Tag Archives: pornographie

CAPITAINE ORGAZMO *

22 Oct

orgazmo

2sur5  Trey Parker et Matt Stone sont surtout connus pour la série South Park. Ils ont également conçus plusieurs films, réalisés par Trey Parker, dont le premier fut Cannibal, The Musical ! en 1992. Cinq ans plus tard, au moment où démarre South Park sort en parallèle Capitaine Orgazmo. Si Team America est une gaudriole parfois monumentale, South Park génial, son incursion au cinéma moins tout en restant à haut niveau ; comment peut-on produire un tel écart entre l’animation et le cinéma live ?

Nanar volontaire, Capitaine Orgazmo est une comédie de potaches restant au ras-du-bitume. Le niveau est digne de la suite de Dumb & Dumber, du pire de Alex de la Iglesia (le générique de Action mutante). La beauferie finale de De retour pour minuit n’est pas si loin et même Ali G de Sacha Baron Cohen est plus fin. L’esprit parodique n’excuse pas la médiocrité : indigence de la mise en scène, inspiration faible, gags idiots bloqués au stade collégien, tout est bâclé, plus foireux encore que Z.

Il y a bien sûr quelques séquences marrantes, comme la vieille du DADV, certains dialogues absurdes. Mais Parker et Stone sont paresseux, se contentent des passages classiques des parodies débiles, avec par exemple l’insistance sur les flashbacks et larmes ironiques. Les sous-intrigues caricaturales ou référencées sont là, avec notamment le restaurateur chinois harcelé par le mafia. On en arrive bien sûr aux pets et aux chutes contre des portes.

Du dépit arrive finalement la faculté à se prendre au jeu, surtout que la séance s’améliore par paliers. La performance de Trey Parker en Joe, mormon engagé sur un tournage X et dont le personnage devient une star est valable. Il ressemble à une espèce de Butters adulte au pays des pornos folklos et hauts-en-couleurs avec scénarios ringards et abrutis. Matt Stone est bien gentil en poux photographe, mais lui (et son homosexualité refoulée) rejoignent directement l’univers de Scary Movie 2, en simplement plus cru. L’indulgence est possible, mais c’est à voir avant ses 16 ans de préférence.

Note globale 36

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NIGHTDREAMS (1981) **

17 Nov

nightdreams

3sur5  Nightdreams démarre comme un produit conceptuel proche de la SF, où une femme semble s’adresser au spectateur. Elle sait que nous adorons son corps. Bientôt se découvre la vraie nature de ce contexte ubuesque. Nightdreams est un film hard/porno sorti en 1981, à classer également dans l’expérimental puisqu’il s’essaie à des scènes psychédéliques, surréalistes, relevant souvent de l’horreur ou de l’épouvante. Il se donne comme un film à sketches, dont la scène de liaison met en scène cette femme aguicheuse, Mme Van Houten. Dans une salle vide aux contours indistincts, elle cherche à atteindre l’orgasme. Ses attitudes sont observées par un tandem de scientifiques aux échanges nanardesques.

Tout le reste du temps est consacré aux scènes de fantasmes, exotiques, presque toujours monstrueuses, parfois plus classiques tout en gardant un décorum excentrique (le triolisme saphique du second segment). Le quatrième segment s’envole vers l’abstraction et est un véritable cauchemar croisant Bokanowksi (L’Ange) et De Palma (Pulsions/Dressed to Kill), empruntant peut-être à ce dernier de façon directe. Son problème, c’est la survenue du coït, où on finit par s’ennuyer, car toute tension est maintenant consommée et il n’y a plus rien de mystérieux ou à explorer. Le sixième met en scène une sorte de Sodome et Gomorrhe dirigé par une espèce de démon bloqué. L’effet est raté, la séance s’éternise mais vaut finalement pour ses stricts plan cul, les plus généreux.

