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LES GREMLINS ***

29 Août

Article spécial pour le binôme/diptyque signé Joe Dante, réalisateur que j’aurais pu adorer notamment pour ce coup-là ; comme quoi, les ingrédients ne font pas l’essentiel. 

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GREMLINS ***

3sur5  À la base, les gremlins sont des petites créatures farceuses sabotant le matériel de guerre. Cette notion ironique employée pendant la seconde guerre mondiale a été au centre d’un livre de Roahl Dahl et quelques cartoons ont évoquée la créature. Ce n’est qu’en 1984 que les Gremlins adoptent une forme avérée avec le film éponyme de Joe Dante. Les gremlins y sont de géniales créatures sans autre but que le chaos et la rigolade trash, encore plus jouisseuses que les martiens de Mars Attacks ! douze ans plus tard. Le film est alors un (petit) phénomène de société et reste une immense référence.

Dans ce film qu’il met au point en collaboration avec Spielberg (producteur) et Chris Columbus (scénariste), Dante mixe les genres et même les degrés : on flirte avec l’horreur, ses mécanismes sont là, mais on ne va pas totalement vers elle, car elle émane d’une source fantaisiste et pas de l’Homme. La farce macabre emprunte l’allure du slasher ; la tension monte, la rupture est imminente, il y aura peut-être une mort (hors-champ) mais surtout il y aura le chaos.

Tout en étant une comédie familiale (sortie en salles à l’époque de Noël), Gremlins peut donc être relativement traumatisant pour les plus jeunes. Sa nervosité, sa violence, sont en même temps tout ce qu’un enfant peut espérer : enfin un film attaché à dépayser et effrayer. Les autres profitent aussi du spectacle car Dante est un metteur en scène talentueux.

Il installe un affrontement entre la civilisation et les gremlins malfaisants, dans un univers esthétique aux contrastes forts, avec beaucoup de lumières sombres ou saturées. Cela l’inscrit dans la lignée de produits comme Les Contes de la Crypte, l’étape suivante pour les enfants en quête d’horreur. Certaines scènes sont impressionnantes, celle de la cuisine tout particulièrement. Les effets spéciaux en animatronique étaient une performance et ont gardés dans l’ensemble leur éclat. D’autres moments sont plus cheap mais reliés à (et justifiés par) un certain kitsch festif, en mode ‘esprit de Noel’ ou archétypes de films d’aventures et de mystères se donnant avec un certain second degré (l’ensemble de ce qui est relatif à l’Asie est concerné). Les spectateurs relèveront aussi de nombreuses références, immédiates (à ET l’extraterrestre ou Indiana Jones) ou ‘classiques’ (films en noir et blanc des décennies précédentes) ; Gremlins rejoint ainsi Retour vers le futur sur le banc des films geeks des années 1980.

Le charme opère mais les griefs à porter sont légion. Comme toujours avec Dante, il faut se farcir des messages sociaux et politiques simplistes et faciles, blâmant les forces de l’ordre, le chauvinisme et surtout le capitalisme. Pour ce dernier, Dante le fait notamment au travers de Madame Deaggle, sorte de protestante machiavélique, réac et sadique ; et théâtrale, bien sûr. Les cibles de Dante ou même ses préoccupations (écologistes) peuvent être partagées, mais il ne suffit pas d’être dans un bon camp pour avoir raison. Les catégorisations rigides affectent aussi les personnages en général et les relations. Gremlins est un film sans humains attachants, à moins d’être conciliant ou d’humeur sucrée ; les lézards mutants le seront diversement. 

En marge, nous avons donc pour personnage principal l’employé de banque naïf, le gentil jeune homme affable et lunaire de service (sans allez vers la débilité légère du héros de L’Aventure Intérieure – film assez troublant d’un point de vue social, lui). Toujours un peu enfant, amoureux des animaux, il est assez kawai pour amener son chien Barney sur son lieu de travail. Le père est miné par une erreur d’afféteries et de casting. L’acteur et le personnage ne ‘collent’ pas avec l’archétype de l’inventeur de produits loufoques et désastreux, bien que ses échecs servent probablement à le mettre en échec volontairement. Lorsqu’il glisse vers ses facettes de bon papa et de conteur chaleureux, le manque d’approfondissements et de déterminations empêche encore d’y croire.

