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FREDDY & SES SUITES, L’INTÉGRALE DES GRIFFES DE LA NUIT

1 Sep

Cet article évoque l’intégralité de la saga Freddy/Les Griffes de la Nuit, opus par opus : comme pour les Guinea Pig, Massacre à la tronçonneuse et Saw.

 

Les chroniques des quatre premiers opus et du remake ont déjà été diffusés sur un ancien blog il y a cinq ans (2009), les autres rédigés dans la foulée. Quelques textes ont subis des coupes ou des ajouts, certains presque aucun (le 5). Deux cas se distinguent : Freddy 7 (mon préféré), puisque l’article a été écrit pour les besoins de ce grand bilan ; et le 2, car j’ai profondément changé de regard sur lui.

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Si vous voulez d’autres rafales sur les diverses sagas existantes, consultez le tag « Sagas Intégrales ». Plus spécifiquement : Halloween, Vendredi 13, Hellraiser. En-dehors de l’Horreur : Die Hard, Indiana Jones.

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freddy 1

LES GRIFFES DE LA NUIT **

2sur5   En 1984, Wes Craven offre au cinéma d’horreur une nouvelle figure culte, caution à des suites guère ambitieuses si ce n’est pour des meurtres et cauchemars tape-à-l’œil. Incarné par un Robert Englund qui se retrouvera ainsi cantonné à celui-ci, le personnage de Freddy Krueger innove alors par son originalité, puisque l’un des premiers [et toujours des plus fameux] boogeyman en série de l’histoire du cinéma est loin du tueur froid et sans nom auquel le public a l’habitude de se trouver confronter.

En effet, Freddy Krueger est un croque-mitaine qui n’intervient que dans les rêves de ses victimes, d’ou l’atmosphère paranoïaque que dégagent ces Griffes de la Nuit. Le film demeure -chose rare- potentiellement impressionnant ou effrayant un quart de siècle après sa sortie. Wes Craven mixe fantastique et horreur pure [ces Griffes de la Nuit sont outrageusement violentes, ce qui ne sera pas tant le cas de sa flopée de successeurs] et invoquant une peur universelle puisque liée aux cauchemars d’enfance -et surtout à leur anticipation.

Aussi, la lutte contre Freddy apparaît impossible ; l’insomnie est la seule solution pour échapper à ce tueur tout-puissant à l’allure particulièrement terrifiante. Chaussé de son éternel chapeau, vêtu de son incontournable pull à rayures rouges et vertes [le choix de Craven aurait été guidé par le fait qu’il s’agit des couleurs réputées comme les plus agressives] et armé de ses gants et lames démesurées, Freddy arbore un visage brûlé, inhumain, rendant sa présence d’autant plus dérangeante. Indestructible, il va même jusqu’à s’auto-mutiler devant ses proies afin d’accroître leur effroi.

Car c’est la peur qui sert d’abord le bourreau. Wes Craven nourrit son personnage d’obsessions personnelles ; cauchemars infantiles, peur du noir et de l’abandon, le réalisateur traitant, au-delà de la peur de s’endormir, de celle du passage à l’âge adulte. Adultes demeurant ici en-dehors, ne croient et ne pourraient croire à ces histoires que vivent leurs enfants. Or, c’est à cause de leurs méfaits du passé (et dans une moindre mesure grâce à leur négligence d’aujourd’hui) que ces derniers subissent aujourd’hui Freddy. Cet héritage sera évoqué dans quelques suites et notamment le troisième opus, reconnu de façon générale comme l’une sinon la meilleure suite [c’est oublier toutefois la réussite de Freddy 7, avec Craven de nouveau aux commandes, une très maline entreprise de démystification].

Pourtant le film peut laisser sur une impression mitigée, malgré ses qualités, sa proposition initiale et son principe de fond. Les scènes de cauchemars constituent évidemment les meilleurs passages ; ces scènes tendent à être superbes, elles le sont dans la première moitié du film, mais cela ne dure pas et dans la seconde moitié, elle se raréfient. Du reste, les dialogues sont limites et surtout le rythme est extrêmement bizarre, le film suivant une ligne droite avec quelques soubresauts (les visions et/ou meurtres). L’écriture du film est ainsi très contrastée, tout comme le rapport de Craven aux archétypes las du slasher (implantés depuis déjà 5 ans avec Halloween et Vendredi 13) : les personnages sont en phase avec la réalité et capables de parler aux adolescents (divorce, situations familiales particulières, etc).

Mais en dépit de cette sensibilité, Craven se tient à proximité des impératifs du genre, comme s’il redoutait d’allez au bout de son univers. Il n’est pas étonnant qu’il soit plus performant dans Freddy VII et se soit illustré avec les Scream, exercices de style éblouissants et fonctionnels tout en lorgnant vers la farce ‘réflexive’. La bizarrerie du rythme est peut-être la résultante de ce même élan de pudeur voir de résignation quand à son inspiration. Cela abouti en tout cas au très bancal piège dans la maison, puis à final abrupt où le cas du monstre est réglé pour de faux. Les Griffes de la Nuit laisse le sentiment d’avoir assisté à un work in progress dont nous aurions un résumé rapide et c’est embarrassant Les effets du film s’en trouvent d’ailleurs dilués et ses traits plus profonds (la situation de Marge Thompson) sont contournés, à la limite du zapping opportuniste.

Si le film semble échouer à de multiples niveaux et que son univers peut laisser de marbre, il faut avouer que l’ensemble reste honorable et dépaysant. La BO de Chris Bernstein est très sophistiquée dans le genre, avec une atmosphère de révélation limite surnaturelle. Bien qu’aillant un peu vieilli, Freddy sait toujours effrayer, pourra étonner (à défaut d’inquiéter immédiatement) y compris par son degré de sanguinolent [le premier meurtre (Tina) en particulier – inspiré de L’Exorciste?], diverti largement plus que le premier opus d’Amityville et est d’un tout autre niveau que celui minable de la saga Vendredi 13. Objet sympathique et frustrant, Les Griffes de la Nuit apparaît comme une sorte de semi-échec ou de semi-réussite.

Jamais complètement convaincant, Fred Krueger sera en tout cas très rentable pour la New Line, cette maison de production étant boosté par le film de Craven et la saga en découlant. Elle rachètera Vendredi 13 à la fin des années 1980 et organisera un cross-over entre Freddy et Jason, les tueurs des ces sagas de slashers de référence (partageant leur domination avec une troisième, la meilleure : Halloween). Les groupies de Johnny Depp doivent également voir ce film puisque leur idole y jouait son premier rôle au cinéma, léguant à la postérité une mort blobesque ; il fera un cameo dans L’ultime cauchemar, cinquième suite des Griffes.

Note globale 53

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FREDDY II : LA REVANCHE DE FREDDY **

3sur5  Après un premier épisode discrètement comique, les nombreuses séquels des Griffes de la Nuit [cinq comprises ici, de Freddy II à VI] vogueront vers le grand-guignol et un humour prosaïque, optant même pour la pochade vulgaire dès le 3e opus. Il faudra attendre le Freddy 7 de Wes Craven pour un retour en grâce net et global, opus portant un regard critique sur la saga et s’illustrant par sa rigueur et sa prise de distance. D’ici là, Jack Sholder prend en charge cette première suite avant de signer son Hidden, puis une flopée de nanars et de purs divertissements bis.

Le Krueger bouffon de l’horreur devra cependant attendre l’opus de Chuck Russell (le 3e), le très mal nommé Freddy’s revenge entrant en dissonance. Freddy 2 est un slasher complet et Krueger est de la partie comme toujours, mais il frôle le hors-série. Toute la dynamique rêves/réalité est mise de côté, voir éjectée si ce n’est dans l’exposition et le final. Freddy atterrit dans la réalité, s’invite dans une fête et s’avère omnipotent. La Revanche trahit donc complètement les principes posés par le premier opus et s’intéresse à la détresse psychologique du héros, nouvel occupant de la maison des Thompson à Elm Street. Harcelé par Freddy le voulant comme partenaire et l’utilisant comme son bras droit pour tuer, Jesse (Mark Patton) se demande s’il sombre dans la folie.

