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LE LOCATAIRE DIABOLIQUE ***

16 Juin

4sur5 Après quelques années de succès dont Le Voyage dans la Lune (1902) est l’emblème, Georges Méliès connaît des difficultés. En France, les studios Pathé et Gaumont dominent le marché et produisent les nouveaux défricheurs (Louis Feuillade en fera bientôt partie). C’est dans ce contexte que Méliès réalise Le Locataire Diabolique (1909) où il joue lui-même le personnage-titre (il joue dans la moitié de ses films). Pendant six minutes ce personnage fait un coup à la Mary Poppins, en plus boulimique. Après avoir baratiné ses nouveaux propriétaires, il tire de sa petite valise des dizaines et des dizaines d’accessoires, puis encore d’autres d’une valise plus grosse et en passant il sort même toute une maisonnée, des enfants à la servante en passant par la femme et le bon ami. Le propriétaire découvrira cette diablerie à ses dépens en s’attirant l’hilarité des meubles et la circonspection de ses proches.

Ces six minutes sont efficaces et intrigantes, grâce à la pagaille semée et à tout le dispositif déployé. Méliès s’autorise presque les largesses qu’Emile Cohl n’a pu accomplir qu’en dessin animé, avec son Fantasmagorie l’année précédente (premier film d’animation élaboré à ce degré – il y eut avant les pantomimes lumineuses et The Enchanted Drawing accouchant de la stop-motion). Méliès utilise comme presque toujours l’arrêt caméra, avec désormais une profusion et une virtuosité considérables (c’était encore minimaliste dans Un homme de têtes, vu d’ici). Il a également recours à la pyrotechnie en fin de séance, procédé qu’il a toujours exploité avec modération. Les effets spéciaux utilisés pour la danse des meubles sont propres au théâtre. Les six minutes se déroulent dans le même espace à deux exceptions près, Méliès proposant comme toujours des plans longs et peu (ou pas) d’interruptions (négligeant en cela les possibilités du montage indiquées par Le baiser dans un tunnel – et d’autres procédés raffinés par l’école de Brighton).

Le rythme n’en souffre pas grâce à la malice et aux ressorts mis en œuvre – et parce que l’humour guilleret et cruel de l’œuvre de Méliès atteint son paroxysme. Robert W.Paul indiquait (en pionnier) le grand potentiel du hors-champ dans A Chess Dispute (1903), Méliès montre qu’il peut faire le maximum en un lieu. On peut y voir une métaphore du cinéma ou des arts ‘forains’ (le premier serait alors une sorte de tremplin ‘final’ du second), traînant avec eux une panoplie phénoménale de gadgets et de tours de magie. En outre, Méliès montre ici que l’immobilisme de ses cadres ne barre pas la route à un cinéma riche et expressif. Enfin au rayon anecdotes : l’enfant du locataire est André Méliès, fils de Georges, déjà engagé par lui pour Conte de la grand-mère et rêve d’enfant (1908) ; il aura plus tard quelques apparitions au cinéma, notamment dans Casque d’or (1952).

Ce sera le dernier film ’emblématique’ de Méliès, avant une baisse de productivité puis l’abandon forcé de son activité de réalisateur. Il ne sort plus qu’un film en 1913, Le Voyage de la famille Bourrichon, son dernier. Dix ans plus tard il devra vendre à la société Pathé son cabaret d’opérette, triste date à l’occasion de laquelle il vend, détruit (à des fins d’exploitation, non émotionnelles) ou brûle des caisses entières de films. En 1925 il retrouve son ancienne comparse Jeanne d’Alcy, le cobaye d’Escamotage d’une dame (où il effectuait son premier trucage pour l’écran) et d’Après le bal (première vue quasi-nue au cinéma – hors but documentaire, comme pour Eugen Sandow d’Edison en 1894). Ils se marient, elle lui survit après 1938 et participera en 1952 au Grand Méliès, hommage signé Franju.

Note globale 76

Page IMDB + Zoga sur SC

Suggestions… Le Locataire/Polanski + L’Appartement/Svankmajer

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MINI-CRITIQUES COURTS 3

29 Mai

L’essentiel de cet article porte sur les Silly Symphonies et sur les premières aventures filmées de Mickey.

Puisqu’il y a déjà des dizaines de courts, ce ne sera pas un Top annuel. J’ajouterais prochainement une liste de toutes les notes attribuées à des Courts/Moyens-métrages (comme je l’ai fait pour les films l’an dernier, sauf qu’il s’agira d’un Classement intégral – puis à partir de 2020 ce sera un Classement pour chaque année).

Aussi : désormais je ne souhaite plus donner une critique spéciale pour chaque film avant 1910 ; j’essaierais de le faire pour ceux du XIXe s’ils ne font pas partie d’une série ou d’une filmographie déjà abordée par ailleurs.

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Silly Symphonies> El terrible toreador ** (USA 1929 – 6min) : Le second Silly Symphony (Disney). La corrida et la viande à table vous sont livrées sans passer par la boucherie. Le taureau escogriffe participe aux danses et sa prestation est assimilée à celle d’un catcheur. Pas de sang mais un peu de violence irréelle et un toréador reprenant la main au dernier moment. Première moitié dans un restaurant. (58)

Silly Symphonies> Egyptian Melodies *** (USA 1931 – 6min) : Réalisé par Wilfred Jackson. Une bestiole tenant de l’araignée s’infiltre à l’intérieur du Sphinx. Les momies (quatre comme le nombre de squelettes dans Danse macabre, le premier Silly) et peintures murales y sont en pleine transe musicale. L’arrivée est réussie techniquement car sait simuler le mouvement [dans les décors]. (64)

Silly Symphonies> Hell’s Bells / Les cloches de l’enfer *** (USA 1929 – 6min) : Toute la galerie démoniaque vient s’afficher, des animaux monstrueux aux créatures demi-humaines et passant par une ‘forme’ (flamme consciente). Quatrième Silly présent au public et premier réalisé par Ub Iwerks. (72)

Silly Symphonies> Night / Une nuit mouvementée *** (USA 1930 – 7min) : Ballet spontané de nombreux animaux passant auprès d’un étang. Préfigure Le vieux moulin. Recycle des grandes compositions du répertoire classique, comme d’autres Silly mais plus à fond. Réalisé par Walt himself. (76)

Mickey Mouse> The Mad Doctor **** (USA 1933 – 6min) : Véritablement horrifique ! Le savant fou ressemble à Méliès, roi des films à ‘trucs’ trente ans avant. Fin décevante, mais il était difficile de sortir intègre d’un tel traquenard. Un passage pendant la seconde minute semble repris de l’entrée dans le tombeau de Egyptian Melodies. (78)

Mickey Mouse> The Karnival Kid *** (USA 1929 – 7min) : Mickey à la fête foraine, avec ses hot dog récalcitrants et ses tentatives de séduire une Minnie en caravane. Avis aux amoureux des vaches (l’intro est pour eux) – ceux des chats seront servis par un duo de chanteurs (des Laurel & Hardy). Démarre en trombe avec la variété de folies, se laisse un peu affadir ensuite à cause de la concentration sur ‘la belle’ – mais Mickey s’y exprime en humain/anglais ! Et ça change des seuls numéros musicaux. (72)

Une saucisse bientôt fessée dans « Karnival Kid »

Mickey Mouse> The Plow Boy/ Mickey laboureur *** (USA 1929 – 6 min) : Avec des animaux très enthousiastes, se moquant allègrement des déboires sentimentaux de Mickey. Clairement mineur mais d’une férocité rare dans le secteur. (68)

Mickey Mouse> The Cactus Kid/ Qui s’y frotte s’y pique *** (USA 1930 – 7min) : Minnie aussi terrible que les cactus ? Avec l’ignoble Pat Hibulaire (qui perd ses dents [son dentier?] comme le taureau d’El terrible toreador) ! Il finit en papier plié comme un démon d’Hell Bell’s. Bon opus façon western (au Mexique), très proche dans sa trame du précédent Gaucho. (66)

Mickey Mouse> Trader Mickey *** (USA 1932 – 7min) : Des plus euphoriques. Avec Pluto en Afrique. Crocos et hippopos en intro. Puis Mickey se sauve d’une tribu de cannibales par la danse ! Pas évident à ressortir aujourd’hui à cause de ces représentations peu valorisantes pour les populations africaines. (66)

Mickey Mouse> The Barn Dance/ Bal de campagne/ Danse fermière ** (USA 1929 – 7min) : Le premier Mickey de la première année (à l’exception des trois pionniers incertains de 1928). Pat et Minnie sont déjà de la partie, Pat Hibulaire apparaît sous un jour favorable, contrastant avec un Mickey boulet (la dignité de Minnie est relative aussi). On voit ce piètre danseur écraser les pieds de sa partenaire. Tout ça se passe potentiellement dans leur jeunesse. Un opus encore assez laborieux (répétitif et ‘lourd’) par rapport à ceux qui suivront, mais avec un scénario nettement plus humain que beaucoup d’autres sortis la même année, donc plus apte à toucher large et immédiatement. (62)

Mickey Mouse> Plane Crazy/ L’avion fou *** (USA 1928 – 6min) : Tout premier film avec Mickey (sortie en mai 1928), sonorisé après la sortie du plus connu Steamboat Willie. La première BD Mickey (Lost on a Desert Island – 1930) en reprendrait des gags et bouts de trame. Facilement mon préféré parmi les des trois premiers – déjà un ‘vrai’ Mickey et aussi un cartoon survolté, alors que les autres sont souvent plus lents et/ou musicaux. (66)

