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ASSASSINATION NATION *

21 Juin

2sur5  Une vitrine racée et convenablement débile des mœurs liées aux réseaux sociaux, aux fantasmes et prospectivismes grégaires, à l’adolescence criarde de l’époque. Pachydermique mais habile, bien qu’il perde régulièrement en impact et en pertinence ; la dernière demi-heure est un carnage façon The purge ou guérilla kikoo-savage (comme on en trouve chez les japonais). Néanmoins un vrai sens esthétique, de possibles inspirations surprenantes (Ténèbres d’Argento ?) et surtout une fougue indéniable incitent encore à épargner ce film.

Il est capable d’ambivalence et d’intégrer celles de ses sujets. Via la bande on dénonce l’hypocrisie du monde hashtag – et s’inscrit totalement dedans, même s’applique à prendre les devants. Les claques narcissiques font pleurer ces pauvres jeunes filles, elles sont recherchées pourtant ; on se désintègre soi pour mieux se livrer aux pièges et à l’attention de l’environnement. Bien sûr en dernière instance seule la flatterie l’emporte, avec un gros appel féministe grotesque, incroyablement pompeux (« we are legion »). La jeune mégère névrosée se place dans l’attente de la moindre béance, de la moindre tension ; voyez-les : il faut que leur scénario se déroule. S’il ne s’active pas elles le provoqueront en exaspérant ou en se mobilisant. Pauvre petite narcisse arrivée dans un monde plein de règles absurdes et d’injustices !

L’hypocrisie est chez les autres, toujours (les anarcho-trumpistes sont l’ennemi frontal – dans une fosse à purin voisine et tout-public). Les aguicheuses [leurs comportements] sont mal interprétées, objectivées par les autres – on pourrait croire qu’elles participent à fond – faute : dans leur dialectique non. Là-dedans il n’y a pas que des idioties : voilà une ‘pute/salope’ donc on se donne des droits, la fille la plus drôle et pertinente relativement à sa mauvaise foi est le trave ; dans sa solitude Lily devient la cible des moqueurs, de la violence gratuite et ses proches adultes justifient ses malheurs – la société est plus forte que l’intimité même au travers des parents. Ironiquement la pointe de nihilisme ramène le film vers un semblant de lucidité, sous une triple-couche de grossièreté : l’humanité animale se régale des lynchages (le directeur veut faire valoir sa personne mais tous s’en moquent – comme de la réalité ou de la nature de sa faute, l’essentiel c’est simplement qu’une personne passe au grill – dévêtue pour mieux brûler). Les filles et le film ont beau jeu de constater que nous serions tous poussés à la vindicte populaire – aucune place pour le courage ou l’éthique là-dedans, seulement des fracas et les morales de meute fraîche ou enluminée. Car ces mondes-là sont ados, donc contraints – mais tout ça ne mérite même pas de remise en question (les questions aptes à émerger se règlent à coup d’ouvertures type : « la nudité pas forcément érotique »).

À force de dramatisation, victimisation et flagorneries le potentiel de vérité du film (au-delà de la simple crédibilité) implose carrément – le moment critique est le report du hacker boy lâche sur la fille (déjà accablée) ; les quatre commères sont alors soudainement pourchassées. Ce sacrifice n’a aucun sens même de la part d’une foule irrationnelle. N’y survit que le fantasme des sorcières de Salem. Tous les thèmes et toute cette sauvagerie sont tirés vers une thèse : on veut posséder le corps des femmes ! 2018 dans le monde, les slut sont nos boucs-émissaires. Progressivement Assassination n’est plus que ce qu’il est en principe : un truc féministe délirant et déplorable (alors que les aspects ‘délirants’ dans l’ensemble étaient directement vraisemblables, pas des échos lointains ou de la dystopie idéologique). Il n’y a même plus la bêtise joyeuse de l’ouverture, encore un peu spontanée malgré la démonstrativité – qu’un nanar empli de phrases prévisibles, de la démagogie teen tout juste accessible pour les vieux hypocrites. Ce n’est qu’une orgie de problématiques stupides de gens incapables de s’en défaire. Ils et surtout elles n’ont pas le courage d’être autonomes, d’être de vrais individus – ils et elles ont assurément celui de péter leur scandale et d’alimenter chaque petite étincelle pouvant vous transformer en martyr[e] – malheur, les ‘safe space’ ne résistent pas au feu.

