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MINI-CRITIQUES MUBI 3

7 Avr

Une session en retard, car la 4e a déjà été publiée. Les films concernés ont été vus d’octobre à décembre 2017. Leurs notes ont été mises à jour (la limitation aux paires n’avait pas encore cours). 

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Opera Jawa * (Indonésie 2006) : Film musical décousu, volontiers loufoque voire régressif, assez mou à force de planer doucement et malgré les gueulantes. Pour les gens épuisés et réceptifs appréciant d’être dépaysés et surpris tant qu’on ne les bousculent pas.

Attention spoiler : dans les derniers moments une fille se fait planter (c’était un sous-Parapluies de Cherbourg à Java ?) ; le panneau d’avant-générique nous averti que nous venons de voir un requiem contre les violences domestiques. On retiendra plutôt ses efforts et ses effets esthétiques – si les tissus et les plages vous donnent des vapeurs, ça pourra marcher. (42)

Enfance clandestine ** (Argentine 2011) : Dans l’Argentine sous dictature des années 1970. Autour du fils d’un couple de rebelles. Fibre mielleuse, accent sur les rêves du garçon et ses privations. Les passages violents ou avec les antagonistes sérieux passent sous format BD. Apport faible au niveau politique, sans toutefois dénigrer le travail des résistants ou la résistance en elle-même. Peut séduire grâce à son prisme subjectif voire romantique, son primat aux émotions (la musique lève toutes ambiguïtés sur les intentions) et son cachet nostalgique. Seule la scène avec la grand-mère remue franchement la matière à questionnements. (52)

À nos amours * (France 1983) : En découvrant le film le plus connu et reconnu de Pialat, certaines critiques corsées que j’avais lues contre le réalisateur s’expliquent soudain. À nos amours est à la limite de l’amateurisme, racoleur sans fournir de contreparties ni même combler les attentes qu’il souhaite inspirer, tout en étant une bonne caricature de l’existentialisme merdeux à la française. Que le cinéaste ait convaincu les critiques en les intimidant devient une rumeur fortement crédible.

Le film est plein de drames surfaits, de poussées hystériques soudaines, dignes d’un Tellement vrai crasseux et laborieux. Bonnaire livre un jeu calamiteux. Pialat apparaît en se donnant un beau rôle, mais en tant que directeur d’acteurs, il semble un petit exploiteur, voire un vicieux ou un cynique – sûrement à raison, puisque le monde suit. Le recours à Klaus Nomi est aberrant. (28)

Sans Soleil *** (France 1983) : Probablement un des meilleurs films de voyage. Maelstrom d’images, sensations et réflexions fluides sans suivre de programme précis. Parfois des sentences de nature idéologique ou ‘gratuites’ – effet malheureux d’une tendance à absorber l’information vers un noyau subjectif, au lieu d’explorer de façon brute ou simplement ‘ouverte’.

Les parties en Guinée-Bissau semblent d’une moindre importance et sont intéressantes dans ce qu’elles ont d’abstrait (par opposition aux témoignages concrets). (74)

Le Retour *** (Russie 2003) : Découverte de Zvyagintsev. Montre une virtuosité qui serait peut-être vaine s’il n’y avait pas un ‘sens esthétique’ si fort. Le film reste dans le mystère, pas sur tout et pas sur l’état des enfants, mais sur ce père et ses motivations. Les émotions et surtout les passages aux actes sont refrénés, l’action ‘couverte’. Le plus jeune des deux enfants essaie la résistance passive-agressive (avec option sabotage) mais comme le reste, elle est intériorisée plutôt que mise en œuvre. Le film cherche à illustrer une tension éclatante mais toujours floue dans ce qu’elle pourrait avoir de particulier. A pu inspirer Mud. (64)

Tapage nocturne * (France 1979) : Second film de Catherine Breillat dont j’ai vu Anatomie de l’enfer. Un exemplaire d’existentialisme français verbeux et random – version féminine et plus ‘sanguine’, ça change. Histoires d’amour, de culs et de baratins. S’élève un peu par ses choix musicaux, sinon est perdu dans la glue. Ancêtre de Solange te parle ? Tout de même pas si poseur et grotesque. (28)

