Tag Archives: Classiques de l’Horreur

LA MALÉDICTION **

15 Oct

3sur5  Classique mineur de l’horreur, La Malédiction est respecté et respectable, créant moins de remous qu’Amityville par exemple. C’est aussi une référence du cinéma de genre terriblement obsolète et peu percutante. Si le film a eu deux suites et un remake, il n’a pas de légions de fans et peu d’admirateurs objectifs. Sa saga jouit d’une notoriété importante, relativement à d’autres comme celle d’Hellraiser ou de produits plus anonymes comme Maniac Cop ; et Damien, l’enfant du diable, est lui une petite référence, surtout aux Etats-Unis.

Fondamentalement, le problème de La Malédiction est son caractère lisse et son manque de puissance. The Omen est ce genre de produits fait pour inviter les masses récalcitrantes sur des terres violemment connotées. N’importe qui peut voir The Omen ; et personne ne peut lui reprocher son manque de maîtrise. Et justement, que vaut The Omen en-dehors de toutes ces caricatures du film d’angoisse, alignées avec élégance et précision ? Visuellement luxueux, La Malédiction traite ses outils comme des poids morts.

Son manque de vision sacrifie toute efficacité. Superbes décors et travail édifiant pour un programme d’un manque de consistance total, s’inscrivant habilement et jusqu’au-bout dans la lignée de L’Exorciste (sorti deux ans avant, en 1974).

Note globale 58

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VENDREDI 13 (1980) *

29 Oct

vendredi 13 1980

1sur5  De toutes les références du cinéma d’Horreur (et des avatars ‘incontournables’ du genre) voici celle qui fait tâche. Vendredi 13 (1980), mère de la saga populaire la plus longue de l’histoire de l’Horreur, est une contribution à celle-ci aussi désastreuse que Paranormal Activity. Contrairement à Scream, relativement responsable d’une certaine dégénérescence, Vendredi 13 est déjà lui-même d’une bêtise et d’une inanité remarquables (idem pour Paranormal). Méprisé par la critique à sa sortie et nommé aux Razzie Awards, Vendredi 13 s’est toutefois aussitôt imposé comme un film important et s’est installé aux sommets du box-office grâce à ses promesses tenues de violence radicale (comme le fera Saw en 2005).

Réalisé avec 550.000 $, Vendredi 13 devient très vite l’un des films les plus rentables de tous les temps. Les maquillages de Tom Savini mis à part, ce succès immense n’est pas dû aux qualités du film, lesquelles sont faibles quand elles existent, mais à son opportunisme. À l’époque, Sean Cunningham a enchaîné deux comédies romantiques qui n’ont pas fonctionnées. Le producteur de La dernière maison sur la gauche de Craven décide alors de revenir à l’horreur. Constatant le succès foudroyant de l’Halloween de Carpenter, il décide de l’imiter et charge le scénariste Victor Miller de préparer avec lui le film le plus effrayant de tous les temps.

Le slogan est là, les arguments choc aussi, pour le reste c’est le néant strict. Tout ce qui peut être accordé à Vendredi 13, c’est-à-dire son cadre et un semblant d’atmosphère, ne lui est pas propre : le film nage en pleine imposture et repompe entièrement La Baie Sanglante de Mario Bava (avec dans une moindre mesure, comme les autres classiques du genre, des éléments de Black Christmas). La bêtise tarantinesque ne s’arrête pas là, puisqu’en plus de la caméra subjective et de l’approche glaçante singées d’Halloween, Vendredi 13 emprunte à Psychose tout ce qui devrait constituer sa colonne vertébrale. Ainsi la présence de la bande-son et la nature de l’assassin dépendent totalement du film-phare d’Hitchcock, Vendredi 13 se contentant d’en évacuer les nuances dans les deux cas. La comparaison avec Les Dents de la mer, sur la dynamique narrative surtout, est aussi valide.

Définitivement falot Vendredi 13 brille aussi par son écriture médiocre et sa construction absurde, au point qu’en dépit de son style parfaitement terre-à-terre, il manque de vraisemblance tout le long. Ainsi les personnages disparaissent un à un pendant que les autres vaquent à leurs occupations. Ils s’expriment de façon ridicule, comme des jeunes vieux ou des vieux jeunes ; tout cela semble écrit par des robots primitifs, dont les conceptions écrasent les décalques pourtant peu ambitieux de films antérieurs et supérieurs. Le spectacle est rempli de longs moments de solitude, ces blancs immenses étant censément justifiés par l’attente du nouveau choc : Cunningham assume un film d’exploitation total, où on viendrait prendre sa dose d’images sanglantes et dérangeantes.

Le public a manifestement suivi, y compris pour les nombreuses suites, dont une bonne part balaie largement ce modèle. L’affection pour les choses idiotes n’est pas un crime, après tout, même pour un film flirtant avec la parodie. Car s’il renforce l’installation du slasher, sous-genre naissant grâce à Halloween, Vendredi 13 l’assimile déjà à la médiocrité, la facilité et l’absence d’invention comme d’exigence. Avec son camp Crystal Lake, il institutionnalise le camp de vacances assailli par les ‘perversions’ domestiques quelconques (la fornication des jeunes, donc) et le Mal, moins bras armé de la morale et de la frustration qu’état naturel d’un tueur aux mobiles rachitiques, à l’apparence ‘badass’, schizoïde fragilisé dans son enfance au mieux et improbable reste d’humain au pire.

Vendredi 13 est donc un film culte extraordinairement faible, dont le bas niveau est presque scandaleux, surtout à l’aune de sa réputation – son destin aurait du consister à s’évanouir dans la mélasse des nanars et du bis et là, n’être qu’un fantôme quelconque, une tentative vulgaire. Tout ce spectacle a un côté Video Gag, où la violence a pris la place de l’humour présumé. La tension est nulle : pas faible, nulle, c’est d’ailleurs une caractéristique étonnante de ce film – même si dans le cadre collectif, comme première expérience de l’horreur ou vu dans l’optique de contempler des éclats de violence, Vendredi 13 peut alors faire son office. Néanmoins l’indifférence pour l’action et les personnages domine. On voit les décors pittoresques, ce serait tout s’il n’y avait ces quelques meurtres d’une brutalité rare, seul aspect positif du film en somme.

Pourtant dans cette platitude absolue, une séduction s’exerce. Elle est très proche du plaisir de nanardeux, observant un film misérable avec de vagues atouts attachants. Avec Vendredi 13, on se facepalm et s’indigne des tricheries, néanmoins la réalisation est parfois intéressante : tout ce qu’il y a de bon relève du copycat, c’est du copycat infamant mais c’est là. Le potentiel de l’univers de Vendredi 13 est immense et le contexte des événements a un petit charme bucolique ; il fallait que quelqu’un s’y emploie, Cunningham s’y emploie, il se rate, mais il fait quand même le film. Les greniers, les granges, les cabanes dans les bois, l’absence de civilisation et ses quelques imports, la liberté, le vice et la bête : autant d’éléments géniaux, totalement sous-traités, endormis. Voilà ce qu’est Vendredi 13 : l’ombre des grands (Halloween, La Baie Sanglante, Psychose, Black Christmas) et une alternative qui ne sait pas valoriser l’environnement sur lequel elle met le grappin.

Contrairement à ce qu’un spectateur d’aujourd’hui s’attendrait légitimement à trouver, Jason n’est pas au rendez-vous. Le tueur ici y est lié, mais le personnage n’existe pas en tant que tel, encore moins ses apparats cultes ; il est même mort (tenu pour, ce sera la nuance du Chapitre 2) enfant et aperçu dans un flashback. Ces éléments seront découverts dans un final encore plus imbécile et ennuyeux que les soixante-dix minutes ayant précédés, marqué par une sorte de whodunit débile à en pleurer et de poursuite hilarante si sa stupidité ne laisserait pas KO. Dans les chapitres 2 (le tueur du vendredi) et 3 (meurtres en 3 dimension), Jason fera son apparition et prendra forme, puis s’associera définitivement au masque de hockey dans le 4 (chapitre final).

Note globale 17

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FREDDY & SES SUITES, L’INTÉGRALE DES GRIFFES DE LA NUIT

1 Sep

Cet article évoque l’intégralité de la saga Freddy/Les Griffes de la Nuit, opus par opus : comme pour les Guinea Pig, Massacre à la tronçonneuse et Saw.

 

Les chroniques des quatre premiers opus et du remake ont déjà été diffusés sur un ancien blog il y a cinq ans (2009), les autres rédigés dans la foulée. Quelques textes ont subis des coupes ou des ajouts, certains presque aucun (le 5). Deux cas se distinguent : Freddy 7 (mon préféré), puisque l’article a été écrit pour les besoins de ce grand bilan ; et le 2, car j’ai profondément changé de regard sur lui.

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Si vous voulez d’autres rafales sur les diverses sagas existantes, consultez le tag « Sagas Intégrales ». Plus spécifiquement : Halloween, Vendredi 13, Hellraiser. En-dehors de l’Horreur : Die Hard, Indiana Jones.

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freddy 1

LES GRIFFES DE LA NUIT **

2sur5   En 1984, Wes Craven offre au cinéma d’horreur une nouvelle figure culte, caution à des suites guère ambitieuses si ce n’est pour des meurtres et cauchemars tape-à-l’œil. Incarné par un Robert Englund qui se retrouvera ainsi cantonné à celui-ci, le personnage de Freddy Krueger innove alors par son originalité, puisque l’un des premiers [et toujours des plus fameux] boogeyman en série de l’histoire du cinéma est loin du tueur froid et sans nom auquel le public a l’habitude de se trouver confronter.

En effet, Freddy Krueger est un croque-mitaine qui n’intervient que dans les rêves de ses victimes, d’ou l’atmosphère paranoïaque que dégagent ces Griffes de la Nuit. Le film demeure -chose rare- potentiellement impressionnant ou effrayant un quart de siècle après sa sortie. Wes Craven mixe fantastique et horreur pure [ces Griffes de la Nuit sont outrageusement violentes, ce qui ne sera pas tant le cas de sa flopée de successeurs] et invoquant une peur universelle puisque liée aux cauchemars d’enfance -et surtout à leur anticipation.

