LOS ANGELES 2013 ***

25 Avr

los angeles 2013

4sur5  Quinze ans après New York 1997, cette suite le surpasse par sa radicalité. Si New York 1997 était un film d’anticipation très inventif et plein de caractère, Los Angeles 2013 est un brûlot d’une fureur adolescente mais réfléchi et un action-movie à la mélancolie virile. Il reprend le postulat de son prédécesseur et radicalise les options, en présentant accessoirement un pouvoir ayant repris la main et jouissant des moyens technologiques avancés. En 2013, le contrôle de la population est rendu possible. Désormais c’est la grande prison est Los Angeles. Détachée du continent, elle est devenue le quartier où sont réunies les personnes incompatibles avec l’Amérique morale nouvellement instaurée.

Intelligent mais grossier, captivant et tapageur, Los Angeles 2013 laisse dans une situation inconfortable. Il y a des raisons d’y voir un spectacle pour buveurs de bière se prenant pour des conquistadors : Los Angeles 2013 est accessible à l’amateur de film d’action puissant et au dernier des abrutis, délivrant la marchandise avec force et étayant un implacable trip badass. Mais de la même manière que Ghosts of Mars sera un nanar flamboyant sentant le fuck amer, Los Angeles 2013 est une déclaration d’hostilité brutale et virtuose au monde contemporain. Carpenter, Russell et Debra Hill anticipent le tournant répressif et le règne idéologique et politique du néoconservatisme US tel qu’il se déploie à l’échelle mondiale après les attentats du World Trade Center (11 septembre 2001).

Los Angeles s’illustre par cette mise en exergue d’un fascisme réel et propre à son temps et ceux qui viennent, sur lequel il vomit toute sa bile. Il n’y a pas de refuge pour autant et le monde entier est devenu une poubelle en plus d’être une prison. Ce monde n’a pas besoin des tyrans pour être sali. Les anars s’entre-déchirent, n’ont pas ou plus de destin, imitent le pouvoir central initialement hai et d’ailleurs toujours dénoncé, se confondent dans le chaos décérébré et se détruisent eux-mêmes. Au milieu des courses et des explosions, il y a le blues d’un anarchiste au milieu de ses congénères stupides ou vicieux, face à l’inéluctable triomphe de dominants planqués, avançant avec leur Bien frelaté. Tous utilisent le spectacle pour exercer leur emprise, comme dans They Live. Mais pour les anarcho-fascistes jouissant du chaos dans Los Angeles, cette emprise est directe, physique : la réalité est moche mais il y a un contact avec elle, une capacité à vivre vraiment et à épanouir son être, même à satisfaire ses fantaisies ou ses ambitions les plus rudes (Carjack Malone aka Hershé Las Palmas).

Au contraire l’emprise du nouveau pouvoir étatique est particulièrement intolérable parce qu’elle s’exerce jusque dans les choses du quotidien, les plaisirs ordinaires mais vitaux. L’Amérique de LA 2013 usurpe son nom de « terre de liberté » où il n’y a « pas de tabac, pas d’alcool, pas de drogues pas de femmes – sauf si on est marié » : il y a ce côté libertaire outragé un peu poussif a-priori, mais finalement fondé. De la même manière, accuser la religion comme mobile et grille de lecture des dominants (sociaux) est assez curieux vu d’Europe, mais recevable somme toute aux USA et dans la majorité des pays. Sous le règne des flics (moralistes) totalitaires, le 20e siècle devient une période idéalisée. D’ailleurs, le seul espoir serait de revenir à l’harmonie d’autrefois, où vivre libre et dans la solitude était possible. Un ordre naturel a cet avantage de vous laisser des horizons à explorer, un territoire à choisir, la capacité d’être sans se justifier : dans un ordre naturel votre intégrité s’épanouit et vous n’avez qu’a être fort, en vous-mêmes, non parce que vos moyens vous le permettent.

Comme New York 1997 il est authentiquement et pleinement anarchiste, le propos étant cette fois bien plus accompli encore, arrivé à un stade final. Los Angeles 2013 est libertaire et réactionnaire : ce monde est foutu, on le sauvera par la purge catégorique de tous les moyens technologiques élaborés depuis des siècles. Umanbomber pourrait être fier de Carpenter. Oui mais après, que fait-on ? On souffre tous et reconstruit le monde sur soi, sans se leurrer sur un ordre commun ? Probablement, c’est l’occasion de vivre en anarchiste enfin, dans un contexte l’étant aussi puisqu’il n’y a plus de société, plus d’aliénations, plus de confort aussi ni de progrès toxiques. Dans cinq ans Carpenter tirera sa révérence avec Ghosts of Mars. Sa fin de carrière est particulièrement nihiliste.

Note globale 76

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…

 Voir l’index cinéma de Zogarok

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