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MINI-CRITIQUES COURTS 3

29 Mai

L’essentiel de cet article porte sur les Silly Symphonies et sur les premières aventures filmées de Mickey.

Puisqu’il y a déjà des dizaines de courts, ce ne sera pas un Top annuel. J’ajouterais prochainement une liste de toutes les notes attribuées à des Courts/Moyens-métrages (comme je l’ai fait pour les films l’an dernier, sauf qu’il s’agira d’un Classement intégral – puis à partir de 2020 ce sera un Classement pour chaque année).

Aussi : désormais je ne souhaite plus donner une critique spéciale pour chaque film avant 1910 ; j’essaierais de le faire pour ceux du XIXe s’ils ne font pas partie d’une série ou d’une filmographie déjà abordée par ailleurs.

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Silly Symphonies> El terrible toreador ** (USA 1929 – 6min) : Le second Silly Symphony (Disney). La corrida et la viande à table vous sont livrées sans passer par la boucherie. Le taureau escogriffe participe aux danses et sa prestation est assimilée à celle d’un catcheur. Pas de sang mais un peu de violence irréelle et un toréador reprenant la main au dernier moment. Première moitié dans un restaurant. (58)

Silly Symphonies> Egyptian Melodies *** (USA 1931 – 6min) : Réalisé par Wilfred Jackson. Une bestiole tenant de l’araignée s’infiltre à l’intérieur du Sphinx. Les momies (quatre comme le nombre de squelettes dans Danse macabre, le premier Silly) et peintures murales y sont en pleine transe musicale. L’arrivée est réussie techniquement car sait simuler le mouvement [dans les décors]. (64)

Silly Symphonies> Hell’s Bells / Les cloches de l’enfer *** (USA 1929 – 6min) : Toute la galerie démoniaque vient s’afficher, des animaux monstrueux aux créatures demi-humaines et passant par une ‘forme’ (flamme consciente). Quatrième Silly présent au public et premier réalisé par Ub Iwerks. (72)

Silly Symphonies> Night / Une nuit mouvementée *** (USA 1930 – 7min) : Ballet spontané de nombreux animaux passant auprès d’un étang. Préfigure Le vieux moulin. Recycle des grandes compositions du répertoire classique, comme d’autres Silly mais plus à fond. Réalisé par Walt himself. (76)

Mickey Mouse> The Mad Doctor **** (USA 1933 – 6min) : Véritablement horrifique ! Le savant fou ressemble à Méliès, roi des films à ‘trucs’ trente ans avant. Fin décevante, mais il était difficile de sortir intègre d’un tel traquenard. Un passage pendant la seconde minute semble repris de l’entrée dans le tombeau de Egyptian Melodies. (78)

Mickey Mouse> The Karnival Kid *** (USA 1929 – 7min) : Mickey à la fête foraine, avec ses hot dog récalcitrants et ses tentatives de séduire une Minnie en caravane. Avis aux amoureux des vaches (l’intro est pour eux) – ceux des chats seront servis par un duo de chanteurs (des Laurel & Hardy). Démarre en trombe avec la variété de folies, se laisse un peu affadir ensuite à cause de la concentration sur ‘la belle’ – mais Mickey s’y exprime en humain/anglais ! Et ça change des seuls numéros musicaux. (72)

Une saucisse bientôt fessée dans « Karnival Kid »

Mickey Mouse> The Plow Boy/ Mickey laboureur *** (USA 1929 – 6 min) : Avec des animaux très enthousiastes, se moquant allègrement des déboires sentimentaux de Mickey. Clairement mineur mais d’une férocité rare dans le secteur. (68)

Mickey Mouse> The Cactus Kid/ Qui s’y frotte s’y pique *** (USA 1930 – 7min) : Minnie aussi terrible que les cactus ? Avec l’ignoble Pat Hibulaire (qui perd ses dents [son dentier?] comme le taureau d’El terrible toreador) ! Il finit en papier plié comme un démon d’Hell Bell’s. Bon opus façon western (au Mexique), très proche dans sa trame du précédent Gaucho. (66)

Mickey Mouse> Trader Mickey *** (USA 1932 – 7min) : Des plus euphoriques. Avec Pluto en Afrique. Crocos et hippopos en intro. Puis Mickey se sauve d’une tribu de cannibales par la danse ! Pas évident à ressortir aujourd’hui à cause de ces représentations peu valorisantes pour les populations africaines. (66)

Mickey Mouse> The Barn Dance/ Bal de campagne/ Danse fermière ** (USA 1929 – 7min) : Le premier Mickey de la première année (à l’exception des trois pionniers incertains de 1928). Pat et Minnie sont déjà de la partie, Pat Hibulaire apparaît sous un jour favorable, contrastant avec un Mickey boulet (la dignité de Minnie est relative aussi). On voit ce piètre danseur écraser les pieds de sa partenaire. Tout ça se passe potentiellement dans leur jeunesse. Un opus encore assez laborieux (répétitif et ‘lourd’) par rapport à ceux qui suivront, mais avec un scénario nettement plus humain que beaucoup d’autres sortis la même année, donc plus apte à toucher large et immédiatement. (62)

Mickey Mouse> Plane Crazy/ L’avion fou *** (USA 1928 – 6min) : Tout premier film avec Mickey (sortie en mai 1928), sonorisé après la sortie du plus connu Steamboat Willie. La première BD Mickey (Lost on a Desert Island – 1930) en reprendrait des gags et bouts de trame. Facilement mon préféré parmi les des trois premiers – déjà un ‘vrai’ Mickey et aussi un cartoon survolté, alors que les autres sont souvent plus lents et/ou musicaux. (66)

Mickey Mouse> The Gallopin’ Gaucho/ Mickey gaucho ** (USA 1928 – 6min) : Le second Mickey, encore muet mais vite sonorisé suite au succès du parlant Steamboat sorti dans la foulée. Dans la pampa argentine. Un peu western comme le sera Cactus Kid. Le hors-la-loi Pegle Pete est Pat Hibulaire sous un autre nom. Serait un pastiche du Gaucho (1927) et des rôles de Douglas Fairbanks en général. (58)

Mickey Mouse> Steamboat Willie/ Le bateau à vapeur de Willie *** (USA 1928 – 7min) : Parodie de Steamboat Bill Jr avec Keaton sorti la même année. Le premier court sorti en tant que parlant, après les muets Gaucho et Plane Crazy. Sinon, pas nécessairement le plus notable des trois : Plane Crazy est aussi dynamique en technique comme en scénario. Les péripéties sont légèrement plus variées ici, les perspectives peut-être et les facéties animalières sûrement plus nettes (déjà une petite foire musicale) ; en contrepartie, la petite histoire est décousue et moins emballante. (64)

Mickey Mouse> Mickey in Arabia *** (USA 1932 – 6min) : Drôle, énergique et sans chanson. S’avère presque plus offensant que Trader car il fait cumuler aux arabes leurs propres caricatures supposées avec celles attribuées aux ‘négros’ – en contrepartie, leurs mœurs et leur culture sont bien plus élevées. Mickey doit récupérer Minnie des griffes de Pat. (66)

Mickey Mouse> The Opry House *** (USA 1929 – 7min) : Fait partie de ces opus appuyant à fond sur le recyclage des éléments de décors et personnages en instruments de musique ; et reprenant des grands morceaux. Le motif du dégonflage et des dents séparées est encore servi. Mickey nous fait une curieuse danse du ventre en public avant de se faire dépasser par son piano. (72)

Mickey Mouse> When the cat’s away *** (USA 1929 – 6min) : Mickey et un régiment de souris investissent une bâtisse pour y faire de la musique – le chat (Kat Nipp) restera à l’écart. Les souris elles-mêmes peuvent servir d’instruments, être étirées ou remontées. Encore un piano rebelle, cette fois dompté au fromage. (66)

Mickey Mouse> Mickey’s Follies *** (USA 1929 – 6min) : Un autre opus joyeux et dansant, mobilisant l’équivalent d’un zoo pour une espèce de cabaret. Mickey se réifie encore à la fin ! (64)

Mickey Mouse> The Barnyard Battle/ Champ de bataille *** (USA 1929 – 7min) : Souris bidasses (confédérées) contre chats (allemands) à dégaines de rapetous. Différemment drôle et sportif. Forcément le terrible Pat Hibulaire est au rendez-vous. Un épisode parfois un peu longuet, avec des personnages réussis, une rude scène d’examen et des gags percutants. (68)

Mickey Mouse> Jungle Rhythm *** (USA 1929 – 7min) : Mickey se sauve en faisant danser les prédateurs de la jungle – il usera la même technique face aux cannibales en 1932 dans Trader. À voir si on aime les marsupiaux mignons et les numéros musicaux, ne pas se précipiter si on préfère les gags et les cavalcades. (64)

Mickey Mouse> The Jazz Fool ** (USA 1929 – 6min) : Une parade en campagne. Mignon, rien de neuf : la deuxième moitié voit encore Mickey aux prises avec son piano. Un peu mou. (54)

Mickey Mouse> Mickey’s Choo Choo ** (USA 1929 – 6min) : Moins immédiatement dégottable que les autres, y compris les racistes. Un des dispensables de toutes façons, convaincant ni dans la musique (plombante) ni dans le gag (celui avec la vache renvoie à Steamboat). Confusion possible avec Mickey mécano (Mickey’s Mechanical Man) de 1933. (52)

Mickey Mouse> The Haunted House ** (USA 1929 – 6min) : Des éléments horrifiques, mais un résultat nettement plus gentil que Mad Doctor. Mickey s’en tire en pianotant, sur demande du chef des squelettes (le seul masqué et habillé). (62)

Mickey Mouse> Wild Waves/ Mickey sauveteur ** (USA 1929 – 7min) : Sauvetage de Minnie à la plage ; puis les fondamentaux, avec un morse et des pélicans entre autres guest chanteurs. (58)

Mickey Mouse> The barnyard concert ** (USA 1930 – 6min) : Mickey chef d’un orchestre comptant dans ses rangs Horace (cheval anthropomorphe) et Clarabelle (la vache déjà souvent vue). Pas l’ampleur d’Opry House tout en étant plus concentré (subissant moins de blancs ou longueurs). Un cochon trompettiste agace Mickey à la quatrième minute. Le héros pleurniche face caméra à la fin comme dans Barn Dance. (62)

Mickey Mouse> Fiddlin’ Around/ Just Mickey ** (USA 1930 – 7min) : Mickey seul au violon sur scène. Un petit dérapage final pour rester dans la comédie et plusieurs grimaces ou démonstrations gentiment hystériques du soliste. (54)

Mickey Mouse> The Fire Fighters *** (USA 1930 – 7min) : Une course folle et pas de chansons – de vrais (mauvais) pros. Minnie en proie aux flammes va forcer le chef de la troupe à se dépasser. Le début à la caserne évoque la courte scène avec les policiers au début du Roi et l’Oiseau. (66)