Le film n’est pas effrayant au sens habituel du film d’horreur, mais il est parcouru par une tension lié à son imagerie crypto-gay et à la perversion disséminée par Freddy. Celui-ci est plus qu’un simple boogeyman (et contrairement à Jason ou Michael Myers, il n’est pas mutique) : c’est un monstre sadien. Quand à la trajectoire de Jesse, elle devient la métaphore d’un coming-out inassumé virant à la psychose. L’ambiance et les sous-entendus homo-érotiques sont constants, avec Graddy, la demande de protection à un meilleur ami loin des regards. Pourtant jamais la notion d’homosexualité n’est évoquée explicitement ni n’existe dans les échanges ou même le conscient des personnages ; il n’y a qu’une évocation, à la sauvette, concernant le vicieux prof de sport auquel Freddy réserve une mort à la limite du BDSM. Le résultat est très inquiétant et donne un vrai drame, en terrain étranger ; le 5 aussi tentera une approche plus sensible avec Alice et son enfant. D’ailleurs on note que passée cette expérience, les producteurs manifestement dans l’embarras ne confieront plus jamais la franchise à un héros masculin.

Si le Freddy troupier n’est pas encore pour cet opus, ce Freddy 2 n’est pas toujours du meilleur goût et tutoie régulièrement le nanar. Il y a de petits côtés ridicules incontrôlés parfois et surtout cette scène ahurissante de la perruche, passage hallucinant digne d’une place d’honneur dans la galaxie Nanarland. Des inspirations en décalage (comme des aperçus d’un autre film) se ressentent, donnant un charme au film sans trop avancer son intrigue, en évoquant Society ou Le Dentiste. Le rêve lié au bus est un trip enfantin très décevant, digne des pitreries au surréalisme niaiseux de Freddy 6 (le pire opus de la saga). Les opus 3 et 4 seront bien plus expansifs niveau morceaux bravoure, alors que l’heure n’est pas encore au cumul d’exploits. En revanche, lorsqu’elle est présente, la violence graphique est extrême et assez grave, ce qui tend à aligner Freddy 2 sur son prédécesseur et les isoler du gore pop-corn rayonnant sans partage par la suite.

Note globale 60

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Note arrondie de 59 à 60 suite à la mise à jour générale des notes.

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FREDDY III : LES GRIFFES DU CAUCHEMAR **

3sur5  Après un second opus faisant guise de parenthèse, Freddy III est la première vraie suite des Griffes de la Nuit. Revenant à l’avant-scène, Freddy enfile pour la première fois son costume burlesque et ose les punchline bouffonnes. Ce Nightmare On Elm Street 3 est donc responsable du tournant grand-guignol de la saga et donc de son identité générale, pour le meilleur et pour le pire. Le meilleur c’est justement cet opus réalisé par Chuck Russell [auteur du ferveur et fabuleusement con Blob sorti un an après], d’une grande inventivité, avec même une certaine grâce, comme lorsque Freddy s’incarne dans un pantin pour s’inviter dans l’espace d’un rêve. Le pire, c’est ce dédain pour l’horreur véritable au profit de spectacles proposant d’autres genres de sensations fortes aux adolescents venant pour un train-fantôme. Le pire c’est donc surtout les opus 4, 5 et 6, tous redevables à cette troisième mouture et tous des déclinaisons inférieures.

Sans les maladresses ni la foi aveugle en ses excès tape-à-l’oeil du premier opus, Freddy 3 respecte assez scrupuleusement les avatars de sa mythologie tout en boostant son langage. Avec le très moyen sixième volet qui tentera de mettre un terme à la saga, Freddy 3 est celui qui cherche le plus à amplifier l’univers du croquemitaine et à en explorer de nouveaux horizons. Plus axé sur le fantastique que l’horreur pure, le film permet à ses adolescents d’exploiter leurs rêves, leur permettant d’y déambuler afin de pouvoir mettre fin à Freddy et de facto à leurs cauchemars. Ce dernier devient un véritable showman, soignant ses entrées, raffinant ses agressions et surtout les personnalisant [qu’une fillette se repose sur une figure paternelle rassurante et il se révèle ; en ce sens, Freddy 3 est la seule suite à tutoyer les thématiques du film de Craven]. Le sadisme de Krueger est subtil et son personnage a une épaisseur que Jason Vorhees comme Myers n’ont pas. Il est bien trop dissipé et criard pour concurrencer Pinhead de Hellraiser, mais son charisme est supérieur au boogeyman standard. Freddy gagne également en épaisseur en tant qu’individu puisqu’on apprend sa genèse et l’existence d’Amanda Krueger.

L’emprunte de Wes Craven s’impose en toile de fond mais de nombreux choix divergents s’y ajoutent ; ne jetant pas l’éponge comme il le fit sur Freddy 2, il laisse aux producteurs de la saga un scénario largement réécrit par le tandem pour le moins improbable Russell/Darabont. Si sa créature lui semble définitivement dépossédée, ses pérégrinations trouveront ici leur point d’orgue, avant la décrépitude dans des proportions raisonnables (le crash total des Vendredi 13 est loin). Le film a vieilli mais sa désuétude plutôt que de l’handicaper lui confère aujourd’hui une touche vintage qui lui sied bien, au contraire du 4 bien trop dans la farce has-been. Mariant le spectaculaire, l’horrifique et le grand-guignol avec une efficacité indéniable, l’ensemble tend parfois au délire carnavalesque, graphique [à partir de rêves d’ados complètement décérébrés, le film est bien plus sombre et extravagant visuellement] comme scénaristique, mais avec toujours une main de fer pour canaliser ce goût pleinement assumé pour l’absurde afin que les déviances « fun » ne basculent pas dans un ridicule involontaire prenant le pas sur le grotesque gratuit.

Le compromis entre un récit suffisamment consistant et une dose polie d’hystérie bis, la légèreté du ton et le volontarisme dans l’outrance, permet la réussite de cette entreprise honnête et régressive, aux ambitions récréatives menées à leur terme. Cette effusion de gadgets, de gore et d’ironie donne curieusement force à un mythe, l’enrichit en tirant vers le haut son potentiel grandiloquent. En même temps Freddy III s’affirme en réel film d’épouvante, même inefficace ou rigolard, car il a la dimension exploratrice nécessaire aux exigences de ce registre. Cet équilibre se reflète dans le traitement des personnages, souvent considérés avec dérision : répliques à la bêtise ironique ; malades qu’on nous invite à davantage prendre pour des imbéciles que pour des sommes d’angoisse ; pittoresque scène de la journaliste TV ; lycéenne se rêvant punk et rebelle jusqu’au bout des ongles, etc. Simultanément, c’est avec une empathie sincère, étouffée sous la couche de bouffonneries, qu’il jette son dévolu sur d’authentiques peurs ou préoccupations adolescentes, la tentation du suicide en tête.

Note globale 60

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FREDDY IV : LE CAUCHEMAR DE FREDDY *

2sur5  Démonstration du tournant définitivement ce Freddy vers le statut de vache à laid grand-guignol [ce sera le gros succès de la saga], cette quatrième mouture se distingue par sa cynique nullitude et ses frustes manières de film MTV. Avec The Dream Master, Freddy devient un gros beauf et la mascotte d’un train fantôme. Ridicule mais divertissant, Le cauchemar de Freddy tient du clip pop-rock à rallonge et n’a plus beaucoup à voir avec un film d’épouvante. On sent les années 1990 arriver au travers de cette intrigue et ce traitement superficiels et glam-trash, anticipant les Souviens-toi l’été dernier ou Dangereuse alliance. L’ensemble est d’une profonde stupidité dès le départ et c’est le premier opus assumant à ce point la bullshit générale ; il restera indépassable, même le 6 (plus minable que crétin festif) ne pouvant concurrencer. La bêtise cohabite avec la flamboyance et cet opus est à sa façon le plus lumineux, en tout cas celui brillant par ses effets spéciaux.

