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LA SAGA VENDREDI 13 *

30 Oct

C’est la saga la plus prolifique de l’Horreur, en tout cas dans le champ « populaire » : derrière Vendredi 13 de 1980 ; neuf suites, puis un cross-over avec une autre saga (Freddy) et le remake. Total de 12 films.

Ici, ces 9 suites sont abordées ; un article spécial pour l’opus originel, pour le remake et le cross-over avec Freddy. Cette dernière saga a son propre article, opus initial et remake compris.

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vendredi 13 chap2

VENDREDI 13 : LE TUEUR DU VENDREDI (Chapitre 2) *

2sur5  Particulièrement médiocre, le Vendredi 13 de Sean Cunningham était surtout extrêmement racoleur. En tenant ses promesses, copiant les références de l’Horreur et reprenant à son compte les codes du slasher consacrés par Halloween, ce film sorti en 1980 a engendré la saga horrifique la plus longue du cinéma populaire. Cette prolifération s’explique simplement : comme pour la télé-réalité, il y a peu de moyens à mobiliser pour fabriquer un Vendredi 13, alors que les recettes sont fortes voir massives. Le premier Vendredi 13 reste l’un des films les plus rentables de tous les temps ; ses suites, sans battre le record car elles jouissent de budgets plus élevés, ont permis des bénéfices parfois spectaculaires.

Réalisé dès l’année suivante (1981), Friday the 13th part 2 marque l’entrée en scène de Jason Verhoees, le tueur de la saga (ces premiers pas sont à attribuer au scénariste Ron Kurz). Il ne dispose pas encore de sa machette ni de son masque de hockey ; Vendredi 13 a cette particularité de n’approprier d’identité à son boogeyman qu’au bout de quatre opus. Jason n’apparaissait que dans un flashback très vague, une espèce de reprise ringarde de Hitchcock. Il y était enfant et se noyait dans le lac de Crystal. Dans ce Chapitre 2, nommé Le tueur du Vendredi au Québec et en France, le spectateur apprend que Jason est toujours vivant : il a passé 24 ans dans la forêt à s’assimiler aux animaux, avec pour seule référence humaine, le souvenir de sa mère. Pour le moment, il s’affuble d’un sac à pain, avec deux ou trois trous pour voir et respirer ; et s’élance fourche à la main.

Cette nouvelle donne est amenée avec une maladresse logique totale, mais efficacité : lors d’une séance ‘fais-moi peur’ avec narrateur au coin du feu, le chef de la colo raconte l’histoire de Jason. Mais d’où vient cette légende, de qui, de quoi ? D’ailleurs les phobies des locaux dans le début du premier opus étaient fondées sur : rien. Mais peu importe, certains connaissent cette légende, en tout cas Paul le responsable de la ré-ouverture du camp, cinq ans après les atroces événements de Vendredi 13, la connaît. Naturellement il n’y souscrit pas et présente la version officielle, celle que tous croient, à tort, comme le spectateur (malin!) le sait déjà. C’est qu’il y a toujours cette inconstance grotesque (le mec disparaissant pendant 20min puis réapparaissant dans la cabane à la fin). Elle s’affirme toutefois dans les marges standards, non au degré hallucinant du premier opus.

Pas de surprises, Le tueur du Vendredi est mal écrit, bancal, grossier dans son approche. Oui mais il est écrit, chargé et généreux. Il y a nettement plus de vitalité dans cet opus que dans la plupart, en particulier l’opus modèle et les deux suivants ; ainsi le film croule sous la ringardise du début des années 1980s, mais ses jeunes le sont, jeunes ! Par rapport aux délires pseudo-sociologiques de Meurtres en 3D et à l’invraisemblance du film de Cunningham, c’est déjà beaucoup. L’ensemble des personnages sont creux voir inexistants, mais fonctionnent sans heurts particuliers ; la dernière survivante est relativement honorable. Ginny (Amy Steel) sorte de ‘psy’ du groupe aspirant à comprendre le cas Jason et ses dilemmes avec maman, est un cadeau dans le contexte.

Très vicieux, ce Chapitre 2 est très au-dessus du lot grâce à son caractère de film d’exploitation assumé et servi par le talent de Steve Miner. Ce réalisateur s’illustrera plus tard par Forever Young avec Mel Gibson et Elijah Wood, puis dans l’horreur avec House (1986) et Halloween 20 ans après, une des meilleures suites d’Halloween et un slasher remarquable. Si le fond ne brille pas, la manière de s’approprier l’espace et de gérer le suspense propres à son style sont ultra bénéfiques dans des films de divertissement. Tout est donc beaucoup plus franc dans cet opus ; d’abord, les meurtres ont un côté pittoresque, à la limite de la farce lors de la dégringolade de l’handicapé. Mais surtout au rayon pseudo-érotique, Le Tueur du Vendredi frappe fort. Quand son prédécesseur se contentait de faire monter la sauce autour d’un navrant strip-poker, lui multiplie les scènes évocatrices et la semi-nudité. Il pose d’ailleurs clairement son ambition lors de la surréaliste petite scène du lance-pierre.

Ce second opus laisse donc quelques scènes passablement inspirées et baigne dans un climat plus sympathique et surtout très frontal. Il pose quelques pistes, enrichit la mythologie du tueur, avec l’antre de Jason et le petit autel. Mais si le degré d’inventivité est élevé pour un Vendredi 13, il n’en demeure pas moins dérisoire à l’aune d’un film moyen, y compris un produit de genre. De plus, le tueur est grotesque et son action peu crédible ; factuellement, il massacre des gens, concrètement, il a des instants de lag. Sur ce point, le chapitre 3 (Meurtres en 3D) sera encore plus radical et tutoiera la bouffonnerie. Enfin au terme de la poursuite finale où Jason se prend coups sur coups, y compris droit dans les burnes, il achève de se déshonorer en affichant son visage. L’autre grand défiguré du slasher, Freddy (des Griffes de la Nuit), est autrement pimpant.

Note globale 36

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Suggestions…  Week-end de terreur (1986) 

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vendredi 13 chap3

VENDREDI 13 : MEURTRES EN 3 DIMENSIONS (Chapitre 3) *

1sur5  Avec les second et troisième Vendredi 13, Steve Miner installe les fondamentaux d’une saga lancée par un premier opus minable signé Cunningham, Vendredi 13 chapitre 3 marque la validation du statut mythologique de Jason Voorhes, puisque c’est dans cet opus que le tueur de Crystal Lake abandonne son sac à patates de circonstances pour enfiler l’improbable masque de hockey qui marquera l’imagerie horrifique des 80’s. Même s’il est appelé à définitivement manquer de charisme (parce qu’il n’a qu’une hache -bientôt une machette- en guise d’identité), le Tueur prend forme et assurance. Un détail insensé : alors que Le Tueur du Vendredi (Chapitre 2) commençait par un résumé du premier opus, Meurtres en 3D (aussi nommé Le tueur du vendredi partie 2) démarre tout bonnement sur les 10 dernières minutes de son prédécesseur, carrément reprises dans leur intégralité.

Meurtres en 3 Dimensions, tout un programme ! En vérité, juste une façon plus attractive de présenter la soupe (et une mode revenue au goût du jour vers 2009). Le pitsch et ses avatars sont toujours les mêmes : campagne, regroupement juvénile, douce odeur des printemps-été qui chantent, atmosphère de vacances agrémentée d’options ludiques et illégales… Le film s’essaie à une sorte de sociologie teinté d’ironie (les seuls méchants de service sont motards blacks dans ce village paumé ; c’est ni du racisme ni du second degré, simplement une caricature neutre) mais cette vague prétention ne peut dissimuler combien il ne s’agit que d’un gros teen-movie dégoulinant aux motivations folkloriques et aux sous-entendus (très entendus) graveleux.

Le désir prégnant sur cet opus de ‘faire jeune’ entraîne la saga vers les tréfonds de la médiocrité. Or on dirait désespérément un téléfilm ‘jeune’ de France3 (support de Plus Belle la Vie) qui se mettrait au slasher, avec la même imagerie, l’énergie éreintée par une atmosphère sans aucune saveur, sinon celle d’un exotisme champêtre passant la frontière du paillard. Ce n’est jamais qu’une variante des Sous-doués, la couche horrifique en plus. Ce sont les mêmes potacheries, les mêmes délires de jeunesses hyper balisés mais pourtant vécus comme le comble de l’éclate par ces jeunes beaux et roses bonbons ne sachant parler et de façon ô combien conventionnelle, que de cul. Ils sont couplés avec des moins jeunes aux cheveux longs et fumant des pétards, habillés comme des ploucs révolutionnaires, censés répondre pour cela au nom de ‘hippies’. Tous arrivent bientôt dans une maison en bois ; les affaires de Jason vont pouvoir commencer.

Ainsi après une demie-heure de bavardages, les meurtres bourrins et simplets commencent mollement. Eux-mêmes sont sans imagination, contrairement à certains Vendredi 13 à venir ; amateur des variantes d’enfourchages, régalez-vous. Le personnage de Jason se précise : il est plus déterminé et s’avère réellement attardé. Au bout d’une heure, il apparaît avec un masque de hockey, qu’il conservera pendant toute la saga. C’est d’ailleurs l’occasion de tirer dans l’œil d’une innocente avec petit flash 3D à la clé. Le problème de Jason, c’est son manque de crédibilité et son absence de charisme ; sa nature n’est pas tout à fait invraisemblable mais sa démarche de vieillard fatigué impose un décalage inapproprié. Sous le masque, on imagine Michel Houellebecq engagé dans un rôle qui l’emmerde mais qu’il exécute, forcément, en attendant.

La décence qualitative du 2e opus est déjà une affaire ancienne et lointaine, ce troisième opus revenant quasiment au niveau du premier. Il se montre toutefois plus divertissant à l’usure et relativement créatif dans sa bêtise. Ce résultat ludique et troupier renvoie même aux Freddy, dont la saga démarrera quelques années plus tard.Les prétextes ont une relative validité logique et les personnages sont moins mongoliens que dans le premier, leurs réactions étant stupides ou lentes mais pas d’une aberration contre-nature. D’ailleurs les jeunes dévergondés en sont définitivement cette fois, justifiant l’avènement d’un humour grivois exécrable. Malheureusement Steve Miner a bien trop le regard tourné sur Vendredi 13 et cumule les archétypes nullissimes de ce dernier à ses propres initiatives foireuses. Il propose d’ailleurs son reboot de la scène de la barque et sa relève du vieux fou de service annonçant en vain la menace.

