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LE PROFIL POLITIQUE DES POLÉMISTES

15 Nov

Nouvelle rubrique dans la lignée des « Typologie » des Polémistes (médias – ou plus confidentiels). Un article a déjà été publié à ce sujet. Cette fois, il s’agit non plus de la personnalité mais du profil politique de ces personnages publics, penseurs et polémistes. Démarrage avec un petit échantillon, emprunté à la droite la plus pure. Le Politest illustre le profil des concernés.

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L’économique et le social  
Les manières de vivre  
L’identité et la responsabilité  

ERIC ZEMMOUR

Ce profil peut étonner. On peut instinctivement situer Zemmour à droite toute, bien plus encore qu’il ne l’est ici ; et/ou hésiter à son sujet sur l’axe 1, voir l’y classer sensiblement à gauche.

Il s’illustre notamment dans sa critique de la mondialisation et du néolibéralisme ; mais Zemmour n’est pas économiquement de gauche, c’est un UMPiste carabiné, un conservateur radical. Il est l’équivalent français du Tea Party, dans une version plus ouverte sur le terrain économique et social.

En d’autres termes, Zemmour, s’il dénonce les résignations du PS et des formation de la gauche modérée européenne, n’en demeure pas moins un agent de la droite la plus ordinaire. Il est simplement plus réticent devant la mondialisation que certains de ses camarades, essentiellement pour des questions liées à l’identité nationale ; les revendications, les droits et le bien-être des salariés, sont absents de sa pensée. Zemmour n’est pas Marine Le Pen. C’est un analyste critique, un théoricien monomaniaque qui finalement se range toujours derrière les promoteurs de ce qu’il dénonce, car il rejoint en esprit, dans les adhésions et même dans les concepts, les pessimistes de droite et les réactionnaires associés à la droite sarkozyste, certes en jouant les mijaurées, mais en se délectant de trouver un allié si cru. Ce qu’il reproche à cette dernière, ce n’est pas son abandon de l’État (dont il se sert régulièrement, mais sans être conséquent), c’est son trop grand laxisme devant l’emprise culturelle et les leitmotiv de la gauche.

La préférence de Zemmour quand à ces axes est relativement ambiguë. En volume lors de sa période Ruquier ou même des chroniques RTL, c’est plutôt l’axe des mœurs qui interpelle Zemmour. Dans ses livres ou son tandem avec Domenach, l’axe 3 est clairement le favori, balayant les deux autres.

Et s’il reproche à la gauche d’avoir déserté l’axe 1 pour s’être réfugiée dans le second (la pédagogie et les engagements sont plus faciles sur les mœurs, les points de vue sociétaux), lui-même est obsédé par les notions qui en découlent. Le libéralisme culturel l’inquiète bien plus que la tyrannie de l’économie, voir, par séquences, que la mise sous tutelle de la France par la technocratie européenne. Si les questions d’Identité et d’autorité constituent son  »fond de commerce », c’est sur celles concernant les mœurs, la culture, les modes sociales, qu’il s’enflamme le plus et développe le plus grand nombre de théories, là où ses opinions, radicales au demeurant, sont plus fines et éclairées.

Sur ce dernier axe, Zemmour est naturellement très à droite (c’est ici qu’il est le plus marqué, donc  »repérable ») et il y coche tous les critères : rejet de l’immigration, promotion des valeurs nationales, culte de la responsabilité individuelle, sévérité avec les criminels et la délinquance. Il met souvent l’accent sur l’identité française. Pour autant, toute son emphase sur ces sujets est subordonnée à son abhorration dogmatique du moindre progrès de société, et à son « pessimisme de droite » tellement caractéristique. En effet, sa vision sur ces sujets est beaucoup plus compartimentée et opportuniste (au cas par cas), alors que celle sur les deux premiers axes répond à une dynamique plus floue, passionnelle.

Surtout, Zemmour est d’autant plus  »à droite » ici pour entrer en cohérence avec son droitisme global : d’ailleurs, lorsqu’on lui évoque les bandits d’envergure internationale, il s’offusque de cette confusion entre la « délinquance en col blanc » et celle des petites frappes. Ainsi il montre bien qu’en dépit de la critique théorique de la prédation financière, il refuse d’aller au bout de sa logique et surtout, se range derrière les dominants dans tout rapport de force sérieux, par déférence pour l’ordre établi, allant jusqu’à légitimer les oppresseurs naturels. Son mépris des affaires secondaires, notamment celles suscitant l’attention des écologistes (Maldives) est l’expression la plus nette et triviale de cette philosophie de droite conformiste, à la fois hautaine et cynique.