L’histoire se concentre sur une victime en particulier ; cette fois, l’héroïne est introvertie et relativement timide, mais pas seule au monde. Alice rêve de briser la glace et envoyer tout [le monde] valser, ou de s’affirmer et entrer dans la compétition sexuelle, mais ne le fait pas, évidemment. Mais lorsque démarre sa lutte contre Freddy, alors elle sort d’elle-même et entre dans une phase ultime de rebellitude. A l’image de ses camarades, la jeune Lisa Wilcox est une interprète honorable, mais est bien la seule à infuser une habile dose de second degré à sa personnage [notamment lors de sa  »métamorphose »].

Produit d’une grande vulgarité (le chien pisseur du feu), le film de Renny Harlin (l’homme des navets loufoques crâmant leur budget dans l’allégresse – Peur bleue) fait toutefois preuve d’une grande maîtrise technique et son visuel arbore des allures nettement plus contemporaines, même si le goût est tout aussi has been. Beaucoup de choses peuvent être reprochées à Freddy 4 (dont le sabotage du mythe), mais c’est une réussite graphique et son catalogue d’exploits aussi bêtes que spectaculaires fait la différence avec la plupart des autres sequel. Sans afficher le style de Freddy 5, le film s’inscrit décemment dans la lignée du film de Chuck Russell quand à l’imagerie glauque clownesque. À la hauteur de sa mission, Freddy 4 fait preuve d’une certaine inventivité dans les scènes de rêve et de meurtres [la fille aspirée par un grand écran notamment ; ou encore l’exemple, souvent cité, de celle muée en cafard], lesquelles évoquent toujours un certain parfum de contrefaçon et une espèce de surréalisme discount. Les ados se font (inter)venir les uns les autres dans leurs rêves, d’autant plus librement qu’il n’y a pas de narration réfléchie.

Versant dans le teen-movie degré zéro, crétin mais pas forcément plus que la moyenne, la franchise se complaît dans la banalité, mélangeant ses propres poncifs à ceux de tout un genre. L’humour lourdeau tente de se marier à l’horrifique pour offrir un cocktail adroitement calculé aux dehors extravagants, pendant que Freddy et ses victimes se vautrent allègrement dans une beaufitude sans fards – mais une beaufitude bankable, propre. En gentleman appliqué, Freddy se surpasse s’agissant d’y aller de sa petite vanne ; il nous garnit d’un tout bidon « j’aime la nourriture spirituelle » alors qu’il se repaît d’une tête d’olive, et ne passe pas non plus à côté du « bienvenue au pays des merveilles, Alice ». Raté, ce zèle ne lui permettra pas de se classer parmi les incontournables : on peut accepter le contrat (se vider le cerveau devant un show gratiné et totalement creux) et repartir avec quelques anecdotes (la nymphe piégée dans le matelas d’eau), à la fin il faut admettre que le croquemitaine y perd.

En effet celui-ci apparaît comme un faire-valoir de placements produits ; au-delà de Krueger chaussant ses Ray Ban, le spectateur est surtout abreuvé d’un rock piteux ou de rap lisse, de l’easy-listening de boeufs si on préfère. Par décence ou minimum syndical de respect envers les créateurs et notamment LE créateur, Wes Craven [de nouveau sur la fiche technique pour le troisième opus, il a contribué à la réussite de la seule ‘vraie’ sequel un peu plus que potable], les producteurs tuent de nouveau Freddy au terme de sa nouvelle aventure. Mais pour de faux, on le sait.

Note globale 42

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Note arrondie de 41 à 42 suite à la mise à jour générale des notes.

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freddy, l'enfant 5

FREDDY V : L’ENFANT DU CAUCHEMAR **

3sur5  Souvent considéré comme le plus inintéressant de la saga par de nombreux fans, Freddy 5 est pourtant, à un stade ou la saga aura blasé les plus impatients, une très bonne surprise – et un film fantastique assez captivant. Moins primairement « second degré » et grand-guignol [mais nettement plus finement quand il s’agit d’adopter cette posture], l’opus du futur réalisateur de Predator 2 ne se confond pas dans la bouffonnerie : c’est peu de le dire et pour un Freddy, c’est déjà beaucoup, presque un parti-pris impertinent vis-à-vis du caractère général de la saga : les deux opus précédents et le suivant relèvent de la gaudriole unilatérale (quelque soit leur niveau par ailleurs).

Dissipant l’exubérance stérile devenue caution à un nivellement par le bas, L’enfant du Cauchemar adopte un ton franchement solennel concernant les péripéties de son personnage principal, à l’instar du second opus. Réexploitant certains éléments de son prédécesseur [la maison abandonnée et Alice, qui de nouveau se bat contre Freddy dans ses rêves], le film démarre cette fois sur une idée aussi astucieuse qu’abradabrantesque, Freddy se réincarnant dans le bébé qu’Alice doit enfanter. Rompant donc avec la vulgarité et le tape-à-l’oeil mais pas avec certains recours faciles, Freddy 5 se montre plus audacieux, même si ses innovations se concrétisent avec plus ou moins de bonheur (le final n’est pas forcément concluant et laisse sur un goût mitigé). Contrairement à ce qui est admis généralement, le croquemitaine y apparaît moins comme un bouffon, par contre son image est fragilisée. Moins terrifiant, perdant de sa superbe et de sa toute-puissance, le personnage évolue pour se muer en une sorte d’écorché soudain vulnérable.

Toujours aussi grossier, Freddy gagne en épaisseur alors qu’il n’évoluait en rien dans le précédent opus où il vacillait vers la figure du vieil oncle amuseur en chef de galerie familiale. Mais surtout, si son humour [ »noir »] s’étiole, il est plus déchéant, plus résolument trash. Ce vieux bonhomme qui se met au champagne et s’arrache le bras plus hilare que jamais semble résigné à sa propre décadence. Le mouvement est loin de celui ostentatoire de Freddy 7, surtout moins délibéré, mais en s’épurant de ses marques de fabrique, le boogeyman acquiert un nouveau souffle, court mais alternatif. Cette nouvelle déclinaison ne vit que pour masquer sa terreur d’assister à l’épuisement d’une formule avec laquelle elle se débat.

Malheureusement en tentant d’étendre cette chétive mythologie, démultipliant à l’infini les possibilités [Freddy dans ce corps-là, puis dans celui d’un autre, puis dans une voiture, puis plus dans une voiture] comme dans Hidden (réalisateur de Freddy 2!), le film a le défaut de vouloir brasser un peu trop, échouant globalement à réinventer son mobile de fond en comble. Finalement assez lisse malgré son apport conséquent au personnage-fétiche, le scénario est inspiré mais pas toujours parfaitement cohérent ou limpide. Quelques références, non attestées cependant, nourrissent le film : Rosemary’s Baby bien sûr, mais aussi Labyrinthe et ses escaliers, Eraserhead pour les joues de hamster ou Tetsuo pour le premier meurtre.

Lorsque les ambitions lacunaires s’effacent au service du spectaculaire, l’inventivité de Freddy 5 s’affirme pleinement dans sa facette graphique (la BD, les poupées, l’usine). Plus noir et surtout baroque, presque gothique, le film se dote de ce qui manquait à l’effervescent Freddy 4 : une ambiance et un style. L’enfant du Cauchemar inspire bien plus le cauchemardesque [scène du dîner très réussie]. Freddy 5, en bout de course, est un petit film d’horreur de facture plutôt classique mais très bien conçu, dont les parfois réjouissantes qualités plastiques prennent le pas sur la psychologie de personnages pourtant abordés avec un mélange d’empathie et d’ironie plus ambigu encore que dans le film de Chuck Russell. Le fan s’y retrouve donc difficilement, le néophyte peut estimer cet essai hybride comme une bouffée d’oxygène. Pour les simples curieux, c’est peut-être mieux ainsi.