Elena ** (Russie 2012) : Zvyagintsev (auteur du Léviathan de 2014) fait partie des élus du moment sur Mubi, peut-être à cause de son récent Faute d’amour. Je laisse de côté Le Bannissement pour directement aller à Elena. Photo impeccable encore une fois, avec un focus plus concret – sur le quotidien et les détails. Mais s’il n’est plus tellement mystérieux, la tendance à compliquer et prendre des détours inutiles ou ralentir demeure. Beaucoup de musique de Philip Glass pour peu de drames. Plus chaleureux que l’Amour d’Haneke – par défaut, car en vérité, simplement moins courageux, pénétrant et donc moins anxiogène. (48)

Umoregi / La forêt oubliée ** (Japon 2005) : Inspiré par son amie la baleine, un trio de lycéennes forge un récit fantastique. Gentil, plein de beaux décors et parfois un peu insolite (puisqu’il y a cette forêt souterraine), mais mollasson et soit peu généreux, soit borné dans sa créativité. Rempli de nostalgie (peut-être imaginaire ou générée par la compassion pour les anciens) et d’une sensibilité exacerbée qui semble étouffer la clarté de l’expression, sans entamer un sens certain de l’organisation, de la mise en forme. De bonnes initiatives, des buts ‘nobles’. (42)

Le Filmeur * (France 2005) : Plusieurs évolutions par rapport à La Rencontre ; les protagonistes apparaissent régulièrement frontalement à l’écran (jamais ensemble) ; confectionné sur une longue durée (entre dix et onze ans) et plus éclaté, délié ; pas cantonné aux gros plans et s’autorise le mouvement, donc plus ‘normal’ a-priori. Le couple reste au centre mais partage l’affiche. Le film est parfois drôle, très aléatoire ; l’exercice sûrement généreux et parfaitement vain.

Pour les fervents et la famille de Cavalier ; pour les amateurs d’insolite ou de grosses farces peut-être (ce n’en est pas une) ; sinon, à qui s’adresse le film, à qui cherche-t-il à se rendre utile (ou divertissant, ou instructif) ? Reste l’entrée dans la réalité sensorielle d’une personne réelle ; et parfois, un intérêt plus technique ou cinéphile, puisque Cavalier nous place derrière lui en train de préparer ou d’absorber des sujets (d’actualité, de réflexions, de mise en boîte). (32)

Au hasard Balthazar ** (France 1966) : Pauvre âne dans le monde tenu par une humanité aveugle et cruelle. Un des fameux opus du réalisateur à la direction d’acteurs anti-‘naturaliste’, anti-spontanée, anti-incarnée (Pickpocket, Le diable probablement, Les dames du bois de Boulogne). Certains acteurs ne sont pas à leur place dans leur costume ; quelques-uns arrivent à communiquer de l’intensité ou sembler ‘vrais’ malgré le principe de Bresson. L’âne semble plus vif, sauf lorsqu’il est soumis à des numéros très arrêtés ou répétitifs, où il se fond dans la représentation artificielle généralisée. Parfois bien fourni dans les dialogues – avec un laïus du cynique face à la grand-mère d’Adèle. Parfois seuls les mots permettent de comprendre la gravité voire peut-être l’existence de certaines situations. (52)

Still Walking ** (Japon 2008) : De Kore-eda, réalisateur de Nobody Knows et Distance (ce dernier vu sur Mubi). Les retrouvailles annuelles d’une famille, occasion de revenir sur le deuil jamais achevé d’un fils et frère mort prématurément (Junpei). Un peu assommant avant de devenir plus intéressant. Doux, son excellent. Mère mesquine et pathétique. (58)

