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KILL FOR LOVE *

16 Août

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2sur5  Dans l’histoire du nanar français, c’est un totem ! Réalisateur de films pornos et érotiques, Jean-Marie Pallardy s’est finalement détaché du genre pour concevoir ses thrillers et même un film d’arts martiaux. Avec Vivre pour survivre, Kill for Love est son autre super-nanar non-X. Mais Kill for Love abonde de réminiscences dénudées pour le plus grand plaisir du spectateur-voyeur. Il est accessoirement une berezina intégrale, portée par une grande foi et une générosité n’ayant d’égal que la négligence dans la réalisation.

Pallardy n’est pas un bâtisseur de système, c’est un artisan badass, assez fainéant mais somme toute stratégique, car il sait placer les bons arguments (le porno soft), même les plus pervers (la jouissance du nanar) pour s’éviter des travaux pesants et, c’est vrai, dont on est jamais sûr du résultat. Le film s’ouvre sur une version pétillante de Con te Partiro et déjà c’est le fou rire : un vrai, pas celui forcé pour les nanars et navets quelconques. Le talent de Kill for Love est là : même pour les réfractaires à ce monde curieux du nanar et du Z foireux, le spectacle est délectable. Les mauvais esprits le railleront avec sadisme, mais il faut l’assumer : on est bien devant Kill for Love, car à quelque degré que ce soit, un tel voyage est une satisfaction.

Attention cependant au contre-coup des sons post-synchors. Si vous suivez Kill for Love avec un casque ou des écouteurs, vous allez croire à des séquences d’hallucination auditive – un peu comme dans Clean Shaven après tout ! C’en est bien sûr, à leur manière, mais il s’agit avant tout d’un bug d’amateurs. L’argument fièrement revendiqué dans la promotion et sur l’affiche en souffre : la moitié des dialogues de Fabienne Carat ont été ajoutés, maladroitement conformément à l’âme de ce film Z. Avec son rôle d’inspectrice, l’atout issu de Plus belle la vie occupe finalement une place tout à fait secondaire.

La plupart des autres acteurs ont plus de chance car leurs personnages sont beaucoup plus aberrants et passionnés. La mention spéciale en revient naturellement à Marie-Paule, d’abord une pauvre fille récupérée par le milliardaire Pallardy, devenant bientôt une machiavélique sorcière vénéneuse. Mais Marie-Paule n’est pas le vrai monstre de cette histoire ou plutôt, pas le plus retors ! Il faut remettre les choses en ordre sur ce point : Irina Sirbu, comme une bonne partie de ses camarades, n’est sans doute une actrice au jeu sidérant de précision et d’authenticité. Mais elle fait avec ce qu’on lui donne ! Et rapporté à cette donne, elle est parfaite.

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Probablement peu d’interprètes sont capables d’exprimer le niveau de kitscherie désinhibée prévu au programme sans tomber dans un résultat fadasse. Ici certains acteurs se permettent tout et ils ont bien raison. C’est plutôt ceux qui demeurent rigides, comme si cela les rendant  »pro », qui sont en faute (même s’ils alimentent le statut culte du film). Avec leurs excès pathétiques, Sirbu et Triin Roslender ne sont pas à blâmer et sont desservies par le montage lamentable. Mieux, elles rendent le nanar délectable.

Pallardy lui-même participe aux festivités. Au travers de son personnage richissime balayé par un malheureux accident, il campe une espèce de Jodorowsky cheap. Ses états d’âmes et monologues sont des crash spectaculaires et hilarants, mais c’est le commentaire intérieur commis pendant la scène du dîner qui va atteindre les stratosphères ! Merveilleuse séquence, beauf au possible et tellement implacable ! Pour le reste, les dialogues se distinguent également dans leur ensemble, par leur grandiloquence injustifiable.