Note globale 38

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Suggestions… Idiocracy + Kill Bill + Sprink Breakers

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THE HATE U GIVE *

5 Mar

2sur5 Une douce et jolie propagande prônant la conscience ethnique et la généralisation de son martyr – gommant le reste (du monde). Ce nouveau film pro-black ne se contente pas de brandir la reconstitution de faits réels ou de fictions représentatives dans le but de nourrir une plainte ; il prône une fierté ethnique et va au plus loin que le permet le politiquement tiède et correct dans le différentialisme (il est donc modeste en pratique et plus poussé dans ses implications). Nommé en référence à 2-Pack (et réalisé par le signataire du biopic Notorious Big), THUG est une affirmation identitaire/communautaire, sans recourir à la violence, sans se complaire dans la rage – en tartinant de miel ses vœux pieux (avec conviction tant la couche est grasse). Ce film a vocation à atteindre le plus de monde (sans être un tour de piste cynique forgé pour les seules récompenses médiatiques) ; les ‘puristes’ seront peut-être dérangés par ce manque de hargne et par la remise d’un ‘mouton noir’ à la police. Les publics arrivant avec scepticisme (quelqu’en soit la dose) n’auront globalement pas de surprises, sauf éventuellement sur la forme adoptée, peut-être plus prudente et subversive que prévu (Spike Lee oblige même en mode ‘décontracté’, Blackkklansman est bien plus frontal).

Le film est tellement focalisé, son discours si obtus, qu’il accumule des zones aveugles remplies de manières qu’on pourrait retourner contre lui en grattant à peine, ou simplement en refusant de s’en tenir à ce vide ou à cette sélection minimaliste. Il montre les noirs se tuant entre eux (en-dehors de ces bavures policières) à cause des mafias tenant les ghettos ou tirant les parcelles noires plus bourgeoises vers le ghetto. Il montre les dissensions chez les noirs en raison de cette criminalité et ceux qui n’en tirent aucun bénéfice, de ceux qui assument et revendiquent leur spécificité biologique et ceux adoptant le profil bas. Dans tous les cas c’est la faute des blancs – eux seuls limitent la puissance black. Ce qu’on voit en premier lieu, c’est la solidarité spontanée et intransigeante d’une communauté noire pour soutenir un des leurs face aux autorités ou à la cité. Cette solidarité compulsive renvoie à celle des minorités et des dominés, mobilisés par une douleur partagée. Chez les noirs plongés en milieu mixte elle apparaît plus qu’ailleurs, même en-dehors des incidents graves. Même les minorités sur-actives et sur-représentées aujourd’hui ont eu besoin de passer par des médiations internes, de se formaliser, de prendre conscience de leurs liens communs et surtout de leur pertinence. Or ici il est question de la race (ou de subdivision raciale si on estime qu’il n’y a qu’une race humaine et ses variations apparentes) ; et probablement de la race [ou de l’ethnie] où les membres sont les plus sensibles à cette appartenance naturelle – si les afro-américains ne devaient y être plus sensibles qu’à cause de leur situation de minorité, c’est qu’ils sont devenus plus américains qu’africains, simplement ce seraient des américains ‘culturels’, étrangers au reste de l’Amérique et appelés à bâtir la leur (ou retrouver une terre plus accueillante ?).

