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BODY BAGS / PETITS CAUCHEMARS AVANT LA NUIT **

28 Juin

body bags

3sur5   Body Bags aka Petits cauchemars avant la nuit est un film à sketches horrifique très sympathique, sans grandes surprises, s’inscrivant dans une tradition de produits du genre autour de 1990 et des Contes de la Crypte. John Carpenter et Tobe Hooper (Massacre à la tronçonneuse) se partagent les tâches, Carpenter signant les deux premiers segments et jouant le rôle du narrateur dans les transitions. Ces séquences souscrivent à l’humour macabre et légèrement transgressif de rigueur, sur un ton moins gamin qu’ailleurs. Même chose en plus accentué pour le film lui-même, parfois d’un réalisme très cru dans les premier et troisième segments, le second étant plus fantaisiste.

La Station Service (The Gas Station) ne se démarque pas par son scénario, commun et peu relevé, mais la mise en scène de Carpenter est excellente. Cette approche de l’action, cette gestion du son et de la tension, cette façon de conquérir l’espace ou explorer des lieux (péri-urbains) au vide incertain, tout ce formalisme génial pourrait booster n’importe quel nanar. Déjà dans son premier téléfilm (Meurtre au 43e étage), Carpenter en faisait preuve. Le spectacle n’est pas brillant mais la présence d’un maître se ressent. À noter deux cameo importants, ceux des cinéastes Craven (Les Griffes de la Nuit, Scream) et Raimi (Evil Dead).

Les cheveux du Dr Miracle (Hair) traite d’un problème de calvitie réglée par un mauvais sort. Avec sa BO renvoyant à Twin Peaks, ce second segment est un petit drame pittoresque dans une atmosphère de faux soap. Très classique dans l’épouvante désuète de l’époque, c’est une réussite modeste, dont Carpenter a le curieux mérite de faire un feel-good movie réduit. Enfin Oeil pour œil (Eye) raconte les visions horribles d’un homme suite à une greffe d’œil. C’est au tour de Hooper et contrairement à ses habitudes d’alors, il opte pour une approche glaciale. Son film est adulte, désespéré et peu imaginatif.

Réalisé pour Showtime, Body Bags n’est pas en mesure de passer à la postérité ni de se distinguer dans le lot des films à sketches de son genre et de son temps. Les deux cinéastes y font de bonnes contributions mais leurs créations manquent d’épaisseur, d’originalité et d’images fortes. C’est en revanche un divertissement opérationnel qui séduira le public coutumier de ces délires-là.

Note globale 58

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THE ABCs OF DEATH *

27 Jan

abc of death

2sur5  Cousin des V/H/S et de The Theatre Bizarre, ABCs of Death est un film à sketches horrifiques sorti en 2012. Composé de 26 segments pour 26 lettres de l’alphabet, il est donc forcément un recueil de courts, plus qu’un film à sketches. Les concepteurs du projet font savoir qu’ils ont laissé une totale liberté aux auteurs : encore heureux, compte tenu de l’absence quasi totale de moyens (5.000 $ pour chacun).

1) A for Apocalypse – Nacho Vigalondo (2) = Effets sanguinolents et stupides (la main), avec twist rouge sang tout pourri. Vigalondo rester l’homme d’un film (Los Cronocrimines), finalement, son Extraterrestre étant un hybride pénible et ce truc étant juste une baudruche vide.

2) B for Bigfoot – Adrian Garcia Bogliano (6+) = Des parents inventent une histoire pour contraindre leur fille à s’endormir ou au moins, rester au lit en paix. Mission réussie pour eux et pour le réalisateur : c’est implacable, un peu simpliste.

3) C for Cycle – Ernesto Diaz Espinoza (2+) = un type se découvre dépassé par son double, bien décidé à le rayer de la carte. Bonne idée emmenée nulle part, le résultat n’a aucun intérêt.