Dans l’ensemble les personnages, surtout la petite famille, sont un peu légers et c’est supposé être marrant, mais qu’ils agissent de manière si peu scrupuleuse est carrément rageant. Tout le monde le souligne en permanence pour les films d’horreur, il est temps de le signaler sur Gremlins ! D’ailleurs les individus ne sont que solidaires de négligences les dépassant – on en trouve dans les degrés de luminosité, les lenteurs d’enchaînements ou de réactions, ou encore avec ce succès improbable du blocage de la porte du cinéma. Heureusement, l’idylle crétine prend peu de place et la niaiserie du groupe principal ne suffit pas à gâcher l’ambiance – on tire des qualités des défauts de caractérisation. 

Note globale 69

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Suggestions…

MBTI-Enneagramme = Le père, l’inventeur, est supposé être ENTP, mais le personnage et son interprète ne fournissent pas le nécessaire au ‘cliché’ recherché. Mme Deaggle est une 1 SO/SP, une version très méchante tirant vers le 8 (ou le 3). Le fils est un ISFP, son amie probablement une ISFJ, sa mère au moins dans un rôle d’ISFJ typique. 

 

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GREMLINS 2, LA NOUVELLE GÉNÉRATION ***

4sur5 Après Gremlins en 1984 qui marque le point culminant de sa carrière, Joe Dante enchaîne des films accueillis plus froidement, comme L’Aventure Intérieure ou surtout Les Banlieusards. Il reprend alors son succès le plus culte et réputé pour fournir cette suite excellente, dépassant allègrement son prédécesseur pour deux grandes raisons : une emphase complète sur les conneries des gremlins et une unité de lieu pour tout saccager mais de manière cohérente. Le générique Looney Tunes, le cameo d’un catcheur célèbre (prétexte à un film dans le film, après Snow White) et l’auto-référence un peu agressive (via le critique condescendant envers le premier opus et ses bons clients) témoignent de l’assurance et du confort acquis.

Bien sûr le premier Gremlins était destroy et même flirtait avec le gore, mais il n’était pas si survolté. Cette fois les incertitudes se sont envolées : place à la farce et à la désinhibition. Voilà la grosse avalanche trollistique déployée, avec Guizmo sous influence Rambo pour la contre-offensive ! Les gremlins prennent le contrôle de la tour et du film : ils sont comme l’iceberg du Titanic, mais ne laissent pas la tragédie faire son office. Au lieu de ça ils accélèrent la désintégration dans un grand bain festif composé de mises à morts, d’expérimentations, de démolitions, d’inversions des rôles et de subversions (comme la proposition indécente de la scène de fermeture). Leur jubilation est compulsive, ils peuvent s’entre-tuer dans la bonne humeur. Nous avons le droit à une grande variété d’individus (avec des mutants comme l’araignée ou l’électrique), encore dopée par le passage en laboratoire, avec des nouvelles fonctions comme celle du porte-parole à destination des humains ou de la pin-up amoureuse (la femelle du gang justifiant des passages de comédie musicale).

Le propos est toujours un peu galvaudé, facile, sans être aberrant. D’abord cette suite se situe dans la cité new yorkaise, avec ses habitants stressés, speed et malpolis ; et cela Dante va bien le souligner au cas où un beauf dans un recoin de la salle n’aurait pas percuté. Le couple du premier film s’avère BCBG d’apparence, légèrement niais et carrément fauché en vérité (dans le contexte, pas universellement). Ensuite il y a la caricature kitsch du monde de l’entreprise et du quartier des affaires typique, avec quelques lapalissades plaisantes sur la place de l’art, l’échelle des salaires, l’appât du gain. Joe Dante est proche du Burton critique de Edward aux mains d’argent notamment, mais ferait passer La vengeance d’une blonde pour un modèle de rigueur sociologique avec sa Marla (personnage également proche de celui de Nicole Kidman dans Prête à tout, sans le machiavélisme subtil ni le côté psychopathe sympathique). Le premier opus avait déjà une vision cartoonesque des réacs et des vieux.

