Tag Archives: aventures (cinema)

KING KONG (1933) **

25 Avr

king kong 1933

2sur5  Classique du cinéma fantastique des origines, ce film de 1933 a présenté au public la célèbre créature pour la première fois, mise en scène par la suite dans sept films (dont le remake de Peter Jackson en 2005) et des dizaines de copies ou parodies. La scène de King Kong au sommet de l’Empire State Building, avec Fay Wray en mains, laisse une des images les plus connues de l’histoire du cinéma. Pour donner vie au monstre, Cooper, Shoedsack et les studios RKO Radio Pictures ont révolutionnée la technique de l’action image par image. En plus du singe géant, des dinosaures en ont également profité, tandis que tout un monde perdu jusqu’alors inexploré par l’homme occidental a pu être mis au point. Le budget a été explosé et 90% du film est fondé sur des trucages.

Il n’y a pas plus de raison de respecter le King Kong de 1933 qu’Avatar de 2010 ou un quelconque film de Spielberg. King Kong est une superproduction de l’époque avec toutes les scories, l’amalgame de grossièreté et de légèreté lorgnant vers la bêtise propres à ce genre de produits. Les enchaînements sont bourrins, la narration est pleine de redondances, les quelques séquences sans gros effets (évidemment tombés en désuétude, mais pas sans charme ni efficacité) sont très cheap (parce qu’elles reposent sur une écriture cheap). Le point le plus contrariant est cette grandiloquence débile, équivalent au ‘second degré’ des blockbusters d’action des années 1990-2000 ; tout ce faux sérieux ne servant qu’à alléger et accompagner, pour tenir le spectateur par la main en toutes circonstances.

À la manière du western moderne des années 1950, où les auteurs cherchent à rendre plus noble leurs ‘simples’ divertissements, King Kong tâche de se gonfler de sens par quelques répliques inopinées. C’est comme si les auteurs soulignaient qu’ils avaient bien perçus le potentiel de leur histoire et étaient donc capables d’en faire une synthèse puérile à l’arrache : le film se referme ainsi sur une remarque de gogos sentencieux assez redoutable. Ainsi un type profère, sur un ton à côté de la plaque mais c’est la norme dans cet ancêtre des films remplis de Bobby et de badass de foire : « non ce ne sont pas les avions : c’est la Belle qu’a tuée la Bête ». Quelle acuité, quelle poésie pénétrante. Qui oserait dire maintenant de King Kong qu’il est superficiel, alors qu’il nous laisse supposer par ailleurs qu’une bête immonde est capable d’amour pour un petit être sans défense ?

Les experts évoquent souvent la naïveté de Metropolis : que penser alors de ce film-là ? King Kong offre une séance qu’il vaut mieux voir avec des yeux d’enfants, émerveillé et terrifié. À la hauteur où il se situe, il a au moins le mérite de ne pas s’empêtrer dans l’ambiguité comme le faisait Metropolis. Le problème de King Kong n’est pas seulement son propos ni la richesse ou non de son contenu, c’est aussi son abondance de dialogues boursouflés et théâtraux dans l’acceptation la plus pénible du terme. Néanmoins, à partir du sacrifice où apparaît King Kong, l’aventure véritable tend à gommer les bavardages calamiteux. La séance aura été dépaysante, relativement intense grâce à son rythme de serial. À noter, des flirts expéditifs mais sophistiqués avec l’horreur, lors de la scène du lac ou celle du lézard géant.

Note globale 53

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Le Projet Blair Witch + Le Monstre des Temps perdus + Planète Interdite

 Voir l’index cinéma de Zogarok

.