Zemmour est avant tout un réactionnaire complaisant et un polémiste relativement arriviste à certains égards, toutefois il n’y a pas de dissociation entre ses discours et ses croyances. Il est honnête et pénétrant, jusque dans les œillères qu’il peut emprunter en omettant ou minimisant certains aspects d’une question.

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L’économique et le social  
Les manières de vivre  
L’identité et la responsabilité  

ELISABETH LEVY

C’est la polémiste de l’ultra-droite par excellence. Elle se retrouve naturellement à l’extrême-droite sur tous les domaines.

Acceptation aveugle des règles du jeu, rejet de toutes les entraves à l’efficacité et l’ordonnancement lisse de la société ; le traitement des idées est à la fois impersonnel et brutal. Le style rhétorique correspond tout à fait au fond : intelligence et mise en doute méprisées, au profit d’un attachement indéfectible au « marche ou crève », dans chaque domaine de l’existence.

Elisabeth Lévy est une conformiste agressive, considérant, d’une façon unilatérale et n’entendant pas la moindre contradiction (au contraire de Zemmour), que ce qui nous parvient est légitime. Pour elle, il faut suivre l’ordre établi et la société ne doit jamais se laisser corrompre, ni par les individus naturellement, mais pas plus par les aléas sociaux ou les doutes moraux.

Elisabeth Lévy représente l’aile radicale du néoconservatisme américain, flirtant ouvertement avec un fascisme de droite contemporain. Sa vision de la chose publique relève du tribalisme (c’est d’ailleurs une défenseure cruelle et maladroite du sionisme) et de la réaction politique la plus caricaturale. Elle prêche l’autoritarisme de façon décomplexée, non par idéologie ni par projet ou romantisme euphorique, simplement car le monde est dangereux et les décideurs toujours trop laxistes.

Cette vision s’applique donc dans les trois critères :

  • l’économie doit être confiée aux corporations agissantes, l’État ne doit jamais parasiter cette bonne marche, l’aide aux populations est infamante

  • le moindre écart de comportement est tenu pour un attentat aux mœurs ; vision morale sans morale, simplement alignée sur la tradition ; conservatisme doctrinaire, dénigrant tout mode de vie s’écartant des schémas élémentaires. L’aspect phobique délirant est plus marqué ici que nulle part ailleurs.

  • le rejet de la diversité et du multiculturalisme est une évidence pour cette prêcheuse identitaire et fanatique du binaire. En vérité, les aspects identitaires et culturels n’ont aucune espèce d’importance pour Elizabeth Lévy ; sinon en tant que codes directeurs affublés de leurs outils de répression. Par ailleurs, la punition est la seule réponse à apporter pour les fauteurs de trouble. Le hic, c’est que tout ce qui n’est pas cynisme flagrant est trouble. La position sur cet axe est surtout caractérisée par l’attribution de ses aspects négatifs : les institutions sont envisagées seulement pour leur capacité à affirmer la force, la justice est inquisitrice et formelle, indifférente. La violence du monde est le principe ultime et prévaut dans tous les cas ; lorsque la société s’en écarte, elle se leurre et engendre de la confusion, des lenteurs et de l’inefficacité. Les enjeux de préservation, les symboles et la civilisation eux-mêmes n’ont finalement aucune validité, s’ils ne sont pas fonctionnels. Alain Soral, au même degré sur cette échelle, apparaît porté par des valeurs, une conception du monde élargie ; Elizabeth Lévy n’y est que par déférence au maintien de l’ordre et rejet de la plus petite once de relativisme (tant de l’autorité, de son exercice, que du statut quo).

Naturellement, les postures de Elizabeth lévy s’accompagnent d’un éloge récurent de la  »provoc », mais n’est tenue pour provocation que les discours allant, sans prendre de gants, à l’encontre de toute dimension humaine, de l’ensemble des normes culturelles de gauche, mais aussi à l’encontre de toute démarche intellectuelle. L’idéal de productivité s’étend également aux arts, à la recherche, aux sciences : ce qui n’est pas concret, univoque et manipulable est aberrant.