4) D for Dogfight – Marcel Sariento (6) = combat entre un chien et un homme aux gants de boxe ; tout est au ralenti et en musique, c’est impeccable techniquement. Voilà clip valable, éblouissant dans le contexte de cette collection, juste vaguement intéressant en soi.

5) E for Exterminate – Angela Bettis (3+) = un mec poursuivi par une araignée, sans savoir à quel point. Sorte de gag légèrement sinistre, avec de très moches effets, E s’arrête quand il pourrait devenir intéressant. Intriguant malgré tout, mais évitant soigneusement tout ce qui fait son intérêt, un court signé par l’interprète de May, qui a également joué dans l’opus des Masters of Horror dirigé par le même réalisateur, Lucky McKee.

6) F for Fart – Noburo Iguchi (4+) = rêve d’un au-delà où nous serions dégueulasses sans gêne ; c’est hideux mais ingénieux et tellement atterrant. Comme Shyness Machine Girl, ce mauvais goût définitif mordant sur la SF est une démonstration de ce que les V-Videos (japonais) font de plus déjanté et inassumable.

7) G for Gravity – Andrew Traucki (2-) = un surfeur part en vadrouille et se fait vraisemblablement capturer et absorber par quelque chose. Voilà. Ok. Superbe plan final sur la solitude d’une planche légèrement rouillée par le sang.

8) H for Hydro-Electric Diffusion – Thomas Malling (3-) = un homme-chien assiste à un spectacle sexy ; mais la belle femme-chienne est en fait une nazie qui lui veut mal. Salut les attardés ! Laid et stupide, mais fort en gadgets, la chose a cette identité visuelle cartoonesque pour (et contre) elle.

9) I for Ingrown – Jorge Michel Grau (6) = bonne carte de visite pour un éventuel castin du thriller glauque ; garde le mystère et ça lui va bien. Réalisateur stylé, attire l’attention, mais une fois le moment passé, ne laisse rien.

10) J for Jidai-geki – Yûdai Yamaguchi (2) = histoire de samourai à l’humour slapstick : des effets spéciaux, c’est tout – d’une bêtise assez irritante.

11) K for Klutz – Anders Morgenthaler (2+) = une femme se rend aux toilettes pendant une fête ; mais sa crotte rebondit et la poursuit. Qu’est-ce qu’on se marre. Style BD, un truc proche des sketches pour beaufs sur les petites gênes et fixations du quotidien, entre la belle-mère et un obscur délire sur la façon de marcher des gens, sauf qu’ici c’est trash et ça finit dans le sang. Pittoresque et infect.

12) L for Libido – Timo Tjahjanto (7) = enfin un vrai film, d’horreur, extrêmement malsain, barré et recherché. Une abomination, mais une inventive et soignée, touchant fondamentalement ; c’est ce que nous désespérons de trouver, non ? La sauvagerie sadienne avec les avantages d’un équipement contemporain, dans un cadre élitiste : voilà une hallucination pour paranoiaques, pessimistes et pervers torturés. Tjahjanto se met à l’ombre d’oeuvres comme Salo, Eyes Wide Shut ou Hostel ; il n’en a pas nécessairement l’intelligence ni la profondeur, c’est aux œuvres ultérieures de ce cinéaste indonésien d’éclairer le spectateur. Les fans de l’épisode La Maison des sévices de Miike pour Masters of Horror pourront aimer.

13) M for Miscarriage – Ti West (2-) = encore une histoire de caca et de toilettes ; très étrange, une femme en difficulté avec sa chasse, sa cuve pleine de sang ; une minute ; ok, et donc ? Co-réalisateur de V/H/S, Ti West pourrait être un génie, son one shot reste une arnaque et il faudrait encore les pires des gogos pour y prêter des intentions pertinentes.

14) N for Nuptials – Banjong Pisanthanakun (3) = une mignonne histoire de mariage et de perroquet, tournant mal à cause de quelques révélations. N nous prend par les sentiments, mais il faut aussi voir le contenu et le lien avec une anthologie de l’horreur : et là, c’est tout petit et quelconque, forcément. Les trois points pour toi petit oiseau chéri, mais à condition de ne pas les partager.