L’ultime partie du film se veut frontale, puisque Jason, après l’avoir assiégée, investi la demeure des jeunes. Il y avance souvent à visage découvert, ce visage seulement aperçu dans le second opus. C’est très obscène : fini l’elephant man, bienvenue au faciès de trisomique sadique et bienheureux. On relève une maîtrise certaine dans le copier-collage, dans l’application des règles de l’art du  »slasher-type » ; ce classicisme confine à la parodie. Au moins, cette partie rentre-dedans a le mérite d’amuser (la camionnette), parfois franchement si l’on veut bien s’y donner. D’ailleurs le rire de l’auditoire faisait peut-être partie du contrat ; les spectateurs de l’époque venaient aussi voir le film pour se détendre, Jason apparaissait comme l’incarnation d’un fantasme lié aux saturations triviales du quotidien. Le fameux dernier quart-d’heure, véritable climax de la chose, constitue en une course finale aussi trépidante qu’un Derrick en mode footing et aussi inquiétante qu’un Oui-Oui croisé avec un Tex Avery. La scène ultime laisse toutefois sur une vision intéressante pour la  »mythologie » [faisant de nous la proie du doute], potentiellement traumatisante si on a moins de dix ans.

Note globale 23

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Suggestions… Massacre à la tronçonneuse 4 : la nouvelle génération   

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vendredi 13 chap4

VENDREDI 13 : CHAPITRE FINAL (Chapitre 4) *

1sur5  Quatrième round pour les légendaires Verhoees de Crystal Lake et sans Miner, c’est désormais pour de bon le degré zéro de l’originalité et de l’inventivité. Après la 3D, le leitmotiv destiné à faire saliver l’auditoire est maintenant l’heure des règlements de compte avec la mythologie ; c’est en tout cas ce que le titre laisse entendre. Prétendument  »Chapitre Final », ce nouvel opus est réalisé par l’affligeant Joseph Zito, réputé pour ses nanars mettant en vedette l’innérable Chuck Norris. Avec lui les records sont battus et la catastrophique saga est emmenée vers les tréfonds de la nullité : ce Chapitre final demeure l’un des slasher les plus accablants de l’Histoire du cinéma.

Sauf les trois meurtres du début et sa fuite de la morgue, Jason est absent pendant une heure. Ce Chapitre 4 est donc pour l’essentiel un vil petit film teen, avec quelques fausses scènes de tension d’une niaiserie mortifère : mais qui se cache sous ce pont, qui me fait cette petite farce, serait-ce le boogeyman ou mon ami que je ne voulais pas rejoindre dans son délire ? Il y avait dans le Chapitre 3 un rapprochement avec la comédie potache, évacué à temps et ridicule par ses prétentions, mais c’était nanardesque, décent en un sens. Cette fois c’est différent : l’esprit de Police Academy plâne sur ce Chapitre 4, dont le contexte renvoie à celui de La Boum & cie. Trop violent, trop désagréable.

La présence marquée d’une petite famille (et du fils en particulier) renforce ce triste tournant, où les intrigues juvéniles et une construction de film sentimental médiocre dominent, tout en laissant les jeunes héros parler de sexe. Le mérite de ce Chapitre 4 est d’arriver à en parler, d’y consacrer quelques scènes même : le premier Vendredi 13 arrivait à peine à accoucher de ça. Oui mais que vois-t-on, qu’entends-t-on ; des petits blaireaux avides de coucheries, exposant leurs théories consistant à dire que niquer c’est l’essentiel, ou que ça met une pression tout de même, côté garçons ; qu’il ne faut pas avoir peur de se corrompre car c’est la vie nom d’une bite en bois, côté filles. Dans le 2, il n’y avait pas cette atmosphère de ploucs vaniteux et de nymphos précoces pleines d’assurance : c’était direct à la chose, c’était plus correct (et consistant). L’orientation balourde est confirmée avec le casting féminin, il n’y a quasiment que de très belles post-ados (ce n’était pas si tranché auparavant), l’exception étant le grosse du stop (troisième trucidée), petit instant narquois du film.

Les trois précédents étaient des slashers typiques donc mauvais, en incarnant justement tout ce que ce sous-genre peut avoir de misérable. Mais ici, Vendredi 13 est totalement dans le potache nain et l’ambiance de blaireaux ; ce que Steve Miner contenait ou marginalisait même dans le 3e opus au profit des ‘vrais’ morceaux de bravoure. Les délires campus de veaux et même Denis la malice (avec le petit intello) s’accumulent et à côté de ces intrigues interminables, les errances du premier prennent quasiment du relief. Le slasher authentique reprend ses droits mais le niveau reste imbuvable ; ainsi la dernière demie-heure est marquée par une ambiance très lourde, mais ne fonctionne pas du tout. De l’absence de tension on est passé à l’ennui irritant. Il n’y a au aucune vision subjective, sauf résiduelle sur quelques secondes. C’est malgré tout une consécration sur le plan pratique puisque le tueur apparaît toujours avec le masque de hockey désormais. Il faut enfin relever ‘l’idée’ des masques de monstres du petit génie Tommy, clé de la lutte contre Jason.

Le final très violent, sans humour, dans la pénombre, sauve le film des abîmes où se baladent les pires réalisations de tous les temps, dans lesquelles il a les pieds de toutes façons. Les puristes retiendront quelques meurtres parmi les plus pittoresques de la saga (à la scie, banana splitz). Jason tombe alors le masque ; il est de près, encore plus horrible. Depuis son entrée en scène dans le second opus, sa difformité immonde aura été croissante. Il n’y a même plus la petite lumière émotionnelle de l’animal excité du précédent round : froideur absolue de la bête. À la fin, Jason est mort, enfin, tué par Tommy dans un accès de rage spectaculaire. Un policier naïf et bien brave assure à la sœur de Tommy en convalescence sur son lit d’hôpital que le petit Tommy ne gardera pas de traces de cette violence. Il la rejoint alors, l’air troublé et perdu ; et là dans ses bras, au lieu de pleurer, il ouvre grand ses yeux et porte vers nous un regard illuminé et menaçant.

Le méga-nanar va donc se poursuivre avec une possible relève de Jason : ce sera la tentative du cinquième opus, les fans ne supporteront pas. Commencera alors une nouvelle ère pour Jason, tellement plus fort que la mort (troisième, quand même) qu’il entamera une carrière dans le fantastique et même dans la SF.

Note globale 14

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vendredi 13 chap5

VENDREDI 13 : UNE NOUVELLE TERREUR (Chapitre 5) **

2sur5  Grosse surprise : voilà un Vendredi 13 scandaleusement honorable. Ce n’est pas un bon film, loin de là : mais il arrive au niveau des boulets de la saga Halloween. Le crapeau des slasher (la saga Vendredi 13) accède à un niveau décent. Pour autant ce New beginning n’est pas unanimement salué, bien au contraire, c’est même un outrage pour les fans de la saga. D’abord, le registre est plus ambigu, le slasher cohabitant avec une approche horrifique plus indifférenciée, libre des codes écrasants de ce sous-genre. Ensuite, l’intrigue ne se déroule pas dans le camp Crystal Lake ; et surtout, c’est un épisode sans Jason (le second dans ce cas de figure après l’opus de 1980), ce que nous apprenons au final, même s’il y aura eu moyen de s’en douter entre-temps.

Vendredi 13 pose ainsi son dispositif dans une maison de repos pour jeunes handicapés mentaux située en pleine campagne. Tommy, l’assassin de Jason dans le final du Chapitre 4, y est accueilli. Il a maintenant 18 ans et est toujours traumatisé, Jason le poursuivant jusque dans ses rêves : c’est d’ailleurs l’occasion de présenter une séquence d’exposition très réussie où Jason sort de sa tombe avec son masque et sa machette. Moyen également de laisser planer le doute, même si les rares aperçus sur le tueur trahissent la subversion. Le spectateur découvre alors le voisinage grotesque et les habitants de cette maison de réinsertion pour ados perturbés ou ‘fous’, opportunité de s’intéresser aux maux adolescents de façon très différente des quatre précédents opus (où ils étaient tous ‘dévergondés’), même si absolument rien d’intéressant n’est présenté.

Le résultat est curieux, faiblard mais fonctionnel. La construction est plus proche du drame classique, avec quelques petites ellipses et des musiques solennelles discrètes. Vendredi 13 apprend l’élégance, à son niveau et c’est bienvenue. Les personnages existent, même les bouffons et bien que certains demeurent interchangeables : ainsi, les protagonistes outrés ou burlesques du début, tués ou zappés. Le tandem formé par une mère chartière et son fils dingue se détache et réussit même à faire rire (sur un mode délibéré) à certains moments les plus ubuesques, comme celui de la ratatouille. Néanmoins les moments potaches ne sont pas relayés par la réalisation, le style étant très froid, légèrement inquiétant. Danny Steinmann n’a pas la tête à la gaudriole.

Son style très épuré est également dû à l’absence de Tom Savini aux maquillages, remplacé par un spécialiste plus obscur, Martin Becker. Cet aspect ne pénalise pas vraiment le film en étant conforme avec son orientation, mais les amateurs pourront être déroutés par la modestie des scènes de violence : néanmoins là encore c’est un atout, la violence physique véritable prenant le pas sur le gore (troupier ou sensationnel, peu importe). (Le faux) Jason se fait attendre et se tient généralement hors-champ, comme les morceaux de barbaque. Moins de graisses et de clinquant, mais une approche très sèche, assez percutante, de la part d’un metteur en scène maniant bien la suggestion et l’attente. Il serait abusif de parler de tension, mais le niveau est plus que décent ; d’ailleurs, le potentiel bucolique des Vendredi 13 est enfin vivace et il y a davantage de séquences dans la Nature, exploitant son caractère à la fois paisible et dangereusement ouvert.

