciens) et d’une sensibilité exacerbée qui semble étouffer la clarté de l’expression, sans entamer un sens certain de l’organisation, de la mise en forme. De bonnes initiatives, des buts ‘nobles’. (42)

Le Filmeur * (France 2005) : Plusieurs évolutions par rapport à La Rencontre ; les protagonistes apparaissent régulièrement frontalement à l’écran (jamais ensemble) ; confectionné sur une longue durée (entre dix et onze ans) et plus éclaté, délié ; pas cantonné aux gros plans et s’autorise le mouvement, donc plus ‘normal’ a-priori. Le couple reste au centre mais partage l’affiche. Le film est parfois drôle, très aléatoire ; l’exercice sûrement généreux et parfaitement vain.

Pour les fervents et la famille de Cavalier ; pour les amateurs d’insolite ou de grosses farces peut-être (ce n’en est pas une) ; sinon, à qui s’adresse le film, à qui cherche-t-il à se rendre utile (ou divertissant, ou instructif) ? Reste l’entrée dans la réalité sensorielle d’une personne réelle ; et parfois, un intérêt plus technique ou cinéphile, puisque Cavalier nous place derrière lui en train de préparer ou d’absorber des sujets (d’actualité, de réflexions, de mise en boîte). (32)

Au hasard Balthazar ** (France 1966) : Pauvre âne dans le monde tenu par une humanité aveugle et cruelle. Un des fameux opus du réalisateur à la direction d’acteurs anti-‘naturaliste’, anti-spontanée, anti-incarnée (Pickpocket, Le diable probablement, Les dames du bois de Boulogne). Certains acteurs ne sont pas à leur place dans leur costume ; quelques-uns arrivent à communiquer de l’intensité ou sembler ‘vrais’ malgré le principe de Bresson. L’âne semble plus vif, sauf lorsqu’il est soumis à des numéros très arrêtés ou répétitifs, où il se fond dans la représentation artificielle généralisée. Parfois bien fourni dans les dialogues – avec un laïus du cynique face à la grand-mère d’Adèle. Parfois seuls les mots permettent de comprendre la gravité voire peut-être l’existence de certaines situations. (52)

Still Walking ** (Japon 2008) : De Kore-eda, réalisateur de Nobody Knows et Distance (ce dernier vu sur Mubi). Les retrouvailles annuelles d’une famille, occasion de revenir sur le deuil jamais achevé d’un fils et frère mort prématurément (Junpei). Un peu assommant avant de devenir plus intéressant. Doux, son excellent. Mère mesquine et pathétique. (58)

Le pays où rêvent les fourmis vertes *** (Australie 1984) : Fiction tournée par Herzog, avec des apparences documentaires et quelques intervenants théâtrals. Prend le parti des aborigènes, largement lésés et sans droits à l’époque. Suit le représentant de la compagnie minière chargé de leur faire abandonner une de leur terre sacrée. Non-jugement face à l’infériorité manifeste, en terme de créations et de modélisations du monde, de ces tribus ; comme Bruce Spence (le géologue) on est plutôt sensibilisés à la disparition de leur culture et de leurs traditions. La remise en cause des normes occidentales et des poursuites des ‘blancs’ provoque une espèce de sidération de basse intensité ; le cynisme légal et industriel n’échappe pas à notre conscience, mais les arguments des aborigènes restent dérisoires. La magie à laquelle ils sont attachés peut cependant happer et amener une ‘ouverture’ – qui provoquerait une remise en question (dans ce sens et pas l’inverse). (72)

Humpday * (USA 2009) : Deux bouts de lards hétéros-mâles crypto-niquent pour l’amour de l’art. Sorte de mumblecore du premier rang. Les personnages sont hystériques et multiplient les effusions – tout est motif à montrer sa beauferie d’américain neutres/bohèmes mais positif et à l’écoute. Potache et pas antipathique, pas nécessairement pertinent mais se tient, adroitement écrit. Gros postulat et gros bavardages pour peu. Reste régressif comme tous les films de son courant et dépendant de la connerie du programme – comme Shrooms pour la drogue. Reste aussi une illustration appropriée pour un bon morceau du troupeau humain, ses valeurs, ses normes, ses façons de s’illusionner, de remplir le vide, ses défis désespérants. (28)

