Tag Archives: Rêves & Cauchemars

THALASSO ***

8 Sep

3sur5 Si on connaît les protagonistes, on a pas de surprises, ou alors minuscules et agréables. Ils jouent le rôle par lequel on les identifie, quoiqu’on ne s’attendait pas nécessairement à Houellebecq vaniteux. Cette suite de L’Enlèvement (téléfilm de 2014 diffusé sur arte) a le bon goût d’accepter un certain état de paresse et délabrement tempéré par les satisfactions d’une conduite anarchique. Contrairement à Valley of Love qui à force de fan-service docile et d’attention scrupuleuse pour son couple iconique devenait simplement insipide, Thalasso se vautre sans pudeur ni justification dans une gaudriole à la mesure de ce tandem formant « la honte de la France ». Il est conforme à leur image sans croire nécessaire de les rehausser ou de les défendre ; eux-mêmes ne se soucient pas d’être récupérables, tout au plus se régalent-ils de se laisser-aller publiquement et ainsi soigner leur crédibilité de demi-humoristes inconvenants, surtout Houellebecq pour qui c’est moins fréquent.

L’écrivain avait fait part de son incapacité à se convertir au catholicisme ; dans ce centre de soins ses tentations mystiques apparaissent plus concluantes. Dans sa première ivresse [du film] il confie croire à la résurrection des corps, lui qui en porte un malade, fuyant manifestement la vie sans renoncer à la jouissance. Michel se lance alors dans un déni pathétique de la mort, cet accès d’émotivité est le morceau le plus déstabilisant de la séance. Ses airs de petit garçon passif-agressif et de moribond détendu étaient déjà connus, mais prennent une tournure tendre au début avec sa compagne. Les petites échappées fantastiques liées aux rêves de Michel sont le deuxième élément relativement insolite. La présence incongrue d’un Stallone potentiellement alternatif renvoie à cette bizarrerie des romans de Houellebecq : l’introduction de personnalités médiatiques métamorphosées de manière improbable ou jouant un second rôle dont on peut douter de la pertinence. Cela va de l’anecdotique avec Philippe Sollers en éditeur du narrateur dans Les particules au craquage avec Pernaut en capitaliste souriant et homosexuel mondain de La carte et le territoire. Le compère Depardieu est forcément plus limpide, alimente les monologues croisés et évite à tous, y compris au premier intéressé, de sombrer dans les réflexions mélancoliques et les humeurs vaseuses de Michel. À l’occasion Gérard fait son gros dur de cour de récré, sans méchanceté, en bon Obélix teigneux pour la forme – ou pour lever sans tarder les ambiguïtés qui menacent de la gonfler.

Ce film ressemble à une récré pour adultes gâtés ou profondément blasés. C’est quasiment un nanar exigeant mais en roue libre, un peu comme Tenue de soirée – évidemment c’est loin d’être fracassant comme du Blier, mais les dialogues sont savoureux en moyenne, excellents parfois. Les situations ne sont pas nécessairement meilleures que prévues, mais plus originales que ce que laissait entrevoir les bande-annonces. On écoute des bourrés cultivés, truculents ou portant en eux les résidus d’heures fort inspirées. Il y a un côté Absolutely Fabulous dépressif au masculin, à observer des privilégiés rétamés voire diminués par leur alcoolisme, ainsi qu’une proximité avec Groland à cause des octogénaires en rupture (et de l’attitude sombre mais sanguine de monsieur). La thalasso apparaît comme un EHPAHD ‘de luxe’, un mouroir AAA ou semi-HP farniente pour vieilles célébrités semi-démentes ou demi-vieux usés. Attention la fin façon Triplettes de Belleville (ça ne ‘divulgache’ rien) n’est qu’un petit tour pour nous scotcher au fauteuil en guettant un éventuel bonus. Vous pouvez économiser une minute et accepter simplement ce dénouement à l’arrachée, décevant même avec les faibles attentes induites par le scénario et la participation de branquignoles.

Note globale 66

Page IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions… Near Death Experience + Les Valseuses + Donnie Darko

Voir l’index cinéma de Zogarok

Publicités

UNDER THE SILVER LAKE ***

18 Mar

3sur5 Ce thriller grotesque et sardonique, par suite potentiellement comique, recycle De Palma (l’existence de Body Double relativise beaucoup ce qu’on peut lui trouver de grand et d’unique), Mulholland Drive, poursuit sur la lancée de films récents concernant Hollywood comme Maps to the Stars (la scène sur les chiottes est plus entière avec le Jésus du jour). Il fait écho voire reprend du Breat Easton Ellis pour la vacuité des US dorés, renvoie vaguement à Southland Tales avec son apocalypse. Et surtout rappelle ceux qui ont déjà repris le film noir pour le tirer vers le fantastique, le surréalisme, un mystère d’une nature proche de la SF ou du mystique – ou actualisé le style hitchockien et on en revient à De Palma (notamment au début et via la musique, dont l’usage ressemble à celui dans Obsession).

Les pelletées de références et d’anecdotes étranges [l’écureuil écrasé clairement factice, le pirate] sont en principe unifiées par un conspirationnisme généralisé ; l’univers est saturé de codes et entièrement gavé par lui. On donnera la source exclusive des mélodies connues depuis des siècles. Ce père Fourras compositeur est le seul point un peu concret ou finalisé dans les propos du film ; il met en doute le rôle de la culture dans l’Humanité. En passant il implique que tous les artistes à succès ont reçus leurs œuvres, ou leur matière clé. Cette splendide théorie fondamentaliste voire d’illuminé ultime met de côté les questions de production et de distribution (les œuvres ne seraient pas ‘apparemment’ ce qu’elles sont devenues sans leurs relais et en prendre conscience ouvre à une crise tout aussi abyssale). Mais il est facile de décréter que les circuits ne sont que des instruments dans ce jeu-là, les supports d’une édification despotique des goûts et des mœurs. Pour un dessein dont naturellement on apprendra rien de consistant, à moins que l’issue du film [son enlisement et les garnitures le ponctuant] soit à prendre au sérieux.

Ce film aussi est un jeu et finalement assez vain – susceptible de plaire et de tenir sous hypnose. Si on ne succombe pas à ses charmes on ne verra qu’un remake indirect de plusieurs sources, vintage et dans un certain air du temps (synthétique et pas ‘premier’). L’enquête menée par Sam est proche d’un rêve et le résultat captivant pour ça. Sauf que le temps objectif d’un rêve est bien plus court et celui du film imite peut-être trop bien celui ressenti pendant nos vraies nuits. Reste un produit stylistiquement brillant, avec un génie pas seulement tiré de chez d’autres – mais se dégonflant inéluctablement, avec une part de bouffonnerie manifeste galopante au bord du précipice.

Note globale 64

Page IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions… It Follows + The Conspiracy + Mandy

Scénario/Écriture (5), Casting/Personnages (6), Dialogues (7), Son/Musique-BO (7), Esthétique/Mise en scène (8), Visuel/Photo-technique (8), Originalité (7), Ambition (8), Audace (7), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (7), Pertinence/Cohérence (5)

Voir l’index cinéma de Zogarok

MINI – CRITIQUES : MUBI (2)

4 Oct

Le révélateur *** (France 1968) : Second film (suivant Marie pour mémoire) de Philippe Garrel, à seulement vingt ans ! Tourné en Allemagne immédiatement après les événements de mai 68, avec Laurent Terzieff, ce Révélateur est un opus notable aux rayons ‘expérimental’ et ‘arts & essais’. Il présente un onirisme plus ou moins terrien, domestique et existentialiste ; est probablement bercé de psychanalyse, ou ouvert à la chose.

Autour d’un enfant d’abord secoué voire effrayé par ses parents, traîné par eux dans leurs escapades, les libérant parfois. Leur relation, leurs gesticulations sont un spectacle et une source d’éveil ou de distraction pour lui. Il est au chevet de parents vivant dans la peur, que lui ne comprend pas ; comme eux fuient le monde, lui se détachera bientôt de ces malheurs et ces menaces supposées dont il ne voit que les effets.

Triomphe de l’enfant, de son élan vital et de son optimisme ; sur des parents déboussolés, parfois l’utilisant, à d’autres moments tentés de l’abandonner et se retrouver. (64) 

Les hommes qui marchent sur la queue du tigre * (Japon 1945) : Quatrième film de Kurosawa, entre suspense (besogneux) et comédie (ultra-pudique sauf pour les mimiques). Tout est ultra-appuyé (farces, faciès, symboles), les longueurs s’accumulent, parfois sans raison. Tiré d’une pièce de théâtre, en garde l’esprit et les raideurs obligées, la lourdeur du mouvement. Faible intérêt pour l’espace, sauf au début et via la micro-exception finale.

Resté censuré par le gouvernement d’occupation américain jusqu’en 1952. Clairement le moins bon de Kurosawa vu à ce jour. ‘Tora no o wo fumu otokotachi’ en VO, ‘The men who tread on the tiger tails’ en anglais et ‘Qui marche sur la queue du tigre…’ sur MUBI. (38)

Le lit de la vierge * (France 1969) : Errances froides à rallonge, débouchant sur beuglages de Pierre Clémenti – appelant « mon père » à son secours, car il voit bien qu’il n’arrive à rien. Sinon, divers échecs assortis de cris de terreur, pour illustrer le désarroi du Christ de retour aujourd’hui. Pas de confrontations, pas de séquences avec ou sans moralité, prise de conscience – mais des successions de monologues décalés et de saynètes allégoriques obscures.

Bref, c’est en plein dans ‘l’expérimental’ complaisant avec substrat intello ‘mystique’ – ça en emploie toutes les recettes, jette peut-être plus de mots que la moyenne. Ce qui en distingue plus nettement est le niveau technique – confirmation d’une photo de qualité propre aux travaux de Garrel, après Le révélateur (Michel Fournier déjà à la tâche) et avant Les hautes solitudes.

La recomposition familiale est fidèle : le père est Dieu, le fils et ‘l’homme’ (conscient, émotif, probablement) sont en Jésus. Même actrice pour la (mère) vierge Marie et pour Marie-Madeleine : ohlolo la psychologie des profondeurs est de sortie !

Tourné en Bretagne au début puis à Marrakech. Un peu de musique locale, ou de hippie avec Nico pour le vocal. Au même moment, Bunuel livrait une autre version athée d’un tel phénomène, parmi les sketches et hérésies distanciées de La voie lactée. (28)

Un conte de Noël ** (France 2008) : Premier contact avec le cinéma de Desplechin. Reste aimable malgré la longueur et les remous. Deuxième de la trilogie Dédalus, autour d’une famille bourgeoise parisienne, genrée artiste – à ses heures catho dissipée (se reposant sur les vieilles traditions pour digérer leurs soirées). Ambitionne Bergman (dernière période) ; un Fanny & Alexandre au présent.

