Tag Archives: Monstres – Créatures

MIMIC **

9 Avr

mimic

3sur5  Second long-métrage de Guillermo del Toro en 1997, quatre ans après Cronos et déjà premier film américain. Cette américanisation est profonde : pur film de monstres, Mimic a aussi tout du produit d’exploitation de SF/fantastique de son temps. Il y a même le black aux répliques fun. Sans rejeter le film, Del Toro a fait part de ses frustrations quant au résultat. Il a gommé ce qui le contrariat le plus en présentant ‘sa’ fin dans un director’s cut.

En dépit de ce cadre restrictif, Del Toro rend Mimic largement estimable en affirmant son style visuel. Carol Spier, collaboratrice récurrente de Cronenberg, dirige les décors, en donnant à la ville une allure étrange, ouatée, tandis que le monde souterrain est un espace mutant mais limpide, rayonnant à sa façon. Bien sûr, les créatures sont intéressantes ; dessinées par le réalisateur lui-même, leur conception a nécessité deux années de travail. Enfin les effets spéciaux supervisés par Brian Jennings dynamisent ces sanctuaires bizarres tout en servant leur dimension merveilleuse.

Cependant, toutes les qualités de mises en scène sont floutées par un scénario abracadabrant. À cheval entre blockbuster forain cheap et exploitation véritable, Mimic ne fonctionne pas, sauf si on garde l’esprit jeune. Divertissant mais modestement, le spectacle semble se cogner dans des murs invisibles, comme s’il fallait travailler dans une zone de substitution, tout en ayant la main sur tous ses outils. Mimic est une jolie anecdote mais n’a pas la puissance de la plupart des films de del Toro.

Note globale 56

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Suggestions… Creep + CHUD + Jeeper Creepers + Spider-Man + King Kong/1933 + Starship Troopers

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Guillermo del Toro sur Zogarok >> Pacific Rim + Hellboy + Le Labyrinthe de Pan + Blade 2 + Mimic + Cronos

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LES GOONIES ***

14 Juil

3sur5  Film culte du milieu des années 1980, Les Goonies est un film à voir le plus jeune possible. Dans ce contexte il peut être une expérience formidable et l’a justement été pour toute une génération. Véritable chasse au trésor, Les Goonies se propose comme un jeu de piste, voir comme un jeu vidéo, avec ses niveaux contrastés, remplis de mystères, de surprises et d’énigmes. À chaque fois qu’un défi est relevé, on passe à une nouvelle séquence avec son lot de suspense et d’émerveillement.

 

Chargé de symboliques du passage à l’âge adulte, Les Goonies noue une relation intense avec le public pré-adolescent en adoptant un ton libéré au fil des aventures : les enfants ou ados s’expriment sans détour, ils ne sont pas des créatures mièvres taillées pour assumer leur fonction sans déborder. En résulte un humour vaguement trash avec des gamins parlant de drogues et de sexe, certes avec candeur (car nous ne sommes pas dans South Park) mais comme ils peuvent le faire à leur hauteur.

 

Un peu d’horreurs, de frissons et de transgressions donc, pour faire monter l’adrénaline, sans trop voir le loup. À cela s’ajoute une ambiance de franche camaraderie, où s’affirment les valeurs de la bande. Peter Pan n’a plus peur de grandir ! Malgré certaines erreurs de montage ou  »coquilles », la mise en scène est de haute tenue et fait parfaitement écho à cet état intermédiaire de la petite adolescence. Certains moments sont d’une grande beauté, notamment les prises de vue de la Nature à Astaria dans l’Oregon, ou le bateau des pirates de la dernière partie.

 

Réalisé par Richard Donner (La Malédiction), ce cousin de Jumanji et SOS Fantômes a été écrit par Chris Columbus, inspiré et dirigé par Spielberg comme il le fut un an auparavant pour Gremlins. Columbus passera davantage à la production et à la réalisation par la suite, signant notamment Mrs Doubtfire et le premier Harry Potter. L’emprunte du superviseur d’Indiana Jones n’y sera plus, l’ampleur du divertissement s’en ressentira. Donner lui s’illustrera à nouveau avec la saga L’Arme Fatale.

Note globale 67

 

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Suggestions…

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FEAST **

7 Juil

feast wallpaper

3sur5  La genèse de Feast est carrément fumeuse. Aux Etats-Unis l’émission de télé-réalité Project Greenlight proposait de suivre la fabrication d’un film, en invitant des professionnels de la profession, acteurs, réalisateurs, etc. Les deux premiers scénarios élus donneront deux films tombant dans l’anonymat, à l’instar de cette émission inconnue hors des Etats-Unis d’Amérique. La seconde édition aboutira à Feast, film de genre féroce et badass, largement distribué cette fois et soutenu par une quinzaine de producteurs. Parmi eux, Wes Craven, Matt Damon ou encore Ben Affleck, lesquels ne sont parfois que de vagues intervenants passant déclamer un petit commentaire dans l’émission.

