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LES TEMPS QUI CHANGENT **

15 Mar

2sur5 Entre Les Égarés (2003) et Les Témoins (2007), Téchiné organise les retrouvailles de Deneuve (sa collaboratrice fétiche) et Depardieu avec Les Temps qui changent, tourné au Maroc. C’est la cinquième fois que la star et le monstre sont réunis (la première était pour Le Dernier métro – Truffaut 1980 ; la prochaine sera pour la comédie Potiche de Ozon), pour filer un amour entravé comme d’habitude. Téchiné lui-même retrouve Angélique Kidjo pour la musique, déjà recrutée pour Ma saison préférée (1993).

Depardieu arrive en Antoine à Tanger pour un chantier ; il y retrouve Deneuve en Cécile, l’amour de sa vie consommé à de l’adolescence. Aujourd’hui il est au bord de l’enfouissement, se pousse même vers le précipice pour aider la résurrection, en étant ‘achevé’ pour Céline. Selon ses calculs, elle sera lassée et déconfite, mûre pour revenir à lui et apprécier l’évidence de leur couple. Les temps qui changent ont raison de nous, la passion est inébranlable mais discrète, les êtres tendent à s’user et arrivent au moment où il faut tenir son équilibre moyen mais acquis, ou retrouver une vocation qui a perdu son éclat et n’a plus rien à promettre : et savoir que c’est parfait ainsi. Le résultat à l’écran est indolent, le romanesque s’ancre et se dilue dans les affaires courantes, le récit est agrémenté par de multiples intrigues secondaires pleines de relations creuses et de démarches dérisoire ou non-concluantes (avec le tandem de jeunes homos typique de chez Téchiné : métissé et l’esprit léger). Ce n’est plus l’art mais les sentiments de basse intensité, une construction hagarde et l’armature téléfilmique qui viennent soulager des souffrances, du doute et de la vérité.

Deneuve et son personnage heurtent par leur virulence, Cécile alourdissant les retrouvailles par son attitude passive-agressive et en minimisant constamment, pour se convaincre elle-même (elle réprime violemment la menace, malgré l’aigreur générée par son lien à Natan et une foule de détails de son existence). Depardieu est positivement ‘cassé’, avec son rôle radicalement à contre-emploi : un homme ‘fin’ et sensible, businessman posé et introverti, déterminé au point de dominer son évidente fragilité. Passionnant lorsqu’il se confie ou ‘s’autorise’, il fait vibrer le film, touchant en amoureux : notamment lorsque Gérard ‘récite’ car Antoine a tout médité depuis trente an. L’affadissement de Big Gégé par Téchiné sur Barocco (un de ses premiers longs, avant la grande mutation – du palais des glaces vers les bouillonnements ‘incarnés’) est donc réparé. Sans lui c’est la torpeur généralisée, avec comme seuls stimulants la visite de Tanger et l’irruption d’une scène cryptique, avec Sami de nuit face aux chiens. Manifestement forgé dans l’intimité, peut-être déterminé par des rencontres ou expériences, cet opus est un des moins bons de Téchiné. Des effets numériques (hideux) et ralentis sont incrustés sans raison claire, manifestement pour souligner l’égarement et l’écrasement ressentis par les vieux protagonistes (en premier lieu Antoine) face à des innovations sourdes à leurs cas.

Note globale 47

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Suggestions… Je vous aime/Berri + Astérix & Obélix : Au service de Sa Majesté + Mademoiselle Chambon + Garden State

Scénario & Écriture (2), Casting/Personnages (3), Dialogues (2), Son/Musique-BO (2), Esthétique/Mise en scène (2), Visuel/Photo-technique (2), Originalité (2), Ambition (2), Audace (1), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (3)

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TOUT LE MONDE DEBOUT **

9 Août

2sur5  Dubosc s’essaie à la réalisation : aucune surprise, même pas mauvaise. Il se donne le rôle principal et tient son personnage habituel de pseudo-bellâtre imbu et ridicule. Comme le mode beauf fringant et séducteur misogyne est enclenché, son double ressemble au cauchemar des collaboratrices de Je ne suis pas un homme facile. Il ne fabrique pas d’appli’ mobile pour les humilier mais les notent certainement ; les femmes lui donnent des opportunités de challenge. Celui posé par Alexandra Lamy sera le premier à l’ébranler.

