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CALL ME BY YOUR NAME *

25 Juin

2sur5  Film sans grande valeur ni relief, sans secousses ni surprises, voué au désintérêt poli voire au mépris si son couple avait été hétéro (et s’il n’avait pas profité d’une propagande de blockbuster ou de séance très ‘citoyenne’ comme Le 15h17 pour Paris). Rien de plus trivial que cette rencontre pas si fortuite (les statues et gravures gréco-romaines cristallisent des amitiés à la fois profondes et fugaces) entre un individu niais et un homme assez jeune pour être encore la meilleure version physique de lui-même, juste assez vieux pour avoir une assise dans la vie et surtout les qualités requises d’un initiateur.

La réalisation est cotonneuse, l’approche romantique, la nostalgie et la ‘mélancolie’ au sens faible et galvaudé se substituent au romanesque (tendres finasseries autour du swag des années 80, amalgamé à l’innocence – comme Stranger Things pour les geeks et les fans de Spielberg). Nous avons à faire à deux homosexuels cultivés, de confession juive, de niveau social (classe et éducation) supérieur, pris dans une bulle à l’écart du monde, de sa vulgarité, de ses rapports de force – et en même temps dans ce monde, mais protégé de ses aspects crus ou nus. La contribution de l’adulte américain à l’éveil du garçon de 17 ans s’avère faible. Au départ il taille son père intellectuellement sur l’étymologie de mots arabes ; c’est le seul moment où il est défendable d’espérer en lui un dominateur ou un tuteur. Il sera un simple amant opportuniste et fuyant, soufflant le chaud et le froid par pleutrerie pour se protéger (et par jeu, mais ce jeu est le refuge du mesquin ‘négatif’, mesquin faute de noblesse plutôt qu’en raison d’émotions ou de sentiments lourds).

Les deux confessions (une positive, une négative – l’abjecte conversation de l’ambigu sosie de Robin Williams étant ‘positive’ selon la mise en scène) à l’issue du film sont les seules choses non-prévisibles à l’ouverture de la séance (facilement déductibles pendant). La scène face à la cheminée est en principe et en puissance émouvante, malheureusement c’est la dernière. Un jeune ado s’est laissé éblouir par une romance arnaque, une amourette d’été ; en se mêlant à un pauvre connard d’une lâcheté pourtant flagrante – or à ce niveau de profondeur, comment pourrait-elle ne pas toucher aussi les aspects ‘émergés’ (les simples comme les romantiques). Il y avait du potentiel dans ces impasses des situations et les vices de caractère des protagonistes, mais, par souci d’harmonie et de bon goût probablement, le film n’en profite que passivement. La réalité brute s’incruste à deux moments, par le biais de débordements viscéraux dont le jeune éphèbe est la cible : la scène de la pèche et celle du vomi (puisque sa source est probablement la même que celle causant le malaise du gamin dans Happiness – quoique venant de l’ouverture inverse puisque la consistance est transparente). Pour le désir brûlant et l’esthétisation de ses effets inappropriés, Téchiné a fourni de meilleures illustrations via Quand on a 17 ans ou Le Lieu du crime.

Les personnages tendent à la vacuité, l’interprétation doit tout fournir pour les remplir. Le désir s’applique comme une sorte de sparadrap, leur sentimentalité est celle d’animaux creux, ripolinés pour entretenir une surface belle et spacieuse, où les fantasmes et la complaisance pourront se loger. Les gamineries de l’escapade finale sont un comble. Qu’Anakin et Padmé se roulent dans l’herbe, la foule s’insurge de tant de grotesque – la nécessité de refouler ses souvenirs de fanboy d’enfance doit encourager. Ici en revanche, les platitudes joyeuses sont recevables. Effectivement le cadre est sûrement plus soigné, pour le reste la relation n’est pas plus mûre. Sauf dans la mesure où elle doit être tragique – ou qu’on la devine sentie comme telle. Le masque du raffinement sert la crédibilité de ce film, ne lui crée pas une sensibilité (et ne fait que remplacer des gratifications sensuelles ou émotionnelles plus directes, qu’un Moonlight savait honorer l’an dernier). Les spectateurs peuvent aimer Call me by your name par acceptation et adhésion à ce type de couple, en y projetant ou désirant un miroir de leur jeunesse (ou envies de jeunesse). En sens inverse, le film se rend difficile à attaquer, notamment sur le fond, en étant rien d’autre qu’un roman-photo sur grand écran. Ses béances vont agacer, or reprocher à une œuvre ce qui lui manque peut facilement sembler abusif, donc laisser supposer à ses défenseurs et ses amoureux que l’opposition a un problème qui ne tient pas au film (ce qui peut prouver sa qualité ou son aspect ‘nécessaire’).

