PANIC ROOM ***

18 Fév

4sur5  À sa sortie en 2002, Panic Room est bien vite estampillé  »film à pitsch », son concept reposant sur un phénomène de société notable, le sentiment d’insécurité des riches. Ce huis-clos maniériste, esthétisant et délétère sera mal considéré par la critique. Après s’être offusquée de la farce « fascisante » Fight Club, elle reproche à David Fincher et c’est d’une hypocrisie monumentale, d’être, soit moins ambitieux et audacieux qu’antérieurement, soit un formaliste dont le sens de l’épate n’est qu’un cache-misère.

Elle n’a pas complètement tort a-priori, le vernis de Panic Room est celui d’un divertissement d’ampleur et le film l’un des sommets du genre (de toutes les années 2000, combien de thriller avec tant de génie que celui-là ?). Au-delà, la structure du film est plus classique qu’auparavant (Whitaker notamment semble servir de caution morale dans son rôle de bandit à demi-repenti). La présence de David Koepp au scénario est le gage d’une narration rutilante et sans temps mort, vraisemblablement à défaut d’originalité (effectivement pour Fenêtre secrète ; vraisemblablement pas pour Snake Eyes, parce que le script impeccable devenait un outil propice au penchant pour l’expérimentation formelle de DePalma – l’idéale combinaison). Et puis il y a Jodie Foster et c’est un argument considérable (quoique Flight Plan et Inside Man restent de gentils gros films ennuyeux). Enfin, Kristen Stewart (Bella de la saga Twilight) en garçon manqué, c’est si rétrospectivement surréaliste que le film a valeur de précieux documentaire.

David Fincher a fait un survival urbain, sans antécédent sérieux et frontal dans le cinéma mainstream (hormis peut-être les deux opus de Die Hard réalisés par McTiernan). Panic Room est totalement en phase avec son époque, celle d’une réalité paranoiaque et d’une real Tv concentrationnaire (un jeu où les fauves sûrs d’eux deviennent des pions sacrifiés – l’un des trois bandits mourra au cours du cauchemar). Dans cette perspective, la stylisation extrême sied parfaitement au film : la caméra est si omnipotente que sa présence se rappelle à nous, instaurant une ambiguité plus troublante que les aléas entre gangsters et otages. La grammaire spatiale de Panic Room est inhumaine et, en cela, effectivement avant-gardiste : son architecture étouffante cercle des zombis animés malgré eux et c’est sans doute le vrai sujet du film, réflexion sur l’image digne de l’Hitchcock le plus abusivement conceptuel.

L’intimité dans ces lieux devient grotesque, incongrue (les actes anodins des personnages sont l’objet de l’attention, ce dont eux n’ont aucunement conscience, pas plus que la menace qui pèse sur eux). Sous le béton, on ne vous entendra pas crier : on vous observe simplement frémir. On pourrait voir Panic Room comme un reflet moderniste de Blue Velvet : la différence (outre l’absence de profondeur faisant la puissance du film de Lynch), c’est qu’ici la noirceur d’un monde caché ne s’expose pas au monde sensible par une bascule au-delà des apparences, mais à cause de ces apparences elles-même. Le final rappelle également celui du film de Lynch, en beaucoup plus ouvertement  »factice » : la légèreté retrouvée est un encart désuet dans un monde ultra-surveillé et réglementé.

Avec The Game, Panic Room (ses deux  »thrillers » donc) est le plus mésestimé des Fincher, alors que dans ces exercices de style apparemment plus lisses, le cinéaste se lâche comme jamais, découvrant une élasticité nouvelles aux codes du genre. De là à dire que le cinéaste était un visionnaire, il n’y avait qu’un pas que Zodiac stoppera net. Panic Room est sans doute le point de rupture de l’oeuvre, c’est d’ailleurs le dernier à faire la démonstration de la griffe unique du designer (issu de la publicité lorsqu’il confectionne Alien 3). L’atmosphère et l’habillage excessivement sombres, une constante chez Fincher, disparaîtront eux aussi avec le tournant Zodiac. Avant la décrépitude, la séance du samedi soir coup-de-poing de Fincher se révélait, peut-être un peu malgré elle, première fiction post-11/09.

Note globale 76

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…

David Fincher sur Zogarok >> Gone Girl (2014) + The Social Network + Zodiac + Panic Room + Fight Club + The Game + Seven (1995) + Alien 3

 Voir l’index cinéma de Zogarok

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Une Réponse to “PANIC ROOM ***”

  1. Moonrise février 22, 2015 à 01:00 #

    J’avais détesté ce film à l’époque, mais finalement c’était pour de « mauvaises » raisons. Il est possible qu’il y ait une complexité qui m’ait échappée. En tout cas, je l’avais trouvé trop stressant. Trop artificiellement stressant et désagréable.
    A revoir, probablement, avec un oeil plus mature.

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