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PORTRAIT DE LA JEUNE FILLE EN FEU **

21 Sep

2sur5  Roman-photo érotique tablant sur le haut-de-gamme, pendant féminin et intégriste de Call me by your name, ce Portrait tout en fièvre intérieure est aux antipodes du sociologisme de Bande de filles et montre un apprentissage des sens et l’existence curieusement candide par rapport à Tomboy. Tout s’anticipe à l’exception de l’apparition en costume de la dame blanche (ou plutôt de sa persistance), d’une scène musicale avec des femmes libérées et des passages liés à la visite de la faiseuse d’anges. Ces derniers sont les seuls à véritablement sortir des conventions et leur relative frontalité pourra légitimement réjouir les cohortes prêtes à récupérer ce Portrait dans le sens de leur activisme et de leurs croyances féministes.

Ainsi certains trouveront des fulgurances à cette œuvre ronronnante aux symboliques écrasantes (découpable en quatre phases différemment ambitieuses ou anxieuses, épanouies ou mélancoliques). Elle est constamment habité par un sous-texte criant sa présence tout en se maintenant à très bas régime et dans une absoluité qui devrait conduire à des choix plus radicaux (contemplation totale, réduction à un court-métrage, déclinaison riche et gratuite de ces motifs). Homme ou femme on est invité à admirer des émotions peut-être ressenties mais communiquées avec une sorte de lyrisme plat car embarrassé de lui-même, lourdement appuyées, comme la retenue des personnages. La fibre romanesque est morte-née, les scènes s’emboîtent souvent sans transition, la proximité de l’océan ajuste le climat et celle de l’enfouissement des sentiments garanti une continuité.

C’est terrible à avouer mais dans le cas présent le regard féminin aseptise et rend vainement pesantes les choses. Le conflit est inexistant, la bulle rêveuse timide et maniérée. Le rendu est propre sauf lors du relâchement, toujours corseté mais pourvu en traces de vivant bien saillantes – les filets de bave rescapés de La vie d’Adèle comme témoignage ultime de la sensualité de ce moment si grand (au moins ça n’a pas la bizarrerie, voire l’incohérence, de cette emphase sur le sillon nasogénien de la modèle). Nous sommes dans un temps et des lieux où l’infime devient ou peut traduire l’érotisme ; où tout a ou peut prendre un poids démesuré. Mais sans ces murs il n’y aurait que de la grossièreté fanée et un ennui sans rien pour se cacher. La réalisation tourne le dos à la vie et adore d’autant plus aisément ces icônes raidies, sauf qu’à vouloir les sublimer pour éponger leurs privations, elle ne fait que les rejoindre dans ce grand bal du minimalisme et du fétichisme à petit pas. L’appauvrissement ne vient pas toujours de l’extérieur.

Note globale 48

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Suggestions… Ma Loute + Van Gogh/Pialat + Les garçons sauvages + Boys don’t cry + L’Ile/Ostrov + Jeanne Dielman + The Witch

Publié initialement le 20 septembre, repoussé le 21 au 21 pour éviter le cumul sur une journée.

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CAPTIVE STATE **

14 Juil

2sur5  La représentation d’une résistance pas spécialement cinématographique à un ordre inique permet à Captive State d’hameçonner le chaland en attente de projections réalistes plutôt qu’héroïques. Grâce à ce seul élément la séance paraît bizarrement décalée au départ malgré la trivialité de l’univers dépeint. C’est un monde désespérant où le pouvoir ne laisse pas grand chose et où seul le pire est envisageable – même si on en connaît pas les noms ni les nuances. Ce sera tout le problème : heureux les indifférents, ils ne perdront pas leur temps à espérer un sérieux développement.

La mise en contexte est fluette, le passé tient en deux lignes, le présent est fait de grands mots. Les acteurs sont irréprochables, leurs attitudes et agissements vraisemblables, leurs personnages évanescents ; après qu’ils se soient maximalement exposés, il n’y a déjà plus que des sorties à guetter. La seule apparition un peu mémorable est celle de John Goodman car il est désenflé, à contre-emploi. Le réalisateur revendique l’inspiration de Melville et de La bataille d’Alger et de telles références soulignent la vocation atypique de son film, mais le niveau d’exclusion de ses pions est une caricature de ces derniers. Même si le mode choral ne doit être qu’un moyen il ne peut pas arriver à l’écran si décharné, avec une intrigue et des démonstrations déjà diffuses (mais pas confuses).