Mickey Mouse> The Shindig/ La fête joyeuse ** (USA 1930 – 7min) : La fête au saloon. Aimable, quelques gags neufs (et un véhicule pétaradant comme celui du vieux dans Les Aristochats), puis surtout cette cochonne énorme (elle se nommerait Patricia Pig) d’un style déjà aperçu – un représentant de l’espèce avait été légèrement mis en avant à la fin de Banyard concert (un autre moins ressemblant figurait dans Mickey laboureur). (58)

Mickey Mouse> The Chain Gang/ Mickey forçat/ Symphonie enchaînée *** (USA 1930 – 8min) : Un opus plus interpellant après la poignée de mitigés, car il se passe en prison et pourrait prolonger l’atypique Barnyard Battle. Pour l’essentiel, c’est de la redite au niveau des airs employés et de leurs détournements. Parmi la joyeuse bande, un cochon danseur (balançant son ventre comme Mickey dans Opry) ! Pat Hibulaire est l’infâme gardien de prison mais des membres de son espèce sont casseurs de cailloux. La préfiguration de Pluto serait à voir dans le duo de chiens de garde, appartenant à la même race. (68)

Mickey Mouse> The Gorilla Mystery/ Gare au gorille *** (USA 1930 – 7min) : Sommes trois ans avant King Kong. Le dessin du gorille est très réussi, ceux du grenier, du couloir et des intérieurs en général m’ont eux aussi semblé plus élaborés que d’habitude. Les gags sont restreints mais le scénario ou ce qui s’y apparente plus accrocheur, même s’il se conclue sur une niaiserie standard. Minnie donne de la voix – une voix qui ne s’est pas toujours bien distinguée de celle de son partenaire. (68)

Mickey Mouse> The Picnic *** (USA 1930 – 7min) : Les passages avec les insectes chapardant la nourriture évoquent Minuscule (série et films) même si les styles sont éloignés. Première apparition claire de Pluto (celle dans Chain Gang est douteuse), pas encore doté de son propre nom. Un opus ravi de la crèche, où tous se chahutent sans dommages. (68)

Mickey Mouse> Pioneer Days *** (USA 1930 – 8min) : Les indiens (autochtones américains) attaquent puis capturent Minnie alors que ces gentils pionniers n’ont demandé qu’à débouler ! Néanmoins le film n’est pas spécialement incorrect, les antagonistes (renards) ne sont pas odieux ou ridicules comme ceux du futur Trader. Les deux camps égayent leurs soirées en musique – excellentes contributions. Un faux raccord avec une créature disparaissant une seconde (quand le vieux chante seul), à moins qu’on lui trouve une pertinence ‘rythmique’. (64)

Mickey Mouse> The Birthday Party *** (USA 1931 – 7min) : À partir de cette année je ne cherche plus à tous les voir, en tout cas pas maintenant. Mickey reçoit en cadeau… un piano ! Épisode euphorique. Les amateurs de personnages secondaires seront contentés. (68)

Mickey Mouse> Traffic Troubles/ Mickey chauffeur ** (USA 1931 – min) : Mickey conduit le gros cochon de la série (Percy Pig) puis Minnie, après avoir subi les remontrances de l’agent de police Pat Hibulaire. Du nouveau au début avec la traversée de la ville et sa boue (une simple flaque géante ? De kérosène ?), l’anthropomorphisme d’un véhicule ; mais beaucoup de déjà vu dans la seconde moitié, outrancier lors du point de vue derrière la vache. (58)

Mickey Mouse> The Castaway/ L’Esseulé/ Mickey naufragé *** (USA 1931 – 7min) : Mickey secondé par un adorable indésirable (issu d’une fratrie de Jungle Rythm) – plus tard rejoint par un singe plus bienveillant que celui de Gorilla Mystery. Naufragé sur une île, il attire les animaux avec son piano – eux créent de la musique même sans son accord, avec les éléments du décors voire avec leur propre corps. (66)

Mickey Mouse> The Moose Hunt *** (USA 1931 – 7min) : Pluto acquiert son nom. Lui ou son sosie est déjà apparu dans Chain Gang (secondaire et incertain) et Picnic (un des rôles principaux) en 1930. Ses puces l’envahissent déjà. Petite farce du chien qui se fait passer pour mort. Issue complètement fantaisiste. (66)

Mickey Mouse> The Beach Party ** (USA 1931 – 7min) : Toute la ‘bonne’ galerie est de sortie (Mickey & Minnie, Pluto, Horace & Clarabelle) – ne manquent que les cochons et autres personnages secondaires. Aussi euphorique que Birthday, mieux doté en gags. Que d’action mais pas si efficace car ‘one shot’ ou un peu lourdingue (pas besoin de quatre jets ratés sur la pieuvre, bon antagoniste, nouveau, réduit à pas grand chose). (62)

Mickey Mouse> Mickey’s Orphans *** (USA 1931 – min) : Un Micket de Noël. Une personne inconnue dépose un panier de chatons devant la maison du couple de grandes souris (Pluto dort devant la cheminée) – ces garnements (une dizaine de clones) vont tout transformer en terrain de jeu. La fausse barbe blanche flanquée sur Mickey ne suffira pas à les amadouer. (68)

Mickey Mouse> The Duck Hunt *** (USA 1932 – 7min) : Mickey a été mauvais danseur, le voilà mauvais chasseur. Notre héros est incapable de tenir correctement d’une arme – un danger pour lui et ses proches. Avec Pluto il se fera complètement balader par les canards sauvages (une belle brochette de prédateurs joyeux et sans haine, candides mais imprenables). (68)

Mickey Mouse> The Mad Dog/ Chien enragé ** (USA 1932 – 7min) : Il est déjà trop tard pour laver Pluto ! Pat va profiter de sa fuite pour essayer de l’embarquer au zoo. Trois silhouettes mi-connues mi-novatrices sont percutées dans la rue (la dernière est une sorte de canard asiatique). Comme dans Duck Hunt, les puces de Pluto le rejoignent à la fin. (62)

Mickey apporte son soutien émotionnel dans « Klondike Kid »

Mickey Mouse> The Klondike Kid/ Mickey au Grand Nord *** (USA 1932 – 7min) : Minnie en détresse, comme dans In Arabia, Fire Fighters et tant d’autres. L’équipe de danseurs, cochonne de saloon y compris, en rappellent d’autres – regroupés notamment dans Pioneer Days. Le Klondike vous est déjà connu si vous lisiez Picsou ! J’ai déjà crû déceler une parenté avec Chaplin dans Mad Dog, j’en retrouve une ici lors des deux dernières minutes avec la maison en pente dans la neige. Notez que le jeune Dingo [à sa quatrième apparition] se réjouit de danser avec une cochonne ivre morte (à la première minute). (74)

Mickey Mouse> Building a Building/ Bâtissons *** (USA 1933 – 7min) : L’industrie sous un angle candide et optimiste. Anthropomorphisme d’un véhicule de chantier (une pelleteuse) – sans qu’on soit sûr qu’elle soit vivante. Pat est un rustaud chef de chantier (son rire évoque celui de Bill du Bidgil). Serait largement repris de l’épisode d’une autre série Disney (Sky Scrappers de Oswald le lapin – 1928). (72)

Mickey Mouse> Ye Olden Days/ Mickey au Moyen-Age *** (USA 1933 – 8min) : Mickey plongé dans un nouvel univers, lui qui a toujours été dans le présent ou un présent parallèle. Le roi Pat (qui a été plus répugnant et monstrueux) fait enfermer Minnie et Clarabelle ! Dans le but de marier à son fils (Dippy Dawg soit le futur Dingo).. la première naturellement (notez ces pleurs hideux de la pauvre vache de chambre). À Mickey le ménestrel de la sauver – et saisir une opportunité d’être consacré chevalier en plus d’en jouer la part romantique presque anachronique (comme cette guillotine). Excellent ; 1933 est donc l’année où Mickey décolle (et profite d’univers renouvelés et d’histoires un peu étoffées à l’occasion). (74)

Mickey Mouse> The Mail Pilot/ Mickey postier du ciel *** (USA 1933 – min) : Mickey aux prises avec Pat (pas spécialement drôle ni captivant). L’optimisme du début ressemble à une propagande industrielle (éventuellement patriote) balancée en toute transparence (l’air s’enregistre particulièrement bien). (68)

Mickey Mouse> Mickey’s Mechanical Man/ Mickey mécano *** (USA 1933 – 7min) : Mickey entraîne un robot (très humain par son impulsivité et ses manières belliqueuses, seulement cartoon pour le reste) pour un match de boxe contre le gorille massif déjà vu dans la série (nommé Kongo Killer). Les bêtises et imperfections du robot lui valent les moqueries du public – mais forcément, tout espoir n’est pas perdu. La machine, qui n’est encore rien d’autre malgré des allures d’humain trop frais trop vide trop niais, permettra à Mickey de vaincre les forces primitives qu’il n’a précédemment vaincu que par chance (Gorilla Mystery, Castaway). (68)

Mickey Mouse> Mickey’s Gala Premiere ** (USA 1933 – 7min) : Un opus atypique, relié au monde ‘réel’ : Mickey y est l’invité vedette d’une soirée hollywoodienne, pour présenter son film, devant un parterre rempli des stars du cinéma de l’époque (des caricatures de personnages voire personnalités qui en sont déjà dans leurs propres spectacles). Évidemment c’est un succès total, tous sont hilares – sauf ceux qui en sont incapables. Mickey peut être raciste ou suicidaire mais jamais torturé ou polémique (même si pris au sérieux, il donnerait de quoi, surtout dans sa façon de traiter les animaux). Il y a quand même une chute sévère (similaire à celle de Mad Doctor). Mickey n’apparaît qu’au bout de deux minutes et demi, accompagné de la bande présente sur Beach Party. (58)

Mickey Mouse> The Steeple Chase ** (USA 1933 – 7min) : Mickey entiché d’un cheval alcoolique, inapte à la course ; poursuivi par une horde de moustiques pendant la compétition. Notre souris est l’objet d’un humour un peu sadique, l’air de rien. (62)

Silly Symphonies> Trois petits orphelins/ Three Orphan Kittens *** (USA 1935 – 8min) : Un Silly en technicolor et oscarisé. Tiré de la comptine anglaise Three Little Kittens (diffusée au milieu du XIXe), dont The Milky Way (1940) serait une adaptation plus directe ; au fond, hormis les trois chatons et le titre, la filiation n’est pas évidente ici. Une suite est sortie l’année d’après – More Kittens. (72)

Silly Symphonies> Trois petits cochons *** (USA 1933 – 8min) : Reprend le fameux conte. (72)