Insidieusement ou malencontreusement, THUG présente la mixité raciale comme impossible ou hautement improbable ; la cohabitation est naturellement rude, les ententes et les mélanges se font à la marge. Au-delà le mensonge et l’incompréhension domineront nécessairement. Le film ne prétend pas directement que des séparations sont nécessaires, il montre simplement les noirs perpétuellement lésés par les blancs (la police américaine raciste, les contrôles omniprésents, la violence – si cette violence est interne aux blacks, on reste évasif ou en revient aux racines attribuées aux blancs). Il y a alors plusieurs options, mais dans tous les cas reste un problème venant des blancs et de leur système. Le compte-rendu est aussi simpliste ; il constate un malheur et appelle au changement des mentalités en attendant le changement de régime. C’est un Chez nous inversé [aimable pour les aliénés observés] ; il y a une sorte d’inversion dans cette démonstration, où les malheurs des Noirs prévalent, ceux des Blancs [race privilégiée] sont dérisoires et leur seule mention devient odieuse (ils n’existent qu’en bouffons ou prédateurs, ou bien en crétins de bonne volonté, soit la version allégée des précédents). Tout en émettant des déclarations pacifistes et tolérantes, THUG alimente la rancœur contre un bloc antagoniste tout-puissant et pourtant inconscient de son hostilité, tout comme ses ouailles sont inconscientes de leur racisme bien ancré (celui des noirs envers les blancs n’étant apparemment pas un problème, tout au plus relevant de la farce un peu poussive mais réaliste – les goûts douteux de ces meutes d’adeptes de Tears for Fears, la crispation du père digne de Clavier et son alter ego africain dans Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu). Il recycle les clichés et les idées reçues, issus du passé, amalgames de fantasmes et d’épisodes historiques ou de réalités présentes – donc à défaut de haine on conserve ce qui l’a soutenue, on le maintient bouillant tout en se voulant mûr et apaisant. THUG manifeste l’hypocrisie d’un groupe tirant la ‘vertu’ de son côté, en plus d’avoir sa légitimité de victime/dominé ; une fausse tolérance et un pacifisme planqué (pacifisme car la guerre est trop risquée pour son camp) ; en somme ce qu’il projette sur l’ennemi.

THUG jouit d’une grosse force émotionnelle mais demeure niaiseux (un peu à l’occasion et massivement en conclusion). Le sérail du teen-movie a beau ne pas brimer son expression, il ne s’élève pas plus haut en dernière instance ; être un film de positionnement fait aussi son attrait. Malgré ses masques [de circonstance plutôt qu’à dessein] et ses omissions, on sait ce qu’il prétend et préfère. Un de ses meilleurs points est l’affichage de ce vol identitaire par les blancs, qui va au-delà de ‘l’attribution culturelle’ elle-même présentée comme gênante : ces cohortes de lycéens blancs #BLM sont écœurantes, leur candeur les rend encore plus insupportables que leur arrogance. Pour une approche fouillée ou réfléchie, on repassera – à la place nous recevons une invitation à la compassion (il n’y a qu’à pleurer des victimes) et au final un film à la fois rude dans ses engagements de fond et passe-partout dans ses principes, ses affirmations (et beaucoup devraient n’y voir que du Mandela dernière période – papy souriant et généreux abolissant les discriminations et réconciliant la Terre entière). THUG est plus candide encore que Selma (et plus turbulent car ce n’est pas l’heure du biopic) ; la si forte en glucose Couleur des sentiments est moins manichéenne à l’arrivée – elle aussi versait dans le sentimentalisme, elle aussi manifestait une envie de comprendre ou du moins alléger la charge de l’ennemi – en revanche elle le faisait. Ici, au maximum, on aperçoit de timides remarques antagonistes, qui ne sont pas de taille à rabattre les cartes (le flic coupable venait de travailler dans une zone à haut péril – il s’était trop bien habitué à parer aux menaces).

Note globale 38

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Suggestions… Malcolm X + Get Out + Twelve years a slave

Scénario/Écriture (5), Casting/Personnages (5), Dialogues (5), Son/Musique-BO (5), Esthétique/Mise en scène (5), Visuel/Photo-technique (7), Originalité (3), Ambition (8), Audace (5), Discours/Morale (4), Intensité/Implication (7), Pertinence/Cohérence (4)

Note arrondie de 40 à 38 suite à l’expulsion des 10×10.

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COSMOS (Michel Onfray) *

2 Fév

2sur5  Des livres de 700 pages tous les ans, voire deux ou trois par an, ça ressemble à un exploit (et sans galvauder le mot). Puis quand on a lu ce Cosmos, on comprend que ce soit faisable – extrêmement exigeant, mais à portée d’un travailleur compulsif (disposant de bons relais de préférence). Je commençais à trouver qu’Onfray est finalement une fausse valeur et à l’occasion pas loin d’être un menteur. Maintenant je sais que c’est d’abord un inquisiteur – au moins au travers de ce Cosmos. Son livre est inondé par une sorte de ressentiment typique chez les gens cultivés et les intellectuels ‘sociaux’ (petits ou grands).