La mise en scène par le biais des mouchards et caméra de surveillance, la capacité à aligner de la belle image régulièrement, participent au relatif crédit de l’ouvrage. Avec cette ambiance il arrive tout juste à la moyenne. Captive State ressemble à un milieu de film ou de série tout le long – ou une moitié de film incluant un milieu et la synthèse du début. On voit du grabuge mais laconiquement et plus souvent il nous est suggéré. À partir de la séquence du stade Captive State perd de son intérêt. Manifestement il n’est pas doté de l’envie ou des moyens de décoller en terme de scénario comme de spectacle ; d’en indiquer le dessein, oui tout de même. Ça ne fait que renforcer la sensation de gâchis léger.

Pourtant il évite les lourdeurs et les niaiseries rapportées tellement servies ailleurs. C’est davantage un film de niche, quelconque et superficiel alors qu’il souhaitait secouer son genre, lui donner une face plus grave, humaine et secrètement optimiste. Comme série B divertissante et résonnante, il est trop anecdotique ; préférez Upgrade. Comme film engagé passablement abstrait il s’efface d’emblée derrière Premier contact ou Daybreakers. Quant à la réforme du genre tout en absorbant les codes, District 9 et le reste de Blomkamp est mieux qualifié – cette originalité du ton étant son plus grand mérite.

Note globale 48

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Suggestions… Annihilation + Ready Player One

Les+

  • tente d’améliorer le genre en le sortant du gadget et de la course à l’épate
  • mise en scène propre avec quelques détails et visuels soignés
  • divertissement potable

Les-

  • forme ‘chorale’ rabougrie malgré des acteurs convaincants
  • méchante chute de tension dans la dernière ligne droite alors qu’elle était déjà basse
  • effectivement commun et quelconque malgré ses ambitions

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LES TEMPS QUI CHANGENT **

15 Mar

2sur5 Entre Les Égarés (2003) et Les Témoins (2007), Téchiné organise les retrouvailles de Deneuve (sa collaboratrice fétiche) et Depardieu avec Les Temps qui changent, tourné au Maroc. C’est la cinquième fois que la star et le monstre sont réunis (la première était pour Le Dernier métro – Truffaut 1980 ; la prochaine sera pour la comédie Potiche de Ozon), pour filer un amour entravé comme d’habitude. Téchiné lui-même retrouve Angélique Kidjo pour la musique, déjà recrutée pour Ma saison préférée (1993).

Depardieu arrive en Antoine à Tanger pour un chantier ; il y retrouve Deneuve en Cécile, l’amour de sa vie consommé à de l’adolescence. Aujourd’hui il est au bord de l’enfouissement, se pousse même vers le précipice pour aider la résurrection, en étant ‘achevé’ pour Céline. Selon ses calculs, elle sera lassée et déconfite, mûre pour revenir à lui et apprécier l’évidence de leur couple. Les temps qui changent ont raison de nous, la passion est inébranlable mais discrète, les êtres tendent à s’user et arrivent au moment où il faut tenir son équilibre moyen mais acquis, ou retrouver une vocation qui a perdu son éclat et n’a plus rien à promettre : et savoir que c’est parfait ainsi. Le résultat à l’écran est indolent, le romanesque s’ancre et se dilue dans les affaires courantes, le récit est agrémenté par de multiples intrigues secondaires pleines de relations creuses et de démarches dérisoire ou non-concluantes (avec le tandem de jeunes homos typique de chez Téchiné : métissé et l’esprit léger). Ce n’est plus l’art mais les sentiments de basse intensité, une construction hagarde et l’armature téléfilmique qui viennent soulager des souffrances, du doute et de la vérité.