Mickey Mouse> The Gallopin’ Gaucho/ Mickey gaucho ** (USA 1928 – 6min) : Le second Mickey, encore muet mais vite sonorisé suite au succès du parlant Steamboat sorti dans la foulée. Dans la pampa argentine. Un peu western comme le sera Cactus Kid. Le hors-la-loi Pegle Pete est Pat Hibulaire sous un autre nom. Serait un pastiche du Gaucho (1927) et des rôles de Douglas Fairbanks en général. (58)

Mickey Mouse> Steamboat Willie/ Le bateau à vapeur de Willie *** (USA 1928 – 7min) : Parodie de Steamboat Bill Jr avec Keaton sorti la même année. Le premier court sorti en tant que parlant, après les muets Gaucho et Plane Crazy. Sinon, pas nécessairement le plus notable des trois : Plane Crazy est aussi dynamique en technique comme en scénario. Les péripéties sont légèrement plus variées ici, les perspectives peut-être et les facéties animalières sûrement plus nettes (déjà une petite foire musicale) ; en contrepartie, la petite histoire est décousue et moins emballante. (64)

Mickey Mouse> Mickey in Arabia *** (USA 1932 – 6min) : Drôle, énergique et sans chanson. S’avère presque plus offensant que Trader car il fait cumuler aux arabes leurs propres caricatures supposées avec celles attribuées aux ‘négros’ – en contrepartie, leurs mœurs et leur culture sont bien plus élevées. Mickey doit récupérer Minnie des griffes de Pat. (66)

Mickey Mouse> The Opry House *** (USA 1929 – 7min) : Fait partie de ces opus appuyant à fond sur le recyclage des éléments de décors et personnages en instruments de musique ; et reprenant des grands morceaux. Le motif du dégonflage et des dents séparées est encore servi. Mickey nous fait une curieuse danse du ventre en public avant de se faire dépasser par son piano. (72)

Mickey Mouse> When the cat’s away *** (USA 1929 – 6min) : Mickey et un régiment de souris investissent une bâtisse pour y faire de la musique – le chat (Kat Nipp) restera à l’écart. Les souris elles-mêmes peuvent servir d’instruments, être étirées ou remontées. Encore un piano rebelle, cette fois dompté au fromage. (66)

Mickey Mouse> Mickey’s Follies *** (USA 1929 – 6min) : Un autre opus joyeux et dansant, mobilisant l’équivalent d’un zoo pour une espèce de cabaret. Mickey se réifie encore à la fin ! (64)

Mickey Mouse> The Barnyard Battle/ Champ de bataille *** (USA 1929 – 7min) : Souris bidasses (confédérées) contre chats (allemands) à dégaines de rapetous. Différemment drôle et sportif. Forcément le terrible Pat Hibulaire est au rendez-vous. Un épisode parfois un peu longuet, avec des personnages réussis, une rude scène d’examen et des gags percutants. (68)

Mickey Mouse> Jungle Rhythm *** (USA 1929 – 7min) : Mickey se sauve en faisant danser les prédateurs de la jungle – il usera la même technique face aux cannibales en 1932 dans Trader. À voir si on aime les marsupiaux mignons et les numéros musicaux, ne pas se précipiter si on préfère les gags et les cavalcades. (64)

Mickey Mouse> The Jazz Fool ** (USA 1929 – 6min) : Une parade en campagne. Mignon, rien de neuf : la deuxième moitié voit encore Mickey aux prises avec son piano. Un peu mou. (54)

Mickey Mouse> Mickey’s Choo Choo ** (USA 1929 – 6min) : Moins immédiatement dégottable que les autres, y compris les racistes. Un des dispensables de toutes façons, convaincant ni dans la musique (plombante) ni dans le gag (celui avec la vache renvoie à Steamboat). Confusion possible avec Mickey mécano (Mickey’s Mechanical Man) de 1933. (52)

Mickey Mouse> The Haunted House ** (USA 1929 – 6min) : Des éléments horrifiques, mais un résultat nettement plus gentil que Mad Doctor. Mickey s’en tire en pianotant, sur demande du chef des squelettes (le seul masqué et habillé). (62)

Mickey Mouse> Wild Waves/ Mickey sauveteur ** (USA 1929 – 7min) : Sauvetage de Minnie à la plage ; puis les fondamentaux, avec un morse et des pélicans entre autres guest chanteurs. (58)

Mickey Mouse> The barnyard concert ** (USA 1930 – 6min) : Mickey chef d’un orchestre comptant dans ses rangs Horace (cheval anthropomorphe) et Clarabelle (la vache déjà souvent vue). Pas l’ampleur d’Opry House tout en étant plus concentré (subissant moins de blancs ou longueurs). Un cochon trompettiste agace Mickey à la quatrième minute. Le héros pleurniche face caméra à la fin comme dans Barn Dance. (62)

Mickey Mouse> Fiddlin’ Around/ Just Mickey ** (USA 1930 – 7min) : Mickey seul au violon sur scène. Un petit dérapage final pour rester dans la comédie et plusieurs grimaces ou démonstrations gentiment hystériques du soliste. (54)

Mickey Mouse> The Fire Fighters *** (USA 1930 – 7min) : Une course folle et pas de chansons – de vrais (mauvais) pros. Minnie en proie aux flammes va forcer le chef de la troupe à se dépasser. Le début à la caserne évoque la courte scène avec les policiers au début du Roi et l’Oiseau. (66)

Mickey Mouse> The Shindig/ La fête joyeuse ** (USA 1930 – 7min) : La fête au saloon. Aimable, quelques gags neufs (et un véhicule pétaradant comme celui du vieux dans Les Aristochats), puis surtout cette cochonne énorme (elle se nommerait Patricia Pig) d’un style déjà aperçu – un représentant de l’espèce avait été légèrement mis en avant à la fin de Banyard concert (un autre moins ressemblant figurait dans Mickey laboureur). (58)

Mickey Mouse> The Chain Gang/ Mickey forçat/ Symphonie enchaînée *** (USA 1930 – 8min) : Un opus plus interpellant après la poignée de mitigés, car il se passe en prison et pourrait prolonger l’atypique Barnyard Battle. Pour l’essentiel, c’est de la redite au niveau des airs employés et de leurs détournements. Parmi la joyeuse bande, un cochon danseur (balançant son ventre comme Mickey dans Opry) ! Pat Hibulaire est l’infâme gardien de prison mais des membres de son espèce sont casseurs de cailloux. La préfiguration de Pluto serait à voir dans le duo de chiens de garde, appartenant à la même race. (68)

Mickey Mouse> The Gorilla Mystery/ Gare au gorille *** (USA 1930 – 7min) : Sommes trois ans avant King Kong. Le dessin du gorille est très réussi, ceux du grenier, du couloir et des intérieurs en général m’ont eux aussi semblé plus élaborés que d’habitude. Les gags sont restreints mais le scénario ou ce qui s’y apparente plus accrocheur, même s’il se conclue sur une niaiserie standard. Minnie donne de la voix – une voix qui ne s’est pas toujours bien distinguée de celle de son partenaire. (68)

Mickey Mouse> The Picnic *** (USA 1930 – 7min) : Les passages avec les insectes chapardant la nourriture évoquent Minuscule (série et films) même si les styles sont éloignés. Première apparition claire de Pluto (celle dans Chain Gang est douteuse), pas encore doté de son propre nom. Un opus ravi de la crèche, où tous se chahutent sans dommages. (68)

Mickey Mouse> Pioneer Days *** (USA 1930 – 8min) : Les indiens (autochtones américains) attaquent puis capturent Minnie alors que ces gentils pionniers n’ont demandé qu’à débouler ! Néanmoins le film n’est pas spécialement incorrect, les antagonistes (renards) ne sont pas odieux ou ridicules comme ceux du futur Trader. Les deux camps égayent leurs soirées en musique – excellentes contributions. Un faux raccord avec une créature disparaissant une seconde (quand le vieux chante seul), à moins qu’on lui trouve une pertinence ‘rythmique’. (64)

Mickey Mouse> The Birthday Party *** (USA 1931 – 7min) : À partir de cette année je ne cherche plus à tous les voir, en tout cas pas maintenant. Mickey reçoit en cadeau… un piano ! Épisode euphorique. Les amateurs de personnages secondaires seront contentés. (68)

Mickey Mouse> Traffic Troubles/ Mickey chauffeur ** (USA 1931 – min) : Mickey conduit le gros cochon de la série (Percy Pig) puis Minnie, après avoir subi les remontrances de l’agent de police Pat Hibulaire. Du nouveau au début avec la traversée de la ville et sa boue (une simple flaque géante ? De kérosène ?), l’anthropomorphisme d’un véhicule ; mais beaucoup de déjà vu dans la seconde moitié, outrancier lors du point de vue derrière la vache. (58)

Mickey Mouse> The Castaway/ L’Esseulé/ Mickey naufragé *** (USA 1931 – 7min) : Mickey secondé par un adorable indésirable (issu d’une fratrie de Jungle Rythm) – plus tard rejoint par un singe plus bienveillant que celui de Gorilla Mystery. Naufragé sur une île, il attire les animaux avec son piano – eux créent de la musique même sans son accord, avec les éléments du décors voire avec leur propre corps. (66)

Mickey Mouse> The Moose Hunt *** (USA 1931 – 7min) : Pluto acquiert son nom. Lui ou son sosie est déjà apparu dans Chain Gang (secondaire et incertain) et Picnic (un des rôles principaux) en 1930. Ses puces l’envahissent déjà. Petite farce du chien qui se fait passer pour mort. Issue complètement fantaisiste. (66)

Mickey Mouse> The Beach Party ** (USA 1931 – 7min) : Toute la ‘bonne’ galerie est de sortie (Mickey & Minnie, Pluto, Horace & Clarabelle) – ne manquent que les cochons et autres personnages secondaires. Aussi euphorique que Birthday, mieux doté en gags. Que d’action mais pas si efficace car ‘one shot’ ou un peu lourdingue (pas besoin de quatre jets ratés sur la pieuvre, bon antagoniste, nouveau, réduit à pas grand chose). (62)