Amalric tient le rôle d’un canard boiteux et fier de lui. Il laisse quelques-unes des meilleures répliques à sa ‘mère’ Deneuve, en besoin de greffe. L’ado, Paul, présumé ‘fou’ apparaît surtout à terme comme un égaré mou. Anne Consigny joue une connasse, de type chouineur, haineux et pseudo-moral. Emmanuelle Devos ressemblerait à Angela Basset : what the fuck ? Divisé en trois, ce conte aurait donné un soap sans suspense. (50)

Chien enragé ** (Japon 1949) : Kurosawa tourne avec sa star Mifune et son camarade Shimura. Mifune joue un détective moralement embarrassé par l’arme d’un crime. Kurosawa l’a dirigé juste avant pour L‘Ange Ivre, ils sont aux débuts de leur riche collaboration (16 films).

Malheurs, menaces sur la vie, tentation du laisser-aller ; l’irruption du ‘Mal’ et de la corruption dans la vie (professionnelle) ; traversée de la misère ; période de canicule, sensations d’écrasement, fatigue générale et irritation.

Assimilable aux ‘films noirs’ anglo-saxons, ce qui valide le préjugé du Kurosawa cinéaste nippon américanisé. (62)

Signes de vie ** (Allemagne de l’Ouest 1968) : Premier long-métrage d’Herzog, en noir et blanc comme son court Herakles. Un soldat allemand bloqué sur une île refuse l’inaction. De quoi devenir un symbole des ‘ratés’, égarés, mis à pied, s’obstinant à gesticuler.

Le documentaire amorphe l’emporte sur le portrait ou l’introspection. Herzog se place et nous embarque en témoins inclus dans la torpeur, tranquillement hagards et extérieurs. Sa signature est bien présente : cette approche ‘brute’ montre son style à l’état mal dégrossi, l’intérêt se porte déjà sur les élans grandiloquents et stériles d’un inadapté.

La révolution absurde à la fin, quand il est arrivé en état de se faire interner, relève du beau geste. Cette tentative spectaculaire de quelques secondes affirme un peu le goût de la grandeur travaillant le soldat. Par son inanité c’est la démonstration de son impuissance. (52)

Après la nuit * (Suisse 2013) : Dans les bidonvilles créoles, action à Lisbonne, essentiellement nocturne. Embrouilles, (semi-)ghettos, gangs et trafics, misère modérée, etc. Une certaine routine. Un dealer à machette défile au milieu en posant régulièrement une trogne mélancolique. Pour les gens qui ont aimé le côté Cité de Dieu dans Madame Sata. Techniquement correct, mais inaccompli en tant que documentaire et raté (bâclé ?) en tant que fiction. (26) 

Tropical Malady *** (Thaïlande 2004) : Découverte d’Apichatpong Weerasethakul. Première partie sentimentale, seconde glissant dans le fantastique, le tout sensoriel à plein régime, avec dream-pop en bande-son. Film ‘d’esprits’ mystiques – et film de fantômes atypique.

Un des deux gays/protagonistes évoque son oncle qui ‘verrait’ ses vies antérieures – c’est l’annonce d’Oncle Boonmee, Palme d’or 2010. « Monsieur a l’air très heureux aujourd’hui » / « c’est normal c’est jour de solde » : universalité des clichés ? (66) 

Nuits d’ivresse printanière ** (Chine 2009) : Film chinois (de Lou Ye) rempli de trucs occidentaux typiques (la femme qui le fait suivre, les photos sur le portable, gnangnanteries) ou almodovariens (l’un des types se déguise dans des bars). Histoires qui se croisent et se confondent un peu, accumulations, dans un style aérien et sensuel. Plutôt random, mais généreux pour les scènes de ‘craquages’ et frontal (autant que possible) pour les scènes actives et nues.

+1 pour la claque lors de la grosse crise, mais annulé par le +1 pour le pétage de plomb de la fille au bureau. (48)

Gosford Park ** (UK 2001) : Chez les aristos anglais dans les années 1930. Mon premier vu d’Altman. Sur les deux heures, ne fait que présenter des personnages (très nombreux – s’agit-il du pilote d’une grande série ?) ; l’enquête s’ajoute sur les derniers trois quart d’heure. Gros casting, caméra ‘aérienne’, compositions et technique de haut niveau. Sorte de cinéma de chambre étendu à toute la grande propriété, avec toute la vaste faune des variétés de nobles ou riches et de servants – et de la dissidence là-dedans. (50)

La forteresse cachée *** (Japon 1958) : Un des Kurosawa les plus accrocheurs (probablement même plus que Vivre !, mais derrière Le garde du corps), plus compatible avec un public jeune et/ou occidental et/ou actuel. En contrepartie, La forteresse est moins intense et mystérieux que son Château de l’araignée. Mifune y devient sérieusement badass. Film d’aventure incluant la comédie (les deux acolytes pleutres, ouvrant la séance sur un échange d’injures). (68)

Les nains aussi ont commencé petits *** (Allemagne de l’Ouest 1971) : Un an avant son voyage au Pays du silence et de l’obscurité, Herzog dégote déjà des individualités anormales, prises en groupe. Il nous présente une communauté de nabots fêlés, limite déments, en rébellion contre le directeur du pensionnaire (frappé de la même infirmité). Gueules de vieux, propos d’ados sous substance et attitudes d’enfants fous. Cynisme, ricanements et pétages de plombs à foison (avec un soupçon de cruauté envers les animaux). En noir et blanc, comme Herakles et Signes de vie, premiers films du réalisateur d’Aguirre. Digne des Midnight Movies de la même décennie, mais redondant et finalement bien lent. Tournage à Lanzarote (îles Canaries). Musique pénible. (68)

L’enfer de la corruption / Force of Evil *** (USA 1948) : Tourné par un cinéaste inquiété pendant la phase maccarthyste, ce film perçu comme anticapitaliste est une des références fondatrices déclarée de Scorsese. En plus d’être très court il a un style rapide, droit au but, qui le rend très dense sans sacrifier la lisibilité.

En contrepartie il est schématique. Sa rigidité l’amène à s’affadir continuellement sans s’autoriser de relances (pas ou peu de nouveaux éléments), en suivant la déchéance des frères – il paraît alors surchargé et insensible à ses personnages/prétextes. Les dialogues sont excellents et les vingt premières minutes pleines de durs, qui se fâchent vite.

C’est un bon film sur la paranoïa à échelle individuelle, de l’individu dans la société (pas de la parano ‘psychique’ ou proprement psychologique) – celle d’un type abîmé dans les méandres de la corruption, des trafics, des abysses au cœur de la ville-lumière – pas un tourmenté par des penchants naturels, mais bien par la réalité.

Avec cet accent sur le capitalisme ‘parallèle’ (beaucoup de cette sorte d’euphémismes et de déclarations indirectes), Force of Evil rejoint la mouvance de film noir sans être représentatif et anticipe effectivement les films d’argent de Scorsese. Il est peu comparable aussi en tant que films de gangster, à cause de sa façon surtout discursive de montrer l’entrepreneuriat et sa culture de la prise de risque pervertis. (70)

Fata Morgana * (Allemagne de l’Ouest 1971) : L’intro le garanti, ce sera répétitif – mais c’est normal et ce n’est que faux-semblant, ça c’est le titre qui l’indique. Herzog s’est embarqué dans un délire proche des mondo movie, dont résulte une espèce de doc hippie dark (la musique est de leur milieu, pas d’Afrique traditionnelle).

Des blancs manifestement stones (on en trouve plus dans la partie III-L’âge d’or), des autochtones blasés/indifférents et trois pauvres animaux : un fennec/renard des sables attaché par un enfant, un varan (interminable), une tortue barbotant. Tout ce brave monde s’encroûte dans les déserts africains, élu pour l’occasion théâtres des illusions humains et mensonges religieux. Le retour ‘chez nous’ (en fait, à Lanzarote – où Herzog a également tourné Les nains aussi) se résume à un passage pseudo-festif (en plusieurs temps, naturellement).

Symbolisme lourd à l’appui : dans la partie I-La création, alors qu’une vieille radote en voix-off sur la création des animaux, la caméra balaie une zone jonchée de cadavres de bovins, desséchés, vidés, atomisés. Les textes appartiennent à la mythologie maya, chapitre invention du monde. (42)

Le beau Serge *** (France 1958) : Premier film de Chabrol, à 28 ans. Brialy est de retour dans le village (de la Creuse) où il a grandi. Devenu un citadin, il a été malade récemment et doit « vivre au ralenti ». Son ancien ami (par Gérard Blain), un alcoolique et père d’un trisomique vite avorté, a honte de ce qu’il est (devenu) : un raté.

On voit le film aux côtés de François/Brialy, dont les voisins seraient « comme des animaux (…) on a l’impression que vous n’avez aucune raison de vivre ». Il y a du vrai mais c’est négliger la frustration à refouler, pourtant manifeste chez les aigris du bar comme chez d’autres petites gens (pas tous). Son ami est plus clairement affecté car il a eu le tort d’espérer. Le ‘bon sens’ voudrait qu’il parte : mais ‘à quoi bon’. L’impuissance, le ressentiment et le dégoût s’opposent plus souvent que la peur à un grand départ, à une tentative d’épanouissement.

Le film se dilue un peu autour de la bagarre. L’orientation finale est un peu improbable, avec ses parallèles christiques. Détail regrettable : si on ne nous disait pas à plusieurs reprises au début qu’Yvonne est moche, on ne s’en rendrait pas compte (elle est jouée par Michele Meritz). (72)

Les Cousins ** (France 1959) : Reprend le duo du Beau Serge (et quelques acteurs secondaires). Cette fois c’est Blain qui s’invite et Brialy le receveur – le campagnard vient à Paris. Chez les jouisseurs-branleurs, avec un exemplaire vivant comme un prince, mais aussi un beau bal de mondains hédonistes et à la marge des variétés de jeunes pédants – et aussi de vieux !

L’histoire d’une inadaptation, de sentiments et scrupules débiles, d’une grande perte de temps. La photo et la mise en scène sont typiques d’une certaine qualité d’époque, un peu plus raffinées que l’ensemble du cinéma de Chabrol à venir. Blain apporte un contraste sans lequel l’ennui l’emporterait. (58)

Entre le ciel et l’enfer *** (Japon 1963) : Un des rares Kurosawa post-Sept Samouraïs se situant un des rares dans le présent (comme auparavant Vivre et L’ange ivre). Fait partie des polars (comme Les salauds dorment en paix), versant un peu moins célébré de son œuvre.