Note globale 38

Page IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Le fantôme de la liberté + Alata + Phantom Thread + Thelma + La vie d’Adèle + La grande bellezza + 120 battements par minute + A Single Man + Brokeback Mountain

Scénario/Écriture (4), Casting/Personnages (4), Dialogues (4), Son/Musique-BO (7), Esthétique/Mise en scène (5), Visuel/Photo-technique (7), Originalité (3), Ambition (8), Audace (4), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (4), Pertinence/Cohérence (3)

Note arrondie de 40 à 38 suite à l’expulsion des 10×10.

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OUVERT LA NUIT *

4 Jan

2sur5  Après deux films à la réception plutôt désastreuse (La Bostella et Akoibon), Edouard Baer a repris la casquette de réalisateur pour ce qu’il qualifie de « déambulation nocturne » dans Paris. L‘acteur et animateur de radio est également le personnage principal, un directeur de théâtre volage, adepte d’un ‘soft power’ particulièrement vicieux et insaisissable (il se fout de ses responsabilités mais jamais au point de les ignorer). Ce Luigi ressemble de très près à Baer lui-même. La présence de Galabru dans son propre rôle (quelques semaines avant sa mort – survenue sept jours avant la sortie) contribue à entretenir ce flou ; on se demande si certains ne sont pas également censés se mettre en scène ou se dupliquer. Elle sert aussi l’hommage, non discret mais compartimenté, au ‘milieu’, aux artistes et à la scène (cette bouderie de Galabru ferait référence aux frustrations éprouvées par Serrault face à ses ‘directeurs’). Les premières minutes dans le théâtre (coulisses et le reste), avec la caméra mobile et l’apparente non-interruption, flirtent avec la logique de plan-séquence (le film n’ira pas relever ce défi – vaseux) et renvoient inévitablement à Birdman (ou à certaines séquences ‘aériennes’ chez De Palma, mais l’autre option a plus de chances d’être volontaire).

Avec ce film Baer semble vouloir s’astiquer lui-même. Il se coltine des vannes pourries en rafale. Ses réactions de kéké-Nova amateur d’insolite ou d’improbable, même très light, en revanche ne sont jamais à décharge – si ce n’est pour souligner sa mesquinerie, qui est loin de l’amoindrir et de s’accompagner de sentiments poisseux. L’entourage de Luigi est en admiration béate envers lui, sauf les plus proches qui arrivent à usure (la stagiaire embarquée dans cette virée n’aura pas attendu des années pour saturer). Quand Baer force sur le foutage de gueule tout juste masqué (mais pas relevé par les gens, obnubilés par son charme ou son baratin), la chimie commence à opérer ; mais dans l’ensemble ce happening est trop paresseux. L’expression ‘ne pas se prendre la tête’ s’applique ; Baer ne se la prend pas à bon escient, juste pour jouer et en rajouter un peu, prendre celle des autres pour des billes. Il compte sur son humour et son côté virevoltant ; l’absence de répondant, d’accrochage sérieux et d’approfondissement donne l’impression d’un ‘work in progress’ dont même l’auto-satisfaction sent le réflexe périmé. S’y ajoute une tartine vaguement démago avec le brassage social de l’escapade – Baer estime nous faire visiter sa France « entre Sacha Guitry, Jamel Debbouze et les mythos de comptoir », ce qui se traduit par un mix de Paris populo, galerie des artistes (souvent des bourrins) et de bars ou hôtels mondains (parfois infiltrés par la demi-gueusaille – c’est samedi soir).

Audrey Tautou est la seule interprète ayant l’occasion d’ajouter une valeur sans avoir à se noyer dans le stéréotype ou la parodie – elle campe une personne paradoxale, femme ‘bébé’ en position d’autorité, parfois sarcastique. Baer pratique un cabotinage un peu mou pour représenter son double le cabotin essoufflé (s’il y a une cohérence elle est plombante pour l’œuvre avant tout). Ouvert la nuit est censé ménager de la caricature et du pittoresque : il échoue sur les deux plans. Les caricatures sont désuètes et creuses, le pittoresque ne tient que sur des ‘coups’ au maximum (le génie des fleurs et l’insoumis de l’accueil). La séance s’attache au clash coincés rigoureux et non-réceptifs vs yolomen culturo-mondains, au lieu d’explorer les belles variétés de crétins à portée. Les gags sont pauvres et répétés inlassablement. Peut-être fallait-il taper plus fort, oser briser la glace et se rapprocher du leitmotiv de Toni Erdmann ? Malheureusement le film ne saurait être si déterminé et reste par défaut flottant autour de la comédie. Baer se condamne à pratiquer une autodérision aseptisée avec remise en question sur-empruntée – d’où la rédemption du connard/adulescent ratée de la dernière partie, car les caractères sont trop bâclés pour être encore simplement ‘fuyants’.