Mickey Mouse> Mickey’s Orphans *** (USA 1931 – min) : Un Micket de Noël. Une personne inconnue dépose un panier de chatons devant la maison du couple de grandes souris (Pluto dort devant la cheminée) – ces garnements (une dizaine de clones) vont tout transformer en terrain de jeu. La fausse barbe blanche flanquée sur Mickey ne suffira pas à les amadouer. (68)

Mickey Mouse> The Duck Hunt *** (USA 1932 – 7min) : Mickey a été mauvais danseur, le voilà mauvais chasseur. Notre héros est incapable de tenir correctement d’une arme – un danger pour lui et ses proches. Avec Pluto il se fera complètement balader par les canards sauvages (une belle brochette de prédateurs joyeux et sans haine, candides mais imprenables). (68)

Mickey Mouse> The Mad Dog/ Chien enragé ** (USA 1932 – 7min) : Il est déjà trop tard pour laver Pluto ! Pat va profiter de sa fuite pour essayer de l’embarquer au zoo. Trois silhouettes mi-connues mi-novatrices sont percutées dans la rue (la dernière est une sorte de canard asiatique). Comme dans Duck Hunt, les puces de Pluto le rejoignent à la fin. (62)

Mickey apporte son soutien émotionnel dans « Klondike Kid »

Mickey Mouse> The Klondike Kid/ Mickey au Grand Nord *** (USA 1932 – 7min) : Minnie en détresse, comme dans In Arabia, Fire Fighters et tant d’autres. L’équipe de danseurs, cochonne de saloon y compris, en rappellent d’autres – regroupés notamment dans Pioneer Days. Le Klondike vous est déjà connu si vous lisiez Picsou ! J’ai déjà crû déceler une parenté avec Chaplin dans Mad Dog, j’en retrouve une ici lors des deux dernières minutes avec la maison en pente dans la neige. Notez que le jeune Dingo [à sa quatrième apparition] se réjouit de danser avec une cochonne ivre morte (à la première minute). (74)

Mickey Mouse> Building a Building/ Bâtissons *** (USA 1933 – 7min) : L’industrie sous un angle candide et optimiste. Anthropomorphisme d’un véhicule de chantier (une pelleteuse) – sans qu’on soit sûr qu’elle soit vivante. Pat est un rustaud chef de chantier (son rire évoque celui de Bill du Bidgil). Serait largement repris de l’épisode d’une autre série Disney (Sky Scrappers de Oswald le lapin – 1928). (72)

Mickey Mouse> Ye Olden Days/ Mickey au Moyen-Age *** (USA 1933 – 8min) : Mickey plongé dans un nouvel univers, lui qui a toujours été dans le présent ou un présent parallèle. Le roi Pat (qui a été plus répugnant et monstrueux) fait enfermer Minnie et Clarabelle ! Dans le but de marier à son fils (Dippy Dawg soit le futur Dingo).. la première naturellement (notez ces pleurs hideux de la pauvre vache de chambre). À Mickey le ménestrel de la sauver – et saisir une opportunité d’être consacré chevalier en plus d’en jouer la part romantique presque anachronique (comme cette guillotine). Excellent ; 1933 est donc l’année où Mickey décolle (et profite d’univers renouvelés et d’histoires un peu étoffées à l’occasion). (74)

Mickey Mouse> The Mail Pilot/ Mickey postier du ciel *** (USA 1933 – min) : Mickey aux prises avec Pat (pas spécialement drôle ni captivant). L’optimisme du début ressemble à une propagande industrielle (éventuellement patriote) balancée en toute transparence (l’air s’enregistre particulièrement bien). (68)

Mickey Mouse> Mickey’s Mechanical Man/ Mickey mécano *** (USA 1933 – 7min) : Mickey entraîne un robot (très humain par son impulsivité et ses manières belliqueuses, seulement cartoon pour le reste) pour un match de boxe contre le gorille massif déjà vu dans la série (nommé Kongo Killer). Les bêtises et imperfections du robot lui valent les moqueries du public – mais forcément, tout espoir n’est pas perdu. La machine, qui n’est encore rien d’autre malgré des allures d’humain trop frais trop vide trop niais, permettra à Mickey de vaincre les forces primitives qu’il n’a précédemment vaincu que par chance (Gorilla Mystery, Castaway). (68)

Mickey Mouse> Mickey’s Gala Premiere ** (USA 1933 – 7min) : Un opus atypique, relié au monde ‘réel’ : Mickey y est l’invité vedette d’une soirée hollywoodienne, pour présenter son film, devant un parterre rempli des stars du cinéma de l’époque (des caricatures de personnages voire personnalités qui en sont déjà dans leurs propres spectacles). Évidemment c’est un succès total, tous sont hilares – sauf ceux qui en sont incapables. Mickey peut être raciste ou suicidaire mais jamais torturé ou polémique (même si pris au sérieux, il donnerait de quoi, surtout dans sa façon de traiter les animaux). Il y a quand même une chute sévère (similaire à celle de Mad Doctor). Mickey n’apparaît qu’au bout de deux minutes et demi, accompagné de la bande présente sur Beach Party. (58)

Mickey Mouse> The Steeple Chase ** (USA 1933 – 7min) : Mickey entiché d’un cheval alcoolique, inapte à la course ; poursuivi par une horde de moustiques pendant la compétition. Notre souris est l’objet d’un humour un peu sadique, l’air de rien. (62)

Silly Symphonies> Trois petits orphelins/ Three Orphan Kittens *** (USA 1935 – 8min) : Un Silly en technicolor et oscarisé. Tiré de la comptine anglaise Three Little Kittens (diffusée au milieu du XIXe), dont The Milky Way (1940) serait une adaptation plus directe ; au fond, hormis les trois chatons et le titre, la filiation n’est pas évidente ici. Une suite est sortie l’année d’après – More Kittens. (72)

Silly Symphonies> Trois petits cochons *** (USA 1933 – 8min) : Reprend le fameux conte. (72)

31m2 * (France 2010 – 15min) : Je ne fais pas partie des haters de Durendal et n’ai pas réussi à le prendre comme référence des vidéastes – la catégorie est encore trop insignifiante à mes yeux et j’en connais peu d’exemplaires. Mais ce court-métrage est sidérant et mérite sa réputation – au minimum et en ayant mis de côté ce qui vient des sentiments délirants nourris par le personnage. Un tel genre de films ne semble devoir exister qu’en privé – où il sera tout de même méprisable mais peu importe. Qu’il ait été porté au public et dans une projection devant plusieurs dizaines et même centaines de personnes laisse dubitatif. En acceptant son statut de film amateur et donc tolérant les manques inhérents, puis les fautes quasi inévitables, il reste encore un problème immédiat et objectif : le son. Le reste aussi est inepte. Dialogues improbables et patauds de même que les actions et le jeu du protagoniste (la fille est correcte). Aucune réflexion sur les décors (qui trahissent un jeune bourgeois englué – jusqu’au titre) et toute la mise en scène ‘vivante’ (que de l’ad hoc indifférencié côté lumière) – Durendal ne s’est préoccupé que des effets, ce qui n’a pas suffit à le pousser à user d’un savant usage du montage et d’un heureux recours au charcutage de masse. Au final nous subissons un sous-film d’une lenteur absurde – je me suis arrêté une première fois au bout d’une minute, ayant l’impression d’avoir déjà consenti un gros effort (ni humour ni ironie là-dedans) ; je suis revenu à la suite grâce à l’option accéléré, en trois fois. Enfin La Nuit a dévoré le monde lui doit quand même beaucoup. (16)

Mickey Mouse> Gulliver Micker *** (USA 1934 – 9min) : Un épisode avec un tonneau de souriceaux, où papa souris ridiculise l’autorité dans son imaginaire emprunté à Swift. Aucune douleur pour Mickey quand les liliputiens le canardent – les coups le font sourire. L’araignée tout aussi géante vient corriger cet abus. (68)

Mickey Mouse> Mickey’s Steamroller/ Le rouleau-compresseur de Mickey ** (USA 1934 – 7min) : Apparition des neveux de Mickey au cinéma (Jojo et Michou) – crées en 1932 dans la bande dessinée. Ils ressemblent au troupeau de petits vus dans Gulliver, sans être aussi minuscules. Pas nécessairement hilarant. Les derniers plans sont plus marquants – la poursuite de tonton Mickey à bord du train. (58)

Extrait des 'Cent Trucs' de Segundo de Chomon

Extrait des ‘Cent Trucs’ de Segundo de Chomon

Segundo de Chomon> Ah ! La barbe / The funny shave *** (France 1906 – 2min) : Comédie fort glauque d’arrière-goût. Les amateurs de Killer Klowns pourraient apprécier ces hallucinations face au miroir. Un des mieux notés de Chomon chez moi, mais pas d’une ‘longue’ durée comme Hôtel électrique. (68)

Zecca> La fée printemps ** (France 1902 – 3min) : Un film de ravi de la crèche niaiseux sensibles à la magie (donc hérétiques mais braves). Le personnage éponyme apparaît colorié en jaune. Un spectacle assez joli finalement mais exagérément lent et démonstratif (comme souvent chez Zecca et contrairement à Chomon). Fait partie des débuts de la longue collaboration de Ferdinand Zecca (A la conquête de l’air, La vie et la passion de Jésus-Christ, Histoire d’un crime) avec Pathé ; également des films coloriés chez Segundo de Chomon, qui assurait la distribution de productions Pathé à Barcelone. (48)