Cette dernière est représentative des qualités fragiles du film : excellente composition, au service d’un caractère un brin niais et en rappelant constamment, malgré elle, des éléments externes à la séance (sans qu’il soit question de références de cinéphiles, plutôt à cause des carrières déjà parcourues). Pas d’auto-citations ni d’imitation précises, mais l’impression de toujours naviguer en terrain connu voire classé depuis quelques temps. Dubosc joue encore de cette autodérision légèrement surjouée à propos de son vieillissement, ressemble à une sorte de Foresti mâle et relativement posé.

L’humour est bien lourd, fonctionne si on est pas fermé à la vulgarité ou au grotesque. Le rire s’opère souvent au détriment des gens, surtout femmes, alignant phrases creuses, réflexions toutes-faites et de préférence se crashant ‘à-coté’. Les gags d’atmosphère sont surtout pour le début, avec l’enterrement ‘doudou’ puis le balayage des objets chéris de la défunte. Les individus et catégories les plus fragiles (ou en minorité), les vieux en particulier, paraissent moins des nécessiteux que des occasions de vannes pour Dubosc. Les paraplégiques ne font pas exception, mais sortent valorisés du film grâce à la résilience de Florence.

À ce propos le ton est équilibré et conforme aux mœurs et préjugés courants. La réflexion en propre du film et de ses personnages ‘valides’ ou positifs ne vole pas haut mais peut être fondée. Elle reflète les propos que peuvent tenir les gens, sans se tromper et surtout sans tellement se mouiller ni aller au fond des choses ; d’artistes ou de psychologues il faudrait attendre plus, or ils n’étaient pas sur ce chantier, même pas en tant que marionnettes. Les manques des personnages sont plus contrariants. Tout le monde a sa définition, ré-appuyée à chaque occasion, sans nouvelle nuance et presque sans nouvelle information.

Max/Darmon en particulier est pénible à constamment s’effaroucher, moraliser de façon presque bougonne au lieu de prendre le taureau par les cornes. Ce vain conseiller sert aussi d’ami homosexuel, pratiquant sur son bon camarade malaxages de routine et coloscopie conventionnelle – un coup rude pour l’intégrité de l’ego d’un macho (en voie de ringardisation). Le jeu de dupes forçant au quitte ou double fait tenir le film sans briller, avant de céder la place à une issue mielleuse. Tout est balisé mais opérationnel. Enfin Zylberstein joue encore une brave bécasse, comme dans À bras ouverts, cette fois sans vocation à heurter – sauf les secrétaires godiches ou érotomanes.

Rien qui soit suffisant là-dedans pour que la critique officielle donc la presse apprécie la séance ; elle n’a jamais raté une occasion de dégommer toute incursion de Dubosc au cinéma, voilà qu’elle salue son premier film. Fiston avec Kev Adams n’était pas moins émouvant et ne risquait pas d’accumuler, comme ici, un flou technique concernant le handicap (pour les termes employés, le maintien de la cohérence – ces fauteuils (requalifiés en ‘chaise’) sont décidément très performants !). Tout aussi optimiste, Intouchables en montrait davantage et plus sérieusement sur la condition de ces infirmes.

Note globale 48

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Suggestions… L’étudiante et monsieur Henri + Frangins malgré eux

Scénario/Écriture (5), Casting/Personnages (6), Dialogues (6), Son/Musique-BO (4), Esthétique/Mise en scène (5), Visuel/Photo-technique (5), Originalité (4), Ambition (6), Audace (5), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (6), Pertinence/Cohérence (4)

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THE BURNING HELL **

1 Juin

2sur5  Film de propagande évangélique dont les négatifs originaux de 16mm ont été restaurés (après avoir été victimes d’une inondation en 2010) en partie grâce à Winding Refn (le réalisateur de Drive et Bronson), qui a fait resurgir cet obscur objet, parmi d’autres (comme Night Tide, Hot thrills and warm chills). Celui-ci est probablement le plus méconnu de tous.