Invocations populistes, parle au nom d’une majorité qui aurait « les boules ». Sur la forme, c’est une sorte de Ayn Rand coercitive qui se verrait dotée d’une gouaille de poissonnière sous coke. Cette attitude peut contrarier jusqu’à ceux qui se trouveraient dans ses rangs idéologiques. Au moins, cette témérité permet la clarté : impossible de reprocher à Lévy de masquer son jeu. Cette transparence ne la rend pas aimable, mais honnête, ce qui en fait l’une des personnalités les plus intéressantes dans son domaine. 

 

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POLÉMISTES MEDIAS : LEUR TYPOLOGIE

13 Nov

Passage en revue des polémistes, animateurs, chroniqueurs et éditorialistes les plus exposés ou les plus remarquables.

L’approche est guidée sous le sceau du MBTI ; l’enneatype est indiqué en complément. 

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AUDREY PULVAR = ENFJ (3w4)

Absolue fausse polémiste, toute entière construite sur des valeurs ajoutées. La dépendance aux standards et même à l’inconscient collectif est édifiante : Pulvar chausse les grosses lunettes pour jouer les chroniqueuses, puis la coiffure afro pour aborder la direction des Inrocks, magazine de la gauche bobo, « branchée » (terme ringard à tout jamais) et culturelle s’il en est. C’est une moraliste conformiste (EFJ oblige), pas une chercheuse téméraire (trait plutôt propre aux NTP ou aux IN), comme son agressivité et sa partialité cherchent à le leurrer.

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Ou quand BHL dénigre soudain les moeurs américaines (presse à sensation)…

BERNARD HENRI-LEVY = ENTP (3w4)

Un exemplaire de la pire espèce. L’ENTP est généralement relié à la figure du narcissique compensatoire (l’ESTP-ENTJ dans une moindre mesure). BHL n’agit que selon l’impact extérieur (Ne-Fe), la quête de reconnaissance de sa communauté (Fe) mais d’abord la concrétisation de l’image qu’il se fait de lui-même (provenue de son Ne et de la projection de Si) – il met en scène une aura qui, à force de suggestions, doit être implantée dans les esprits (diagonale Ne-Si).

Obnubilé de lui-même à un point de transparence nauséeux, ses bribes philosophiques ne sont que des supports et des prétextes à la mise en avant de sa personnalité factice. BHL est tout entier façonné selon une image choisie, celle de l’intellectuel cosmopolite, raffiné et suffisant. Il travaille chaque trait et chaque saillie en ce sens.

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ERIC ZEMMOUR = INTJ (5w6 ou 1w9)

Eric Zemmour est un INT caractéristique, mais dans une version à la fois outrée (d’intello mesquin) et plus littéraire. L’INTP  semble probable, surtout que Zemmour est doté d’une relative extraversion et accorde le plus grand des sérieux aux idées ; cependant, au scepticisme, Zemmour préfère toujours le dogmatisme et son mépris obstiné des sentiments et valeurs collectives, tournant parfois au grotesque, le rattache directement à l’INTJ.

Par ailleurs, Zemmour est réputé pour ses démonstrations de Te légendaires, avec un Ni forcément plus avisé (qu’un Si ou un Ti se gonflant d’extraversion) à l’appui. Des références personnelles issues de son Fi sont souvent manifestes, mais elles s’expriment davantage dans des contextes privés ou apaisés (interview face-à-face, débat horizontal). Le journaliste semble cependant assez tolérant envers lui-même ; il y a chez Zemmour une ambivalence avec la fonction Se. Si, arrivé à mi-vie, il semble composer sereinement avec cette fonction inférieure et que des manifestations hédonistes le suggère, notamment dans ses prestations radios, son laisser-aller physique, son allure négligée dans le même contexte rappellent l’endroit de sa déficience. Le côté « camarade » qu’il cherche à cultiver (Zemmour se fiche moins de son impact qu’il ne veut le prétendre) fait douter : INTJ cool ou INTP mature ? Sauf que c’est bien le Se qui s’affirme en fonction de perception extérieure dominante, alors que toutes les fièvres Ne sont systématiquement anéanties. L’hypothèse, parfois soutenue, d’un Zemmour NTP, s’effondre définitivement.