15) O for Orgasm – Bruno Forzani & Héléne Cattet (7+) = métaphore clippesque du cunnilingus. Le tandem Cattet/Forzani avait déjà frappé fort avec Amer et confirme : c’est reconnaissable entre mille, c’est beau, c’est un rêve de cinéphiles et s’il doit y en avoir un, ce sera le nouveau giallo. Le seul regret : que les auteurs se salissent en confiant leur petite merveille à cette sombre merde.

16) P for Pressure – Simon Rumley (6+) = Film sans dialogue et en musique, avec un petit côté Drive/Only god ; dans une banlieue latino, une mère avance au jour le jour et doit gagner de l’argent, choix bizarre pour la démonstration finale, bizarre mais pas aberrant. Point de vue valable.

17) Q for Quack – Adam Wingard & Simon Barrett (2) = les deux réalisateurs, chargés de réaliser Q profitent de l’opportunité pour faire une petite mise en abyme. C’est lourdaud dans l’idée comme dans l’humour, ça se veut cynique mais finalement humble, ça débouche sur un canard dans le désert que nos deux génies contrariés n’arrivent pas à décimer.

18) R for Removed – Srdjan Spasojevic (7-) = les expériences en laboratoire sur le corps d’un homme ; ou plutôt les restes de son dos. Segment sale en général, boucher en particulier. Mystérieux, raffiné et aux portes du surréalisme, R est une réussite de la part du réalisateur de A Serbian Film, un de ces « film le plus horrible de tous les temps », raté probablement mais peut-être pas si cynique qu’on l’a prétendu.

19) S for Speed – Jake West (5+) = du Robert Rodriguez pimpant cachant une sombre réalité. Pas mal, sur le plan graphique au moins et avec un bon twist, mais tout de même léger voir simpliste. Par le réalisateur de Evil Aliens et Razor Blade Smile.

20) T for Toilet – Lee Hardcastle (7+) = un garçon apprend à allez aux toilettes ; en pâte à modeler, excellent et très inventif. Le début, rassure pas, mais très vite, le court s’avère passionnant et est l’une des quelques réussites notables de la collection.

21) U for Unerthead – Ben Wheatley (3-) = caméra subjective, nous sommes à la place d’un démon/vampire agressé et poursuivi par des hommes. Initiative percutante, sauf que le réalisateur n’en fait rien ; la violence sauvage masque l’ennui et le vide de ce triste objet. L’emprunte du mystificateur pompeux et sans sujet de Kill List se ressent.

22) V for Vagitus – Kaare Andrews (5+) = valable techniquement, avec sa petite idée dystopique, son mysticisme bactériologique, cet opus vire au n’importe quoi, mais avec style – proche jeu vidéo.

23) W for WTF ! – Jon Schnepp (4+) = au début, un film d’animation rappelant Hôpital Brut, en version violente et MTV ; en fait, deux auteurs sont chargés de réaliser le segment « W » et tatonnant entre les termes (woman, warts, werewolf?). On explore les possibilités de façon ultra rapide puis le WTF s’abat sur la réalité. La prophétie s’éternise pour rien et le mec à la casquette au début joue mal. Sinon, c’est hystérique et WTF comme prévu, le pari est donc tenu même s’il y a des redondances.

24) X for XXL – Xavier Gens (6+) = court de Gens (The Divide) avec toujours ce côté engagé, ultra-naif mais tellement accompli dans son idée que ça fonctionne et prend sens. La seconde partie, sanglante, difficile à voir : heureusement que l’apparition finale est évidemment unautre modèle ; ce qui malheureusement, se devine un peu. La démonstration sur la dictature de la minceur et son effet mesquin et ostracisant sur certaines femmes est très ruéssie. Gens sait mettre en valeur ses idées, même quand elles sont ultra candides – Frontière(s). La ’cause’ qu’il sert ici peut être méprisée ou sans intérêt à nos yeux, le charme opère tout de même. Gens est un artisan généreux avec une espèce d’intégrité, en termes de cinéma comme à un niveau plus terre-à-terre, humain.