Deneuve et son personnage heurtent par leur virulence, Cécile alourdissant les retrouvailles par son attitude passive-agressive et en minimisant constamment, pour se convaincre elle-même (elle réprime violemment la menace, malgré l’aigreur générée par son lien à Natan et une foule de détails de son existence). Depardieu est positivement ‘cassé’, avec son rôle radicalement à contre-emploi : un homme ‘fin’ et sensible, businessman posé et introverti, déterminé au point de dominer son évidente fragilité. Passionnant lorsqu’il se confie ou ‘s’autorise’, il fait vibrer le film, touchant en amoureux : notamment lorsque Gérard ‘récite’ car Antoine a tout médité depuis trente an. L’affadissement de Big Gégé par Téchiné sur Barocco (un de ses premiers longs, avant la grande mutation – du palais des glaces vers les bouillonnements ‘incarnés’) est donc réparé. Sans lui c’est la torpeur généralisée, avec comme seuls stimulants la visite de Tanger et l’irruption d’une scène cryptique, avec Sami de nuit face aux chiens. Manifestement forgé dans l’intimité, peut-être déterminé par des rencontres ou expériences, cet opus est un des moins bons de Téchiné. Des effets numériques (hideux) et ralentis sont incrustés sans raison claire, manifestement pour souligner l’égarement et l’écrasement ressentis par les vieux protagonistes (en premier lieu Antoine) face à des innovations sourdes à leurs cas.

Note globale 47

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Suggestions… Je vous aime/Berri + Astérix & Obélix : Au service de Sa Majesté + Mademoiselle Chambon + Garden State

Scénario & Écriture (2), Casting/Personnages (3), Dialogues (2), Son/Musique-BO (2), Esthétique/Mise en scène (2), Visuel/Photo-technique (2), Originalité (2), Ambition (2), Audace (1), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (3)

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SAGA RAMBO ***

31 Août

RAMBO ***

4sur5  Sylvester Stallone restera dans l’Histoire du cinéma grâce à deux contributions majeures au cinéma d’action : Rocky et Rambo. Les deux opus originels de ces sagas sont en dissonance avec la carrière future de Stallone et donc son image dominante. Les deux suites de Rambo dans les années 1980 seront elles-mêmes, déjà, des décharges de testostérones un peu aveugles et sans grande épaisseur. Le premier opus, baptisé First Blood aux USA mais adapté d’un roman (de David Morrell) nommé Rambo, présente la chasse à l’homme d’un innocent et ne contient qu’une seule mort (un abruti sadique), dont le héros éponyme n’est pas directement responsable – dans le 3e opus, il y aura 127 victimes. Ce rôle a été proposé à de nombreux acteurs américains des plus fameux (De Niro, Al Pacino, Dustin Hoffman, Jeff Bridges..), qui l’ont tous repoussé.

Rambo cherche à montrer les ravages de la guerre et se déroule hors des champs de bataille. Le personnage éponyme est un vétéran du Viet-Nam, vagabondant dans sa patrie en y trouvant qu’indifférence et incompréhension. Au-delà de l’ingratitude des concitoyens américains, le film pointe surtout le cynisme des décideurs états-uniens et la violences des autorités à tous les échelons. Le métrage s’ouvre sur la découverte de la mort du dernier camarade de combat de Rambo, dont le cancer est un effet de « l’agent orange », défoliant utilisé par l’armée américaine. John Rambo est seul et bientôt livré à une police locale dévoyée. Le seul délit de Rambo est l’errance. L’homme doit porter un fardeau et être blâmé pour cela, alors qu’il n’est coupable de rien. Bafoué à la base, détruit jusqu’au-bout, il devrait encore se justifier et subir les turpitudes de ses supérieurs ou d’autres bandits assermentés. Dans un premier temps, il oppose une résistance passive à l’agressivité abusive s’abattant sur lui. C’est un homme impassible parce qu’il est solide mais abîmé : et en tant qu’abîmé, il se doit d’être d’autant plus fort. Il est imperméable parce que vidé de son énergie et par réaction immunitaire, qui le contraint à endurer l’iniquité.