Kill for Love osera tout, même la chanson éponyme et pose ses slogans propres : « seul le vent connaît la réponse » ou encore « on peut tout faire par amour, même l’impossible ». Le fil narratif est pauvre mais pas si apocalyptique et les incohérences modérées, les décors peu synchrones avec l’histoire et le contexte présumé (en particulier quand les grands-bourgeois prennent le déjeuner dans une grande pièce vétuste) : c’est bien un nanar important, mais c’est aussi le film exalté d’un auteur aveugle !

Il devient un vrai plaisir redoublé par sa romance saphique. Avec tous ses atouts, même s’ils peuvent être navrants, Kill for Love est finalement un film valable en soi. Un film médiocre mais généreux, dont les outrances ressemblent à De Palma paillard : les aventures d’Irina et Triin, c’est Femme fatale sans le fric ni la retenue. Voilà somme toute une leçon dans son domaine : enfin un nanar pour jouir et non juste pour se moquer sournoisement.

Note globale 38

Page IMDB, pas de page Allocine  + Zoga sur SC

Suggestions… Captivity 

Voir des extraits sur Dailymotion + fiche sur Nanarland (source des illustrations)

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LA VERITE SI JE MENS **

8 Juin

2sur5  Une comédie française au succès triomphal n’ayant d’égal que sa pauvreté. Une de plus. L’originalité de La Vérité si je mens est de venir briser les tabous autour de la représentation des juifs, leur mode de vie et leur place en France.

Se référant aux juifs du Sentier de Paris, le film est inspiré du parcours de Mehmood Bhatti, styliste réputé de ce quartier de la capitale. Richard Anconina le faux patos interprétant le faux juif connaît donc l’ascension sociale en passant pour membre de la communauté.

Tout se sent à mille lieues dans La vérité si je mens. Le choc des cultures est ridicule (il en manque une) et Anconina surjoue le gros bœuf de base (tout comme Lelouch lui faisait surjouer un niaiseux en carton dans Itinéraire d’un enfant gâté). « C’est vachement sympa chez vous », « il est bon vot’ vin » : le gag est trop gros pour être vraisemblable et pas assez pour être tordant. Le versant sentimental ne relève pas le niveau mais apporte un peu d’oxygène.

On retrouve Bohringer dans une variation de son éternel costume d’aigri au grand cœur sous la cuirasse. Elie Kakou tente quelque chose, qui n’est pas à son honneur. Vincent Elbaz craint avec son rôle en dissonance. José Garcia est excellent dans son personnage de petite crapule beauf jouissif.

Grâce à ses cinq millions d’entrées, cette mocheté a connu deux suites. Selon les notes et la réputation, Thomas Gilou ne s’y est pas montré plus virtuose.

Note globale 38

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Le Prénom + Life During Wartime + Rabbi Jacob

Note arrondie de 37 à 38 suite à la mise à jour générale des notes. Ajout de la parenthèse contenant Lelouch suite à un second visionnage (février 2019).

VISITOR Q *

24 Mai

2sur5 Lorsque Takashi Miike est inclus pour une série de six films sur l’amour, il façonne ce Visitor Q. Les producteurs lui donne carte blanche, mais avec des moyens limités. Cette liberté sera mise à profit et Miike va se dépasser, prenant le parti de choquer. C’est le moyen et la finalité avoués du film. La justification de fond est redoutablement traditionaliste et réactionnaire.

 

Visitor Q est centré autour d’une famille dysfonctionnelle, censée être la représentation d’une société malade. Le responsable de cette désintégration familiale et sociétale, ce sont les inhibitions et les désirs rances gérés dans l’ombre, avec les moyens artificiels mis à disposition, avec le lot de déviances domestiques et de narcotisations. Un Jésus arrive, comme dans Théorème, pour accélérer l’implosion mais cette fois, la famille est déjà corrompue. Au bout du chemin il y a également la renaissance et le retour de la femme comme pilier émotionnel et nourricier, élément décisif pour la cohésion et la santé d’une famille.