Dans le contexte de sa sortie (1985, cinquième opus), c’est le Vendredi 13 le plus sobre et sérieux depuis le premier et le plus efficace de tous. Le degré d’intensité reste faible, l’ensemble tout de même assez plat, mais il y a un certain rythme, la sensation d’un sadisme rampant, tandis que les victimes ados sont plus sympathiques en raison de leur caractérisation (même faible) et de leur vulnérabilité psychologique. La fin est ambiguë mais ne tend pas de véritable perche à Jason, s’en détournant même puisque le spectacle a viré au vigilante. Cette trahison courageuse pour un résultat honorable seront cependant punis, au prix de la carrière de Steinmann.

Pour ce cinéaste peu connu, reprendre en mains Vendredi 13 constituait un véritable coup de poker et son approche a le mérite de repenser la franchise ; en même temps, elle la condamne et la contraint à avancer dans le brouillard. Le film sera un échec clair, le moins rentable jusqu’alors ; bien malgré lui, Steinmann rappelle à l’ordre Jason, lui permettant à lui comme à la saga un nouveau souffle. En effet, la franchise est relancée et cet opus de ‘crise’ sert de bouc-émissaire et de tremplin. Le jeune cinéaste se retire alors du monde du cinéma. C’est clairement une injustice.

Note globale 43

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vendredi 13 chap 6

VENDREDI 13 : JASON LE MORT-VIVANT (Chapitre 6) **

2sur5  L‘évincement de Jason ayant été mal vécu, les producteurs poursuivent la saga après un moment de doute et intitulent ce sixième opus Jason Lives afin de bien rassurer les fans. Ce chapitre est globalement l’un des plus appréciés, la meilleure suite et même le meilleur répisode pour une majorité relative de cinéphiles. C’est aussi celui qui vient sceller le tournant de la saga, avec une seconde ère fantasque qui débouchera sur de la SF pure et un Jason dans l’Espace. Pour certains puristes, c’est donc là que commence la dégringolade, pour d’autres, le véritable cœur de la saga sera dans ces escapades pittoresques ; elle apporte en effet une identité (nanardesque) à cette saga aux manques cruels.

Retour donc de Jason himself et retour au camp Crystal Lake, cependant rebaptisé Forrest Green. Le spectacle démarre sur la résurrection du boogeyman ; décidé à régler leur compte à ses démons, Tommy (incarné par un nouvel acteur, Thom Matthews) vient brûler le corps de son ennemi. Mais lorsqu’il le déterre, Jason est ramené à la vie par un éclair. Jason le zombie en profite pour reprendre ses affaires barbaques, tout en s’annonçant plus cool avec léger en prenant la pose lors du générique en singeant James Bond (l’une des seuls sagas plus prolifique que Vendredi 13). Tommy se démène alors pour convaincre les habitants et surtout la police, mais ne fait que prolonger sa solitude. Lorsque les jeunes moniteurs de la colo pour enfants sont tués les uns après les autres, la police accuse d’ailleurs ce fou furieux de Tommy. Heureusement, celui-ci a une alliée : la fille du chef de la police, tombée sous son charme de marginal tourmenté !

Ce sixième Vendredi 16 est surprenant, on dirait : un vrai film ! Il est équilibré, efficace, pas dans le cumul de petites choses superflues et de gros morceaux foireux. Au lieu de s’éparpiller comme le faisaient les quatre premiers Vendredi 13, il se concentre sur Tommy, ses pérégrinations avec Megan (Jennifer Cooke) et sa lutte contre Jason. Cependant la hausse qualitative se fait au prix d’une normalisation. Jason Lives n’est pas un slasher ni même un film d’horreur pur ; il induit des éléments hors-sujets, le plus significatif étant la présence du groupe d’écoliers. Montrer ces enfants au phrasé d’ados vulgaires et pour certains totalement distants par rapport aux drames en cours, c’est absolument sans intérêt. L’intention est peut-être de titiller une certaine nostalgie chez les spectateurs et de détendre l’atmosphère, comme dans le Chapitre 4.

La franchise y gagne une certaine douceur, à la limite du consensus pour les publics étrangers à l’horreur. D’ailleurs, Jason épargne systématiquement ces petits enfants, lesquels n’ont décidément rien à faire là. En dépit de cette fadeur mainstream à la place de l’inanité des premiers Vendredi 13, Jason le mort-vivant convainc dans l’ensemble par ses qualités absolues ou même relatives ; on prend plaisir à suivre une véritable intrigue (c’était entamé mais pas si clair dans le 5), profite de personnages tenables, la confusion et les ados mi-fantômes mi-hystériques étant ommis. La dérive vers le policier est défendable et surtout le bois est exploité, avec par exemple la partie de paintball. Là encore, le chapitre 5 prenait davantage en considération ce contexte, idyllique pour un slasher. Le résultat pourrait être bien meilleur mais dans l’univers des Vendredi 13, on vole déjà très haut.

Le film se distingue enfin par une BO signée Alice Cooper et un combat final enflammé sur le lac. Les amateurs pourront apprécier l’humour et les poussées scabreuses ponctuels, mais frontaux. En définitive, ce Chapitre 6 est un film décent en soi, assez classique, se donnant comme un plaisir coupable, mais en soignant la chose. Compte tenu de l’estime dont il jouit, il est placé loin devant le Chapitre 5, mais c’est là une pure question d’appréciation, les deux s’affirmant par des options très différentes. Ils ont en commun d’être deux films bis regardables et vaguement aimables.

Note globale 43

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vendredi 13 chap 7

VENDREDI 13 : UN NOUVEAU DÉFI (Chapitre 7) *

2sur5  Cet opus divise. Beaucoup y voient l’un des plus insignifiants et même le naufrage final de la série ; d’autres n’aperçoivent rien de tout cela, par contre il y aura peu de monde pour en faire un must dans l’univers des Vendredi 13. Ce Chapitre démarre bien et semble d’abord relativement construit, voir même ambitieux. Naturellement ces débuts de pistes seront laissés pour mort, mais il est toujours agréable de constater dans le monde des slashers débiles que des types aient pris la peine de méditer deux minutes sur un fil narratif. Ils ne l’ont pas fait tout à fait délibérément il est vrai, puisque cette histoire de télékinésie emprunte clairement à Carrie et à Phenomena, en y pillant ce qu’elle peut avec ses maigres ressources ; l’impression d’assister à un pseudo-Poltergeist cheap est présente.

The New Blood est un piteux spectacle mais il a également le charme d’une gaudriole en roue-libre. Bien plus que la virée de Jason à Manhattan (plus épuisante qu’autre chose), prévue pour l’opus suivant, cette introduction d’un Jason aquatique est d’un comique involontaire et d’une générosité formidables. Outre un pouet mortel dans l’oeil et des meurtres quelquefois drôles, la couche psychologisante ridicule dont bénéficient les adolescents est un genre de cadeau. Le processus de normalisation entamé sur l’opus 6 est validé et nous trouvons donc un héros ténébreux et cool, la fille troublée qu’il veut séduire et une fille à papa sûre d’elle. Ce genre de configuration caricaturale était encore trop structurée voir raffinée pour être atteinte par les premiers Vendredi 13. Tous ces ados sont d’ailleurs décemment introduits et au moins drôles à observer avec les décennies de recul (T-shirt ‘vache qui rit’!!), avant que ne se ressente pleinement cette grande solitude récurrente face aux Vendredi 13.

Les côtés nanar sympathique se concrétisent sur la fin, où tous les atouts sont définitivement sabotés. Ces atouts sont : la télékinésie, la nouvelle apparence de Jason, la façon de s’approprier le Lac et les bois, les séquences de meurtres notables. Pour la télékinésie, tout l’édifice s’effondre vite, empêchant même l’actrice de s’épanouir alors qu’elle est probablement le personnage le mieux caractérisé de toute la saga, devant la dernière survivante du Chapitre 2. La bataille télékinésique finale est un flop intégral, compensée par une victoire maline sur Jason. De toutes manières, les scénaristes pompent sur les modèles évoqués plus haut et imitent l’initiative du Chapitre 5 (arrivée d’une jeune torturée par sa culpabilité et ses pouvoirs – surnaturels, ici). Le Jason new look est percutant ; toujours proche du zombie, il présente un corps à demi entamé par les années enchaîné au fond du lac. Kane Hodder prête sa carrure au personnage et le renforce si bien qu’il reste l’interprète le plus célèbre, sortant Jason de l’impasse lunaire particulièrement prégnante sur Meurtres en 3D où il avait l’air d’un vieillard un peu destroy.

Ensuite il y a l’atmosphère et ces balades absurdes, mais pas dépourvues de charme. Au début surtout puis par quelques plans fugaces, les lieux sont capturés et ces jolis paysages meublent avec succès. Enfin les scènes de meurtres sont bien réalisées, au-delà même des faits cruciaux. La réalisation de John Carl Buechler, auteur précédemment de Troll, est amorphe tout en donnant l’impression de balader une tension autorisée à exulter lors de petites plages destinées à cet usage. Il reste d’ailleurs de ce film une tendance à lorgner vers le conte, explicite lors de l’intro où un vieux narrateur évoque la légende de Jason (et annonce le manque de crédibilité remarquable de la séance). Comme Troll, c’est donc à la fois ennuyeux et satisfaisant lors des exploits (ici moins récurrents), proche du ridicule tout en conservant un magnétisme désuet. Néanmoins l’ensemble des efforts observables s’émiettent faute d’intelligence. D’ailleurs Jason agit tout le long du film et pourtant le film semble interminable. Les Vendredi 13 trouvent un rythme de croisière, il n’est pas stimulant mais la sympathie est devenue possible.

Note globale 37

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vendredi 13 chap 8

VENDREDI 13 : L’ULTIME RETOUR (Chapitre 8) *

1sur5  Finalement, la saga Vendredi 13 n’était pas si infâme. À ce stade, aucun opus n’est un film notable, mais deux sont décents (les 5 et 6), deux autres regardables (les 2 et 7), Meurtres en 3D est récupérable à la rigueur, seuls deux étant vraiment douloureux à regarder ou minables à un point record : le chapitre 4 et l’opus originel, catalogue du pire du slasher. Ce Chapitre 8 vient gonfler le rang des déroutes historiques. Démarrant par un énoncé au nihilisme cheap, L’Ultime Retour se veut rock’n’roll et pugnace. Il prend le prétexte d’une croisière en direction de New York réunissant une classe d’étudiants et leurs encadrants. Ce sera l’opus le plus incohérent et abracabrant de toute la saga jusqu’ici, sans pour autant être amusant : les nanardeux adorent et y voient, à raison, un climax dans la bêtise.

