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NEW YORK 1997 ***

14 Avr

new york 1997

4sur5  John Carpenter écrit New York 1997 en 1976 en s’inspirant du scandale de Watergate et de Un justicier dans la ville avec Charles Bronson, en tout cas de sa représentation de New York. Le film sort en 1981, après Halloween et Fog et rencontrera un grand succès, commercial et critique. C’est l’un des premiers longs de Carpenter, au début d’une décennie dans laquelle il allait connaître son apogée. Le film se déroule dans un futur proche avec un contexte dystopique. Le pouvoir politique est mis en cause mais Carpenter montre également son délitement, égal à celui de la société. En 1997 donc, compte tenu de la multiplication par quatre du nombre de crimes aux USA, New York est devenue une prison détachée du continent. Le malfrat Snake Plissken y est envoyé pour retrouver le Président du pays, dont l’avion s’est écrasé sur le pénitencier. Il a 24 heures pour le ramener et sauver sa vie, puisqu’une injection a été pratiquée sur lui, avec un poison mortel programmé.

New York 1997 s’illustre par sa vision politique et son anarchisme conséquent, lucide sur lui-même et ses implications. Interprété par Kurt Russell, l’acteur fétiche de Carpenter, Snake Plissken est un voyou et ex-taulard forcé de travailler pour le pouvoir, contre les anarchistes : mais ceux-là ne sont pas forcément des amis. Il est l’anarchiste vrai, un individualiste badass et amer. S’il est contre le pouvoir, il n’est pas non plus le moteur d’initiatives collectives, il n’a pas de communautés et ne veut ni changer d’aliénation ni dominer à son tour. Dans le New York du futur du film donc, les compères anarchistes de Snake recréent leur monde, dans les bribes de l’ancien, pour fabriquer leurs féodalités : lui échappe à ce genre d’entreprises, même s’il baigne dans un milieu où il peut rôder à son aise. Il n’y a pas d’alternative : sinon tourner le dos, la marge est faible pour Plissken. Ainsi il peut faire une farce au Président à la fin, mais le ton n’en est alors pas moins dramatique, puisque c’est un coup pour rien, sans illusions. Il peut partir seul et jouir de son autosuffisance, sans cesser toutefois sa marche. C’est une vie de blasé absurde, mais en mouvement et ne cherchant rien que cette liberté, pas un quelconque salut.

Cette gigantesque projection dystopique est forte de son propos et de ses décors ambitieux. Carpenter pose un univers très inspirant dans le cinéma d’action et d’anticipation, avec sa jungle urbaine apocalyptique, dépourvue de sens et d’avenir, où triomphe une sauvagerie morose. Autour de la mission et du parfum de nihilisme, l’ensemble peut sembler un peu court : ce n’est pas timide, mais il y a une certaine limitation. Elle n’est pas relative aux moyens : Carpenter jouit d’un budget modeste mais décent (6 millions de $), brillamment employé. Et si la technologie du pouvoir peut sembler modeste par rapport à ce qu’un produit hollywoodien pur présenterait, c’est en cohérence avec la paupérisation généralisée et l’univers de chaos mis en scène. La légère frustration ressentie vient du ton de ce brûlot anarchiste, plus cynique que virulent, plus coriace qu’intense, transparent plutôt que profond.

Même s’il peut désorienter par son rythme, New York 1997 est un film magnétique et important esthétiquement. Il est difficile à situer : pour vulgariser, on pourrait dire (mais ce sera provocateur) que ça se place entre un Minority Report doté d’épaisseur, du Luc Besson motivé et un James Cameron en mode pugnace (celui-ci a participé à certains effets spéciaux). L’action dans NY 1997 est lente, très sèche, relevant presque d’une forme de contemplatif, sans allez vers le côté théorique (et mathématique) d’Assaut. Assez flamboyant, Los Angeles 2013 sera plus prompt à séduire les fans d’action bourrine. Cette suite sera un excellent écho, où le propos de Carpenter gagnera en culot et en originalité.

Note globale 71

Page Allocine & IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions… L’évadé d’Alcatraz + Aliens le retour + Le Cinquième Élément

Note ajustée de 71 à 72 suite aux modifications de la grille de notation.

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PRINCE DES TÉNÈBRES ****

26 Avr

4sur5  Difficile à appréhender, Prince of Darkness est tenu par beaucoup [de ses adeptes] comme l’un des chefs-d’œuvre de Carpenter tout en étant son film le moins compris, voire le plus négligé. Rappelant, par sa lenteur et les circonstances de l’action (des individus isolés de l’extérieur contraints de s’unir face à une menace surnaturelle) The Thing, c’est un spectacle rude et candide, au style déroutant, à la mise en scène éloquente et la musique impressionnante.

Second de la Trilogie de l’Apocalypse (clôt par L’Antre de la Folie), Prince des Ténèbres est surtout une œuvre mystique (avec sa relecture anxieuse du dualisme) : détonnant dans l’univers d’un type aussi libéré que John Carpenter (plus tellement avec le recul et après Piégée à l’intérieur  –  ce qui n’empêche pas d’humilier des prêtres dans Vampires). Corruption de l’ordre moral (et de ses représentants anéantis), destruction de l’intérieur, renversement des valeurs et dégradation de l’Homme : voilà les manifestations de cette Apocalypse imminente.