Il ne s’attend à rien, a passé depuis longtemps le cap du dégoût ou de la haine, ou du moins les a-t-il endormis pour arriver à tenir. Ce profil (son histoire moins) fait donc écho à celui du héros de Rocky, où Stallone interprétait de façon tout aussi brillante une brute sensible, endurcie par un univers impitoyable et médiocre : dans Rocky l’outsider devenait un champion, ici le rêve américain est dénié et le champion n’est qu’une bête humaine devenue obsolète et même dangereuse, tardant à mourir alors qu’on l’a purgée de ses ressources. Rambo n’est donc pas un film de guerre mais sur la guerre et ses lésés, c’est-à-dire le matériel humain, employé pour confronter le réel mais aussi instrumentalisé pour être fondu en machine de guerre. La bureaucratie militariste se décharge de toute responsabilité et laisse ses sbires se défouler. Lorsque la traque de Rambo s’engage, le déploiement est excessif. Les forces de police sont surtout conduites par leur colère gratuite et leur mesquinerie, voir par la promesse de récompenses. Rambo revit alors, chez lui aux Etats-Unis, une situation où il est l’ennemi public. Là où il devrait avoir le repos et être respecté pour son sacrifice, il revit l’enfer. Le stress post-traumatique vient se joindre à ce vécu pour en faire une réminiscence littérale.

Les limites plus formelles du film sont là : la démonstration est implacable, mais le prétexte de la chasse peut sembler léger (les policiers s’enflamment vite) et les enchaînements qui en découlent gardent un côté surfait. Ces quelques détails, ou les tunnels d’irrésolution liés à la traque ou son organisation (notamment lors de son lancement), n’entament pas la force et la cohérence du propos. Le final est ouvertement politique et explicite le message, avec l’implosion émotionnelle de Rambo, qui s’est déjà effondré sur ce terrain. Film d’action original, aéré plus que désuet, Rambo est aussi un survival décalé, révélateur d’injustices occultées : c’est le cas en général et ça l’était à son époque, lorsque les soldats rentraient dans une Amérique sous influence hippie, vannée par l’échec de l’expédition et tous ces efforts de guerre infructueux, la mettant face à son immoralité, ses faiblesses et son usure. Les vétérans deviennent alors des charges pour les rois du monde-libre et accessoirement les bouc-émissaires des moralistes s’opposant à ce bourbier sans tenir compte du facteur humain lié à leur propre maison.

Note globale 71

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Suggestions… Predator + Assaut/Carpenter + Class 1984  

Scénario & Ecriture (3), Casting/Personnages (3), Dialogues (4), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (4), Visuel/Photo-technique (4), Originalité (3), Ambition (4), Audace (4), Discours/Morale (4), Intensité/Implication (4), Pertinence/Cohérence (3)

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RAMBO 2 **

2sur5  Rambo perd sa substance initiale pour être re-politisé anti-communiste dès sa première suite. La séquence d’ouverture est éloquente, en elle-même et en tant qu’annonce : la photo de Jack Cardiff est remarquable, les décors soignés et déjà, le scénario est bancal. Le colonel vient chercher Rambo en prison pour lui confier une mission en Thailande. L’opération est hautement périlleuse mais il sera probablement gracié pour ce service. C’est tout à fait défendable mais ça cloche déjà par rapport au premier opus. Le seul écho relativement fidèle, c’est qu’il se passe peu de chose pendant que Rambo s’égare dans la jungle – c’est l’essentiel, parsemé de scènes d’actions explosives mais sans sève.

Rambo II est moins méprisé que son successeur mais peut-être encore plus considéré comme un navet grandiloquent ; au rayon ‘nanarland’, Rambo III garde pour avantage les réparties bouffonnes ou perçues comme telles (« ça fait du bleu » ou encore « dans ton cul »). Ici les punchlines se font plus solennelles tout en étant à niveau question beauferie ou même niaiseries propagandistes ; c’est par conséquent plus ridicule dans l’ensemble. Le récit est très léger et volontiers incohérent, la romance avec Julia Nickson-Soul (sosie de Sophie Marceau) complètement ratée mais peut-être pas autant que la mort de la dame.