Le pays où rêvent les fourmis vertes *** (Australie 1984) : Fiction tournée par Herzog, avec des apparences documentaires et quelques intervenants théâtrals. Prend le parti des aborigènes, largement lésés et sans droits à l’époque. Suit le représentant de la compagnie minière chargé de leur faire abandonner une de leur terre sacrée. Non-jugement face à l’infériorité manifeste, en terme de créations et de modélisations du monde, de ces tribus ; comme Bruce Spence (le géologue) on est plutôt sensibilisés à la disparition de leur culture et de leurs traditions. La remise en cause des normes occidentales et des poursuites des ‘blancs’ provoque une espèce de sidération de basse intensité ; le cynisme légal et industriel n’échappe pas à notre conscience, mais les arguments des aborigènes restent dérisoires. La magie à laquelle ils sont attachés peut cependant happer et amener une ‘ouverture’ – qui provoquerait une remise en question (dans ce sens et pas l’inverse). (72)

Humpday * (USA 2009) : Deux bouts de lards hétéros-mâles crypto-niquent pour l’amour de l’art. Sorte de mumblecore du premier rang. Les personnages sont hystériques et multiplient les effusions – tout est motif à montrer sa beauferie d’américain neutres/bohèmes mais positif et à l’écoute. Potache et pas antipathique, pas nécessairement pertinent mais se tient, adroitement écrit. Gros postulat et gros bavardages pour peu. Reste régressif comme tous les films de son courant et dépendant de la connerie du programme – comme Shrooms pour la drogue. Reste aussi une illustration appropriée pour un bon morceau du troupeau humain, ses valeurs, ses normes, ses façons de s’illusionner, de remplir le vide, ses défis désespérants. (28)

Curling ** (Canada 2010) : Très lent et d’aspect impénétrable, mais d’une patauderie calculée, parfois théâtrale et maîtrisée. Ne sonne pas ‘gratuit’, plutôt un peu ‘alien’, mais finalement se fait bien terrasser par la léthargie. Réalisé par un documentariste québecois. La manière dont le père gère sa fille ressemble à une version soft et sans réinvention de la réalité de Canine. (52)

Level Five *** (France 1997) : Deux films s’encastrent : une anticipation de l’ère internet (avec ses rencontres et ses façons nouvelles, économiques, d’aborder le monde) et un reportage thématique sur la purge d’Okinawa. Le premier versant est assuré principalement par les monologues de Catherine Belkhodja, qui peuvent être pertinents ou régressifs (« Coco »). Le second implique images d’archives en noir et blanc avec commentaires existentiels plutôt qu’historiques ou politiques. Les méditations sur le temps et la mémoire sont une constante chez Chris Marker. (64)

La vida util * (Uruguay 2010) : Sorte de comédie pathétique (pachydermique) pas nécessairement vécue comme telle au moment du démoulage, à destination des cinéphiles, versant allègrement dans l’auto-complaisance et le masturbatoire. Noir et blanc, bavard par intermittences, avec beaucoup de pistes sonores renvoyant à des séances ‘classiques’ et de courtes citations esthétiques du muet. Dans la seconde moitié, le gardien de cinémathèque, rendu à lui-même, est ‘manifestement’ sous influence de ses souvenirs (jusqu’à danser dans un escalier).

Le physique lourd et morose de Jorge Jellinek est la seule véritable contribution en propre du film – avec son passage en classe où il déblatère sur le mensonge. Comme ce cinéphile débauché, La vida util remplit avec les fantaisies des autres et se contente de ses démonstrations fétichistes. Il n’y a quasiment rien d’autre dans sa vie et peut-être dans sa conscience (au détail trivial de service : il a rencontré une femme). Mais les joies ‘d’enfance’ du spectateur suffisent à combler cet homme et la dissertation à vide ainsi que les petits éléments relatifs aux salles obscures pourront plaire au cinéphile rigide et averti. Il y a un laïus de spécialiste sur ce qu’est le cinéma, pendant une émission radiophonique, juste avant la mise au ban des employés.