Le pasteur du Mississippi, Estus Washington Pirkle, a également participé à deux autres films, dont la réalisation était confiée à Ron Ormond. Cet ancien nom de ‘l’exploitation’ (principalement dans le western) a fait son grand saut chrétien vers 1970, après avoir été rescapé d’un crash aérien. Il garde une efficacité et une brutalité ‘sereine’ dans la mise en boîte de ce projet fondamentaliste.

Techniquement le film peut se montrer assez laborieux – il est presque misérable concernant les maquillages (dignes du Lac des morts-vivants) et la mise en scène de l’absorption par l’Enfer. La charge macabre n’est pas aberrante en elle-même et participe à rendre concret le danger – les tortures sont physiques, l’âme n’est pas citée en priorité (ce n’est peut-être pas à elle qu’il faut ‘ouvertement’ parler, avec les cibles modernes ?), elle doit sans doute être vouée à contempler éternellement cette damnation.

Hors de ces scènes grand-guignoles, le film se concentre sur les propos du directeur de conscience, la plupart du temps dans son sermon à l’Église, face à un public souvent l’air ravi. Il s’oppose notamment à l’idée que l’Enfer serait sur Terre et souhaite diffuser une représentation de l’Enfer conforme à celle du Nouveau Testament. Il a également le mérite de prévenir les non-chrétiens et les pécheurs de ce qui les attend ! À cette fin le film a été traduit en plusieurs langues, comme l’espagnol et le portugais (l’Amérique du Sud doit être dans le viseur) – les français étant un cas désespéré, ils ont été oubliés.

La séance peut donc être amusante (contrairement à Blood Freak, l’anti-drogues ravagé) sinon agréable, à deux conditions. Il faut avoir le goût des montagnes russes artificielles, de cet aller-retour entre ambiance ravie de la crèche et décharges de violences punitives (des mots d’experts aux flirts avec la cruauté de l’Enfer, en passant par les assauts des asticots). Les charmes régressifs du bis et ceux euphorisants de la prêche religieuse se combinent ! Il faut surtout ne pas se sentir crispé ou menacé par le prosélytisme (et de ne pas être un de ces enfants exposés -donc éventuellement troublé- à l’occasion de son catéchisme -ce qui n’a pas dû se reproduire depuis les seventies).

Note globale 48

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Suggestions… Jesus Camp + Fric et Foi

Scénario/Écriture (4), Casting/Personnages (5), Dialogues (5), Son/Musique-BO (5), Esthétique/Mise en scène (5), Visuel/Photo-technique (4), Originalité (6), Ambition (7), Audace (6), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (5), Pertinence/Cohérence (5)

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LE MILLIARDAIRE (Cukor) **

3 Avr

2sur5  Tourné quelques années avant My Fair Lady, ce Milliardaire de Cukor (Philadelphia Story, Othello/A Double Life) est retenu pour des raisons de casting plutôt que pour ses qualités intrinsèques, de petite envergure. Montand et Monroe entretinrent une liaison pendant le tournage, venant à bout du mariage de Monroe avec Arthur Miller (scénariste ‘correcteur’ de ce film). Pour les américains, Yves Montand devait incarner ‘l’homme (swag) français’ : nonchalant, malicieux, séducteur au cynisme doux, libéré mais maladroit. Marilyn arrivait à saturation et allait bientôt connaître le tournant fatal de sa carrière scellé par Les Désaxés.

Le gratin des toyboys de luxe hollywoodien (de Peck à Stewart en passant par Grant et Heston) a décliné la proposition pour éviter de se mesurer à la prestigieuse pin-up à problèmes. Montand assure une prestation équivalente, avec un cabotinage moins lisse et fluide. Le français semble gêné pour livrer sa parade habituelle, prisonnier des ‘personnalités multiples’ mélos et brouillonnes imposées par la direction. Marilyn est au second rang la plupart du temps, bien qu’elle soit l’objet de convoitise exclusif (il y aura quelques références aux scènes ‘cultes’ passées de l’actrice). Sans être une potiche, elle a l’air d’une petite assistante bienveillante déguisée en arriviste sympa, pour masquer la candeur et fragilité dont atteste sa bonne volonté (les cours du soir, la dévotion à la profession et aux attentes du monde, l’absence de leurres et de prétentions).