Ce qui sépare Rambo 2 du culte zeddard Hitman le cobra (1987) c’est son brio en dépit de ses manquements. Rambo 2 n’est pas un film de marioles, mais il apparaît tout de même patraque. Le scénario de James Cameron a été (comme pour les autres opus) retapé par Stallone : il faudrait savoir dans quelle mesure cela explique les bizarreries de ce produit à la fois bête et maîtrisé, raide et confus, brutal et atone. L’énergie de la réalisation de Georges Pan Cosmatos (Léviathan), qui retrouvera Stallone dans Cobra (son Commando), semble ‘glacée’ sans être du tout inhibée.

Les gueules d’atmosphère (les russes ou les supérieurs de Rambo – Trautman, Marshall Murdock) se répètent, se contredisent, amorcent de vaines déclamations et lâchent quelques bons mots. Souvent cité [pour sa scène de torture et plus largement] comme un archétype du film d’action décérébré, Rambo 2 honore sa réputation mais sans tomber dans la stupidité cynique ou le grotesque franc, malgré ses engagements idéologiques ou moraux sommaires ou outranciers. C’est une bourrinade un peu relax tirant vers le mélo, avec des exploits badass rares mais généreux (climax : le délire du retour à la caserne).

Note globale 48

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Suggestions… Légitime Violence + L’Etudiante + Le Chacal

Scénario & Ecriture (1), Casting/Personnages (2), Dialogues (2), Son/Musique-BO (2), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (4), Originalité (2), Ambition (3), Audace (3), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (1)

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rambo 3

RAMBO 3 **

3sur5  Changement d’ambiance. Rambo III est plus expéditif, plus violent mais aussi plus carré que son prédécesseur. Il ne se donne plus de justifications improbables même s’il tache d’insuffler quelques instants de sensiblerie virils et fugaces. Comme Rambo II, il est dans l’action pure et dure, avec un ennemi communiste conventionnel, en opposition au premier Rambo. Mais Rambo II tentait d’imiter les tensions introspectives exprimées par ce premier opus, alignant des séquences chancelantes et insipides à cet usage. Rambo III cherche davantage à maintenir un mouvement net et y parvient, même s’il n’a pas grand chose à exprimer ; s’il tourne à vide, au moins, il tourne et avec force.

Le sérieux extrême est toujours au rendez-vous, soutenu par des scènes d’action plus lisibles et des dialogues aux registres variés. Le changement de cadre est bénéfique, l’exotisme forestier s’épuisant déjà dans le second opus, alors que le désert afghan offre de larges possibilités, rapprochant parfois de décors très ‘BD’ (Indiana Jones ou Tintin) sans souscrire aux ambiances assimilées. On entre dans un ‘ailleurs’, directement et entièrement sur la zone de combats, où le sol américain n’existe plus (sauf dans le plan d’ouverture avec l’ambassade en Thaïlande). La lourdeur bizarre du 2 est évacuée, donnant un programme équilibré (en opposition aussi au 1, au découpage trop schématique).

C’est encore un divertissement avec sa morale, souvent déformée par les détracteurs mais aussi plus largement par un public avide de caricaturer – comme s’il en était besoin avec des produits fabriqués pour être grossiers et donnant la marchandise promise par ailleurs. Il y a certes une centaine de morts mais sauf bolcho à l’horizon, John Rambo n’est aucunement un patriote malveillant et sans âme dégommant des étrangers inférieurs (ou cramant des viet-namiens au napalm). Au contraire on a à faire à un gentil film pro-afghan (après tout on pourrait les montrer comme une main-d’œuvre décérébrée) où les bourrins ouvrent leur cœur et parlent d’honneur. Ici les afghans forment une communauté de soldats valeureux et héroïques, défonçant les ennemis de la Liberté.

Au contraire de ces saints badass (le folklore aperçu est superficiel, comme les échanges), on retrouve les soviétiques : la mort de leur empire est proche mais il est encore temps pour ces cocos de se manger leur Viet-nam. Produit reaganien à fond, mais du reaganisme mielleux où l’axe du Bien inclus une race de warrior positifs, un John Rambo acceptant sa destinée de machine de guerre (habile court-circuitage -rachat?- du propos du 1) et même un colonel descendant sur le terrain, profitant de la fourberie soviétique pour rappeler ses aptitudes et son mérite (au contraire des autres militaires ou bureaucrates). Aujourd’hui le démon est mort et les alliés vertueux l’ont remplacé, par conséquent même les gauchistes pourront apprécier sans culpabilité la coolitude de Rambo III, sauf naturellement les moralistes avec trois wagons de retard.