Curling ** (Canada 2010) : Très lent et d’aspect impénétrable, mais d’une patauderie calculée, parfois théâtrale et maîtrisée. Ne sonne pas ‘gratuit’, plutôt un peu ‘alien’, mais finalement se fait bien terrasser par la léthargie. Réalisé par un documentariste québecois. La manière dont le père gère sa fille ressemble à une version soft et sans réinvention de la réalité de Canine. (52)

Level Five *** (France 1997) : Deux films s’encastrent : une anticipation de l’ère internet (avec ses rencontres et ses façons nouvelles, économiques, d’aborder le monde) et un reportage thématique sur la purge d’Okinawa. Le premier versant est assuré principalement par les monologues de Catherine Belkhodja, qui peuvent être pertinents ou régressifs (« Coco »). Le second implique images d’archives en noir et blanc avec commentaires existentiels plutôt qu’historiques ou politiques. Les méditations sur le temps et la mémoire sont une constante chez Chris Marker. (64)

La vida util * (Uruguay 2010) : Sorte de comédie pathétique (pachydermique) pas nécessairement vécue comme telle au moment du démoulage, à destination des cinéphiles, versant allègrement dans l’auto-complaisance et le masturbatoire. Noir et blanc, bavard par intermittences, avec beaucoup de pistes sonores renvoyant à des séances ‘classiques’ et de courtes citations esthétiques du muet. Dans la seconde moitié, le gardien de cinémathèque, rendu à lui-même, est ‘manifestement’ sous influence de ses souvenirs (jusqu’à danser dans un escalier).

Le physique lourd et morose de Jorge Jellinek est la seule véritable contribution en propre du film – avec son passage en classe où il déblatère sur le mensonge. Comme ce cinéphile débauché, La vida util remplit avec les fantaisies des autres et se contente de ses démonstrations fétichistes. Il n’y a quasiment rien d’autre dans sa vie et peut-être dans sa conscience (au détail trivial de service : il a rencontré une femme). Mais les joies ‘d’enfance’ du spectateur suffisent à combler cet homme et la dissertation à vide ainsi que les petits éléments relatifs aux salles obscures pourront plaire au cinéphile rigide et averti. Il y a un laïus de spécialiste sur ce qu’est le cinéma, pendant une émission radiophonique, juste avant la mise au ban des employés.

Federico Verjoj n’est pas non plus totalement irréaliste (lui ou ses sponsors) puisque la torture dure moins de 70 minutes. Sur des thèmes/configurations approchantes, essayez Dernière séance, Mary & Max, Human Centipede II. (28)

Sérail * (France 1976) : Premier film d’un scénariste (l’argentin exilé Eduardo De Gregorio, a travaillé pour Rivette et Bertolucci). Serait un prolongement de Céline et Julie vont en bateau qu’il a écrit (pour Rivette). Rappelle parfois Adolfo Arrieta, mais beaucoup plus volubile – ou à Raoul Ruiz, mais carrément plus limpide. Avec Bulle Ogier et Marie-France Pisier en occupantes mystérieuses du château convoité. Esprit de film érotique oubliant de bander. Coloré et ambitieux, mais encore un peu cheap et futile, entre la fantaisie, le théâtre et le film ‘d’initiés’ mollement décadents. A le mérite de chercher l’originalité et un langage érotique et fantastique se passant de formes explicites. (38)

Van Gogh ** (France 1991) : Les deux derniers mois du peintre, incarné par Jacques Dutronc. Pialat (aspirant peintre avant de passer à l’audiovisuel) se fait plus sobre et rigoureux, le thème et la durée attestent d’une ambition supérieure. Il rejette le ‘sensationnel’ mais aussi l’analyse des caractères pour préférer l’intimité, les moments de joies et de conflits simples. L’approche reste primaire, le ressenti déterminant, la trame décousue. Au passage, quelques dialogues excellents et des bribes sur la place d’un artiste face à la société, à sa famille et à son entourage. La photo (anormalement ‘propre’ elle aussi pour du Pialat) reste le grand atout (pour son orientation, ses objets), dans une moindre mesure les interprètes. (48)