 

Entre-temps on prendra soin d’éplucher le petit catalogue de perversions et dégueulasseries diverses préparé pour l’occasion. Inceste et prostitution, tabassage en famille, petits détours scatos bien entenu, lait des nibards de maman coulant à flots, insertions d’objets impromptus : tout est là, il suffit d’attendre. Miike se montre consciencieux dans sa démarche, découpant son film en petites parties introduites par des questions scandaleuses et outrancières telles que « Avez-vous déjà couché avec votre père ? ». Celle-ci est la première, annonçant douze premières minutes où un homme couche avec sa fille prostituée, spectacle laborieux et concurrençant les séquences X délibérément navrantes de Welcome to New York.

 

La réalisation extrêmement bis (tournage en DV heurtant, mais corrélé par un montage anémié et une direction molle), bien plus ras-du-bitume que celle de 964 Pinocchio par exemple, renvoie Visitor Q à sa réalité de simple film salace perdu dans les poubelles du cinéma, dont il n’est devenu un étalon que grâce au prestige dont jouit son auteur et à son enrobage théorique de Canine beauf. Le spectacle est d’un ennui rare, d’une vulgarité que ses intentions presque politiques (bien sûr, un effort s’il-vous-plaît, soyez réceptifs !), même si elles tenaient debout, ne feraient que justifier sans pour autant gommer les dégâts accomplis. Miike a manifestement des opinions sociales tranchées mais il ne sait pas les analyser ou les présenter intelligemment. Lorsque la niaiserie l’emporte dans un final ironique-mais-pas-tellement, le désespoir s’impose sur le cas Miike, nouveau parangon de candeur malpolie. Concernant l’allégorie de la décadence, Pink Flamingos est largement préférable, probablement car il est conduit par des trolls intolérants et non des prudes en pétage de plombs.

 

Miike a un univers à lui, détonant, « trop humain » sans doute, c’est certain. Et comme il manque de recul et de vision, souvent, il se plante. Le génie à l’arrache existe, probablement, mais forcer le génie, c’est autre chose, aussi un peu d’espace entre deux livraisons ne ferait pas de mal. Acclamer ce genre de déchets est ingrat à l’égard des cinéastes touchés par la grâce ou impliqués dans un travail d’artiste et de metteur en scène complet. Miike a pondue un nanar trash de plus et a eu les réactions snobinardes qu’il n’aurait osé espérer. C’est aussi pénible que El Topo, ici la dimension sociale remplace le mysticisme présumé entretenu par Jodorowsky.

 

Ironiquement, Visitor Q est porté aux nues par les cinéphiles, quasiment jamais attaqué, là où la réserve polie face à la violence de Ichi ou les pudeurs de Audition passe sans problème (tant qu’on émet des regrets sur la forme, donc). Naturellement ceux qui ont pris Visitor Q pour le tas de merde qu’il est sont perçus comme des esprits un peu bornés, trop premier degré. Evidemment.

 

Dommage par contre que les esprits plus élaborés sensibles à la pertinence insondable (insondable, c’était ça la clé, comme toujours !) du propos de Miike ne perçoivent pas le caractère simpliste mais surtout le moralisme de celui-ci, qu’ils qualifieraient en d’autres circonstances de rétrograde (c’est-à-dire en cas de  »second degré » explicite). En effet on se pâme toujours à l’idée que la société serait mise face à sa laideur ou sa médiocrité, au point qu’on en oublie les motivations ou le regard de l’auteur, quitte à lui prêter des intentions élitistes et visionnaires dont il se contrefout allègrement. Visitor Q est un film ridicule, l’estime dans laquelle il est tenue est lamentable.

Note globale 38

 

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Suggestions… Otesanek

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LANCEMENT DES MINI-CRITIQUES !

9 Avr

Je ne peut me résoudre à voir des films sans garder un minimum d’annotations organisées de côté. Je vais donc traiter l’ensemble des films (hormis les quelques passant par la ‘critique’) en quelques phrases et les rassembler dans des articles comparables aux ‘Séances express’, qui bien souvent n’étaient pas si express.

De façon générale, le ton sera plus libre, je m’autoriserais affects et raccourcis – une petite révolution personnelle.