Note globale 58

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Suggestions… L’échelle de Jacob + L’armée des 12 singes

A Nightmare On Elm Street – Part 5 : The Dream Child** (5/10)

Notoriété>10.100 sur IMDB (plus faible, nettement) ; 425 sur allociné (2e plus faible, de peu)

Votes public>4.7 sur IMDB (2e moins bon score : légère tendance féminine) ; France : 4.8 (allociné ; 2e plus mauvais ex-aeco avec Freddy 6)

Note arrondie de 57 à 58 suite à la mise à jour générale des notes.

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FREDDY VI : LA FIN DE FREDDY – L’ULTIME CAUCHEMAR *

1sur5   Ecopant d’une lourde perte de vitesse de ses recettes, reçu tièdement par les fans, Freddy 5 amène la société de production New Line à ré-envisager le cas du croquemitaine. Il est clair qu’à ce stade le filon est épuisé, l’ambition a disparue, ainsi que toute fraîcheur ou illusion. Des suites sans inspiration dont l’inventivité concernait surtout les meurtres ou exploits visuels ont dénaturé l’esprit d’un film initial lui-même devenu particulièrement suranné et rétrospectivement révélé dans toute sa redondance, ses lacunes et sa platitude.

La mise à mort définitive de Freddy est ainsi décrétée. Prend place alors le rendez-vous raté avec un final qui serait une fête, révélant les coulisses, invitant à « vivre » le mythe au plus près, pénétrer dans l’intimité de Freddy en levant le voile sur l’essentiel des mystères planant sur une mythologie paresseuse. Donner un passé au croquemitaine était essentiel pour consolider l’initiative et dans les grandes lignes cet Ultime cauchemar réussit à répondre de façon cohérente à la logique de la saga, en faisant vaincre Freddy Krueger par sa propre fille. Loin de toute intensité (quoique l’absurde combat final soit hypnotisant), leurs retrouvailles ficellent adroitement la biographie du monstre ; Les Griffes originelles campaient un propos sur le passage à l’âge adulte et les peurs de l’enfance, un boogeyman arroseur arrosé constituait la plus facile mais aussi la meilleure sortie possible.

Le cheminement vers l’évidence ne se fait pas sans révélations plombantes. Flash-back à l’appui, le scénario met en scène un Freddy « pré-freaks », côté réalité, mais le portrait de ce père de famille aux tares inavouables annihile tout mystère sans contrebalancer par de quelconques nouvelles pistes. Carrément cartoonesque, Freddy tente de faire peur à nouveau mais ne parvient jamais à saisir le ton juste, le film adoptant des allures d’ennuyeuse série B audiovisuelle vaguement prétentieuse. Comme pris de convulsions, il passe d’une sobriété feinte confinant parfois au ridicule à la blague épaisse, traînant ces deux pôles antinomiques avec un professionnalisme embarrassé.

Même dans le 4 très borderline, il y a toujours une construction spontanée et une cohérence dans les actions. Là, le scénario est honteux : quelques idées sont posées et elles sont finalement survolées ou traitées avec amnésie (les adolescents décimés, les Nightmare On Elm Street partout, puis tout ce repompage du Village des Damnés). Le manque d’intelligence est phénoménal : le 4 est dans la bêtise, mais sa bêtise est celle d’un show ouvertement dans la farce et il enchaîne avec force. Là, si ce n’est un sabotage pénible, c’est une tentative d’arriérés : en d’autres termes, le 4 est conçu pour nous abrutir dans la joie MTVesque quand le 6 semble initié par des monocellulaires sous coke s’adressant à des débiles légers.

Présentant son film en 3-D, Rachel Talalay ne semble à l’aise que lorsqu’elle aborde le terrain des effets spéciaux. Mais la virtualité au cœur du film est loin de le booster, le sens du spectaculaire de l’équipe technique tenant ici du ridicule achevé. Le voyage ouvertement ludique au cœur d’effets kitschs éreinte dans une interminable dernière partie, puis sidère lors de son morceau le plus fameux, celui de l’inénarrable incursion de Krueger dans un jeu vidéo très moche et primitif (sachant qu’il y a deux produits dérivés dans ce domaine, sortis en 1989). Aspirant dans une télévision [rappelant clairement Videodrome, autant dire qu’on frôle le blasphème tant un bon lot d’années-lumières sépare les deux niveaux] un ado qu’il pourchasse avant de le tuer, Freddy se livre à une expérience aguichante seulement sur le papier, devenue culte chez la minorité de fanatiques qui ne fut pas assommé par la médiocrité de cette farce ratée de bout en bout.

Mêlant une froideur toute 90′s à la folie simulée des Kruegers 80′s, L’Ultime Cauchemar propose de tuer Freddy en chaussant ses lunettes, instaure un présupposé BG de service au poste de héros et fait péter le rock consensuel à fond les ballons. Le hic : tout n’est que laideur et lieux communs – sinon, pour l’originalité, la mort très branque de John. La scène d’intro, référence avouée et sans ambiguïté au Magicien d’Oz, pourra amuser les fans de ce classique mais n’en demeure pas moins hideuse. Freddy semble ainsi tirer sa révérence en frisant l’escroquerie, sous des allures pleines d’entrain et de sincérité. Et lorsque défile un best-of de l’épopée Kruegerienne sur fond de merdique tube d’un jour d’Iggy Pop, pas une once de nostalgie, ce n’est autre que le soulagement qui nous envahit.

Note globale 30

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Suggestions… Gacy + Halloween Resurrection + Demon House + Halloween 3 + L’Antre de la Folie 

Note arrondie de 29 à 30 suite à la mise à jour générale des notes.

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freddy 7 sort de la nuit 2

FREDDY SORT DE LA NUIT (FREDDY VII) ***

4sur5  Trois ans après l’affreux Ultime cauchemar marquant la mort de Freddy et un final où il reprenait sa forme humaine, Wes Craven relance pour un dernier opus la saga. Cette reprise en main est une façon de régler son compte à une franchise qui le contrarie, l’ensemble des suites ayant rompu avec ses Griffes de la Nuit pour évoluer vers la performance trash et la gaudriole. Néanmoins Craven lui-même est en pleine décadence pendant cette décennies (années 1990) et ses ‘classiques’ de l’Horreur sont parmi les plus sur-cotés : La dernière maison sur la gauche, La colline a des yeux (balayés par leurs remakes) et même Les griffes de la nuit.

Prenant tout le monde à revers, Freddy sort de la nuit est une réflexion sur le boogeyman, son traitement par Hollywood et par les médias, son interaction avec le public et avec ses auteurs. Heather Langenkamp, héroine des Griffes de la Nuit et présente dans Les griffes du cauchemar (3e opus) interprète son propre rôle, tout comme Robert Englund et Wes Craven. Langenkamp a mis de côté le cinéma et s’occupe de son enfant Dylan. Lorsque New Line (réellement productrice des Freddy) la contacte, elle refuse de reprendre le rôle pour le 7e opus en préparation, sur lequel un scénariste travaille dans le secret depuis deux mois.