Aussi, la lutte contre Freddy apparaît impossible ; l’insomnie est la seule solution pour échapper à ce tueur tout-puissant à l’allure particulièrement terrifiante. Chaussé de son éternel chapeau, vêtu de son incontournable pull à rayures rouges et vertes [le choix de Craven aurait été guidé par le fait qu’il s’agit des couleurs réputées comme les plus agressives] et armé de ses gants et lames démesurées, Freddy arbore un visage brûlé, inhumain, rendant sa présence d’autant plus dérangeante. Indestructible, il va même jusqu’à s’auto-mutiler devant ses proies afin d’accroître leur effroi.

Car c’est la peur qui sert d’abord le bourreau. Wes Craven nourrit son personnage d’obsessions personnelles ; cauchemars infantiles, peur du noir et de l’abandon, le réalisateur traitant, au-delà de la peur de s’endormir, de celle du passage à l’âge adulte. Adultes demeurant ici en-dehors, ne croient et ne pourraient croire à ces histoires que vivent leurs enfants. Or, c’est à cause de leurs méfaits du passé (et dans une moindre mesure grâce à leur négligence d’aujourd’hui) que ces derniers subissent aujourd’hui Freddy. Cet héritage sera évoqué dans quelques suites et notamment le troisième opus, reconnu de façon générale comme l’une sinon la meilleure suite [c’est oublier toutefois la réussite de Freddy 7, avec Craven de nouveau aux commandes, une très maline entreprise de démystification].

Pourtant le film peut laisser sur une impression mitigée, malgré ses qualités, sa proposition initiale et son principe de fond. Les scènes de cauchemars constituent évidemment les meilleurs passages ; ces scènes tendent à être superbes, elles le sont dans la première moitié du film, mais cela ne dure pas et dans la seconde moitié, elle se raréfient. Du reste, les dialogues sont limites et surtout le rythme est extrêmement bizarre, le film suivant une ligne droite avec quelques soubresauts (les visions et/ou meurtres). L’écriture du film est ainsi très contrastée, tout comme le rapport de Craven aux archétypes las du slasher (implantés depuis déjà 5 ans avec Halloween et Vendredi 13) : les personnages sont en phase avec la réalité et capables de parler aux adolescents (divorce, situations familiales particulières, etc).

Mais en dépit de cette sensibilité, Craven se tient à proximité des impératifs du genre, comme s’il redoutait d’allez au bout de son univers. Il n’est pas étonnant qu’il soit plus performant dans Freddy VII et se soit illustré avec les Scream, exercices de style éblouissants et fonctionnels tout en lorgnant vers la farce ‘réflexive’. La bizarrerie du rythme est peut-être la résultante de ce même élan de pudeur voir de résignation quand à son inspiration. Cela abouti en tout cas au très bancal piège dans la maison, puis à final abrupt où le cas du monstre est réglé pour de faux. Les Griffes de la Nuit laisse le sentiment d’avoir assisté à un work in progress dont nous aurions un résumé rapide et c’est embarrassant Les effets du film s’en trouvent d’ailleurs dilués et ses traits plus profonds (la situation de Marge Thompson) sont contournés, à la limite du zapping opportuniste.

Si le film semble échouer à de multiples niveaux et que son univers peut laisser de marbre, il faut avouer que l’ensemble reste honorable et dépaysant. La BO de Chris Bernstein est très sophistiquée dans le genre, avec une atmosphère de révélation limite surnaturelle. Bien qu’aillant un peu vieilli, Freddy sait toujours effrayer, pourra étonner (à défaut d’inquiéter immédiatement) y compris par son degré de sanguinolent [le premier meurtre (Tina) en particulier – inspiré de L’Exorciste?], diverti largement plus que le premier opus d’Amityville et est d’un tout autre niveau que celui minable de la saga Vendredi 13. Objet sympathique et frustrant, Les Griffes de la Nuit apparaît comme une sorte de semi-échec ou de semi-réussite.

Jamais complètement convaincant, Fred Krueger sera en tout cas très rentable pour la New Line, cette maison de production étant boosté par le film de Craven et la saga en découlant. Elle rachètera Vendredi 13 à la fin des années 1980 et organisera un cross-over entre Freddy et Jason, les tueurs des ces sagas de slashers de référence (partageant leur domination avec une troisième, la meilleure : Halloween). Les groupies de Johnny Depp doivent également voir ce film puisque leur idole y jouait son premier rôle au cinéma, léguant à la postérité une mort blobesque ; il fera un cameo dans L’ultime cauchemar, cinquième suite des Griffes.

Note globale 53

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FREDDY II : LA REVANCHE DE FREDDY **

3sur5  Après un premier épisode discrètement comique, les nombreuses séquels des Griffes de la Nuit [cinq comprises ici, de Freddy II à VI] vogueront vers le grand-guignol et un humour prosaïque, optant même pour la pochade vulgaire dès le 3e opus. Il faudra attendre le Freddy 7 de Wes Craven pour un retour en grâce net et global, opus portant un regard critique sur la saga et s’illustrant par sa rigueur et sa prise de distance. D’ici là, Jack Sholder prend en charge cette première suite avant de signer son Hidden, puis une flopée de nanars et de purs divertissements bis.

Le Krueger bouffon de l’horreur devra cependant attendre l’opus de Chuck Russell (le 3e), le très mal nommé Freddy’s revenge entrant en dissonance. Freddy 2 est un slasher complet et Krueger est de la partie comme toujours, mais il frôle le hors-série. Toute la dynamique rêves/réalité est mise de côté, voir éjectée si ce n’est dans l’exposition et le final. Freddy atterrit dans la réalité, s’invite dans une fête et s’avère omnipotent. La Revanche trahit donc complètement les principes posés par le premier opus et s’intéresse à la détresse psychologique du héros, nouvel occupant de la maison des Thompson à Elm Street. Harcelé par Freddy le voulant comme partenaire et l’utilisant comme son bras droit pour tuer, Jesse (Mark Patton) se demande s’il sombre dans la folie.

Le film n’est pas effrayant au sens habituel du film d’horreur, mais il est parcouru par une tension lié à son imagerie crypto-gay et à la perversion disséminée par Freddy. Celui-ci est plus qu’un simple boogeyman (et contrairement à Jason ou Michael Myers, il n’est pas mutique) : c’est un monstre sadien. Quand à la trajectoire de Jesse, elle devient la métaphore d’un coming-out inassumé virant à la psychose. L’ambiance et les sous-entendus homo-érotiques sont constants, avec Graddy, la demande de protection à un meilleur ami loin des regards. Pourtant jamais la notion d’homosexualité n’est évoquée explicitement ni n’existe dans les échanges ou même le conscient des personnages ; il n’y a qu’une évocation, à la sauvette, concernant le vicieux prof de sport auquel Freddy réserve une mort à la limite du BDSM. Le résultat est très inquiétant et donne un vrai drame, en terrain étranger ; le 5 aussi tentera une approche plus sensible avec Alice et son enfant. D’ailleurs on note que passée cette expérience, les producteurs manifestement dans l’embarras ne confieront plus jamais la franchise à un héros masculin.

Si le Freddy troupier n’est pas encore pour cet opus, ce Freddy 2 n’est pas toujours du meilleur goût et tutoie régulièrement le nanar. Il y a de petits côtés ridicules incontrôlés parfois et surtout cette scène ahurissante de la perruche, passage hallucinant digne d’une place d’honneur dans la galaxie Nanarland. Des inspirations en décalage (comme des aperçus d’un autre film) se ressentent, donnant un charme au film sans trop avancer son intrigue, en évoquant Society ou Le Dentiste. Le rêve lié au bus est un trip enfantin très décevant, digne des pitreries au surréalisme niaiseux de Freddy 6 (le pire opus de la saga). Les opus 3 et 4 seront bien plus expansifs niveau morceaux bravoure, alors que l’heure n’est pas encore au cumul d’exploits. En revanche, lorsqu’elle est présente, la violence graphique est extrême et assez grave, ce qui tend à aligner Freddy 2 sur son prédécesseur et les isoler du gore pop-corn rayonnant sans partage par la suite.

Note globale 60

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Note arrondie de 59 à 60 suite à la mise à jour générale des notes.

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FREDDY III : LES GRIFFES DU CAUCHEMAR **

3sur5  Après un second opus faisant guise de parenthèse, Freddy III est la première vraie suite des Griffes de la Nuit. Revenant à l’avant-scène, Freddy enfile pour la première fois son costume burlesque et ose les punchline bouffonnes. Ce Nightmare On Elm Street 3 est donc responsable du tournant grand-guignol de la saga et donc de son identité générale, pour le meilleur et pour le pire. Le meilleur c’est justement cet opus réalisé par Chuck Russell [auteur du ferveur et fabuleusement con Blob sorti un an après], d’une grande inventivité, avec même une certaine grâce, comme lorsque Freddy s’incarne dans un pantin pour s’inviter dans l’espace d’un rêve. Le pire, c’est ce dédain pour l’horreur véritable au profit de spectacles proposant d’autres genres de sensations fortes aux adolescents venant pour un train-fantôme. Le pire c’est donc surtout les opus 4, 5 et 6, tous redevables à cette troisième mouture et tous des déclinaisons inférieures.

Sans les maladresses ni la foi aveugle en ses excès tape-à-l’oeil du premier opus, Freddy 3 respecte assez scrupuleusement les avatars de sa mythologie tout en boostant son langage. Avec le très moyen sixième volet qui tentera de mettre un terme à la saga, Freddy 3 est celui qui cherche le plus à amplifier l’univers du croquemitaine et à en explorer de nouveaux horizons. Plus axé sur le fantastique que l’horreur pure, le film permet à ses adolescents d’exploiter leurs rêves, leur permettant d’y déambuler afin de pouvoir mettre fin à Freddy et de facto à leurs cauchemars. Ce dernier devient un véritable showman, soignant ses entrées, raffinant ses agressions et surtout les personnalisant [qu’une fillette se repose sur une figure paternelle rassurante et il se révèle ; en ce sens, Freddy 3 est la seule suite à tutoyer les thématiques du film de Craven]. Le sadisme de Krueger est subtil et son personnage a une épaisseur que Jason Vorhees comme Myers n’ont pas. Il est bien trop dissipé et criard pour concurrencer Pinhead de Hellraiser, mais son charisme est supérieur au boogeyman standard. Freddy gagne également en épaisseur en tant qu’individu puisqu’on apprend sa genèse et l’existence d’Amanda Krueger.