31m2 * (France 2010 – 15min) : Je ne fais pas partie des haters de Durendal et n’ai pas réussi à le prendre comme référence des vidéastes – la catégorie est encore trop insignifiante à mes yeux et j’en connais peu d’exemplaires. Mais ce court-métrage est sidérant et mérite sa réputation – au minimum et en ayant mis de côté ce qui vient des sentiments délirants nourris par le personnage. Un tel genre de films ne semble devoir exister qu’en privé – où il sera tout de même méprisable mais peu importe. Qu’il ait été porté au public et dans une projection devant plusieurs dizaines et même centaines de personnes laisse dubitatif. En acceptant son statut de film amateur et donc tolérant les manques inhérents, puis les fautes quasi inévitables, il reste encore un problème immédiat et objectif : le son. Le reste aussi est inepte. Dialogues improbables et patauds de même que les actions et le jeu du protagoniste (la fille est correcte). Aucune réflexion sur les décors (qui trahissent un jeune bourgeois englué – jusqu’au titre) et toute la mise en scène ‘vivante’ (que de l’ad hoc indifférencié côté lumière) – Durendal ne s’est préoccupé que des effets, ce qui n’a pas suffit à le pousser à user d’un savant usage du montage et d’un heureux recours au charcutage de masse. Au final nous subissons un sous-film d’une lenteur absurde – je me suis arrêté une première fois au bout d’une minute, ayant l’impression d’avoir déjà consenti un gros effort (ni humour ni ironie là-dedans) ; je suis revenu à la suite grâce à l’option accéléré, en trois fois. Enfin La Nuit a dévoré le monde lui doit quand même beaucoup. (16)

Mickey Mouse> Gulliver Micker *** (USA 1934 – 9min) : Un épisode avec un tonneau de souriceaux, où papa souris ridiculise l’autorité dans son imaginaire emprunté à Swift. Aucune douleur pour Mickey quand les liliputiens le canardent – les coups le font sourire. L’araignée tout aussi géante vient corriger cet abus. (68)

Mickey Mouse> Mickey’s Steamroller/ Le rouleau-compresseur de Mickey ** (USA 1934 – 7min) : Apparition des neveux de Mickey au cinéma (Jojo et Michou) – crées en 1932 dans la bande dessinée. Ils ressemblent au troupeau de petits vus dans Gulliver, sans être aussi minuscules. Pas nécessairement hilarant. Les derniers plans sont plus marquants – la poursuite de tonton Mickey à bord du train. (58)

Extrait des 'Cent Trucs' de Segundo de Chomon

Extrait des ‘Cent Trucs’ de Segundo de Chomon

Segundo de Chomon> Ah ! La barbe / The funny shave *** (France 1906 – 2min) : Comédie fort glauque d’arrière-goût. Les amateurs de Killer Klowns pourraient apprécier ces hallucinations face au miroir. Un des mieux notés de Chomon chez moi, mais pas d’une ‘longue’ durée comme Hôtel électrique. (68)

Zecca> La fée printemps ** (France 1902 – 3min) : Un film de ravi de la crèche niaiseux sensibles à la magie (donc hérétiques mais braves). Le personnage éponyme apparaît colorié en jaune. Un spectacle assez joli finalement mais exagérément lent et démonstratif (comme souvent chez Zecca et contrairement à Chomon). Fait partie des débuts de la longue collaboration de Ferdinand Zecca (A la conquête de l’air, La vie et la passion de Jésus-Christ, Histoire d’un crime) avec Pathé ; également des films coloriés chez Segundo de Chomon, qui assurait la distribution de productions Pathé à Barcelone. (48)

Segundo de Chomon> Les Cent Trucs ** (France 1906 – 3min) : Film à trucs [de montage] avec des acteurs très enthousiastes et une forme parfaitement théâtrale – et de jolis chiffons. Réalisé dans les premiers mois d’activité de Chomon en France (il est crédité de 234 réalisations sur IMDB). (52)

Segundo de Chomon> Le roi des dollars ** (France 1905 – 2min) : Un des premiers films tournés par Chomon en France. Film à trucs très minimaliste, colorié. On y voit un homme déglutir de l’or. (52)

Segundo de Chomon> Une excursion incohérente *** (France 1909 – 8min) : Une comédie aux accents surréalistes et avec quelques trucages élaborés tirant vers le fantastique. Notable pour sa séquence d’animation reflétant un rêve. Les farces proprement humaines ne sont pas nécessairement brillantes et polluent la fin de séance. Un des derniers films de Chomon avant son retour en Espagne. (66)

Zecca> Les victimes de l’alcoolisme ** (France 1902 – 5min) : Histoire morale laborieuse soulignant l’existence de la famille puis le gâchis au bar et la chute dans la pauvreté. Très prosaique et se termine en internement forcé (pas mal luxueux) en maison de fou. (46)

Zecca> La course des sergents de ville ** (France 1907 – 5min) : Style anglo-américain. Zecca s’est beaucoup inspiré de l’école de Brighton et c’en est probablement la meilleure illustration – impossible de ne pas penser à Daring Daylight Burglary (1903). Pas vraiment drôle mais tapageur. Pour une autre antiquité avec un chien, voir Rescued by Rover (1905). (58)

Silly> Frolicking Fish *** (USA 1930 – min) : Ballet de créatures marines. Dramatisation minimale. Plus adorable que Merry Dwarfs et assez proche de Night/Une nuit mouvementée. Notable pour son animation d’une fluidité rare à l’époque, grâce au ‘chevauchement’ (ou ‘overlapping action’). (74)

Silly> Monkey Melodies *** (USA 1930 – 7min) : Un autre Silly dansant et également chantant. Dans la jungle avec des bandes de singes ; un tandem de perroquets puis des crocodiles se joignent aux festivités. Ils finissent par arrêter les farces quand passe leur repas ; d’autres figurants de la jungle prendront le relais. (72)

Silly> The Merry Dwarfs ** (USA 1929 – 6min) : Cinquième de la collection et dernier de la première année. Sympa quoiqu’il semble un peu s’éterniser. Les airs sont ceux qui reviendront constamment chez Mickey et dans une moindre mesure dans les autres Silly. Apparaîtrait dans Roger Rabbit de Zemeckis. (62)

Silly> La danse macabre / Skeleton Dance *** (USA 1929 – 5min) : Point de départ des Silly. Sorti en août 1929 et copyrighté fin janvier 1930. Mickey est alors en train de connaître un succès rapide (corrigeant l’échec des deux premiers muets de 1928, sonorisés suite à Steamboat). Interdit au Danemark selon un NY Times de février 1931 car « trop macabre ». Malgré la nature des héros et les frayeurs de leurs rencontres, la danse est plutôt guillerette – mais comme peut l’être une débauche démoniaque. Le hibou de l’ouverture, le style des quatre squelettes et des chauve-souris reviendront plus tard (pour les deux derniers, dans Haunted House chez Mickey la même année) ; le chien hurlant au clair de lune ressemble à Pluto. (68)

Silly> Cannibal Capers ** (USA 1930 – 6min) : Huitième de la série et premier Silly tourné sans l’animateur Ub Iwerks ni le compositeur Carl Stalling. N’a ni le charme ni la puissance des passages de Mickey en Afrique (comme Trader de 1932). De bons plans et un scénario en rade, un casting faiblard avec un seul antagoniste (lion) sèchement rabroué. (52)

Extrait de ‘A Happy Family’

Krazy Kat> Kannibal Kapers ** (USA 1935 – 6min) : Les Silly Symphonies ont eu des concurrents et des plagieurs, certains de renoms (Merrie Melodies, Happy Harmonies). Ce film de la série Krazy Kat s’ajoute probablement à la liste, puisque son titre se confond avec Cannibal Capers, Silly de 1930. Comme l’ensemble des courts de cette collection issue de la bande dessinée, il est produit par Mintz, écrit et supervisé par Ben Harrison. Forcément c’est différent d’un Silly : la partition musicale est contemporaine, autrement enjouée, le style est plus lourdaud, les physiques plus gras, plus à la Betty Boops. Ajouté à la quasi absence d’animaux (et les apparitions faibles du chat), cela rend le film moins attachant qu’un Silly générique – mais pas nécessairement moins que Cannibal Capers, opus assez faible et lui-même détaché du lot par ses auteurs voire sa technique. Enfin ce Krazy Kat lui-même se distingue de ses homologues car le petit héros n’y partage pas l’affiche avec sa fiancée. Un détail remarquable au milieu des ‘africains’ surdoués de la musique : l’hippopotame utilisé comme taxi. (54)

Krazy Kat> The Stork Exchange *** (USA 1927 – 7min) : Encore à l’ère du muet, avec une plus large équipe créditée et le physique traditionnel du chat (plus fin que dans Kannibal Kapers). Animation parfois très rigide (les bébés), mais aussi très vive. Belle variété de personnages, beaucoup d’action et d’invention. Deuxième moitié moins intéressante avec ses farces. Aurait une sorte de remake nommé Stork Market (1931). (64)

Krazy Kat> Weenie Roast ** (USA 1931 – 6min) : Troisième que je vois de cette série et premier avec sa petite amie. Le feu prend littéralement vie pour devenir leur camarade de danse et de chant. Montagnes russes dans la seconde partie (avec des crocos dans le tunnel). Ceux qui ont aimé Karnival Kid avec Mickey pourraient apprécier. Les puces à la fin ressemblent à des mini Kray ! Façon de remettre les enfants à leur place présumée ? Ce Krazy Kat est sorti la même année (une des plus prolifiques) que Disarmement Conference que je n’ai pas trouvé. (62)

Krazy Kat> A Happy Family ** (USA 1935 – 6min) : Un dessin animé pour dévergonder les enfants. Comédie où les protagonistes ont le goût de la destruction et où deux volailles prêtes pour le repas se mettent à danser devant une série de chats attablés. Des étrangetés dans l’album de famille au début. Attention syndrome ‘familles nombreuses’ comme dans de nombreux cartoons ou jeux vidéos, avec une masse de clones. (58)

Krazy Kat> Birth of Jazz ** (USA 1932 – 6min) : Plus ambitieux que les autres, mais finalement enchaîne des références assez triviales dans la culture comme dans le dessin animé. Plusieurs plans ingénieux ou imaginatifs, la plupart au début. Euphorique mais comme d’habitude avec Krazy Kat, les vibrations sont lourdes, ce n’est pas nécessairement communicatif. Des cigognes plus sophistiquées que celles de Stork Exchange. Une apparition de Franz Liszt en spectre au piano ! Deux ans après Jazz Rhythm dans la même série. (62)

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MINI-CRITIQUES / COURTS – MUBI 2 (2018)

8 Jan

La précédente liste concernait seulement 2017. Celle-ci ne concerne que 2018, à l’instar de nombreux autres stocks de Mini-critiques qui s’apparentent à des Bilans annuels ; il faudra probablement casser en deux ou trois pour les années suivantes. Les courts MUBI, comme les courts généraux, devraient eux se maintenir à ce rythme annuel, car j’en consulte peu.