Cette alternative a été décidée et entamée au moment de lancer L’arme à gauche. Je ferais des articles indépendants pour les films vus via MUBI.

 

Madame De… *** (France 1953) : Premier film véritablement post-critiques systématiques, puisque j’ai dû revenir sur En présence d’un clown (qui était destiné au Top Hebdo, sur une semaine avec quatre films, tous peu au-dessus de la moyenne). Signé Ophuls, que je me suis surpris à n’apprécier que modérément, après la découverte heureuse de Lettre d’une inconnue (qui m’a amené à la nouvelle et par suite à l’œuvre de Zweig, où j’ai connu quelques bonheurs de ‘jeune’ lecteur). Lola Montès est beau même s’il ne se laisse pas facilement prendre, j’ai adhéré avec indifférence à La Ronde, Le Plaisir m’avait laissé froid. Celui-ci aurait pu faire de même, mais j’ai fini par être emporté, à mesure que l’héroïne s’enfonçait dans la tragédie. Cela reste un film qu’on apprécie et respecte pour sa mise en scène, par-dessus tout. Vu dans le cadre du ‘Cinéma de minuit’ sur France3. (68)

My Sweet Pepper Land ** (Kurdistan/Irak 2014) : Vu sur Arte, est venu ajouter une réponse aux 50 exigées pour mon Watching Challenge 2017. C’est un film kurde (irakien), donc venant d’un pays dont je n’avais encore vu aucune production (j’en suis quasi-certain – je misais sur l’Afrique, certains pays d’Amérique latine et le Moyen-Orient pour optimiser mes chances ; les indonésiens sur Mubi n’étaient d’aucun secours). Je respecte le point de vue voire ‘l’appel’ de la réalisatrice dans ce film, mais n’y suis pas sensible, en tout cas pas à ce niveau de traitement. Il a le mérite de ne pas être racoleur ou excessif, mais une plongée dans les différentes factions et raisons m’aurait davantage intéressé. La condamnation des rétrogrades, ploucs et machistes n’est pas très neuve pour moi qui vit en Occident – et qui n’en suit plus à commencer d’être lassé. Au moins la religion n’est pas de la partie, au contraire de la mafia. (50)

Ariel ** (Finlande 1988) : Vu sur Arte une heure après Le Havre, ces deux films étant mes premiers Kaurismaki. J’ai davantage appréciée cette expérience – conte sur de vrais paumés, avec un style plus marqué, un peu vintage. Sans être commun cet Ariel m’a vaguement rappelé d’autres choses, notamment celles des frères Coen. Qu’il soit si court était tout de même nécessaire, le scénario n’étant pas assez rempli et les personnages pas assez complexes pour se maintenir davantage. (58)

22 Jump Street ** (USA 2014) : Dans mes envies sur SC, ce qui m’a un peu surpris mais il y a bien d’autres ‘envies’ jetables et du même genre. Je n’ai pas vu le film qui a appelé celui-ci, 21 Jump Street (2012, aurait été un succès énorme et inattendu). Il est possible que j’ai raté des références, mais de toutes manières l’humour n’est pas cryptique. J’ai doucement apprécié dans l’ensemble, avec quelques pics toujours très courts (ces pitoyables prises de parole ‘engagées’ à la Fac, quelques instants gras et cruels à la fois). Malheureusement le film patine dans la deuxième moitié et ne cesse de s’écraser sur des vannes en rapport au couple formé par les deux infiltrés. Autant y aller plus à fond, conclure, plutôt que de s’amuser dans cette demi-mesure, en vidant un réservoir sitôt ouvert sitôt à sec. (46)

Le viager ** (France 1972) : Je l’avais entamé un mois avant et m’était arrêté à la neuvième minute, dissuadé par le ton et la présentation (dont l’effort d’originalité et d’interactivité reste louable – voisine mielleuse des Douze Travaux d’Astérix). Je reporte (voire coupe) rarement une séance, The Survivalist est une des rares suspendues (elle l’est actuellement). Les ressorts sont trop limités et paresseux, la redite permanente. Les acteurs sont excellents mais les personnages faibles, il manque des figures positives ou des méchants à la hauteur. (52)