L’emprunte de Wes Craven s’impose en toile de fond mais de nombreux choix divergents s’y ajoutent ; ne jetant pas l’éponge comme il le fit sur Freddy 2, il laisse aux producteurs de la saga un scénario largement réécrit par le tandem pour le moins improbable Russell/Darabont. Si sa créature lui semble définitivement dépossédée, ses pérégrinations trouveront ici leur point d’orgue, avant la décrépitude dans des proportions raisonnables (le crash total des Vendredi 13 est loin). Le film a vieilli mais sa désuétude plutôt que de l’handicaper lui confère aujourd’hui une touche vintage qui lui sied bien, au contraire du 4 bien trop dans la farce has-been. Mariant le spectaculaire, l’horrifique et le grand-guignol avec une efficacité indéniable, l’ensemble tend parfois au délire carnavalesque, graphique [à partir de rêves d’ados complètement décérébrés, le film est bien plus sombre et extravagant visuellement] comme scénaristique, mais avec toujours une main de fer pour canaliser ce goût pleinement assumé pour l’absurde afin que les déviances « fun » ne basculent pas dans un ridicule involontaire prenant le pas sur le grotesque gratuit.

Le compromis entre un récit suffisamment consistant et une dose polie d’hystérie bis, la légèreté du ton et le volontarisme dans l’outrance, permet la réussite de cette entreprise honnête et régressive, aux ambitions récréatives menées à leur terme. Cette effusion de gadgets, de gore et d’ironie donne curieusement force à un mythe, l’enrichit en tirant vers le haut son potentiel grandiloquent. En même temps Freddy III s’affirme en réel film d’épouvante, même inefficace ou rigolard, car il a la dimension exploratrice nécessaire aux exigences de ce registre. Cet équilibre se reflète dans le traitement des personnages, souvent considérés avec dérision : répliques à la bêtise ironique ; malades qu’on nous invite à davantage prendre pour des imbéciles que pour des sommes d’angoisse ; pittoresque scène de la journaliste TV ; lycéenne se rêvant punk et rebelle jusqu’au bout des ongles, etc. Simultanément, c’est avec une empathie sincère, étouffée sous la couche de bouffonneries, qu’il jette son dévolu sur d’authentiques peurs ou préoccupations adolescentes, la tentation du suicide en tête.

Note globale 60

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FREDDY IV : LE CAUCHEMAR DE FREDDY *

2sur5  Démonstration du tournant définitivement ce Freddy vers le statut de vache à laid grand-guignol [ce sera le gros succès de la saga], cette quatrième mouture se distingue par sa cynique nullitude et ses frustes manières de film MTV. Avec The Dream Master, Freddy devient un gros beauf et la mascotte d’un train fantôme. Ridicule mais divertissant, Le cauchemar de Freddy tient du clip pop-rock à rallonge et n’a plus beaucoup à voir avec un film d’épouvante. On sent les années 1990 arriver au travers de cette intrigue et ce traitement superficiels et glam-trash, anticipant les Souviens-toi l’été dernier ou Dangereuse alliance. L’ensemble est d’une profonde stupidité dès le départ et c’est le premier opus assumant à ce point la bullshit générale ; il restera indépassable, même le 6 (plus minable que crétin festif) ne pouvant concurrencer. La bêtise cohabite avec la flamboyance et cet opus est à sa façon le plus lumineux, en tout cas celui brillant par ses effets spéciaux.

L’histoire se concentre sur une victime en particulier ; cette fois, l’héroïne est introvertie et relativement timide, mais pas seule au monde. Alice rêve de briser la glace et envoyer tout [le monde] valser, ou de s’affirmer et entrer dans la compétition sexuelle, mais ne le fait pas, évidemment. Mais lorsque démarre sa lutte contre Freddy, alors elle sort d’elle-même et entre dans une phase ultime de rebellitude. A l’image de ses camarades, la jeune Lisa Wilcox est une interprète honorable, mais est bien la seule à infuser une habile dose de second degré à sa personnage [notamment lors de sa  »métamorphose »].

Produit d’une grande vulgarité (le chien pisseur du feu), le film de Renny Harlin (l’homme des navets loufoques crâmant leur budget dans l’allégresse – Peur bleue) fait toutefois preuve d’une grande maîtrise technique et son visuel arbore des allures nettement plus contemporaines, même si le goût est tout aussi has been. Beaucoup de choses peuvent être reprochées à Freddy 4 (dont le sabotage du mythe), mais c’est une réussite graphique et son catalogue d’exploits aussi bêtes que spectaculaires fait la différence avec la plupart des autres sequel. Sans afficher le style de Freddy 5, le film s’inscrit décemment dans la lignée du film de Chuck Russell quand à l’imagerie glauque clownesque. À la hauteur de sa mission, Freddy 4 fait preuve d’une certaine inventivité dans les scènes de rêve et de meurtres [la fille aspirée par un grand écran notamment ; ou encore l’exemple, souvent cité, de celle muée en cafard], lesquelles évoquent toujours un certain parfum de contrefaçon et une espèce de surréalisme discount. Les ados se font (inter)venir les uns les autres dans leurs rêves, d’autant plus librement qu’il n’y a pas de narration réfléchie.

Versant dans le teen-movie degré zéro, crétin mais pas forcément plus que la moyenne, la franchise se complaît dans la banalité, mélangeant ses propres poncifs à ceux de tout un genre. L’humour lourdeau tente de se marier à l’horrifique pour offrir un cocktail adroitement calculé aux dehors extravagants, pendant que Freddy et ses victimes se vautrent allègrement dans une beaufitude sans fards – mais une beaufitude bankable, propre. En gentleman appliqué, Freddy se surpasse s’agissant d’y aller de sa petite vanne ; il nous garnit d’un tout bidon « j’aime la nourriture spirituelle » alors qu’il se repaît d’une tête d’olive, et ne passe pas non plus à côté du « bienvenue au pays des merveilles, Alice ». Raté, ce zèle ne lui permettra pas de se classer parmi les incontournables : on peut accepter le contrat (se vider le cerveau devant un show gratiné et totalement creux) et repartir avec quelques anecdotes (la nymphe piégée dans le matelas d’eau), à la fin il faut admettre que le croquemitaine y perd.

En effet celui-ci apparaît comme un faire-valoir de placements produits ; au-delà de Krueger chaussant ses Ray Ban, le spectateur est surtout abreuvé d’un rock piteux ou de rap lisse, de l’easy-listening de boeufs si on préfère. Par décence ou minimum syndical de respect envers les créateurs et notamment LE créateur, Wes Craven [de nouveau sur la fiche technique pour le troisième opus, il a contribué à la réussite de la seule ‘vraie’ sequel un peu plus que potable], les producteurs tuent de nouveau Freddy au terme de sa nouvelle aventure. Mais pour de faux, on le sait.

Note globale 42

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Note arrondie de 41 à 42 suite à la mise à jour générale des notes.

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freddy, l'enfant 5

FREDDY V : L’ENFANT DU CAUCHEMAR **

3sur5  Souvent considéré comme le plus inintéressant de la saga par de nombreux fans, Freddy 5 est pourtant, à un stade ou la saga aura blasé les plus impatients, une très bonne surprise – et un film fantastique assez captivant. Moins primairement « second degré » et grand-guignol [mais nettement plus finement quand il s’agit d’adopter cette posture], l’opus du futur réalisateur de Predator 2 ne se confond pas dans la bouffonnerie : c’est peu de le dire et pour un Freddy, c’est déjà beaucoup, presque un parti-pris impertinent vis-à-vis du caractère général de la saga : les deux opus précédents et le suivant relèvent de la gaudriole unilatérale (quelque soit leur niveau par ailleurs).

Dissipant l’exubérance stérile devenue caution à un nivellement par le bas, L’enfant du Cauchemar adopte un ton franchement solennel concernant les péripéties de son personnage principal, à l’instar du second opus. Réexploitant certains éléments de son prédécesseur [la maison abandonnée et Alice, qui de nouveau se bat contre Freddy dans ses rêves], le film démarre cette fois sur une idée aussi astucieuse qu’abradabrantesque, Freddy se réincarnant dans le bébé qu’Alice doit enfanter. Rompant donc avec la vulgarité et le tape-à-l’oeil mais pas avec certains recours faciles, Freddy 5 se montre plus audacieux, même si ses innovations se concrétisent avec plus ou moins de bonheur (le final n’est pas forcément concluant et laisse sur un goût mitigé). Contrairement à ce qui est admis généralement, le croquemitaine y apparaît moins comme un bouffon, par contre son image est fragilisée. Moins terrifiant, perdant de sa superbe et de sa toute-puissance, le personnage évolue pour se muer en une sorte d’écorché soudain vulnérable.

Toujours aussi grossier, Freddy gagne en épaisseur alors qu’il n’évoluait en rien dans le précédent opus où il vacillait vers la figure du vieil oncle amuseur en chef de galerie familiale. Mais surtout, si son humour [ »noir »] s’étiole, il est plus déchéant, plus résolument trash. Ce vieux bonhomme qui se met au champagne et s’arrache le bras plus hilare que jamais semble résigné à sa propre décadence. Le mouvement est loin de celui ostentatoire de Freddy 7, surtout moins délibéré, mais en s’épurant de ses marques de fabrique, le boogeyman acquiert un nouveau souffle, court mais alternatif. Cette nouvelle déclinaison ne vit que pour masquer sa terreur d’assister à l’épuisement d’une formule avec laquelle elle se débat.

Malheureusement en tentant d’étendre cette chétive mythologie, démultipliant à l’infini les possibilités [Freddy dans ce corps-là, puis dans celui d’un autre, puis dans une voiture, puis plus dans une voiture] comme dans Hidden (réalisateur de Freddy 2!), le film a le défaut de vouloir brasser un peu trop, échouant globalement à réinventer son mobile de fond en comble. Finalement assez lisse malgré son apport conséquent au personnage-fétiche, le scénario est inspiré mais pas toujours parfaitement cohérent ou limpide. Quelques références, non attestées cependant, nourrissent le film : Rosemary’s Baby bien sûr, mais aussi Labyrinthe et ses escaliers, Eraserhead pour les joues de hamster ou Tetsuo pour le premier meurtre.