Zemmour soutient des idées qu’il juge déterminantes ; pour autant il ne brasse pas mille vérités à la façon des NTP, mais est plutôt dans la projection de ses propres visions, comme un NTJ. Il se fiche de déchiffrer les idéaux des autres (et encore plus de les corriger – trait de NFJ) ; il remet les choses à leur place, balaie ce qui lui paraît saugrenu (une mesure de réflexion économique), estime tenir sinon LA Vérité, celle qui demeure la plus valide, mettant au défi qu’on lui amène plus probant (et à cela il peut se montrer ouvert – mais trouve rarement quelqu’un à sa mesure).

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EMMANUEL TODD = INFJ (5w6)

Sociologue et chercheur, Todd semble concilier harmonieusement ses fonctions dominantes (Ni et Fe), tout y associant une dimension scientiste, objectiviste (Ti). L’emphase avec laquelle Todd use de cette fonction tertiaire est patent ; l’effet est pédagogue, mais quelquefois surfait, maladroit. On note aussi un INFJ aimant découvrir son Se, le booster et l’exhiber en public – peur de passer pour un intello rigide ou déconnecté -, parfois en mettant en scène sa spontanéité (arrivée en retard chez Taddéi), qualificatif inenvisageable pour le personnage il y a quinze ans. Enthousiaste à propos de ses idées, observateur « engagé », affichant son indifférence aux honneurs pour mieux se grandir et jouir de ses laconismes décisifs, Todd correspond bien au stéréotype de l’INFJ masculin ressemblant étrangement à l’INTP (mais pour des raisons intellectuelles et non par débordement ou jeu), tout en cherchant à montrer le dynamisme, le sens de la communauté voir le leadership des ENFJ.

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TARIQ RAMADAN = ENFJ (1w2)

Une fougue populiste canalisée par la raison, des principes identitaires et la défense de valeurs précises, qu’il incarne au point d’être définissable seulement en elles. Idéaliste lucide, meneur et décisif, mais aussi doux et charismatique, Tariq Ramadan illustre à merveille la combinaison ENFJ-1w2.

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NICOLAS DEMORAND = xNTJ 

Demorand incarne les NTj (ou les ENFJ) dans ce qu’ils ont de plus obscène. D’abord, voilà un homme imbu de sa propre position, affichant son statut culturel et social de façon même plus finaude à force de récurrence. Surtout, le sur-diplômé Nicolas Demorand campe, pas tellement le génie abrasif, mais plutôt le juge dédaigneux. Nicolas Demorand estime être une lumière et ne s’en cache pas, en même temps, il substitue presque immanquablement à la raison des adhésions ou des postures privilégiant l’analyse lapidaire et le recours consensuel (sur Marine Le Pen, sur la liberté de la presse). Son côté « cerbère » est censé lui accorder une indépendance d’esprit, or cette indépendance s’arrête là ou commence les intérêts. De plus, les interventions de Demorand sont davantage motivées par la mise en scène d’attitudes colériques donc fermes, suggérant un caractère décidé et incorruptible. Mais, sauf lors du travail de sape de l’argumentaire adverse, elles se trouvent accompagnées de sophismes aberrants présentés sous forme de raisonnements complexes (autant par l’assurance déraisonnable qu’une nonchalance forcenée à l’égard de toute idée soumise ou opposée), alors que le personnage use de techniques de rhétorique largement identifiables. Demorand ou comment maquiller la mauvaise foi par le rationalisme extrême, avant de rebondir sur la poussée mélanchoniste.

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NATACHA POLONY = InFJ (6w5)

C’est l’INFJ dans une de ses versions les plus tristes et réduites. Voici l’INFJ bourgeoise, bardée d’oeillère, atterrie dans un milieu paisible, propice à la stabilité ; et qui n’a jamais dépassées mille frontières qu’elle se fixe par réflexe (notamment sur le plan mental et idéologique). Excessivement monomaniaque, prévisible, verbeuse en vain. En langage technique, Polony vit sur son Ni qu’elle maîtrise, s’appuie correctement sur son Fe, mais il lui manque une ouverture sur les fonctions permettant la remise en question. Polony évolue en vase-clôt et sera toujours au même point dans dix ans : elle déplacera les virgules, substituera quelques mots, mais les approches et les conclusions seront les mêmes. Elle a aussi le pire côté des IJ (normalement plutôt propre aux ISJ), celui des bons élèves récitant leur leçon sans en percevoir les limites, tellement elles les ont intégrées.

Du Ni fade, berné par une condition et un environnement satisfaisant son Fe au point de leurrer un génie qui n’est pas là. Rien ne peut tirer Polony de sa léthargie intellectuelle et de son conformisme.