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Sullivan’s Banks/ Sullivans Banken * (Allemagne 2000 – 36min) : Documentaire montrant la dernière série de créations de l’architecte Louis H.Sullivan. Un recueil de photos sur papier aurait suffit. Le passage en revue de ces huit banques, sous un maximum d’angles, se veut le plus neutre (objectif ?) possible, tout en suggérant une Amérique secrètement morose, blasée. Sans paroles mais pas muet, sans acteurs tout en laissant des humains au second plan. Sur Mubi, c’est le premier d’un cycle de quatre films signés Hemigholz. (42)

Le park **(France 2015 – 14min) : Traversée avec une caméra ‘mobile’ (donnant l’illusion de vue subjective) de décors de désolation, tout près de la ville, de la civilisation en vie ; sorte de cimetière des émotions. Ces gens statiques sont probablement les ’35 individus’ arrêtés par la police suite à leurs diffusions d’images – et probablement à cause du clash à la machette dévoilé en dernière partie (où les figurants ne sont pas toujours parfaitement immobiles, ce qui brise l’effort et l’effet).

La mise en scène accroche, le propos exact [sur l’image, sa pérennité supérieure] est obscur même si le thème est donné. Tourné à Casablanca. Les protagonistes parlent arabe, les voix automatiques en français. (50)

Land of my dreams *** (Portugal 2012 – 20min) : Dernier court de Yann Gonzalez avant ses Rencontres d’après minuit, avec un côté pathétique travesti. Séduisant et accompli, surtout par rapport aux productions ‘art & essai’ choisissant la fantaisie. Arrive à être ouvertement artificiel dans la direction d’acteurs sans que les deux actrices deviennent des robots ou de simples ‘diseuses’ jouant mal ou au minimum. Je suis moins client à partir du milieu et de l’histoire d’amour, tout en trouvant que c’est réussi. Les deux petites provocs gâchent la séance (l’embrassade qui ne sert à rien, la bite de sortie – elle aussi pas nécessaire et tirant plutôt vers la banalité malgré tout ‘l’apparat’). (66)

La petite vendeuse de soleil ** (Sénégal 1999 – 43min) : Moyen-métrage et dernier film de Djibril Diop Mambéty. Une fibre poétique. Cap et intrigue très ‘lax’. Pour les gens qui souhaitent danser devant un film. (48)

Fast Film *** (Autriche 2003) : Jolie initiative, jolis morceaux, montage à la hauteur des ambitions. Résultat original sans être forcément beau. Concentré sur le cinéma anglo-saxons et ses classiques (Indiana Jones compris !), éventuellement ceux plus ‘bis’ ou horrifiques. Un cinéphile peut donc se réjouir mais ne va pas apprendre ou découvrir (contrairement au profane en origamis). Cela reste un détournement remarquable, qui ne se contente pas de raconter une histoire calquée sur des archives ou extraits – il se présente davantage comme une course à l’intérieur d’une rétrospective. Romanesque et ludique, sans ironie, véritable hommage au cinéma qui refuse le formole. (66)

Rocky VI * (Finlande 1986 – 8min) : Satire de l’Amérique actuelle par le biais d’une parodie des Rocky avec Stallone. Clip en noir et blanc sans grand intérêt, avec une musique typée et énergique. Un Rocky rachitique se fait éclater par un demi-sumo russe – allez, prenez ça dans les dents ordures capitalistes ! On peut reconnaître une chose à Kaurismaki : il ne trahit pas ses opinions claires, grasses, d’insurgé gauchiste permanent. (40)

Tell me the story of all these things * (UK 2017 – 23min) : Vu en VO-St anglais. Une femme musulmane parle de son adaptation au monde, de son rôle au quotidien, de ses préjugés collants. Entrevues entrecoupées de vues de modélisation de jeu-vidéo à l’effet vieillot, de saynètes gratuites (avec des légumes en rang ou des cuissons en gros plan, pendant que l’interviewée fait la cuisine), de clics et lectures sur un site du gouvernement britannique (‘elearning.prevent’), une animation impromptue et même un extrait télévisé fort moche. Faible intérêt, foutraque, répétitif. Peut-être plus intéressant à la fin lorsque Farah parle de mariage et de sexualité, mais les plans extrêmement rapprochés et mobiles peuvent commencer à indisposer. (28)

Historytelling ** (Canada 2018 – 12min) : L’ouverture cogne avec les prophéties pessimistes ou anxieuses des enfants. La suite cafouille – il y a tromperie sur la marchandise. On voit simplement les élèves d’une classe occupés à leur exposé, puis à une sortie dans la neige pendant qu’une mémé aborigène parle héritage (au sens intime et spirituel, pas politique). Il aurait fallu davantage leur poser de questions directes, comme lors des dernières minutes. (32)

Boro in the Box ** (France 2011 – 40 min) : Un hommage de Mandico au cinéaste Walerian Borowczyk, sous forme d’abcédaire, en noir et blanc. Jusqu’au-boutiste, difficilement captivant. Notre-dame des Hormones est plus joyeux à regarder. (48)

Living Still Life ** (France 2013 – 15 min) : Plus limpide et surtout plus joli que Boro, avec un hommage à l’animation des premiers temps du cinéma. Et un de ses premiers moteurs, le fantasme de conservation de la vie à travers l’image. (62)

Le rideau cramoisi *** (France 1953 – 45min) : Adaptation d’une des six nouvelles des Diaboliques de Jules Barbey d’Aurevilly. – premier long du critique Alexandre Astruc. En voix-off (prêtée au protagoniste), sans dialogues. On ne le verra jamais dans une interaction, ou alors pas face-à-face. Va à l’essentiel contrairement à son modèle, se plonge peu et surtout ne s’étale pas dans les détails d’ambiance. Excellent pour sa mise en scène et son texte (les meilleures phrases de l’original sont reprises et reliées), moyen voire boiteux sur le fond, quoique pour de bonnes raisons : les flous de la nouvelle sont assumés en tirant le film vers le fantastique. Les inconsistances ne sautent pas nécessairement aux yeux car le flux de sentiments et d’observation nous emporte et habitue la conscience à laisser de côté tous les parasites. La partie avant la vraie rencontre reste meilleure. (68)

Les fiancés du pont Mac Donald ou Méfiez-vous des lunettes noires ** (France 1961 – 5min) : Court burlesque dont une partie apparaît dans le long Cléo de 5 à 7. Les deux sont tournés par Agnès Varda. Godard est le jeune homme dont on retire les lunettes noires pour qu’il voit la vie du bon côté. Tourné à la façon des muets, avec musique guillerette. Réunit des acteurs fameux. Mignon. (54)

Trees Down Here * (UK 2018 – 14min) : Censé aborder le Brutalisme et questionner sa place actuelle. Successions de plans hasardeux sur des bâtiments, des croquis, des bouts de nature. Avec des sons et même des lectures apathiques hors-sujet. Des trucs jolis avec et grâce aux animaux, mais pas à chaque fois. Une débilité. Co-produit par MUBI qui décidément devient suspect à mes yeux. (22)

Berliner Ballade * (France 1990 – 29min) : Un film pour les communistes tellement convaincus que leur philosophie et leurs objectifs politiques étaient les préoccupations premières lors de la réunification allemande. Image médiocre ; le niveau de la copie serait discutable même pour de l’amateur (‘neige’ sonore extrême lors de plusieurs interviews). Que de blablas anticapitalistes ronflants et de niaiseries de passifs-agressifs égocentriques drapés dans leur vertu relative (par rapport aux ‘vrais’ fautifs que sont les riches et les puissants). Les argumentaires reposent principalement sur la pleurniche et les dénonciations aussi outrancières que généralisantes.

La probable ‘verte’ intervenant à la 21e minute (Ina Merkel) a majoritairement raison (« On est très déprimés par les résultats. On avait espéré que les forces qui sont relativement à gauche de la CDU, comme le SPD et d’autres, seraient en mesure de former un gouvernement. Les résultats montrent que la population veut une intégration rapide à la RFA et pas un rapprochement progressif des deux états. Sans doute est-ce la vieille illusion de la gauche : toujours espérer que la raison va dominer le ventre, mais c’est le ventre qui domine. C’est bien Brecht qui disait : beefsteak d’abord et la morale après. Je crois qu’il y a une logique fatale dans l’évolution de l’Humanité qui est de se détruire elle-même : ça se voit dans la marche vers la catastrophe écologique et dans l’incapacité à avoir des rapports normaux avec le tiers-monde. Je crois que l’Humanité va suivre cette logique, je ne crois plus à l’espoir des générations futures. »). (30)

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Mini-critiques Courts MUBI : 3-2019, 1-2017

Mini-critiques MUBI : 4-2018, 3, 2, 1

Autres Mini-critiques : 9, 8, 7654321 + Courts 2, 1

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MINI-CRITIQUES – COURTS 2

5 Jan

Liste plus courte que la première, fermée pour accompagner les bilans de l’année écoulée (ou demi-bilan comme c’est le cas avec les Mini générales ou avec les Jeux).

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La mer et les jours *** (France 1958 – 22min) : Une non-fiction poétique et stylisée, sans être un strict documentaire ni relever de l’art et essai – elle se présente indirectement comme une « chronique » dans le panneau d’ouverture, en rendant hommage aux morts peu avant ou à la fin de la production. Tourné à l’île de Sein dans le Finistère. Composition assurée par Georges Delerue. Le co-réalisateur Kaminker (frère de Simone Signoret) venait d’être assistant de Delannoy sur Notre-Dame et Maigret tend un piège. Il est mort à la fin du tournage, emporté par une lame. Chris Marker est crédité pour le commentaire. Dans le même registre on peut voir certains courts du jeune Jacques Demy, notamment Le sabotier du val de Loire. Pour la version romantique, voyez la fiction Remorques avec Gabin. (76)

Egged On / Pour épater les poules ** (1926 – 23min) : Charley Bowers est un comédien muet dans l’ombre de Chaplin, Keaton et ‘Glasses’, probablement car il cherche moins à faire rire qu’à surprendre. Comme eux il a livré des dizaines de courts et moyens-métrages burlesques où il joue un héros loufoque, maladroit, inventif. Contrairement à eux il est un des premiers contributeurs importants au cinéma d’animation, ce qui transparaît dans cet épisode même si la comédie reste théoriquement le principal. Cet Egged On s’articule autour d’une histoire d’œufs improbable. La créativité pèse davantage que les gags. Elle peut pousser dans des accès dignes du surréalisme (la paperasse, la poule assommée). Les catastrophes finales ont un arrière-goût de SF ou merveilleux. (62)

He Done His Best / Une invention moderne ** (1926 – 24min) : Charley Bowers est Monsieur Bricolo en garçon de cuisine, pour un épisode moins extravagant que le précédent. Le plus important est dans les dernières minutes, avec les productions de la machine et ses pousses ‘avant-gardistes’ en matière artistique. (58)