Les petites marguerites ** (Tchécoslovaquie 1966) : Film d’inspiration surréaliste, où deux filles se mêlent à ce bas-monde de dépravation en comptant bien être assorties. Place au n’importe-quoi doux-dingue, parfois agressif et toujours au moins un peu érotique. On assiste aux plaisirs destroy de deux filles infantiles déjà abonnées à la pop’culture, en train de revivre aujourd’hui de nouvelles ‘années folles’. Le travail des effets et des couleurs est relativement neuf. Ça rappelle les opus ‘classiques’ de Godard, en plus humain et coloré, sans plus tenir à ‘l’intellect’ ; c’est d’ailleurs moins hermétique que la plupart des autres productions excentriques de la Nouvelle Vague, simplement le style prend le pas et le random est érigé en principe. Vu d’après, c’est aussi une version gentille et sans hypocrisie du Sweet Movie sorti en 1974. Ce film sait aussi entêter (par ses musiques et certaines farces appuyées) même dans le cas où on l’aurait peu aimé ou désapprouvé (comme la censure nationale de l’époque). Ça reste un album de délires de jeunes ‘folles’, pestes insipides à l’occasion, pourries par la facilité à peu près tout le temps. (48)

Le Fantôme de l’Opéra *** (USA 1925) : Première adaptation [connue] du roman homonyme de Gaston Leroux (1910), avec une star de l’époque dans le rôle-titre : Lon Chaney, que j’ai d’abord adoré dans L’Inconnu de Browning (1927). Sonorisé à l’occasion de la ressortie de 1929 (l’officieuse désormais, plus courte) ; il aurait été en couleurs mais ne reste à ce jour que des copies en noir et blanc, sauf pour la fameuse scène du bal. Le voir sans musique m’a paru profitable. Souvent théâtral, sauf au début où il est bien lent. Les images avec ou sans le masque, la version ‘crâne’ dans l’escalier et dans une moindre mesure les séquences finales, sont plutôt marquantes.

Aucune suite n’a atteint à la grandeur historique. Elles sont même plutôt des échecs voire des désastres. Les cinéphiles en tout cas n’ont jamais ‘laissé passer’. Les versions d’Argento ou de Schumacher sont peut-être diffamées – pour cause de superficialité ; mais ce premier opus est-il spécialement profond ? Il l’est seulement par rapport à la moyenne de l’époque. En terme d’intensité dramatique, il est encore audible. Pour l’intensité horrifique, c’est fatalement mais raisonnablement obsolète ; il vaut mieux parler d’épouvante et sur ce plan c’est encore convaincant, sans théorie ni mise en contexte. Dans l’ensemble c’est aussi loin d’être assommant comme peuvent l’être, malheureusement, d’autres ‘classiques’ de la décennie. (74)

Anna / Anna : Ot shesti do vosemnadtsati *** (Russie 1993) : à revoir pour finir la critique engagée (‘mini’ devenue normale). (6+)

Soleil trompeur ** (Russie 1994) : Se déroule sur une journée, avec la première heure entièrement autour de la maison puis l’après-midi au lac, avant un nouveau confinement où les tensions exultent – mais jamais pour longtemps ou pour sur-dramatiser. Beaucoup de sous-entendus relatifs aux coups de l’Histoire sur les vécus individuels. L’ère stalinienne et le grand chef lui-même, sans être entièrement idéalisés, semblent avoir de bons côtés – mais le ‘bon’ n’est pas nécessairement le bien et encore moins progressiste, concernant les femmes. Appuie aussi sur les contradictions du pouvoir et de son propre maintien. (56)

Hot thrills and warm chills * (USA 1967) : Présenté dans une sélection de « two obscure exploitation sex thrillers restored » by NWR. Sorti pendant la ‘libération sexuelle’ mais n’a pas ou plus de légitimité hors de ce contexte, où il n’avait déjà rien pour avoir du poids, hors de ses nombreux plans érotiques (au lit ou à terre pour les scènes de sexe mais sans porno, ou avec la danseuse au bar). L’approche est très triviale sinon (avec percussions cubaines monolithiques et vannes ‘tribales’), avec les trois filles dans leur salon pendant la première moitié du film, la séance entrecoupée par leurs souvenirs ‘X’ et challengée par un projet incertain (contre le ‘king of sex’ d’un bal masqué). Finalement il faut reconnaître à ce film sa générosité pour l’affichage de paires de seins, son laisser-aller pendant les scènes aguicheuses (longues, avec un montage qui ne sert jamais à cacher ou atténuer) et parfois même sa ‘recherche’ dans ce registre (car ce n’est pas que de l’étalage crû de corps dévêtus). Pour le reste, que des bavardages en noir et blanc, avec ce qui ressemble à des ajouts opportunistes et des ‘bouches-trous’ – et une post-synchro scabreuse et redondante. (32)