Les limites de celles-ci sont repoussées comme jamais et le spectateur a le droit aux jeunes les plus criards et absurdes de la saga, tout en étant abreuvé d’une bande-son festive hideuse. Le graveleux prend toute la place, même si les exhibitions sont bien incomplètes, tandis que la légèreté à vocation humoristique et le côté ‘fun’ n’ont jamais été si affirmés, quoique Massacre en 3D soit compétitif. Lui fonctionnait, à la rigueur. L’intrigue dramatique concernant la fille troublée que les adultes tentent de requinquer est un copié-collé des précédentes et prend une tournure particulièrement idiote, même si par sa solennité elle dissimule un peu la crétinerie abyssale de tout ce qui l’entoure.

C’est aussi l’entrée dans le fantastique pur, qui sera roi dans les opus à venir (Jason va en enfer et Jason X, avant le cross-over avec la saga Freddy). Ainsi les visions du petit Jason dans sa phase de noyade s’accumulent ; parfois il poursuit les héroines de ses apparitions, ou tente d’emmener avec lui au fond de l’eau ou au travers d’un miroir enfumé. La faculté de Jason de se balader un peu partout au mépris de la logique élémentaire et de l’architecture du bateau semble moins le fait d’une volonté d’introduire la téléportation que le résultat de la débilité du scénario (reprenant la figure du vilain tuteur paternaliste subie dans le Nouveau défi). Mais c’est ainsi que Jason progresse et il est d’ailleurs mieux servi dans cet opus, en étant toujours interprété par Kane Hodder et surtout en améliorant sa caractérisation.

Ainsi, dans le sillage de cette critique de péquenaud malicieux envers la ville décadente, Jason s’affirme comme un boogeyman réactionnaire, irrité par le manque de considérations pour l’autorité et la musique affreuse de keupons quelconques. Il est également plus conscient de sa tâche et concentré sur des cibles précises, capable de commettre de petites blagues ( pour faire fuir des agresseurs potentiels, il exhibe son visage – une espèce de masque de télétobbies cramé) et focalisé sur les gens du bateau même une fois débarqué à New York. D’ailleurs Jason le mort-vivant est aussi Jason le badass, tabassant quiconque se met sur son chemin, sans forcément tuer systématiquement, même bloqué dans des ruelles sombres.

Après une heure en mer, le spectacle s’épanouit ainsi dans les rues de Manhattan, avec là encore un lot de séquences aberrantes comme celle du métro où personne ne semble trop réaliser qu’un mort-vivant taillé comme Rob Zombie se promène avec une machette. Jason face aux racailles et à la civilisation décadente, ça aurait pu être dépaysant, cela engendre surtout un Vendredi 13 définitivement corrompu par la médiocrité. C’est celui qui aura nécessité le plus gros budget (5 millions de $), dépassant de 1 million celui de Meurtres en 3D, pourtant le résultat est plus minable qu’à l’accoutumée. Les séquences tape-à-l’oeil défilent sans faire d’effet, seule celle de la mort de Jason (sous un bain de déchets toxiques), grâce au contexte du tunnel, recèle des plans valables. Exaspérant et stupide, tout en étant presque moins divertissant que le premier opus, ce Jason takes Manhattan est un calvaire. Pour les néophytes, découvrir cette chose sans passer par les autres Vendredi 13 est l’assurance de ne jamais s’en remettre.

Note globale 15

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vendredi 13 chap 9

JASON VA EN ENFER (Vendredi 13 – Chapitre 9) *

1sur5  L‘évolution vers le fantastique et la SF amorcée précédemment est désormais entérinée : Jason va en enfer est moins slasher que film fantastique. Il est aussi moins slasher que drame ou thriller et il est moins Vendredi 13 que copycat de quelques succès du fantastique dans les années 1980. Il y a au moins cette continuité-là : un film mis au point par des opportunistes quasiment sans invention, un de plus. Après la virée à Manhattan qui constitue l’un des pires opus, la franchise est acquise par la New Line (productrice des Freddy), laquelle n’aura les droits sur le titre « vendredi 13 » mais ne l’utilisera pas. Sean Cunningham contribue a rachat de ces droits et peut donc revenir polluer la saga qu’il a lancée avec son misérable classique objectif du slasher de 1980.

Après son nouveau look du Chapitre 7 et l’apparition d’une sensibilité propre dans le Chapitre 8 (celle d’un réac puant mais fun), Jason est l’objet de nouvelles spéculations tortueuses. Le spectateur apprend les raisons de son invincibilité : ainsi le tueur de Crystal Lake a la faculté de passer de corps en corps. Cela n’a aucun sens puisqu’il a toujours été dans le même corps délabré de trisomique puis de créature rouillée, mais peu importe. Les trouvailles le concernant ne s’arrête pas là : en effet, un scientifique improbable, le premier possédé par l’âme de Jason, apprend à Steven que Jason ne pourra renaître à nouveau que par un Vorhees (il a épuisé son crédit de corps à occuper?). Et c’est par la main d’un Vorhees seulement qu’il pourra être tué. C’est-à-dire tué de manière définitive : en détruisant son cœur – là encore, grande nouveauté. Ainsi une famille Vorhees émerge de nulle part : ils sont encore deux, Jessica la femme de Steven et son bébé. Il y avait un troisième membre au début du film : le temps presse !

Ce Chapitre 9 en rupture dans le ton s’en remet donc à la bonne vieille tradition de pillage des concurrents propre à Vendredi 13, empruntant des éléments de scénario à Halloween et Halloween 2 pour se donner quelques béquilles. Le principe de la téléportation et la façon de l’approcher s’inspirent de Hidden et dans l’ensemble, les producteurs cherchent à reprendre Body Snatchers et le tirer vers l’action-movie badass. Une petite couche de comédie se juxtapose, avec la propriétaire du restaurant local et sa famille de dégénérés. La notion de complot omniprésente emmène le film vers le thriller et de nombreuses séquences relèvent plutôt du drame policier ; le slasher est circonscrit à quelques scènes, comme pour respecter des quotas. L’approche générale est plus normative, mais une normativité à la limite du Z. La bande-son, élément négligé auparavant, devient omniprésente, avec des musiques dictant les émotions d’inquiétude ou d’effroi de façon grotesque.

Les manques par le passé dans ce domaine étaient peut-être la seule vertu négative de la saga, celle simplicité jouant en la faveur de son effet de réel et donc d’un certain charme présent même dans les pires opus, sauf peut-être l’infâme Chapitre Final. Ces choix improbables dans la bande-son, pour nuancer la sécheresse générale, ne font que rendre le ton plus indéterminé encore. Ce Jason va en enfer se voulant très sérieux, tout en aménageant des plages de décontraction modérée, vire à la farce involontaire. Adam Marcus, Cunningham et la New Line tâtent un peu dans tous les registres et piochent dans chacune de leurs références de quoi remplir la barque. Ils ne réussissent qu’à s’éparpiller en trouvant une unité dans la gaudriole grandiloquente, pour un résultat comparable au fiasco de Massacre à la tronçonneuse 4. Celui-ci n’est pas un niveau particulièrement indigne par rapport à du Vendredi 13, aussi Jason va en enfer est un sombre ratage sans être aussi calamiteux que les opus 4 et 8, dépassant même son successeur l’atroce Jason X et l’infâme opus originel.

Les amateurs de la saga sont en général très critiques envers cet opus, ceux fermant les yeux sur la médiocrité crasse de certaines sequel passées perdant leur patience ici. Au contraire, les non-fans sont plus coulants et comme pour l’opus 8, les nanardeux se montrent intéressés, d’autant que l’échec de ce 9 est nuancé par les efforts manifestes de ses concepteurs(-pilleurs). Ainsi le début est assez encourageant et passée la bataille au clair de Lune (agitée mais soporifique), la disparition de Jason relève du bis épatant. Les trois dernières minutes sont belles et c’est déroutant. La griffe de Freddy sort alors de terre pour emporter le masque de Jason : le cross-over qui sortirait dix ans plus tard (Freddy contre Jason, 2003) s’annonce concrètement pour la première fois.

Note globale 21

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vendredi 13 Jason X

JASON X (Vendredi 13 – Chapitre 10) *

1sur5  Lors du rachat par New Line et Cunningham, le budget du nouveau Vendredi 13 (Jason va en enfer, chapitre 9) a été revu à la baisse ; et pour la première fois depuis le lancement de la saga (à l’exception du second opus en net retrait) s’est observée une légère inversion sur la courbe des bénéfices avec une somme supérieur au chapitre 8, le méga-nanar/navet. Le budget record de celui-ci (5 millions de $) est balayé par les 11 millions consacrés à Jason X. Ceux-ci se ressentent nettement et assurent la consécration du Jason from outer space.

Le virage de Jason X est un choc, que même l’étape Jason va en enfer ne laissait présager : choc explicite dès son générique de Mission to Mars à la moulinette de l’heroic-fantasy est perturbant. Le spectacle commence à notre époque, où Jason l’invincible est cryogénisé pour être enfin supplanté, le tuer, l’enterrer, l’éboullanter ne servant à rien. En 2455, des explorateurs venus sur Terre lors d’une mission sortent Jason de sa cellule d’isolation et l’embarquent dans leur vaisseau, prenant au passage la charmante scientifique qui gisait à côté de sa cellule, cryogénisée elle-même.

Dans leur post-humanité, on répare facilement les blessures : pour un bras coupé, il suffit d’une pommage afin de tromper la douleur, puis d’une petite séance d’UV pour recoller les morceaux. La réalisation insiste lourdement sur ces éléments au début mais ils s’avèreront quasiment inutiles puisqu’inexploités, l’attention allant plutôt sur une androide revendicatrice immortelle puisque machine. Le scénario est bâclé et les invraisemblances omniprésentes, les auteurs estimant manifestement que l’étiquette SF permet une flexibilité absolue. Ils ne savent pas la mettre suffisamment au service de leur bouse : que les personnages soient des stéréotypes fonctionnels, les dialogues naveteux, les idées honteuses, c’est normal.