Quasi huis-clos (dans la grande maison) pendant la première heure. Tourne alors autour du refus de payer de Gondo et de sa position (sociale et de dominant au sens large) à tenir ; il a peu de considération à côté, indifférent en dernière instance – et la raison comme ses besoins familiaux l’y autorisent, seuls des ‘grands principes’ pourraient s’opposer. La deuxième heure est centrée sur l’enquête et la capture du criminel, qui aura la parole au dernier acte, dans un face-à-face éclair avec le riche désargenté devant le rebelle damné.

Les enjeux moraux et sociétaux dominent sans trop vouloir se déclarer, laissant l’action voire l’intrigue flotter. Ces enjeux s’expriment principalement via des discussions matérialistes et relatives à la hiérarchie. Fait beaucoup de démonstrations et de mystères pour retarder l’inéluctable et l’antagonisme convenu. L’autorité tergiverse seulement pour des raisons pratiques, à cause de la pression ; le reste suit ; finalement l’édifice pesant sera effectivement ébranlé, au détail voire peut-être dans quelques consciences, mais trop vaguement pour secouer les nôtres et plus encore celles des acteurs de cette société.

D’où un aspect Hugo light, plus posé et emprunt de recul, mais sans gains en pertinence pour autant. Ce film pourrait se décliner ‘facilement’ au théâtre, mais donnerait a-priori un résultat très rigide : dialogues abondants, directs, chargés, quasiment tout passe par eux (pour l’essentiel du reste, par les acteurs). Sans musique, informatif et ‘réaliste’. Côté ravisseurs et victimes, personnages compliqués et ombrageux, lourdement ‘typés’ ou intense. Une scène en train assez audacieuse pour l’époque. (66)

Cœur de verre *** (Allemagne de l’Ouest 1976) : Herzog nous présente des pseudo exaltés de Bavière au XVIIIe, sur la pente de la religiosité délirante après que le souffleur de verre, maître de la seule activité apportant une ‘valeur ajoutée’ au village, soit mort avec son secret.

Approche en deux hémisphères : dans le village, avec la folie et l’exaltation collective ; une approche ‘cosmique’ en marge. Ce second versant vient finalement nourrir le second, en étant infiltré par un élan scientifique et en voyant le chemin pour la reprise de l’espoir et ‘la foi’ de cette petite région.

Ce film a simultanément l’apparence d’un documentaire et d’une digression mystique. Les lieux sont magnifiques mais pas spécifiquement allemands (tournage dans la forêt de Bavière, aux USA, en Irlande, en Suisse).

Les acteurs tourneraient sous hypnose, à l’exception du vacher aux prophéties apocalyptiques. Bonne bande-son, plus typique. (68)

Un baquet de sang *** (USA 1959) : Film d’horreur léger, grotesque, doucement sarcastique et satirique, signé Roger Corman. Un type falot (quoique l’acteur soit inapproprié – hiatus en tout cas sur les premiers plans), qui a tout du larbin mais avec des rêves, aspire à la reconnaissance de ses pairs (beatniks) et du monde (rempli de femmes). Dès sa première ‘réussite’ il se voit en ‘artiste’ et enfin les autres sont là pour valider, au lieu de le rabaisser.

Malgré ce protagoniste on rit mais sans grands éclats. Ce film est d’abord une curiosité où l’art du recyclage domine à tous les degrés. Il est clairement sous influence de Poe, auquel Corman s’apprête à consacrer une série de libre adaptations où défilera Vincent Price.

Nous sommes trois ans avant le carnage gore Blood Feast ; ce film-là est assez cheap et régressif, y compris dans son rapport à la violence. Les premières morts (du chat et du flic) sont stupides : le chat, déjà empaillé, le flic, vite abattu (et planqué au plafond par un avorton en panique). Le ton est à la fois ironique et enfantin à l’égard des émotions ou aspirations des personnages, y compris par rapport au milieu des laudateurs d’ ‘artistes’ et ‘créatifs’ (des jeunes, souvent toxicos ou avec du temps à perdre, qui ne conçoivent pas d’autre expression du génie). (68) 

La petite boutique des horreurs ** (USA 1960) : Assez connu grâce à la présence, pourtant mineure, de Jack Nicholson (client du dentiste ‘alternatif’) dans un de ses tous premiers rôles (sept ans avant de contribuer à The Trip comme scénariste). Mauvais goût, délurés et ‘drogués’ ; c’est un parent innocent de John Waters, encore en plein dans l’optimisme généralisé. Comédie hystérique : les appels de la plante (« feed me » de petit animal de cartoon) ; les tronches d’ahuris ; le dentiste fou. Le gore est surtout verbal et lorsqu’il est physique, c’est très pudique et artificiel (la fin avec les têtes à fleurs). Le remake est plus trivialement et ‘pulpeusement’ ‘haut-en-couleur’. (52)

Alexandra *** (Russie 2007) : Traitement indirect de la guerre par Sokourov. Centré sur une vieille de passage dans un camp militaire (en Tchétchénie) où se officie son petit-fils. Elle déambule, s’interroge sur l’état du monde présent et fait son examen de conscience. Chez les soldats et le peuple occupé, elle constate la frustration ou l’accablement de tous – il reste encore la foi ou l’habitude. (72)

Barberousse *** (Japon 1965) : Un des plus fameux Kurosawa, particulièrement respecté sur Sens Critique (influence de Torpenn, le ponte originel ?). Durée-fleuve (trois heures).

Toshiro Mifune est dans le rôle-titre du médecin « humaniste » parfait, montrant à l’occasion une forte aptitude à coller des gnons. Le film accepte l’idée d’extraire du bien dans le mal – valide les sombres raisons poussant à l’altruisme.

Deuxième partie (après l’entracte) consacrée au ré-établissement de l’ex-domestique. Quelques moments avec ‘le souffle de la mort’ rapprochent ce film de La gueule ouverte de Pialat. (72)

Dernière femme sur Terre ** (USA 1960) : Sorte de vaudeville post-apocalyptique (d’une apocalypse instantanée, 100% bis de foire). The last woman est ravissante, le style aidant. Le reste ne vaut pas grand chose : trop lent, ménageant une petite tension qui ne s’épanouit pas. Une certaine ambition anime les dialogues mais au mieux elle pousse à conclure : décidément les Hommes manquent de savoir-vivre. C’est donc un petit Corman, agréable quand même, représentant typique du ‘tout ça pour ça..’. (44)

La Créature de la mer hantée * (USA 1961) : Rempli de détails loufoques, change plusieurs fois de direction. Des incongruités vaguement relevées, des pics d’humour (avec Betsy Jones-Moreland, déjà présente dans Dernière femme sur Terre, opus de Corman sorti en 1960).

Monstre rare (une apparition éclair avant sa parade des dernières minutes) et digne d’une poupée moisie de marché aux puces. À la limite de l’amateurisme avec des tendances chaotiques – part totalement en vrille sur l’île. Pourtant c’est à la même période qu’était produit The Pit and Pendulum.

Mon premier 3/10 depuis un mois avec Chez nous et Le missionnaire. (32)

Toni ** (France 1935) : Avec des abrutis du midi (Toni est un immigré italien qui travaille auprès des autochtones) et une pauvre Marie. Tiré des notes d’un projet de roman (de Jacques Levert) et produit par Marcel Pagnol. Confirmation de mon ‘incompatibilité’ avec l’œuvre de Jean Renoir. Néanmoins j’ai eu de la sympathie pour les décors, les trois ou quatre protagonistes – et de façon générale, c’est relativement divertissant (ça se veut aimable en premier lieu puis tragique) et la grossièreté des personnages finit par les rendre intéressants. (48)

The Terror/L’Halluciné ** (USA 1963) : Anciennement traduit en ‘Le château de la terreur’. Assez malmené dans les avis/notes spectateurs, probablement car fauché et décousu. Ré-utilise les décors de films précédents de Corman (Le Corbeau et peut-être aussi La Malédiction d’Arkham) ; une pratique courante chez lui, l’hyperactivité étant à ce prix.

Typique du style Corman et d’une certaine esthétique gothique et un peu ‘folklorique’ vendue sous format ‘train fantôme’. Dégage un charme enfantin dès son excellent générique d’ouverture. Histoire alambiquée et traitement superficiel, alourdi par son programme et sa naïveté au fur et à mesure. Une sorte de film ‘de série’ à la fois exquis et régressif.

Premier film où Nicholson est en tête d’affiche ; également sa troisième apparition chez Corman (il a un petit rôle dans La boutique des horreurs de 1960) et la seconde collaboration entre Corman et Francis Ford Coppola. (62) 

Cashback ** (Royaume-Uni 2007) : Prolongement du court-métrage (2004) éponyme réalisé également par Sean Ellis. Esthétique éclectique, d’une originalité marquée par l’air du temps ; entre le romantisme post-ado deux ans après Eternal Sunshine et l’ironie tendre, à base de lourds archétypes, d’excentricités très marquées et d’une once de potache mise à distance du cœur – la poésie du protagoniste et ses grands élans restent épargnés. (54)

Les ailes du désir ** (Allemagne de l’Ouest 1987) : J’en avais vu le remake, La cité des anges, dans des conditions qui ne me permettent pas de m’en rappeler. Je n’avais pas aimé mais il pourrait fournir une expérience plus agréable que cette séance-là. Ce film, que je souhaitais voir depuis les débuts de ma cinéphilie (à cause du titre, de l’affiche et de l’étrange notoriété) – mais qui ne m’intéressait pourtant pas, ne décolle jamais. On comprend le désarroi et la blasitude de l’ange. Il y a donc un concept original et ses illustrations bout-à-bout. Le film est froid mais s’il prenait la visite de l’ange totalement ‘à chaud’ ce serait aussi stérile et non-attractif. Ambitieux et somptueux (en principe) mais aussi pompeux et assommant (dialogues, narration, propos et postures). (48) 

Du rififi chez les hommes ** (France 1955) : Adaptation d’un polar d’Auguste Le Breton, suivie de trois autres dérivés pour le grand écran et deux autres en romans. Festival de l’argot et intrusion dans les ‘bas-fonds’ et les mafias de Paris. Si ça vous plaît mais qu’à raison ça vous semble tiède, voyez plutôt Port du désir avec Gabin sorti quasiment le même jour.

