RÉALITÉ ***

21 Juin

réalité waves

4sur5  Ça s’annonçait bizarre, y compris au regard des expériences passées : Quentin Dupieux (aka Mr Oizo pour la musique), c’est Rubber avec le pneu serial killer, Steak la comédie à l’humour d’ailleurs ou encore Wrong Cops l’année précédente (2014). Cette fois les temps cinématographiques et les conventions allaient s’effacer pour de bon, déjà pillées avec une gloutonnerie péremptoire dans les trailers : et alors que toute velléité de gaudriole pure et dure semble elle-même évacuée, le casting se fait druckero-compatible (Alain Chabat est le personnage principal, un humoriste du talk-show de Ruquier le samedi soir lui donne la réplique).

Dans Réalité, ce n’est pas que les normes soient moquées ou snobées, c’est simplement qu’elles deviennent des bricoles poussives soulignant une espèce de post-réalité, totalement contre-nature et démoralisée, d’une platitude effrayante ; où on vit et circule néanmoins. Comme à son habitude, Dupieux nous introduit dans ce monde d’apathiques en action, où les gens semblent tout accepter passivement et avec une sorte d’entrain masochiste et borné ; l’absurde est compensé par le formalisme général, la réalité est épurée et sans vie, chacun est rationnel et ‘dur’ mais surtout tout à fait KO, ostensiblement pantin. Certains se laissent aller à leurs délires.

Et au milieu, il y a quelques fourbes, quelques élans vitaux encore ; mais cette fois ils sont à peine vrais. La petite fille, Réalité, est l’un des seuls protagonistes à mettre la donne au défi, à rompre avec cette espèce de placidité surréaliste. Sa violence reste étouffée mais elle arrive à être audible et s’insérer dans la ‘réalité’. Elle a sur les événements le regard conduisant le film : celui d’un enfant froid toisant une réalité adulte mais démente. Par conséquent, pour l’homme face à l’écran, ce qui se donne à voir c’est une réalité partie en voie d’évaporation. Ses structures sont tellement lâches et indifférenciées, ou arrivées à un point de saturation les pressant à la caricature morbide, que le cauchemar de Jason Tantra s’y confond allègrement.

Un présent à retardement, résonnant en différé d’une réalité à l’autre, un hymne de Philipp Glass lancinant, des moments hilarants par leur jusqu’au-boutisme dérisoire ; et la perdition généralisée. Réalité, le film, échappe à son auteur, tout comme les créateurs qu’il présente voient leurs productions s’émanciper jusqu’à être des étrangères autonomes, objectivant d’une manière plate et contradictoire leurs propres visions. Le créateur devient un rouage impuissant, un jouet, incapable de s’épanouir ou de considérer fidèlement ce qu’il a conçu, devenant spectateur de ses propres névroses ou projets au-delà de ses intentions.

La création ne dicte pas au créateur, elle vit sans lui, aliène son orfèvre au pire. Dupieux a dit qu’il s’agit de son film le plus intime et la fin d’un cycle. C’est une nécessité, car à ce stade le champ des possibles devient court et l’absurde encadré ne peut plus l’emporter qu’en réduisant tout repère à néant, ou au ridicule au mieux. En poussant le doute et l’acceptation du vide à son paroxysme, Dupieux flirte avec le « non-film », car il porte à l’écran une  »réalité » fantoche, trouvant le salut dans des boucles où chaque degré assujetti l’autre. Du « no reason » structuré et systématique : un accomplissement pour l’art de Dupieux donc, d’une monotonie fascinante.

Ce n’est pas un film visionnaire, ce n’est pas Videodrome ni même Bunuel, c’est un égarement un peu fou, développant sa logique et ré-affirmant un langage unique ; avec quelques gimmicks ‘lourds’ pour appuyer, un lâcher-prise total par rapport aux règles traditionnelles. Une complaisance avec soi-même à son comble. C’est aussi un divertissement pétillant, en ‘gruyère’, pas en lambeaux, avec des ‘caractères’ d’une raideur géniale et des punchline penaudes où il peut être difficile de démêler qui mène entre l’innocence, le sarcasme et la malice. Jonathan Lambert est excellent dans la peau d’un genre de Karl Zero desséché, son espèce de décalage triste plombant dans les happening pour d’On est pas couché étant ici mis à profit.

Note globale 72

Page Allocine & IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions… Blow Out + Profession reporter + Scream 3 + OSS 117 Rio + Eternal Sunshine of the Spotless Mind

Scénario & Ecriture (3), Casting/Personnages (4), Dialogues (4), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (4), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (5), Ambition (4), Audace (5), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (3)

Voir l’index cinéma de Zogarok

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