Urga *** (Union Soviétique 1991) : Troisième film vu de Mikhalkov, je souhaitais avant Mubi voir celui-là. L’essentiel se déroule dans la steppe en Mongolie intérieure (région du nord de la Chine). Le père de famille fera un détour en ville [dans la ‘civilisation moderne’]. Joli film mais pas générateur de réflexions ou d’enrichissements concrets. Remarquable pour les paysages et dans une moindre mesure pour son ambiance, ses sentiments. (68)

Shadows in paradise ** (Finlande 1986) : Film idéaliste, pratiquant le déni de réalité pour faire de son protagoniste un homme fort, à la mesure de ce qu’il pourrait se leurrer – ou simplement espérer s’il avait une sensibilité un minimum mature.

Ambiance fausse, théâtre mou, pour un résultat style Bresson romanesque, sans la thèse ni le propos. L’artificialité culmine dans les moments de violence (agressions du début). Nikander face à son concurrent : c’est plus ‘vivant’ mais encore faux – quoique sur le plan de la vraisemblance plutôt que sur la simple forme.

Comme toute création signée Kaurimaski celle-ci est misérabiliste, mais elle s’épanouit comme son ‘héros’ avec cette relation et les tentatives de s’échapper, de trouver du vrai, bon et beau temps. Spectacle prétentieux, menteur comme un pleurnichard agressif, mais avec un ton à lui, qui finit par plaire comme tout ce qui est entier – même quand c’est bidon. (48)

Hamlet liikemaailmassa / Hamlet goes business * (Finlande 1987) : Cinquième film de Kaurismaki, pendant des débuts très actifs. Noir et blanc, cultive son originalité, rigide mais pas forcément rigoureux, apprend et diverti au minimum (en plus la durée se rapproche de la normale, au lieu d’être très courte). L’influence de l’œuvre de Shakeaspeare paraît faible. Le réalisateur applique sa vision caricaturale, assortie à une volonté de ‘faire’ conte. Cet opus n’a pas le charme habituel car il est trop occupé à montrer des méchants, souligner leurs aspects négatifs. Note positive : les méchants se détruisent entre eux ! À voir : une mise à mort haute-en-couleur et des canards en plastique. (34)

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Autres Mini-critiques : 9, 8, 7654321 + Mubi 4, 3, 21 + Courts 2, 1 + Mubi courts 2, 1

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MINI – CRITIQUES : MUBI (1)

22 Mai

Après avoir cessé les critiques systématiques, je viens de passer aux mini-critiques. Tous les films seront donc assortis d’un commentaire – et pour les meilleurs ou quelques cas précis, de ‘critiques’.

Les compte-rendus des séances MUBI seront proposés à part : cet article est le premier exemplaire.

La première est plus corsée et personnelle, rédigée avant de prévoir ces Mini-critique et donc le postage ici.

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La guerre est déclarée * (France 2011) : Assez inventif sur la forme, même si ça dope pas le rythme ; mais récit et esthétique pénibles. Gestion irrégulière (voix-off et musiques).

Quelques pics de haine enregistrés sur ma personne, par exemple lors de cette fin de séquence :

« T’as compris tout ce qu’il a dit ? »

« Nan mais faut retenir tout ce qui est positif. »

« L’opération est réussie !!!!! Ouoooouaiis »(collectif plein d’oestrogène moite et pleurnicharde)

Ou encore : « Tout le monde s’est barré en vacances et on est là comme des cons. » Monsieur, à l’hôpital, est interrompu dans son petit bonheur (« se faire la vie douce » est son idéal) : il aurait pu se rouler dans la neige, s’éclater dans des jeux forains et festoyer avec ses amis, or le voilà à veiller, comme si la vie c’était ça ! Subir ! « Ils sont restés solides » nous dit-on plus tard.