Ce qui ne se justifie pas en revanche, c’est de pousser Vendredi 13 hors de sa case pour l’emmener vers un autre genre de médiocrité, passant du slasher beauf standard au copycat d’Alien pour beaufs. La franchise s’ouvre à un plus large public et s’achève ainsi sur un spectacle ‘fun’, qu’apprécieront plus probablement les amoureux des opus 3, 6 et 8. Jason prédateur de l’Espace, ça devrait être dantesque, c’est juste mou et vulgaire, abîmé par un second-degré plombant et la présence de tous ces cow-boys débiles du futur. Le film ne recèle que quelques tentatives potentiellement sympathiques : l’incruste de Jason dans un jeu vidéo grandeur nature est le seul petit ‘exploit’ réussi. Au contraire, la re-création de Crystal Lake en hologramme pour dompter Jason vire au minable, l’équipe du film n’y trouvant que l’occasion de réveiller le Jason jongleur (un peu du 7 télékinésiste), se mettant à taper sur des filles factices avec leurs sacs de couchages. Notons enfin un fort côté Hellraiser (3 et 4) lorsque Jason place ses victimes sur des crochets, ou s’y retrouve lui-même. D’une manière générale, le film se rapproche de l’esthétique d’un jeu vidéo, une sorte de pré-Dead Space lounge avec quelques débuts de décence lors de fugaces points de vue.

Il y avait une intention, il y a le dépaysement, la surprise en tout cas, au début. Mais c’est un ratage complet et une séance éprouvante, à peu près aussi lamentable que L’ultime retour. Les Resident Evil sont moins démoralisants et le délire est proche des Alien vs Predator & cie mais aussi des Mutante. Typique du navet lorgnant vers le nanar, Jason X se conçoit parfaitement sur M6 en dernière partie de soirée dans les années 2000, parmi les plaisirs coupables. Assurément certains y prennent du plaisir ; la vraie interrogation est ailleurs. David Cronenberg, réalisateur de Videodrome et Chromosome 3 et génie notoire, s’est-il amusé en apparaissant dans cette chose (en scientifique machiavélique) – amenant d’ailleurs avec lui un de ses acteurs fétiches (Robert Silverman, notamment dans Scanners) dans un rôle encore plus secondaire ? Il aurait accepté en échange d’une mort remarquable, il a donc été trompé.

Note globale 16

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Suggestions… Dead Space : Downfall + The Dark Knight Rises + Perdus dans l’espace + Manderlay

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FREDDY & SES SUITES, L’INTÉGRALE DES GRIFFES DE LA NUIT

1 Sep

Cet article évoque l’intégralité de la saga Freddy/Les Griffes de la Nuit, opus par opus : comme pour les Guinea Pig, Massacre à la tronçonneuse et Saw.

 

Les chroniques des quatre premiers opus et du remake ont déjà été diffusés sur un ancien blog il y a cinq ans (2009), les autres rédigés dans la foulée. Quelques textes ont subis des coupes ou des ajouts, certains presque aucun (le 5). Deux cas se distinguent : Freddy 7 (mon préféré), puisque l’article a été écrit pour les besoins de ce grand bilan ; et le 2, car j’ai profondément changé de regard sur lui.

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Si vous voulez d’autres rafales sur les diverses sagas existantes, consultez le tag « Sagas Intégrales ». Plus spécifiquement : Halloween, Vendredi 13, Hellraiser. En-dehors de l’Horreur : Die Hard, Indiana Jones.

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freddy 1

LES GRIFFES DE LA NUIT **

2sur5   En 1984, Wes Craven offre au cinéma d’horreur une nouvelle figure culte, caution à des suites guère ambitieuses si ce n’est pour des meurtres et cauchemars tape-à-l’œil. Incarné par un Robert Englund qui se retrouvera ainsi cantonné à celui-ci, le personnage de Freddy Krueger innove alors par son originalité, puisque l’un des premiers [et toujours des plus fameux] boogeyman en série de l’histoire du cinéma est loin du tueur froid et sans nom auquel le public a l’habitude de se trouver confronter.

En effet, Freddy Krueger est un croque-mitaine qui n’intervient que dans les rêves de ses victimes, d’ou l’atmosphère paranoïaque que dégagent ces Griffes de la Nuit. Le film demeure -chose rare- potentiellement impressionnant ou effrayant un quart de siècle après sa sortie. Wes Craven mixe fantastique et horreur pure [ces Griffes de la Nuit sont outrageusement violentes, ce qui ne sera pas tant le cas de sa flopée de successeurs] et invoquant une peur universelle puisque liée aux cauchemars d’enfance -et surtout à leur anticipation.

Aussi, la lutte contre Freddy apparaît impossible ; l’insomnie est la seule solution pour échapper à ce tueur tout-puissant à l’allure particulièrement terrifiante. Chaussé de son éternel chapeau, vêtu de son incontournable pull à rayures rouges et vertes [le choix de Craven aurait été guidé par le fait qu’il s’agit des couleurs réputées comme les plus agressives] et armé de ses gants et lames démesurées, Freddy arbore un visage brûlé, inhumain, rendant sa présence d’autant plus dérangeante. Indestructible, il va même jusqu’à s’auto-mutiler devant ses proies afin d’accroître leur effroi.

Car c’est la peur qui sert d’abord le bourreau. Wes Craven nourrit son personnage d’obsessions personnelles ; cauchemars infantiles, peur du noir et de l’abandon, le réalisateur traitant, au-delà de la peur de s’endormir, de celle du passage à l’âge adulte. Adultes demeurant ici en-dehors, ne croient et ne pourraient croire à ces histoires que vivent leurs enfants. Or, c’est à cause de leurs méfaits du passé (et dans une moindre mesure grâce à leur négligence d’aujourd’hui) que ces derniers subissent aujourd’hui Freddy. Cet héritage sera évoqué dans quelques suites et notamment le troisième opus, reconnu de façon générale comme l’une sinon la meilleure suite [c’est oublier toutefois la réussite de Freddy 7, avec Craven de nouveau aux commandes, une très maline entreprise de démystification].

Pourtant le film peut laisser sur une impression mitigée, malgré ses qualités, sa proposition initiale et son principe de fond. Les scènes de cauchemars constituent évidemment les meilleurs passages ; ces scènes tendent à être superbes, elles le sont dans la première moitié du film, mais cela ne dure pas et dans la seconde moitié, elle se raréfient. Du reste, les dialogues sont limites et surtout le rythme est extrêmement bizarre, le film suivant une ligne droite avec quelques soubresauts (les visions et/ou meurtres). L’écriture du film est ainsi très contrastée, tout comme le rapport de Craven aux archétypes las du slasher (implantés depuis déjà 5 ans avec Halloween et Vendredi 13) : les personnages sont en phase avec la réalité et capables de parler aux adolescents (divorce, situations familiales particulières, etc).

Mais en dépit de cette sensibilité, Craven se tient à proximité des impératifs du genre, comme s’il redoutait d’allez au bout de son univers. Il n’est pas étonnant qu’il soit plus performant dans Freddy VII et se soit illustré avec les Scream, exercices de style éblouissants et fonctionnels tout en lorgnant vers la farce ‘réflexive’. La bizarrerie du rythme est peut-être la résultante de ce même élan de pudeur voir de résignation quand à son inspiration. Cela abouti en tout cas au très bancal piège dans la maison, puis à final abrupt où le cas du monstre est réglé pour de faux. Les Griffes de la Nuit laisse le sentiment d’avoir assisté à un work in progress dont nous aurions un résumé rapide et c’est embarrassant Les effets du film s’en trouvent d’ailleurs dilués et ses traits plus profonds (la situation de Marge Thompson) sont contournés, à la limite du zapping opportuniste.

Si le film semble échouer à de multiples niveaux et que son univers peut laisser de marbre, il faut avouer que l’ensemble reste honorable et dépaysant. La BO de Chris Bernstein est très sophistiquée dans le genre, avec une atmosphère de révélation limite surnaturelle. Bien qu’aillant un peu vieilli, Freddy sait toujours effrayer, pourra étonner (à défaut d’inquiéter immédiatement) y compris par son degré de sanguinolent [le premier meurtre (Tina) en particulier – inspiré de L’Exorciste?], diverti largement plus que le premier opus d’Amityville et est d’un tout autre niveau que celui minable de la saga Vendredi 13. Objet sympathique et frustrant, Les Griffes de la Nuit apparaît comme une sorte de semi-échec ou de semi-réussite.

Jamais complètement convaincant, Fred Krueger sera en tout cas très rentable pour la New Line, cette maison de production étant boosté par le film de Craven et la saga en découlant. Elle rachètera Vendredi 13 à la fin des années 1980 et organisera un cross-over entre Freddy et Jason, les tueurs des ces sagas de slashers de référence (partageant leur domination avec une troisième, la meilleure : Halloween). Les groupies de Johnny Depp doivent également voir ce film puisque leur idole y jouait son premier rôle au cinéma, léguant à la postérité une mort blobesque ; il fera un cameo dans L’ultime cauchemar, cinquième suite des Griffes.

Note globale 53

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FREDDY II : LA REVANCHE DE FREDDY **

3sur5  Après un premier épisode discrètement comique, les nombreuses séquels des Griffes de la Nuit [cinq comprises ici, de Freddy II à VI] vogueront vers le grand-guignol et un humour prosaïque, optant même pour la pochade vulgaire dès le 3e opus. Il faudra attendre le Freddy 7 de Wes Craven pour un retour en grâce net et global, opus portant un regard critique sur la saga et s’illustrant par sa rigueur et sa prise de distance. D’ici là, Jack Sholder prend en charge cette première suite avant de signer son Hidden, puis une flopée de nanars et de purs divertissements bis.