Lorsque les ambitions lacunaires s’effacent au service du spectaculaire, l’inventivité de Freddy 5 s’affirme pleinement dans sa facette graphique (la BD, les poupées, l’usine). Plus noir et surtout baroque, presque gothique, le film se dote de ce qui manquait à l’effervescent Freddy 4 : une ambiance et un style. L’enfant du Cauchemar inspire bien plus le cauchemardesque [scène du dîner très réussie]. Freddy 5, en bout de course, est un petit film d’horreur de facture plutôt classique mais très bien conçu, dont les parfois réjouissantes qualités plastiques prennent le pas sur la psychologie de personnages pourtant abordés avec un mélange d’empathie et d’ironie plus ambigu encore que dans le film de Chuck Russell. Le fan s’y retrouve donc difficilement, le néophyte peut estimer cet essai hybride comme une bouffée d’oxygène. Pour les simples curieux, c’est peut-être mieux ainsi.

Note globale 58

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Suggestions… L’échelle de Jacob + L’armée des 12 singes

A Nightmare On Elm Street – Part 5 : The Dream Child** (5/10)

Notoriété>10.100 sur IMDB (plus faible, nettement) ; 425 sur allociné (2e plus faible, de peu)

Votes public>4.7 sur IMDB (2e moins bon score : légère tendance féminine) ; France : 4.8 (allociné ; 2e plus mauvais ex-aeco avec Freddy 6)

Note arrondie de 57 à 58 suite à la mise à jour générale des notes.

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FREDDY VI : LA FIN DE FREDDY – L’ULTIME CAUCHEMAR *

1sur5   Ecopant d’une lourde perte de vitesse de ses recettes, reçu tièdement par les fans, Freddy 5 amène la société de production New Line à ré-envisager le cas du croquemitaine. Il est clair qu’à ce stade le filon est épuisé, l’ambition a disparue, ainsi que toute fraîcheur ou illusion. Des suites sans inspiration dont l’inventivité concernait surtout les meurtres ou exploits visuels ont dénaturé l’esprit d’un film initial lui-même devenu particulièrement suranné et rétrospectivement révélé dans toute sa redondance, ses lacunes et sa platitude.

La mise à mort définitive de Freddy est ainsi décrétée. Prend place alors le rendez-vous raté avec un final qui serait une fête, révélant les coulisses, invitant à « vivre » le mythe au plus près, pénétrer dans l’intimité de Freddy en levant le voile sur l’essentiel des mystères planant sur une mythologie paresseuse. Donner un passé au croquemitaine était essentiel pour consolider l’initiative et dans les grandes lignes cet Ultime cauchemar réussit à répondre de façon cohérente à la logique de la saga, en faisant vaincre Freddy Krueger par sa propre fille. Loin de toute intensité (quoique l’absurde combat final soit hypnotisant), leurs retrouvailles ficellent adroitement la biographie du monstre ; Les Griffes originelles campaient un propos sur le passage à l’âge adulte et les peurs de l’enfance, un boogeyman arroseur arrosé constituait la plus facile mais aussi la meilleure sortie possible.

Le cheminement vers l’évidence ne se fait pas sans révélations plombantes. Flash-back à l’appui, le scénario met en scène un Freddy « pré-freaks », côté réalité, mais le portrait de ce père de famille aux tares inavouables annihile tout mystère sans contrebalancer par de quelconques nouvelles pistes. Carrément cartoonesque, Freddy tente de faire peur à nouveau mais ne parvient jamais à saisir le ton juste, le film adoptant des allures d’ennuyeuse série B audiovisuelle vaguement prétentieuse. Comme pris de convulsions, il passe d’une sobriété feinte confinant parfois au ridicule à la blague épaisse, traînant ces deux pôles antinomiques avec un professionnalisme embarrassé.

Même dans le 4 très borderline, il y a toujours une construction spontanée et une cohérence dans les actions. Là, le scénario est honteux : quelques idées sont posées et elles sont finalement survolées ou traitées avec amnésie (les adolescents décimés, les Nightmare On Elm Street partout, puis tout ce repompage du Village des Damnés). Le manque d’intelligence est phénoménal : le 4 est dans la bêtise, mais sa bêtise est celle d’un show ouvertement dans la farce et il enchaîne avec force. Là, si ce n’est un sabotage pénible, c’est une tentative d’arriérés : en d’autres termes, le 4 est conçu pour nous abrutir dans la joie MTVesque quand le 6 semble initié par des monocellulaires sous coke s’adressant à des débiles légers.

Présentant son film en 3-D, Rachel Talalay ne semble à l’aise que lorsqu’elle aborde le terrain des effets spéciaux. Mais la virtualité au cœur du film est loin de le booster, le sens du spectaculaire de l’équipe technique tenant ici du ridicule achevé. Le voyage ouvertement ludique au cœur d’effets kitschs éreinte dans une interminable dernière partie, puis sidère lors de son morceau le plus fameux, celui de l’inénarrable incursion de Krueger dans un jeu vidéo très moche et primitif (sachant qu’il y a deux produits dérivés dans ce domaine, sortis en 1989). Aspirant dans une télévision [rappelant clairement Videodrome, autant dire qu’on frôle le blasphème tant un bon lot d’années-lumières sépare les deux niveaux] un ado qu’il pourchasse avant de le tuer, Freddy se livre à une expérience aguichante seulement sur le papier, devenue culte chez la minorité de fanatiques qui ne fut pas assommé par la médiocrité de cette farce ratée de bout en bout.

Mêlant une froideur toute 90′s à la folie simulée des Kruegers 80′s, L’Ultime Cauchemar propose de tuer Freddy en chaussant ses lunettes, instaure un présupposé BG de service au poste de héros et fait péter le rock consensuel à fond les ballons. Le hic : tout n’est que laideur et lieux communs – sinon, pour l’originalité, la mort très branque de John. La scène d’intro, référence avouée et sans ambiguïté au Magicien d’Oz, pourra amuser les fans de ce classique mais n’en demeure pas moins hideuse. Freddy semble ainsi tirer sa révérence en frisant l’escroquerie, sous des allures pleines d’entrain et de sincérité. Et lorsque défile un best-of de l’épopée Kruegerienne sur fond de merdique tube d’un jour d’Iggy Pop, pas une once de nostalgie, ce n’est autre que le soulagement qui nous envahit.

Note globale 30

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Gacy + Halloween Resurrection + Demon House + Halloween 3 + L’Antre de la Folie 

Note arrondie de 29 à 30 suite à la mise à jour générale des notes.

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freddy 7 sort de la nuit 2

FREDDY SORT DE LA NUIT (FREDDY VII) ***

4sur5  Trois ans après l’affreux Ultime cauchemar marquant la mort de Freddy et un final où il reprenait sa forme humaine, Wes Craven relance pour un dernier opus la saga. Cette reprise en main est une façon de régler son compte à une franchise qui le contrarie, l’ensemble des suites ayant rompu avec ses Griffes de la Nuit pour évoluer vers la performance trash et la gaudriole. Néanmoins Craven lui-même est en pleine décadence pendant cette décennies (années 1990) et ses ‘classiques’ de l’Horreur sont parmi les plus sur-cotés : La dernière maison sur la gauche, La colline a des yeux (balayés par leurs remakes) et même Les griffes de la nuit.

Prenant tout le monde à revers, Freddy sort de la nuit est une réflexion sur le boogeyman, son traitement par Hollywood et par les médias, son interaction avec le public et avec ses auteurs. Heather Langenkamp, héroine des Griffes de la Nuit et présente dans Les griffes du cauchemar (3e opus) interprète son propre rôle, tout comme Robert Englund et Wes Craven. Langenkamp a mis de côté le cinéma et s’occupe de son enfant Dylan. Lorsque New Line (réellement productrice des Freddy) la contacte, elle refuse de reprendre le rôle pour le 7e opus en préparation, sur lequel un scénariste travaille dans le secret depuis deux mois.

Mise en abyme de rigueur et plutôt qu’un véritable film dans le film, c’est un tournage secret dans le film, où les parties impliquées de près ou de loin deviennent les pions de cet obscur projet. L’idée du scénario dirigeant la réalité renvoie à L’antre de la folie, l’un des sommets de John Carpenter qui sortira l’année suivante et l’exploitera avec une plus grande envergure. Craven passe en revue l’impact de Freddy sur le public et la façon dont celui-ci a été transformé par le marché et le collectif. Il est désormais un bouffon de l’horreur et l’ombre pathétique de celui qu’avait élaboré Wes Craven. Néanmoins, lorsque Robert Englund vient satisfaire la ‘freddymania’ sur un plateau, l’aura malsaine du boogeyman se ressent du point de vue de Heather Langekamp.

Le nouveau statut de Freddy reflète par ailleurs la banalisation de l’Horreur dans les esprits, celle-ci étant (au cinéma) devenue un objet de consommation courante parfaitement mobilisateur. Les enfants eux-mêmes connaissent les monstres, en tout cas celui des Griffes de la Nuit ; c’est d’autant plus ironique dans son cas puisqu’il est un pédophile devenu démon suite à sa mise à mort. Craven combine son désir de revanche et son approche conceptuelle en se réappropriant sa créature de façon critique ; il entame sa grâce de freaks, son crédit de star et lui accorde un maquillage plus ostensiblement fait de plastique (qui a énormément heurté ses groupies, peu sensibles au discours du film et à son rythme). Jamais Freddy n’aura cependant été aussi inquiétant et son meurtre à l’hôpital est un véritable moment de terreur et de désarroi pour la victime.