Ou alors, une Si-Fe des plus ordinaires, c’est-à-dire une ISFJ, donc une des seules « S » à intervenir régulièrement dans les débats. L’hypothèse est parfaitement tenable, la créativité des N dominantes paraissant tout à fait absent de l’esprit de Polony (à l’écriture laborieuse), au contraire tout entier parcouru de dogmes, de réminiscences scolaires, de points de vue caricaturaux. Cependant, il ne faut pas exclure que Natacha Polony « joue » la réac (de même qu’elle « joue » l’oratrice – et qu’elle n’est pas crédible) ; dans ONPC, elle assure la relève de Zemmour pour l’agent de droite et, depuis le début de sa carrière, elle semble avoir cherché à interpréter la parfaite locataire d’un « créneau ». Sans originalité, mais plutôt avec les idiosyncrasies des autres.

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MICHEL ONFRAY = iNTP (5w6)

Impitoyable et bienveillant, Onfray est assez proche du « sage INTP », dans une version agressive et imperturbable. Un INTP accompli ou un ENTP particulièrement axé sur la vie intellectuelle. Avec sa morale « hédoniste » et « libertaire », entendue sous un sens personnel, Onfray se délecte autant des concepts qu’il cherche à en tirer la matière à générer du bonheur ; toute son oeuvre et ses démarches sont marquées par une expression harmonieuse et systémique des diagonales Ti/Fe et Ne/Si (voilà quelqu’un qui ne refoule pas son ombre, mais l’a adopté et la revendique).

Ne/Si car Onfray est un explorateur, mais qu’il tient à propager le savoir, à l’ancrer dans les consciences et à le rendre accessible au « petit peuple », là ou l’emprise des traditions et « les chaînes » que Onfray entend briser ont le plus d’influence. Par ailleurs, Onfray aime mentionner ses origines et peut transformer des étiquettes réductrices en fragments d’un grand Tout.

Ti/Fe parce qu’au-delà du Savoir, il y a une intention altruiste (« utilitarisme joyeux » et « matérialisme sensuel » ; volonté de faire accéder à la culture et à la grande culture, dénigrement réfléchi du mainstream) – la posture pourrait a-priori sembler adopter une dialectique Ni/Se, mais le mode d’expression d’Onfray le dément formellement.

SHOATISE TA LIFE

15 Fév

Ces derniers jours ont été marqués par une recrudescence de la shoatisation de la vie politique et publique. Plusieurs micro-actualités en attestent :

→ Marine Le Pen aurait un « problème avec la Shoah » selon Dominique Sopo. Ce n’est même pas un procès d’intention puisque le porte-parole n’étaye en rien son information ; tout au plus s’appuie-t-il sur les vieux clichés que son mouvement SOS Racisme, organe indépendant mais indissociable du Parti Socialiste, attribue au Front National depuis des lustres et depuis qu’il a décidé de se reposer sur la diabolisation d’un adversaire politique incompatible avec ses propres aspirations. Voilà donc que la présidente-candidate du FN a un problème avec une Shoah qu’elle ne cite jamais et à laquelle elle ne se réfère ni de près ni de loin.

→ Mr Letchimy (député PS), dont l’essentiel de la population civile ignorait jusqu’à l’existence il y a deux semaines, s’est fait un petit nom en fonçant vers le point Goldwin lors de sa réaction à la dernière saillie du Ministre de l’Intérieur. Monsieur Guéant se réjouit sûrement de cette petite pagaille poussive et grossière qui écarte encore un peu plus le débat des préoccupations des français pour orienter la petite caste politique vers des conflits bourgeois, cosmétiques et anachroniques. Voilà encore une polémique inepte et sans intérêt, crée délibérément par le toutou réactionnaire de Nicolas Sarkozy, parfaitement juste dans son rôle du vieux con intellectualisant sa xénophobie sous-jacente. Mais que les socialistes de salon se rassurent, de tous côtés, Guéant, son simulacre de haine et son authentique méchanceté sont vomis dans un même mouvement fédérateur (peut-être l’un des derniers à franchir quasiment tous les clivages).