Publicités

MINUSCULE LES MANDIBULES DU BOUT DU MONDE ****

5 Fév

4sur5  Un grand et surtout beau film d’aventures, pour les enfants et pour tous les autres. L’essentiel était déjà dans la série mais elle souffrait de l’enfermement dans un humour au souffle court, souvent en percutant les humains ou leurs objets ; de la suite dans ces jets-là était nécessaire. Ces défauts étaient déjà moins prononcés dès la saison 2 et le passage au long-métrage a permis à tout cet univers d’exulter tout le long d’une Vallée des fourmis devenue théâtre d’un grand affrontement, à la façon d’une Citadelle assiégée prenant des libertés. Le réalisme est définitivement mis au placard dans ce second opus (jusqu’à attribuer une petite coupe frisée [sur l’abdomen et sur la tête] à une fourmi noire des Antilles), au service d’une certaine immanence poétique, pas dans une perspective fantasy – le merveilleux vient se superposer au réel. À l’extrême quelques plans pourraient se confondre avec ceux du cinéma de science-fiction, lors d’une course sur câbles ou d’une visite.

Ce mélange de détachement et de présence au monde concret accroche immédiatement. Les créatures sont davantage confrontées à l’Humanité qu’auparavant, en allant marcher sur ses plates-bandes. Le spectateur peut avoir l’agréable impression de ré-infiltrer le monde humain et la joie plus grande de seulement le croiser. Pour les coccinelles et leurs camarades, il faut passer au travers par nécessité, entre deux périodes de stabilité heureuse dans sa micro-communauté (famille et amitiés fortes). La séance a des airs de rêverie anarchiste, de cet anarchisme où les prescriptions superflues du monde n’ont pas prise et où il n’est pas nécessaire de tout compartimenter (non de l’anarchisme des contestataires fixés dans l’insolence à perpétuité) – et surtout où s’exprime une solidarité organique et une moralité immanente (sans vigiles et à une exception sans docteurs). Même l’isolement de la petite diva inventive et mélomane est une robinsonnade tempérée et ne relève pas de l’ivresse égotique – qui dans le tout-venant des films d’animation viendrait se marier au grégarisme débile et hystérique (que Lego prétendait critiquer de l’intérieur pour s’inventer un supplément d’âme que les ex-enfants ont bien voulu valider au nom, probablement, de leurs lointaines imaginations).

Visuellement splendide, Minuscule Mandibule s’inscrit dans la continuité. La part de travail artisanal et de maquettes reste massive. Les effets spéciaux sont impeccables et le sens du détail remarquable (fulgurant lors de la tempête). Seules les apparitions des chenilles urticantes sont clairement artificielles – leur première scène est d’ailleurs étrange avec cette crise à la Bob l’éponge. L’encadrement documentaire s’estompe. La caméra est volontiers mobile, les scènes de vol particulièrement ludiques vues face à un grand écran ou dans les éventuelles conversions futures. L’apport est un peu limité concernant la romance (avec les embrassades bruyantes, pour troubler en douceur les gosses et faire sourire les autres – attendrir est déjà acquis), mais le langage limpide et gracieux – le plus souvent seules d’infimes variations (oculaires, ou des grésillements) sont nécessaires (seule une communauté semblant venue d’ailleurs laissera dans l’expectative aussi bien devant qu’à l’écran). De quoi en faire un exemplaire remarquable parmi les rares films non-muets sans dialogue (il ne commet l’erreur de laisser les hommes l’ouvrir – ce qui tend à les priver d’une bonne part de leur contenance, les rendant plus manifestement crétins aliénés – pas nécessairement antipathiques, plutôt oublieux de l’absence de séparation entre eux et la Nature).

Les films Minuscule sont définitivement meilleurs [que la série et que l’ensemble de la concurrence] et libèrent le potentiel de son univers grâce à la poursuite d’intrigues étoffées ; en laissant de la place pour les personnages ; en autorisant surtout à prendre le large ou attaquer de gros conflits. Mandibule est moins théâtral que le premier mais draine toujours son lot de rencontres et de cameo pittoresques ; comme lui il a le mérite de ne jamais entrer dans la comédie à gros sabots (les adeptes de cartoon ne doivent pas fantasmer cet opus). Ses rebondissements sont plus nombreux mais aussi plus prévisibles et de moindre ampleur, le scénario en général n’étant pas vecteur d’originalité. Mandibule profite d’améliorations techniques et d’une musique spéciale sous influence de Ravel. Enfin les adeptes du ‘cocorico’ seront repus puisque, si on en croit son équipe, le film a été intégralement tourné en France – la seule fausse note est cette portion de financement chinois, probablement responsable de l’épilogue sans autre intérêt qu’une promesse de Minuscule 3 à Macao.