Federico Verjoj n’est pas non plus totalement irréaliste (lui ou ses sponsors) puisque la torture dure moins de 70 minutes. Sur des thèmes/configurations approchantes, essayez Dernière séance, Mary & Max, Human Centipede II. (28)

Sérail * (France 1976) : Premier film d’un scénariste (l’argentin exilé Eduardo De Gregorio, a travaillé pour Rivette et Bertolucci). Serait un prolongement de Céline et Julie vont en bateau qu’il a écrit (pour Rivette). Rappelle parfois Adolfo Arrieta, mais beaucoup plus volubile – ou à Raoul Ruiz, mais carrément plus limpide. Avec Bulle Ogier et Marie-France Pisier en occupantes mystérieuses du château convoité. Esprit de film érotique oubliant de bander. Coloré et ambitieux, mais encore un peu cheap et futile, entre la fantaisie, le théâtre et le film ‘d’initiés’ mollement décadents. A le mérite de chercher l’originalité et un langage érotique et fantastique se passant de formes explicites. (38)

Van Gogh ** (France 1991) : Les deux derniers mois du peintre, incarné par Jacques Dutronc. Pialat (aspirant peintre avant de passer à l’audiovisuel) se fait plus sobre et rigoureux, le thème et la durée attestent d’une ambition supérieure. Il rejette le ‘sensationnel’ mais aussi l’analyse des caractères pour préférer l’intimité, les moments de joies et de conflits simples. L’approche reste primaire, le ressenti déterminant, la trame décousue. Au passage, quelques dialogues excellents et des bribes sur la place d’un artiste face à la société, à sa famille et à son entourage. La photo (anormalement ‘propre’ elle aussi pour du Pialat) reste le grand atout (pour son orientation, ses objets), dans une moindre mesure les interprètes. (48)

Les petites marguerites ** (Tchécoslovaquie 1966) : Film d’inspiration surréaliste, où deux filles se mêlent à ce bas-monde de dépravation en comptant bien être assorties. Place au n’importe-quoi doux-dingue, parfois agressif et toujours au moins un peu érotique. On assiste aux plaisirs destroy de deux filles infantiles déjà abonnées à la pop’culture, en train de revivre aujourd’hui de nouvelles ‘années folles’. Le travail des effets et des couleurs est relativement neuf. Ça rappelle les opus ‘classiques’ de Godard, en plus humain et coloré, sans plus tenir à ‘l’intellect’ ; c’est d’ailleurs moins hermétique que la plupart des autres productions excentriques de la Nouvelle Vague, simplement le style prend le pas et le random est érigé en principe. Vu d’après, c’est aussi une version gentille et sans hypocrisie du Sweet Movie sorti en 1974. Ce film sait aussi entêter (par ses musiques et certaines farces appuyées) même dans le cas où on l’aurait peu aimé ou désapprouvé (comme la censure nationale de l’époque). Ça reste un album de délires de jeunes ‘folles’, pestes insipides à l’occasion, pourries par la facilité à peu près tout le temps. (48)

Le Fantôme de l’Opéra *** (USA 1925) : Première adaptation [connue] du roman homonyme de Gaston Leroux (1910), avec une star de l’époque dans le rôle-titre : Lon Chaney, que j’ai d’abord adoré dans L’Inconnu de Browning (1927). Sonorisé à l’occasion de la ressortie de 1929 (l’officieuse désormais, plus courte) ; il aurait été en couleurs mais ne reste à ce jour que des copies en noir et blanc, sauf pour la fameuse scène du bal. Le voir sans musique m’a paru profitable. Souvent théâtral, sauf au début où il est bien lent. Les images avec ou sans le masque, la version ‘crâne’ dans l’escalier et dans une moindre mesure les séquences finales, sont plutôt marquantes.