Peur bleue ** (USA 1985) : Film de loup-garou au récit sombre et souvent grotesque. Pourrait être une comédie volontaire par endroits (la VF saisit quelques occasions de le souligner, mais sur des répliques faisant déjà le travail). Vaut bien les deux premiers films de studio notables sur le sujet (de 1935 et 1941). Le cauchemar du prêtre est assez puissant. La fin et la révélation du monstre en général ne sont pas si convaincantes, enfonçant dans le bis discount. (60)

Super 8 ** (USA 2011) : Signé JJ Abrams – dont j’ai commencé à revoir Lost (saison 1 vue lors de sa diffusion sur TF1 en 2005, saison 2 vue en partie, abandonné là). Je ne suis pas sensible à son style et n’ai pas été réceptif à Star Trek – mais le jugement pourrait être à revoir, d’autant que je ne connais rien à cet univers (sinon l’existence de Spoke et d’une dizaine d’adaptations vidéos). L’influence de Spielberg est considérable, le résultat proche de la série Stranger Things (ultérieure). Le film est aimable grâce à ses interprètes – Elle Fanning et Joel Courtney surtout. La fin est grandiloquente, trop banale et confirme que ce gentil spectacle n’a ‘rien dans l’estomac’. (56)

L’Homme sans passé *** (Finlande 2002) : Les diffusions et rediffusions de Kaurismaki se poursuivent sur Arte, cet opus me motivait d’avance. C’est le meilleur des trois, la qualité allant croissante (comme prévu), mais je ne reviendrais pas sur Le Havre pour autant. M’a un peu rappelé Bad Boy Bubby et d’autres films où quelqu’un démarre à zéro, quelque soit la manière – par exemple, Une époque formidable de et avec Jugnot. Cette version-là est tout de même plus optimiste et, sans être timorée, elle est plus poseuse, dans l’accompagnement tranquille. Bons personnages, attitudes et répliques bien écrites et envoyées. Meilleur film parmi les ‘mini-critiques’, Mubi y compris – et premier 4/5. Juste derrière lui se trouvent Madame de… (Ophuls) et Les mariés de l’an II (Rappeneau). (72)

Les portes de la nuit ** (France 1946) : Tourné au sortir de la seconde guerre mondiale. Allégorique et presque fantaisiste. Pas toujours clair dans ses aspirations, même si pris bout par bout il est toujours limpide. Peu dynamique, l’étirage de scènes enfonce le clou. Les deux films notables ou remarquables vus de Marcel Carné à ce stade sont Quai des brumes et Drôle de drame, je n’ai pas encore vu Les enfants du paradis (et souhaitait d’abord passer par des œuvres mineures). (58)

Adrien/Fernandel ** (France 1943) : Second des trois films de Fernandel réalisateur, énergique et concis. Ce n’était pas gagné, mais j’ai assez aimé. C’est un cinéma très naïf sans être niais (plein de sous-entendus et de préoccupations graveleuses). De gros gags avec les patins à roulettes, quelques chansons et la tronche de Fernandel ; les répliques sont très vives, les caractères explosifs (le personnage du patron), le tout très lourd.

Adrien ne laissera pas un grand souvenir, mais est capable de convaincre l’indifférent sur le moment. C’est très court (1h12), donc on peut prendre le risque – on verra quelque chose d’inhabituel, sans lutter, somnoler ni s’engager. J’ai vu ensuite le dernier opus tourné par Fernandel, Adhémar, plus laborieux (moins bien noté par les autres aussi). (60)