Segundo de Chomon> Les Cent Trucs ** (France 1906 – 3min) : Film à trucs [de montage] avec des acteurs très enthousiastes et une forme parfaitement théâtrale – et de jolis chiffons. Réalisé dans les premiers mois d’activité de Chomon en France (il est crédité de 234 réalisations sur IMDB). (52)

Segundo de Chomon> Le roi des dollars ** (France 1905 – 2min) : Un des premiers films tournés par Chomon en France. Film à trucs très minimaliste, colorié. On y voit un homme déglutir de l’or. (52)

Segundo de Chomon> Une excursion incohérente *** (France 1909 – 8min) : Une comédie aux accents surréalistes et avec quelques trucages élaborés tirant vers le fantastique. Notable pour sa séquence d’animation reflétant un rêve. Les farces proprement humaines ne sont pas nécessairement brillantes et polluent la fin de séance. Un des derniers films de Chomon avant son retour en Espagne. (66)

Zecca> Les victimes de l’alcoolisme ** (France 1902 – 5min) : Histoire morale laborieuse soulignant l’existence de la famille puis le gâchis au bar et la chute dans la pauvreté. Très prosaique et se termine en internement forcé (pas mal luxueux) en maison de fou. (46)

Zecca> La course des sergents de ville ** (France 1907 – 5min) : Style anglo-américain. Zecca s’est beaucoup inspiré de l’école de Brighton et c’en est probablement la meilleure illustration – impossible de ne pas penser à Daring Daylight Burglary (1903). Pas vraiment drôle mais tapageur. Pour une autre antiquité avec un chien, voir Rescued by Rover (1905). (58)

Silly> Frolicking Fish *** (USA 1930 – min) : Ballet de créatures marines. Dramatisation minimale. Plus adorable que Merry Dwarfs et assez proche de Night/Une nuit mouvementée. Notable pour son animation d’une fluidité rare à l’époque, grâce au ‘chevauchement’ (ou ‘overlapping action’). (74)

Silly> Monkey Melodies *** (USA 1930 – 7min) : Un autre Silly dansant et également chantant. Dans la jungle avec des bandes de singes ; un tandem de perroquets puis des crocodiles se joignent aux festivités. Ils finissent par arrêter les farces quand passe leur repas ; d’autres figurants de la jungle prendront le relais. (72)

Silly> The Merry Dwarfs ** (USA 1929 – 6min) : Cinquième de la collection et dernier de la première année. Sympa quoiqu’il semble un peu s’éterniser. Les airs sont ceux qui reviendront constamment chez Mickey et dans une moindre mesure dans les autres Silly. Apparaîtrait dans Roger Rabbit de Zemeckis. (62)

Silly> La danse macabre / Skeleton Dance *** (USA 1929 – 5min) : Point de départ des Silly. Sorti en août 1929 et copyrighté fin janvier 1930. Mickey est alors en train de connaître un succès rapide (corrigeant l’échec des deux premiers muets de 1928, sonorisés suite à Steamboat). Interdit au Danemark selon un NY Times de février 1931 car « trop macabre ». Malgré la nature des héros et les frayeurs de leurs rencontres, la danse est plutôt guillerette – mais comme peut l’être une débauche démoniaque. Le hibou de l’ouverture, le style des quatre squelettes et des chauve-souris reviendront plus tard (pour les deux derniers, dans Haunted House chez Mickey la même année) ; le chien hurlant au clair de lune ressemble à Pluto. (68)

Silly> Cannibal Capers ** (USA 1930 – 6min) : Huitième de la série et premier Silly tourné sans l’animateur Ub Iwerks ni le compositeur Carl Stalling. N’a ni le charme ni la puissance des passages de Mickey en Afrique (comme Trader de 1932). De bons plans et un scénario en rade, un casting faiblard avec un seul antagoniste (lion) sèchement rabroué. (52)

Extrait de ‘A Happy Family’

Krazy Kat> Kannibal Kapers ** (USA 1935 – 6min) : Les Silly Symphonies ont eu des concurrents et des plagieurs, certains de renoms (Merrie Melodies, Happy Harmonies). Ce film de la série Krazy Kat s’ajoute probablement à la liste, puisque son titre se confond avec Cannibal Capers, Silly de 1930. Comme l’ensemble des courts de cette collection issue de la bande dessinée, il est produit par Mintz, écrit et supervisé par Ben Harrison. Forcément c’est différent d’un Silly : la partition musicale est contemporaine, autrement enjouée, le style est plus lourdaud, les physiques plus gras, plus à la Betty Boops. Ajouté à la quasi absence d’animaux (et les apparitions faibles du chat), cela rend le film moins attachant qu’un Silly générique – mais pas nécessairement moins que Cannibal Capers, opus assez faible et lui-même détaché du lot par ses auteurs voire sa technique. Enfin ce Krazy Kat lui-même se distingue de ses homologues car le petit héros n’y partage pas l’affiche avec sa fiancée. Un détail remarquable au milieu des ‘africains’ surdoués de la musique : l’hippopotame utilisé comme taxi. (54)

Krazy Kat> The Stork Exchange *** (USA 1927 – 7min) : Encore à l’ère du muet, avec une plus large équipe créditée et le physique traditionnel du chat (plus fin que dans Kannibal Kapers). Animation parfois très rigide (les bébés), mais aussi très vive. Belle variété de personnages, beaucoup d’action et d’invention. Deuxième moitié moins intéressante avec ses farces. Aurait une sorte de remake nommé Stork Market (1931). (64)

Krazy Kat> Weenie Roast ** (USA 1931 – 6min) : Troisième que je vois de cette série et premier avec sa petite amie. Le feu prend littéralement vie pour devenir leur camarade de danse et de chant. Montagnes russes dans la seconde partie (avec des crocos dans le tunnel). Ceux qui ont aimé Karnival Kid avec Mickey pourraient apprécier. Les puces à la fin ressemblent à des mini Kray ! Façon de remettre les enfants à leur place présumée ? Ce Krazy Kat est sorti la même année (une des plus prolifiques) que Disarmement Conference que je n’ai pas trouvé. (62)

Krazy Kat> A Happy Family ** (USA 1935 – 6min) : Un dessin animé pour dévergonder les enfants. Comédie où les protagonistes ont le goût de la destruction et où deux volailles prêtes pour le repas se mettent à danser devant une série de chats attablés. Des étrangetés dans l’album de famille au début. Attention syndrome ‘familles nombreuses’ comme dans de nombreux cartoons ou jeux vidéos, avec une masse de clones. (58)

Krazy Kat> Birth of Jazz ** (USA 1932 – 6min) : Plus ambitieux que les autres, mais finalement enchaîne des références assez triviales dans la culture comme dans le dessin animé. Plusieurs plans ingénieux ou imaginatifs, la plupart au début. Euphorique mais comme d’habitude avec Krazy Kat, les vibrations sont lourdes, ce n’est pas nécessairement communicatif. Des cigognes plus sophistiquées que celles de Stork Exchange. Une apparition de Franz Liszt en spectre au piano ! Deux ans après Jazz Rhythm dans la même série. (62)

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Autres Mini-critiques : 9, 8, 7654321 + Mubi 4, 3, 21 + Courts 3, 2, 1 + Mubi courts 2, 1

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LE CINÉMA DE MÉLIÈS (2/2) ***

25 Fév

Suite et fin de ce double-article spécial Méliès. La première partie concernait une sélection de ses films des années 1890. Plusieurs films des années 1900 ont leur propre article : Barbe-Bleue (1901), Le Voyage dans la Lune (1902), Le Voyage à travers l’impossible (1904), Le Locataire Diabolique (1909).

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L’HOMME-ORCHESTRE (1900) ***

3sur5 Dans ce film de soixante-dix secondes, Méliès est l’unique acteur multiplié par sept, le chef-d’orchestre tirant de sa propre image ses six musiciens. Loin d’être aussi impressionnant que les Voyage dans la Lune ou à Travers l’impossible, cet Homme-orchestre voit tout de même Méliès repousser ses limites. Il réutilise les surimpressions qui permettaient de créer le tour, alors innovant, d’Un homme de têtes (1898), en le perfectionnant et en déployant avec une plus grande quantité.

Les ré-apparitions du crâne du magicien étaient abruptes dans l’ancien opus (usage ‘brut’ de l’arrêt-caméra), ici les transitions sont subtiles et sans interruption. Les dissociations sont transparentes pendant la première seconde (impression ‘spectrale’) puis le nouveau Méliès se matérialise en s’installant à côté du précédent. Le rendu des surimpressions n’est cependant pas parfaitement ‘compact’, mais Méliès atténue ce défaut grâce à une astuce scénaristique (la recomposition du corps unique, avec les doubles fusionnant en rythme). Ensuite il a recours à la pyrotechnie et revient à la pure tradition illusionniste.

Cet effet issu de l’exposition multiple de la photographie sera ré-exploité de façon plus remarquable dans Le Mélomane (1903), où la réserve au noir se rétrécit à l’écran et les éléments de décors sont nombreux.

Note globale 70

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Suggestions…

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JEANNE D’ARC (1900) *

3sur5 Dans ses films d’actualité (L’Affaire Dreyfus et Le Sacre d’Edouard VII), Méliès résume une série d’étapes ou d’événements en quelques minutes. Avec Jeanne d’Arc, il retrace la vie de la pucelle d’Orléans en douze tableaux, soit autant de scènes. Du haut de ses dix minutes, le film est alors l’un des plus longs présentés au public.