Aucune suite n’a atteint à la grandeur historique. Elles sont même plutôt des échecs voire des désastres. Les cinéphiles en tout cas n’ont jamais ‘laissé passer’. Les versions d’Argento ou de Schumacher sont peut-être diffamées – pour cause de superficialité ; mais ce premier opus est-il spécialement profond ? Il l’est seulement par rapport à la moyenne de l’époque. En terme d’intensité dramatique, il est encore audible. Pour l’intensité horrifique, c’est fatalement mais raisonnablement obsolète ; il vaut mieux parler d’épouvante et sur ce plan c’est encore convaincant, sans théorie ni mise en contexte. Dans l’ensemble c’est aussi loin d’être assommant comme peuvent l’être, malheureusement, d’autres ‘classiques’ de la décennie. (74)

Anna / Anna : Ot shesti do vosemnadtsati *** (Russie 1993) : à revoir pour finir la critique engagée (‘mini’ devenue normale). (6+)

Soleil trompeur ** (Russie 1994) : Se déroule sur une journée, avec la première heure entièrement autour de la maison puis l’après-midi au lac, avant un nouveau confinement où les tensions exultent – mais jamais pour longtemps ou pour sur-dramatiser. Beaucoup de sous-entendus relatifs aux coups de l’Histoire sur les vécus individuels. L’ère stalinienne et le grand chef lui-même, sans être entièrement idéalisés, semblent avoir de bons côtés – mais le ‘bon’ n’est pas nécessairement le bien et encore moins progressiste, concernant les femmes. Appuie aussi sur les contradictions du pouvoir et de son propre maintien. (56)

Hot thrills and warm chills * (USA 1967) : Présenté dans une sélection de « two obscure exploitation sex thrillers restored » by NWR. Sorti pendant la ‘libération sexuelle’ mais n’a pas ou plus de légitimité hors de ce contexte, où il n’avait déjà rien pour avoir du poids, hors de ses nombreux plans érotiques (au lit ou à terre pour les scènes de sexe mais sans porno, ou avec la danseuse au bar). L’approche est très triviale sinon (avec percussions cubaines monolithiques et vannes ‘tribales’), avec les trois filles dans leur salon pendant la première moitié du film, la séance entrecoupée par leurs souvenirs ‘X’ et challengée par un projet incertain (contre le ‘king of sex’ d’un bal masqué). Finalement il faut reconnaître à ce film sa générosité pour l’affichage de paires de seins, son laisser-aller pendant les scènes aguicheuses (longues, avec un montage qui ne sert jamais à cacher ou atténuer) et parfois même sa ‘recherche’ dans ce registre (car ce n’est pas que de l’étalage crû de corps dévêtus). Pour le reste, que des bavardages en noir et blanc, avec ce qui ressemble à des ajouts opportunistes et des ‘bouches-trous’ – et une post-synchro scabreuse et redondante. (32)

Urga *** (Union Soviétique 1991) : Troisième film vu de Mikhalkov, je souhaitais avant Mubi voir celui-là. L’essentiel se déroule dans la steppe en Mongolie intérieure (région du nord de la Chine). Le père de famille fera un détour en ville [dans la ‘civilisation moderne’]. Joli film mais pas générateur de réflexions ou d’enrichissements concrets. Remarquable pour les paysages et dans une moindre mesure pour son ambiance, ses sentiments. (68)

Shadows in paradise ** (Finlande 1986) : Film idéaliste, pratiquant le déni de réalité pour faire de son protagoniste un homme fort, à la mesure de ce qu’il pourrait se leurrer – ou simplement espérer s’il avait une sensibilité un minimum mature.

Ambiance fausse, théâtre mou, pour un résultat style Bresson romanesque, sans la thèse ni le propos. L’artificialité culmine dans les moments de violence (agressions du début). Nikander face à son concurrent : c’est plus ‘vivant’ mais encore faux – quoique sur le plan de la vraisemblance plutôt que sur la simple forme.