Lorsque Dante s’enquiert trop de socio-politique, le ridicule n’est jamais loin ; toutefois ici il révèle une gamme large, relativement complexe et la rend plus lisible que jamais. Dans l’ensemble de son œuvre, elle ne trouve pas vraiment de traduction appropriée, au point que Dante finit par surenchérir vers une option digne de la crise d’ado inculte mais de bonne foi (d’où l’existence de Small Soldiers). Avec Gremlins 2, globalement, il ne sert pas du gauchisme avarié (comme dans son épisode Vote ou crève des Masters of Horror), mais une satire avec pour seul parti-pris positif… le retour à la simplicité et l’authenticité du traditionalisme des petites cités. On est devant la critique des yellow big cities (les libéraux cosmopolites) au profit des red towns (les villes de province conservatrices ou communautaires), avec la contribution de la gauche (celle qui décrie la standardisation et les hiérarchies) voire du socialisme standard, ‘populiste’ ! Une position assez limpide et répandue.

À bon escient, Dante oriente presque exclusivement son métrage vers la farce pantagruélique au fur et à mesure ; même les fantaisies capitalistes et leur grand ordonnateur (supposé refléter Donald Trump – échec flagrant, un de plus en matière ‘psychologique’ dans l’œuvre du réalisateur) y gagnent en innocence. Les gadgets technologiques avancés apparaissent comme la relève des inventions du père dans le premier opus : elles sont également foireuses. La catastrophe a pu faire oublier les impératifs de tous ces prédateurs arrogants, hystériques ou juste pompeux : la surveillance, la compétition, l’hyper-rationalisation pour économiser partout et traquer les petits écarts des potentiels improductifs. Dante assimile le rôle du carnaval, où les mauvaises passions, les pulsions et le ressentiment sont liquidés – un exutoire soulage mieux qu’un engagement et peut réjouir (ou nourrir) plus de monde.

Comme dans le premier film, l’action intègre de multiples références, des peintures humaines de Batman en passant par Phantom of the Paradise et Le Magicien d’Oz (ou encore Le fantôme de l’opéra), mais aussi en faisant d’un Gremlins une créature issue des tableaux de Arcimboldo et d’un autre une gargouille. Et Dante pousse la revendication de ses goûts plus loin puisque le film compte un grand invité, Christopher Lee, le Dracula de son enfance qui a habité l’imaginaire de l’enfant spectateur ébloui et que l’adulte devenu cinéaste intègre enfin dans sa propre réalité ! Cette exaltation de cinéaste-cinéphile n’a pas empêché Gremlins 2 d’être un échec commercial, celui de trop puisque les 90s seront la traversée du désert pour Joe Dante.

Note globale 77

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Suggestions…

MBTI-Enneagramme = Le patron est un hystérique Ne-Fe. Marla fait du 3 au maximum.

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SMALL SOLDIERS *

29 Juin

1sur5 Dans les années 1990 et suite à l’échec commercial de trop, celui de Gremlins 2, Joe Dante est un cinéaste recalé, qui peine à trouver des financements. Et voilà qu’en 1998 Spielberg, son véritable tuteur puisqu’il a boosté sa carrière et apporté son soutien dès Hurlements, lui propose un nouveau projet. Il s’agit de Small Soldiers, film promotionnel pour la société de jouets Hasbro prévoyant le lancement d’une nouvelle gamme. La compagnie DreamWorks, qui vient juste de naître, est de la partie.

Surfant sur la vague Toy Story (1995), Small Soldiers en est la version  »rebelle ». Souvent en conflit avec ses producteurs et l’industrie hollywoodienne, Joe Dante s’identifie dans les créatifs du film, travaillant dans une entreprise méprisant leurs talents et l’exploitant tant que possible. Alors il règle ses comptes, à sa manière, c’est-à-dire en faisant ce qu’il veut sans trop se remettre en question.