 

Le film est présumé détourner le western typique comme l’a fait Carpenter au début de sa carrière (Assaut). Avec le siège d’un bar par ses créatures monstrueuses et très puissantes, Feast s’inscrit dans la tradition de l’horreur animalère semi-burlesque (Arachnophobia comme grand classique ; Horribilis ou Arac Attack plus récemment) et notamment à Tremors. C’est du bon travail, efficace, assez dantesque à son niveau. Le maquilleur Gary J.Tunnicliffe, collaborateur récurrent de la société Dimension Films et intervenant notamment sur des suites de Hellraiser, fait des merveilles.

 

La faiblesse de Feast est dans son manque d’ambition. La rage de la mise en scène compense son caractère assez anodin. Plutôt Z, les personnages sont tous introduits au début avec leurs profils, leurs aspirations et leurs espérances de vie déclinés dans un texte concis. L’humour est globalement navrant, allant souvent dans un univers de blagues pour machos fainéants et autres buveurs de bières invétérés. Il y a toutefois quelques petits éclats bien joués, comme la dimension pour le moins troll de ce mec hurlant « bullshit » alors qu’il sert de bélier pour les monstres, manifestement stratégiques et déterminés.

 

Feast remplit son contrat et se montre remarquablement généreux et bien équipé par rapport aux productions habituelles de la galaxie horrifique. Il aura deux suites, bien côtées par leurs spectateurs, également tournées par John Gulager.

Note globale 57

 

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Suggestions… 2e sous-sol + Triangle + Les Ruines + Cujo

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PIELES (Casanova) **

18 Juin

3sur5  Après huit-courts métrages exaltant la difformité, Eduardo Casanova passe au niveau supérieur avec Pieles (ou Skins – lancé le 1er avril 2017 sur Netflix, passé en festivals depuis février, sorti en Espagne le 9 juin). Ce créateur espagnol s’est d’abord fait connaître nationalement grâce à son rôle dans la sitcom Aida ; il s’est ensuite affirmé en héritier de John Waters (le dresseur de Divine, qui en a fait une desesperate housewive dans Polyester). Pieles est un nouvel hommage à ‘la beauté cachée des laids’, à condition qu’ils soient des monstres. Son style graphique en atteste – rococo moche mais ‘léché’.

Le bestiaire à l’ordre du jour n’est pas tout à fait neuf, l’abomination principale étant déjà l’héroïne d’Eat my shit – petit film repris dans celui-ci, sans sa fin scato. Son affection rappelle le syndrome de polarité torsonique mis en avant dans l’un des plus potaches des South Park. Les autres sont moins invraisemblables, même lorsqu’ils sont grotesques et spectaculaires, comme peut l’être la neurofibromatose ou le syndrome de Protée (pathologie dont souffrait Joseph Merrick, le modèle d’Elephant Man). La fille sans yeux fait exception, mais a aussi une longueur d’avance sur ses camarades pour se faire aimer (défi et rêverie fondamentale de ces freaks) ; le reste de son corps étant ‘parfait’, avec en bonus un caractère enlaidi au minimum sinon pas du tout par l’aigreur et le désespoir. Sa malformation existe pourtant elle aussi dans le monde réel, c’est l’anophtalmie. S’il faut nourrir les fantasmes des pervers c’est avec cette recrue que Casanova touchera le plus facilement au but, ironiquement avec le minimum de dégueulasserie ou d’indélicatesse – quant à Jon Kortajanera, mannequin et égérie de Tom Ford (apparu dans A Single Man), il n’est pas reconnaissable sous son maquillage de grand brûlé, mais à certains cela pourrait suffire.

Les difformes pourront se sentir offensés mais ils ont aussi trouvé un ami, déclaratif au moins, passionné voire obsédé vu l’ensemble de ses productions (films, images, bibelots). Comme à son habitude Casanova est provocateur, se réjouit des anormalités, déviances, raffole de situations intenables (sexualité hideuse et parfois insolite – ou perversions plus (le père de Christian) ou moins rebattues, quoiqu’en évitant le catalogue) ; aujourd’hui il laisse aussi aller l’envers moins sombre et furieux de son émotivité, magnifie les créatures, semble prêt à venir à leur chevet pour les consoler (les moments d’emphase et de pitié sont plus éloquents avec la fille aux diamants et l’anus parlant). Le goût pour le malaise renvoie à beaucoup de films plus posés et cru(el)s (comme les Paradis d’Ulrich Seidl), sans que Pieles soit mesquin avec ses sujets. À l’opposé de ces boucheries naturalistes et misanthropes, Pieles embrasse l’aberrant, se revendique extravagant – tout en gardant une séparation totale.