Note globale 84

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… La Grande Aventure + La Tortue rouge + Le renard et l’enfant + Koyaanisqatsi + Dragons + Shaun le mouton le film + Playtime + L’Île nue + Begotten

Scénario/Écriture (7), Casting/Personnages (9), Dialogues (-), Son/Musique-BO (8+), Esthétique/Mise en scène (9), Visuel/Photo-technique (9), Originalité (7), Ambition (8), Audace (6), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (8), Pertinence/Cohérence (6)

Voir l’index cinéma de Zogarok

LA VIE AQUATIQUE **

18 Sep

la vie aquatique

2sur5 Quatrième film de Wes Anderson, suivant La famille Tenenbaum marquant son passage de cinéaste indépendant fameux à réalisateur installé, capable de mobiliser des noms importants. Cet opus s’inspire de la vie du commandant Cousteau et invente la dernière expédition de Steve Zissou, océanographe excédé par sa vie, interprété par Bill Murray dans son éternelle peau de blasé impassible et sarcastique. Une journaliste non-complaisante (Cate Blanchett) suit cette ultime aventure du documentariste, tandis qu’une galerie de personnages reliés à Steve (son fils présumé, son ex-femme) ou simplement loufoques gravitent autour.

C’est un peu le même film que Tenenbaum ou Grand Budapest, avec toujours ce côté lunaire cynique, gentil et pétillant, ces excentricités perpétuelles, un fond de tristesse compensée, puis un gros casting de superstars généralement non-polluées par une image trop ‘vulgaire’ ou ‘mainstream’. Cet opus-là est peut-être l’un des plus délicats et raffinés (à l’écart de la beauferie de Fantastic Mr Fox donc) ; un moment ‘exotique’ et élégant, un feel-good movie, un loukoum trop sucré et aérien. La BO reprend Bowie et Seu Jorge décline ses tubes d’une dizaine de façons, toutes inattendues.

Plaidant en faveur du film, une originalité indéniable, un visuel de qualité et une foultitude de jolis plans, quelques animaux mignons et improbables. Anderson se joue de moyens cheap pour en faire du désuet charmant (le grand requin), inséré dans son trip général. La propension à la parodie est balancée par un sentimentalisme exubérant. La ‘légèreté’ made in Anderson pèse trois tonnes ; trois tonnes de poids creux dans un océan d’inertie rêveuse et criarde. Il fait aimer les ballets flegmatiques, colorés et enjoués, exaltant un caractère mou mais créatif. Contempler La Vie Aquatique c’est entrer dans une grande maison pleine de bibelots rigolos, escorté par une famille recomposée d’hystériques plus ou moins assumés.

Note globale 54

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…

.

Scénario/Écriture (2), Casting/Personnages (3), Dialogues (2), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (2), Visuel/Photo-technique (4), Originalité (4), Ambition (3), Audace (3), Discours/Morale (2), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (2)

Note passée de 53 à 54 avec la mise à jour de 2018.

 Voir l’index cinéma de Zogarok

.

NINJA SCROLL ****

21 Nov

ninja scroll

4sur5  Dans le Japon médiéval, Jubei Kibagami, samouraï vagabond, s’associe à la kunoichi (ninja) Kagero pour combattre les huit démons de Kimon. Féodalité, pouvoirs spéciaux, maisons divergentes et réseaux d’ennemis ou d’alliés sont au programme. Malgré cette profusion, Ninja Scroll est un spectacle limpide, agencé à merveille et aux qualités esthétiques remarquables. Conçu en 1993, il possède une large postérité, avec des déclinaisons en série et bande-dessinée, ainsi qu’une fausse suite américaine, rappelant les pseudo-sequel opportunes de Zombie notamment.