Le Krueger bouffon de l’horreur devra cependant attendre l’opus de Chuck Russell (le 3e), le très mal nommé Freddy’s revenge entrant en dissonance. Freddy 2 est un slasher complet et Krueger est de la partie comme toujours, mais il frôle le hors-série. Toute la dynamique rêves/réalité est mise de côté, voir éjectée si ce n’est dans l’exposition et le final. Freddy atterrit dans la réalité, s’invite dans une fête et s’avère omnipotent. La Revanche trahit donc complètement les principes posés par le premier opus et s’intéresse à la détresse psychologique du héros, nouvel occupant de la maison des Thompson à Elm Street. Harcelé par Freddy le voulant comme partenaire et l’utilisant comme son bras droit pour tuer, Jesse (Mark Patton) se demande s’il sombre dans la folie.

Le film n’est pas effrayant au sens habituel du film d’horreur, mais il est parcouru par une tension lié à son imagerie crypto-gay et à la perversion disséminée par Freddy. Celui-ci est plus qu’un simple boogeyman (et contrairement à Jason ou Michael Myers, il n’est pas mutique) : c’est un monstre sadien. Quand à la trajectoire de Jesse, elle devient la métaphore d’un coming-out inassumé virant à la psychose. L’ambiance et les sous-entendus homo-érotiques sont constants, avec Graddy, la demande de protection à un meilleur ami loin des regards. Pourtant jamais la notion d’homosexualité n’est évoquée explicitement ni n’existe dans les échanges ou même le conscient des personnages ; il n’y a qu’une évocation, à la sauvette, concernant le vicieux prof de sport auquel Freddy réserve une mort à la limite du BDSM. Le résultat est très inquiétant et donne un vrai drame, en terrain étranger ; le 5 aussi tentera une approche plus sensible avec Alice et son enfant. D’ailleurs on note que passée cette expérience, les producteurs manifestement dans l’embarras ne confieront plus jamais la franchise à un héros masculin.

Si le Freddy troupier n’est pas encore pour cet opus, ce Freddy 2 n’est pas toujours du meilleur goût et tutoie régulièrement le nanar. Il y a de petits côtés ridicules incontrôlés parfois et surtout cette scène ahurissante de la perruche, passage hallucinant digne d’une place d’honneur dans la galaxie Nanarland. Des inspirations en décalage (comme des aperçus d’un autre film) se ressentent, donnant un charme au film sans trop avancer son intrigue, en évoquant Society ou Le Dentiste. Le rêve lié au bus est un trip enfantin très décevant, digne des pitreries au surréalisme niaiseux de Freddy 6 (le pire opus de la saga). Les opus 3 et 4 seront bien plus expansifs niveau morceaux bravoure, alors que l’heure n’est pas encore au cumul d’exploits. En revanche, lorsqu’elle est présente, la violence graphique est extrême et assez grave, ce qui tend à aligner Freddy 2 sur son prédécesseur et les isoler du gore pop-corn rayonnant sans partage par la suite.

Note globale 60

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Note arrondie de 59 à 60 suite à la mise à jour générale des notes.

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FREDDY III : LES GRIFFES DU CAUCHEMAR **

3sur5  Après un second opus faisant guise de parenthèse, Freddy III est la première vraie suite des Griffes de la Nuit. Revenant à l’avant-scène, Freddy enfile pour la première fois son costume burlesque et ose les punchline bouffonnes. Ce Nightmare On Elm Street 3 est donc responsable du tournant grand-guignol de la saga et donc de son identité générale, pour le meilleur et pour le pire. Le meilleur c’est justement cet opus réalisé par Chuck Russell [auteur du ferveur et fabuleusement con Blob sorti un an après], d’une grande inventivité, avec même une certaine grâce, comme lorsque Freddy s’incarne dans un pantin pour s’inviter dans l’espace d’un rêve. Le pire, c’est ce dédain pour l’horreur véritable au profit de spectacles proposant d’autres genres de sensations fortes aux adolescents venant pour un train-fantôme. Le pire c’est donc surtout les opus 4, 5 et 6, tous redevables à cette troisième mouture et tous des déclinaisons inférieures.

Sans les maladresses ni la foi aveugle en ses excès tape-à-l’oeil du premier opus, Freddy 3 respecte assez scrupuleusement les avatars de sa mythologie tout en boostant son langage. Avec le très moyen sixième volet qui tentera de mettre un terme à la saga, Freddy 3 est celui qui cherche le plus à amplifier l’univers du croquemitaine et à en explorer de nouveaux horizons. Plus axé sur le fantastique que l’horreur pure, le film permet à ses adolescents d’exploiter leurs rêves, leur permettant d’y déambuler afin de pouvoir mettre fin à Freddy et de facto à leurs cauchemars. Ce dernier devient un véritable showman, soignant ses entrées, raffinant ses agressions et surtout les personnalisant [qu’une fillette se repose sur une figure paternelle rassurante et il se révèle ; en ce sens, Freddy 3 est la seule suite à tutoyer les thématiques du film de Craven]. Le sadisme de Krueger est subtil et son personnage a une épaisseur que Jason Vorhees comme Myers n’ont pas. Il est bien trop dissipé et criard pour concurrencer Pinhead de Hellraiser, mais son charisme est supérieur au boogeyman standard. Freddy gagne également en épaisseur en tant qu’individu puisqu’on apprend sa genèse et l’existence d’Amanda Krueger.

L’emprunte de Wes Craven s’impose en toile de fond mais de nombreux choix divergents s’y ajoutent ; ne jetant pas l’éponge comme il le fit sur Freddy 2, il laisse aux producteurs de la saga un scénario largement réécrit par le tandem pour le moins improbable Russell/Darabont. Si sa créature lui semble définitivement dépossédée, ses pérégrinations trouveront ici leur point d’orgue, avant la décrépitude dans des proportions raisonnables (le crash total des Vendredi 13 est loin). Le film a vieilli mais sa désuétude plutôt que de l’handicaper lui confère aujourd’hui une touche vintage qui lui sied bien, au contraire du 4 bien trop dans la farce has-been. Mariant le spectaculaire, l’horrifique et le grand-guignol avec une efficacité indéniable, l’ensemble tend parfois au délire carnavalesque, graphique [à partir de rêves d’ados complètement décérébrés, le film est bien plus sombre et extravagant visuellement] comme scénaristique, mais avec toujours une main de fer pour canaliser ce goût pleinement assumé pour l’absurde afin que les déviances « fun » ne basculent pas dans un ridicule involontaire prenant le pas sur le grotesque gratuit.

Le compromis entre un récit suffisamment consistant et une dose polie d’hystérie bis, la légèreté du ton et le volontarisme dans l’outrance, permet la réussite de cette entreprise honnête et régressive, aux ambitions récréatives menées à leur terme. Cette effusion de gadgets, de gore et d’ironie donne curieusement force à un mythe, l’enrichit en tirant vers le haut son potentiel grandiloquent. En même temps Freddy III s’affirme en réel film d’épouvante, même inefficace ou rigolard, car il a la dimension exploratrice nécessaire aux exigences de ce registre. Cet équilibre se reflète dans le traitement des personnages, souvent considérés avec dérision : répliques à la bêtise ironique ; malades qu’on nous invite à davantage prendre pour des imbéciles que pour des sommes d’angoisse ; pittoresque scène de la journaliste TV ; lycéenne se rêvant punk et rebelle jusqu’au bout des ongles, etc. Simultanément, c’est avec une empathie sincère, étouffée sous la couche de bouffonneries, qu’il jette son dévolu sur d’authentiques peurs ou préoccupations adolescentes, la tentation du suicide en tête.

Note globale 60

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FREDDY IV : LE CAUCHEMAR DE FREDDY *

2sur5  Démonstration du tournant définitivement ce Freddy vers le statut de vache à laid grand-guignol [ce sera le gros succès de la saga], cette quatrième mouture se distingue par sa cynique nullitude et ses frustes manières de film MTV. Avec The Dream Master, Freddy devient un gros beauf et la mascotte d’un train fantôme. Ridicule mais divertissant, Le cauchemar de Freddy tient du clip pop-rock à rallonge et n’a plus beaucoup à voir avec un film d’épouvante. On sent les années 1990 arriver au travers de cette intrigue et ce traitement superficiels et glam-trash, anticipant les Souviens-toi l’été dernier ou Dangereuse alliance. L’ensemble est d’une profonde stupidité dès le départ et c’est le premier opus assumant à ce point la bullshit générale ; il restera indépassable, même le 6 (plus minable que crétin festif) ne pouvant concurrencer. La bêtise cohabite avec la flamboyance et cet opus est à sa façon le plus lumineux, en tout cas celui brillant par ses effets spéciaux.

L’histoire se concentre sur une victime en particulier ; cette fois, l’héroïne est introvertie et relativement timide, mais pas seule au monde. Alice rêve de briser la glace et envoyer tout [le monde] valser, ou de s’affirmer et entrer dans la compétition sexuelle, mais ne le fait pas, évidemment. Mais lorsque démarre sa lutte contre Freddy, alors elle sort d’elle-même et entre dans une phase ultime de rebellitude. A l’image de ses camarades, la jeune Lisa Wilcox est une interprète honorable, mais est bien la seule à infuser une habile dose de second degré à sa personnage [notamment lors de sa  »métamorphose »].

Produit d’une grande vulgarité (le chien pisseur du feu), le film de Renny Harlin (l’homme des navets loufoques crâmant leur budget dans l’allégresse – Peur bleue) fait toutefois preuve d’une grande maîtrise technique et son visuel arbore des allures nettement plus contemporaines, même si le goût est tout aussi has been. Beaucoup de choses peuvent être reprochées à Freddy 4 (dont le sabotage du mythe), mais c’est une réussite graphique et son catalogue d’exploits aussi bêtes que spectaculaires fait la différence avec la plupart des autres sequel. Sans afficher le style de Freddy 5, le film s’inscrit décemment dans la lignée du film de Chuck Russell quand à l’imagerie glauque clownesque. À la hauteur de sa mission, Freddy 4 fait preuve d’une certaine inventivité dans les scènes de rêve et de meurtres [la fille aspirée par un grand écran notamment ; ou encore l’exemple, souvent cité, de celle muée en cafard], lesquelles évoquent toujours un certain parfum de contrefaçon et une espèce de surréalisme discount. Les ados se font (inter)venir les uns les autres dans leurs rêves, d’autant plus librement qu’il n’y a pas de narration réfléchie.