Now You Tell One / Non tu exagères ! ** (1926 – 22min) : L’un des plus appréciés de Bowers, où il vient raconter une de ses inventions à un cercle de menteurs professionnels amateur d’histoires invraisemblables. Malgré le déluge de chats à la fin et l’entrée des éléphants au début (et l’apparition de souris), ce court ne m’a pas paru plus stimulant ou impressionnant. Il se distingue par moins de bricolages pour plus de farces, de longueurs et de relationnel. (56)

A Sleepless Night / Une nuit sans sommeil ** (1940 – 12min) : Bien que sorti quatorze ans après les précédents et donc à la fin de sa carrière (mort précoce), ce film aussi est muet. Il met en scène un couple de souris proches de la peluche (et aucun humain). Ancêtre aimable et un peu obscur dans ses plans de Wallace & Gromit, voire d’Itchy et Scratchy par son sadisme. (60)

Many a slip / Bricolo est inventeur ** (1927 – 11min) : Bowers sur une affaire de peau de banane non-dérapante. L’anecdote intéressante du film est le ‘microbe’ (en petit costume avec ses gants énormes) observé au microscope. Pour le reste j’ai été absolument non-réceptif à cet épisode versant beaucoup dans l’humour. (50)

Fatal Footsteps / Le roi du charleston ** (1926 – 22min) : Où Bowers s’invente des chaussures spéciales pour remporter un concours de danse. Un opus différemment excité. Introduit une amoureuse, avec en plus un physique de princesse inhabituelle. Moins percutant par les histoires, toujours autant par les créations (tout de même des chaussures autonomes et un poisson sauteur), fort en gesticulations. Dommage que le son n’ait été généralisé que quelques années après, mais ce défaut n’est ni intrinsèque ni définitif. (56)

The Gown Shop / Zigoto couturier * (1923 – 15min) : Cherchez plutôt avec le titre original s’il vous intéresse (ou essayez Ridolini e le modelle). Un des films avec Oliver Hardy produit, écrit et réalisé par Larry Semon. De ce duo j’ai déjà vu Her Boyfriend. Cet épisode ne contient rien de marquant, hormis le petit crocodile sorti de la fontaine. Les gags se sentent plus et mieux que la cohérence – ou le scénario. (40)

L’histoire d’un jour ** (Yougoslavie 1941 – 9min) : Documentaire rapportant des images de la ville de Belgrade, démarrant sur le quotidien pour finir sur un concert après avoir fait un détour au zoo (pour un hippopotame). Tourné l’année de l’invasion de la Yougoslavie par les nazis. Romantique et lumineux, pas spécialement (de culture) réaliste. (62)

Corps de chasse * (France 1982 – 52 min) : Nanar franchouillard, techniquement apocalyptique, proposant une version alternative et plus teigneuse de La grande bouffe. Le début avec les seuls chasseurs est des plus déplorables sur tous les plans imaginables – le sexe ensuite booste la séance (‘en relève le niveau’ resterait une formule abusive). La tournure est ‘prévisible’ mais le film pousse à bout et dérape avec joie. Pas crédible – pendant le viol une femme hurle tout le long, gesticule, ne bouge que pour laisser la besogne s’accomplir. Elle disparaît après un lattage de couilles – seul truc crédible, mais c’est passif. Personne dans l’équipe ne s’est soucié de rendre la chose vraisemblable, ce qui en atténue la portée ; il n’y a que l’outrance et la transgression pour servir la récréation. Dommage, le réalisateur de Sexandroid aurait pu donner un meilleur destin à son film – aidé par sa rareté pour attirer les écumeurs de poubelles du cinéma. (22)

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Autres Mini-critiques : 9, 8, 7654321 + Mubi 4, 3, 21 + Courts 3, 1 + Mubi courts 2, 1

MINI CRITIQUES – COURTS 1

30 Mai

Il n’y avait pas de raison que ceux-là évitent le passage sous format Mini. J’ai pensé au départ garder les courts du côté des systématiques, mais ce serait peu pratique et m’obligerait à réagir sur des choses dérisoires.

Les courts ne seront pas ma priorité – je ne suis que ponctuellement pro-actif pour en découvrir. Je pourrais me concentrer sur quelques cas : voir tous ou un bon nombre de courts/moyens d’un auteur, comme j’ai pu le faire partiellement avec Herzog (grâce à Mubi) ou comme je l’ai fait avec Starewitch. Les courts vus sur MUBI sont abordés à part

Les courts/moyens vus sur MUBI sont abordés à part (déjà une session), comme les films ‘normaux’.

Les courts appartenant à des sagas/collection, type séries de Tex Avery, seront traitées comme les autres ; les 8+ pas nécessairement à part. 

In a Heartbeat ** (USA 2017 – 4 min) : Autour d’une romance naissante entre deux pré-ados (ou plus vieux?). Initiative étrange avec ce cœur séparé, mais elle fonctionne. Voir la critique polémique de Voracinéphile. (57) + activité SC

Nocturna Artificialia *** (UK 1979 – 21 min) : Premier film présenté par les frères Quay. Ils ont également tournés deux long-métrages dont le dernier et plus célèbre est L’accordeur de tremblements de terre. Histoire en huit parties, avec des cartons en quatre langues (trois traductions dont une française). Le style n’est pas pédagogue pour autant. Chaînon manquant entre Svankmajer et Burton (plus loin du second, trop perméable). Teneur onirique et fantastique, avec pour ‘héros’ un pantin dans son appartement. C’est hautement respectable mais il est difficile de rester attentif, le charme soutenant l’intérêt davantage que la proposition en elle-même. Les adeptes du Locataire ou d’Eraserhead (ou de The Alphabet ou Grandmother) doivent essayer. (70)

More *** (USA 1998 – 6 min) : Diffuse le message habituel critique envers le ‘big business’, les vies grises et médiocres standardisées. Sa valeur ajoutée : montrer qu’un sujet du système peut dépasser sa condition pour devenir un nouveau maton. Vision négativiste du capitalisme et de la course à la réussite – peut-être même pessimiste sur la condition humaine, en tout cas celle d’un travailleur en Occident. Le réconfort est dans la nostalgie des joies enfantines – ou dans la soumission à des perceptions douces mais illusoires. Les créatures sont inspirées de celle d’ET (le geste du doigt). Par le futur réalisateur de Kung Fu Panda, accompagné du morceau Elegia de New Order. (68)

Franju> Hôtel des Invalides ** (France 1951 – 23 min) : Une visite guidée scrupuleuse a-priori et regorgeant de belles prises. En fait de documentaire nous trouvons un discours superposé – et un film peu animé malgré toutes ses initiatives (ce manque de vie, de fluidité, sert d’ailleurs le long très connu Les Yeux sans Visage). Les ‘gueules cassées’ fournissent une occasion à Franju de faire connaître ses déclarations anti-flics/militaires, son dédain pour leurs hiérarchies et pour les sacrements. (58)

Regen/La pluie (Pays-Bas 1929 – 12 min) : Amsterdam sous la pluie, vue sous différents angles et mouvements. Film ‘poème’, non-abstrait mais totalement subjectif. Sautillant avec une grâce un peu morbide, tout en inspirant plutôt de la joie et du réconfort (plaisir de mélancolique, d’hipster dépressif ?). (68)

Bugs Bunny and the Three Bears *** (USA 1944 – 7 min) : 31e des 159 films ‘Bugs Bunny’ (en incluant les trois opus ‘expérimentaux’ de 1938-39). Marque l’apparition des trois ours, qui reviendront en solo dans cinq opus. Part de la parodie d’un conte pour arriver au romantisme burlesque faisant du lapin l’arroseur arrosé. (67)

Tex Avery> Cock-a-Doodle Dog / Le chant du coq *** (USA 1951 – 6 min) : Humour lourdingue efficace, avec foule de trouvailles pour animer un mécanisme borné (on sait que le chien perdra toujours sauf peut-être à la fin). Second film vu signé Tex Avery et premier hors-Bugs Bunny. Ces univers-là ne me sont pas familiers ! (75)

Tex Avery> Rock-a-bye Bear / L’ours dormira bientôt **** (USA 1952 – 7 min) : Drôle et sadique – d’une férocité inattendue même connaissant les côtés ‘splapstick’ de ces cartoons. (79)

Franju> La première nuit *** (France 1958 – 19 min) : Manière indirecte de visiter le métro de Paris et de le léguer à la postérité sans trop d’afféteries mais avec poésie. Sans paroles, avec un éveil/espoir romantique. (72)

Tex Avery> Ventriloquist Cat *** (USA 1950 – 6 min) : Avec un chat au ‘meow’ bien à lui. Et toujours ce chien impulsif (c’était moins le cas avec l’ours et le cabot sadique) – cette fois il est même trop benêt pour qu’on soit encore un peu ‘avec lui’. Toujours enthousiasmant, mais un peu long dans ses démonstrations. (74)

Next Floor ** (2008 – 12 min) : Court de Villeneuve sorti deux ans avant sa révélation au commun des cinéphiles avec Incendies. Symbolique assez sommaire mais expansive et insistante. Déjà traité de manières à la fois plus concrètes, abstraites, originales et humoristiques chez Bunuel et Svankmajer ; le style ressemble aussi à du Gilliam en plus glauque et crispé. Brillant travail du chef op’ , mise en scène plus improbable. Trois des quasi-douze minutes appartiennent aux génériques. (48)

Wallace et Gromit : Un mauvais pantalon **** (UK 1993 – 30 min) : Vu sur France4 l’après-midi et peut-être déjà vu auparavant. Un film brillant qui pourrait accompagner une série du meilleur niveau et très addictive. Excellent mélange de comédie et de thriller. Un court-métrage parmi les plus remarquables et surtout les plus agréables que j’ai vus. (87)

Wallace et Gromit : Une grande excursion *** (UK 1990) : Nettement moins intense et brillant que son successeur Un mauvais pantalon, par lequel j’ai enfin pris connaissance avec la franchise. Mais les créatures secondaires sont émouvantes (souris et robot) et l’effort artistique reste remarquable. La VF est dissuasive, il lui manque même l’intérêt comique de celle d’Un mauvais pantalon. (72)

Shoes ** (USA 1916 – 50min) : Vu sur arte (avec un filtre jaune – sauf quelques passages bleus sur la fin, une bande-son typique et agréable) à la suite d’Une femme iranienneSuspense de la même Lois Weber était diffusé ensuite. Ce film est largement moins bon qu’Hypocrites. La durée est disproportionnée par rapport au scénario et au contenu. La représentation des hommes est calamiteuse – entre le mateur sinistre et le père paresseux, des figurants vaguement hostiles ou d’une indifférence sévère. Le langage est brutal, expressif et grave – la main de la pauvreté passe littéralement sur Eva en cauchemar. L’emphase sur cette jeune fille (poursuivant une vie meilleure, réduite à la rêver) rachète tous les défauts. (52)

Pagnol> Jofroi ** (France 1933 – 50min) : Basé sur une nouvelle de Giono. Vu juste après le long Regain, tiré de la même source (avec un conflit entre les deux auteurs à la clé). J’ai nettement moins aimé – on est trop proches du théâtre, heureusement les décors et leurs bruits relèvent la sauce. La comédie de l’aspirant pendu est bien sympathique mais la farce maigre. (52)