25) Y for Youngbuck – Jason Eisener (6) = un pédophile avec une tête d’inquisiteur d’obscur donjon et des jeunes jouant au basket. Fluorescent et rigolo au départ, parfois gênant, mais pittoresque avec une bonne vengeance à la clé.

26) Z for Zetsumetsu [extinction] – Yoshihiro Nishimura (5+) = le début est minable, avec la dénonciation misérable de l’Amérique sur un pauvre motif obscur. Puis c’est le festival WTF scabreux, avec érotico-gore : le film s’épanouit dans cette grossièreté là (le combat des deux femmes), le reste est trop débile. Pas tellement dans la lignée de Tokyo Gore Police, l’ensemble se rapproche du second degré nippon conventionnel, avec les décors enfantins, la SF improbable et les effets psychédéliques. Peu de créatures, peu d’invention véritable, c’est assez décevant lorsqu’on se rappelle que l’auteur est celui d’un Tokyo Gore si génial, meilleur opus des V-Video gores et excentriques de très loin.

Info aux réalisateurs : le spectateur n’est pas nécessairement ivre mort ; et si vous l’êtes, sachez que le spectateur n’est pas votre cobaye servile. C’était de la merde, de la sombre merde, avec même deux courts d’à peine une minute n’ayant strictement aucune validité ; et il y avait tout de même quelques bonnes choses. La qualification de film à sketches, formule déjà parfois pénible et amenée à son degré le plus inepte ici, est limite : s’il n’y a par bonheur pas de transitions, cette entorse était une nécessité.

Merci aux quelques réalisateurs capables de faire preuve de sérieux (comme Welz, Jorge Michel Grau sur I). Globalement, ce fut extrêmement désagréable, bien plus que V/H/S 2 et d’une laideur redoutable. ABCs of Death est le pire des films à sketches horrifiques des années 2010-2013. S’il ne s’enfonce pas dans les poubelles du cinéma, c’est grâce à une poignée de contributeurs remarquables, au milieu desquels s’invitent les malins, les créateurs précieux snobant l’exercice, les performers fatigués (Nishimura pour Z) et d’autres totalement cyniques ou puérils.

Note globale 36

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NIGHTDREAMS (1981) **

17 Nov

nightdreams

3sur5  Nightdreams démarre comme un produit conceptuel proche de la SF, où une femme semble s’adresser au spectateur. Elle sait que nous adorons son corps. Bientôt se découvre la vraie nature de ce contexte ubuesque. Nightdreams est un film hard/porno sorti en 1981, à classer également dans l’expérimental puisqu’il s’essaie à des scènes psychédéliques, surréalistes, relevant souvent de l’horreur ou de l’épouvante. Il se donne comme un film à sketches, dont la scène de liaison met en scène cette femme aguicheuse, Mme Van Houten. Dans une salle vide aux contours indistincts, elle cherche à atteindre l’orgasme. Ses attitudes sont observées par un tandem de scientifiques aux échanges nanardesques.

Tout le reste du temps est consacré aux scènes de fantasmes, exotiques, presque toujours monstrueuses, parfois plus classiques tout en gardant un décorum excentrique (le triolisme saphique du second segment). Le quatrième segment s’envole vers l’abstraction et est un véritable cauchemar croisant Bokanowksi (L’Ange) et De Palma (Pulsions/Dressed to Kill), empruntant peut-être à ce dernier de façon directe. Son problème, c’est la survenue du coït, où on finit par s’ennuyer, car toute tension est maintenant consommée et il n’y a plus rien de mystérieux ou à explorer. Le sixième met en scène une sorte de Sodome et Gomorrhe dirigé par une espèce de démon bloqué. L’effet est raté, la séance s’éternise mais vaut finalement pour ses stricts plan cul, les plus généreux.