Pressés dans une église pour manipuler une menace inconnue, les analystes se trouvent en vérité dans la gueule du loup – pire, du Diable dont le fils prépare son avènement. Comme dans Halloween du même cinéaste, nous sommes les témoins de la contamination inexorable exercée par des forces obscures, face auxquelles les hommes de foi et ceux de la science sont tenus en échec.

Si Prince des ténèbres est si spécial, c’est qu’il a tout, sur le papier et peut-être même sur le fond, pour être un nanar grandiloquent, alors que le spectacle est d’une virtuosité et d’une élégance rares (sans être noble – c’est normal – ni immédiatement aimable – c’est nouveau). Tout en sublimant ce parfum de série B si caractéristique de son cinéma, Carpenter se montre au sommet de son art avec son style claustro et ses angles paranos. La réalisation est calquée sur le récit, simultanément abstraite et littérale, glaciale et puissante.

Il n’y a aucune accélération, aucun emportement, les mouvements de caméra soulignent cette stase galopante. La violence est brutale, sa réception dépouillée. Aussitôt nous revenons à l’histoire générale, vers les éléments encore réfractaires. Ce rythme est celui de la Mort, éternelle et jamais consommée. Convoquant Orphée et sa reprise par Jean Cocteau, Carpenter s’inspire également de Lovecraft : la genèse du Mal (de l’Antichrist) se déroule dans l’indicible, l’indicible explicite, affichant ses stigmates et sa volonté, sans se laisser déchiffrer, donc maîtriser.

Côté casting, on note la présence d’Alice Cooper, leader des clochards anémiés, premières légions de ce Mal sans autre but que sa propre affirmation. Les acteurs fétiches et premiers collaborateurs de Carpenter sont là : Donald Pleasance (le docteur Loomis dans Halloween et la saga), Victor Wong. Seule fausse note assez grave du film, (quoiqu’elle apporte une touche de légèreté et de familiarité, susceptibles de rendre la satisfaction complète), plusieurs interventions sonnent cheap – celle de Dennis Dun devient éprouvante en VF (nuisible en général concernant les dialogues). Son personnage gravite encore dans le monde des Aventures de Jack Burton et apparaît en décalage total.

Note globale 84

Page Allocine & IMDB + Zoga sur SC

Suggestions… Réincarnations + La fin des temps + Conjuring 2 + New York 1997 + La Maison du Diable + L’Exorciste

 

Scénario/Écriture (6), Casting/Personnages (6), Dialogues (6), Son/Musique-BO (9), Esthétique/Mise en scène (9), Visuel/Photo-technique (8), Originalité (7), Ambition (7), Audace (7), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (7), Pertinence/Cohérence (5)

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Les+

  • atmosphère exceptionnelle
  • musique
  • quelques plans géniaux
  • cette sorte de huis-clos
  • son hypothèse ‘mystique’
  • ce minimalisme

Mixte

  • kitschissime
  • dialogues

Les-

  • personnages peu fouillés
  • des incohérences et flottements (et l’aberration du stigmate sur le bras)
  • acteurs pas passionnants

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Note passée de 81 (82-83 sur listes SC) à 84 suite au re-visionnage en 2018 et à la réduction des notes possibles. Critique mise à jour (complétée) à l’occasion.

 

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LA GRANDE EVASION **

9 Mai

la grande évasion

3sur5  Adaptation du roman de Paul Breckhill qui participa aux événements, le film rapporte le plus fidèlement et factuellement possible l’évasion de masse du camp du Sagan. Le 24 mars 1944, 76 pilotes alliés se sont enfuis en empruntant les tunnels qu’environ 600 détenus avaient creusé clandestinement. Cependant, seule une poignée est sortie vivante de cette aventure : trois hommes de retour en Angleterre, pour 73 repris et une cinquantaine exécutés par les nazis.

En plus de cet argument historique, La Grande Evasion a celui du casting. John Sturges retrouve trois de ses Sept mercenaires (western tourné deux ans avant) : Steve McQueen dont c’est le premier rôle principal, Charles Bronson et James Coburn. A ce trio s’ajoute James Garner, et d’autres personnalités extrêmement célèbres à l’époque (sortie en 1963, un an après Le Jour le plus long retraçant le Débarquement en Normandie) ou le devenant grâce à ce film, comme Richard Attenborough (le scientifique de Jurassic Park) ou Donald Pleasance (futur Dr Loomis dans Halloween).

Pendant trois heures, un savoir-faire industriel vient rappeler sa supériorité. La recette est variée et équilibrée, dispensant les doses bien pesées d’action, d’humour, de ‘réflexion’ douce. S’y ajoute la portion d’émotions de surface. Le film est un peu raide, sans relief ni ‘sève’ véritable. Son intérêt historique en est affecté : il est incontournable, avec une démonstration indirecte savamment décorée, un point de vue aseptisé et minimaliste. Quand à l’appel de l’aventure, il est plutôt éludé. Longuet, irréprochable, imposant, La Grande Evasion affecte peu et n’a désespérément rien à ajouter à son sujet, dont elle pille les indications triviales avec soin.

Note globale 56

Page IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Le pont de la rivière Kwai + Les douze salopards + Le Trou/Becker + Un condamné à mort s’est échappé + La Grande Illusion + La Vache et le Prisonnier

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