En plus de poursuivre ses propres créateurs, Freddy reprend le pouvoir sur la farce dont il est devenu le héros. Prenant acte de sa mort dans la saga, il vient se réfugier dans la réalité en amadouant les spectateurs comme il amadouait les enfants, pour finalement les faire basculer dans son territoire. La thèse de Craven est multiple et se lit comme un tandem de boucles croisées et achevées. Rétrospectivement, Freddy sort de la nuit apparaît comme la préfiguration de Scream. Avec celui-ci et ses suites, Craven portera à nouveau un regard sur l’horreur et ses clichés, mêlés entre premier et second degré, tout en traitant leur héritage dans la réalité. Cette entreprise ambiguë entre ré-enchantement et auscultation de l’Horreur aboutira à une vague de néo-slashers parodiques, portant un coup fatal à l’Horreur, bien plus que les farces doublement inoffensives que constituaient les Freddy 3 ou 4. Jusqu’au-bout, la démonstration (plusieurs en une, en fait) est parfaite, valorisant son directeur tout en corrompant ses instruments.

Note globale 76

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…

Note arrondie de 75 à 76 suite à la mise à jour générale des notes.

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freddy remake

LES GRIFFES DE LA NUIT (REMAKE) **

2sur5 Toucher à un sanctuaire horrifique condamnait inéluctablement Samuel Bayer (directeur du clip de Smells Like Ten Spirit) au mépris de la classe cinéphage, encline par nature à ce type de railleries la confortant dans ses assurances douillettes. Et quoiqu’effectivement très mal accueilli, ce reboot des Griffes de la Nuit était une proposition intéressante. Le potentiel du film de Wes Craven se dissipait tant sous des graisses kitschs que la simple idée de les voir élaguées par un second tour de piste plus sombre et pas moins calibré promettait, à défaut de justifier cette réputation franchement surfaite, au moins de restaurer l’intelligence diffuse des obsessions distillées par cet opus originel.

Sans pleinement satisfaire ces timides espoirs ni même tout à fait escroquer son lynchage, Les Griffes de la Nuit 2010 est une relecture intéressante du mythe de Freddy. Ce huitième opus [ou neuvième, en comptant l’hors-série Freddy contre Jason, cross-over avec la saga Vendredi 13] est une des productions de Michael Bay et sa série de remakes/reboot. Celle-ci est une synthèse laquée de l’horreur premier degré et principalement pour ados qu’Hollywood a engendré autour de 2006-2013. Un réalisateur novice venu du clip, des jeunes acteurs qui ne se sont pas souillés dans l’horreur parodique, un style très grave tout en restant évasif, des personnages intenses mais superficiels.

Comme la version 2009 de Vendredi 13 supervisée par la même équipe, cette version 2008 de Nightmare on Elm Street fait partie des bons éléments. Contrairement au nouveau Vendredi 13, plus neutre, ici le ton est mature. L’heure est au sérieux extrême, les adolescents sont tous troublés ou résignés. Le réalisme s’en trouve décuplé, l’évocation de la pédophilie est frontale et Freddy concerne le passé des grands ados, pas de leurs parents. Cette solennité et ce pragmatisme relatif inclus tout, y compris le personnage de Freddy dont l’allure est celle d’un authentique grand brûlé et non d’un démon. Il y a peu d’humour de la part de Freddy et lorsqu’il y en a, les punchline sont ‘sombres’, pour rester sobre.

De plus les auteurs ont eu l’excellente idée d’introduire la notion de micro-sommeils et en tirent de quoi doper l’ambiance avec un minimum de justifications. Ce manège glacial fonctionne tant que le spectateur est sensible aux charmes maniéristes sans être saoulé par le conformisme aux codes de l’époque. Le soin technique apporté à la remastérisation de visions dantesques initialement déjà frivoles ravit nos pupilles par à-coups. Quelquefois se ressent cette satisfaction d’apercevoir l’once d’une terreur ou d’un pouvoir de fascination immédiat ; un potentiel immense, avec déjà le contenant, qu’il ne resterait qu’à orienter un peu plus. De ce point de vue ces Griffes 2 sont à la hauteur des Griffes 1, dont les séquences oniriques faisaient un petit effet tant que l’initiative et sa beauté suffisaient à omettre le vide et l’absence de destination.

Malheureusement, il y a Rooney Mara et il est temps de remettre en question l’exploitation de cette actrice ; ici elle ne joue pas mal, elle est là, lâche son texte sans se départir de sa poker face parfois crispée, entre le flegme et le malaise face aux événements. Sa simple présence devient parfois une lourdeur, heureusement dissipée par Kyle Gallner (Quentin) partageant quasiment le rôle-phare avec elle à mesure que le film avance. Celui-ci s’achèvera de façon idiote, mais conforme, posant un petit choc ultime gratuit une fois que tout est réglé : c’est fait comme du bis luxueux de son temps, mais en soi c’était déjà l’issue du film de Craven. Globlament, le premier film solo de Bayer laisse la sensation d’un spectacle un peu vain comme prévu, mais prenant parti et allant au bout, se positionnant bien parmi la masse sans s’en distinguer.

Note globale 53

Page Allocine & IMDB + Zoga sur SC

Suggestions… Carrie la Vengeance    

A Nightmare On Elm Street-remake**

Notoriété>7.000 sur IMDB

Votes public>5.6 sur IMDB (tendance très marquée -30 ans) ; USA : 6.0 (metacritic)

Critiques presse>USA : 3.4 (metacritic) ; UK : 4.0 (screenrush)

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freddy les griffes

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HALLOWEEN, LA NUIT DES MASQUES ****

30 Oct

halloween nuit

5sur5  Et si le premier grand film d’horreur formaliste n’était pas Shining, mais plutôt le sommet du slasher-movie ? Plus de trois décennies après, Halloween la Nuit des Masques demeure un monument d’angoisse et de suspense à partir de rien ou presque (ce rien étant le grand sujet invisible du film). Aucune effusion de violence ni de gore, aucun effet appuyé si ce n’est sa musique culte omniprésente tout au long du métrage. Le scénario aussi est épuré ; il n’empêche que sa construction est un modèle de perfection (et donc, d’efficacité).

 

A la fin des 70’s, Moustapha Akkad, qui sera producteur de l’ensemble de la lucrative saga, épaté par la vision de son Assaut, demande à John Carpenter d’écrire et réaliser un film mettant en scène un tueur psychotique s’en prenant à une babysitter. Carpenter et sa compagne Debra Hill confectionnent ensemble le projet, mais modifient sensiblement ses ingrédients. L’auteur s’est exprimé à ce sujet : « Je voulais faire depuis longtemps un film effrayant et c’est Psychose qui m’a donné envie de faire Halloween. J’ai simplement ajouté au film d’Hitchcock une dimension surnaturelle en faisant du tueur masqué une incarnation du Mal ».

 

C’est grâce à ce parti-pris que cette humble série B à petit voir micro budget (325.000 $) et au tournage de trois semaines deviendra l’un des films les plus rentables de tous les temps (à l’instar de Blair Witch), décrochera une foule de récompenses dont le grand prix d’Avoriaz (1979) et, surtout, marquera la véritable inauguration du slasher, appelé à devenir un des sous-genres les plus fréquentés du domaine de l’horreur. Pour l’anecdote historique, le genre avait connu ses premiers balbutiements avec Black Christmas quatre ans plus tôt, toutefois le film canadien, encore plongé dans une forme assimilable au giallo (genre italien considéré comme ancêtre direct du slasher, notamment par rapport à certains travaux de Mario Bava comme La Baie Sanglante), ne sera pas comme Halloween une matrice dont chaque tics sera inlassablement repris.

 

C’est le film d’un genre, mais parce que c’est un film autonome sur le fond, avec quelques codes repris et d’autres qu’il va imposer sur la forme. Avant d’être le modèle du slasher (ce qui n’était pas délibéré), Halloween est un film parfait, le spectacle analytique du Mal engouffré dans l’ordre des hommes (ce qui n’était peut-être pas délibéré non plus, c’est le contre-coup du génie). Le spectateur est renvoyé à beaucoup de normes (les amies de Laurie sont des pouffes de leur époque) et concernant le Mal, aux conceptions du Dr Loomis qui pourchasse Michael Myers (les yeux de charbon comme ceux du Diable, par exemple – mais le Diable est encore trop complexe et sinueux). Il n’y a pas de parti-pris idéologique ou de message et sur le fond le film est, en un sens, parfaitement vide. Ce vide c’est celui de Michael Myers venu déchirer la toile doucereuse du réel, celui où tout le monde dort éveillé, celui qui recèle quelque chose de magique tant que le trivial et les désirs ne se font pas trop voir.

 

Par le biais de Michael Myers le film traduit la présence du Mal, inscrite dans les rouages de l’harmonie du monde, en sommeil permanent. Toutefois Michael est présenté comme une force de la nature insubmersible et implacable : rien ne semble pouvoir en venir à bout. Qu’il n’ait aucune motivation apparente, aucun passé traumatique connu rend d’autant plus impuissant à se rassurer car la rationalisation est encore plus ardue que la résistance à son emprise.

 

Et ce Mal habitant Myers n’a pas attendu d’être forgé. Il était en lui et s’est déployé ; le choc, c’est que cette première manifestation absolue se produit lorsqu’il a six ans, où il assassine froidement sa sœur de dix ans son aînée. Une enfance dont la vocation est l’annihilation, nette, sans souillure. Myers et Laurie Strode se reflètent à ce niveau : voilà deux jeunes personnes procrastinant pour devenir tout à fait adultes, mais le sont déjà néanmoins, au point d’être précocement secs et placides. Le tueur et l’héroïne sont deux adultes-enfants à l’étroit, lui dans un monde qu’il ne voit pas, elle dans un qu’elle comprend sans parvenir à l’ingérer en profondeur ; lui attendant son heure, elle redoutant la sienne.

 

Enfin si Halloween exerce une telle fascination c’est pour son effet de réel incomparable, qu’il doit à sa mise en scène subtile et sa simplicité achevée. L’action est resserrée autour de quelques lieux et personnages exposés à fond, quitte à contempler la banalité de leur existence, en sachant toutefois que celle-ci se trouve soudain sous la menace. C’est cet enveloppement du Mal dont l’odeur se fait sentir sans qu’il se trahisse qui alimente la tension. Carpenter gère son film comme une chorégraphie, qu’il épure et aère, capture dans des plans larges et via des lumières crues. Il nous prête la position de Michael Myers en de multiples occasions (la vision subjective) au point que nous sommes mis en position de complice potentiel, mais sans connaître toujours vraiment la nature du regard présent.