Note globale 38

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…

Scénario/Écriture (1), Casting/Personnages (2), Dialogues (2), Son/Musique-BO (2), Esthétique/Mise en scène (2), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (2), Ambition (3), Audace (2), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (1)

Note arrondie de 40 à 38 suite à l’expulsion des 10×10.

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LES MANIAC COP **

26 Sep

Les Maniac Cop forment une trilogie mêlant policier et horreur. Ces films de 1988-1993 sont des produits typiques du bis de l’époque et de son rayon épouvante/fantastique en particulier. Le premier film avait une certaine identité mais pas le potentiel d’une franchise, si resserrée soit-elle.

Nicolas Winding Refn préparerait en ce moment un remake/reboot.

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MANIAC COP **

2sur5  Produit et écrit par Larry Cohen, mis en scène par le réalisateur de Maniac (William Lustig), Maniac Cop est un film culte mineur, ou film grindhouse (d’exploitation) majeur. Il mêle action, policier et épouvante. Dans les rues de New York, un mystérieux flic sème la mort. Jack Forrest est accusé à tort pour ses meurtres ; avec son amante et un collaborateur bienveillant, il va tâcher de réunir des preuves contre Matt Cordell et l’arrêter dans ses massacres. Matt Cordell, leur coupable présumé, était un homme vertueux : aujourd’hui, c’est un fantôme aveuglé par la colère.

La séance est sympathique mais le mythe balayé. Découvrir Maniac Cop trente ans après sa sortie et en connaissance du bis amène à s’interroger sur le destin de ce produit. Sa réputation est probablement dû à la présence de Tom Atkins et Bruce Campbell, le héros de Evil Dead adulé par certains fans du gore et de l’épouvante. Malgré le charme de certaines prises de vue, de la capture de ce New York mal fâmé des années 1980, Maniac Cop reste un film au développement laborieux. Les auteurs y enfilent les lieux communs avec une candeur déconcertante, lorgnant vers le Z notamment au début du métrage.

Globalement, c’est un mélange d’énergie et de fabrication poussive : la gestion du suspense est réfléchie et relativement percutante, l’intrigue est pauvre et bâclée à un point limite. Les personnages sont très mal écrits mais le casting est inspiré, sauf pour les seconds rôles tirant vers le nanar. Par exemple, l’inspecteur Frank MacCrae est un protagoniste agaçant et l’handicapée assez improbable, mais leurs interprètes savent le dissimuler. Le film aura deux suites et les flash-back oniriques en prison (avec le filtre bleu nuit typique) servent de choc matriciel à la petite saga. Notons le cameo de Sam Raimi.

Note globale 53

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Suggestions… Street Trash + Der Todesking + Le Dentiste + Wolfen

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MANIAC COP 2 *

2sur5  Maniac Cop 2 reprend les choses à zéro, avec de nouveaux personnages (seul Campbell est encore là) et en semblant ignorer les événements du premier opus. Cette impression est peut-être la résultante de la confusion du scénario. Quoiqu’il en soit, peu d’éléments en font une suite et Maniac Cop 2 apparaît presque comme un reboot de son prédécesseur. Lustig et ses producteurs essaient de prendre le chemin des sagas fétiches de l’époque, Vendredi 13 notamment.

Leur bébé a le côté random et fauché de cette dernière, avec cette même rigueur bizarre donnant la sensation d’assister à des rushes abondamment retouchées et reliées à l’arrache. D’un point de vue technique, Maniac Cop 2 est supérieur, avec quelques mouvements de caméras ambitieux. Il est plus soigné et haut-en-couleur, plus lisse dans son visuel comme dans l’intrigue, resserrée. Celle-ci demeure remplie d’incohérences, mais exclue tout flottements ou dérives bizarres ; on progresse au ras-du-bitume avec des propos insensés, mais la ligne est droite.