Versant dans le teen-movie degré zéro, crétin mais pas forcément plus que la moyenne, la franchise se complaît dans la banalité, mélangeant ses propres poncifs à ceux de tout un genre. L’humour lourdeau tente de se marier à l’horrifique pour offrir un cocktail adroitement calculé aux dehors extravagants, pendant que Freddy et ses victimes se vautrent allègrement dans une beaufitude sans fards – mais une beaufitude bankable, propre. En gentleman appliqué, Freddy se surpasse s’agissant d’y aller de sa petite vanne ; il nous garnit d’un tout bidon « j’aime la nourriture spirituelle » alors qu’il se repaît d’une tête d’olive, et ne passe pas non plus à côté du « bienvenue au pays des merveilles, Alice ». Raté, ce zèle ne lui permettra pas de se classer parmi les incontournables : on peut accepter le contrat (se vider le cerveau devant un show gratiné et totalement creux) et repartir avec quelques anecdotes (la nymphe piégée dans le matelas d’eau), à la fin il faut admettre que le croquemitaine y perd.

En effet celui-ci apparaît comme un faire-valoir de placements produits ; au-delà de Krueger chaussant ses Ray Ban, le spectateur est surtout abreuvé d’un rock piteux ou de rap lisse, de l’easy-listening de boeufs si on préfère. Par décence ou minimum syndical de respect envers les créateurs et notamment LE créateur, Wes Craven [de nouveau sur la fiche technique pour le troisième opus, il a contribué à la réussite de la seule ‘vraie’ sequel un peu plus que potable], les producteurs tuent de nouveau Freddy au terme de sa nouvelle aventure. Mais pour de faux, on le sait.

Note globale 42

Page Allocine & IMDB + Zoga sur SC

Suggestions…

Note arrondie de 41 à 42 suite à la mise à jour générale des notes.

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freddy, l'enfant 5

FREDDY V : L’ENFANT DU CAUCHEMAR **

3sur5  Souvent considéré comme le plus inintéressant de la saga par de nombreux fans, Freddy 5 est pourtant, à un stade ou la saga aura blasé les plus impatients, une très bonne surprise – et un film fantastique assez captivant. Moins primairement « second degré » et grand-guignol [mais nettement plus finement quand il s’agit d’adopter cette posture], l’opus du futur réalisateur de Predator 2 ne se confond pas dans la bouffonnerie : c’est peu de le dire et pour un Freddy, c’est déjà beaucoup, presque un parti-pris impertinent vis-à-vis du caractère général de la saga : les deux opus précédents et le suivant relèvent de la gaudriole unilatérale (quelque soit leur niveau par ailleurs).

Dissipant l’exubérance stérile devenue caution à un nivellement par le bas, L’enfant du Cauchemar adopte un ton franchement solennel concernant les péripéties de son personnage principal, à l’instar du second opus. Réexploitant certains éléments de son prédécesseur [la maison abandonnée et Alice, qui de nouveau se bat contre Freddy dans ses rêves], le film démarre cette fois sur une idée aussi astucieuse qu’abradabrantesque, Freddy se réincarnant dans le bébé qu’Alice doit enfanter. Rompant donc avec la vulgarité et le tape-à-l’oeil mais pas avec certains recours faciles, Freddy 5 se montre plus audacieux, même si ses innovations se concrétisent avec plus ou moins de bonheur (le final n’est pas forcément concluant et laisse sur un goût mitigé). Contrairement à ce qui est admis généralement, le croquemitaine y apparaît moins comme un bouffon, par contre son image est fragilisée. Moins terrifiant, perdant de sa superbe et de sa toute-puissance, le personnage évolue pour se muer en une sorte d’écorché soudain vulnérable.

Toujours aussi grossier, Freddy gagne en épaisseur alors qu’il n’évoluait en rien dans le précédent opus où il vacillait vers la figure du vieil oncle amuseur en chef de galerie familiale. Mais surtout, si son humour [ »noir »] s’étiole, il est plus déchéant, plus résolument trash. Ce vieux bonhomme qui se met au champagne et s’arrache le bras plus hilare que jamais semble résigné à sa propre décadence. Le mouvement est loin de celui ostentatoire de Freddy 7, surtout moins délibéré, mais en s’épurant de ses marques de fabrique, le boogeyman acquiert un nouveau souffle, court mais alternatif. Cette nouvelle déclinaison ne vit que pour masquer sa terreur d’assister à l’épuisement d’une formule avec laquelle elle se débat.

Malheureusement en tentant d’étendre cette chétive mythologie, démultipliant à l’infini les possibilités [Freddy dans ce corps-là, puis dans celui d’un autre, puis dans une voiture, puis plus dans une voiture] comme dans Hidden (réalisateur de Freddy 2!), le film a le défaut de vouloir brasser un peu trop, échouant globalement à réinventer son mobile de fond en comble. Finalement assez lisse malgré son apport conséquent au personnage-fétiche, le scénario est inspiré mais pas toujours parfaitement cohérent ou limpide. Quelques références, non attestées cependant, nourrissent le film : Rosemary’s Baby bien sûr, mais aussi Labyrinthe et ses escaliers, Eraserhead pour les joues de hamster ou Tetsuo pour le premier meurtre.

Lorsque les ambitions lacunaires s’effacent au service du spectaculaire, l’inventivité de Freddy 5 s’affirme pleinement dans sa facette graphique (la BD, les poupées, l’usine). Plus noir et surtout baroque, presque gothique, le film se dote de ce qui manquait à l’effervescent Freddy 4 : une ambiance et un style. L’enfant du Cauchemar inspire bien plus le cauchemardesque [scène du dîner très réussie]. Freddy 5, en bout de course, est un petit film d’horreur de facture plutôt classique mais très bien conçu, dont les parfois réjouissantes qualités plastiques prennent le pas sur la psychologie de personnages pourtant abordés avec un mélange d’empathie et d’ironie plus ambigu encore que dans le film de Chuck Russell. Le fan s’y retrouve donc difficilement, le néophyte peut estimer cet essai hybride comme une bouffée d’oxygène. Pour les simples curieux, c’est peut-être mieux ainsi.

Note globale 58

Page Allocine & IMDB + Zoga sur SC

Suggestions… L’échelle de Jacob + L’armée des 12 singes

A Nightmare On Elm Street – Part 5 : The Dream Child** (5/10)

Notoriété>10.100 sur IMDB (plus faible, nettement) ; 425 sur allociné (2e plus faible, de peu)

Votes public>4.7 sur IMDB (2e moins bon score : légère tendance féminine) ; France : 4.8 (allociné ; 2e plus mauvais ex-aeco avec Freddy 6)

Note arrondie de 57 à 58 suite à la mise à jour générale des notes.

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FREDDY VI : LA FIN DE FREDDY – L’ULTIME CAUCHEMAR *

1sur5   Ecopant d’une lourde perte de vitesse de ses recettes, reçu tièdement par les fans, Freddy 5 amène la société de production New Line à ré-envisager le cas du croquemitaine. Il est clair qu’à ce stade le filon est épuisé, l’ambition a disparue, ainsi que toute fraîcheur ou illusion. Des suites sans inspiration dont l’inventivité concernait surtout les meurtres ou exploits visuels ont dénaturé l’esprit d’un film initial lui-même devenu particulièrement suranné et rétrospectivement révélé dans toute sa redondance, ses lacunes et sa platitude.

La mise à mort définitive de Freddy est ainsi décrétée. Prend place alors le rendez-vous raté avec un final qui serait une fête, révélant les coulisses, invitant à « vivre » le mythe au plus près, pénétrer dans l’intimité de Freddy en levant le voile sur l’essentiel des mystères planant sur une mythologie paresseuse. Donner un passé au croquemitaine était essentiel pour consolider l’initiative et dans les grandes lignes cet Ultime cauchemar réussit à répondre de façon cohérente à la logique de la saga, en faisant vaincre Freddy Krueger par sa propre fille. Loin de toute intensité (quoique l’absurde combat final soit hypnotisant), leurs retrouvailles ficellent adroitement la biographie du monstre ; Les Griffes originelles campaient un propos sur le passage à l’âge adulte et les peurs de l’enfance, un boogeyman arroseur arrosé constituait la plus facile mais aussi la meilleure sortie possible.

Le cheminement vers l’évidence ne se fait pas sans révélations plombantes. Flash-back à l’appui, le scénario met en scène un Freddy « pré-freaks », côté réalité, mais le portrait de ce père de famille aux tares inavouables annihile tout mystère sans contrebalancer par de quelconques nouvelles pistes. Carrément cartoonesque, Freddy tente de faire peur à nouveau mais ne parvient jamais à saisir le ton juste, le film adoptant des allures d’ennuyeuse série B audiovisuelle vaguement prétentieuse. Comme pris de convulsions, il passe d’une sobriété feinte confinant parfois au ridicule à la blague épaisse, traînant ces deux pôles antinomiques avec un professionnalisme embarrassé.

Même dans le 4 très borderline, il y a toujours une construction spontanée et une cohérence dans les actions. Là, le scénario est honteux : quelques idées sont posées et elles sont finalement survolées ou traitées avec amnésie (les adolescents décimés, les Nightmare On Elm Street partout, puis tout ce repompage du Village des Damnés). Le manque d’intelligence est phénoménal : le 4 est dans la bêtise, mais sa bêtise est celle d’un show ouvertement dans la farce et il enchaîne avec force. Là, si ce n’est un sabotage pénible, c’est une tentative d’arriérés : en d’autres termes, le 4 est conçu pour nous abrutir dans la joie MTVesque quand le 6 semble initié par des monocellulaires sous coke s’adressant à des débiles légers.