Froid, poseur, besogneux, langoureux. Exilé, Jules Dassin (Démons de la liberté, Forbans de la nuit) reste un metteur en scène américain. Le fond, le scénario, sont banals, à la limite d’en devenir odieux (les personnages ‘boulets’ ou ‘faibles’ – dénigrement pas compensé par la présence de pointures en face), si tout ce manège n’était pas carrément rasant. Forcément les tentatives ‘mélo’ prennent pas. Rappelle un peu Asphalt Jungle. (46)

L’Île au trésor ** (France 1985) : De Raul Ruiz je n’avais déjà vu que L’hypothèse d’un tableau volé, au principe casse-gueule et au résultat convaincant sans être attractif pour moi. Ce film est une adaptation ouvertement autonome de L’Île au trésor de Stevenson. Le roman est cité directement une fois, le cadre et les relations ne sont plus les mêmes, l’aventure est esthétique et narrative. Atypique et audacieux, joli mais lent, trop autiste et peut-être décousu pour être pleinement intéressant. Flottant à la limite du rêve personnalisé. Farces intellectuelles ou érudites en guise de dialogues, parfois à la limite du stérile. (56)

Woyzeck ** (Allemagne de l’Ouest 1979) : Herzog se base sur la pièce inachevée de Georg Buchner (1837). Kinski s’inscrit dans un rôle plus introverti que d’habitude, plus égaré et pathétique aussi (en proie à la confusion, menacé de chuter dans la bestialité). Son personnage est un inadapté même sur les choses primaires (justifiant son cucofiage). Il se répand en laïus délirants, débuts de divagations poétiques ou énoncés ‘bon sens cryptique’.

La mise en scène tient à distance les personnages et situations. Le style est d’un théâtral atténué ou compartimenté. L’exercice tombe dans le surplace passé un certain stade, tendu genre paralysé en filant vers un dérapage final – bête et tragique, une conclusion parfaitement assortie à cette destinée.

La réduction à à peine 80 minutes paraît judicieuse – il ne semble pas y avoir énormément à proclamer ou afficher. Déjà les hauts moments dramatiques s’éternisent sans autre raison que la pose. C’est un film d’intuitions qui ne se permet, ou ne peut se permettre, de ‘grands sauts’. Pour la musique, on a pioché dans le meilleur – l’usage peut sembler décalé, car il renforce le côté aberrant du personnage, sans davantage affecter le concernant ; le lyrisme pourrait opérer en isolant la scène mais est ‘inaudible’ sinon. (62) 

La Leon * (Argentine 2007) : En noir et blanc avec quelques très beaux plans. Assez plaisant mais paresseux voire un peu crétin dans ses représentations. Le scénario est celui d’un court contemplatif de quinze minutes. Autant revoir Tropical Malady ou s’amuser avec L’inconnu du lac. (42)

Police ** (France 1985) : Le film de Pialat avec Depardieu (cinq ans après Loulou). Marceau y a moins de 19 ans, on lui ‘découvre’ un visage rond ! Plus crû et ‘bonhomme’ que le futur L.627 de Tavernier. En trois tiers : un premier d’aspect documentaire et très énergique, un dernier personnel avec la liaison entre les deux protagonistes, un intermédiaire(plus court) où l’intérêt se tasse, centré sur des situations plus récréatives ou secondaires. Pourtant quelques affaires s’y règlent ou s’accélèrent et Bonnaire gratifie Gérard et le public d’un passage nu (ses débuts, assimilée à une prostituée, peuvent déconcerter vu depuis aujourd’hui ou sans doute déjà depuis vingt ans).

Anconina avait déjà son jeu très singulier, probablement mauvais ou inapproprié ; tout ce qu’on sent face à lui, c’est qu’il dissimule avec acharnement – mais quoi ? C’est tout ce qui intrigue chez lui. Dans Itinéraire d’un enfant gâté ou La vérité si je mens, cette sorte de non-jeu ou de jeu de dupe flagrant sera plus approprié, tout en restant d’une anomalie et d’une inefficacité flagrantes. (52) 

La Cité des femmes *** (Italie 1980) : Issu du Fellini vulgaire et décadent accompli de la troisième partie de carrière. Après la première heure chez les féministes puis dans la brousse italienne, vire à la logorrhée d’images, d’aventures et de décors insolites. Maistroianni est devenu un gros bébé aliéné par les femmes (après avoir su les manipuler ou les mettre à distance dans Huit et demi).

Voyage toujours plus irréel dans les fantasmes personnels d’un homme, censés refléter des peurs et désirs propres à son genre, à la racine ou à un niveau plus actuel, face aux avancées sociales obtenues par les femmes. Quelques déviations s’y ajoutent comme lors du passage chez l’espèce de gnome avec une dégaine d’apprenti Phantom of Paradise.

Dans le même registre tentez China Blue de Russell, cinéaste dont Fellini se rapproche avec cet opus. (68)

Chronique d’une disparition * (Israël 1996) : Le premier film de Suleiman use de la caméra ‘intruse’, postée depuis la porte, la fenêtre ou l’angle opportuniste au coin de la rue, pour montrer des gens chez eux ou devant leurs petits commerces le plus souvent. Ce sont des palestiniens modestes, dans un train-train aliéné, parfois statique. Comme en marge de ce dont ils sont censés être des membres. Mais et alors ? Voilà des résidus de la civilisation, comme partout ailleurs.

Ils se robotisent à cause de ce conflit finalement plus larvé qu’effectif (vu depuis ce film), jusqu’au dernier plan où le vieux couple est affalé et indifférent devant sa télé où passe l’hymne israélien. Suleiman allonge ses symboles au lieu de chercher à ‘ajouter’. Il laisse donc de côté les possibilités en germe, comme la piste du musée et des pauvres attrapes-touristes, qu’il relie seulement à sa création pour ce qu’elle contribue à ironiser.

Un peu après la moitié, le réalisateur écrit à la machine « La conscience latente serait la Palestine » juste avant sa conférence. À l’image elle se résume en une scène avec le micro défectueux (long gag crispant), suivie par celle avec les flics pissant contre un mur. Le reste se déroulera autour de ce mec à l’air groggy et de petites poussées lyriques rabrouant l’humour malheureux. (38) 

Gémeaux *** (Argentine 2005) : Film de non-jugement (moral ou éthique) à propos de l’inceste. Donne au spectateur de multiples occasions de se ‘rincer l’œil’ – en toute innocence pour lui, avec embarras pour eux. Le frère et la sœur semblent éprouver un amour sincère, spontané et profond, qui ajoute au malaise et à la circonspection.

La réalisatrice sait montrer les non-dits et les non-sus parfois à demi-consentis.Cet amour sordide se produit au quotidien, à l’insu des parents, parfois presque sous leurs yeux. Il ne manque qu’un réveil ou quelques éléments plus crus – ou même d’avoir bien vu ce qu’on a vu.

C’est d’ailleurs par étapes que la révélation a directement lieu – en montant l’escalier puis avant de passer la porte, prenant le temps de prendre le choc comme s’il devait descendre par paliers pour être vraiment réel et vraiment compréhensible – le long d’une séquence justifiant tout ce qui a précédé pour ceux qui se seraient impatientés.

La mère parle d’inceste qu’elle soupçonne de la part du père d’Olga sur ses filles, en estimant la chose récurrente « dans certaines classes sociales » ; d’autres micro-événements peuplant le quotidien ou la télévision renvoient à la chose. Sur ce plan le film est (passivement) ironique concernant les clichés dont sont parés les pauvres – en même temps l’inceste est aussi souvent attribué à certaines catégories de riches ; cette famille-là est bourgeoise mais pas d’ascendance aristocratique évidente. (66) 

Intervention divine * (Autorité nationale palestinienne 2002) : Elia Suleiman est un palestinien qui a vécu une décennie à New York avant de se lancer au cinéma avec des soutiens européens (sa première production personnelle est Chronique d’une disparition). L’ensemble de ses réalisations sont centrées sur le vécu des palestiniens.

Dans son film le plus connu (où il s’est promu acteur principal) il évoque à nouveau l’absurde réalité des gens sous emprise du conflit et de l’occupation en Palestine. Il tartine maintenant la chose de fantasmes, ramène des images similaires, voire les duplique carrément. Du cinéma engagé allégorique sous Prozac.

Le seul fait ‘hautement significatif’ et communicable à l’ensemble des spectateurs est le passage du ballon avec Arafat (et ceux avec la fille mais ils sont déjà plus fantaisistes dans leurs visées). La photo et l’ambition dans la démonstration ne relèvent pas du discount, mais à quoi bon ? C’est un petit théâtre d’absurdistes auto-déclarés lucides sur l’abrutissement dont ils sont l’objet. L’histoire d’amour à demi-surréaliste au milieu de la grisaille est à l’image de toute la dynamique : éculée, fatiguée, même quand elle se veut forte et insolente.

Enfin ce film a son joli ronron burlesque, son humour mordant et désabusé, puis assez de symboles pour frapper l’imagination et titiller le critique. Mais la scène finale dérivée de Matrix et de la liturgie achève d’enfoncer le film dans l’auto-complaisance et la divagation ironique.

Illustration de la fraude concernant ce film en un coup-d’œil : http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=45261.html (42)

Passe ton bac d’abord *** (France 1978) : Du cinéma ‘vérité’, crû mais sans théâtre ni ‘décrets’ par l’écriture, à la limite du pseudo-documentaire, sur la jeunesse et sa reproduction des schémas. Enfermement dans les cycles – sans la violence (et le focus) du Family Life de Loach. On les voit devenir des adultes obtus et perplexes comme les précédents.

La direction d’acteur laisse à désirer au départ, mais en laissant-faire, Pialat obtient de bons résultats. Peut écœurer ou saouler au début et progressivement se laisse voir avec une attention froide. Pourrait être drôle ou accablant mais est trop précis et concis pour laisser ça prendre.

Ne laisse pas tout couler comme Loulou produit deux ans plus tard, qui semblera paradoxalement ‘surfait’ dans son intérêt pour les prolos et leurs aventures. (66)

PRINCE DES TÉNÈBRES ****

26 Avr

4sur5  Difficile à appréhender, Prince of Darkness est tenu par beaucoup [de ses adeptes] comme l’un des chefs-d’œuvre de Carpenter tout en étant son film le moins compris, voire le plus négligé. Rappelant, par sa lenteur et les circonstances de l’action (des individus isolés de l’extérieur contraints de s’unir face à une menace surnaturelle) The Thing, c’est un spectacle rude et candide, au style déroutant, à la mise en scène éloquente et la musique impressionnante.