Si le film approche la moyenne c’est grâce à elle. Le film se veut pétillant mais pèse trois tonnes ; arriver à être écrasant malgré un contenu rachitique, c’est une réussite à charge. Elle ne pousse pas à la fuite non plus ; le spectateur venait prendre un shot récréatif, il s’est enfilé un anti-douleur à paillettes. Médiocre pour l’intimité, gentil dans les discours, le film est efficace sans plus dans la farce et les numéros musicaux ; à son meilleur lorsqu’il joue avec les non-dits et les parasitages involontaires. L’ensemble est très répétitif, avec une propension au running gag (sur les ‘femmes’ ad hoc, petit tour qui a pu réjouir le réalisateur ?). L’écriture est banale (mais fournie en saillies) et le développement fade, se contentant de rabattre les enjeux et quelques réflexions autour du thème ‘monsieur est riche et veut être aimé pour ce qu’il est’ (pas pour sa fortune, ni pour « ce qu'[il] peut faire » comme le dit Gerald).

Quand l’idylle doit se conclure, les faux-semblants protégeant Clément deviennent pour lui des chausse-trappes. Le dernier quart est plus ludique et gagne en éclat à tous les étages. Rare jusqu’alors, Marilyn est maintenant de presque tous les plans. On a le loisir de constater la proximité avec la personne réelle (contrairement aux rôles écervelés ou euphoriques qu’elle a endossés, éventuellement pour la bonne cause, comme avec Les hommes préfèrent les blondes) et guetter l’épanouissement d’Amanda – ce sera un happy end au palais, au luxe certain, au ravissement crétin. Sans ce modeste atout, Let’s Make Love restait un divertissement jetable bien qu’il sorte le grand jeu. Il s’inscrit dans l’air du temps (avec une percée rock’n’roll) et de la comédie musicale telle qu’elle existe à l’époque, en prenant un recul complice envers le monde du show-business. Gene Kelly assure un cameo en coach, le croner Bing Crosby est également traité en ‘guest’ et Milton Berle joue un rôle reflétant sa propre expertise de l’humour et du stand-up.

Note globale 48

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Suggestions… Le Dîner de cons  

Scénario/Écriture (1), Casting/Personnages (2), Dialogues (3), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (2), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (1), Ambition (3), Audace (2), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (2)

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L’ENFER (Chabrol) **

30 Mar

2sur5  Juste avant sa Cérémonie, Chabrol reprend le projet abandonné par Clouzot, L’enfer – auquel un documentaire de Bromberg (2009) sera consacré. Il y infuse un minimum d’idées en propre et choisit de dégonfler le scénario, ou de le laisser à plat. Au lieu de soigner le drame et les caractères il valorise la maladie et les symptômes, mais repousse assez longtemps l’abandon à cette paranoïa masculine.

La première moitié présente une histoire de couple des plus triviales, centrée sur l’anxiété du mari potentiellement trompé. L’aspect est proche du téléfilm (dont la Provence est également une zone privilégiée) sans qu’il y ait de contrepartie. Ce n’est pas rare chez cet auteur, mais Rien ne va plus sera autrement amusant et Au cœur du mensonge aura une plus grande consistance dramatique. La femme jouée par Beart semble d’abord dans la rouerie permanente, même prise sur le fait, ce qui met a-priori le spectateur du côté de son conjoint. Lui est à cran, se défend mal et favorise ainsi la duplicité de ‘la belle’.

Au milieu du film ses fantasmes prennent le dessus sur la vérité. À partir de là cohabitent la parano, où l’image est plus colorée et l’homme semble effectivement cocu, avec des périodes où il apparaît inquiétant et décalé. Le focus sur la psychose de Paul (Cluzet) se fait au prix de la lumière sur cette affaire, car si les doutes ont pris des proportions fantaisistes (où l’ensemble des autres hommes deviennent des concurrents), l’accusation initiale (impliquant le personnage de Marc Lavoine) est encore largement défendable. Cette dérobade conduit logiquement à une non-fin fière d’elle-même, après que cet Enfer ait flirté avec Hitchcock et le clip giallo.

Note globale 48

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Suggestions…

Scénario/Écriture (2), Casting/Personnages (2), Dialogues (2), Son/Musique-BO (2), Esthétique/Mise en scène (2), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (2), Ambition (3), Audace (2), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (2)

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