Le septième et dernier segment est une sorte de pub, glacée seulement de loin, jouant elle aussi avec de vieux motifs. Kitsch antique de mise, mais avec de faibles variations. Au final, les premiers et quatrième segments se démarquent et restent en mémoire. Ce sont ceux singeant le thriller voir l’horreur fantasmagorique. Dans l’ensemble, le film jouit d’un travail esthétique de qualité, l’effort sur le son est moins concluant. Il y a beaucoup d’humour, au travers des rares dialogues ou même du cinquième segment, le plus court, breakfast time improbable. Acclamé par les spécialistes du genre, Nightdreams se pose en référence du porno sophistiqué.

C’est pittoresque et underground, les grands consommateurs de X ne seront normalement pas dans l’exaltation, l’intérêt des chercheurs d’essais improbables sera piqué, mais pas de quoi entrer en délire. Car c’est du hard (old school), c’est donc redondant et ironiquement, certaines scènes de coït sont celles où le film n’apporte plus rien. Globalement, un rythme légèrement accéléré serait le bienvenu. Ensuite, ce porno du soit-disant ‘golden age’ (années 1970), comme celui de la vidéo (années 1980) est relativement peu aventureux dans les pratiques. Dans la même veine, on peut voir La femme objet, jolie anecdote, moins fantasque et éparpillé.

Note globale 61

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SALON KITTY ***

24 Déc

4sur5 Tenu dans le film par une réplique de Marlene Dietrich (Ingrid Thuly) un peu trash et dotée de sa morale personnelle, le Salon Kitty était un bordel de luxe prisé par l’élite nationale et les diplomates étrangers en Allemagne pendant les 30s et le début de la seconde guerre mondiale. Il a été mis sous surveillance au cours du régime nazi par la SD, le service de renseignement des SS. Tinto Brass se base sur cette anecdote de l’Histoire pour ce film outrageux, deux ans avant son Caligula et arrivant après quelques essais oubliés ou introuvables. Sans avoir l’influence des Portiers de la Nuit, Salon Kitty fait partie des pionniers de la nazisploitation, un genre typiquement 70s composé de films bis à caractère sexuel, souvent sadomasochiste et éventuellement gore.

Salon Kitty est un sommet de provocation et de burlesque ; c’est aussi une véritable comédie spirituelle, une espèce de Salo humoristique doté d’un discours très affûté sur l’exercice et la nature du pouvoir. Une abondance d’échanges intenses et assez définitifs y relève de la confrontation de philosophies morales et de consciences politiques (le conformisme et l’arrivisme déguisé ; les masques de la tradition ou de l’idéal), enlacés dans un déferlement fantasmagorique.

En effet sur plus de deux heures, Tinto Brass développe un discours sur le pouvoir très cynique. Indifférent à toute démarche procédurière ou moraliste, il inflige au nazisme (qui n’est pourtant au final qu’un prétexte, un support – le plus corrosif qui soit), plutôt qu’une dénonciation galvaudée, une double humiliation : d’abord il exhibe la médiocrité de ses lieutenants et leur antre pathétique (se ridiculisant eux-mêmes par leurs mœurs absurdes – le french cancan) ; mais aussi, l’instrumentalisation d’une foi, pour le bénéfice, avant tout, de ses chefs et de leurs seconds couteaux. La vision est plus horrible que prévu, plus triviale de surcroît : les collaborateurs aux édifices monstrueux (ici le nazisme) sont de simples parasites ; machiavéliques certes, mais plus besogneux et corrompus que visionnaires dégénérés.

Le grotesque de l’encadrement est raillé en permanence, souvent de façon insidieuse et l’inspiration de Brass semble inépuisable pour creuser le contraste entre la solennité et la grandeur des lieux, puis l’exaltation absurde de ceux qui s’y produisent. Les légionnaires sont dépassés, les officiers névrosés, les arguments dévoyés (comme la comparaison de deux cadavres, l’un avec un africain et l’autre avec une aryenne aux organes rebelles, mais néanmoins aryenne, pour attester de la hiérarchie raciale avec label scientifique à l’appui, le tout devant un parterre mixte de vertueux petits nazillons). Avec cette symphonie grand-guignole, Brass voit plus loin que le nazisme, auquel il donne le visage de l’hypocrisie la plus achevée, dans le contexte d’un accomplissement des instincts primaires exultés sous le vernis d’un ordre moral éclatant. Pour le cartoonesque Helmut Wallenberg, le nazisme lui-même n’est que le tremplin de ses ambitions et l’outil de sa « puissance » (qu’il exprime dans un monologue d’histrion mégalo).