Même s’il n’y a pas eu de saga au cinéma, Ninja Scrolla vait de quoi en alimenter une très riche. Le film a une place méritée au milieu des Totoro, Akira et Ghost in the Shell dans les grands classements, qu’il doit en Occident principalement à ses spectateurs de l’époque, qui l’ont découvert en VHS. Chevauchant les genres (histoire, action et fantastique), il jouit de s’un vaste univers, si bien que la séance ressemble à l’exploration d’une carte de référence, avant d’éventuels plongeons encore plus profonds. C’est-à-dire qu’il y a ici la consistance matricielle d’un Star Wars.

Cette multiplicité présente un risque, le manque de profondeur. Comme pour une majorité des anime, le scénario ne se distingue pas par ses qualités particulières, sinon en tant que fournisseur insatiable. Le film est loin d’en souffrir, car les éléments mis en avant sont puissants et les personnages percutants. Le rythme est extrêmement intense, la violence courante, les femmes fatales et objets aussi, dans des proportions licencieuses assez corsées. Peu importe la légèreté de son écriture par endroits, Ninja Scroll est un divertissement étincelant, frappant comme un classique instantané dans son domaine.

Sa beauté plastique, la fluidité de l’animation et la fureur qui la soutient lui garantissent de résister aux outrages du temps. Les fans pourront y revenir en redécouvrant le film et captant de nouveaux détails, car le potentiel de Ninja Scroll comme manne geek est profond. Le réalisateur Yoshiaki Kawajiri a confirmé par la suite, contribuant à Memories en 1995 et à Animatrix, puis mettant au point l’admirable Vampire Hunter D.

Note globale 80

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Urotsukidoji + Massacre à la tronçonneuse 2

Voir le film sur FilmVF.net ou Dailymotion en français ou anglais

 Voir l’index cinéma de Zogarok

.

PRINCESS BRIDE **

13 Oct

3sur5  Princess Bride est un film adulé, surtout aux Etats-Unis (et aujourd’hui encore), par les critiques à l’époque de sa sortie et par la génération d’enfants qui le découvre à partir de 1987. Ce conte amalgame avec ironie et précision le cinéma d’aventures voir de cape et d’épées traditionnels avec la fantasy. Rob Reiner se paie le sérieux qu’adoubera Willow, en somme, en se permettant d’allez plus loin que ce genre de productions, mais cette liberté a un prix. C’est le crédit apporté à ces protagonistes, cette histoire ; à tout ce chantier, auquel on accorde finalement peu.

À l’arrivée, comment s’attacher à ces stéréotypes grossiers ? Ils ont la vertu de se connaître et se moquer d’eux-mêmes, savent se mettre en scène, mais l’intérêt tourne court. Le film est rempli d’une galerie de personnages pince-sans-rire et de dialogues inspirés (« tu n’as pas été engagé pour penser, gros hippopotame de province ! » dès la huitième minute), mais le concept même interdit à tout ce manège de décoller. Qu’il y ait quelques décors en carton et des mises en abymes voyantes n’est pas tant le problème : c’est bien cette incapacité à passer au-delà du rire et de la tendresse qu’elle recouvre.

Les événements se suivent, le rythme ne faibli pas, l’adepte se régale et les autres n’ont qu’à piocher, d’ailleurs il n’y a que de petits exploits à trouver ou de petits gimmicks à retenir (Westley le zorro ingrat en tête). Ce goût du commentaire ne va pas jusqu’à supplanter toute la folle énergie contenue comme c’est le cas dans Last Action Hero (1993). Toutefois quelques mois auparavant, Rob Reiner considérait son sujet avec une sensibilité assumée, limpide et cela donnait Stand By Me. Dans l’humour, il manque de colonne vertébrale, de suite dans les idées et Quand Harry rencontre Sally, lui aussi un divertissement aimable mais un peu creux, le prouve également.

Note globale 60

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…  Coeur de dragon 

 Voir l’index cinéma de Zogarok

..