Comme toute création signée Kaurimaski celle-ci est misérabiliste, mais elle s’épanouit comme son ‘héros’ avec cette relation et les tentatives de s’échapper, de trouver du vrai, bon et beau temps. Spectacle prétentieux, menteur comme un pleurnichard agressif, mais avec un ton à lui, qui finit par plaire comme tout ce qui est entier – même quand c’est bidon. (48)

Hamlet liikemaailmassa / Hamlet goes business * (Finlande 1987) : Cinquième film de Kaurismaki, pendant des débuts très actifs. Noir et blanc, cultive son originalité, rigide mais pas forcément rigoureux, apprend et diverti au minimum (en plus la durée se rapproche de la normale, au lieu d’être très courte). L’influence de l’œuvre de Shakeaspeare paraît faible. Le réalisateur applique sa vision caricaturale, assortie à une volonté de ‘faire’ conte. Cet opus n’a pas le charme habituel car il est trop occupé à montrer des méchants, souligner leurs aspects négatifs. Note positive : les méchants se détruisent entre eux ! À voir : une mise à mort haute-en-couleur et des canards en plastique. (34)

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Autres Mini-critiques : 9, 8, 7654321 + Mubi 4, 3, 21 + Courts 2, 1 + Mubi courts 2, 1

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THE INNKEEPERS **

14 Sep

the innkeepers

2sur5  Après un obscur The Roost puis la suite de Cabin Fever, Ti West connaît son premier véritable succès avec The House of the Devil. Superbe hommage point de vue meubles et astuces, ce slasher à la façon des seventies s’avérait dérisoire pour le reste. Quoiqu’il en soit, désormais la carrière de Ti West sera considérée avec attention chez les amateurs du cinéma d’Horreur. À sa sortie deux ans plus tard (2011), The Innkeepers reçoit des critiques mitigées, mais Ti West multiplie néanmoins les projets ; il est notamment au rendez-vous pour les films à sketches horrifiques V/H/S (2012) et The ABCs of Death (2013).

Moins ambitieux que House of the Devil, Innkeepers n’a cependant pas à rougir face à son prédécesseur. Il a le même défaut d’originalité, sans être pourvu de ses qualités plastiques, cependant le spectacle est nettement plus aimable. Les dialogues sont assez percutants, quelquefois drôles, les personnages bien remplis ; pas de génie particulier dans l’écriture, mais une épaisseur dans les rouages. On sait que c’est creux, que ça ne vole pas haut, mais l’évidente apathie de fond est toujours déniée avec efficacité. Celle-ci n’est pas côté frissons, ni même horreur en général.

Les procédés sont ordinaires, les recettes appliquées avec un soin laconique et un flegme immense. Les surgissements surnaturels sont sans intérêt ; il y a quelques images outrancières comme le genre l’exige, mais elles ne sont guère musclées, la mascotte présumée est même carrément cheap. À nouveau Ti West compense son manque de vision par le savoir-faire et surtout, plus que jamais, le manque de profondeur émotionnelle par une capacité à animer l’insignifiant qu’il tient en mains, à rendre sympathique un déploiement utilitaire et minimaliste. Si on croit un peu au trio séjournant dans l’hôtel, à ces décors désuets, la séance arrive à nous aimanter, de façon assez étonnante compte tenu de l’absence d’enjeux complexes et de surprises objective. Sinon, on souffrira de voir le train fantôme en panne.

Note globale 53

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… La Maison du Diable + Profession profiler + Black Christmas

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Scénario & Ecriture (2), Casting/Personnages (3), Dialogues (3), Son/Musique-BO (-), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (1), Ambition (2), Audace (2), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (2)

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J’AI RENCONTRE LE DIABLE ****

18 Août

4sur5  Immense exercice de style, immense film de genre (un des meilleurs thrillers de son époque), presque une résurrection du cinéma d’exploitation. Mais alors, du grindhouse de luxe. J’ai rencontré le Diable est parmi les meilleurs films de la vague coréenne des années 2000-2010, où les scénaristes et réalisateurs ont redoublés d’imagination et de précision pour donner peau neuve au cinéma criminel. Leur contribution stylistique est, par son importance et sa singularité, comparable à celle du giallo dans les années 1960 et 1970.