Avec lui le discernement est simple : il y a les bons, auxquels il n’a que des louanges à adresser (et qu’il réduit dans l’idéalisation), puis les salauds (ou escrocs, tels Leiris, avec leurs produits, comme l’homéopathie). Le respect pour les premiers se met constamment au service de la dénonciation et de l’humiliation des seconds. C’est nécessaire pour que l’idéalisation ne soit pas trop flagrante et bête ; ça rehausse d’ailleurs l’expérience de lecteur, même pour le divertir et ça permet de quitter des tunnels (mais pour en ouvrir d’autres). Bravo pour la dénonciation de la mentalité « terre brûlée » pour plus tard s’ébaubir devant la liquidation par le feu – assurément un signe de la « grandeur tzigane » (p.120).

Onfray prétend qu’on ne l’invite jamais sur les plateaux pour parler du positif, mais dans ce livre, censé être constructif, il passe son temps à salir des individus en particulier, l’Occident judéo-chrétien en général. Quand il est positif, c’est en applaudissant les vertus des gens du voyage, des animaux ou du haïku, qui sont autant d’occasion de rabaisser une foule d’ennemis (généralement morts ou abstraits) et dont il fait des détenteurs de vérités ontologiques. Comme les répressifs dans leurs pires moments et les fanatiques dans leurs phases de déception, il s’obstine à faire du ‘moins’ le mieux, de la pauvreté le signe de la sagesse et de la puissance ultime, des manques des richesses. Son approche manque de rigueur et même de la scientificité dont elle se revendique régulièrement. Ce livre voit même un philosophe tomber dans le travers des amateurs sans confiance et des journalistes ou propagandistes paresseux : l’énumération et l’extension d’un propos ou d’une donnée simple et fermée. Quarante détails ou manières de dire ne rendent pas les choses plus fondées – cette façon de marteler pour imposer une authenticité à partir de la foi ou de la pétition de principes rappelle ce qu’il dénonce à propos des symboles de la civilisation et de la religion définissant l’Occident.

Comme tous les adeptes du moralisme Onfray est sujet au vice inhérent : l’hypocrisie (ce n’était pas soupçonnable hors de l’écrit, sauf dans ses vidéos à la tournure souvent ordurière depuis 2017). Il reproche souvent ce qu’il a fait lui-même (notamment le « Je » occidental, si horrible, une telle errance par rapport à la philosophie orientale) et ses remises en question ont peu de place (à juste titre : car l’expérience dit le vrai et car il est occupé au combat). La pensée oiseuse, le commentaire, le remplissage : il les pratiquent. Son livre n’est pas constructif (Décoloniser les provinces l’est peut-être s’il ne se contente pas de prescription comme les postes de jardiniers ouverts aux immigrés) et ne donne que des exemples simplifiés et des mots (« le sublime » et l’expérience de la « vastitude » comme programme) pour conseillers de vie pratique (mais la philosophie et les listes de grands esprits regorgent de ces choses, cette révélation concrète est d’ailleurs une grosse portion de ce qu’on y apprend). Puis surtout il dénonce les gens par le livre (passant, pensant, fructifiant) et pond un ouvrage de 700 pages. Oh il rejoint le camp des antinazis également !

Note globale 38

Chronique sur SC

CALL ME BY YOUR NAME *

25 Juin

2sur5  Film sans grande valeur ni relief, sans secousses ni surprises, voué au désintérêt poli voire au mépris si son couple avait été hétéro (et s’il n’avait pas profité d’une propagande de blockbuster ou de séance très ‘citoyenne’ comme Le 15h17 pour Paris). Rien de plus trivial que cette rencontre pas si fortuite (les statues et gravures gréco-romaines cristallisent des amitiés à la fois profondes et fugaces) entre un individu niais et un homme assez jeune pour être encore la meilleure version physique de lui-même, juste assez vieux pour avoir une assise dans la vie et surtout les qualités requises d’un initiateur.

La réalisation est cotonneuse, l’approche romantique, la nostalgie et la ‘mélancolie’ au sens faible et galvaudé se substituent au romanesque (tendres finasseries autour du swag des années 80, amalgamé à l’innocence – comme Stranger Things pour les geeks et les fans de Spielberg). Nous avons à faire à deux homosexuels cultivés, de confession juive, de niveau social (classe et éducation) supérieur, pris dans une bulle à l’écart du monde, de sa vulgarité, de ses rapports de force – et en même temps dans ce monde, mais protégé de ses aspects crus ou nus. La contribution de l’adulte américain à l’éveil du garçon de 17 ans s’avère faible. Au départ il taille son père intellectuellement sur l’étymologie de mots arabes ; c’est le seul moment où il est défendable d’espérer en lui un dominateur ou un tuteur. Il sera un simple amant opportuniste et fuyant, soufflant le chaud et le froid par pleutrerie pour se protéger (et par jeu, mais ce jeu est le refuge du mesquin ‘négatif’, mesquin faute de noblesse plutôt qu’en raison d’émotions ou de sentiments lourds).