Le septième et dernier segment est une sorte de pub, glacée seulement de loin, jouant elle aussi avec de vieux motifs. Kitsch antique de mise, mais avec de faibles variations. Au final, les premiers et quatrième segments se démarquent et restent en mémoire. Ce sont ceux singeant le thriller voir l’horreur fantasmagorique. Dans l’ensemble, le film jouit d’un travail esthétique de qualité, l’effort sur le son est moins concluant. Il y a beaucoup d’humour, au travers des rares dialogues ou même du cinquième segment, le plus court, breakfast time improbable. Acclamé par les spécialistes du genre, Nightdreams se pose en référence du porno sophistiqué.

C’est pittoresque et underground, les grands consommateurs de X ne seront normalement pas dans l’exaltation, l’intérêt des chercheurs d’essais improbables sera piqué, mais pas de quoi entrer en délire. Car c’est du hard (old school), c’est donc redondant et ironiquement, certaines scènes de coït sont celles où le film n’apporte plus rien. Globalement, un rythme légèrement accéléré serait le bienvenu. Ensuite, ce porno du soit-disant ‘golden age’ (années 1970), comme celui de la vidéo (années 1980) est relativement peu aventureux dans les pratiques. Dans la même veine, on peut voir La femme objet, jolie anecdote, moins fantasque et éparpillé.

Note globale 61

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LES TROIS VISAGES DE LA PEUR ***

7 Juil

4sur5 Spécificité remise au goût du jour dans les années 1980, le film à sketche a eu sa véritable heure de gloire vingt-cint ans plus tôt. Dans les années 1950 et 1960, le modèle est employé pour des rafales de comédies italiennes. Bientôt les cinéastes commencent à y avoir recours pour le fantastique, l’horreur et le policier, généralement pour de petits budgets et avec des vedettes à l’affiche. Les plus grands y ont recours, même Fellini (participation à Boccace 70) et Risi (auteur de Parfum de femme). Auteur du Masque du Démon et de La Baie Sanglante, Mario Bava s’y essaie une fois, avec Les Trois Visages de la Peur.

 

Les trois histoires n’ont aucun lien entre elles et sont introduites par Boris Karloff, lors d’une ouverture kitchissime. Elles sont adaptées de nouvelles de FG Snyder (Le Téléphone), Léon Tolstoi (Les Wurdalaks) et Ivan Chekhov (La Goutte d’eau). Chacune traite de la peur à sa manière, en allant crescendo dans l’irrationnel et le fantasque. Légèrement influencée par Hitchcock, la première histoire est donc de loin la plus ordinaire. Une femme y est harcelée au téléphone par un maniaque calme et déterminé. Simple mais retors, un peu sec au départ, ce segment lascif fonctionne grâce à l’action en temps réel, l’unité de temps et d’espace.

 

Le second segment vaut surtout pour le classicisme flamboyant de Bava, où le peintre de formation déploie toute sa virtuosité. Il y amalgame une atmosphère gothique avec une fibre romanesque, voir épique. L’influence de Tolstoi se retrouve dans le soin accordé à la mise en place d’une époque et de son caractère, tout en étant déformée par un filtre abstrait. Bava signe un hommage aux films d’Universal comme Frankenstein mais aussi un cousin de ceux de la Hammers comme les Dracula. Enfin il évoque, peut-être involontairement, un certain fantastique asiatique, par exemple Kwaidan, sorti deux ans plus tard (1965).

 

De très jolies atmosphères chromatiques se dessinent à nouveau dans La Goutte d’eau. Les germes du cauchemar sont partout, disséminées avec rigueur et compulsivité ; puis le métrage vascille, à un rythme sûr et implacable, vers l’horreur. Ce segment final égale en beauté le précédent mais le surpasse par ses contributions esthétiques. L’imagerie développée a beaucoup marquée la galaxie de l’horreur et du fantastique, avec ses éclairages audacieux et le spectre grimaçant. Sans être miraculeux, ces tics sont assez visionnaires car ils recèlent quelques généralités laborieusement ressassées dans le film de fantôme des années 2000 et anticipent les travaux d’Argento sur Suspiria et Inferno, lesquels le surpasseront clairement.