 

On a reproché au film des traits puritains. Il n’y a pourtant pas de posture morale et il n’y en a probablement même pas chez Michael Myers. Toutefois il s’en prend effectivement à de grands adolescents ou jeunes adultes  »pêchant » par la drogue et le sexe. Probablement ces élans vitaux vulgaires contrarient l’ataraxie de Michael Myers, main sereine et implacable de la Mort. John Carpenter a regretté une telle association, lui dont le cinéma plutôt contestataire, quelquefois proche du mysticisme, est peu enclin à ce genre de préoccupations. L’ironie, c’est qu’on a aussi reproché à son film (et à la suite directe, le très violent Halloween 2, plus encore) d’être une sorte d’hymne à la dégradation et de déversoir de mauvaises passions. Au demeurant, tout le genre subit cette double accusation : fonctionner sur des schémas puritains et les valider ; être racoleur et d’un cynisme démoniaque.

 

En tout cas, Halloween a forgé les clichés d’un sous-genre horrifique et a contaminé bien au-delà. Ça s’appelle une matrice et en plus c’est un film définitif. Tout y résonne à merveille ; contrairement au genre, justement, parangon de superficialité. Les slashers des 80s avec en vedette les concurrents de Michael Myers l’ont démontré (Freddy et Jason) et même mais dans une très moindre mesure, les nombreuses suites de Halloween.

Note globale 98

 

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Suggestions…

 

La saga :

* tous les opus du 2 au 6 + Halloween 20 ans après & Halloween Resurrection

* la nouvelle saga (dont le remake) de Rob Zombie

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SAGA MASSACRE A LA TRONCONNEUSE **

19 Août

Alors que Marilyn Burns (héroïne de l’opus originel de 1974) est morte il y a deux semaines et qu’un huitième opus viens d’être annoncé : focus sur la franchise « Massacre à la tronçonneuse ». 

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MASSACRE A LA TRONÇONNEUSE **

2sur5  Avec son titre évocateur, Massacre à la tronçonneuse est un peu le film d’horreur de référence pour les masses. C’est une erreur parmi d’autres dans la façon dont ce film est considéré. Massacre à la tronçonneuse est l’une des œuvres les plus surestimées de tous les temps et ne doit sa notoriété et sa réputation élogieuse qu’à des concours de circonstances favorables. Outre ce titre, donc, il y a l’effet de la censure, demeurée effective au Royaume-Uni jusqu’en 1999, si on veut s’impressionner.

Si le film a bien mis cinq ans avant de sortir en VHS en France par exemple, il a été accessible comme n’importe quel autre de son genre dès les années 1980. Cette espèce de délire fantasmatique collectif n’a fait que doper ses scores, que ce soit sur le marché de la vidéo ou dans les sorties en salles à retardement. Il lui a surtout donné un parfum d’interdit et de transgression, qui en font donc le film d’horreur total où le versant sombre de l’Humanité s’exprime, tout comme ce fut le cas pour Le Silence des Agneaux à sa sortie, dans un registre plus sophistiqué. De surcroît, en posant l’affaire « massacre à la tronçonneuse » comme un faits divers qui serait réel mais tû voir camouflé par les autorités, Hooper adopte la parfaite attitude pour créer une légende urbaine (il ré-éditera dans Massacre 2).

Ce parfum sulfureux, Texas Chainsaw Massacre l’honore aussi par ce qu’il montre ; il n’en demeure pas moins un produit bancal et même faible à bien des endroits. Le film démarre avec une bande de jeunes semi-hippies prennant en stop un bien étrange garçon, une sorte de gothique de foire ou de Jacquouille hardcore. Se déroule alors l’interminable séquence de la camionnette où sont présentés des personnages catastrophiques (y compris l’handicapé, au caractère vaguement plus subtil). Après une demi-heure d’exposition, tout le reste se déroulera dans une maison perdue du Texas explorée par ces jeunes gens sous le choc, bientôt assailli par des tueurs pouilleux, dont un homme à la tronçonneuse.

La dernière demie-heure est la descente aux enfers d’une membre du groupe, prisonnière de Leatherface et sa famille au terme d’un jeu du chat et de la souris. Les excentricités de cette petite troupe s’épanouissent alors dans une grande parade malsaine dont le point culminant est la scène du dîner. Géniale dans l’idée, elle sera reprise abondamment tant l’intention et l’image sont fortes. Si elle est assez percutante par sa folie macabre, sa valeur elle-même est à relativiser : en d’autres terme, le climax de Massacre à la tronçonneuse lui-même est incertain. Car Massacre peut produire un certain effet à la découverte, en particulier pour les néophytes de l’horreur.

Dans un contexte où l’Horreur est dominée par Psychose (1960) ou Rosemary’s Baby (1968), le surgissement d’un tel film (en 1974) est clairement un bouleversement. Pour autant, la contribution de Massacre est faible, tout comme l’intelligence de ses procédés, la cohérence et la puissance de son style. Tout est très bavard et même explicatif (littéralement) dans Massacre et ses ambitions allégoriques sont au ras-du-bitume (elles s’expriment notamment via la radio au début). D’ailleurs, Tobe Hooper s’est exprimé en des termes bassements confus et pauvrement opportunistes pour créer du sens à son bébé.

Or si Massacre est en non-conformité avec l’épouvante old school et qu’il est un pionnier dans le nouveau cinéma d’horreur, où règneront les slashers et le gore, ses critères esthétiques ne sont pas des cadeaux pour le cinéma de genre et le bis horrifique. Il peut même être considéré comme l’un des premiers totems du classicisme horrifique putassier et décérébré : des jeunes, une maison bizarre, des protagonistes tordus et régressifs, aucun enjeu particulier tant que l’attaque n’a pas commencée, puis tout le monde mourra (ou tous sauf un/une). Plus spécifiquement, Texas Chainsaw est un des pionniers du slasher, ce sous-genre qui n’aboutira véritablement que dans les années 1980, mais Halloween la Nuit des Masques sorti quatre ans plus tard (1978) est le véritable fournisseur de cet univers, en plus d’être une matrice pour toute l’Horreur.

Alors il faut savoir apprécier Massacre à la tronçonneuse pour lui-même et surtout en occultant le niveau extrêmement élevé où il est traditionnellement placé. Et on découvre un folklore étrange, un arrière-monde poisseux particulièrement gratiné. Texas Chainsaw Massacre est un spectacle crade à l’extrême et Tobe Hooper sait faire des vices de sa mise en scène des bénéfices, allant jusqu’à insister sur le grain épais et sur le bazar des décors pour donner ce résultat si impur. Il est lent, lourd, pendant une grande partie, hystérique tout le long. Le genre est à déterminer : humour nihiliste ou horreur surréaliste ? Hooper embrasse les deux et le piège tendu par sa confrérie de rednecks hostiles rend l’affaire viscérale, surtout lorsque papa se présente comme un brave bonhomme prêt à secourir la dernière survivante.

Cette bêtise crasse, ces gueules de biais, auront toujours une capacité à troubler, cependant les deux meilleurs opus de la franchise qui découlera de ce Massacre sauront se montrer bien plus redoutables et balaient rétrospectivement les arguments de cet obsolète  »chef-d’oeuvre » (comme si toutes ses faiblesses à la racine ne suffisaient pas). Le Commencement, prequel arrivant après le remake (2007) et Massacre à la tronçonneuse 2 (1986), suite directe par le même Hooper, seront plus conséquents dans la folie comme dans la sauvagerie, plus élaborés sur le plan esthétique aussi.

Massacre à la tronçonneuse demeure un monument de dégueulasserie ; c’est bien là qu’il fait son office avant toute chose et sa relative misère structurelle le sert en fin de compte. Beaucoup d’arguments peuvent lui être opposé, mais il touche à un tabou au fondement de l’Horreur toute entière : c’est un film où il n’y a pas d’illusion, où on est plongé dans la réalité, une terrible réalité à laquelle on croit sans problème (plus qu’à celles de Rec ou Cloverfield). Et puis Texas Chainsaw a tout de même installé un avatar durable, celui des infâmes péquenauds random et morbides, plus vigoureux que les tueurs mutiques de service comme Jason, Michael Myers ou Leatherface lui-même.

Pour le reste, il y a une partition musicale oppressante, un happy-end tempéré pour nous rassurer et surtout des dialogues absurdes, un scénario faible, des décors glaques. Après tout, c’est Tobe Hooper : Wes Craven, sans l’idéalisme et les concepts en ébullition qui fournissaient matière à meubler, sitôt que le spectateur consent à se montrer tolérant et inspiré. Avec Hooper, il faut aimer l’exploitation pure et simple, sinon c’est perdu. Et cela s’applique jusqu’à son film-phare, avec cette nuance : l’académicien peu aventurier sera scié et pourra donc y aller de sa petite validation.

Note globale 47

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Suggestions… Cannibal Holocaust

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MASSACRE A LA TRONÇONNEUSE 2 ***

3sur5  Massacre à la tronçonneuse 2 ne ressemble pas à la suite d’un film culte ou marquant, car il donne dans le bis total puis la gaudriole désinhibée. Les spectateurs ignorent que Tobe Hooper fut assez frustré par la perception de Massacre, victime de son succès au point que son humour présumé fut totalement occulté par le choc occasionné. Avec cette suite réalisée douze ans plus tard (1986) et soutenue par un budget conséquent pour un film d’horreur à l’époque, il propose ce qu’aurait dû être le premier Massacre ; ce qu’il est dans l’esprit de beaucop de gens, comme ceux qui ont nourrit son statut jusqu’à en faire un classique de l’horreur : un film d’exploitation taré et indescriptible.

Contrairement à l’original mais aussi à toutes les suites (il y en aura cinq autres), Leatherface et sa famille sont tout à fait intégrés dans le monde extérieur. Ils possèdent une entreprise de restauration et sont réputés pour produire le meilleur chili du Texas ! Comme cette donnée l’indique, Massacre 2 flirte avec la comédie grasse, mais il est bien trop sincère, déluré et sans distance pour en rester à la simple farce. C’est plutôt une expérience où le spectateur est vissé sur le siège d’un train-fantôme, assommé par une immense variété de ridicules. Le premier tiers du spectacle est assez laborieux quoique fonctionnel et rend dubitatif.