Note globale 55

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Suggestions…

Scénario & Ecriture (2), Casting/Personnages (2), Dialogues (3), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (4), Originalité (2), Ambition (3), Audace (2), Discours/Morale (2), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (2)

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john rambo

JOHN RAMBO ***

4sur5 Vingt-six ans après le premier Rambo, le super-soldat malgré lui fait son retour, dans l’un des rares films occidentaux reflétant les conflits armés contemporains en Birmanie. Stallone réalise lui-même John Rambo (il tournera Expendables l’année suivante), quatrième opus en rupture avec les deux suites de 1985 et 1988, produits conformes aux velléités de l’administration reaganienne. De la dénonciation d’abus de pouvoirs et manipulations de ressources humaines par l’armée, Rambo devenait un américain indépendant rejoignant la ligue anti-communiste, soutenant au passage les bons, pieux et badass Afghans (3e opus) dans leur combat pour la liberté.

Débarrassé de toute grandiloquence et de toute connivence avec une idéologie du moment, John Rambo se rapproche du premier opus en auscultant discrètement l’état psychologique et moral de son (anti)héros. John Rambo s’inscrit plus clairement dans le registre de l’action-movie et est sur ce plan le meilleur cru de la saga, de loin le plus intense et énergique. Simple, carré, percutant, il pose un cadre concis, opère en 80 minutes, avec une mission menée à son terme : faire le job, montrer ce que c’est surtout. John Rambo (film comme personnage) est un exécutant excellent et sans bavures, mais aussi un exécutant lucide, sec.

L’approche est intéressante, nullement hagiographique, brutale et sincère. Le personnage éponyme a évolué, son recul s’est radicalisé et teinté d’un désespoir inamovible. Mature, posé, Rambo n’est plus secoué par ses troubles passés et a carrément évacué toute spontanéité. Il prend en charge les situations, sa non-émotivité flirte avec l’indifférence aux agitations voir aux provocations des autres, sa maîtrise des contingences le conforte dans une telle position. Fataliste, il admet que les hommes sont ainsi, faits pour la guerre. Une telle disposition est vertueuse, lorsqu’elle rend prêt à agir en occultant ses besoins propres ou une morale personnelle ; quand il ne vivote pas, il s’élance afin de réparer, un peu, ce monde inique et sordide.

Rambo est un Churchill désabusé (et sans recul) lorsqu’il se tourne vers les autres recrues de la mission en cours (« vivre pour rien ou mourir pour quelque chose ») – l’armée d’élite partant en sauvetage. Le revers se manifeste là, en écho à ce fatalisme bourrin et implacable : il manque une extension pour faire de ce John Rambo un ‘grand’ film, quoiqu’il pèse déjà très lourd. Pas de ré-adaptation, pas de révélations ou de cheminement vers la révolution, pas de promesses lumineuses. Il ne pouvait y avoir d’envolées, c’est son caractère et le ciment de sa puissance ; mais sans doute qu’un plongeon plus large dans l’intimité de Rambo, ou même une relance majeure qui aurait allongé le programme, aurait pu porter ses fruits.

Tant pis, ce happening consiste à monter au créneau, un créneau d’une violence extrême et puis rien d’autre, du moins sans se perdre en ambitions futiles ou en espoirs menaçants. Ainsi, au départ Rambo rejoint le groupe humanitaire en étant persuadé qu’il ne changera rien de la donne actuelle ; mais la volonté, l’engagement sérieux et les charmes de la leader (Julie Benz, vue dans Les Visiteurs 3) le poussent ; de plus sa nature lui interdit de rester passif, quelque soit ses constats. Le final marque un retour au pays et célèbre cette simplicité ; un coin joli et pacifique pour le guerrier revenu de tout.