 

Film de vengeance, J’ai rencontré le Diable déroule le programme machiavélique d’un agent secret traquant et éprouvant le tueur de sa fiancée. Plutôt que de simplement le tuer, il se fait chef-d’orchestre imprévisible d’un jeu sadique semé de chausses-trappes pour son adversaire. Mais pour pimenter la partie, il ne le laisse pas sans ressources ; mieux, il laisse le serial killer tout à fait libre, le relâche toujours lors de leurs brèves rencontres et lui laisse au départ de l’argent pour affronter les contingences.

 

Leur duel prend des allures de western, hybride par ailleurs, tour à tour urbain et rural. Byung-Hun Lee et Min-sil Choi sont des monstres parfaits, froids et magnétiques. Dans son costume de pervers glacé à la camionnette jaune, Min-sil Choi réalise une composition monumentale, au moins l’égale de celle de Old Boy où il était le protagoniste principal. Il rappelle le taré de Ebola Syndrome et n’a comme lui aucune conscience, juste des besoins ; une attitude lui permettant une bonne capacité d’adaptation et une efficacité optimale dans la nuisance.

 

Cette fois en revanche, le film ne ris pas avec lui. L’humour noir se fait aux dépens de tous et le ton est tragique, mais guère affecté. J’ai rencontré le Diable ne brille pas par un apport intellectuel quelconque ; le film est par ailleurs complètement amoral, sans point de vue éthique ou conceptuel particulier. Mais il est d’un formalisme génial. Auteur éclectique (A Bittersweet Life, Le Bon la Brute et le Cinglé), Kim Jee-Won le romantique passe en mode clinique et viscéral. La mise en scène est parfaite, à un degré transcendant tout – et excusant tout, s’il en était besoin. Cartoon jubilatoire.

Note globale 80

 

Page Allocine & IMDB + Zoga sur SC

Suggestions… The Chaser + Lady Vengeance + Harry Brown

 

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UNE SÉPARATION **

29 Juin

3sur5 Avec Une séparation, le spectateur est placé en position de juge potentiel – l’affaire porte sur la mort accidentelle d’un enfant à naître. Produit dans la capitale iranienne, le film montre les ornières de chacun, sur fond de divorce, de lutte des classes (petite bourgeoisie vs laborieux sans perspectives) et de tensions entre religion et modernités – tous s’obstinent à cause de leurs angoisses ou besoins. Ils se donnent des raisons au lieu d’essayer de comprendre ; cherchent à se sauver, pas à améliorer les rapports, les situations, ou ne serait-ce qu’eux-mêmes (si certaines âmes sont livrées à la guerre civile, celles-ci n’ont pas la paix et les ressources nécessaires pour arbitrer leurs conflits). Tous excusables, sous pression, salis et parfois aussi tous très cons.

Ce film est attentif, au concret et aux mécanismes psychologiques, mais étriqué dans son approche. Il ôte aux individus toute capacité à choisir, se remettre en question, pour mieux réfléchir passivement la réalité (ou alors, le film ne sait pas faire passer sa considération pour la liberté des individus – ou ses auteurs ont décidé que c’était une affaire intraduisible). Ils n’essaient pas d’inclure les autres dans leurs équations ; non, pire, c’est qu’il n’y a pas d’équation ; que des êtres d’instincts et d’émotions, se débrouillant avec les urgences. En théorie la vue est neutre et l’objectivité règne, pour encadrer cette agitation – or on choisit presque systématiquement d’empiler le plus sale événement (comme dans un soap tragique ou une fiction à sensations) sur la plus cynique/basse réaction. Le film est imprégné d’une sorte de faux pessimisme, qui rappelle celui des naturalistes ‘scientistes’ ou de ces gens croyant en la compréhension globale et à l’amélioration de l’Homme par des méthodes arrêtées et impersonnelles, sans croire qu’un individu soit plus que l’addition ou que le conglomérat de ses influences. Arc-bouté sur le juste, il tient position objectiviste mais en restant dans une fuite en avant où n’existe que le ‘pire’ et la fuite vers un autre ; ne laisse pas de marge, enferme, tout en faisant le bon observateur inclusif et compréhensif.