Les deux confessions (une positive, une négative – l’abjecte conversation de l’ambigu sosie de Robin Williams étant ‘positive’ selon la mise en scène) à l’issue du film sont les seules choses non-prévisibles à l’ouverture de la séance (facilement déductibles pendant). La scène face à la cheminée est en principe et en puissance émouvante, malheureusement c’est la dernière. Un jeune ado s’est laissé éblouir par une romance arnaque, une amourette d’été ; en se mêlant à un pauvre connard d’une lâcheté pourtant flagrante – or à ce niveau de profondeur, comment pourrait-elle ne pas toucher aussi les aspects ‘émergés’ (les simples comme les romantiques). Il y avait du potentiel dans ces impasses des situations et les vices de caractère des protagonistes, mais, par souci d’harmonie et de bon goût probablement, le film n’en profite que passivement. La réalité brute s’incruste à deux moments, par le biais de débordements viscéraux dont le jeune éphèbe est la cible : la scène de la pèche et celle du vomi (puisque sa source est probablement la même que celle causant le malaise du gamin dans Happiness – quoique venant de l’ouverture inverse puisque la consistance est transparente). Pour le désir brûlant et l’esthétisation de ses effets inappropriés, Téchiné a fourni de meilleures illustrations via Quand on a 17 ans ou Le Lieu du crime.

Les personnages tendent à la vacuité, l’interprétation doit tout fournir pour les remplir. Le désir s’applique comme une sorte de sparadrap, leur sentimentalité est celle d’animaux creux, ripolinés pour entretenir une surface belle et spacieuse, où les fantasmes et la complaisance pourront se loger. Les gamineries de l’escapade finale sont un comble. Qu’Anakin et Padmé se roulent dans l’herbe, la foule s’insurge de tant de grotesque – la nécessité de refouler ses souvenirs de fanboy d’enfance doit encourager. Ici en revanche, les platitudes joyeuses sont recevables. Effectivement le cadre est sûrement plus soigné, pour le reste la relation n’est pas plus mûre. Sauf dans la mesure où elle doit être tragique – ou qu’on la devine sentie comme telle. Le masque du raffinement sert la crédibilité de ce film, ne lui crée pas une sensibilité (et ne fait que remplacer des gratifications sensuelles ou émotionnelles plus directes, qu’un Moonlight savait honorer l’an dernier). Les spectateurs peuvent aimer Call me by your name par acceptation et adhésion à ce type de couple, en y projetant ou désirant un miroir de leur jeunesse (ou envies de jeunesse). En sens inverse, le film se rend difficile à attaquer, notamment sur le fond, en étant rien d’autre qu’un roman-photo sur grand écran. Ses béances vont agacer, or reprocher à une œuvre ce qui lui manque peut facilement sembler abusif, donc laisser supposer à ses défenseurs et ses amoureux que l’opposition a un problème qui ne tient pas au film (ce qui peut prouver sa qualité ou son aspect ‘nécessaire’).

Note globale 38

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Suggestions… Le fantôme de la liberté + Alata + Phantom Thread + Thelma + La vie d’Adèle + La grande bellezza + 120 battements par minute + A Single Man + Brokeback Mountain

Scénario/Écriture (4), Casting/Personnages (4), Dialogues (4), Son/Musique-BO (7), Esthétique/Mise en scène (5), Visuel/Photo-technique (7), Originalité (3), Ambition (8), Audace (4), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (4), Pertinence/Cohérence (3)

Note arrondie de 40 à 38 suite à l’expulsion des 10×10.