Starewitch> Le rat de ville et le rat des champs **** (France 1926 – 8min) : De Starewitch (auteur du Roman de Renard version 1937) dont je n’ai vu que La Cigale et la fourmi (1911). Tiré d’une fable de La Fontaine et par extension d’Esope, en y ajoutant beaucoup et en inventant un contexte contemporain (et une panique générale chez les rongeurs urbains). Les petites créatures anthropomorphes sont la plus belle réussite de ce court muet. (78)

Starewitch> Les grenouilles qui demandent un roi (France 1922 – 16min) : Toute cette foule de grenouilles est réjouissante, grâce à la technique et à quelques drôleries. Comme plus tard avec Le rat des villes, des détails et personnages importants sont ajoutés (la cigogne, l’arbre). Le film est tout de même trop long. (72)

Starewitch> La vengeance de l’opérateur de cinéma *** (Russie 1912 – 13min) : Une des premières animations de Starewitch (suivant La cigale et la fourmi) et un film dans le film (qui est le moyen d’une vengeance). Les protagonistes sont des insectes. Avec une telle configuration les reprises à venir de La Fontaine semblent une vocation, mais déjà la morale est au mieux secondaire et préférée à la drôlerie. Le manège anthropomorphe est curieusement réaliste ! Cela donne au film l’importance d’un Méliès – l’histoire est plus triviale, c’est un vaudeville (à la deuxième moitié presque ennuyante). (76)

Starewitch> Le noël des insectes *** (Russie 1913 – 6min) : Dernier de la série de films d’animation avec des insectes marquant les débuts de Starewitch (après des documentaires entomologistes). Il est moins bon que La cigale et la fourmi ou Vengeance de l’opérateur, mais les distributions d’un père Noël humain de cadeaux à des cancrelats valent le coup-d’œil. Leur séance de ski vaut même le détour. Les décors valorisent le noir et blanc qui est donc préférable aux versions ultérieures colorisées. À ne pas confondre avec sa Nuit de noël (sortie ou du moins attribuée à la même année) tirée de Gogol. (66)

Starewitch> Amour en noir et blanc ** (1923 – 23min) : Joyeuses mésaventures d’un théâtre itinérant. Un Cupidon noir (pour le couple noir) et Cupidon blanc (pour le couple blanc) sont de la partie. Film assez bordélique et un peu long, avec quelques folies. Les animaux ont disparus, à l’exception d’une souris dans les coulisses du music-hall. Un sosie de Charlot atterrit à la fin sur la branche au milieu des deux petits anges. (60)

Starewitch> La voix du rossignol ** (France 1923 – 13min) : Un des courts avec Jeanne Starewitch aka Nina Star, fille du réalisateur. Conte et leçon de vie au bénéfice des petits animaux. Sucré et parfaitement présentable aux enfants, donc inhabituel de la part de Starewitch. Coloré manuellement. Fort en jolis petits détails mais bouffi et lent. (62)

Starewitch> Le lion devenu vieux *** (France 1932 – 8min) : Digression à partir du songe d’un vieux lion. Tiré de La Fontaine d’après un texte récent en intro, appliqué pour une collection des courts de Starewitch, semble aussi inspiré des Mille et une Nuits. Les mouvements des marionnettes sont devenus plus fluides et expressifs, les tenues sont plus sophistiquées. Le ton est mélancolique aux extrémités et joyeux dans l’ensemble, grâce à ces aventures presque merveilleuse – il reste au roi ses souvenirs pour tromper une existence remplie de bassesses et de difficultés. Un autre film de Starewitch, crédité pour la même année, se nomme Le lion et le moucheron. (76)

Ménilmontant *** (France 1926) : Muet sans intertitres du russe Kirsanoff et mélo aspirant à un certain réalisme. Brillant représentant de la mouvance impressionniste. Parfois très rapide (en particulier la séquence d’intro/du meurtre) et plein de superpositions, flous et fondus. L’air du visage et surtout les yeux de Nadia Sibirskaia rappellent Lilian Gish, les costumes dans les flash-backs encouragent la confusion. Malheureusement le scénario et les nuances sont maigres, quoique cette histoire puisse fortement atteindre. Apparemment tombé dans le domaine public. (70)

Révolution interplanétaire ** (URSS 1924 – 8min) : Premier court-métrage d’animation incluant la SF en URSS, sauf éventuelles créations clandestines ou civiles et anonymes. Comme d’habitude avec la propagande soviétique, même lorsqu’elle se pique de réalisme socialiste, les films montrent le ‘paradis’ de la révolution accomplie – les résultats à l’écran sont garantis pour 1929. L’univers spatial est dans la continuité d’Aelita (la superproduction sortie quelques mois avant). Histoire surchargée en détails et redites, à la fois ambitieuse et prosaïque ; l’aspect et les décors rappellent Méliès, passé deux décennies plus tôt. Les personnages ‘mauvais’ sont représentés de façon extrêmement loufoque. (62)

Moydodyr ** (URSS 1939 – 8min) : Leçon ‘romantique’ d’hygiène pour les enfants, chapeautée par le chargé des dessins animés officiels de l’URSS, Ivan Ivanov-Vano. Mêle animations, cartes, prises de vues réelles (impersonnelles). Le dessin est précis et agréable à l’œil, contrairement aux courts de propagandes des années 1920. Les processions et le passage en revue des animaux rappellent le cinéma pour enfants américain. Une version colorisée a été diffusée en 1954. Je n’ai pas trouvé de sous-titres – peut-être qu’une telle lenteur se justifierais mieux. (52)

Budem zorki / Nous resterons à l’affût * (URSS 1927 – 2min) : Ou ‘We’ll Keep Our Eyes’ en anglais. Les soviets clament leur mépris de l’embargo britannique en fondant leurs espoirs sur la participation populaire et les obligations d’État. Un film lapidaire, aberrant et plein d’élan positif. (46)

Moydodyr *** (URSS 1954 – 17min) : Version colorisée et agrémentée du Moydodyr de 1939, toujours sous la direction d’Ivan Ivanov-Vano. Le film en sort largement amélioré et devient réellement agréable à regarder. La durée a presque doublée, de nouveaux animaux et objets entrent (souvent pour danser ou moraliser en groupe), les décors sont affinés, la narration est plus ‘tenue’ et la mise en scène plus fluide (ces deux derniers aspects sont mineurs). Les créatures et la musique sont encore plus ravies. Mr-toilette chante vraiment ! La séance reste bien longue et quelques détails ponctuels peuvent relativiser l’enthousiasme (le garçonnet croit maintenant utile de piailler, heureusement il l’ouvre rarement). (70)

Une vie de chien ** (USA 1918 – 34min) : Je n’ai vu que quelques films (longs ou quasi) avec Chaplin, il y a très longtemps. Cet opus-ci sort un an après The Emigrant, trois avant Le Kid. J’avais déjà réalisé la modération de ma réceptivité, aujourd’hui elle est confirmée. Le début avec la rencontre du chien et les embrouilles des deux policiers m’a amusé, mais la musique additionnelle m’a bien plus captivé. Ensuite j’ai dû raccrocher tout le long (partant et revenant sans efforts).

Après avoir vus de nombreux courts avec Charlot, je sais que cet opus est aussi ennuyeux que la moyenne, peut-être un peu plus. Il est moins prolixe, moins intense dans l’humour, plus explicitement soucieux du contexte social. Mais la mise en scène (surtout le strict plan technique) le ramène vers le haut du panier – c’était le premier film de Chaplin sous la houlette de la First National (où il réalisera bientôt The Kid), sa dernière étape avant celle consacrée aux longs-métrages et aux futurs ‘classiques’. L’histoire est très positive (cet optimisme porte, le scénario et les rebondissements en eux-mêmes non ou de manière fugace). (58)

Charlot garçon de café ** (USA 1914 – 16min) : Ça se remue (des coups et même des flingues dans le dernier combat) mais c’est très con. Avec (validée ou non – probablement peu importe) une moralité d’ingrats pour clore la partie. La mise en scène est remarquablement propre pour l’époque, sans être spécialement dynamique. Regardez plutôt Le songe d’un garçon de café d’Emile Cohl. (50)

Charlot dans le parc / In the park ** (USA 1915 – 14min) : Plein de quiproquos et similaire au précédent concernant la place de Charlot face à la ‘bonne société’. Personnages très expressifs, surtout lorsqu’ils sont des plus riches ou des vauriens. Le film est fait de va-et-vient et en devient vite lassant. Tourné dans le Golden Gate Park de San Francisco. (46)

Charlot à la banque / The bank ** (USA 1915 – 24min) : Un Charlot plus ambitieux, avec des jolies ‘profondeurs de champ’ et un casting mieux régulé, de l’énergie sans excès de gesticulations et pseudo-bordels hystériques. Et les décors ‘en imposent’ plus que le plein-air. Mais c’est toujours aussi traînard, sinon plus et en termes de drôleries on a massivement rogné (malgré les anecdotes physiques, avec Charlot replaçant la langue d’un type par exemple). (48)

Charlot nudiste / His Prehistoric Past ** (USA 1914 – 21min) : Un opus de la première grande année. Comme dans The Bank, Charlot part dans ses fantaisies de sauveteur, son meilleur argument pour séduire une fille. Charlot reste Charlot dans le contexte préhistorique, avec sa moustache, sa pipe et son chapeau. Toujours lent, turbulent et pachydermique, mais l’effort créatif et les farces des deux mâles/chefs rehaussent le niveau. Par contre, s’effondre au niveau des enjeux, qui n’ont jamais été très nourris. Voyez plutôt Brute Force de Griffith, en plus vous aurez droit aux dinosaures. (44)

Charlot chef de rayon / The Floorwalker ** (USA 1916 – 29min) : Avec cet opus Chaplin entame sa période sous l’égide de la Mutual – la moins épaisse dans le temps de ses courts ; par la suite, il passera à la First National et dirigera ses propres longs, pour lesquels il est resté si célèbre. Le scénario est faible, la narration et l’espace concentrés, l’humour est des plus fainéants et redondants. En une demie-heure tout ce qui marque est l’apparition d’escalators et d’un double de Chaplin, probablement deux premières. Le gros gag des escaliers sauve le film mais arrive après 25 minutes souvent ennuyeuses. (46)

Charlot marin / Shangaied * (USA 1915 – 27min) : Un opus particulièrement lent (même si les acteurs restent toujours si agités). Le mauvais parmi les sept enchaînés. (38)

Charlot vagabond / Le Vagabond / The Tramp ** (USA 1915 – 26min) : Un opus important puisque le personnage de Charlot y est plus défini, dans le sens où il sera immortalisé et recyclé à l’usage des longs-métrages (un film-doc de romancier américain tourné en 1976 se nomme The Gentleman Tramp). Beaucoup plus doux et romancé que les autres, tout en restant dans le burlesque. Le dixième piquage de fesses à la fourche arrive six fois après celui de trop. Le rapport à la fille (ou aux femmes) est toujours le même, toujours si enfantin, gentil et pathétique. (52)