Au fond, la fille (Razieh) reste la ‘grande’ coupable (et responsable de ce grabuge). C’est évident ; mais elle subit une situation tragique, qui la pousse à revendiquer et saisir les chances (opportunités de réparation ou de consolation) dans son malheur. C’est une victime dans la vie, donc elle aurait tous les droits, tous les (plus gros) problèmes, etc ; ce caractère combiné aux derniers événements l’amène face au juge où elle se répand en mensonges. Quoi de plus prévisible ? Les ambiguïtés à son sujet me semblent factices ; seule l’ellipse des ‘réalités premières’ permet de la mettre au même niveau que les autres ou à une position favorable ; mais son attitude est trop spécialement mesquine et pathétique. Toutefois le doute peut fonctionner ; celui d’ordre narratif et ‘policier’ sur ce cas, celui moral et psychologique sur la valeur des êtres. Il semblerait que ce soit le cas chez de nombreux spectateurs, plus raccords avec les intentions du film et ce que transpirent les personnages – peut-être faut-il un état d’esprit assez rigide ou mécanique pour être raccord avec le film lui-même, voir ce qu’il installe et nous déroule, devenir automatiquement plus sceptique concernant les questionnements et les va-et-vient qu’il cherche à induire (en nous), le temps de ce grand déshabillage avançant dans l’ambiguïté calculée.

Note globale 60

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…

Scénario/Écriture (3), Casting/Personnages (4), Dialogues (3), Son/Musique-BO (-), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (2), Ambition (4), Audace (3), Discours/Morale (2), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (3)

Note arrondie de 61 à 60 suite à la mise à jour générale des notes.

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RED STATE ***

14 Mai

4sur5  C‘est le premier film un tant soit peu sérieux de Kevin Smith, beauf sympathique mettant KO les créateurs de South Park au rayon de la vulgarité gratuite et terrassant ses contemporains les plus fantaisistes dans le domaine de l’inspiration random. Red State est une franche réussite, au ton hybride, à la narration imprévisible et impeccable.

Il faut un certain temps pour que le film s’assume ouvertement comme une comédie destroy. À côté de cela, il a rempli parfaitement son contrat en tant que thriller. Les exactions de ce hameau chrétien punissant les pêcheurs sont glaçantes, mais leur délire sectaire est cartoonesque. Le pasteur Abin Cooper, avec son sang-froid à toute épreuve et ses manières de papy bienveillant (dont on devine un passé pervers ou un jardin secret vicieux), est un personnage mémorable, inspiré du révérend Fred Phelps, célèbre pour ses points de vue homophobes. Il doit beaucoup au charisme de Michael Parks, acteur à la sous-utilisation mystérieuse.

Ce que dit le film n’est pas spécialement brillant ou novateur, que ce soit sur le fanatisme, les ambiguités du système ou la société américaine. En se payant les intégristes, le gouvernement et les forces de l’ordre, Kevin Smith donne dans le trash social allègre. On pense à The Devil’s Rejects, sans le côté borderline. Et alors que la charge facile contre les tarés des ‘red state’ s’annonçait, Smith s’amuse plutôt à compromettre tout le monde. Et on doit donner raison à Abin : c’est vrai, le sheriff est une lopette, il suffit de le voir s’éclater la tronche comme une grosse flaque lorsque John Goodman, avec sa dégaine de gentil dinosaure mafieux, commence à se fâcher.

Red State est aussi un film choral, avec une excellente galerie de personnages, manne de caricatures jouissives comparables à celles des débuts de American Dad par exemple, avec une pointe de Breaking Bad par-dessus. Le style est gras et grinçant, libre, le résultat effervescent et on en sort avec des super-héros amoraux et bigger than life, encore émoustillés par tant de certitudes exaltées (et joyeusement ratatinées – d’abord de l’intérieur grâce à leurs applications délirantes). Mince, c’était un feel-good movie !

Note globale 72

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Suggestions… The Big Lebowski

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