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OUVERT LA NUIT *

4 Jan

2sur5  Après deux films à la réception plutôt désastreuse (La Bostella et Akoibon), Edouard Baer a repris la casquette de réalisateur pour ce qu’il qualifie de « déambulation nocturne » dans Paris. L‘acteur et animateur de radio est également le personnage principal, un directeur de théâtre volage, adepte d’un ‘soft power’ particulièrement vicieux et insaisissable (il se fout de ses responsabilités mais jamais au point de les ignorer). Ce Luigi ressemble de très près à Baer lui-même. La présence de Galabru dans son propre rôle (quelques semaines avant sa mort – survenue sept jours avant la sortie) contribue à entretenir ce flou ; on se demande si certains ne sont pas également censés se mettre en scène ou se dupliquer. Elle sert aussi l’hommage, non discret mais compartimenté, au ‘milieu’, aux artistes et à la scène (cette bouderie de Galabru ferait référence aux frustrations éprouvées par Serrault face à ses ‘directeurs’). Les premières minutes dans le théâtre (coulisses et le reste), avec la caméra mobile et l’apparente non-interruption, flirtent avec la logique de plan-séquence (le film n’ira pas relever ce défi – vaseux) et renvoient inévitablement à Birdman (ou à certaines séquences ‘aériennes’ chez De Palma, mais l’autre option a plus de chances d’être volontaire).

Avec ce film Baer semble vouloir s’astiquer lui-même. Il se coltine des vannes pourries en rafale. Ses réactions de kéké-Nova amateur d’insolite ou d’improbable, même très light, en revanche ne sont jamais à décharge – si ce n’est pour souligner sa mesquinerie, qui est loin de l’amoindrir et de s’accompagner de sentiments poisseux. L’entourage de Luigi est en admiration béate envers lui, sauf les plus proches qui arrivent à usure (la stagiaire embarquée dans cette virée n’aura pas attendu des années pour saturer). Quand Baer force sur le foutage de gueule tout juste masqué (mais pas relevé par les gens, obnubilés par son charme ou son baratin), la chimie commence à opérer ; mais dans l’ensemble ce happening est trop paresseux. L’expression ‘ne pas se prendre la tête’ s’applique ; Baer ne se la prend pas à bon escient, juste pour jouer et en rajouter un peu, prendre celle des autres pour des billes. Il compte sur son humour et son côté virevoltant ; l’absence de répondant, d’accrochage sérieux et d’approfondissement donne l’impression d’un ‘work in progress’ dont même l’auto-satisfaction sent le réflexe périmé. S’y ajoute une tartine vaguement démago avec le brassage social de l’escapade – Baer estime nous faire visiter sa France « entre Sacha Guitry, Jamel Debbouze et les mythos de comptoir », ce qui se traduit par un mix de Paris populo, galerie des artistes (souvent des bourrins) et de bars ou hôtels mondains (parfois infiltrés par la demi-gueusaille – c’est samedi soir).

Audrey Tautou est la seule interprète ayant l’occasion d’ajouter une valeur sans avoir à se noyer dans le stéréotype ou la parodie – elle campe une personne paradoxale, femme ‘bébé’ en position d’autorité, parfois sarcastique. Baer pratique un cabotinage un peu mou pour représenter son double le cabotin essoufflé (s’il y a une cohérence elle est plombante pour l’œuvre avant tout). Ouvert la nuit est censé ménager de la caricature et du pittoresque : il échoue sur les deux plans. Les caricatures sont désuètes et creuses, le pittoresque ne tient que sur des ‘coups’ au maximum (le génie des fleurs et l’insoumis de l’accueil). La séance s’attache au clash coincés rigoureux et non-réceptifs vs yolomen culturo-mondains, au lieu d’explorer les belles variétés de crétins à portée. Les gags sont pauvres et répétés inlassablement. Peut-être fallait-il taper plus fort, oser briser la glace et se rapprocher du leitmotiv de Toni Erdmann ? Malheureusement le film ne saurait être si déterminé et reste par défaut flottant autour de la comédie. Baer se condamne à pratiquer une autodérision aseptisée avec remise en question sur-empruntée – d’où la rédemption du connard/adulescent ratée de la dernière partie, car les caractères sont trop bâclés pour être encore simplement ‘fuyants’.

Note globale 38

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Suggestions…

Scénario/Écriture (1), Casting/Personnages (2), Dialogues (2), Son/Musique-BO (2), Esthétique/Mise en scène (2), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (2), Ambition (3), Audace (2), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (1)

Note arrondie de 40 à 38 suite à l’expulsion des 10×10.

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