Second de la Trilogie de l’Apocalypse (clôt par L’Antre de la Folie), Prince des Ténèbres est surtout une œuvre mystique (avec sa relecture anxieuse du dualisme) : détonnant dans l’univers d’un type aussi libéré que John Carpenter (plus tellement avec le recul et après Piégée à l’intérieur  –  ce qui n’empêche pas d’humilier des prêtres dans Vampires). Corruption de l’ordre moral (et de ses représentants anéantis), destruction de l’intérieur, renversement des valeurs et dégradation de l’Homme : voilà les manifestations de cette Apocalypse imminente.

Pressés dans une église pour manipuler une menace inconnue, les analystes se trouvent en vérité dans la gueule du loup – pire, du Diable dont le fils prépare son avènement. Comme dans Halloween du même cinéaste, nous sommes les témoins de la contamination inexorable exercée par des forces obscures, face auxquelles les hommes de foi et ceux de la science sont tenus en échec.

Si Prince des ténèbres est si spécial, c’est qu’il a tout, sur le papier et peut-être même sur le fond, pour être un nanar grandiloquent, alors que le spectacle est d’une virtuosité et d’une élégance rares (sans être noble – c’est normal – ni immédiatement aimable – c’est nouveau). Tout en sublimant ce parfum de série B si caractéristique de son cinéma, Carpenter se montre au sommet de son art avec son style claustro et ses angles paranos. La réalisation est calquée sur le récit, simultanément abstraite et littérale, glaciale et puissante.

Il n’y a aucune accélération, aucun emportement, les mouvements de caméra soulignent cette stase galopante. La violence est brutale, sa réception dépouillée. Aussitôt nous revenons à l’histoire générale, vers les éléments encore réfractaires. Ce rythme est celui de la Mort, éternelle et jamais consommée. Convoquant Orphée et sa reprise par Jean Cocteau, Carpenter s’inspire également de Lovecraft : la genèse du Mal (de l’Antichrist) se déroule dans l’indicible, l’indicible explicite, affichant ses stigmates et sa volonté, sans se laisser déchiffrer, donc maîtriser.

Côté casting, on note la présence d’Alice Cooper, leader des clochards anémiés, premières légions de ce Mal sans autre but que sa propre affirmation. Les acteurs fétiches et premiers collaborateurs de Carpenter sont là : Donald Pleasance (le docteur Loomis dans Halloween et la saga), Victor Wong. Seule fausse note assez grave du film, (quoiqu’elle apporte une touche de légèreté et de familiarité, susceptibles de rendre la satisfaction complète), plusieurs interventions sonnent cheap – celle de Dennis Dun devient éprouvante en VF (nuisible en général concernant les dialogues). Son personnage gravite encore dans le monde des Aventures de Jack Burton et apparaît en décalage total.

Note globale 84

Page Allocine & IMDB + Zoga sur SC

Suggestions… Réincarnations + La fin des temps + Conjuring 2 + New York 1997 + La Maison du Diable + L’Exorciste

 

Scénario/Écriture (6), Casting/Personnages (6), Dialogues (6), Son/Musique-BO (9), Esthétique/Mise en scène (9), Visuel/Photo-technique (8), Originalité (7), Ambition (7), Audace (7), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (7), Pertinence/Cohérence (5)

.

Les+

  • atmosphère exceptionnelle
  • musique
  • quelques plans géniaux
  • cette sorte de huis-clos
  • son hypothèse ‘mystique’
  • ce minimalisme

Mixte

  • kitschissime
  • dialogues

Les-

  • personnages peu fouillés
  • des incohérences et flottements (et l’aberration du stigmate sur le bras)
  • acteurs pas passionnants

.

Note passée de 81 (82-83 sur listes SC) à 84 suite au re-visionnage en 2018 et à la réduction des notes possibles. Critique mise à jour (complétée) à l’occasion.

 

Voir l’index cinéma de Zogarok

.

FREDDY & SES SUITES, L’INTÉGRALE DES GRIFFES DE LA NUIT

1 Sep

Cet article évoque l’intégralité de la saga Freddy/Les Griffes de la Nuit, opus par opus : comme pour les Guinea Pig, Massacre à la tronçonneuse et Saw.

 

Les chroniques des quatre premiers opus et du remake ont déjà été diffusés sur un ancien blog il y a cinq ans (2009), les autres rédigés dans la foulée. Quelques textes ont subis des coupes ou des ajouts, certains presque aucun (le 5). Deux cas se distinguent : Freddy 7 (mon préféré), puisque l’article a été écrit pour les besoins de ce grand bilan ; et le 2, car j’ai profondément changé de regard sur lui.

.

Si vous voulez d’autres rafales sur les diverses sagas existantes, consultez le tag « Sagas Intégrales ». Plus spécifiquement : Halloween, Vendredi 13, Hellraiser. En-dehors de l’Horreur : Die Hard, Indiana Jones.

*

freddy 1

LES GRIFFES DE LA NUIT **

2sur5   En 1984, Wes Craven offre au cinéma d’horreur une nouvelle figure culte, caution à des suites guère ambitieuses si ce n’est pour des meurtres et cauchemars tape-à-l’œil. Incarné par un Robert Englund qui se retrouvera ainsi cantonné à celui-ci, le personnage de Freddy Krueger innove alors par son originalité, puisque l’un des premiers [et toujours des plus fameux] boogeyman en série de l’histoire du cinéma est loin du tueur froid et sans nom auquel le public a l’habitude de se trouver confronter.

En effet, Freddy Krueger est un croque-mitaine qui n’intervient que dans les rêves de ses victimes, d’ou l’atmosphère paranoïaque que dégagent ces Griffes de la Nuit. Le film demeure -chose rare- potentiellement impressionnant ou effrayant un quart de siècle après sa sortie. Wes Craven mixe fantastique et horreur pure [ces Griffes de la Nuit sont outrageusement violentes, ce qui ne sera pas tant le cas de sa flopée de successeurs] et invoquant une peur universelle puisque liée aux cauchemars d’enfance -et surtout à leur anticipation.

Aussi, la lutte contre Freddy apparaît impossible ; l’insomnie est la seule solution pour échapper à ce tueur tout-puissant à l’allure particulièrement terrifiante. Chaussé de son éternel chapeau, vêtu de son incontournable pull à rayures rouges et vertes [le choix de Craven aurait été guidé par le fait qu’il s’agit des couleurs réputées comme les plus agressives] et armé de ses gants et lames démesurées, Freddy arbore un visage brûlé, inhumain, rendant sa présence d’autant plus dérangeante. Indestructible, il va même jusqu’à s’auto-mutiler devant ses proies afin d’accroître leur effroi.

Car c’est la peur qui sert d’abord le bourreau. Wes Craven nourrit son personnage d’obsessions personnelles ; cauchemars infantiles, peur du noir et de l’abandon, le réalisateur traitant, au-delà de la peur de s’endormir, de celle du passage à l’âge adulte. Adultes demeurant ici en-dehors, ne croient et ne pourraient croire à ces histoires que vivent leurs enfants. Or, c’est à cause de leurs méfaits du passé (et dans une moindre mesure grâce à leur négligence d’aujourd’hui) que ces derniers subissent aujourd’hui Freddy. Cet héritage sera évoqué dans quelques suites et notamment le troisième opus, reconnu de façon générale comme l’une sinon la meilleure suite [c’est oublier toutefois la réussite de Freddy 7, avec Craven de nouveau aux commandes, une très maline entreprise de démystification].

Pourtant le film peut laisser sur une impression mitigée, malgré ses qualités, sa proposition initiale et son principe de fond. Les scènes de cauchemars constituent évidemment les meilleurs passages ; ces scènes tendent à être superbes, elles le sont dans la première moitié du film, mais cela ne dure pas et dans la seconde moitié, elle se raréfient. Du reste, les dialogues sont limites et surtout le rythme est extrêmement bizarre, le film suivant une ligne droite avec quelques soubresauts (les visions et/ou meurtres). L’écriture du film est ainsi très contrastée, tout comme le rapport de Craven aux archétypes las du slasher (implantés depuis déjà 5 ans avec Halloween et Vendredi 13) : les personnages sont en phase avec la réalité et capables de parler aux adolescents (divorce, situations familiales particulières, etc).

Mais en dépit de cette sensibilité, Craven se tient à proximité des impératifs du genre, comme s’il redoutait d’allez au bout de son univers. Il n’est pas étonnant qu’il soit plus performant dans Freddy VII et se soit illustré avec les Scream, exercices de style éblouissants et fonctionnels tout en lorgnant vers la farce ‘réflexive’. La bizarrerie du rythme est peut-être la résultante de ce même élan de pudeur voir de résignation quand à son inspiration. Cela abouti en tout cas au très bancal piège dans la maison, puis à final abrupt où le cas du monstre est réglé pour de faux. Les Griffes de la Nuit laisse le sentiment d’avoir assisté à un work in progress dont nous aurions un résumé rapide et c’est embarrassant Les effets du film s’en trouvent d’ailleurs dilués et ses traits plus profonds (la situation de Marge Thompson) sont contournés, à la limite du zapping opportuniste.

Si le film semble échouer à de multiples niveaux et que son univers peut laisser de marbre, il faut avouer que l’ensemble reste honorable et dépaysant. La BO de Chris Bernstein est très sophistiquée dans le genre, avec une atmosphère de révélation limite surnaturelle. Bien qu’aillant un peu vieilli, Freddy sait toujours effrayer, pourra étonner (à défaut d’inquiéter immédiatement) y compris par son degré de sanguinolent [le premier meurtre (Tina) en particulier – inspiré de L’Exorciste?], diverti largement plus que le premier opus d’Amityville et est d’un tout autre niveau que celui minable de la saga Vendredi 13. Objet sympathique et frustrant, Les Griffes de la Nuit apparaît comme une sorte de semi-échec ou de semi-réussite.

Jamais complètement convaincant, Fred Krueger sera en tout cas très rentable pour la New Line, cette maison de production étant boosté par le film de Craven et la saga en découlant. Elle rachètera Vendredi 13 à la fin des années 1980 et organisera un cross-over entre Freddy et Jason, les tueurs des ces sagas de slashers de référence (partageant leur domination avec une troisième, la meilleure : Halloween). Les groupies de Johnny Depp doivent également voir ce film puisque leur idole y jouait son premier rôle au cinéma, léguant à la postérité une mort blobesque ; il fera un cameo dans L’ultime cauchemar, cinquième suite des Griffes.