Il nous présente Dennis Hooper, vieux cow-boy obsédé par l’affaire du premier Massacre, qui s’est produite quinze ans plus tôt. Il s’installe dans une nouvelle zone du Texas car il suspecte un  »accident » d’être l’oeuvre du tueur à la tronçonneuse. L’ambiance est alors loin de l’horreur littérale, plus proche d’une Créature du marais et d’un brouillon précoce de Twin Peaks. Puis ce classicisme cheap, comme l’enquête très bis, sont largués avec l’irruption d’une violence extrême. L’assaut sur la radio marque le tournant du film, où il devient un rêve absurde, avec pour décors un parc d’attraction, antre triviale et opulente des monstrueux Sawyer.

Toute l’heure qui suivra est un torrent d’excentricités d’une brutalité rare ; et ce terme est à comprendre au sens le plus large possible. MAT 2 ressemble à un Indiana Jones pervers. Le rapprochement déconcertant avec Spielberg avait donné Poltergeist, où la fibre de Hooper semblait absente ; dans ce film de Hooper, il y a beaucoup encore du style Spielberg, de son sens de l’aventure et du rythme, mais cette fois Hooper contrôle son film. Le résultat, c’est un divertissement dérapant complètement, tout en gardant une légèreté, voir un état d’esprit enfantin, y compris aux moments les plus malsains. Toutes les séquences ouvertement  »sexuelles » sont sidérantes et l’attirance de Leatherface pour Vanita Stretch Brock (Caroline Williams) désarme.

Massacre à la tronçonneuse 2 est une déception si on y arrive en attendant de l’horreur au sens puriste, comme celle fournie somme toute par l’opus originale : de l’horreur percutante, directe, implacable. Ici, c’est le grand-guignol exulté, un carnaval surréaliste, un peu comme Hellraiser II (1988), sans en avoir la finesse ni l’ampleur (finesse). Mais dans ce cas, pourquoi cette longue introduction policière légèrement surréaliste et surtout totalement surfaite ? De même, dans la foulée du délire général, il y a énormément d’aspects regrettables : les gags vaseux du père des fous, la première séquence avec ces jeunes survoltés qui fait regretter n’importe quelle troupe de hippies standard.

La combinaison de premier degré et de grotesque ne fonctionne pas toujours : dans le cas de Dennis Hooper elle vire à la plantade caractérisée. Son rôle flirte bien vite avec la débilité et il devient le porte-étendard de la dimension gratuite et nanar du film. Mais alors pourquoi passer tant de temps auprès de lui, jusqu’à nous montrer le malaise avec son démon (la tronçonneuse), au travers notamment de scènes cathartiques consternantes (l’impro bûcheronne d’un grand non-sens technique) ; pour ensuite expédier le personnage en arrière-plan ? Car c’est en s’écartant de lui que MAT 2 s’épanouit entièrement, mais cele interroge encore sur la légitimité de la triste première demi-heure et d’un bon nombre d’avatars du film.

Note globale 68

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LEATHERFACE *

1sur5  Avec cette seconde suite à Massacre à la tronçonneuse commence véritablement la saga. New Line baptise le film au nom du tueur pour concentrer l’attention sur un boogeyman insatiable et en faire un cousin (voir le substitut en cas de panne?) de Freddy. Initiative avisée, les suites des Griffes de la Nuit ayant permis à la maison de production d’exister en plus d’enregistrer des gains considérables.

Qu’une saga ait existé en-dehors de Tobe Hooper n’est pas un mal en soi, mais Leatherface, encore plus que le 4e opus qui suivra, n’est pas plus au clair sur ses intentions, sinon franchement stérile. Il fait suite au film de 1974 et apporte peu, sinon quelques variations du côté des protagonistes : le père est rayé de la carte (celui interprété par Jim Siedow était irremplaçable), une grand-mère handicapée s’ajoute aux bras du papy au faciès de momie.

C’est une famille plus propre, presque raffinée, mais une fois la donne posée, il n’y a aucune perspective. En-dehors de la gamine aucun des nouveaux personnages n’est valable. Le couple pris dans les filets des Sawyer est transparent, sans être antipathique. Le quota de violence hors-champ est élevé, chose curieuse car le budget n’est pas si entravé que l’ambition – la photographie impeccable en atteste, même si elle encadre une esthétique sans grâce.

Leatherface surnage sur les ruines de MAT 2. Sa conception chaotique dilue un potentiel certain, quoique limité à sa gestion sobre et directe de l’horreur et à son catalogue familial, qui sont là comme des bases non-épanouies. Trop de volontés (ou de lâchetés?) contradictoires et pas nécessairement éclairées ont abouties à cette chose informe, ennuyeuse, très laborieuse. Leatherface est un film sans intérêt, comme cette saga globalement, où presque tout est bruyant, bête et sans surprise.

Note globale 32

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MASSACRE A LA TRONÇONNEUSE, LA NOUVELLE GÉNÉRATION *

1sur5  Nouvelle Génération est considéré comme une nullité stratosphérique et naturellement tenu comme le pire opus de la franchise Massacre à la tronçonneuse. C’est en effet une calamité mais celle-là a le mérite de tenter de renouveler la saga. Quand à sa médiocrité, elle en devient dépaysante, surtout que MAT 4 va au bout de ses engagements, ce dont MAT 3 ou 7 se montrent incapables puisqu’ils ne savent en articuler aucun.

La famille est ici totalement hors-sujet vis-à-vis du reste de la saga. À la place des rednecks dégénérés bien outranciers, on trouve des gens équilibrés et relativement ordinaires, s’exprimant de façon adaptée et même rationnelle ; des petits-bourgeois excentriques, parmi lesquels Leatherface devenu ici un travesti très agité. Le frère de ce dernier s’illustre par ses citations de philosophe tandis qu’un cousin euphorique est interprété par Matthew McConaughey, acteur respecté dans les années 2010 (Dallas Buyers Club, Killer Joe) mais dont les esprits taquins rappellent régulièrement qu’il a passé l’essentiel de sa carrière dans une série de projets improbables, parfois débattus (Emprise, Contact), parfois catégoriquement raillés (comme celui-ci).

Autre actrice fameuse au casting : Renée Zellwegger, future Bridget Jones, dans le camp des victimes quand à elle. Mais le personnage fort du film c’est Tonie Perensky, matriarche badass de la tribu Sawyer, sosie modéré de Kirstie Alley. Massacre 4 est une succession de scènes aberrantes et Tonie Perensky est au cœur des plus fulgurantes. Le climax de la connerie vertigineuse est cette scène ou madame Sawyer négocie calmement (mais avec fermeté!) le silence de son otage enfermée dans le coffre de la voiture, tandis que celle-ci s’y plie docilement, alors qu’il suffirait de crier pour alerter les gens autour, ne serait-ce les employés de cette station-service ou les conducteurs pressés derrière elles..

Kim Henkel a participé aux six premiers Massacre, c’est d’ailleurs le principal de sa carrière. Il n’aurait pas dû passer à la réalisation pour cette suite, mais que New Line s’en remette à lui pour un produit si hasardeux et bâclé démontre que l’idée d’une saga Leatherface était mauvaise. S’il n’y avait eu le remake puis la seconde vague de Massacre, la notion même de franchise aurait pu être omise, mais Massacre a rejoint comme tous les autres classiques de l’horreur l’état de justificatif de daubes cyniques ou simplement honteuses.

Henkel a manifestement voulu faire un film ironique, il tente aussi de faire naître l’angoisse par l’étrangeté (apparition du flic) et va jusqu’à flirter avec l’occultisme expérimental (la tirade finale ressemble à celle d’intro de Blood Freak, avec les mots dans l’ordre). Mais brouiller les repères avec des grosses façons de primates fatigués ne suffit pas à donner une identité à un produit. Les poursuites à la tronçonneuse, en voiture ou sur un toit, ne relèvent pas le niveau car leur ampleur est dérisoire et le bavardage oiseux prend le pas de l’action jusque-là.

Au final, juste une série Z quelconque, sans aucun atout propre conséquent (les décors naturels, rien d’autre), avec tout de même cette capacité à situer le délire dans un espace-temps entre Demon House et Twin Peaks, tendance générale de la saga qui n’a jamais été aussi directement exécutée qu’ici.

Note globale 23

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MASSACRE A LA TRONÇONNEUSE (REMAKE) *

2sur5 Les amateurs d’idées saugrenues tiennent là une jolie perle : Massacre à la tronçonneuse 2003 ou quand les pontes du cinéma industriel ordonnent le ravalement de façade d’un classique intempestif. Pourtant, aussi underground eut-il pu paraître en son temps, la puissance formelle de celui-ci s’est galvaudée, son intérêt émoussé. Alors, pour un peu que l’initiative ne nous effraie pas tant dans le fond et que nous ne nous considérons en rien comme des gardiens du temple, il y a toutes les raisons d’être ouvert à cette hypothétique résurrection.

Malheureusement, cette nouvelle mouture, si elle marquait le retour chancelant de l’épouvante pure dans le monde du cinéma mainstream, n’est qu’un karaoké schématique cumulant distanciation exagérée et solennité absolue. Les clichés du genre, manifestement connus et maîtrisés par Marcus Nispel, clippeur chargé de son premier long-métrage par le producteur Michael Bay, sont ici consommés. La réalisation est si lucide à leur sujet que le problème ne tient pas à une incapacité à surmonter ces poncifs ou autres tics post-modernes, mais plutôt à une certaine complaisance. Le film s’assume en creux pour se contenter de façonner un Massacre comme on en ferait désormais, pour le plus large public possible de surcroît. L’objectif est de le gâter, sans le secouer, ou alors le plus poliment possible.