Malgré son envergure de ‘superproduction’ archaïque, il fait partie des moins bons de Méliès, qui aura rarement livré un résultat si creux, au niveau de l’écriture et de la portée émotionnelle. Aucun autre protagoniste que Jeanne ne joue de rôle continu (ils viennent digérer leurs fonctions) et elle-même reste à l’état de pantin. Les centaines de figurants ne sont donc pas d’un grand secours, sauf pour montrer qu’on a de l’ambition. L’absence d’intertitres achève de retirer à la séance l’essentiel de ce qui aurait pu faire sa pertinence – cependant un bonimenteur accompagnait les projections d’époque, chose courante à l’époque du muet (avec les accompagnements musicaux, officieux et au piano en général – L’Assassinat du duc de Guise est un des premiers cas où une musique spécifique et surtout exigeante a été commandée, mettant Saint-Saëns à contribution). Selon le compte-rendu qui en est parvenu, le secours apporté par ce bonimenteur était médiocre et douteux, écorchant les noms.

Les décors renvoient à un imaginaire prestigieux, mais les qualités esthétiques d’ensemble valent autant sinon moins que celles des autres opus situés dans le passé, où perce un penchant pour l’Art nouveau ; Le Diable au couvent et surtout Barbe-Bleue sont autrement éloquents. Seuls ces cartons évoquent le Moyen-Age. Le fondu à la fin, s’il est bien d’époque, souligne la modernité de Méliès, par contre les superpositions sont moins réussies et le feu final n’est pas plus convaincant que l’effet assuré pour Éruption en Martinique (1902). Si Jeanne d’Arc peut interpeller c’est grâce à ses couleurs spécifiquement. Les images ont été peintes à la main (probablement dans l’atelier d’Elisabeth Thuillier, collaboratrice habituelle) : une espèce de sépia tout en contrastes (jusqu’au verdâtre), complété par de nombreux costumes ou ornements blancs, dorés, rouges et bleus (ou leurs déclinaisons).

Jeanne d’Arc est resté perdu jusqu’en 1982. Ce film est le troisième, actuellement recensé, à avoir porté l’héroïne à l’écran, quoique Méliès aurait prétendu selon certaines sources l’avoir tourné dès 1897, ce qui en ferait un opus très décalé par rapport aux autres à ce stade (il a commencé son cinéma en février 1896 avec Une partie de cartes). Georges Hatot a présenté en 1898 Exécution de Jeanne d’Arc et les Lumières ont diffusé Domrémy l’année suivante. Néanmoins la contribution de Méliès est éclairante et catégorique sur un point : la récupération de Jeanne d’Arc est une constante. Méliès l’agnostique (qui a tourné en dérision les charlots auxquels son artisanat était comparé, notamment via Évocation spirite) a une représentation de Jeanne d’Arc éloignée de celle de l’Église catholique et même éloignée des faits avec cet ultime tableau, ‘l’apothéose’.

Note globale 52

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Suggestions… La Passion de Jeanne d’Arc/Dreyer 1928 + Le Procès de Jeanne d’Arc/Bresson + Jeanne d’Arc/Besson

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LE DÉSHABILLAGE IMPOSSIBLE (1900) ***

4sur5 Avec son tour de magie, Escamotage d’une dame au théâtre Robert Houdin (1896) fut le premier film à trucages de Méliès. Il s’y servait de l’arrêt-caméra pour simuler des apparitions/disparitions. Ce sera le principal outil de sa carrière, pour des transformations ou des mouvements soudains, servant notamment l’illusion de ‘fantômes’ dans Le manoir du diable. D’autres procédés concernant les transitions ou liés au split-screen seront exploités, aboutissant notamment à des surimpressions éloquentes où Méliès se multiplie (L’Homme-orchestre) ou cohabite avec des faces de rechange (Un homme de têtes, L’Homme à la tête en caoutchouc).

Le Déshabillage impossible se passe de tous ces raffinements et reprend la technique fondamentale introduite dans Escamotage. L’arrêt-caméra sert maintenant à enchaîner les plans d’un homme restant habillé malgré ses efforts, comme s’il était victime d’une farce magique. La nervosité du montage assure le divertissement, la promptitude du comédien (aucune transition ‘décalée’) donne du crédit à cet étrange phénomène. Le seul défaut est la similitude des costumes, qui atténue un peu l’ampleur du maléfice, cependant le scénario sait relancer la machine. C’est de l’absurde systématisé, arbitraire et mesquin. S’il est plutôt confidentiel, cet opus est une démonstration d’efficacité de la part de Méliès ; particulièrement drôle avec une pointe de l’humour ‘trickster’ dont Le locataire diabolique (1909) sera une plus forte expression.

Note globale 71

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LA DISLOCATION MYSTÉRIEUSE (1901) ***

4sur5 Opus original dans la carrière de Méliès, où le démembrement -toujours joyeux- est poussé à son paroxysme. Devant un décors caverneux, un genre de clown (interprété par Andrée Deed) épice son numéro en envoyant ses bras puis sa tête accomplir des besognes aux alentours. Toujours aussi sûr de lui, il se met à danser et ses jambes, ses bras et sa tête se détachent de son tronc. La seule chose qui l’inquiète et le pousse à se re-solidariser avec ses morceaux, c’est leur sens du rythme catastrophique.

Avec ce film Méliès se frotte à la pantomime et au splapstick silencieux. Le mime professionnel recruté a l’honneur de se faire virtuellement triturer et décapiter, privilège que se réserve normalement Méliès – et qui a été l’objet de son premier tour radicalement spectaculaire, celui d’Un homme de têtes (surpassé dans L’Homme orchestre et encore plus tard via Le Mélomane). Les effets spéciaux au service de cette Dislocation en font une des vues les plus merveilleuses et remarquables de Méliès, avec en bonus un humour efficace, même si pas à la hauteur du Déshabillage impossible (1901 aussi).

Note globale 72

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L’HOMME A LA TETE EN CAOUTCHOUC (1901) ***

3sur5 Cet opus compte parmi les principaux de Méliès (avec Voyage dans la Lune, Voyage à travers l’impossible ou son Vingt mille lieues sous les mers) car il contient un de ses trucages les plus impressionnants. Méliès a fait plus complexe, mais celui-ci a pour avantage d’apparaître massif. Les deux minutes se passent dans une salle avec Méliès en ingénieur fripon et sa tête de rechange posée sur la table ; il la relie à un tuyau de caoutchouc et la gonfle avec un soufflet (puis la dégonfle et fait venir un assistant à face de clown). La tête envahit l’écran jusqu’à exploser.

Pour obtenir cet effet Méliès s’est simplement déplacé par rapport à la caméra, en se servant au découpage de la technique de l’arrêt-caméra qui a fait sa réussite. La caméra est statique et la scène est un plan-séquence, comme de rigueur la plupart du temps chez Méliès et ses concurrents ; outre-Manche l’école de Brighton est en train de bouleverser cet ordre primitif (contributions déterminantes de Big Swallow et de La Loupe de grand-mère). L’Homme à la tête en caoutchouc amuse avec son style carnavalesque, son rythme enjoué et sa violence puérile, avec une feinte d’explosion toute en fumées (recours exploité plus timidement dans Le manoir du diable et Lune à un mètre en accompagnement d’apparitions). Il peut être perçu comme une extension d’Un homme de têtes (1898) où Méliès jouait du banjo à ses trois mini-moi.

Mais ici, plus de fond noir (commode pour les premières surimpressions audacieuse) [pour le spectateur] et hystérie différenciée ; il y a un atelier et le ton est pédagogique, les têtes bonus babillant dans l’euphorie ont cédé la place à une trogne de Méliès en train de faire le poisson. Si Méliès s’est régulièrement mis en scène dans ses propres films davantage que les Lumière (Partie d’écarté) ou George A.Smith (Baiser dans un tunnel), il a surtout cette particularité d’avoir tant instrumentalisée et arrachée son propre visage ; presque toutes les œuvres des premiers cinéastes sont sujettes aux redites (pas besoin d’auto-remake puisque la concurrence se charge de piller), Méliès n’y échappe pas et présentera notamment Une bonne farce avec ma tête (1904). Cette marotte se mélangera parfois à une autre plus prestigieuse, la Lune.

Note globale 68

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LE VOYAGE DE GULLIVER (1902) ***

4sur5 Projeté la même année que Le Voyage dans la Lune (1902), Le Voyage de Gulliver est une des plus belles réussites de Georges Méliès. C’est la première adaptation du roman de l’irlandais Swift (écrit en 1721), Gulliver’s Travel, qui en connaîtra des dizaines parfois très ambitieuses par la suite, souvent sous forme de dessin animé (version russe de 1935, japonaise de 1965). Le voyage de Gulliver est présenté en quelques moments-clés, sur quatre étapes, pour un résultat limpide, agité et entraînant.

Méliès y utilise de nombreuses techniques avec soin et intelligence, en plus de faire exulter son bric-à-brac habituel. La rencontre des géants et des lilliputiens donne à Méliès l’opportunité de jouer avec les échelles de plans. Les surimpressions permettent de faire cohabiter les différentes créatures et les installer dans des contextes ‘contre-nature’, avec quelques défauts de stabilité dans le cas du repas de Gulliver. Méliès avait déjà eu recours à la surimpression en 1901 pour un cauchemar dans Barbe-Bleue et pour Un homme de têtes dès 1898 (incrustations des têtes sans corps). Plusieurs transitions prennent la forme de dissolutions (très rapides, toujours grâce à l’arrêt-caméra), moyen plus subtil (et ‘chargé’) que le fondu in/out.

Le film implique de nombreux figurants, costumes, avec quatre scènes aux décors différents. Il fait partie de la minorité de muets en couleurs, étant colorisé à la main en post-production. Toutes les images ont subies le même traitement, ce qui rehausse l’intérêt du film par rapport à ses concurrents (et creuse la distance avec le démonstratif mais plombant Alice in Wonderland de 1903). Le Voyage dans la Lune lui-même était alors sorti en noir et blanc : sa version en couleurs date des années 1990. Le pochoir arrivera en 1904 et deviendra mécanisé en 1907-1908. Il sera d’abord utilisé par Pathé, un des premiers studios de cinéma produisant des divertissements en masse, bientôt concurrencé par Gaumont et les séries de Feuillade (Les Vampires, Fantômas, Judex).