Mise en abyme de rigueur et plutôt qu’un véritable film dans le film, c’est un tournage secret dans le film, où les parties impliquées de près ou de loin deviennent les pions de cet obscur projet. L’idée du scénario dirigeant la réalité renvoie à L’antre de la folie, l’un des sommets de John Carpenter qui sortira l’année suivante et l’exploitera avec une plus grande envergure. Craven passe en revue l’impact de Freddy sur le public et la façon dont celui-ci a été transformé par le marché et le collectif. Il est désormais un bouffon de l’horreur et l’ombre pathétique de celui qu’avait élaboré Wes Craven. Néanmoins, lorsque Robert Englund vient satisfaire la ‘freddymania’ sur un plateau, l’aura malsaine du boogeyman se ressent du point de vue de Heather Langekamp.

Le nouveau statut de Freddy reflète par ailleurs la banalisation de l’Horreur dans les esprits, celle-ci étant (au cinéma) devenue un objet de consommation courante parfaitement mobilisateur. Les enfants eux-mêmes connaissent les monstres, en tout cas celui des Griffes de la Nuit ; c’est d’autant plus ironique dans son cas puisqu’il est un pédophile devenu démon suite à sa mise à mort. Craven combine son désir de revanche et son approche conceptuelle en se réappropriant sa créature de façon critique ; il entame sa grâce de freaks, son crédit de star et lui accorde un maquillage plus ostensiblement fait de plastique (qui a énormément heurté ses groupies, peu sensibles au discours du film et à son rythme). Jamais Freddy n’aura cependant été aussi inquiétant et son meurtre à l’hôpital est un véritable moment de terreur et de désarroi pour la victime.

En plus de poursuivre ses propres créateurs, Freddy reprend le pouvoir sur la farce dont il est devenu le héros. Prenant acte de sa mort dans la saga, il vient se réfugier dans la réalité en amadouant les spectateurs comme il amadouait les enfants, pour finalement les faire basculer dans son territoire. La thèse de Craven est multiple et se lit comme un tandem de boucles croisées et achevées. Rétrospectivement, Freddy sort de la nuit apparaît comme la préfiguration de Scream. Avec celui-ci et ses suites, Craven portera à nouveau un regard sur l’horreur et ses clichés, mêlés entre premier et second degré, tout en traitant leur héritage dans la réalité. Cette entreprise ambiguë entre ré-enchantement et auscultation de l’Horreur aboutira à une vague de néo-slashers parodiques, portant un coup fatal à l’Horreur, bien plus que les farces doublement inoffensives que constituaient les Freddy 3 ou 4. Jusqu’au-bout, la démonstration (plusieurs en une, en fait) est parfaite, valorisant son directeur tout en corrompant ses instruments.

Note globale 76

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…

Note arrondie de 75 à 76 suite à la mise à jour générale des notes.

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freddy remake

LES GRIFFES DE LA NUIT (REMAKE) **

2sur5 Toucher à un sanctuaire horrifique condamnait inéluctablement Samuel Bayer (directeur du clip de Smells Like Ten Spirit) au mépris de la classe cinéphage, encline par nature à ce type de railleries la confortant dans ses assurances douillettes. Et quoiqu’effectivement très mal accueilli, ce reboot des Griffes de la Nuit était une proposition intéressante. Le potentiel du film de Wes Craven se dissipait tant sous des graisses kitschs que la simple idée de les voir élaguées par un second tour de piste plus sombre et pas moins calibré promettait, à défaut de justifier cette réputation franchement surfaite, au moins de restaurer l’intelligence diffuse des obsessions distillées par cet opus originel.

Sans pleinement satisfaire ces timides espoirs ni même tout à fait escroquer son lynchage, Les Griffes de la Nuit 2010 est une relecture intéressante du mythe de Freddy. Ce huitième opus [ou neuvième, en comptant l’hors-série Freddy contre Jason, cross-over avec la saga Vendredi 13] est une des productions de Michael Bay et sa série de remakes/reboot. Celle-ci est une synthèse laquée de l’horreur premier degré et principalement pour ados qu’Hollywood a engendré autour de 2006-2013. Un réalisateur novice venu du clip, des jeunes acteurs qui ne se sont pas souillés dans l’horreur parodique, un style très grave tout en restant évasif, des personnages intenses mais superficiels.

Comme la version 2009 de Vendredi 13 supervisée par la même équipe, cette version 2008 de Nightmare on Elm Street fait partie des bons éléments. Contrairement au nouveau Vendredi 13, plus neutre, ici le ton est mature. L’heure est au sérieux extrême, les adolescents sont tous troublés ou résignés. Le réalisme s’en trouve décuplé, l’évocation de la pédophilie est frontale et Freddy concerne le passé des grands ados, pas de leurs parents. Cette solennité et ce pragmatisme relatif inclus tout, y compris le personnage de Freddy dont l’allure est celle d’un authentique grand brûlé et non d’un démon. Il y a peu d’humour de la part de Freddy et lorsqu’il y en a, les punchline sont ‘sombres’, pour rester sobre.

De plus les auteurs ont eu l’excellente idée d’introduire la notion de micro-sommeils et en tirent de quoi doper l’ambiance avec un minimum de justifications. Ce manège glacial fonctionne tant que le spectateur est sensible aux charmes maniéristes sans être saoulé par le conformisme aux codes de l’époque. Le soin technique apporté à la remastérisation de visions dantesques initialement déjà frivoles ravit nos pupilles par à-coups. Quelquefois se ressent cette satisfaction d’apercevoir l’once d’une terreur ou d’un pouvoir de fascination immédiat ; un potentiel immense, avec déjà le contenant, qu’il ne resterait qu’à orienter un peu plus. De ce point de vue ces Griffes 2 sont à la hauteur des Griffes 1, dont les séquences oniriques faisaient un petit effet tant que l’initiative et sa beauté suffisaient à omettre le vide et l’absence de destination.

Malheureusement, il y a Rooney Mara et il est temps de remettre en question l’exploitation de cette actrice ; ici elle ne joue pas mal, elle est là, lâche son texte sans se départir de sa poker face parfois crispée, entre le flegme et le malaise face aux événements. Sa simple présence devient parfois une lourdeur, heureusement dissipée par Kyle Gallner (Quentin) partageant quasiment le rôle-phare avec elle à mesure que le film avance. Celui-ci s’achèvera de façon idiote, mais conforme, posant un petit choc ultime gratuit une fois que tout est réglé : c’est fait comme du bis luxueux de son temps, mais en soi c’était déjà l’issue du film de Craven. Globlament, le premier film solo de Bayer laisse la sensation d’un spectacle un peu vain comme prévu, mais prenant parti et allant au bout, se positionnant bien parmi la masse sans s’en distinguer.

Note globale 53

Page Allocine & IMDB + Zoga sur SC

Suggestions… Carrie la Vengeance    

A Nightmare On Elm Street-remake**

Notoriété>7.000 sur IMDB

Votes public>5.6 sur IMDB (tendance très marquée -30 ans) ; USA : 6.0 (metacritic)

Critiques presse>USA : 3.4 (metacritic) ; UK : 4.0 (screenrush)

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freddy les griffes

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PANIC ROOM ***

18 Fév

4sur5  À sa sortie en 2002, Panic Room est bien vite estampillé  »film à pitsch », son concept reposant sur un phénomène de société notable, le sentiment d’insécurité des riches. Ce huis-clos maniériste, esthétisant et délétère sera mal considéré par la critique. Après s’être offusquée de la farce « fascisante » Fight Club, elle reproche à David Fincher et c’est d’une hypocrisie monumentale, d’être, soit moins ambitieux et audacieux qu’antérieurement, soit un formaliste dont le sens de l’épate n’est qu’un cache-misère.