Heureusement j’ai pu me soulager grâce à des moments de drôleries comme :

à 1h14, quand une dizaine de sacs à merde en soirée écoutent deux connards chanter et que le papa chiale. (42)

Les mariés de l’an II *** (France 1971) : Second film vu sur Mubi sous cette nouvelle ère et second également de Rappeneau (car j’ai déjà vu en partie sa version avec Depardieu de Cyrano). Apporte un regard cynique et un peu critique sur la Révolution Française et notamment la Terreur, la dictature de la vertu, tout en humiliant les nobles et notables sûrs d’eux (plus conventionnel sur ce point). Mon enthousiasme s’est tassé sur la fin, le scénario a du mal à rebondir et l’action en souffre – l’éclatement des conflits vient compenser mais pas faire oublier. (70)

L’une chante l’autre pas ** (France 1977) : J’aime approfondir les filmos déjà bien engagées (et donc avec critiques, à l’heure actuelle). Celle d’Agnès Varda en fait partie (voir mes chroniques de Mr Cinéma, Lions Love). Dans L’une chante l’autre pas on voit Valérie Mairesse à ses débuts, plus naturelle que d’habitude (ou à l’avenir). Le film présente plusieurs situations liées aux combats féministes des années 70, dans le sillage des exaltations de mai 68. Le point de vue est neutre et bienveillant, pas spécialement militant. Séance posée qui permet un peu de lucidité. (48)

Baghead ** (USA 2008) : Exemplaire du ‘mumblecore’, genre dont l’affligeant Funny Ha Ha est un des pionniers. Je n’aurais pas connu ce mouvement sans Mubi et ces deux films. Cet opus est un peu au-dessus mais ne tient pas ses promesses et reste violemment creux, voire encore complaisant avec le vide. Il est censé introduire le slasher et s’effondre dès qu’il y touche sérieusement. La pirouette finale est jolie mais des plus triviales et ne méritait pas de liquider quatre-vingt minutes, surtout que sur les sacrifices pour l’art, ce film n’a rien à dire et n’est pas sur le bon terrain. Enfin tout est relatif et le mumblecore est à ranger au rayon ‘arts et essais’, alors peut-être que ces bouts de somnolence en vacances et de piaillages oklm ressemblent à ‘de l’Art’, pour qui est assez dévoué pour le voir ! (28)

Sayat Nova *** (Arménie/URSS 1969) : Série de tableaux vivants censés refléter l’œuvre du poète Sayat Nova (XVIIIe siècle), peut-être aussi la culture et la poésie arméniennes. Langage symbolique, avec bouts cycliques. Raffiné mais répétitif et assommant. (66)

Les trois brigands *** (Allemagne 2007) : Adapté d’un best-seller. Univers luxuriant (superbes couleurs) et un peu fou, animation parfois originale. Assez superficiel et lénifiant malgré l’enrobage lourd. Personnages et créatures fades, mais parfois avec de fortes allures. La méchante tante Betterave domine facilement. (66)

Le plus dignement ** (Japon 1944) : Second film de Kurosawa (un an après La légende du grand judo), Ichiban utsukushiku est une propagande (déclarée et sous forme fictionnelle) assermentée par l’État. Elle se concentre sur l’activité d’ouvrières bénévoles dans une usine d’optique japonaise à la fin de la seconde guerre mondiale. La valeur documentaire est évidente mais plus esthétique que technique, les atermoiements des femmes permettent d’en voir plus (des décors, infrastructures, préoccupations) que le zoom sur leurs travaux. Récit complètement haché, poussées lyriques, artificialité plombante, mélange des registres contre-productif. (52)

L’accordeur de tremblements de terre ** (UK 2005) : Long-métrage des frères Quay, connus pour une œuvre sombre et fantasque, composée jusque-là d’une dizaine de courts-métrages (Rue des crocodiles, Le peigne, Rehearsals for Extinct Anatomies). Une expérience aussi radicale qu’Avalon d’Oshii, mais nettement moins lisible sur le scénario comme dans les intentions.

Originalité esthétique (avec recyclage d’anciennes figurines et marottes), narration très construite et enfumée, romantisme. Assurément unique, on peut toutefois le rapprocher de Guy Maddin, certains Lynch. Plutôt plombant (direction falote, acteurs sans charisme, froideur et dans mon cas manque d’attractivité), seule l’inventivité (sur la forme et dans les symboles) titille l’esprit. (60)

Madame Sata (Brésil 2002) : Représentation ‘libre’ d’un épisode de la jeunesse de Joao Francisco dos Santos, afro-brésilien excentrique, figure de la marginalité. Il vit en colocation avec une blanche et Tabu, un Vincent MacDoom, femme en général, enfant à ses heures.