Les trois font la paire * (France 1957) : Dernier film de Sacha Guitry, largement tourné par le producteur Clément Duhour, le réalisateur officiel étant gravement malade. Son introduction en atteste et appelle malgré elle des sentiments inappropriés. Le film se veut enjoué, voire euphorique, mais est lourd et délié. Les acteurs sont enthousiastes mais les personnages n’ont pas d’étoffe – le numéro de Darry Cowl tourne à vide. Les quiproquos et la fin avec les amalgames de sosie et de jumeaux sont vaguement amusants, mais bêtes. L’histoire est mauvaise, l’écriture criarde mais peu efficace. (40)

L’arme à gauche * (1965) : De Sautet je n’ai encore vu qu’Un cœur en hiver (mai 2015), mais aussi deux films dont il est le scénariste (Les Yeux sans visage, Les mariés de l’an 2). Il semble que cet opus soit atypique, par rapport à ceux plus célèbres – à moins que les débuts de Sautet soient à ce point divergents. Le film est assez élégant mais pas révélateur d’une identité à part, encore moins grisant. Il rappelle un peu L’Insoumis de Cavalier avec Delon, voire certains Melville – polars assez secs mais riches et capables d’imprimer des images en mémoire, ce qui ne sera pas le cas de celui-là.

Il faut passer par quarante minutes qui finissent par sombrer dans l’apathie, avant un faux-départ en bateau. Il reste le charme des décors, quelques effets de montage ou des vues orientées, mais tous sont très ordinaires et anecdotiques. Les personnages vivent leurs affaires, leurs stress et plans peut-être ; nous, pas tellement, même en s’accrochant. Quelquefois Lino a les mains dans le cambouis, ou plutôt la tête dans l’eau, mais cette présence ne comble rien. Il a un seul adversaire de poids, sans être à sa taille, un malabar des Caraïbes. Préférez Calme blanc ou, plus proche dans le temps mais plus loin dans le fond, Plein soleil tout simplement. (38)

César et Rosalie *** (France 1972) : Je continue avec Claude Sautet, sur un de ses films les plus connus et je suppose représentatif. César et Rosalie propose une histoire de couple au fond assez triviale, se distinguant par la qualité de ses interprètes. D’ailleurs les nouveaux adeptes ou curieux de Montand devraient faire de ce film une priorité (bien plus que Le Milliardaire ou Police Python par exemple). La multiplication de moments de dénis ou d’ambiguïté permettent de pousser son jeu et son personnage assez loin (par exemple, lors de la scène au café où il prend des airs tragiques et discrètement intimidants, tout en essayant d’être aimable, étant le plus grand perdant potentiel dans l’affaire).

C’est au fond vaudeville un peu sociologique (liberté de la femme, etc), avec deux types d’hommes opposés : Montand self-made-man charismatique et turbulent, Samy Free artiste, catalyseur mutique d’une meute de grands ados. Les deux finissent par se connaître, sympathiser ; sincérité ou guerre froide ? Au minimum ils sont compagnons de poursuite – d’une pimbêche, style fuyante mais active. Ce film est donc une sorte de faux Jules et Jim, entre adultes concurrents – mais forcés à la trêve et finalement bons pour un buddy-movie posé et bien français.

On y voit Isabelle Huppert ado – comme dans ses autres apparitions jeunes (Loulou, Coup de torchon) elle est rétrospectivement peu enthousiasmante (et plus extravertie ou bizarrement expressive, ce qui lui va peu). La musique de Sarde, compositeur de la géniale OST du Locataire, est plutôt laide et criarde. (72)

Adhémar ou le jouet de la fatalité ** (France 1951) : Troisième et dernier film réalisé par Fernandel. Il y tient le rôle-titre (qui est aussi le nom d’une ancienne famille de la noblesse provençale). En intro défile une ribambelle de toqués et mal-formés, jusqu’à la tronche atypique préférée ; Fernandel déboule et raconte ses malheurs, liés à sa ganache de ‘cheval’. Ses expressions bigger-than-life en font un pitre malgré lui, parfois sa tête même au repos suffit.