Elle n’a pas complètement tort a-priori, le vernis de Panic Room est celui d’un divertissement d’ampleur et le film l’un des sommets du genre (de toutes les années 2000, combien de thriller avec tant de génie que celui-là ?). Au-delà, la structure du film est plus classique qu’auparavant (Whitaker notamment semble servir de caution morale dans son rôle de bandit à demi-repenti). La présence de David Koepp au scénario est le gage d’une narration rutilante et sans temps mort, vraisemblablement à défaut d’originalité (effectivement pour Fenêtre secrète ; vraisemblablement pas pour Snake Eyes, parce que le script impeccable devenait un outil propice au penchant pour l’expérimentation formelle de DePalma – l’idéale combinaison). Et puis il y a Jodie Foster et c’est un argument considérable (quoique Flight Plan et Inside Man restent de gentils gros films ennuyeux). Enfin, Kristen Stewart (Bella de la saga Twilight) en garçon manqué, c’est si rétrospectivement surréaliste que le film a valeur de précieux documentaire.

David Fincher a fait un survival urbain, sans antécédent sérieux et frontal dans le cinéma mainstream (hormis peut-être les deux opus de Die Hard réalisés par McTiernan). Panic Room est totalement en phase avec son époque, celle d’une réalité paranoiaque et d’une real Tv concentrationnaire (un jeu où les fauves sûrs d’eux deviennent des pions sacrifiés – l’un des trois bandits mourra au cours du cauchemar). Dans cette perspective, la stylisation extrême sied parfaitement au film : la caméra est si omnipotente que sa présence se rappelle à nous, instaurant une ambiguité plus troublante que les aléas entre gangsters et otages. La grammaire spatiale de Panic Room est inhumaine et, en cela, effectivement avant-gardiste : son architecture étouffante cercle des zombis animés malgré eux et c’est sans doute le vrai sujet du film, réflexion sur l’image digne de l’Hitchcock le plus abusivement conceptuel.

L’intimité dans ces lieux devient grotesque, incongrue (les actes anodins des personnages sont l’objet de l’attention, ce dont eux n’ont aucunement conscience, pas plus que la menace qui pèse sur eux). Sous le béton, on ne vous entendra pas crier : on vous observe simplement frémir. On pourrait voir Panic Room comme un reflet moderniste de Blue Velvet : la différence (outre l’absence de profondeur faisant la puissance du film de Lynch), c’est qu’ici la noirceur d’un monde caché ne s’expose pas au monde sensible par une bascule au-delà des apparences, mais à cause de ces apparences elles-même. Le final rappelle également celui du film de Lynch, en beaucoup plus ouvertement  »factice » : la légèreté retrouvée est un encart désuet dans un monde ultra-surveillé et réglementé.

Avec The Game, Panic Room (ses deux  »thrillers » donc) est le plus mésestimé des Fincher, alors que dans ces exercices de style apparemment plus lisses, le cinéaste se lâche comme jamais, découvrant une élasticité nouvelles aux codes du genre. De là à dire que le cinéaste était un visionnaire, il n’y avait qu’un pas que Zodiac stoppera net. Panic Room est sans doute le point de rupture de l’oeuvre, c’est d’ailleurs le dernier à faire la démonstration de la griffe unique du designer (issu de la publicité lorsqu’il confectionne Alien 3). L’atmosphère et l’habillage excessivement sombres, une constante chez Fincher, disparaîtront eux aussi avec le tournant Zodiac. Avant la décrépitude, la séance du samedi soir coup-de-poing de Fincher se révélait, peut-être un peu malgré elle, première fiction post-11/09.

Note globale 76

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Suggestions…

David Fincher sur Zogarok >> Gone Girl (2014) + The Social Network + Zodiac + Panic Room + Fight Club + The Game + Seven (1995) + Alien 3

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LA TRILOGIE PUSHER ****

15 Oct

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La trilogie Pusher est un climax dans l’oeuvre de Nicolas Winding Refn. Trois films shootant droit dans l’estomac ; Pusher II et surtout III font partie de mes films fétiches et sont, avec Bronson, mes préférés du cinéaste.

 

Cet article rassemble les textes consacrés aux trois opus, publiés il y a plus de quatre ans sur l’ancienne Blogosphère. Je n’en ai changé aucun mot, l’affection que je leur porte est la même.

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PUSHER ****

4sur5 Alors que son cinéma est souvent tenu pour un patchwork de Kubrick et Herzog, voir de Lynch [héritage cache-misère ou téméraires convocations formelles, c’est selon], le premier long de Winding Refn évoque plutôt Scorsese, sans que le danois marche tout à fait dans ses pas. Dans Pusher, l’illusion de toute-puissance de ces marginaux s’effrite dès l’intro : ici, non seulement le gangster idéalisé n’existe pas, mais il n’est même plus fantasmé. Succès en Europe, réellement découvert en France sur le tard avec ses deux suites, c’est un film brut, sec et ultra-réaliste proposant une plongée dans l’univers de la petite criminalité via les tribulations d’un dealer, caméra à l’épaule à l’appui.

La narration s’articule donc autour de Frank, trafiquant d’héroïne à Copenhague dont les dettes vont précipiter la chute, puisqu’après la mise en échec d’un gros coup par une intervention policière et la trahison de son ami et second, son fournisseur lui impose un ultimatum qu’il ne peut surmonter.

Frank est un pauvre type, un  »raté » comme l’est son ami Tonny [Mad Nikkelsen, dans un rôle moins rentré mais exécuté avec une subtilité sans pareille]. Du monde parallèle dans lequel ils se confondent, aucune perspective ne s’offre à eux ; leur langage, trivial, degré zéro, n’est qu’une stigmate comme une autre de la platitude de leurs aspirations. Avec les lieutenants de la mafia locale, il est simulé, faux et codifié, théâtralisé à l’envie par Milo, le leader serbe. Cette grandiloquence roturière et feinte, comme la spontanéité préservée entre les deux acolytes, confine à la stérilité et au vide existentiel. Tous les personnages de Pusher sont happés par un tourbillon absurde, évoluent résignés dans une spirale inepte. S’inscrire dans l’engrenage est devenu pour eux la fin en soi, morose et essentielle. En fait, Pusher est surtout un anti-Scarface ; là-bas l’ascension, faste et décadence, ici l’abîme, irrévocable, et une noirceur gangrenante.

Pusher nous emmène ainsi dans les lieux ou on ne s’arrête jamais, sans céder à une quelconque surenchère, préférant un regard sans filtre ni fioritures donnant à la semaine de descente qu’il filme une allure quasi documentaire. L’immersion est passionnante, la vision qui la cadre simple, juste et directe.

Après avoir été débarqué des Amériques [son Inside Job, commercialement parlant, fait un four], Refn tournera deux suites à son film presque une décennie plus tard. Une fois ce coup-d’essai, coup de maître visionné, on est pressés d’avoir l’occasion de replonger, tant ce premier Pusher, humble mais sûr de lui, fait montre d’une ambition et d’une énergie fulgurantes.

Note globale 82

 

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Suggestions…

Note arrondie de 81 à 82 suite à la mise à jour générale des notes.

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PUSHER II ****

5sur5  Pusher était une claque, ce qu’on appelle un  »film coup-de-poing », Pusher II est un coup de massue. Après celui de Frank, dont il n’est plus question ici, Winding Refn dresse le portrait de son veule et déloyal associé Tonny. Fraîchement sorti de prison, ce dernier tente de regagner la confiance de son père, le  »Duc », roitelet d’un trafic de véhicules et stupéfiants, en ramenant à l’inhospitalier QG une voiture de luxe volée sur coup de tête. Les bonnes intentions n’y font rien, Frank ne se reconnaît plus chez les siens qui lui font payer ses erreurs tactiques.

C’est la tragédie, rudimentaire a-priori, d’un  »kéké » des bas-fonds, abandonné par son entourage et écrasé par son environnement. Il est vide, mais ne peut se résoudre à se fondre dans cet univers qu’il ne comprend que trop et paradoxalement lui apparaît toujours plus lointain. Aspirant dans le fond à s’en désengager, il ne se résout pas à couper le cordon, mais ses contributions ne sont qu’amabilités.