Forcément, comme ça ressemble à du sabotage, le film se traîne sa petite réputation de brûlot. Mais dans ce cas, qui ou quoi est la cible ? Dante n’attaque rien en particulier et se contente de mettre en scène cette guerre poussive entre les jouets et le monde extérieur, avec un petit garçon jouant les Cassandre.

Oh bien sûr des jouets subissent la violence ou la pratique contre les hommes, se trouvent décapités ou déchargés (plus de pile). Oui mais en-dehors du pic aux multinationales cyniques et aux lois militaires, on se situe à ce point d’audace. Stop ! Recueillons-nous un instant. Par-delà ces effets là et ces  »critiques », quel est le contenu de Small Soldiers ? Mince : à côté de ce fameux usage des jouets, il n’y a qu’un film brouillon et pire, sans la moindre invention.

L’humour est rase-motte, le rythme ne semble soucier personne (l’hystérie est là, soit). Les agissements des jouets sont passablement amusants, quelques répliques autour de l’expérience scientifique également. Mais le plus dramatique c’est qu’il y a dans Small Soldiers toute la niaiserie propre aux spectacles les plus mainstream d’Hollywood : le plus las de la saga Transformers est au-rendez-vous.

Si les gens souhaitent tellement un dessin animé légèrement politisé, assez libre et franchement divertissant, qu’ils se tournent vers Monstres contre Alien par exemple. Bien sûr, Dante a toujours tenu à imposer son style et s’est battu contre les studios pour y parvenir, sur ce Small Soldiers peut-être plus que jamais. Parce qu’il est un mauvais promoteur il devrait être tenu pour un petit génie ? La dissidence n’est pas la clairvoyance : voilà la leçon à tirer de l’ensemble de l’œuvre de Joe Dante.

Note globale 32

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L’AVENTURE INTÉRIEURE **

26 Déc

3sur5  Réalisé pendant sa période Gremlins, L’Aventure Intérieure est un des gros succès commerciaux de Joe Dante. D’une kitscherie  toute épreuve, ce spectacle de près de deux heures met en vedette Dennis Quaid, Meg Ryan et Martin Short avec sa tête de loutre. Ce dernier est un pauvre petit employé de supermarché, très niais et un peu hypocondriaque ; c’est sur lui qu’est injectée au hasard la lotion contenant Tuck Pendleton (Dennis Quaid), volontaire malheureux d’une expérience de miniaturisation contrariée par des espions. Les deux hommes doivent collaborer pour empêcher le sabotage et ramener Tuck dans le monde commun !

Pour profiter de la séance, on recommandera d’être profondément stone ou lent d’esprit, ou très jeune : il faut mieux le découvrir avant d’avoir 14 ans et à ce moment, en faire peut-être un film culte. Dans le cas inverse, on s’amuse aussi, mais avec plus de distance et surtout de considérations critiques pour ces excentricités superficielles. Stop aux citations de « bugs bunny » ! 

Dans l’ensemble c’est gentil, parfois vaguement blasant, bloqué dans un espace-temps précis, le divertissement mi-insolent et explicite mi-enfantin des 80s. On le voit notamment avec son méchant du début (celui qui procédera à l’injection), connard absolu dont la cruauté n’est jamais rassasiée : non content de voler, il faut aussi qu’il éclate les ballons des enfants, en affichant sa large satisfaction.  

Le cynisme intense signe la Dante’s touch. L’humour est potache, voir carrément scabreux. Jamais génial, le film s’en tire par ses petits exploits burlesques, comme la scène du camion ou les transformations physiques, grosses scènes slapstick, du gore sans les giclées. La bêtise de son héros est aussi pour beaucoup dans le capital sympathie. En effet depuis  l’intérieur de son corps, Quaid est en quelque sorte le coach de Martin Short. Leur tandem stimule l’assertivité de ce dernier (il lui apprend à être plus sûr de lui, s’affirmer face à Lydia), tandis que la présence de Meg Ryan crée une rivalité amoureuse. 

Note globale 59

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Suggestions… Le Voyage Fantastique 

 

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