→ Après le sulfureux bal autrichien, Jean-Marie Le Pen a commenté la virée par un « c’était Strauss sans Kahn ». Je répète pour les petits uluberlus qui n’auraient pas réalisé l’ampleur et la gravité de ce slogan digne de tous les Goebbels juniors de la Terre : « c’était Strauss sans Kahn ». La référence à Strauss-Kahn et à Richard Strauss est aussitôt considérée comme  »antisémite », parce que Kahn est un nom récurrent dans la culture juive, comme chacun sait à l’exception de ceux qui ne l’avait pas calculé ou s’en foutent pleinement, ce qui est tout à leur honneur. Le président d’honneur frontiste signifie donc qu’il était dans son élément, entouré de symboles qu’il affectionne (et on peut lui reprocher des goûts douteux – l’univers des souverainistes, patriotes et nationalistes est vaste). C’est-à-dire sans Strauss-Kahn qui aurait été, selon Le Pen père et fille, l’adversaire idéal du camp  »national » représenté par le FN. Il y a pire contre-modèle.

L’objet du délit à la 18e minute

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Toutes ces accusations d’antisémitisme, de nazisme, de négationnisme ou de révisionnisme joyeux font partie d’un certain folklore. Mais pourquoi les obsessionnels de la Shoah sont-ils parvenus à imposer leur rigorisme, nous plongeant ainsi dans une réalité ubuesque ?

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La Gauche, la grande Gôôche n’est plus rien, c’est un tas de vestiges et de vieilles reliques souillées par des héritiers malhonnêtes. Le dogmatisme, le prêchi-prêcha et la récitation des grands classiques est un gage de gauche, pour les individus qui prétendent la composer. Mais ces charlatans ne font que dérober un titre. Afin d’éviter la remise en question, la rénovation des fondamentaux et l’affrontement des réalités du Monde tel qu’il est et non pas tel qu’il est leurré par lâcheté et complaisance, la Gauche se cherche donc des ennemis. A toutes les échelles, c’est excellent pour se positionner et attirer l’attention sur soi ; essayez donc !

Idéologiquement décharnée, rhétoriquement dépouillée (ses références naturelles sont mieux maîtrisées par des souverainistes comme Chevènement voir Dupont-Aignant & ses éléments de langage sortent de la bouche de Marine Le Pen, de Mélenchon ou de Montebourg en minorité dans son parti), la Gauche s’est alors faite « victimaire », récupérant les malheurs et les affres de l’Histoire pour demander réparation et accabler les populations d’une morale castratrice, parfois même punitive. Femmes, noirs, gays, juifs sont rappelés sans cesse à leur souffrance originelle – ils ne l’ont pas tous connus, mais on leur l’attribue néanmoins. Les musulmans sont aussi régulièrement pris sous l’aile de la Gauche, mais leur traitement est paradoxal et hypocrite…

La défense des minorités et de tous les groupes qui ont pu en être est devenue une idéologie en soi… alors qu’en face, plus personne ne cherche à les opprimer depuis longtemps et même que plusieurs d’entre eux sont favorisés par la droite classique (la « discrimination positive »). La Gauche a finit par se heurter aux limites de ses causes plus ou moins imaginaires ; ses sujets de prédilection commencent à s’épuiser, il lui faudra bientôt une relève. La solution est dans la religion.

Alors même qu’ils sont déjà très forts, les communautarismes, parfois couverts mais souvent vivaces, sont accentués par la Gauche, comme rappelés à l’ordre et à la scène publique. De cette manière, les gauches gouvernementales disséminent ce qui, à terme et dans les hypothèses les plus sombres, conduit aux affrontement voir aux guerres civiles et de religion. Intellectuelles et symboliques, ou pas. Cette gauche réformée pourra alors surgir et se poser en rassembleuse, alors qu’elle ne s’attache qu’à quelques cultures ou quelques nouveaux dogmes embrassés pour mieux en mépriser ou bafouer d’autres (notamment celles du  »français souschien », du peuple  »d’en bas » qui est le ciment de la société – « le poisson pourrit par la tête » pendant sa base est rendue exsangue).

Voilà ce qu’est le Gauche d’aujourd’hui ; cette vassale de la droite financière la plus outrancière précipite les français sur un champ de mines. Il ne faut pas omettre les origines culturelles de nombre de cadres ou propagandistes du Parti Socialiste (mais aussi de ses satellites et même de plusieurs membres du Front de Gauche) qui, en bons anciens trotskistes ou maoïstes; détestent les français (et les autochtones des vieilles contrées en général), détestent le peuple dont ils cherchent à se dissocier, sans réaliser qu’ils ne font que poursuivre une revanche contre des vieux démons qui se sont éteints. Ces libéraux-démocrates, libéraux-libertaires ou libéraux-bourgeois sont des nantis ingrats et ils savent que leur puissance dépend de l’explosion d’une société en une multiplicité de petites chapelles incompatibles et aux identités trop fortes pour coexister sans la moindre limite.