Toujours plus seul au milieu des rats de Copenhague, il est terrassé par les ordures : trop de questions, trop d’humanité débordent encore de chez lui, si bien que même parmi les rebuts, il ne trouve plus sa place. Le mélo sordide sublime la peinture d’un milieu ou la règle est de tout détruire puis reconstruire, inlassablement, avec une assurance fébrile. Pusher II est l’histoire d’un automate déconnecté s’éjectant de la spirale qui l’a engendrée.

pusher_2_im0Au-delà d’un paysage dépravé, c’est un film sur l’héritage fardeau et la filiation maudite. L’indécision de Tonny est le principal stigmate de sa servitude à un jalon fielleux : ce père n’a rien à lui proposer d’autre que le poste de second couteau. Un autre magnifique portrait de patriarche irrigue le film, c’est celui de Milo, ce bonhomme charismatique et odieux, faussement mielleux et sans pitié. Davantage entamé que dans Pusher ou il était déjà présent, c’est un aigle estropié parmi les rats qu’il surplombe. Si le microcosme des malfrats est son terrain de jeu, cette figure excessive est passionnante en ce qu’elle suffoque pour mille. Résolu à des déambulations absurde, Milo est un bourreau asphyxié. C’est à lui que se consacrera le dernier opus du triptyque ; la conclusion s’annonce idéale, pleine et puissante.

Le naturalisme est partagé entre misanthropie et regard attentif vers l’homme, sa bêtise et ses perversions. Mais plus encore que dans le premier opus, Refn creuse un sillon vers la fable, ténébreuse et toxique certes, emprunte d’un espoir aussi, d’un soupçon de vie qui pourrait tromper une condition butée. L’esquisse d’un  »autre chose » est peut-être accessible.

Certains regretteront cette scène probablement dispensable d’un Tonny échoué au bordel, mais c’est que l’approche du film refuse toute mise en images de fantasmes grossiers et chimériques. Son esthétique licencieuse est tout à fait contraire au sensationnalisme. C’est cru, c’est lumineux.

Note globale 98

 

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PUSHER III *****

5sur5 Pusher 2 était motivé par les nécessités financières de Winding Refn après son échec américain [Fear X] ; sur le papier il s’agissait donc d’une contrainte. Que le cinéaste la surmonte et nous avec relevait théoriquement de l’improbable. A l’arrivée, il nous livrait un  »film de gangsters » si réceptif à l’humanité qu’on en sortait certains d’avoir déniché un concurrent à Casino. Le succès appelant le succès, le dernier opus de la trilogie jouit d’une facture technique nettement plus élaborée, sans rien perdre pourtant de la puissance de sa démarche  »brut de décoffrage ». C’est que le personnage central, cette fois, est suivi sur un temps nettement plus restreint : celui du dernier jour et surtout de la dernière nuit du reste de sa vie.

La presse, ayant traité la trilogie d’une façon globale lors de sa sortie unique en 2006, en France comme aux USA, pointe assez souvent un troisième opus un ton en-dessous [surtout après le second généralement désigné comme le meilleur], estimant que ses excès justifient une telle annotation. Au contraire, c’est ce jusqu’au-boutisme, ce basculement irrévocable vers la dévastation qui contribuent au vertige obscène qu’engendre le film. Après le retour désenchanté de Tony, Winding Refn nous convie dans un voyage au bout de l’enfer, l’enfer nu de Milo, l’abject parrain qu’on se faisait une joie coupable de croiser.

Il faut dire que l’ogre pétrifié qui se mouvait sous nos yeux avait tout pour une conclusion assez parfaite, car portant en lui tous les stigmates, entretenant les maux et distribuant les épreuves. Milo est l’essence et la victime aliénée d’un milieu qu’il incarne comme personne. Dans Pusher III, c’est devenu un débris au cheminement intérieur contradictoire, avec cette nuance près avec Tony du précédent opus que celui-ci n’a jamais été estimé dans un environnement qu’il ne contrôlait pas, quand Milo est un maître en déclin sur ses terres. Son aura est largement discréditée par une nouvelle génération plus au courant des données du marché, le mettant en échec jusqu’à le réduire à l’état d’ouvrier. Cependant, le donneur de leçons, s’il a des manques, ne peut le parodier décemment.

Le film est assez démonstratif, par à-coups dans ses dialogues, pour signifier que Milo n’est plus en symbiose avec son époque. En fait, Pusher III s’approprie un humour noir acide réajusté par de féroces teintes jaunes. Film des excès, oui. Le style, l’esthétique du film sont davantage exorbités, la bande-son est plus appuyée qu’auparavant. Mais rien n’est gratuit ni pléthorique ; le portrait n’est ni plus ni moins affecté que son sujet. Il est sec, résolu, assume le temps et les illusions qui ont défilées. Il assume, aussi, la profanation du désespoir.

C’est un tourbillon auquel s’abandonne Milo, celui d’une déchéance baroque dans un destin sale, toute faite de soubresauts et d’allez-retours vers les extrêmes. Quand tout s’effondre, tout brûler. C’est la seule façon de se reconnaître encore, de conserver sa conscience. En route pour la somptuosité triviale des abymes élégiaques, Milo est sur le chemin de l’absolu, le seul. Celui où on ne dort plus jamais.

Note globale 100

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SAGA TRANSFORMERS **

17 Juil

Au moment où sort Transformers 4, revenons sur les trois premiers opus, au lieu de nous précipiter sur ce quatrième pour en dire du mal comme si nous étions pris par surprise. 

Nouveauté : le tag « Chroniques pré-Zogarok » a été introduit hier. Il regroupe les chroniques rédigées entre 2008 et 2011, avant le Lancement du Blog et sa préparation (dernier trimestre de 2011).

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transformers3

TRANSFORMERS 3 **

2sur5  Le premier Transformers était un divertissement sympathique, bourrin mais décent, jouant bien de ses atouts et sa puissance de frappe de blockbuster. C’était humble, généreux et on s’en serait très bien tenu à ça, ou peut-être à une suite venant compléter. Mais Transformers est une saga, pas si odieusement nulle que le prétendent beaucoup de cinéphiles, mais incapable de tenir sur la durée. Ce troisième opus vient confirmer, marquant la tranquille érosion de la marque.

 

Le gros problème de Transformers 3, c’est une maturité qui passe mal. Exit Megan Fox et place à Rosie Huntington-Whiteley, l’amante blonde parfaite d’un Shia LaBeouf plus rangé et discipliné. Les robots sont toujours là, les farceurs et les méchants, mais manquent cruellement de charisme en tant que personnage. Le spectacle est lisse et ne conduit à rien dans la première partie, ne surprend jamais dans la seconde qui amène la marchandise promise. Pourquoi alors nous balader ainsi, pourquoi faire semblant ? C’est vrai, Transformers 3 évite le rare degré de connerie des réalisations antérieures de Bay, comme Rock ou Pearl Harbor. Mais il ne se suit que d’un œil distrait et son sens de la mesure est malvenu. Le second opus, plus chaotique, était aussi plus vivant.

Note globale 43

 

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Suggestions…  Battleship + Jumper

 

TRANSFORMERS 2 **

2sur5 Transformers la revanche a divisé, séparant deux groupes d’hominidés bien distincts, paraît-il : l’amateur de cinéma de bourrin ; et puis l’autre. La perspective est assez restreinte, pourtant, difficile de nier que, sans s’appliquer parfaitement, elle constitue un point de vue raisonnable et modéré sur cette sequel lucrative.