Note globale 73

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ÉRUPTION VOLCANIQUE A LA MARTINIQUE (1902) **

2sur5 L‘éruption de la Montagne Pelée en 1902 était la plus mortelle depuis celle du Vésuve à Pompéi en 79 après Jésus-Christ, avec 30.000 engloutis le 8 mai (pour trois rescapés). Elle est restée la plus meurtrière du XXe siècle et ses nuées ardentes ont continué à se répandre pendant plus de trois ans. Georges Méliès rend compte de cet événement presque immédiatement dans un film qui a intéressés les spectateurs américains un peu avant qu’il ne réalise Le Sacre d’Edouard VII et Le Voyage dans la Lune.

Cette simulation est des moins impressionnantes. Le tour consiste à diffuser une fumée pour imiter les nuées ardentes (avec une avalanche finale d’à peine une seconde, sans doute à base de cendres ou de sable). La montagne et un groupe de maisons en guise de village sont représentés en modèle réduit, avec le résultat d’une quelconque explosion étalé dans le faux ciel. Ce sera le seul mouvement sur toute la minute, avec les va-et-vient de l’eau en bas de l’écran. L’amas de bibelots a plus de charme que ce tour pyrotechnique, catégorie d’effets secondaire chez Méliès. Normalement il recoure aux fumées pour assurer des transitions ou souligner quelques gestes, pour un résultat d’une intensité souvent faible (Barbe Bleue) ou moyenne (Le diable au couvent), rarement forte (L’Homme à tête en caoutchouc et Le Locataire diabolique).

Méliès n’en était à sa première reconstitution d’actualités puisqu’il avait déjà réalisé L’Affaire Dreyfus et tourné dans la foulée La catastrophe du ballon Le Pax (pour un événement survenu le 12 mai à Paris – film perdu). En outre, Éruption volcanique à la Martinique, bien que dérisoire, est peut-être le premier film-catastrophe, après que Méliès ait probablement présenté la première fiction horrifique (La Maison du diable en 1896), le premier film érotique (Après le bal en 1897) et le premier film partisan sur un cas politique et polémique en cours (L’Affaire Dreyfus en 1899) ; en tout cas pour la France.

Note globale 45

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LE COURONNEMENT DU ROI EDOUARD VII (1902) ***

3sur5 Ce film marque une des rares occasions pour Méliès de ranger au placard les trucages et fantaisies qui font la richesse de son œuvre. Il s’agit d’une simulation et non d’une prise de vue en direct, comme l’était le premier long-métrage (cas isolé) The Corbett-Fitzsimmons Fight (1897), match de boxe retransmis passivement. Le film a été conçu juste avant le couronnement, pour être diffusé le jour de son exécution, le 9 août 1902 (et projeté deux semaines plus tard aux USA). Il condense les plusieurs heures de cérémonie en cinq minutes, montrant les étapes essentielles inscrites dans le protocole.

Dans la réalité, certaines parties ont été coupées ou abrégées à cause du mauvais état de santé du nouveau roi (fils et successeur de Victoria), sortant d’une opération de l’appendicite qui a décalé de deux semaines le couronnement (et la sortie de ce film). Soutenu par le producteur Charles Urbain, Méliès a tourné en extérieur à côté de son atelier à Montreuil, en organisant une reconstitution partielle de la cathédrale de Westminster. Une quarantaine de figurants ont été recrutés et les décors passés à la trappe ont été exploités sur des films ultérieurs. Comme dans Le diable au couvent (1899) le film comporte un décors unique et le tableau qui fait face jouit d’une pseudo-profondeur de champ crédibilisant l’opération, la présence de témoins sur des balcons renforçant l’illusion.

Cependant le langage théâtral de Méliès (un seul plan d’ensemble fixe, avec toute la pauvreté émotionnelle et esthétique possible d’une prise ‘moyenne’ sur le côté) sert peu sa cause dans le cas présent (même si les efforts visuels et l’accompagnement musical compensent). L’absence de ‘trucs’ expose doublement ce film à la déception, ennuyant facilement les amateurs du Voyage dans la Lune ou de l’Homme de têtes, frustrant ceux qui s’attendaient à un semi-reportage éloquent ou à vivre une expérience solennelle. Malgré les critiques et le dédain de certains gardiens, le film connu un grand succès à l’international, facilitant celui du Voyage dans la Lune, sorti le 1er septembre en France avant de se répandre et fournir une image séminale du cinéma mondial.

Ce film est une anecdote forte, mais n’est pas le premier cas dans son genre. Il y a déjà eu des films où paraissaient des hommes d’État et même déjà des sacres. En septembre 1896, McKinley at Home est le premier film où apparaît un Président – William McKinley quelques semaines après son accession au poste suprême. Quatre ans et demi plus tard Edison encadrera le film documentaire en deux parties President McKinley Inauguration, retraçant sa seconde investiture, avec passage au Capitole puis prestation sous serment. En 1896 encore, Charles Moisson (collaborateur des frères Lumière) réalise Le couronnement du tsar Nicolas II.

Note globale 63

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Suggestions… Le Triomphe de la Volonté

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LE MÉLOMANE (1903) ***

4sur5 Avec Le Mélomane, l’art de la surimpression par Méliès est à son apogée. Elle l’a déjà flirté à de multiples reprises, mais Le Mélomane se distingue par le plus grand nombre d’expositions multiples (la tête six fois reproduite, ex-aeco avec L’Homme-orchestre) associé à l’organisation d’un décors contrefait impliqué dans le tour. Méliès fait l’usage le plus insolite de sa tête détachée (son héroïne avec la Lune, mise à profit dans Un homme de têtes et L’Homme à tête de caoutchouc). Les six bouilles catapultées deviennent les gros points des notes de musique sur un fil électrique transformé en partition de géants.

Cette manière folle, sensuelle, d’écrire une musique et d’orchestrer renvoie à l’intention de trouver à l’écran un équivalent du style musical – ce qui était une des frustrations du muet (déjà déniée par Le Joueur d’accordéon (Le Prince 1888) à l’époque des pré-films). La lenteur de la démonstration gêne peut-être cette aspiration, mais la pesanteur du détail et des étapes est légitime. En revanche la poésie vaguement macabre et démiurgique de l’homme du théâtre Robert-Houdin se répand avec allégresse. Pour y parvenir, Méliès a mené une élaboration laborieuse, avec des dizaines de collages, mais sa technique est affûtée comme rarement elle l’a été (l’exploitation de la réserve au noir est moins évidente), ce qui donne une impression de pleine maîtrise devenue ‘naturelle’. Le ton est euphorique, emmené par la fougue ordonnée du professeur Méliès, à la marche burlesque voire cartoonesque, finalement imitée par sa chorale féminine.

Cet opus fait partie des plus ‘inclusifs’ (par sa pédagogie) et des plus éblouissants pour le spectateur. Si Méliès tient souvent moins bien sur les ‘longues’ durées (les Voyage dans la Lune et à Travers l’impossible en attestent, Barbe-Bleue le dément un peu et Le Locataire Diabolique clairement), sur des durées ‘moyennes’ de deux à cinq minutes il peut facilement déployer une grande énergie et déployer une mécanique relativement complexe – ou un torrent d’actions, ce qui masque ses qualités impropres de raconteur (quoiqu’il y excelle facilement mieux que ses concurrents, à ce stade). La Lune à un mètre en attestait dès 1896, Le Diable au couvent (1899) à plus forte raison ; Le Manoir du diable un peu moins malgré son ambition, à cause d’une lisibilité modérée et parce qu’il se bornait à agiter des gadgets, sans avoir le semblant nécessaire de continuité, donc d’élasticité à montrer face aux obstacles.

Depuis 2011 le film est souvent diffusé avec la musique de Lawrence Hérissey, de la famille de Méliès. À l’époque où sortait Le Mélomane, de tels accompagnements étaient fréquents dans les salles, mais généralement informels ou approximatifs par rapport à l’écran (comme le morceau de Air collé au Voyage dans la Lune à sa remastérisation en 2011). L’Assassinat du duc de Guise en 1908 n’est peut-être pas le premier film français sorti avec une musique spécialement créée pour lui, mais c’est le premier pour lequel on l’a commandée et exécutée de manière officielle – et c’est une contribution prestigieuse puisqu’elle est consentie par Camille Saint-Saëns, le compositeur du Carnaval des Animaux.

Note globale 75

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LE RÊVE DE L’HORLOGER (1904) **

3sur5 Cet opus fait partie des petits Méliès, sans descendre au niveau de son premier essai, Une partie de cartes (1896 – reprise de Partie d’écarté des Lumière) et en gardant l’ascendant sur la majorité des ‘vues’ prises par les Lumière. Le réalisateur interprète l’horloger que nous suivons dans son rêve, où il rencontre trois jeunes femmes à son goût. Lorsqu’il tente de les saisir, elles disparaissent et lui se réveille.

Techniquement ce film est accompli. Méliès utilise des fondus pour les objets et personnes en transition, ce qui est plus subtil et esthétique que le recours à la pyrotechnie ou les brusques collages déduits des arrêts-caméra. Les décors comprennent quelques ornements pompiers et loufoques, renvoient à une espèce de débauche de cirque irréaliste, ce qui flatte le parti-pris onirique. Cependant le scénario est ‘cheap’, les attitudes et comportements des personnages stériles pour la triplette et un peu limite pour l’horloger. Transformations mises à part, c’est maigre même pour à peine trois minutes.

