SEANCES EXPRESS n°32

30 Déc

> Jin-Roh, la Brigade des Loups*** (71) anime Japonais

> The Burrowers** (61) western USA

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JIN-ROH, LA BRIGADE DES LOUPS ***

3sur5  À la manière de L’Étrange Noël de Mr Jack ou plus ostensiblement encore de Poltergeist, Jin-roh est d’abord un mystère en ce qu’on ignore s’il appartient d’abord à son réalisateur ou s’il ne nous en reste que la vision de son illustre superviseur. Le scénario tortueux d’Oshii est cependant si alambiqué qu’il gênera les nouveaux venus à son univers, fascinant et relativement accessible, mais dont les enjeux sont ici trop brumeux. En effet, l’histoire n’existe  »concrètement » que par les dialogues, au ton souvent politiques ; la mise en scène, elle, repose sur une animation fluide, traversée d’éclairs de génie méditatif et bardée d’abondantes symboliques.

Jin-roh est une uchronie, c’est-à-dire un film refaisant l’Histoire : une sorte de film d’anticipation-rétrospective, en somme. C’est surtout le mythe du Petit Chaperon Rouge [la référence est appuyée] s’invitant dans un Japon d’après-guerre en proie à la crise sociale, entre chaos urbain et spectre totalitaire. Parabole de l’asservissement de l’Homme par ses tentations fascistes, le film évoque la redécouverte de ses émotions d’un membre d’une unité armée, suite à une besogne qu’il n’a pas accomplie. Le conte invoque ainsi les sentiments du loup, son humanité refoulée, au milieu d’un univers austère contrôlé par ses camarades Panzers, les machines à tuer.

Ce décalage, comme celui du traitement très réaliste de faits pourtant fictifs [et de surcroît dans un film d’animation], nourrit toute la poésie de cet anime particulièrement adulte et cérébral à l’excès. Le trait est néanmoins pessimiste, jusque dans l’évocation du combat pour la liberté : la reconnaissance de son être au-delà d’un statut civique assujettissant est une problématique résolue avec un désenchantement certain.

Le film est à peine plus limpide dans sa forme que dans son fond ; cohérent, il l’est pourtant, mais toujours nappé d’une part sinon de mystère, au moins d’ambiguïté. La représentation du Japon des 50’s est à cette image ; à la fois inscrite dans la veine esthétique d’Oshii [d’abord imaginé comme support d’une série, le concept est tiré d’un vieil avatar de son imagerie, les soldats Kerberos] et dernière référence de l’anime traditionnel confectionné à partir de cellulos, tout en possédant une identité visuelle l’isolant tout à fait. L’aspect technique et visuel a toutes les chances de faire basculer les indécis dans le camp des conquis : plutôt qu’animateurs perfectionnistes, ce sont des orfèvres qui se sont attelés sur ce Jin-roh. Ce graphisme expressif et cabalistique ouvre à la richesse du film, maintenant de cette façon l’hermétisme ambiant à une distance honorable. Sitôt que notre vague sentiment de perplexité est évacué par la délicatesse, le soin et l’intégrité de l’ensemble, ne compte plus que le magnétisme global.

Note globale 71

Interface Cinemagora

Voir le film sur Dailymotion (VOSTF)

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THE BURROWERS **

3sur5  Juste sur le plan formel, The Burrowers a tous les atouts, et même plus qu’on en demande, pour être promu en salles. Surtout que seule sa méprisable exploitation commerciale rappelle ce film plein de charme à son statut de série B. Photo impeccable, jolis effets de style, privilège à l’atmosphère : c’est au moins l’œuvre d’un habile technicien et metteur en scène assumant parfaitement le manque de moyens à peine latent.

Mais si le film a pu inquiéter les annonceurs, c’est qu’il fonctionne sur la fusion improbable de deux genres que peu ont songés à concilier jusqu’ici : le western et l’horrifique. En téléportant ses monstres [même pas cheaps] dans un contexte inhabituel, J.T.Petty risque de faire parler de lui chez les amateurs d’ingrédients Z, à coup sûr comblés de les voir enfin s’offrir un digne traitement de catégorie A.

Sauf que c’est justement lorsque les  »enfouisseurs » du titre apparaissent que le film s’essouffle, sa dernière partie sacrifiant la mince parcelle de mystère mais du même coup la réelle tension qui imbibait le métrage. Qu’importe, puisque ces créatures issues de la mythologie des autochtones américains n’auront jamais été la fin en soi de ce film à la trame relativement simple, assez économe en terme d’esbroufes, mais férocement ambitieuse. Les personnages sont très finement écrits, suscitant chacun l’empathie, même ceux qu’il était si facile de parodier ou livrer en pâture [Henry Victor, personnage censément veule, répugnant et détestable] : preuve, s’il en faut, qu’on est à mille-lieux du tout-venant de la production fantastico-horrifique US. En filigrane, mais sans chercher à discourir, un plan d’ensemble sur la haine  »valide » d’une époque et l’asservissement des Indiens. Une réussite globale et, à quelques infimes lourdeurs près, un souffle de fraîcheur.

Note globale 61

Page AlloCine & IMDB

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Séances Express : 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 17, 18, 19, 20

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