Note globale 53

Page Allocine & IMDB + Zoga sur SC

Suggestions…

*

————————————————————————————————————————————–

FREDDY II : LA REVANCHE DE FREDDY **

3sur5  Après un premier épisode discrètement comique, les nombreuses séquels des Griffes de la Nuit [cinq comprises ici, de Freddy II à VI] vogueront vers le grand-guignol et un humour prosaïque, optant même pour la pochade vulgaire dès le 3e opus. Il faudra attendre le Freddy 7 de Wes Craven pour un retour en grâce net et global, opus portant un regard critique sur la saga et s’illustrant par sa rigueur et sa prise de distance. D’ici là, Jack Sholder prend en charge cette première suite avant de signer son Hidden, puis une flopée de nanars et de purs divertissements bis.

Le Krueger bouffon de l’horreur devra cependant attendre l’opus de Chuck Russell (le 3e), le très mal nommé Freddy’s revenge entrant en dissonance. Freddy 2 est un slasher complet et Krueger est de la partie comme toujours, mais il frôle le hors-série. Toute la dynamique rêves/réalité est mise de côté, voir éjectée si ce n’est dans l’exposition et le final. Freddy atterrit dans la réalité, s’invite dans une fête et s’avère omnipotent. La Revanche trahit donc complètement les principes posés par le premier opus et s’intéresse à la détresse psychologique du héros, nouvel occupant de la maison des Thompson à Elm Street. Harcelé par Freddy le voulant comme partenaire et l’utilisant comme son bras droit pour tuer, Jesse (Mark Patton) se demande s’il sombre dans la folie.

Le film n’est pas effrayant au sens habituel du film d’horreur, mais il est parcouru par une tension lié à son imagerie crypto-gay et à la perversion disséminée par Freddy. Celui-ci est plus qu’un simple boogeyman (et contrairement à Jason ou Michael Myers, il n’est pas mutique) : c’est un monstre sadien. Quand à la trajectoire de Jesse, elle devient la métaphore d’un coming-out inassumé virant à la psychose. L’ambiance et les sous-entendus homo-érotiques sont constants, avec Graddy, la demande de protection à un meilleur ami loin des regards. Pourtant jamais la notion d’homosexualité n’est évoquée explicitement ni n’existe dans les échanges ou même le conscient des personnages ; il n’y a qu’une évocation, à la sauvette, concernant le vicieux prof de sport auquel Freddy réserve une mort à la limite du BDSM. Le résultat est très inquiétant et donne un vrai drame, en terrain étranger ; le 5 aussi tentera une approche plus sensible avec Alice et son enfant. D’ailleurs on note que passée cette expérience, les producteurs manifestement dans l’embarras ne confieront plus jamais la franchise à un héros masculin.

Si le Freddy troupier n’est pas encore pour cet opus, ce Freddy 2 n’est pas toujours du meilleur goût et tutoie régulièrement le nanar. Il y a de petits côtés ridicules incontrôlés parfois et surtout cette scène ahurissante de la perruche, passage hallucinant digne d’une place d’honneur dans la galaxie Nanarland. Des inspirations en décalage (comme des aperçus d’un autre film) se ressentent, donnant un charme au film sans trop avancer son intrigue, en évoquant Society ou Le Dentiste. Le rêve lié au bus est un trip enfantin très décevant, digne des pitreries au surréalisme niaiseux de Freddy 6 (le pire opus de la saga). Les opus 3 et 4 seront bien plus expansifs niveau morceaux bravoure, alors que l’heure n’est pas encore au cumul d’exploits. En revanche, lorsqu’elle est présente, la violence graphique est extrême et assez grave, ce qui tend à aligner Freddy 2 sur son prédécesseur et les isoler du gore pop-corn rayonnant sans partage par la suite.

Note globale 60

Page Allocine & IMDB + Zoga sur SC

Suggestions…

Note arrondie de 59 à 60 suite à la mise à jour générale des notes.

*

————————————————————————————————————————————–

*

FREDDY III : LES GRIFFES DU CAUCHEMAR **

3sur5  Après un second opus faisant guise de parenthèse, Freddy III est la première vraie suite des Griffes de la Nuit. Revenant à l’avant-scène, Freddy enfile pour la première fois son costume burlesque et ose les punchline bouffonnes. Ce Nightmare On Elm Street 3 est donc responsable du tournant grand-guignol de la saga et donc de son identité générale, pour le meilleur et pour le pire. Le meilleur c’est justement cet opus réalisé par Chuck Russell [auteur du ferveur et fabuleusement con Blob sorti un an après], d’une grande inventivité, avec même une certaine grâce, comme lorsque Freddy s’incarne dans un pantin pour s’inviter dans l’espace d’un rêve. Le pire, c’est ce dédain pour l’horreur véritable au profit de spectacles proposant d’autres genres de sensations fortes aux adolescents venant pour un train-fantôme. Le pire c’est donc surtout les opus 4, 5 et 6, tous redevables à cette troisième mouture et tous des déclinaisons inférieures.

Sans les maladresses ni la foi aveugle en ses excès tape-à-l’oeil du premier opus, Freddy 3 respecte assez scrupuleusement les avatars de sa mythologie tout en boostant son langage. Avec le très moyen sixième volet qui tentera de mettre un terme à la saga, Freddy 3 est celui qui cherche le plus à amplifier l’univers du croquemitaine et à en explorer de nouveaux horizons. Plus axé sur le fantastique que l’horreur pure, le film permet à ses adolescents d’exploiter leurs rêves, leur permettant d’y déambuler afin de pouvoir mettre fin à Freddy et de facto à leurs cauchemars. Ce dernier devient un véritable showman, soignant ses entrées, raffinant ses agressions et surtout les personnalisant [qu’une fillette se repose sur une figure paternelle rassurante et il se révèle ; en ce sens, Freddy 3 est la seule suite à tutoyer les thématiques du film de Craven]. Le sadisme de Krueger est subtil et son personnage a une épaisseur que Jason Vorhees comme Myers n’ont pas. Il est bien trop dissipé et criard pour concurrencer Pinhead de Hellraiser, mais son charisme est supérieur au boogeyman standard. Freddy gagne également en épaisseur en tant qu’individu puisqu’on apprend sa genèse et l’existence d’Amanda Krueger.

L’emprunte de Wes Craven s’impose en toile de fond mais de nombreux choix divergents s’y ajoutent ; ne jetant pas l’éponge comme il le fit sur Freddy 2, il laisse aux producteurs de la saga un scénario largement réécrit par le tandem pour le moins improbable Russell/Darabont. Si sa créature lui semble définitivement dépossédée, ses pérégrinations trouveront ici leur point d’orgue, avant la décrépitude dans des proportions raisonnables (le crash total des Vendredi 13 est loin). Le film a vieilli mais sa désuétude plutôt que de l’handicaper lui confère aujourd’hui une touche vintage qui lui sied bien, au contraire du 4 bien trop dans la farce has-been. Mariant le spectaculaire, l’horrifique et le grand-guignol avec une efficacité indéniable, l’ensemble tend parfois au délire carnavalesque, graphique [à partir de rêves d’ados complètement décérébrés, le film est bien plus sombre et extravagant visuellement] comme scénaristique, mais avec toujours une main de fer pour canaliser ce goût pleinement assumé pour l’absurde afin que les déviances « fun » ne basculent pas dans un ridicule involontaire prenant le pas sur le grotesque gratuit.

Le compromis entre un récit suffisamment consistant et une dose polie d’hystérie bis, la légèreté du ton et le volontarisme dans l’outrance, permet la réussite de cette entreprise honnête et régressive, aux ambitions récréatives menées à leur terme. Cette effusion de gadgets, de gore et d’ironie donne curieusement force à un mythe, l’enrichit en tirant vers le haut son potentiel grandiloquent. En même temps Freddy III s’affirme en réel film d’épouvante, même inefficace ou rigolard, car il a la dimension exploratrice nécessaire aux exigences de ce registre. Cet équilibre se reflète dans le traitement des personnages, souvent considérés avec dérision : répliques à la bêtise ironique ; malades qu’on nous invite à davantage prendre pour des imbéciles que pour des sommes d’angoisse ; pittoresque scène de la journaliste TV ; lycéenne se rêvant punk et rebelle jusqu’au bout des ongles, etc. Simultanément, c’est avec une empathie sincère, étouffée sous la couche de bouffonneries, qu’il jette son dévolu sur d’authentiques peurs ou préoccupations adolescentes, la tentation du suicide en tête.

Note globale 60

Page Allocine & IMDB + Zoga sur SC

Suggestions…

*

————————————————————————————————————————————–

*

FREDDY IV : LE CAUCHEMAR DE FREDDY *

2sur5  Démonstration du tournant définitivement ce Freddy vers le statut de vache à laid grand-guignol [ce sera le gros succès de la saga], cette quatrième mouture se distingue par sa cynique nullitude et ses frustes manières de film MTV. Avec The Dream Master, Freddy devient un gros beauf et la mascotte d’un train fantôme. Ridicule mais divertissant, Le cauchemar de Freddy tient du clip pop-rock à rallonge et n’a plus beaucoup à voir avec un film d’épouvante. On sent les années 1990 arriver au travers de cette intrigue et ce traitement superficiels et glam-trash, anticipant les Souviens-toi l’été dernier ou Dangereuse alliance. L’ensemble est d’une profonde stupidité dès le départ et c’est le premier opus assumant à ce point la bullshit générale ; il restera indépassable, même le 6 (plus minable que crétin festif) ne pouvant concurrencer. La bêtise cohabite avec la flamboyance et cet opus est à sa façon le plus lumineux, en tout cas celui brillant par ses effets spéciaux.

L’histoire se concentre sur une victime en particulier ; cette fois, l’héroïne est introvertie et relativement timide, mais pas seule au monde. Alice rêve de briser la glace et envoyer tout [le monde] valser, ou de s’affirmer et entrer dans la compétition sexuelle, mais ne le fait pas, évidemment. Mais lorsque démarre sa lutte contre Freddy, alors elle sort d’elle-même et entre dans une phase ultime de rebellitude. A l’image de ses camarades, la jeune Lisa Wilcox est une interprète honorable, mais est bien la seule à infuser une habile dose de second degré à sa personnage [notamment lors de sa  »métamorphose »].