Film (franco-brésilien) nerveux, peu méticuleux, axé sentiments et petites péripéties. Donne à voir les quartiers populaires de Rio (vers 1930). Par petites touches, met l’accent sur la situation d’exclus/opprimés (intro au poste de police) de Joao et ses proches.

Le caractère du protagoniste reste le grand argument. Il est multiple dans ses expressions, dominateur (sur la forme régulièrement, au fond toujours) et même violent, malgré certaines attitudes (et surtout le travestissement ‘professionnel’ – avec peu d’emphase sur la féminité). Semble mettre à l’épreuve les gens puis part dans ses exactions borderline. Généreux quand sa psychose arrive à s’estomper. Dans le même registre, voir Le baiser de la femme araignée. (46)

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Autres Mini-critiques : 9, 8, 7654321 + Mubi 4, 3, 21 + Courts 2, 1 + Mubi courts 2, 1

L’ENFANCE D’IVAN **

22 Oct

IVAN'S CHILDHOOD

3sur5  Le premier film d’Andrei Tarkovski (Stalker, Le Miroir) est un produit à contre-courant dans le cinéma soviétique. Le projet était destiné à un autre réalisateur et est vite devenu un projet sans directeur. Les studios Mosfilm s’en remettent alors à Tarkovski, exigeant de tout remanier, scénario comme équipe technique et comédiens, en échange d’un budget réduit de moitié. C’est en 1961, la période du dégel kroutchvkien. Bien qu’il évoque la seconde guerre mondiale, L’enfance d’Ivan n’adopte pas un point de vue collectif ni historique.

La guerre est donc un décors et l’art prime sur toutes considérations idéologiques. Le film se concentre sur cet enfant de douze ans, Ivan, éclaireur pour l’armée soviétique, s’engageant contre l’avis de tous, dirigeants y compris, dans une nouvelle mission. C’est un enfant plein de caractère, d’autorité, un genre de Napoléon sans la clarté de l’ambition. À travers lui, Tarkovski aspire, selon ses propos en interviews, à rendre compte de la souffrance de l’ensemble des jeunes russes de cette époque. Ce film focalisé sur une trajectoire personnelle en revient donc à un niveau plus large.

La distinction avec l’immense majorité des productions soviétiques d’époque reste, car il n’y pas d’héroïsme dans L’Enfance d’Ivan, pas plus que de grand destin. Contre-coup de cette disposition, le film flotte dans les démonstrations sensorielles superflues. L’Enfance d’Ivan finit par perdre son sujet de vue et avancer sans but, sinon rajouter des faits inutiles, de la boue, des courses à proximité d’un mal qu’on ne voit jamais. Tarkovski élude la guerre et en arrive à de vaines actions. Les soldats autour n’existent pas, l’enfant est l’objet d’une dialectique sur l’innocence de ce petit être ayant perdu son âme, devenu une machine obstinée, pour laquelle la violence est devenue drogue.

À force de remplir le champ par le rappel de ces idées grandiloquentes, tout en alignant des séquences d’action et de dialogues erratiques, Tarkovski abouti à un résultat conventionnel et vain. L’Enfance d’Ivan apparaît comme un négatif des films de guerre de l’époque, un pot-pourri des productions vues à l’Est et à l’Ouest, où toute substance est retirée pour mettre en valeur à la place cette idée d’un enfant démon malgré lui, quintessence d’un phénomène embarrassant mais dominant par la volonté tous ses acteurs. Cette vision est forte et Nikolaï Bourliaïev un véritable anti-héros.

Autour, un désert, avec quelques traits distinctifs annonçant l’oeuvre ultérieure de Tarkovski, qui ne reviendra plus jamais vraiment à l’action. Quelques effets à noter, comme le zoom impromptu sur la mère au début, la scène des pommes et des chevaux, manifestations clinquantes relativement au reste de la carrière de Tarkovski. Les tentatives réalistes sont ponctuées par une poignée de séquences de rêves, introduites avec une grande subtilité. Le manque de perspective du film le conduira à se replier sur des méthodes ordinaires. Le final consiste en un petit compte-rendu sur la sortie de Goebbels.

Note globale 56

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Les Sentiers de la Gloire + La Nuit du Chasseur

Voir le film sur Dailymotion (VO)

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Tarkovski sur Zogarok >> L’Enfance d’Ivan + Andrei Roublev + Solaris + Le Miroir + Stalker + Nostalghia + Le Sacrifice   

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 Voir l’index cinéma de Zogarok

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