Présentant son film en 3-D, Rachel Talalay ne semble à l’aise que lorsqu’elle aborde le terrain des effets spéciaux. Mais la virtualité au cœur du film est loin de le booster, le sens du spectaculaire de l’équipe technique tenant ici du ridicule achevé. Le voyage ouvertement ludique au cœur d’effets kitschs éreinte dans une interminable dernière partie, puis sidère lors de son morceau le plus fameux, celui de l’inénarrable incursion de Krueger dans un jeu vidéo très moche et primitif (sachant qu’il y a deux produits dérivés dans ce domaine, sortis en 1989). Aspirant dans une télévision [rappelant clairement Videodrome, autant dire qu’on frôle le blasphème tant un bon lot d’années-lumières sépare les deux niveaux] un ado qu’il pourchasse avant de le tuer, Freddy se livre à une expérience aguichante seulement sur le papier, devenue culte chez la minorité de fanatiques qui ne fut pas assommé par la médiocrité de cette farce ratée de bout en bout.

Mêlant une froideur toute 90′s à la folie simulée des Kruegers 80′s, L’Ultime Cauchemar propose de tuer Freddy en chaussant ses lunettes, instaure un présupposé BG de service au poste de héros et fait péter le rock consensuel à fond les ballons. Le hic : tout n’est que laideur et lieux communs – sinon, pour l’originalité, la mort très branque de John. La scène d’intro, référence avouée et sans ambiguïté au Magicien d’Oz, pourra amuser les fans de ce classique mais n’en demeure pas moins hideuse. Freddy semble ainsi tirer sa révérence en frisant l’escroquerie, sous des allures pleines d’entrain et de sincérité. Et lorsque défile un best-of de l’épopée Kruegerienne sur fond de merdique tube d’un jour d’Iggy Pop, pas une once de nostalgie, ce n’est autre que le soulagement qui nous envahit.

Note globale 30

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Gacy + Halloween Resurrection + Demon House + Halloween 3 + L’Antre de la Folie 

Note arrondie de 29 à 30 suite à la mise à jour générale des notes.

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freddy 7 sort de la nuit 2

FREDDY SORT DE LA NUIT (FREDDY VII) ***

4sur5  Trois ans après l’affreux Ultime cauchemar marquant la mort de Freddy et un final où il reprenait sa forme humaine, Wes Craven relance pour un dernier opus la saga. Cette reprise en main est une façon de régler son compte à une franchise qui le contrarie, l’ensemble des suites ayant rompu avec ses Griffes de la Nuit pour évoluer vers la performance trash et la gaudriole. Néanmoins Craven lui-même est en pleine décadence pendant cette décennies (années 1990) et ses ‘classiques’ de l’Horreur sont parmi les plus sur-cotés : La dernière maison sur la gauche, La colline a des yeux (balayés par leurs remakes) et même Les griffes de la nuit.

Prenant tout le monde à revers, Freddy sort de la nuit est une réflexion sur le boogeyman, son traitement par Hollywood et par les médias, son interaction avec le public et avec ses auteurs. Heather Langenkamp, héroine des Griffes de la Nuit et présente dans Les griffes du cauchemar (3e opus) interprète son propre rôle, tout comme Robert Englund et Wes Craven. Langenkamp a mis de côté le cinéma et s’occupe de son enfant Dylan. Lorsque New Line (réellement productrice des Freddy) la contacte, elle refuse de reprendre le rôle pour le 7e opus en préparation, sur lequel un scénariste travaille dans le secret depuis deux mois.

Mise en abyme de rigueur et plutôt qu’un véritable film dans le film, c’est un tournage secret dans le film, où les parties impliquées de près ou de loin deviennent les pions de cet obscur projet. L’idée du scénario dirigeant la réalité renvoie à L’antre de la folie, l’un des sommets de John Carpenter qui sortira l’année suivante et l’exploitera avec une plus grande envergure. Craven passe en revue l’impact de Freddy sur le public et la façon dont celui-ci a été transformé par le marché et le collectif. Il est désormais un bouffon de l’horreur et l’ombre pathétique de celui qu’avait élaboré Wes Craven. Néanmoins, lorsque Robert Englund vient satisfaire la ‘freddymania’ sur un plateau, l’aura malsaine du boogeyman se ressent du point de vue de Heather Langekamp.

Le nouveau statut de Freddy reflète par ailleurs la banalisation de l’Horreur dans les esprits, celle-ci étant (au cinéma) devenue un objet de consommation courante parfaitement mobilisateur. Les enfants eux-mêmes connaissent les monstres, en tout cas celui des Griffes de la Nuit ; c’est d’autant plus ironique dans son cas puisqu’il est un pédophile devenu démon suite à sa mise à mort. Craven combine son désir de revanche et son approche conceptuelle en se réappropriant sa créature de façon critique ; il entame sa grâce de freaks, son crédit de star et lui accorde un maquillage plus ostensiblement fait de plastique (qui a énormément heurté ses groupies, peu sensibles au discours du film et à son rythme). Jamais Freddy n’aura cependant été aussi inquiétant et son meurtre à l’hôpital est un véritable moment de terreur et de désarroi pour la victime.

En plus de poursuivre ses propres créateurs, Freddy reprend le pouvoir sur la farce dont il est devenu le héros. Prenant acte de sa mort dans la saga, il vient se réfugier dans la réalité en amadouant les spectateurs comme il amadouait les enfants, pour finalement les faire basculer dans son territoire. La thèse de Craven est multiple et se lit comme un tandem de boucles croisées et achevées. Rétrospectivement, Freddy sort de la nuit apparaît comme la préfiguration de Scream. Avec celui-ci et ses suites, Craven portera à nouveau un regard sur l’horreur et ses clichés, mêlés entre premier et second degré, tout en traitant leur héritage dans la réalité. Cette entreprise ambiguë entre ré-enchantement et auscultation de l’Horreur aboutira à une vague de néo-slashers parodiques, portant un coup fatal à l’Horreur, bien plus que les farces doublement inoffensives que constituaient les Freddy 3 ou 4. Jusqu’au-bout, la démonstration (plusieurs en une, en fait) est parfaite, valorisant son directeur tout en corrompant ses instruments.

Note globale 76

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…

Note arrondie de 75 à 76 suite à la mise à jour générale des notes.

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freddy remake

LES GRIFFES DE LA NUIT (REMAKE) **

2sur5 Toucher à un sanctuaire horrifique condamnait inéluctablement Samuel Bayer (directeur du clip de Smells Like Ten Spirit) au mépris de la classe cinéphage, encline par nature à ce type de railleries la confortant dans ses assurances douillettes. Et quoiqu’effectivement très mal accueilli, ce reboot des Griffes de la Nuit était une proposition intéressante. Le potentiel du film de Wes Craven se dissipait tant sous des graisses kitschs que la simple idée de les voir élaguées par un second tour de piste plus sombre et pas moins calibré promettait, à défaut de justifier cette réputation franchement surfaite, au moins de restaurer l’intelligence diffuse des obsessions distillées par cet opus originel.

Sans pleinement satisfaire ces timides espoirs ni même tout à fait escroquer son lynchage, Les Griffes de la Nuit 2010 est une relecture intéressante du mythe de Freddy. Ce huitième opus [ou neuvième, en comptant l’hors-série Freddy contre Jason, cross-over avec la saga Vendredi 13] est une des productions de Michael Bay et sa série de remakes/reboot. Celle-ci est une synthèse laquée de l’horreur premier degré et principalement pour ados qu’Hollywood a engendré autour de 2006-2013. Un réalisateur novice venu du clip, des jeunes acteurs qui ne se sont pas souillés dans l’horreur parodique, un style très grave tout en restant évasif, des personnages intenses mais superficiels.

Comme la version 2009 de Vendredi 13 supervisée par la même équipe, cette version 2008 de Nightmare on Elm Street fait partie des bons éléments. Contrairement au nouveau Vendredi 13, plus neutre, ici le ton est mature. L’heure est au sérieux extrême, les adolescents sont tous troublés ou résignés. Le réalisme s’en trouve décuplé, l’évocation de la pédophilie est frontale et Freddy concerne le passé des grands ados, pas de leurs parents. Cette solennité et ce pragmatisme relatif inclus tout, y compris le personnage de Freddy dont l’allure est celle d’un authentique grand brûlé et non d’un démon. Il y a peu d’humour de la part de Freddy et lorsqu’il y en a, les punchline sont ‘sombres’, pour rester sobre.

De plus les auteurs ont eu l’excellente idée d’introduire la notion de micro-sommeils et en tirent de quoi doper l’ambiance avec un minimum de justifications. Ce manège glacial fonctionne tant que le spectateur est sensible aux charmes maniéristes sans être saoulé par le conformisme aux codes de l’époque. Le soin technique apporté à la remastérisation de visions dantesques initialement déjà frivoles ravit nos pupilles par à-coups. Quelquefois se ressent cette satisfaction d’apercevoir l’once d’une terreur ou d’un pouvoir de fascination immédiat ; un potentiel immense, avec déjà le contenant, qu’il ne resterait qu’à orienter un peu plus. De ce point de vue ces Griffes 2 sont à la hauteur des Griffes 1, dont les séquences oniriques faisaient un petit effet tant que l’initiative et sa beauté suffisaient à omettre le vide et l’absence de destination.

Malheureusement, il y a Rooney Mara et il est temps de remettre en question l’exploitation de cette actrice ; ici elle ne joue pas mal, elle est là, lâche son texte sans se départir de sa poker face parfois crispée, entre le flegme et le malaise face aux événements. Sa simple présence devient parfois une lourdeur, heureusement dissipée par Kyle Gallner (Quentin) partageant quasiment le rôle-phare avec elle à mesure que le film avance. Celui-ci s’achèvera de façon idiote, mais conforme, posant un petit choc ultime gratuit une fois que tout est réglé : c’est fait comme du bis luxueux de son temps, mais en soi c’était déjà l’issue du film de Craven. Globlament, le premier film solo de Bayer laisse la sensation d’un spectacle un peu vain comme prévu, mais prenant parti et allant au bout, se positionnant bien parmi la masse sans s’en distinguer.

Note globale 53

Page Allocine & IMDB + Zoga sur SC

Suggestions… Carrie la Vengeance    

A Nightmare On Elm Street-remake**

Notoriété>7.000 sur IMDB

Votes public>5.6 sur IMDB (tendance très marquée -30 ans) ; USA : 6.0 (metacritic)

Critiques presse>USA : 3.4 (metacritic) ; UK : 4.0 (screenrush)

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freddy les griffes

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