 

La version censurée du film, par les américains avec lesquels Bava travaillait sur ce projet, a été celle couramment diffusée pendant très longtemps. Dans la version complète désormais accessible, on trouve notamment le sabotage de Bava utilisant Karloff pour dénoncer la nature artificielle du cinéma d’horreur. Cette distribution par AIP aura au moins cela de bon que le titre US, Black Sabbath, inspirera un groupe de hard rock pour son nom ; l’impact del tre volti della paura est très vaste, il est même l’une des sources majeures déclarées de Tarantino pour son Pulp Fiction. Très atmosphériques, ces trois histoires pourront sembler désuettes de façon plus critiques que d’autres œuvres de Bava, mais elles ont suffit, en tout cas les deux dernières, à faire date dans l’histoire de l’horreur. C’est d’ailleurs ici que le Mal gagne pour la première fois sans équivoque au cinéma.

Note globale 73

 

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L’EMPIRE DE LA TERREUR ***

17 Août

l'empire de la terreur

4sur5  Roger Corman est un personnage capital dans l’Histoire du cinéma américain, pas seulement pour la cinquantaine de films qu’il a tourné, souvent dans le cadre du « bis », mais également pour la ribambelle de talents qu’il a élevés vers la gloire. En tant que réalisateur, sa période la plus célèbre est celle des adaptations de Poe avec Vincent Price, entre 1961 et 1965. Tales of Terror est la quatrième sur huit et a la particularité d’être un films à sketches, proposant trois films en un.

Le premier, Morella, est un drame psychologique extrêment grave. Huis-clos auprès d’une famille d’aristocrates au crépuscule, il montre une femme de 26 ans revenant chez son père, lequel a conservé le cadavre de sa défunte épouse. Le spectacle est adulte, très rude et avare en effets. Le deuxième film est le plus remarquable. C’est une des nombreuses déclinaisons de la nouvelle Le chat noir. Corman l’envisage sous un angle tragi-comique et agressif. Cette fois Price tombe sur plus malsain que lui et le personnage central est Peter Lorre (le criminel au regard exorbité dans M le Maudit).

Pour ce vieil ivrogne cocufié, il y aura trop de tourments et d’animaux envahissants sur la route du crime parfait. Cet épisode est original et brillant, guilleret et pourtant très ‘cru’ sur le fond, tendu, un vrai plaisir ; et un moyen-métrage assez génial. Corman s’autorise quelques audaces sonores et une scène de cauchemar enveloppée de flou. Puis l’adaptation de La vérité sur le cas de M.Valdemar referme le film. Vincent Price y joue un homme gravement malade, qui s’est engagé pour la science en acceptant d’être hypnotisé sur son lit de mort. C’est très bon, mais néanmoins le plus classique de la collection et ça s’achève de façon trop abrupte.

Ce film à sketches est une nouvelle réussite artistique pour le tandem Corman/Price, même si l’heure est moins solennelle que pour La chambre des tortures ou La malédiction d’Arkham. L’épouvante et les mœurs tordues font bon ménage. Les effets horrifiques sont parfois moins raffinés que dans les autres opus de la collection Poe, mais L’empire de la terreur épate lui aussi par ses décors, sa préciosité, son ambiance sombre et néanmoins ludique. C’est ce qu’étouffera quelques mois plus tard Le Corbeau, dans lequel l’avantage est donné à la farce. Cet opus-ci est pourtant bien plus drôle grâce à ce secong segment, notamment grâce aux simagrés de Price en œnologue charmeur et guindé.

Note globale 73

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Suggestions… Les trois visages de la peur

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Le cycle Poe de Corman/Price sur Zogarok >> Le Corbeau (1962) + L’empire de la terreur (1962) + La chute de la maison Usher

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