Dynamique, le film évolue de façon imprévisible. Tout en restant linéaire, il plonge d’un contexte à un autre, isolant une particule puis revenant à une autre ou au tourbillon général (un peu comme s’il grossissait des éléments au microscope avant de dé-zoomer puis re-zoomer autre part en raccordant les niveaux). Outre les ahurissants tests de sélection sexuelle et les concours d’excellence par la soumission et la dégradation, Salon Kitty abrite également deux romances impossibles ; un sentier vers le désenchantement pour ses deux héroïnes (l’une perd son rêve fou, l’autre son antre sacrée et son prestige) ; un aperçu de la déliquescence dans la lumière crue des arcanes d’une organisation totalitaire ; puis finalement la matière d’un comédie musicale pornographique, avec un ton unique, comme si Nietzsche assumait l’humour premier degré.

Le spectateur s’attendait légitimement à une simple mise en scène de séquences voyeuristes et se trouve face à un récit beaucoup plus vaste et profond. Salon Kitty est surtout un film intelligent et explicite, au symbolisme vigoureux et transparent, dont le thème fétiche est l’emprise de la perversion sur les hommes et leur volonté d’ériger des institutions, au mépris de tous les espoirs et toutes les nobles vocations. Ce n’est pas un programme  »contestataire » pour autant : juste le film d’un terroriste théâtral, avec une pointe de mysticisme hilare.

Note globale 73

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PARTIES FINES (Kikoine/Lahaie 1977) *

29 Juil

2sur5  Tourné par un spécialiste du genre (Gérard Kikoine), Parties fines est réputé à l’échelle de l’érotique français old school : autrement dit, un ‘culte’ parmi d’autres dans un domaine totalement désuet. Il sort en 1977, alors que la phase de la ‘libération sexuelle’ arrive à épuisement. Aussi nommé Indécences 1930, ce film se distingue vraiment grâce à la présence de Brigitte Lahaie, la dame patronnesse du cul chez les mangeurs de grenouilles. En trois ans (1977-80) elle va tourner dans une trentaine de films X, puis se lancer dans une carrière diversifiée (avec des rechutes). Elle sera actrice pour le cinéma ‘conventionnel’ (mais souvent ‘de niche’ aussi : Les prédateurs de la nuit, La Nuit des traquées), puis surtout animatrice télé et radio.

Le film prétend se dérouler dans les années 30 au sein de ‘la haute’. L’essentiel se déroule dans une maison de bourgeois, débauchés sous la surface sérieuse et respectable. La partie mineure, avec Pierre le mari (et gros pervers sodomite bestial) chez Milèna sa maîtresse, doit combler les vicelards profonds, peut-être plus attirés par la transgression que par le coït. Gym mise à part Parties fines relève de la comédie dès le départ, lorsque la servante (Alice) arrive à trouver son compte et son bon plaisir malgré sa subordination. Le paroxysme est atteint avec l’aveugle à l’accordéon, généralement niais sur qui se déroule. Brigitte Lahaie interprète la femme du riche propriétaire, passant ses journées à se toucher puis découvrant qu’elle peut aussi se donner. On insistera bien sur le fait que Solange la bourge descend de son piédestal ; toute heurtée au début, de tomber dans ce vice avec les autres, elle fait la mijaurée mais se laisse positivement remuer. Lahaie joue assez mal, mais tout est bâclé chez ces ‘gens’ de toutes façons. La médiocrité des personnages est couverte par les performances physiques bien sûr, par les attitudes guignoles aussi ; les dialogues de nanar obstiné pleuvent (Monsieur l’ordurier est excellent générateur, notamment avec son ‘connard’ de chauffeur).