Dans ce cas de figure, forcément, cette version ne réactive rien du choc éventuel de l’opus original, ne restaure jamais l’aura underground de ce classique caboché, se contentant de n’être qu’une représentation lissée et toc. C’est là le hic énorme : tout est trop élaboré, tout authentique malaise est esquivé pour un résultat pimpant. Nispel considère son matériau de référence comme un réservoir d’image ; de cette perspective absurde et inépuisable, il tire la force du film. Confiant la photographie à Daniel Pearl, déjà en action sur l’original, il attife son film de quelques idées graphiques intéressantes, notamment lors des séquences comprenant les Deschiens meurtriers (mais moins pouilleux que dans l’ensemble des variations autour de la famille Sawyer) ou encore une brève poursuite en forêt, traversée d’une poésie macabre évoquant vaguement une libre adaptation des contes des Grimm ou de Perrault. Mais cette imagerie ne vaut que pour elle-même et en revient toujours au même vœux chaste d’exotisme bucolique et macabre. Certaines scènes sont étirées jusqu’à perdre leur sens pour entrer dans une logique quasi-foraine [la place du flic devient inconsidérée, mais cela fonctionne], d’autres sont reléguées au statut de gimmick pur et simple et s’accordent de timides caméo.

Le film exprime au grand jour les images suggérées du film d’Hooper, en rajoute dans la violence et les anecdotes fantaisistes, mais prend le parti de mettre en avant la rigidité de la famille Sawyer plutôt que son caractère sale et péquenaud. Nispel a du style, un éblouissant même, son Pathfinder le prouvera par la suite, mais la profondeur lui fait défaut et il s’en remet par conséquent toujours à des manières empruntées, voir au pastiche. Envers du vice, c’est ce qui le consacre rebooter en chef, car il sera aux commandes dans les années suivantes du remake de Vendredi 13 (autre classique de l’Horreur) et de Conan le Barbare. L’absence de vitalité étouffe cependant l’ensemble des créations de Nispel, flatteuses à l’œil, frustrantes pour le reste. 

Adressé à une génération d’aficionados de Destination finale, le film saura trouver un accueil favorable chez certains vieux fanas qui apprécieront le présumé coup-de-jeune. Car question racolage, le film écrase son malheureux modèle, lequel ne peut plus rivaliser avec la même vigueur aujourd’hui. Un faux documentaire en 16mm encadre le film, comme caution d’authenticité et bel emballage snuff. Bardé d’effets clinquants, parfois beaufs, toujours soignés, ce n’est qu’un joujou propre sur soi, se réclamant chic et choc. Mais son essence est tiède, car bouffie par les canons contemporains, par une petite tension penaude et osant même les rapides explications rasantes, elle annihile toute possibilité de marquer la chair et l’esprit – et bien sûr l’éventuel impact politique d’un emblème de contre-culture (abusivement prêté à l’original, ce que Hooper a tenté avec peine de consolider sur le tard).

Note globale 42

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Suggestions… Vendredi 13 + Sinister + You’re next

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MASSACRE A LA TRONÇONNEUSE : LE COMMENCEMENT **

3sur5  Tension, effroi, dépaysement malsain, gratuité, dégoût, régression déviante : Massacre à la tronçonneuse, le commencement offre tout ce qu’on peut attendre de plus simple et cynique d’un film d’horreur. Il a le goût d’une première expérience dans le genre et l’a logiquement été pour beaucoup d’adolescents puisqu’il a été massivement diffusé, grâce à son statut privilégié : prequel d’une des sagas les plus connues du cinéma d’horreur et promettant le plus ouvertement de tailler sec et fort.

Sixième opus de la franchise Massacre à la tronçonneuse, Le Commencement se situe avant les événements exposés dans tous les autres opus (Texas Chainsaw 3D compris). Il présente la généralisation des activités meurtrières de Leatherface à sa famille, dont on apprend que c’en est une d’adoption. Celle-ci vit dans les décombres d’une ville morte sur laquelle elle étend son emprise, notamment en récupérant le titre du shériff ou les commerces laissés à l’abandon. Elle se ravitaille via les hippies ou bikers s’aventurant dans le coin.

Dans le premier Massacre, la famille n’a pas d’identité véritable. On découvre une équipe irréelle, digne d’un cartoon mais premier degré, dont les mœurs et l’état de décomposition (moral, physique et intellectuel) avancés heurtent l’esprit. Dans les suites, notamment Massacre 2 et 4, c’est une famille déjantée, digne d’un cartoon parfaitement premier degré. Dans la seconde vague ouverte par le remake et dans laquelle Le commencement s’inscrit, cette famille relève du glauque véritable, anxiogène et sans appel. L’humour reste présent mais sa coloration a changée et plus aucune complicité n’est possible avec le spectateur.

De leur côté, les deux frères en partance vers le Viet-Nam et leurs deux amantes sont des personnages assez faibles (comme les autres – les motards, à l’inadéquation assez pittoresque elle aussi) et potentiellement pénibles, mais rapidement soumis aux contingences malades. Leurs impératifs suffisent à transcender toute considération sur leur caractère et l’attachement pour eux se développe naturellement, ce qui distingue le film de beaucoup de ses congénères.

Il est possible qu’un clin-d’œil aux ébats politiques de l’époque existe dans ce film, puisque le rappel au patriotisme de papa et à l’âme du Texas ont tendance sinon à cibler Bush, au moins à caricaturer ce que seraient ses partisans les plus sordides. Le point de vue relèverait dans ce cas de la haine du peuple de l’Amérique profonde, affiché comme en rupture avec la civilisation, tout en viciant les grands idéaux américains par un intégrisme de rustauds. Mais les concepteurs du Commencement ne sont pas dans la complexité et ne font que recycler un avatar bien ancré dans l’imaginaire collectif pour donner un spectacle aussi sordide que l’imagination conventionnelle peut l’engendrer.

Le remake de Massacre et la seconde vague qui en découle sont produits par Michael Bay et cherchent clairement à présenter la marchandise, sans le moindre jugement ou principe. Le remake avait une certaine élégance sur le plan purement physique et Le commencement partage avec lui la qualité de la photographie. Tous les éléments typiques de l’horreur sont là, les teintes bleutées abondent, mais le soin et l’efficacité compensent ce dogmatisme. En d’autres termes, c’est du travail bourrin de qualité, où la sauvagerie et le lugubre sont portés à leur paroxysme.

Tandis que la famille tisse sa toile et monte sa petite entreprise, Jonathan Liebesman et ses collaborateurs mettent au point un spectacle équivalent à la folie. On peut se sauver en riant de la dimension burlesque et ubuesque de cette histoire, mais c’est l’horreur portée à son degré le plus complet, sans fantaisie. Le Commencement se place juste avant l’esprit Guinea Pig (saga de films ultra-gores japonais dont les premiers opus passèrent pour d’authentiques snuffs).

Quand Hollywood se permet de faire agoniser l’Humanité sous les yeux du spectateur, elle livre quelque chose de peu profond, mais de redoutable. La scène d’exposition l’annonce par son record dans l’atrocité (une variation sur le thème de la naissance du Mal). Elle est gore, malsaine, etc : dégueulasse surtout. Elle affiche l’Humanité la plus vile, induit ses protagonistes dans une ivresse nihiliste assassine pour bien des individus, malgré son caractère irréfléchi. Il n’y a pas une seule zone de subtilité, mais une radicalité vivifiante et appropriée dans le domaine. Ce Commencement est extraordinairement violent : c’est le plus violent de tous les opus.

Note globale 66

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Suggestions… Eden Lake + The Descent

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TEXAS CHAINSAW 3D *

1sur5 Une incommensurable daube. Un de ces trucs qui vous donnent le vertige en fin de parcours puis par la suite en y repensant. Un machin tellement vide que même en le suivant à fond vous ne pourrez jamais être présent. Texas Chainsaw 3D se pose en suite de Massacre à la tronçonneuse. Dans cette saga de la redite où les cinq premiers épisodes, sauf la suite par Tobe Hooper, ont tout de même raconté globalement la même chose, c’est donc une initiative salutaire.

Ainsi MAT 7 s’ouvre sur le massacre de la Leatherface’s team, où, comme dans Le commencement (opus précédent, le sixième donc), un bébé est sauvé de l’abandon. En effet, l’enfant de Leatherface est recueilli par un couple parmi les rednecks revanchards. La relève des Sawyer pourra donc revenir trois ou quatre décennies plus tard, pour semer la terreur auprès de jeunes sortis d’un reality show ensoleillé. Ce parti-pris très idiot, qui n’est somme toute qu’une radicalisation de la bêtise du schéma de base du slasher avec et pour ados, a déjà eu son équivalent. C’était Halloween Resurrection, l’impudent huitième opus de la saga initiée par La Nuit des Masques. Ce film était aberrant mais il avait quelques idées (pompées à Freddy sort de la nuit), quelques intentions un peu élevées ; absentes ici.

La petite saillie « moi je veux bien y aller au Texas, ils font de l’excellent barbecue » restera longtemps le seul lien direct à la mythologie de Leatherface. Le film prend tout l’espace pour étaler sa troupe de jeunes ineptes, tandis que les personnages secondaires dont les forces de l’ordre ne valent pas mieux. L’odeur du gag faisandé devrait se faire sentir à ce niveau, mais il est simplement question d’une médiocrité imparable. L’écriture et le scénario se placent un niveau en-dessous de la nullité.

Tant qu’à la promesse du massacre en 3D, elle s’avère encore moins opportune que pour les Vendredi 13 en 3D des années 1980. L’inanité du résultat est même surprenante pour un film de 2013 à la destinée commerciale si conséquente. Au final, Texas Chainsaw 3D est l’opus le plus minable de la saga et de très loin, surpassant le très moqué Nouvelle génération (4e opus), lequel avait un certain exotise ringard pour supplément d’âme. Celui-ci ressemble à un Vendredi 13 bâclé et laid (comprendre dans la fourchette haute du moche et péremptoire des Vendredi 13) des années 2010.

Les vagues aspects potables sont tous empruntés aux deux précédents opus : même photographie, quelques scènes d’une rage morbide parfois sèche et  »propre » (le premier découpage), parfois relativement poétique (le cimetière). Notons enfin une espèce de pauvre errance romantique avec une gamine épargnée, se noyant dans l’indécision et quelques convulsions grasses de plus. Texas Chainsaw 3D est venu emmener la saga vers les abysses, ce qui est finalement son grand mérite, puisque l’univers Massacre à la tronçonneuse devrait être une anecdote à la hauteur de Demon House au lieu de circuler au milieu des Freddy, Hellraiser ou Halloween.

Note globale 12

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