L’œuvre est plus spectaculaire, avec cette séquence enflammée en fin de métrage. L’anxiété a laissé la place au ludique. C’est toutefois peu divertissant. Il est temps de s’en tenir là : Lustig a tenté d’ouvrir un mythe, il s’est rétamé en douceur, la manne est trop vaine. Vendredi 13 n’est pas supérieur, mais se poser comme son concurrent direct n’a rien de glorieux. En gonflant l’histoire de Matt Cordell (avec ses traumatismes et son masque), Lustig ne fait que s’installer dans le nanar pompeux. Il est regrettable que l’auteur du brillant Maniac se soit fourvoyé dans ce truc digne d’un Universal Soldier sans la profusion.

Note globale 41

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Suggestions…  Birdy 

Note ajustée de 41 à 42 suite aux modifications de la grille de notation.

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MANIAC COP 3 *

2sur5  Le troisième opus des Maniac Cop amène la petite saga sur les terres de la série B policière quelconque, mais fantaisiste. Tenu comme très inférieur aux deux premiers opus, Badge of Silence confirme l’inanité du label Maniac Cop et présente peu d’intérêt, sans sombrer pour autant dans la médiocrité. William Lustig est toujours aux commandes et partage son poste avec Joel Soisson, réalisateur qui réapparaîtra en 2005 pour s’illustrer dans les suites de sagas horrifiques bien plus mineures que celle-ci : Pulse et The Prophecy.

Avec Maniac Cop 3, le spectateur se retrouve face à un policier très sérieux. La BO est grave, quelquefois sensuelle et constitue l’atout majeur du produit. Loin de la  »flamboyance » du 2 comme du côté grouillant, un peu punk, du 1, Maniac Cop 3 déroule un programme propre et ennuyeux, où un vaudou rejoint la galerie. Les efforts pour noircir le tableau sont omniprésents mais le regard est peu convainquant, qu’il s’agisse des journalistes totalement cyniques ou des avocats dans le même registre.

C’est Bad Lieutenant via une poignée de one-line et de belles gueules de connards arrogants : et c’est faible. Une poignée de séquences à la lisière du psychédélique vient ponctuer l’enquête au climat très lourd et la double romance de circonstance. Lustig emploie toujours cette séquence bleutée en prison, y ajout l’incendie de la fin du second opus. La franchise voulait se hisser auprès des sagas de l’époque et cette fois c’est plutôt Freddy qu’elle cherche à tutoyer, par exemple avec ce cauchemar nuptial. Sans destin mais pas mal-aimable.

Note globale 39

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Suggestions… Massacre à la tronçonneuse 3  + Les Y a-t-il un flic

Note ajustée de 39 à 38 suite aux modifications de la grille de notation.

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KILL FOR LOVE *

16 Août

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2sur5  Dans l’histoire du nanar français, c’est un totem ! Réalisateur de films pornos et érotiques, Jean-Marie Pallardy s’est finalement détaché du genre pour concevoir ses thrillers et même un film d’arts martiaux. Avec Vivre pour survivre, Kill for Love est son autre super-nanar non-X. Mais Kill for Love abonde de réminiscences dénudées pour le plus grand plaisir du spectateur-voyeur. Il est accessoirement une berezina intégrale, portée par une grande foi et une générosité n’ayant d’égal que la négligence dans la réalisation.

Pallardy n’est pas un bâtisseur de système, c’est un artisan badass, assez fainéant mais somme toute stratégique, car il sait placer les bons arguments (le porno soft), même les plus pervers (la jouissance du nanar) pour s’éviter des travaux pesants et, c’est vrai, dont on est jamais sûr du résultat. Le film s’ouvre sur une version pétillante de Con te Partiro et déjà c’est le fou rire : un vrai, pas celui forcé pour les nanars et navets quelconques. Le talent de Kill for Love est là : même pour les réfractaires à ce monde curieux du nanar et du Z foireux, le spectacle est délectable. Les mauvais esprits le railleront avec sadisme, mais il faut l’assumer : on est bien devant Kill for Love, car à quelque degré que ce soit, un tel voyage est une satisfaction.

Attention cependant au contre-coup des sons post-synchors. Si vous suivez Kill for Love avec un casque ou des écouteurs, vous allez croire à des séquences d’hallucination auditive – un peu comme dans Clean Shaven après tout ! C’en est bien sûr, à leur manière, mais il s’agit avant tout d’un bug d’amateurs. L’argument fièrement revendiqué dans la promotion et sur l’affiche en souffre : la moitié des dialogues de Fabienne Carat ont été ajoutés, maladroitement conformément à l’âme de ce film Z. Avec son rôle d’inspectrice, l’atout issu de Plus belle la vie occupe finalement une place tout à fait secondaire.