Sa fantaisie croise rarement celles des personnages – sauf dans le cas de Christian, l’accidenté volontaire (victime consentante de dysmorphophobie) dans lequel se projette probablement le réalisateur. Les outrances et la radicalité esthétique suffisent à rendre la séance percutante jusqu’au-bout ; heureusement car le spectacle est très décousu – c’est souvent par là que les initiatives loufoques pêchent et amènent à lâcher, mais cette fois le scénario est carrément bâclé. C’est à un assemblage d’exploits finis plutôt qu’à une construction spéciale qu’il faut s’attendre. Vient l’impression d’assister à du Solondz ‘Barbie’ dévoré par l’envie et l’intérêt sincère, sans avoir trop conscience de ce qu’il manipule. La profondeur demanderait plus de temps, les traces de sensibilité restent – et certaines images poursuivent un peu, pour les raisons primaires (balancées à l’affiche) mais aussi, peut-être, à cause de ces éclats sentimentaux atténuant les miasmes cyniques. Cet essai déjanté vaut évidemment le double d’un Feed.

Note globale 56

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Suggestions…

Scénario/Écriture (1), Casting/Personnages (3), Dialogues (3), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (2), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (4), Ambition (3), Audace (4), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (2)

Note arrondie de 55 à 56 suite à la mise à jour générale des notes.

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L’ÉTRANGE CRÉATURE DU LAC NOIR **

20 Sep

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2sur5  Les Universal Monsters sont une série de films de SF et d’horreur produits par les studios Universal entre 1923-1960. Ses morceaux les plus fameux sont les franchises Frankenstein (avec Boris Karloff) et Dracula (avec Bela Lugosi). L’étrange créature du Lac noir appartient à la dernière vague de ces films, celle des années 1950 où les studios se renouvellent au travers de monstres inédits. Malheureusement ils accumulent les one shot et cette page de l’Histoire des monstres au cinéma se referme avec La Femme Sangsue en 1960. L’étrange créature est surtout retenu par l’Histoire comme l’une des premières expérimentations 3D couleur au cinéma – le premier est Bwana Devil deux ans auparavant (1952) et Jack Arnold (L’Homme qui rétrécit) a déjà testé le procédé avec Le météore de la nuit un an avant.

Son audacieux monstre marin était considéré comme crédible à l’époque – il l’est davantage que les créatures en plastique de nombreux bis des seventies, mais fait moins d’effets que la star de Tarantula, autre exploit de Jack Arnold (1955). Le film a donc un intérêt technique et spectaculaire, donc historique. Son contenu en lui-même ne suit pas. Adapté d’un roman de Maurice Zimm puisant son inspiration dans La Belle et la Bête, le film n’en retranscrit presque rien et se contente de faire écho à King Kong (1933) pour montrer sa légitimité à entrer dans la légende. La détresse de ce chaînon manquant vaguement lovecraftien reste primaire, sinon bâclée. La richesse du film est visuelle : les poursuites dans les souterrains, les séquences aquatiques, génèrent une certaine poésie. L’exotisme en revanche est un peu court et demande au spectateur de projeter abondamment pour accorder une épaisseur à ce pseudo Eden rachitique.

Le principal problème tient aux dialogues, lourdingues au possible. Il faut l’entendre pour le croire ; même lorsqu’ils se veulent érudits ou recèlent un potentiel de fond pertinent, on croirait assister à une parodie pour comateux. Ce genre de grossièretés déconcertantes est presque toujours au rendez-vous dans les films bis fantastiques d’avant les 1960s, mais arrive rarement à une telle ampleur. En outre, il y a bien des produits très naifs dans le genre autrement solides, généreux et divertissants ; Le Monstre des temps perdus (1953) est moins équipé et grandiloquent mais finalement plus intense. Néanmoins L’étrange créature aura une grande influence : le point de vue de la bête est copié par Spielberg dans Les dents de la mer, de nombreux artistes font hommage au film voir s’en réclament (Burton, Del Toro, Stephen King, Lady Gaga). Il y aura deux suites (pour une saga ‘La créature’) dont la première (La revanche) sera dirigée par Jack Arnold.

Note globale 51

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Suggestions… L’homme au masque de cire (1953) + Le crime était presque parfait (1954) + Sept ans de réflexion + Hellboy + Solitaire/Rogue + The Monster Squad (1987) + Abyss + Avatar

Scénario & Ecriture (2), Casting/Personnages (1), Dialogues (1), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (3), Ambition (4), Audace (3), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (2)

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