 

La saga Transformers, ce gigantesque espace où tout est disponible, tout ne demande qu’à être dégommé dans un coup de burin, est un authentique terrain expérimental pour Bay. Il y va à fond, case tout et n’importe quoi ; à la galerie de robots s’ajoutent de petits Gremlins métalliques, bavards et maladroits (les compagnons de route), ou des Godzilla en acier au ton très solennel (les méchants qui comptent bien raser la Terre et font péter le seuil d’alarme avec plus de vigueur encore que lors du 11 septembre) ; l’arrivée à l’université du jeune héros campé par ShiaLaBeouf est l’occasion d’une intégration explosive, entre tentatrices mal intentionnées et camarades paranoïaques et haut-en-couleur. Chevaleresque, il ne recule devant rien, surtout pas la mythologie grand-guignolesque.

 

On ne s’étonnera pas alors de la bêtise abyssale du scénario (les bribes de philosophie de comptoir concernant la nature humaine & cie, de l’Emmerich parodique en quelque sorte), de toute façon l’intérêt n’est pas là, les surprises sont dans les variations de la tambouille destroy. C’est un grand feu d’artifices, insatiable et chaleureux, à l’humour volontiers demeuré (l’ensemble des gags autour de la mère du héros sont de piètre niveau – sauf peut-être lorsqu’elle est stone), la répartie imbécile et au clinquant beauf.

 

Transformers la revanche est moins  »étoffé » que son prédécesseur et modèle ; les arguments d’autorité, comme Megan Fox, ne sont plus que des faire-valoir (concernant l’actrice, elle se trouve réduite au plus strict statut de girl next door flambeuse de service). On peut reprocher beaucoup au film, en particulier le simplisme totalement assumé de son intrigue (d’autres alimentent les théories du complot, Bay refait l’Histoire : les pyramides ? C’était les extraterrestres, voilà tout, passons maintenant !). Toutefois il faut reconnaître combien Transformers 2 se donne sans restrictions ; Bay ne nous laisse aucun répit, c’est ludique jusqu’à plus-soif (d’ailleurs, comme dans le premier opus, on pourra être las avant le clap de fin). Le parfait spectacle de comateux. A consommer donc, avec modération.

Note globale 48

 

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Suggestions…  Les Chroniques de Riddick + Judge Dredd + Iron Man

 

 

 

TRANSFORMERS **

3sur5 Les Transformers, les jouets, de petits robots se transformant en véhicules, avaient déjà motivé une première adaptation ciné sous la forme d’un anime américano-nippon, co-détenteurs de la marque. Cette fois, les USA sont seuls en scène et c’est au lieutenant-chef en bourrinade Michael Bay [Armageddon, la réussite The Island] qu’est confiée la mission. Vraisemblablement, une bonne stratégie.

 

Transformers, l’énorme Transformers, aura tôt fait d’être qualifié de propagande crypto-impérialiste, d’objet d’abrutissement des masses par les langues de putes avisées. Les voilà plus bornées que jamais puisqu’elles s’en prennent à un film d’action agissant sur son terrain avec une humilité totale. Ce n’est pas un paradoxe ; le programme consiste à éblouir le spectateur par des performances techniques sidérantes,tout en assumant la légèreté narrative de l’ensemble avec une complaisance, pour une fois, totalement avouée.

 

À partir d’un pitsch outrancièrement nanardeux, le film multiplie alors les divagations esbroufeuses, se montre fidèle à ses engagements, prend son sujet à la dérision tout en maintenant à distance le moindre cynisme commercial ouvert. Dans le genre du gros blockbuster flirtant (basculant totalement ?) avec l’outrance beauf, c’est parmi ce qu’on a vu de mieux (ou à défaut, de moins pire) lors de la précédente décennie.

 

Les réjouissances sont cependant ternies par la longueur abusive du film (2h30), surtout que les trois derniers quart d’heure s’enlisent dans la routine. En propulsant Shia LaBeouf [dont la prestation, comme dans Paranoiak, aura permis de digérer nombre de fautes de goût en cours de route – nouveau Christian Bale (American Psycho) ?] en dernière recrue de l’armée US, Transformers rejoint le giron platement patriote du genre (le lyrisme c’est un trop gros challenge), pas si loin de la misère conceptuelle absolue d’Emmerich (la mise en scène en plus ici), d’ailleurs l’ironie se fait alors moins prononcée.

Note globale 58

 

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Suggestions… Pacific Rim

 

Transformers** (6/10) Acteurs**-* Scénario** Dialogues** Originalité** Ambition*** Audace** Esthétique** Emotion** Musique*

 

Notoriété>200.000 sur IMDB (à titre de comparaison, Avatar=260.000) ; 14.000 sur allocine

Votes public>7.3 sur IMDB (légère tendance féminine, tendance +45–>-18) ; USA : 6.9 (metacritic) ; France : 6.6 (allocine)

Critiques presse>USA : 6.1 (metacritic) ; France : 3.9 (allocine) ; UK : 4.9 (screenrush)

Note globale = 6+ (3/5)

 

Michael Bay… Freddy, les griffes de la nuit/remake + Amityville/remake + Massacre à la tronçonneuse/remake

Robots… Diptyque Appleseed

 

 

 

 


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BOY A *

11 Juin

1sur5 Boy A est un film agaçant, engoncé dans une espèce de timidité exaspérante (comme s’il ne fallait rien casser du sujet et laisser couler seul ce long fleuve tourmenté), rendant tout effort stérile et inerte. Sorti de prison, un jeune homme, Jack, doit (ré)apprendre la vie. Le récit est habile, entretenant un suspense proche du thriller psycho-social à propos du passé indicible du héros, passé qu’il doit se garder de raconter à qui que ce soit et que son éducateur tente de compenser en l’intégrant aujourd’hui à la société. Comme dans un cas sur deux, la résilience, après s’être accomplie dans une allégresse relative, est compromise. Le mal-né est agité en vain, ressemble à un petit animal déphasé, tout autiste face au monde.

 

Question : pourquoi toujours des êtres exclusivement cassés, sans aucune ressource intérieure au-delà des instincts au sens le plus laborieux (et totalement dépourvus voir démunis à l’extérieur) ? Comme si seuls des individus un peu benêts pouvaient être extirpés du malheur, comme si leur désespoir n’avait pu que les réduire et sûrement pas, dans une certaine mesure, les rendre forts, avertis, audacieux (ou même calculateurs) devant l’adversité. Parfois l’autiste se libère, mais ne sait pas s’y prendre ; il fait plus pitié que passionné, c’est plus conforme et rassurant pour le spectateur (voir comment est liquidée la scène de danse).

 

Plébiscite populaire, comme toutes les histoires balisées et consensuelles de résilience/rédemption, Boy A se construit sur un demi-siècle de clichés  »nobles » d’une espèce de cinéma prétendument  »humanitaire ». La genèse du personnage réunit un torrent de vieilles images d’Épinal de ce cinéma-là : enfance ratée, misère sociale, victime de la cour de récré, ignoré par ses parents (vulgaires cas sociaux souffreteux : le père n’a même pas de visage, c’est dire l’humanité du bonhomme), ami exclusif/ange gardien avec qui on apprend les 400 coups…

 

L’oeuvre est démonstrative, cherchant à se dédouaner d’un sensationnalisme glauque qu’elle ne cesse pourtant de cultiver à mots couverts, comme pour se justifier afin de mieux se permettre toutes les fuites faciles (la surprise -bonne ou pas- vient d’un scénario assez improbable, fil conducteur sur lequel il s’agit de tenir bon). Pourtant, l’émotion est palpable quand la dignité tend à s’insinuer. Finalement, le cas se montre plus grave que dommageable lorsqu’on nous réclame d’accorder le pardon à un individu qui n’a pour circonstance atténuante que sa faiblesse de caractère. Faiblesse hautement condamnable et répréhensible. Éternellement passif, le cas est bien plus abject que celui du jeune ado de La Dernière Maison sur la Gauche, personnage qui lui savait, même s’il était trop tard, se soulever contre les autorités abusives. Jack/Boy A, lui, suit le chemin que les autres tracent. Il est tout à fait méprisable. Et si c’était un homme, ce serait une ordure.

Note globale 17

 

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