Produit d’une grande vulgarité (le chien pisseur du feu), le film de Renny Harlin (l’homme des navets loufoques crâmant leur budget dans l’allégresse – Peur bleue) fait toutefois preuve d’une grande maîtrise technique et son visuel arbore des allures nettement plus contemporaines, même si le goût est tout aussi has been. Beaucoup de choses peuvent être reprochées à Freddy 4 (dont le sabotage du mythe), mais c’est une réussite graphique et son catalogue d’exploits aussi bêtes que spectaculaires fait la différence avec la plupart des autres sequel. Sans afficher le style de Freddy 5, le film s’inscrit décemment dans la lignée du film de Chuck Russell quand à l’imagerie glauque clownesque. À la hauteur de sa mission, Freddy 4 fait preuve d’une certaine inventivité dans les scènes de rêve et de meurtres [la fille aspirée par un grand écran notamment ; ou encore l’exemple, souvent cité, de celle muée en cafard], lesquelles évoquent toujours un certain parfum de contrefaçon et une espèce de surréalisme discount. Les ados se font (inter)venir les uns les autres dans leurs rêves, d’autant plus librement qu’il n’y a pas de narration réfléchie.

Versant dans le teen-movie degré zéro, crétin mais pas forcément plus que la moyenne, la franchise se complaît dans la banalité, mélangeant ses propres poncifs à ceux de tout un genre. L’humour lourdeau tente de se marier à l’horrifique pour offrir un cocktail adroitement calculé aux dehors extravagants, pendant que Freddy et ses victimes se vautrent allègrement dans une beaufitude sans fards – mais une beaufitude bankable, propre. En gentleman appliqué, Freddy se surpasse s’agissant d’y aller de sa petite vanne ; il nous garnit d’un tout bidon « j’aime la nourriture spirituelle » alors qu’il se repaît d’une tête d’olive, et ne passe pas non plus à côté du « bienvenue au pays des merveilles, Alice ». Raté, ce zèle ne lui permettra pas de se classer parmi les incontournables : on peut accepter le contrat (se vider le cerveau devant un show gratiné et totalement creux) et repartir avec quelques anecdotes (la nymphe piégée dans le matelas d’eau), à la fin il faut admettre que le croquemitaine y perd.

En effet celui-ci apparaît comme un faire-valoir de placements produits ; au-delà de Krueger chaussant ses Ray Ban, le spectateur est surtout abreuvé d’un rock piteux ou de rap lisse, de l’easy-listening de boeufs si on préfère. Par décence ou minimum syndical de respect envers les créateurs et notamment LE créateur, Wes Craven [de nouveau sur la fiche technique pour le troisième opus, il a contribué à la réussite de la seule ‘vraie’ sequel un peu plus que potable], les producteurs tuent de nouveau Freddy au terme de sa nouvelle aventure. Mais pour de faux, on le sait.

Note globale 42

Page Allocine & IMDB + Zoga sur SC

Suggestions…

Note arrondie de 41 à 42 suite à la mise à jour générale des notes.

*

————————————————————————————————————————————–

*

freddy, l'enfant 5

FREDDY V : L’ENFANT DU CAUCHEMAR **

3sur5  Souvent considéré comme le plus inintéressant de la saga par de nombreux fans, Freddy 5 est pourtant, à un stade ou la saga aura blasé les plus impatients, une très bonne surprise – et un film fantastique assez captivant. Moins primairement « second degré » et grand-guignol [mais nettement plus finement quand il s’agit d’adopter cette posture], l’opus du futur réalisateur de Predator 2 ne se confond pas dans la bouffonnerie : c’est peu de le dire et pour un Freddy, c’est déjà beaucoup, presque un parti-pris impertinent vis-à-vis du caractère général de la saga : les deux opus précédents et le suivant relèvent de la gaudriole unilatérale (quelque soit leur niveau par ailleurs).

Dissipant l’exubérance stérile devenue caution à un nivellement par le bas, L’enfant du Cauchemar adopte un ton franchement solennel concernant les péripéties de son personnage principal, à l’instar du second opus. Réexploitant certains éléments de son prédécesseur [la maison abandonnée et Alice, qui de nouveau se bat contre Freddy dans ses rêves], le film démarre cette fois sur une idée aussi astucieuse qu’abradabrantesque, Freddy se réincarnant dans le bébé qu’Alice doit enfanter. Rompant donc avec la vulgarité et le tape-à-l’oeil mais pas avec certains recours faciles, Freddy 5 se montre plus audacieux, même si ses innovations se concrétisent avec plus ou moins de bonheur (le final n’est pas forcément concluant et laisse sur un goût mitigé). Contrairement à ce qui est admis généralement, le croquemitaine y apparaît moins comme un bouffon, par contre son image est fragilisée. Moins terrifiant, perdant de sa superbe et de sa toute-puissance, le personnage évolue pour se muer en une sorte d’écorché soudain vulnérable.

Toujours aussi grossier, Freddy gagne en épaisseur alors qu’il n’évoluait en rien dans le précédent opus où il vacillait vers la figure du vieil oncle amuseur en chef de galerie familiale. Mais surtout, si son humour [ »noir »] s’étiole, il est plus déchéant, plus résolument trash. Ce vieux bonhomme qui se met au champagne et s’arrache le bras plus hilare que jamais semble résigné à sa propre décadence. Le mouvement est loin de celui ostentatoire de Freddy 7, surtout moins délibéré, mais en s’épurant de ses marques de fabrique, le boogeyman acquiert un nouveau souffle, court mais alternatif. Cette nouvelle déclinaison ne vit que pour masquer sa terreur d’assister à l’épuisement d’une formule avec laquelle elle se débat.

Malheureusement en tentant d’étendre cette chétive mythologie, démultipliant à l’infini les possibilités [Freddy dans ce corps-là, puis dans celui d’un autre, puis dans une voiture, puis plus dans une voiture] comme dans Hidden (réalisateur de Freddy 2!), le film a le défaut de vouloir brasser un peu trop, échouant globalement à réinventer son mobile de fond en comble. Finalement assez lisse malgré son apport conséquent au personnage-fétiche, le scénario est inspiré mais pas toujours parfaitement cohérent ou limpide. Quelques références, non attestées cependant, nourrissent le film : Rosemary’s Baby bien sûr, mais aussi Labyrinthe et ses escaliers, Eraserhead pour les joues de hamster ou Tetsuo pour le premier meurtre.

Lorsque les ambitions lacunaires s’effacent au service du spectaculaire, l’inventivité de Freddy 5 s’affirme pleinement dans sa facette graphique (la BD, les poupées, l’usine). Plus noir et surtout baroque, presque gothique, le film se dote de ce qui manquait à l’effervescent Freddy 4 : une ambiance et un style. L’enfant du Cauchemar inspire bien plus le cauchemardesque [scène du dîner très réussie]. Freddy 5, en bout de course, est un petit film d’horreur de facture plutôt classique mais très bien conçu, dont les parfois réjouissantes qualités plastiques prennent le pas sur la psychologie de personnages pourtant abordés avec un mélange d’empathie et d’ironie plus ambigu encore que dans le film de Chuck Russell. Le fan s’y retrouve donc difficilement, le néophyte peut estimer cet essai hybride comme une bouffée d’oxygène. Pour les simples curieux, c’est peut-être mieux ainsi.

Note globale 58

Page Allocine & IMDB + Zoga sur SC

Suggestions… L’échelle de Jacob + L’armée des 12 singes

A Nightmare On Elm Street – Part 5 : The Dream Child** (5/10)

Notoriété>10.100 sur IMDB (plus faible, nettement) ; 425 sur allociné (2e plus faible, de peu)

Votes public>4.7 sur IMDB (2e moins bon score : légère tendance féminine) ; France : 4.8 (allociné ; 2e plus mauvais ex-aeco avec Freddy 6)

Note arrondie de 57 à 58 suite à la mise à jour générale des notes.

*

————————————————————————————————————————————–

*

FREDDY VI : LA FIN DE FREDDY – L’ULTIME CAUCHEMAR *

1sur5   Ecopant d’une lourde perte de vitesse de ses recettes, reçu tièdement par les fans, Freddy 5 amène la société de production New Line à ré-envisager le cas du croquemitaine. Il est clair qu’à ce stade le filon est épuisé, l’ambition a disparue, ainsi que toute fraîcheur ou illusion. Des suites sans inspiration dont l’inventivité concernait surtout les meurtres ou exploits visuels ont dénaturé l’esprit d’un film initial lui-même devenu particulièrement suranné et rétrospectivement révélé dans toute sa redondance, ses lacunes et sa platitude.

La mise à mort définitive de Freddy est ainsi décrétée. Prend place alors le rendez-vous raté avec un final qui serait une fête, révélant les coulisses, invitant à « vivre » le mythe au plus près, pénétrer dans l’intimité de Freddy en levant le voile sur l’essentiel des mystères planant sur une mythologie paresseuse. Donner un passé au croquemitaine était essentiel pour consolider l’initiative et dans les grandes lignes cet Ultime cauchemar réussit à répondre de façon cohérente à la logique de la saga, en faisant vaincre Freddy Krueger par sa propre fille. Loin de toute intensité (quoique l’absurde combat final soit hypnotisant), leurs retrouvailles ficellent adroitement la biographie du monstre ; Les Griffes originelles campaient un propos sur le passage à l’âge adulte et les peurs de l’enfance, un boogeyman arroseur arrosé constituait la plus facile mais aussi la meilleure sortie possible.

Le cheminement vers l’évidence ne se fait pas sans révélations plombantes. Flash-back à l’appui, le scénario met en scène un Freddy « pré-freaks », côté réalité, mais le portrait de ce père de famille aux tares inavouables annihile tout mystère sans contrebalancer par de quelconques nouvelles pistes. Carrément cartoonesque, Freddy tente de faire peur à nouveau mais ne parvient jamais à saisir le ton juste, le film adoptant des allures d’ennuyeuse série B audiovisuelle vaguement prétentieuse. Comme pris de convulsions, il passe d’une sobriété feinte confinant parfois au ridicule à la blague épaisse, traînant ces deux pôles antinomiques avec un professionnalisme embarrassé.

Même dans le 4 très borderline, il y a toujours une construction spontanée et une cohérence dans les actions. Là, le scénario est honteux : quelques idées sont posées et elles sont finalement survolées ou traitées avec amnésie (les adolescents décimés, les Nightmare On Elm Street partout, puis tout ce repompage du Village des Damnés). Le manque d’intelligence est phénoménal : le 4 est dans la bêtise, mais sa bêtise est celle d’un show ouvertement dans la farce et il enchaîne avec force. Là, si ce n’est un sabotage pénible, c’est une tentative d’arriérés : en d’autres termes, le 4 est conçu pour nous abrutir dans la joie MTVesque quand le 6 semble initié par des monocellulaires sous coke s’adressant à des débiles légers.