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Je sais bien que certains esprits catégoriques et fermés, en voyant Zogarok relever ces éléments (peut-être avec emphase ou excès) qui sont à mon sens les stigmates d’abus de plus en plus normalisés, assimileront aussitôt ce Blog à une sorte de troisième groupe « poubelle », ou ils rangent tout ce qui ressemble, de près ou de loin, à des voix dissonantes, donc réactionnaires (autant dire qu’il y a peu de troupes au sein du 2e groupe – les bayrouistes et les morinistes en somme). Autant dire qu’il s’agit d’une masse immense ou se retrouvent l’ensemble des internautes et de ceux qui ne s’informent plus essentiellement par le biais de la presse écrite, de la radio ou de la télévision (et de tous ceux cherchant à échapper aux grilles de lectures et aux pensées formatées véhiculées par les médias archaïques) ; comme si nous, petits internautes, petits nabots curieux mais impuissants, devenions de fait les agents d’une sorte de caste, d’anti-élite subversive, à la botte des nouveaux populistes (eux-mêmes, comme chacun sait, à la botte d’Al-Qaida). Car il faut comprendre ce qui se joue lorsqu’on présente Internet comme le nid de toutes les dérives ; c’est qu’on cherche à assimiler la liberté à un danger et ce phénomène est récurrent et le sera toujours.

Je devance donc et matérialise par la même occasion cette pensée qu’ont eu instinctivement une large fraction des visiteurs politisés tombant par hasard sur ce Blog. Ce petit billet d’humeur n’a pas pour intention de relayer de quelconques éléments de la rhétorique anti-immigrationniste de nos chers reacs soft et mainstream, ni les thèses antisionistes de quelques-uns des derniers agitateurs français et occidentaux ; c’est la simple expression d’une lassitude et d’un écoeurement devant ce débat politique étouffé par des affaires qui n’intéressent quasiment personne et pourri par des arrivistes bornés à défendre des étiquettes. Il est aujourd’hui manifeste que l’appropriation d’un cliché culturel, sociologique, généralement pour s’en faire le porte-parole revanchard, est le motif principal de plusieurs carrières. Certaines personnalités publiques ont même la mainmise sur ces thèmes ; ils se sont auto-proclamés chef de file des gays, des musulmans, des femmes (vaste cause), des autorités institutionnelles les ont consacrés et aujourd’hui, ils ridiculisent ceux qu’ils prétendent défendre en s’affichant comme le parangon de ce qu’ils peuvent avoir de plus irritable (Clémentine Autain pour la féministe véhémente, Hourja Bouteldja).

Ces baudruches médiatiques, sortes de slogans ambulants que les formations politiques ou les associations aiment mettre en avant pour illustrer leurs valeurs de façon bien péremptoire, agissent comme si leur religion, leur couleur de peau, leur sexe ou ce qu’ils en faisait pouvait leur conférer une quelconque puissance, une identité ; a-t-on alors à faire à des humanistes, ou à des néo-obscurantistes, clinquants et chic ? Ces néo-obscurantistes réduisent l’Humanité à des fractions sociologiques et/ou sociétales structurées par de simples attachements, alors que les sujets concernés ne cherchent pas forcément à rendre ostentatoire leurs appartenances (une adhésion, de principe, de tradition ou même active, peut n’être qu’un aspect mineur d’une identité). Ces élites morales (intellectuelles diront les farceurs mesquins) qui encourage l’exaltation de menues différences n’aboutissent-elles pas à faire de nous des caricatures, pas de nous-mêmes, mais de leurs fantasmes ou de stéréotypes millénaires ? N’est-il pas dangereux de la laisser organiser le monde comme un vaste terrain de clichés ambulants, ou chacun deviendrait imbu de son application vigoureuse et dogmatique de codes poussifs et limitatifs ? Est-ce que la quête d’appartenance, prédisposition naturelle des Hommes, n’est pas pervertie par ces sauvages rigoristes déguisés en despotes éclairés et bienveillants ?