La plupart des autres acteurs ont plus de chance car leurs personnages sont beaucoup plus aberrants et passionnés. La mention spéciale en revient naturellement à Marie-Paule, d’abord une pauvre fille récupérée par le milliardaire Pallardy, devenant bientôt une machiavélique sorcière vénéneuse. Mais Marie-Paule n’est pas le vrai monstre de cette histoire ou plutôt, pas le plus retors ! Il faut remettre les choses en ordre sur ce point : Irina Sirbu, comme une bonne partie de ses camarades, n’est sans doute une actrice au jeu sidérant de précision et d’authenticité. Mais elle fait avec ce qu’on lui donne ! Et rapporté à cette donne, elle est parfaite.

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Probablement peu d’interprètes sont capables d’exprimer le niveau de kitscherie désinhibée prévu au programme sans tomber dans un résultat fadasse. Ici certains acteurs se permettent tout et ils ont bien raison. C’est plutôt ceux qui demeurent rigides, comme si cela les rendant  »pro », qui sont en faute (même s’ils alimentent le statut culte du film). Avec leurs excès pathétiques, Sirbu et Triin Roslender ne sont pas à blâmer et sont desservies par le montage lamentable. Mieux, elles rendent le nanar délectable.

Pallardy lui-même participe aux festivités. Au travers de son personnage richissime balayé par un malheureux accident, il campe une espèce de Jodorowsky cheap. Ses états d’âmes et monologues sont des crash spectaculaires et hilarants, mais c’est le commentaire intérieur commis pendant la scène du dîner qui va atteindre les stratosphères ! Merveilleuse séquence, beauf au possible et tellement implacable ! Pour le reste, les dialogues se distinguent également dans leur ensemble, par leur grandiloquence injustifiable.

Kill for Love osera tout, même la chanson éponyme et pose ses slogans propres : « seul le vent connaît la réponse » ou encore « on peut tout faire par amour, même l’impossible ». Le fil narratif est pauvre mais pas si apocalyptique et les incohérences modérées, les décors peu synchrones avec l’histoire et le contexte présumé (en particulier quand les grands-bourgeois prennent le déjeuner dans une grande pièce vétuste) : c’est bien un nanar important, mais c’est aussi le film exalté d’un auteur aveugle !

Il devient un vrai plaisir redoublé par sa romance saphique. Avec tous ses atouts, même s’ils peuvent être navrants, Kill for Love est finalement un film valable en soi. Un film médiocre mais généreux, dont les outrances ressemblent à De Palma paillard : les aventures d’Irina et Triin, c’est Femme fatale sans le fric ni la retenue. Voilà somme toute une leçon dans son domaine : enfin un nanar pour jouir et non juste pour se moquer sournoisement.

Note globale 38

Page IMDB, pas de page Allocine  + Zoga sur SC

Suggestions… Captivity 

Voir des extraits sur Dailymotion + fiche sur Nanarland (source des illustrations)

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LA VERITE SI JE MENS **

8 Juin

2sur5  Une comédie française au succès triomphal n’ayant d’égal que sa pauvreté. Une de plus. L’originalité de La Vérité si je mens est de venir briser les tabous autour de la représentation des juifs, leur mode de vie et leur place en France.

Se référant aux juifs du Sentier de Paris, le film est inspiré du parcours de Mehmood Bhatti, styliste réputé de ce quartier de la capitale. Richard Anconina le faux patos interprétant le faux juif connaît donc l’ascension sociale en passant pour membre de la communauté.

Tout se sent à mille lieues dans La vérité si je mens. Le choc des cultures est ridicule (il en manque une) et Anconina surjoue le gros bœuf de base (tout comme Lelouch lui faisait surjouer un niaiseux en carton dans Itinéraire d’un enfant gâté). « C’est vachement sympa chez vous », « il est bon vot’ vin » : le gag est trop gros pour être vraisemblable et pas assez pour être tordant. Le versant sentimental ne relève pas le niveau mais apporte un peu d’oxygène.

On retrouve Bohringer dans une variation de son éternel costume d’aigri au grand cœur sous la cuirasse. Elie Kakou tente quelque chose, qui n’est pas à son honneur. Vincent Elbaz craint avec son rôle en dissonance. José Garcia est excellent dans son personnage de petite crapule beauf jouissif.

Grâce à ses cinq millions d’entrées, cette mocheté a connu deux suites. Selon les notes et la réputation, Thomas Gilou ne s’y est pas montré plus virtuose.

Note globale 38

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Le Prénom + Life During Wartime + Rabbi Jacob

Note arrondie de 37 à 38 suite à la mise à jour générale des notes. Ajout de la parenthèse contenant Lelouch suite à un second visionnage (février 2019).