Présentant son film en 3-D, Rachel Talalay ne semble à l’aise que lorsqu’elle aborde le terrain des effets spéciaux. Mais la virtualité au cœur du film est loin de le booster, le sens du spectaculaire de l’équipe technique tenant ici du ridicule achevé. Le voyage ouvertement ludique au cœur d’effets kitschs éreinte dans une interminable dernière partie, puis sidère lors de son morceau le plus fameux, celui de l’inénarrable incursion de Krueger dans un jeu vidéo très moche et primitif (sachant qu’il y a deux produits dérivés dans ce domaine, sortis en 1989). Aspirant dans une télévision [rappelant clairement Videodrome, autant dire qu’on frôle le blasphème tant un bon lot d’années-lumières sépare les deux niveaux] un ado qu’il pourchasse avant de le tuer, Freddy se livre à une expérience aguichante seulement sur le papier, devenue culte chez la minorité de fanatiques qui ne fut pas assommé par la médiocrité de cette farce ratée de bout en bout.

Mêlant une froideur toute 90′s à la folie simulée des Kruegers 80′s, L’Ultime Cauchemar propose de tuer Freddy en chaussant ses lunettes, instaure un présupposé BG de service au poste de héros et fait péter le rock consensuel à fond les ballons. Le hic : tout n’est que laideur et lieux communs – sinon, pour l’originalité, la mort très branque de John. La scène d’intro, référence avouée et sans ambiguïté au Magicien d’Oz, pourra amuser les fans de ce classique mais n’en demeure pas moins hideuse. Freddy semble ainsi tirer sa révérence en frisant l’escroquerie, sous des allures pleines d’entrain et de sincérité. Et lorsque défile un best-of de l’épopée Kruegerienne sur fond de merdique tube d’un jour d’Iggy Pop, pas une once de nostalgie, ce n’est autre que le soulagement qui nous envahit.

Note globale 30

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Gacy + Halloween Resurrection + Demon House + Halloween 3 + L’Antre de la Folie 

Note arrondie de 29 à 30 suite à la mise à jour générale des notes.

*

————————————————————————————————————————————–

.

freddy 7 sort de la nuit 2

FREDDY SORT DE LA NUIT (FREDDY VII) ***

4sur5  Trois ans après l’affreux Ultime cauchemar marquant la mort de Freddy et un final où il reprenait sa forme humaine, Wes Craven relance pour un dernier opus la saga. Cette reprise en main est une façon de régler son compte à une franchise qui le contrarie, l’ensemble des suites ayant rompu avec ses Griffes de la Nuit pour évoluer vers la performance trash et la gaudriole. Néanmoins Craven lui-même est en pleine décadence pendant cette décennies (années 1990) et ses ‘classiques’ de l’Horreur sont parmi les plus sur-cotés : La dernière maison sur la gauche, La colline a des yeux (balayés par leurs remakes) et même Les griffes de la nuit.

Prenant tout le monde à revers, Freddy sort de la nuit est une réflexion sur le boogeyman, son traitement par Hollywood et par les médias, son interaction avec le public et avec ses auteurs. Heather Langenkamp, héroine des Griffes de la Nuit et présente dans Les griffes du cauchemar (3e opus) interprète son propre rôle, tout comme Robert Englund et Wes Craven. Langenkamp a mis de côté le cinéma et s’occupe de son enfant Dylan. Lorsque New Line (réellement productrice des Freddy) la contacte, elle refuse de reprendre le rôle pour le 7e opus en préparation, sur lequel un scénariste travaille dans le secret depuis deux mois.

Mise en abyme de rigueur et plutôt qu’un véritable film dans le film, c’est un tournage secret dans le film, où les parties impliquées de près ou de loin deviennent les pions de cet obscur projet. L’idée du scénario dirigeant la réalité renvoie à L’antre de la folie, l’un des sommets de John Carpenter qui sortira l’année suivante et l’exploitera avec une plus grande envergure. Craven passe en revue l’impact de Freddy sur le public et la façon dont celui-ci a été transformé par le marché et le collectif. Il est désormais un bouffon de l’horreur et l’ombre pathétique de celui qu’avait élaboré Wes Craven. Néanmoins, lorsque Robert Englund vient satisfaire la ‘freddymania’ sur un plateau, l’aura malsaine du boogeyman se ressent du point de vue de Heather Langekamp.

Le nouveau statut de Freddy reflète par ailleurs la banalisation de l’Horreur dans les esprits, celle-ci étant (au cinéma) devenue un objet de consommation courante parfaitement mobilisateur. Les enfants eux-mêmes connaissent les monstres, en tout cas celui des Griffes de la Nuit ; c’est d’autant plus ironique dans son cas puisqu’il est un pédophile devenu démon suite à sa mise à mort. Craven combine son désir de revanche et son approche conceptuelle en se réappropriant sa créature de façon critique ; il entame sa grâce de freaks, son crédit de star et lui accorde un maquillage plus ostensiblement fait de plastique (qui a énormément heurté ses groupies, peu sensibles au discours du film et à son rythme). Jamais Freddy n’aura cependant été aussi inquiétant et son meurtre à l’hôpital est un véritable moment de terreur et de désarroi pour la victime.

En plus de poursuivre ses propres créateurs, Freddy reprend le pouvoir sur la farce dont il est devenu le héros. Prenant acte de sa mort dans la saga, il vient se réfugier dans la réalité en amadouant les spectateurs comme il amadouait les enfants, pour finalement les faire basculer dans son territoire. La thèse de Craven est multiple et se lit comme un tandem de boucles croisées et achevées. Rétrospectivement, Freddy sort de la nuit apparaît comme la préfiguration de Scream. Avec celui-ci et ses suites, Craven portera à nouveau un regard sur l’horreur et ses clichés, mêlés entre premier et second degré, tout en traitant leur héritage dans la réalité. Cette entreprise ambiguë entre ré-enchantement et auscultation de l’Horreur aboutira à une vague de néo-slashers parodiques, portant un coup fatal à l’Horreur, bien plus que les farces doublement inoffensives que constituaient les Freddy 3 ou 4. Jusqu’au-bout, la démonstration (plusieurs en une, en fait) est parfaite, valorisant son directeur tout en corrompant ses instruments.

Note globale 76

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…

Note arrondie de 75 à 76 suite à la mise à jour générale des notes.

.

————————————————————————————————————————————–

*

freddy remake

LES GRIFFES DE LA NUIT (REMAKE) **

2sur5 Toucher à un sanctuaire horrifique condamnait inéluctablement Samuel Bayer (directeur du clip de Smells Like Ten Spirit) au mépris de la classe cinéphage, encline par nature à ce type de railleries la confortant dans ses assurances douillettes. Et quoiqu’effectivement très mal accueilli, ce reboot des Griffes de la Nuit était une proposition intéressante. Le potentiel du film de Wes Craven se dissipait tant sous des graisses kitschs que la simple idée de les voir élaguées par un second tour de piste plus sombre et pas moins calibré promettait, à défaut de justifier cette réputation franchement surfaite, au moins de restaurer l’intelligence diffuse des obsessions distillées par cet opus originel.

Sans pleinement satisfaire ces timides espoirs ni même tout à fait escroquer son lynchage, Les Griffes de la Nuit 2010 est une relecture intéressante du mythe de Freddy. Ce huitième opus [ou neuvième, en comptant l’hors-série Freddy contre Jason, cross-over avec la saga Vendredi 13] est une des productions de Michael Bay et sa série de remakes/reboot. Celle-ci est une synthèse laquée de l’horreur premier degré et principalement pour ados qu’Hollywood a engendré autour de 2006-2013. Un réalisateur novice venu du clip, des jeunes acteurs qui ne se sont pas souillés dans l’horreur parodique, un style très grave tout en restant évasif, des personnages intenses mais superficiels.

Comme la version 2009 de Vendredi 13 supervisée par la même équipe, cette version 2008 de Nightmare on Elm Street fait partie des bons éléments. Contrairement au nouveau Vendredi 13, plus neutre, ici le ton est mature. L’heure est au sérieux extrême, les adolescents sont tous troublés ou résignés. Le réalisme s’en trouve décuplé, l’évocation de la pédophilie est frontale et Freddy concerne le passé des grands ados, pas de leurs parents. Cette solennité et ce pragmatisme relatif inclus tout, y compris le personnage de Freddy dont l’allure est celle d’un authentique grand brûlé et non d’un démon. Il y a peu d’humour de la part de Freddy et lorsqu’il y en a, les punchline sont ‘sombres’, pour rester sobre.

De plus les auteurs ont eu l’excellente idée d’introduire la notion de micro-sommeils et en tirent de quoi doper l’ambiance avec un minimum de justifications. Ce manège glacial fonctionne tant que le spectateur est sensible aux charmes maniéristes sans être saoulé par le conformisme aux codes de l’époque. Le soin technique apporté à la remastérisation de visions dantesques initialement déjà frivoles ravit nos pupilles par à-coups. Quelquefois se ressent cette satisfaction d’apercevoir l’once d’une terreur ou d’un pouvoir de fascination immédiat ; un potentiel immense, avec déjà le contenant, qu’il ne resterait qu’à orienter un peu plus. De ce point de vue ces Griffes 2 sont à la hauteur des Griffes 1, dont les séquences oniriques faisaient un petit effet tant que l’initiative et sa beauté suffisaient à omettre le vide et l’absence de destination.

Malheureusement, il y a Rooney Mara et il est temps de remettre en question l’exploitation de cette actrice ; ici elle ne joue pas mal, elle est là, lâche son texte sans se départir de sa poker face parfois crispée, entre le flegme et le malaise face aux événements. Sa simple présence devient parfois une lourdeur, heureusement dissipée par Kyle Gallner (Quentin) partageant quasiment le rôle-phare avec elle à mesure que le film avance. Celui-ci s’achèvera de façon idiote, mais conforme, posant un petit choc ultime gratuit une fois que tout est réglé : c’est fait comme du bis luxueux de son temps, mais en soi c’était déjà l’issue du film de Craven. Globlament, le premier film solo de Bayer laisse la sensation d’un spectacle un peu vain comme prévu, mais prenant parti et allant au bout, se positionnant bien parmi la masse sans s’en distinguer.

Note globale 53

Page Allocine & IMDB + Zoga sur SC

Suggestions… Carrie la Vengeance    

A Nightmare On Elm Street-remake**

Notoriété>7.000 sur IMDB

Votes public>5.6 sur IMDB (tendance très marquée -30 ans) ; USA : 6.0 (metacritic)

Critiques presse>USA : 3.4 (metacritic) ; UK : 4.0 (screenrush)

.

.

freddy les griffes

*

Voir l’index cinéma de Zogarok

*