Le Manoir du diable (1900) n’était pas plus épais mais il expérimentait, avait des ambitions hautes. Dans les deux cas les personnages sont absorbés par l’instabilité surnaturelle de leur environnement, mais la distance du spectateur dans Le Manoir servait mieux le déballage fantastique. Le rêve de l’horloger est un court de qualité mais le bric-à-brac semble éteindre le reste cette fois, le film se resserrer sur son seul gadget : il n’y a pas d’épilogue comme dans L’Homme à la tête en caoutchouc ou Le déshabillage impossible, ni de variété comme dans la minute de l’Homme de têtes. Enfin le rêve et son objet renvoient à Let me dream again (1900), comédie de George A.Smith (école de Brighton).

Note globale 61

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LES 400 FARCES DU DIABLE (1906) ***

4sur5 À la base, Méliès était un magicien et fournisseur de divertissements forains. Il est passé au-delà très rapidement lorsqu’il s’est lancé dans le cinéma. En 1902, outre son film-phare Le Voyage dans la Lune, la reconstitution ‘anticipée’ du Sacre d’Edouard VII, avec le soutien de Charles Urban, témoigne de l’avancement qu’il a déjà pris. En 1906 cependant, il est monté sur la pente descendante (bien qu’il s’apprête à construire un second studio), qui le conduira à la ruine et à l’abandon de sa carrière, après l’avoir achevée dans les mains de Pathé (1911-12).

Il réalise alors Les Quatre-cent farces du diable, film de 17 minutes (c’est encore colossal, les ‘longs-métrages’ sont des exceptions) qui est un peu son Lost Highway, ou un testament artistique précoce en forme de blockbuster personnel. Ces 400 farces mettent à jour l’ensemble des trucages et des techniques exploités jusqu’ici par le cinéaste, avec une débauche d’effets, de figurants et une dizaine de décors et scènes différentes. L’image est partiellement colorisée et la fibre burlesque mobilisée. La figure du Diable et le trope du pacte faustien, éléments récurrents chez Méliès, forgent à nouveau l’intrigue (c’est parfois Faust tout court, avec des adaptations directes : Marguerite/1897, Damnation/1898, Aux enfers/1903, Docteur/1904).

Ce film marque le point culminant du versant fantasmagorique de l’œuvre de Méliès, avec Le chaudron infernal (1903) – il y est passé aussi dans Le diable au couvent (1899). Le terme désignant à la base des spectacles où apparaissent des fantômes ou d’autres créatures surnaturelles de cet acabit (et pas un simple Satan ou une Lune malfaisante). Il en est également un dans l’onirisme grâce à la course de la voiture céleste. L’an suivant L’Éclipse du Soleil en pleine Lune ira plus loin et plus fort, en offrant dix minutes de fantaisies avec les astres. La multitude d’acteurs ne se contente pas de gesticuler avec fièvre comme dans d’autres opus fameux (de Méliès comme du muet), l’agitation est concrète et efficace.

Cependant le film garde les point négatifs récurrents quand Méliès dépasse la série de tours unique : certains temps sont démesurés (pour préparer le voyage ou pour admirer). Le rejet du réalisme, quasi-total ici contrairement au Voyage à travers l’impossible, rend cette tendance d’autant plus prégnante. La féerie continue de séduire, ou ses beaux morceaux d’interpeller si on est froid, mais les flottements de Méliès en tant que narrateur sont mis en relief. Enfin, pour créer tout ce défilé, Méliès a puisé en partie son inspiration dans des représentations du théâtre du Châtelet (peut-être le principal centre d’attention de cet auteur, piraté et pompé par les adversaires bien plus que l’inverse – même s’il s’est lancé avec un pastiche des Lumière, Une partie de cartes).

Note globale 71

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L’ECLIPSE DU SOLEIL EN PLEINE LUNE (1907) ***

4sur5 Avec cette Éclipse en pleine Lune, Méliès approfondit sa veine féerique. Il y développe un sens du comique ‘collégial’ plutôt que celui gentiment noir ou burlesque habituel. De nombreux éléments typiques (script et motifs) sont repris mais conduits de manière plus souple et experte à la fois, puisque Méliès a déjà onze ans de carrière dans les vues animées avec trucages (démarrées par Escamotage d’une dame). Le sérieux et l’érudition de l’astronaute sont tournés en dérision, son autorité sapée à la fois par des révélations extraordinaires (contre-nature) et la fougue candide du troupeau d’élèves ; contrairement aux spécialistes de La Lune à un mètre ou du Voyage à travers l’impossible, ce vieux barbu-là finira par renoncer.

Des images du film seront reprises en 1995 par David Mallet pour réaliser le clip de Heaven for Everyone de Queen. Elles sont mélangées à des extraits de Voyage dans la Lune et Voyage à travers l’impossible, deux des plus ambitieux de Méliès en terme de décors. Cette Éclipse présente moins de gadgets et d’aventures mais elles sont plus marquantes, car au lieu de montrer surtout l’extase des protagonistes devant leurs découvertes, Méliès orchestre cette fois un ballet onirique et loufoque, plein de sous-entendus libidinaux. Le fond noir fait office de ciel nocturne, occupé par un Soleil vicieux, puis par une foule de gens habillés à la mode antique et perchés sur des croissants de Lune ou des planètes miniatures. La pluie d’étoiles filantes comme explication de la chute de femmes sur Terre relève de l’explication pour enfants et du conte pour adultes. Les spectateurs en quête de sens cachés seront comblés.

Note globale 73

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Suggestions… (Méliès 1907) https://www.youtube.com/watch?v=zJGRlc4kzTs

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Autres films importants de Méliès :

  • Une nuit terrible (1896)
  • 1897 : L’hallucination de l’alchimiste ; L’Auberge ensorcelée ; Bombardements d’une maison ; Faust et Marguerite ; Sur les toits ; Entre Calais et Douvres
  • 1898 : La damnation de Faust ; Guillaume Tell et le clown ; La tentation de Saint Antoine ; Illusions fantasmagoriques ; Le magicien ; Visite sous-marine du Maine
  • 1899 : Cendrillon ; La danse du feu
  • 1900 : Le savant et le chimpanzé ; Nouvelles luttes extravagantes
  • 1901 : Le réveil d’un monsieur pressé ; Le rêve du Radjah/La forêt enchantée ; Rêve de Noël ; Le repas fantastique ; Le chapeau à surprises ; La chrysalide et le papillon ; L’antre des esprits
  • 1902 : L’Homme-mouche ; Le diable géant ou le miracle de la madone
  • 1903 : La guirlande merveilleuse ; Illusions funambulesques ; Le monstre ; La Lanterne Magique ; Faust aux Enfers ; Le Royaume des fées (16 minutes) ; Le Cake-walk infernal ; Le chaudron infernal
  • 1904 : Une bonne farce avec ma tête ; La sirène ; Le baquet de Mesmer ; Les cartes vivantes (1904)
  • 1905 : La légende de Rip Van Wankle ; Le palais des mille et une nuits (23 minutes)
  • Vingt mille lieues sous les mers (1907) : une des nombreuses adaptations du roman de Verne, même pas la première.
  • Les hallucinations du baron de Munchausen (1911)
  • A la conquête du Pôle (1912) : d’une durée de 31 minutes.

QUATRE FILMS DE LOZNITSA **

21 Fév

LA STATION / POLUSTANOK (2000, 0h25) *

1sur5 Sergei Loznitsa entame son œuvre de réalisateur en 1999 avec La vie l’automne. Un an plus tard son second (court-)métrage reçoit les félicitations de la critique : c’est Polustanok, soit ‘La station’. Des gens sont endormis dans une petite gare. Le vent s’installe, les bourrasques retentissent bientôt, mais tout finit par s’affadir ou s’oublier.

Vers la fin, une vieille se réveille. Dernier plan sur une station vide. Le spectateur aura compris que ces gens sont cassés et leur environnement ne leur laisse pas d’autres perspectives. Vingt-cinq minutes de pure contemplation devant l’inertie étaient-elles nécessaires pour y parvenir, ou bien cette durée permet-elle de renforcer le propos ? Elle permet seulement d’abrutir ou d’agacer. Il n’y a à trouver là-dedans que d’infimes variations dépourvues de pertinence.

Le noir et blanc est bien présent pour encourager la distance et habiller le vide – les autres films de Loznitsa utiliseront à nouveau ce recours (Poselenie, Portret, Pismo). Fabrika, rebut flashy du réalisme socialiste, sera une exception. Malgré sa vacuité délibérée Polustanok aura toujours son esthétique pour argument et les interprétations ou justifications peuvent se forger là-dessus. Quelques effets avec la brume ou les ombres donnent l’impression d’une luminosité étouffée : comme si ces individus étaient rendus insensibles ou cet endroit broyait leur propre énergie.

Note globale 31

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Suggestions… Philosophy of a Knife/Iskanov

Scénario/Écriture (1), Casting/Personnages (1), Dialogues (-), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (2), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (-), Ambition (-), Audace (-), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (1), Pertinence/Cohérence (-)

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PORTRAIT / PORTRET (2002, 0h28) **

2sur5 D‘origine biélorusse, Loznitsa a grandi en Ukraine, tourné ses premiers films et documentaires en Russie, avant d’aménager en Allemagne en 2001. C’est à cette période qu’il tourne Portret, un de ses courts-métrages en noir et blanc, d’une durée proche de la demi-heure.

Il y investi un village russe vivant comme à l’ancien temps, celui qui était encore commun dans le contexte de Requiem pour un massacre. Les paysans y sont pris sur le fait, statufiés pendant leurs activités. L’ensemble de leur vie publique est parcouru : ils sont vus dans leur travail, mais aussi en collectif, dans leurs loisirs, dans les déplacements et les évasions solo. Aucune intimité n’est partagée, la caméra n’approche qu’une fois la porte, ne la passe jamais. L’intérêt de tout figer peut être obscur, surtout qu’il nuit au réalisme.