Quelquefois les piétinements et bavardages l’emportent, avec pour compenser du « Je parie que votre mari est un baiseur d’étoiles » au milieu. C’est qu’il reste la tentation de prendre des poses ‘graves’ lorsque ça flotte ou entre deux rives – petit laïus sur Monsieur Finch et les femmes, par exemple. Les gros plans visqueux abondent, mais la teneur est soft à côté de ça : c’est la paillardise tranquille, avec des godes plus massifs que les queues, des pratiques laborieuses exécutées avec détermination. On se permettra des jeux avec la nourriture et deux trucs ‘objectivement’ et légalement borderlines mais indirects (liés à Pierre évidemment). Malgré tout Parties fines ne donne pas de quoi décoller, s’affirme mollement. Il n’a pas d’arguments ou de ‘fond’ original, contrairement à La Femme Objet (français, 1980, avec un postulat SF) ; lui saura mieux tenir la distance (1h15 aussi) grâce à un exotisme supérieur et son unité narrative. Enfin malgré le goût du décalage et la pointe de burlesque, le film arrive vite à bout de souffle. Il relève la sauce avec quelques outrances ou initiatives (comme la vue subjective de l’aveugle cherchant où perdre son museau) mais la tendance majeure est à la répétition et aux gamineries. Pour un cinéma d’exploitation aussi trivial et catégorique, il faut tout de même louer quelques effets recherchés, comme la superposition avec Lahaie en plein trip, ou le montage parallèle scabreux (Solange dans son bain et Alice à la cuisine).

Note globale 40

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Scénario & Écriture (1), Casting/Personnages (2), Dialogues (2), Son/Musique-BO (2), Esthétique/Mise en scène (2), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (2), Ambition (-), Audace (-), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (1)

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LA FEMME OBJET **

30 Déc

femme objet capture

2sur5  Petit phare antique dans l’univers du porno, La Femme Objet (1980) est aussi une véritable curiosité par son flirt avec la science-fiction. Le film est raconté par son héros, Nicolas, un auteur à la sexualité insatiable. Confortablement installé derrière sa machine à écrire, en robe de chambre, il enchaîne les flashbacks. Ce compte-rendu fidèle et détaillé de ses expériences est agrémenté de petites réflexions. Tout le long du film, Nicolas est à la recherche de la partenaire parfaite et finit par la trouver avec un robot, totalement dévoué aux plaisirs charnels et surtout, toujours disponible.

Porte-étendard des fantasmes machistes les plus grotesques, le personnage central, avec ses manies et son art de vivre, son pittoresque, génère un incroyable capital sympathie. Le meilleur, ce sont toutes ses pensées et évocations conceptuelles ou sensibles (« il faut essayer la douceur ; c’est dire où j’en suis arrivé ; très bien, allons-y pour la douceur »). Pour le reste, La Femme Objet est simpliste et futile à souhaits, mais son ambition et même sa construction surpassent le commun des pornos, le situant au moins au niveau, sinon en tête de cortège des fictions érotiques folkloriques qui florissaient dans les 80s et 90s et habillaient les dernières parties de soirées des chaînes du câble (ou de M6).

Bien sûr il y a des temps morts et des séquences aux rallonges pesantes ; mais tellement de tunnels comiques (levrette en vaisselle). Globalement, on s’amuse de cette fantaisie, de son esprit de sérieux si léger et… presque sincère !, de l’anachronisme violent des modes. Les pratiques sont crues et volontaires, néanmoins n’importe quelle vidéo pornographique trouvée sur le Net aujourd’hui donnera plus en un rien de temps. Et de façon tellement moins kitsch, surtout. Il faut dire aussi que (à son niveau) La Femme Objet laisse beaucoup de place aux sentiments, à la romance, même si naturellement ils sont assujettis au sexe.

En dernière instance, c’est le robot qui commande l’homme, corrompant son désir pour le rendre un esclave réduit au sexe, qu’importe sa volonté propre. Avec ce revirement final, Frédéric Lansac (le réalisateur) peut prétendre délivrer un ouvrage féministe, tout en ayant déroulé un programme sexiste et à usage masculin quasi-exclusif (mais pas nécessairement  »misogyne » – à moins qu’on estime que le genre soit criminel de la sorte, or c’est défendable) avec cette petite caution  »idéologique » et  »relativiste » absolument pas engageante et somme toute, encore plus jouissive, pour le spectateur avisé de la nature du produit. Une belle affaire pour Lansac.

Note globale 45

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