Note globale 73

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Suggestions… Rocky Balboa + Du Sang et des Larmes  

Scénario & Ecriture (2), Casting/Personnages (3), Dialogues (4), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (4), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (2), Ambition (3), Audace (4), Discours/Morale (4), Intensité/Implication (4), Pertinence/Cohérence (4)

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TOUT LE MONDE DEBOUT **

9 Août

2sur5  Dubosc s’essaie à la réalisation : aucune surprise, même pas mauvaise. Il se donne le rôle principal et tient son personnage habituel de pseudo-bellâtre imbu et ridicule. Comme le mode beauf fringant et séducteur misogyne est enclenché, son double ressemble au cauchemar des collaboratrices de Je ne suis pas un homme facile. Il ne fabrique pas d’appli’ mobile pour les humilier mais les notent certainement ; les femmes lui donnent des opportunités de challenge. Celui posé par Alexandra Lamy sera le premier à l’ébranler.

Cette dernière est représentative des qualités fragiles du film : excellente composition, au service d’un caractère un brin niais et en rappelant constamment, malgré elle, des éléments externes à la séance (sans qu’il soit question de références de cinéphiles, plutôt à cause des carrières déjà parcourues). Pas d’auto-citations ni d’imitation précises, mais l’impression de toujours naviguer en terrain connu voire classé depuis quelques temps. Dubosc joue encore de cette autodérision légèrement surjouée à propos de son vieillissement, ressemble à une sorte de Foresti mâle et relativement posé.

L’humour est bien lourd, fonctionne si on est pas fermé à la vulgarité ou au grotesque. Le rire s’opère souvent au détriment des gens, surtout femmes, alignant phrases creuses, réflexions toutes-faites et de préférence se crashant ‘à-coté’. Les gags d’atmosphère sont surtout pour le début, avec l’enterrement ‘doudou’ puis le balayage des objets chéris de la défunte. Les individus et catégories les plus fragiles (ou en minorité), les vieux en particulier, paraissent moins des nécessiteux que des occasions de vannes pour Dubosc. Les paraplégiques ne font pas exception, mais sortent valorisés du film grâce à la résilience de Florence.

À ce propos le ton est équilibré et conforme aux mœurs et préjugés courants. La réflexion en propre du film et de ses personnages ‘valides’ ou positifs ne vole pas haut mais peut être fondée. Elle reflète les propos que peuvent tenir les gens, sans se tromper et surtout sans tellement se mouiller ni aller au fond des choses ; d’artistes ou de psychologues il faudrait attendre plus, or ils n’étaient pas sur ce chantier, même pas en tant que marionnettes. Les manques des personnages sont plus contrariants. Tout le monde a sa définition, ré-appuyée à chaque occasion, sans nouvelle nuance et presque sans nouvelle information.

Max/Darmon en particulier est pénible à constamment s’effaroucher, moraliser de façon presque bougonne au lieu de prendre le taureau par les cornes. Ce vain conseiller sert aussi d’ami homosexuel, pratiquant sur son bon camarade malaxages de routine et coloscopie conventionnelle – un coup rude pour l’intégrité de l’ego d’un macho (en voie de ringardisation). Le jeu de dupes forçant au quitte ou double fait tenir le film sans briller, avant de céder la place à une issue mielleuse. Tout est balisé mais opérationnel. Enfin Zylberstein joue encore une brave bécasse, comme dans À bras ouverts, cette fois sans vocation à heurter – sauf les secrétaires godiches ou érotomanes.

Rien qui soit suffisant là-dedans pour que la critique officielle donc la presse apprécie la séance ; elle n’a jamais raté une occasion de dégommer toute incursion de Dubosc au cinéma, voilà qu’elle salue son premier film. Fiston avec Kev Adams n’était pas moins émouvant et ne risquait pas d’accumuler, comme ici, un flou technique concernant le handicap (pour les termes employés, le maintien de la cohérence – ces fauteuils (requalifiés en ‘chaise’) sont décidément très performants !). Tout aussi optimiste, Intouchables en montrait davantage et plus sérieusement sur la condition de ces infirmes.

Note globale 48

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Suggestions… L’étudiante et monsieur Henri + Frangins malgré eux

Scénario/Écriture (5), Casting/Personnages (6), Dialogues (6), Son/Musique-BO (4), Esthétique/Mise en scène (5), Visuel/Photo-technique (5), Originalité (4), Ambition (6), Audace (5), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (6), Pertinence/Cohérence (4)

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