Il permet de cumuler des tableaux d’une communauté paysanne avec un maximum de netteté, à défaut de vivacité et de profondeur. Loznitsa présente des semblants de photographies, sans les limites de celle-ci, ni le décalage qu’induirait une bande-son ouvertement plaquée sur des images fixes. Le film est sans fantaisie, le mystère est davantage ses motivations dans le détail. Comme Polustanok, il vise probablement à baigner les premiers publics visés dans des atmosphères lointaines, reflets de conditions d’existence rudes et spécifiques (ce sera encore le cas dans Fabrika). Portret doit miser sur le gouffre entre la modernité, son culte de la vitesse et ce mode de vie arrêté dans le temps, tendu vers une immobilité inconfortable.

Note globale 50

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Suggestions…

Scénario/Écriture (-), Casting/Personnages (2), Dialogues (-), Son/Musique-BO (2), Esthétique/Mise en scène (2), Visuel/Photo-technique (2), Originalité (-), Ambition (-), Audace (-), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (2)

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FABRIKA / L’USINE (2004, 0h30) **

3sur5 Loznitsa a été remarqué par la critique dès son court à dormir debout La Station. Fabrika (aka ‘L’usine’) est nettement plus concluant et accrocheur. Entre-temps le réalisateur venu d’Ukraine s’est approché du long-métrage avec La Colonie (2002), où le maintien de ses parti-pris a pu prendre une tournure intenable.

Dans Fabrika la caméra observe l’usine pendant les pics d’activité, en deux grandes périodes. Le regard est absolument externe, la psychologie et les individualités exclues, au même titre que le récit au sens banal. En plus d’imposer du recul le film n’est pas complètement réaliste. Son attention aux sons d’ambiance le dément, son éclairage original l’indique explicitement.

Les couleurs sombres et chatoyantes font penser à la peinture baroque. Ce style permet de faire passer l’atmosphère de chaos carré des ateliers de sidérurgie, qui ressemblent à une délocalisation proprette des manufactures de l’enfer. L’inspection du domaine des femmes est traitée de façon plus plate et objective.

Note globale 58

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Suggestions…

Scénario/Écriture (-), Casting/Personnages (-), Dialogues (-), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (4), Originalité (2), Ambition (-), Audace (-), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (2)

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PISMO / LETTRE (2011) **

2sur5 Le réalisateur Loznitsa vient de passer au long-métrage (avec My Joy), format qui aura sa préférence désormais (Dans la brume, Maidan). Avec Pismo (‘La lettre’) il ne s’intéresse plus à des gens ordinaires ou diversement prolétaires, mais à des aliénés au premier degré. Il nous entraîne auprès d’un asile psychiatrique niché dans la forêt russe.

Comme dans Portret (sorte de diapos de paysans) la ville et le luxe sont loin, la civilisation passe au-dessus. A-priori documentaire, l’exercice glisse vers la rêverie – pas la méditation. Le cinéaste refait le coup des flous comme dans Polustanok (la révélation de ses débuts) et a comme de coutume opté pour le noir et blanc (Fabrika étant une heureuse exception). Aucune connexion avec le spectateur n’est recherchée, celui-ci n’a qu’a se laisser glisser dans un bain grisâtre tirant vers le surréalisme, comme le font les maillons futiles de ces paysages.

Quelques tentatives et semblants de bavardages, insignifiants quand ils sont compréhensibles, meublent vainement. Les incrustes de vaches et l’accordéon sont les seules animations collectives, le reste est flottant, éparpillé dans les esprits usés et, peut-être, malades. Ces gens n’ont rien à dire et pour le réalisateur de Poselenie et Fabrika ça en fait des sujets de prédilection. L’apport direct est proche du nul, le plaisir esthétique ou régressif est envisageable. La durée raccourcie (environ 20 minutes soit 10 de moins que d’habitude) facilite la tâche, le travail du son y encourage en rendant la ballade vivante malgré tout.

Note globale 51

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Suggestions…

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MINI-CRITIQUES – COURTS 2

5 Jan

Liste plus courte que la première, fermée pour accompagner les bilans de l’année écoulée (ou demi-bilan comme c’est le cas avec les Mini générales ou avec les Jeux).

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La mer et les jours *** (France 1958 – 22min) : Une non-fiction poétique et stylisée, sans être un strict documentaire ni relever de l’art et essai – elle se présente indirectement comme une « chronique » dans le panneau d’ouverture, en rendant hommage aux morts peu avant ou à la fin de la production. Tourné à l’île de Sein dans le Finistère. Composition assurée par Georges Delerue. Le co-réalisateur Kaminker (frère de Simone Signoret) venait d’être assistant de Delannoy sur Notre-Dame et Maigret tend un piège. Il est mort à la fin du tournage, emporté par une lame. Chris Marker est crédité pour le commentaire. Dans le même registre on peut voir certains courts du jeune Jacques Demy, notamment Le sabotier du val de Loire. Pour la version romantique, voyez la fiction Remorques avec Gabin. (76)

Egged On / Pour épater les poules ** (1926 – 23min) : Charley Bowers est un comédien muet dans l’ombre de Chaplin, Keaton et ‘Glasses’, probablement car il cherche moins à faire rire qu’à surprendre. Comme eux il a livré des dizaines de courts et moyens-métrages burlesques où il joue un héros loufoque, maladroit, inventif. Contrairement à eux il est un des premiers contributeurs importants au cinéma d’animation, ce qui transparaît dans cet épisode même si la comédie reste théoriquement le principal. Cet Egged On s’articule autour d’une histoire d’œufs improbable. La créativité pèse davantage que les gags. Elle peut pousser dans des accès dignes du surréalisme (la paperasse, la poule assommée). Les catastrophes finales ont un arrière-goût de SF ou merveilleux. (62)

He Done His Best / Une invention moderne ** (1926 – 24min) : Charley Bowers est Monsieur Bricolo en garçon de cuisine, pour un épisode moins extravagant que le précédent. Le plus important est dans les dernières minutes, avec les productions de la machine et ses pousses ‘avant-gardistes’ en matière artistique. (58)

Now You Tell One / Non tu exagères ! ** (1926 – 22min) : L’un des plus appréciés de Bowers, où il vient raconter une de ses inventions à un cercle de menteurs professionnels amateur d’histoires invraisemblables. Malgré le déluge de chats à la fin et l’entrée des éléphants au début (et l’apparition de souris), ce court ne m’a pas paru plus stimulant ou impressionnant. Il se distingue par moins de bricolages pour plus de farces, de longueurs et de relationnel. (56)

A Sleepless Night / Une nuit sans sommeil ** (1940 – 12min) : Bien que sorti quatorze ans après les précédents et donc à la fin de sa carrière (mort précoce), ce film aussi est muet. Il met en scène un couple de souris proches de la peluche (et aucun humain). Ancêtre aimable et un peu obscur dans ses plans de Wallace & Gromit, voire d’Itchy et Scratchy par son sadisme. (60)

Many a slip / Bricolo est inventeur ** (1927 – 11min) : Bowers sur une affaire de peau de banane non-dérapante. L’anecdote intéressante du film est le ‘microbe’ (en petit costume avec ses gants énormes) observé au microscope. Pour le reste j’ai été absolument non-réceptif à cet épisode versant beaucoup dans l’humour. (50)

Fatal Footsteps / Le roi du charleston ** (1926 – 22min) : Où Bowers s’invente des chaussures spéciales pour remporter un concours de danse. Un opus différemment excité. Introduit une amoureuse, avec en plus un physique de princesse inhabituelle. Moins percutant par les histoires, toujours autant par les créations (tout de même des chaussures autonomes et un poisson sauteur), fort en gesticulations. Dommage que le son n’ait été généralisé que quelques années après, mais ce défaut n’est ni intrinsèque ni définitif. (56)

The Gown Shop / Zigoto couturier * (1923 – 15min) : Cherchez plutôt avec le titre original s’il vous intéresse (ou essayez Ridolini e le modelle). Un des films avec Oliver Hardy produit, écrit et réalisé par Larry Semon. De ce duo j’ai déjà vu Her Boyfriend. Cet épisode ne contient rien de marquant, hormis le petit crocodile sorti de la fontaine. Les gags se sentent plus et mieux que la cohérence – ou le scénario. (40)

L’histoire d’un jour ** (Yougoslavie 1941 – 9min) : Documentaire rapportant des images de la ville de Belgrade, démarrant sur le quotidien pour finir sur un concert après avoir fait un détour au zoo (pour un hippopotame). Tourné l’année de l’invasion de la Yougoslavie par les nazis. Romantique et lumineux, pas spécialement (de culture) réaliste. (62)

Corps de chasse * (France 1982 – 52 min) : Nanar franchouillard, techniquement apocalyptique, proposant une version alternative et plus teigneuse de La grande bouffe. Le début avec les seuls chasseurs est des plus déplorables sur tous les plans imaginables – le sexe ensuite booste la séance (‘en relève le niveau’ resterait une formule abusive). La tournure est ‘prévisible’ mais le film pousse à bout et dérape avec joie. Pas crédible – pendant le viol une femme hurle tout le long, gesticule, ne bouge que pour laisser la besogne s’accomplir. Elle disparaît après un lattage de couilles – seul truc crédible, mais c’est passif. Personne dans l’équipe ne s’est soucié de rendre la chose vraisemblable, ce qui en atténue la portée ; il n’y a que l’outrance et la transgression pour servir la récréation. Dommage, le réalisateur de Sexandroid aurait pu donner un meilleur destin à son film – aidé par sa rareté pour attirer les écumeurs de poubelles du cinéma. (22)

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Autres Mini-critiques : 9, 8, 7654321 + Mubi 4, 3, 21 + Courts 3, 1 + Mubi courts 2, 1