Charlot machiniste/ Charlot fait du ciné / Behind the screen *** (USA 1916 – 24min) : Le septième film de Chaplin tourné avec la Mutual (la période qu’il a préféré sur le plan créatif). Le scénario est relativement dense, avec plusieurs sous-intrigues et pas de temps morts, ce qui distingue ce film des précédents. Ce qu’on voit du cinéma comme métier n’est pas très enrichissant au niveau de la profession – on aperçoit des généralités propres à toutes les corporations (ce qui n’est pas si générique, c’est la causticité envers les grévistes et les patrons). La visite des coulisses était peut-être beaucoup à l’époque, à Hollywood en particulier ce devait être énorme – évidemment un siècle après c’est monstrueusement banal. Par contre, l’exploitation des lieux reste excellente et offre de multiples occasions de farces (en plus la répétition n’use pas les gags, sauf avec lors du repas partagé avec le camarade machiniste, où la fausseté plombe tout). Un Charlot particulièrement mordant et inventif : contrairement à celui au parc, sur la mer ou à la préhistoire, c’est un plaisir de le regarder. C’est le premier sur huit Chaplin à la suite qui me fasse vraiment rire (les autres à la marge et Une vie de chien un peu au début). (66)

Charlot boxeur / The champion ** (USA 1915 – 21min) : Dépasse les 30min selon plusieurs sources, la version accessible serait donc incomplète. Le moins comique est un des plus ‘notables’ pré-Mutual (1917-18) vus à ce jour (c’est le troisième chez Essanay). Pour autant ce n’est pas brillant, simplement plus solide qu’A Prehistoric past ou le chef de rayon par exemple. C’est un petit film sur un maigrichon dégingandé se retrouvant sur un ring – le tout emballé avec du burlesque. The Knockout où Fatty domine l’affiche voyait seulement Chaplin apparaître dans une séquence en tant qu’arbitre dépassé. (54)

Charlot fait du cinéma / A Film Johnnie ** (USA 1914 – 11min) : Un des tous premiers films avec Chaplin, qui se déroule partiellement dans les studios de la maison de production de la Keystone (basé à Los Angeles). Chaplin joue un fan se tapant l’incruste, faisant la démonstration de sa niaiserie chevaleresque. Dans une scène il est le bouffon spectateur, d’une émotivité et d’un manque de recul extravagants (cela rappelle The Countryman and the Cinematograph, où le péquenaud n’était pas si sensible). L’humour est bien grossier quand il n’est pas simplement joyeusement lourd. Opus court et efficace, toujours dans l’abus. (60)

Charlot garçon de théâtre / The Property Man * (USA 1914 – 23min) : Un court de la première année (sorti en août 1914). Moins intéressant que les deux films au cinéma. Très violent pour une comédie de l’époque – du splapstick pur et dur, avec avalanche de claques et de coups. Mais entre-temps, que de répétitions. (40)

Charlot et Fatty sur le ring / The Knockout ** (USA 1914 – 29min) : Humour bon enfant quoique donnant dans le slapstick (mais sans aucune réalité, sans le début d’une vraie souffrance). Première rencontre du duo Fatty et Charlot, deux comiques à succès de l’époque. Ce film sort le 4 juin 1914 ; Charlot et Fatty font la bombe aka The Rounders sortira le 7 septembre. Chaplin n’en est qu’à ses débuts et le gros de la scène est à Fatty. Il est simplement l’arbitre du match de boxe et signe le scénario. Arbuckle en tant que Pug, ou même la fiancée, sont largement plus importants que lui. Chaplin n’est également pas à la réalisation, comme c’est le cas pour plusieurs de ses films en 1914-1915 et contrairement à tout ce qui suivra. Tout ça n’empêche pas le film d’accrocher plus facilement que nombre des premiers Charlot – les 25 minutes sont bien remplies (et sans dispersion), bêtes et efficaces. Mais le spectacle perd de sa force à mesure qu’il avance, dans l’attente d’un nouveau coup-d’éclat qui relance la machine : c’est définitivement le cas avec l’après-match, des plus folklos. (60)

Charlot et Fatty font la bombe / Charlot et Fatty / The Rounders ** (USA 1914 – 13min) : Les deux stars des jeunes studios de la Keystone Company se trouvent trois mois après The Knockout de nouveau à l’affiche (Fatty est aussi apparu dans plusieurs films centrés sur Charlot). Ils y subissent une cuite terrible. Le numéro d’ivrogne s’effondrant partout et titubant aurait été un classique de Chaplin sur scène, avant qu’il se lance au cinéma. Le film tient ses promesses avec toute la lourdeur appropriée. On peut ne pas rire ou n’être pas réceptif, mais on constate facilement la réussite. (56)

Charlot musicien / The Vagabond *** (USA 1916 – 26min) : Troisième des douze films de la période Mutual et effectivement un court parmi ceux qu’il ‘faut’ voir. Beaucoup plus dramatique et, ce que n’était pas Charlot boxeur, sentimental. Des points communs (le plan sur la route, à la campagne) avec Charlot vagabond/The Tramp. Charlot est devenu moins ridicule et désarmé grâce à son violoncelle. La mise en scène est beaucoup plus posée, a fini d’être esclave des turbulences des personnages, gagne en simplicité et en éloquence. Chaplin lâche un peu l’humour pour davantage raconter. C’est probablement la première fois qu’il donne de quoi émouvoir, ou simplement une œuvre à prendre ‘au sérieux’. (64)

Charlot et le comte / The Count ** (USA 1916 – 24min) : Veut faire rire de la duperie et de l’inversion des rôles. Contrairement à Charlot musicien, l’esprit reste ‘théâtre’ et la bouffonnerie, sans être forcément de beaucoup plus expressive que dans les courts antérieurs, prend une ampleur plus vaste, monte presque en système (donnant raison à la théorie de Bergson sur l’humour). Le film use ses gags et les décuple habilement. On accroche ou n’accroche pas, au lieu de se lasser (sauf à la revoyure, comme tous les films de ce type ?). (58)

Charlot patine / The Rink ** (USA 1916 – 24min) : Entre acrobaties et tartes à la crème, Charlot de nouveau serveur montre l’étendue de son savoir-faire physique – les gags ne sont pas forcément du même niveau (hormis les excellentes batailles de ventre et le couple improbable au restaurant). C’est le premier opus où il me semble y avoir des petits Charlot dans les quatre bords des intertitres. Deux gags à base de chats (pleinement vivants). (54)

Charlot fait une cure / The cure ** (USA 1917 – min) : Charlot en alcoolique faussement repenti fout la zizanie (involontairement le plus souvent) dans une station thermale. 10e épisode de la phase Mutual, qui à l’instar de Chef de rayon prouve que cette période n’était pas tellement formidable. (50)

Charlot s’évade / The Adventurer ** (USA 1917 – 24min) : Dernier de la période Mutual. Comme le précédent, pas passionnant – mais les notes générales sont excellentes. Par contre l’appropriation de l’espace est excellent, la construction du récit, des farces, la direction des acteurs également. (56)

Charlo brocanteur / Charlot chez l’usurier / The Pawnshop * (USA 1916 – 21min) : Tous les éléments du scénario sont typiques et rebattus (l’employé, le patron, la fille, la cachette), sauf à la rigueur la présence et concurrence d’un collègue. J’ai été totalement insensible à cet opus, qui rejoint Charlot marin en bas du classement – mais celui-ci me paraissait mauvais, alors que Charlot usurier me semble plutôt pencher vers une certaine ‘inertie’. (38)

Fatty en bombe / A Reckless Romeo ** (USA 1917 – 23min) : Un film de et avec Roscoe Arbuckle, où Fatty le bagarreur a été filmé dans ses exactions, suite à quoi le menteur est démasqué devant sa femme lors d’une projection publique. L’introduction de souvenirs et les passages dans une salle de cinéma apportent un intérêt supérieur au film. Sans cela il reste une comédie infantile remarquablement énergique. Buster Keaton apparaît dans un rôle secondaire. Une formidable cigogne aussi. (50)

Fatty cabotin / Back stage ** (USA 1919 – 21min) : Un des derniers Fatty. Keaton y partage l’affiche avec Arbuckle (et Al Saint John) et gesticule dans le monde du théâtre. Le scénario est très rempli et oppose ce film aux seules successions de gags, qu’étaient essentiellement les dizaines de précédents. Valable pour ses acrobaties et sa palanquée d’outrances, davantage que pour son humour ou la précision de la mise en scène (trucages du film aussi visibles que les trucages dans le film). (52)

Fatty et Mabel à San Diego / Fatty & Mabel at the San Diego Exposition ** (USA 1915 – 13min) : Ne pas confondre avec Fatty at San Diego de 1913. Grimaces remarquables de Fatty/Arbuckle. Turbulent et absolument superficiel. Humour simple et bourrin sur des sujets triviaux. (50)

Fatty garçon boucher / The Butcher Boy ** (USA 1917 – 24min) : Un des plus connus avec Arbuckle, grâce à la première apparition de Buster Keaton et peut-être les déguisements de Fatty. C’est aussi le premier film réalisé par Arbuckle chez son nouveau producteur Schenck à la Comique Film Corporation. Cet opus est particulièrement exubérant. (48)

Fatty’s New Role * (USA 1915 – 13min) : Avec un Fatty totalement débraillé. Intrigue mince mais le film est assez court et les personnages assez nombreux pour limiter les faiblesses. Le peu de variations et même de gags francs en revanche tire le film vers le bas. (36)

Entr’Acte ** (1924 – 20min) : Anticipation (formelle au moins) du courant surréaliste, projeté pendant l’entracte d’un ballet dadaïste. Le film sort quelques mois après Ballet mécanique (y a-t-il pioché ?) et cinq ans avant L’Homme à la caméra (il fait partie du ‘paquet’ sur lequel le russe avait les yeux tournés). Une musique d’Erik Satie a été superposée en 1967 (comme dans Ascenseur pour l’échafaud, le terme ‘accompagnement’ convient moins). Le réalisateur de La Beauté du Diable a fait plus aimable (la rapidité et l’absence de répétitions me rend les choses aimables) et directement significatif plus tard, même si ce film doit être son plus ‘notable’.