Le spectacle est simplet (le discours funèbre doit être le plus cartoonesque), vise bas dans les gags. C’est gentil et enjoué mais sans véritable rythme, ni d’autres ressorts ; il n’y a qu’à explorer chaque piste, sachant qu’aucune ne sera bien importante.Trop de gamineries, de farces irréalistes et poussives, un récit décousu ; mais ça reste plaisant, car Fernandel en impose, ses clowneries refoulées décuplant l’effet. Il faut y aller léger ; ça peut donner le sourire et la fin est bonne, sans sortir de l’idiotie.

Ce film aurait été l’objet d’un conflit entre Guitry et Fernandel. Le premier l’a écrit et dû abandonner le tournage à cause de ses problèmes de santé. Fernandel a pris le relais, avec trop de zèle apparemment, quoique la justice lui ait donné raison. Ils étaient neuf célibataires (de Guitry) et le futur Les trois font la paire ont des points communs avec cet Adhémar. (48)

Dead again *** (USA 1991) : Film américain du britannique Kenneth Brannagh, réalisé avant sa version de Frankenstein et plusieurs adaptations de Shakeaspeare (Beaucoup de bruit pour rien, Othello, Hamlet). La dynamique est centrée sur la mémoire, le récit comprend deux existences se reflétant à deux époques différentes, embarque le karma et la destinée dans la foulée. C’est plutôt captivant même si pas toujours soucieux du sérieux – trop opportuniste, trop de raccourcis et de scènes ‘d’amour’ clichés. Le niveau de kitscherie est comparable à celui de Volte/Face. C’est assez efficace et rythmé pour faire oublier combien c’est prévisible.

La domestique est jouée par Hannah Schygulla (allemande), vue dans Les Faussaires et Maria Braun. Le tandem interprété par Emma Thompson et Branagh himself est agréable. Robin Williams apparaît à un poste secondaire en psychanalyste déclassé, dont l’excentricité comme le reste est sous-exploitée. C’est le meilleur film de ces mini-critiques, un centième devant César et Rosalie de Sautet et L’Homme sans passé de Kaurismaki – différence insignifiante, du genre qui peut sauter, même si c’est plutôt de la théorie. (74)

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Autres Mini-critiques : 9, 8, 7654321 + Mubi 4, 3, 21 + Courts 2, 1 + Mubi courts 2, 1

NINJA ASSASSIN **

7 Avr

2sur5  À nouveau produit par les Wachowski, ce film de James McTeigue est moins ambitieux que (la baudruche) V pour Vendetta. Ses intentions sont tout de même redoutables, puisqu’il s’agit de réaliser, hors des frontières de l’Asie (tournage intégralement en Allemagne) un film de ninja. Américain lui aussi, Ninja sort au même moment. Préférez cet homologue.

La grande caractéristique distinguant Ninja Assassin c’est qu’il soit exagérément gore. Il fait la démonstration d’une obsession malsaine pour tout ce qui concerne le sang, les stigmates, les punitions infligées et gravées dans la chair (les pieds ratatinés), le slapstick hardcore (machine à laver). En plus de cette emphase dégénérée sur les pratiques de sauvages, Ninja Assassin parle trop – embêtant quand on est stupide. Cela débouche sur des délires sur le cœur, son emplacement décalé, son sommeil.. Au secours, on s’en fout. Ninja par exemple ne s’enfonçait pas ainsi dans la nanardise absolue et se contentait de laisser chaque élément trouver sa place.

Néanmoins c’est souvent joli, les combats sont musclés, l’ensemble est décérébré. Ç’aurait dû être réjouissant. Ninja Assassin mérite sa piètre réputation. Il a pu être amusant à concevoir, mais c’est banal voir lourd même pour les amateurs. On est dans un délire geek, avec raccourcis, combinaison de j’men-foutisme et de grandiloquence, violence obscène. Il y a un moment où les  »exploits » ne peuvent pas justifier l’impression de suivre un programme écrit et conçu par un gamin teigneux apprenant les sentiments et les nuances élémentaires dans les manga les plus trash.

Note globale 37

Page Allocine & IMDB + Zoga sur SC

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