La plus grande vertu de ce film est son recours à un maximum de techniques. Il ne va pas jusqu’à refuser toute histoire un peu suivie comme Ballet mécanique, mais il a en commun l’absence de scénario et d’unité narrative. Il s’inspire du monde forain, témoigne des fantaisies de l’époque et est, sans que cela altère son caractère atypique, cousin du burlesque alors si populaire et des films à trucages autour de 1900 (type L’Homme à la tête de caoutchouc). La scène du chasseur et des œufs a dû travailler les créateurs du Roi et l’oiseau dans leur jeunesse (le toit et la vue trouble confortent l’impression). (66)

L’Émigrant / The Immigrant ** (USA 1917 – 25min) : Fait partie des opus nobles parmi les courts de Chaplin – son titre sans ‘Charlot’ en atteste (Le Vagabond est l’un des seuls à avoir eu cet honneur auparavant ; les films avec la First National l’auront bientôt tous). Plus fade qu’Une vie de chien, avec route aplanie et farces faibles en chemin. L’immigré Charlot apparaît soucieux de trouver une place discrète, d’être intégré mais pas nécessairement relevé ni s’affirmer – le couple est la vraie ‘terre d’accueil’ où il pourra s’extérioriser et s’épanouir. (60)

Paris qui dort ** (France 1925 – 36min) : Premier film de René Clair mais sorti après son Entr’acte. Superbe initiative pour un résultat décevant, nonchalant et un peu vain alors que de grands espaces sont (littéralement) libérés. L’aspiration poétique de Clair est évidente et sur ce plan c’est une réussite. Le film est également assez rare car il va sur les terres de la SF. Claude Autant-Lara a participé à la réalisation. (56)

La Tour *** (1928 – 11min) : Film à la structure originale, pour visiter et rapporter l’histoire de la Tour Eiffel. Certains effets de découpage/montage sont excellents pour l’époque. (64)

Her Boy Friend ** (USA 1924) : De Larry Semon (réalisateur, scénariste, acteur), avec Olivier Hardy (du futur duo Laurel & Hardy, formé en 1927). Enflammé mais peu stimulant car à peu près ‘vide’ malgré des exploits slapstick (sur un même éternel bolossé et faible fiancé). (52)

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Autres Mini-critiques : 9, 8, 7654321 + Mubi 4, 3, 21 + Courts 2, 1 + Mubi courts 2, 1

MINI-CRITIQUES / COURTS-MUBI (1)

19 Jan

Comme pour les films longs, je sépare les séances MUBI du reste.

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Herzog> La grande extase du sculpteur sur bois Steiner ** (Allemagne de l’Ouest 1974 – 45 min) : à propos d’un skieur suisse. File une réflexion sur le dépassement de soi et les risques – abstraits et concrets (viser trop haut, se sacrifier pour la beauté du geste ou pour la sensation). Multiplie les ralentis. (61)

Mulheim (Ruhr) *** (Allemagne de l’Ouest 1964 – 14 min) : En noir et blanc, sans paroles mais en musique (de Dieter Suverkrup), en tout cas dans la version diffusée sur Mubi. Traverse la ville du titre à l’époque où la désindustrialisation commence et le vide prend racine. Joli et instructif à sa façon mais sans grande valeur ajoutée. (64)

Herzog> Personne ne veut jouer avec moi ** (Allemagne de l’Ouest 1976 – 14 min) : Démarrage significatif car met le doigt sur une réalité forte, indéniable, qui ouvre beaucoup de questions et d’inconforts ; mais finalement, film subventionné fadasse et neutre sur une amitié entre le vilain canard de la classe et une gamine. Les enfants sont dans leur petit monde et avec leurs petits moyens, nous ne tirerons donc pas grand chose de cet essai. Reste à savoir si le film remplit sa mission ‘pédagogique’. (48)

Le journal de Yunbogi ** (Japon 1965 – 24 min) : Par Nagisa Oshima (L’Empire des sens, Tabou), dont on reconnaît la faculté à faire du mielleux et ultra-dramatique sans émouvoir, mais en présentant un contenu fort (à résonance politique et plein de connotations). Phrases plaquées sur une galerie de photos, aléatoire et explicatif, fluide dans la technique. Parle de faits concrets rendus abstraits par ses procédés esthétiques ; ne dit rien de profond ou de précis au niveau de l’Histoire. Reste le parti-pris, peut-être courageux, d’un Japonais en faveur d’un pays occupé pendant 36 ans par le sien – ou plutôt en faveur des enfants des rues de cette Corée. Mais la démarche est absolument artificielle puisque ces clichés pris en 1964 sont censés illustrer une colonisation remontant à 1910-1945. Pointe l’appauvrissement des Coréens tout en évitant la confrontation. (56)

Mandico> Souvenirs d’un montreur de seins * (France 2014) : « J’ai toujours rêvé d’être un indien bleu – les cheveux aux vents ». Bouffonnerie psychotique et scabreuse. En deux parties (elle avant de les montrer, elle avec ses seins nus et des ‘numéros’ dégueulasses), avec chacune le même monologue défilant dessus. Une post-synchro désaccordée gerbe ses dissertations et délires concernant ses mamelles (« cette nuit mes seins se sont ouverts comme un fruit trop dur (..) mes seins ont été pondus par un oiseau d’orage »). Actrice en totale détresse et sûrement égarée (mais pas forcément exclue) depuis les débuts. (32)

Mandico> Notre Dame des Hormones ** (France 2015 – 30 min) : Des éléments en commun avec Suspiria, Hellraiser (la créature, l’obsession de ces femmes), Le Festin Nu et peut-être même Sombre, donc de gros morceaux, en enrobant avec ses propres expérimentations (parfois très ‘bornées’). Haut-en-couleur à tous points de vue, verse dans l’humour plus ou moins volontaire. Original, ‘lourd’ et obstiné. Aspects sataniques. Citation de Cannibal Holocaust en ouverture. (62)

Herzog> How Mutch Wood Would A Woodchuck Chuck ? ** (Allemagne de l’Ouest 1976 – 44 min) : Suivi d’une vente aux enchères de bétail (assortie d’un championnat) dans la campagne profonde aux USA, marquée par des ‘speakers’ au débit ultra-rapide (et difficilement compréhensible pour les non-initiés). Usant et peu passionnant, mais insolite et joyeusement ‘abrutissant’. Les Amish participent à l’organisation sans être des festivités. Raccroche le tout à la politique dans un commentaire des dernières minutes, en estimant que ce langage extrême est une création du capitalisme. (54)

Over the Rainbow *** (France 1997 – 9 min) : Premier film d’Alexandre Aja (avec Grégory Levasseur) à 19 ans, trois ans avant Furia et après avoir été acteur dans plusieurs film de son père (Alexandre Arcady). Sur-expressif, grotesque. Avec Jean Benguigui amoureux anthropophage ! Les lunettes de l’aveugle semblent tirées de La Jetée. En noir et blanc, excentrique, typiquement français (ou franco-belge) sans être un produit ‘de série’. (66)

Marker> Description d’un combat ** (France 1960 – 55 min) : Documentaire très libre sur Israel douze ans après son indépendance, alors peuplée de deux millions de personnes. Emphatique, divague presque sur la vocation et les origines d’Israël – en fait, est en train de l’intégrer à ses propres recherches et d’y projeter ce qu’il désire, en négociant avec la réalité et la théologie, en dissipant la politique. Pose des décrets amphigouriques et exaltés. Visite poétique, à la fois optimiste et inquiétante. Assez remarquable pour sa photographie et la force de sa subjectivité, même si elle n’est pas crédible (surtout vu 57 ans après). (58)

Mandico> Y’a-t-il une vierge encore vivante ? * (France 2015 – 9 min) : S’amuse à torpiller la logique, l’Histoire, les (bons) sentiments. La déconstruction comme prétexte et non plus comme revendication. Plus fort que Notre-Dame (et les autres) dans le WTF, la densité sur une courte durée exacerbant l’impression. Pas loin d’être aussi bête et méchant que le Montreur de seins. (40)

→ Fric et Foi / Glaube und Wahrung – Dr.Gene Scott, fernspehprediger/ God’s angry man *** (Allemagne de l’Ouest 1980) : Moyen-métrage de 45 minutes, documentaire pour la télé, sur un prêcheur ‘civil’ mais ardemment engagé. Il apparaît comme un missionnaire aux méthodes cyniques et justifications tristes, qui aimerait tout lâcher parfois (dit-il) mais ne peut s’empêcher d’être et d’agir comme il le fait.

Gene Scott était un type controversé et haï, avec 70 procès en cours selon la voix-off, roi du télé-évangélisme à l’ego colossal mais pas nécessairement en bonne santé. Ce businessman et organisateur/provocateur pour les actions de charité de l’Église est aussi un homme stérile, qui semble plus porté par une énergie nihiliste que par la foi ou une quelconque quête optimiste.

Le spectateur le voit dans ses caprices glaciaux, se fâcher contre les gens qui n’envoient pas assez. Il n’a aucun bien, rien de privé – sauf son sac noir qu’il restera seul à consulter ; probablement un mystère sans matière pour cet homme qui s’est entièrement donné et semble déchiré sur sa conduite et paumé sur ses besoins/envies.

Il est susceptible d’attirer la compassion, l’agacement et le dégoût. Les moments d’interview sont les meilleurs, les présentations d’extraits audiovisuels n’étant ni alléchantes ni passionnantes. Elles sont révélatrices de l’excellente organisation, du tempérament de feu de l’animateur et d’une certaine médiocrité créative chez toute cette équipe. La construction reste assez brouillonne. (72) 

Chris Marker> Junkopia ** (France 1981 – 6 min) : Captures des résidus refoulés par la mer devenues œuvres d’arts délibérées et abandonnées sur une plage de San Francisco (en fait à Emeryville). La contribution de Chris Marker est discrète. L’originalité propre des concepteurs du film est côté sonore – les effets vocaux seraient d’Arielle Dombasle. Annonce pour une exposition qui officiellement n’ouvrira jamais. (58)

Herzog> La Ballade du petit soldat ** (1984) : Compte-rendu sans fioritures d’un passage chez les indiens miskitos (des nicaraguayens déshérités) et notamment leurs jeunesses armées. Les membres de la guérilla ont autour de dix ans et la plupart sont orphelins. Ils sont enrôlés contre les communistes au pouvoir (les sandinistes), alors que leur vie courante relève du « socialisme primitif » (comme pour leurs aînés dans les villages).

Ce film est d’abord un reportage (pas ou peu un documentaire), en temps confus en attendant la guerre. La tendance au ‘laisser-faire’ propre aux travaux d’Herzog est accentuée ; hormis souligner le « lavage de cerveau » (par la voix du journaliste Denis Reichle) et présenter des sourires dans un silence pour souligner le décalage, le reportage est le plus plat et ‘objectif’ possible.

Le FSLN était le parti socialiste à la tête du Nicaragua entre 1979 et 1990, suite à un coup d’État contre Somoza (‘patron’ du pays depuis 1936). L’administration américaine entrait ouvertement en conflit avec celle du Nicaragua lorsque ce film sortait, jusqu’à décréter un embargo. (62)

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Changement de note en 2018 : +1 pour Mulheim/Ruhr, Junkopia ; -1 pour Personne ne veut jouer. Ajustement lors de la suppression des notes en -0 en 2019 : +2 pour Petit soldat.