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UN JOUR DE PLUIE A NEW YORK **

19 Sep

2sur5 Naturellement il est bon de soutenir Woody Allen afin de garnir ses films et nos écrans de jeunes starlettes infantilisées ou dévêtues. Mais hormis ses adeptes et les gens sensibles aux principales recrues (et Elle Fanning en a d’affreuses sales et affamées, peut-être autant qu’Emma Stone), sa première livraison de carrière post-américaine n’a rien pour convaincre. Et pour séduire comme en général, rien de neuf.

Le scénario paresseux pousse les clichés jusqu’à patauger dans l’incohérence. On peut mettre sur le compte de l’impressionnabilité ou de la boisson des erreurs d’Ashleigh, puis finalement non, elle est simplement le réceptacle d’amertumes et de procès décalés en niaiserie. La fille parfaite selon Neon Demon est de loin la plus dévouée et mieux installée dans son rôle, face à un Chalamet décent dans un costume que son allure rend tout de même factice et désespérément creuse. L’usage de Selena Gomez est autrement bancal. La complaisance envers son personnage, la flatterie envers son supposé charisme sexuel et la volonté de la plier à un tel rôle sont de mystérieuses inspirations. Elle n’est pas spécialement mauvaise mais il y a des questions à se poser du côté de la direction voire de la notion d’acteur (pourtant Blue Jasmine est encore récent).

Cette interrogation peut être poussée à d’autres niveaux puisque le film va laisser en plan les intrigues croisées et les trajectoires de tous. Celle de Chalamet est une pâle exception – le devoir de légèreté ! C’est à se demander si ce Jour de pluie a été remonté pour mieux marquer le cynisme et le dédain de son créateur envers son milieu d’origine. Au cours de ce long périple le monde des arts et du cinéma apparaît bête et pimpant, tout en étant trop fade pour accoucher de grands ou beaux monstres. Par lubricité ou en raison d’impératifs mondains ou de pseudo-création, on balaie les questions de la journaliste de bonne volonté qui persiste à voir un génie tourmenté. Réduire le monde du spectacle, même celui des coulisses, à une cohorte de sous-businessman sur-friqués et vaniteux est certainement une bonne chose depuis la lucarne de Woody Allen, son peuple, ses collègues et ex-amis éclairés. Mais au lieu d’allumer des lanternes ou de savoureusement régler des comptes, ça ne conduit qu’à sacraliser une éthique bobo ultime.

Notre petit héros appartient à la haute bourgeoisie, est couvert de privilèges mais il est trop libre et authentiquement sophistiqué pour ça et choisis donc une vie de bohème – insérée en belle carte postale à New York, l’après-midi dans les endroits chics, le soir dans les cafés d’artiste, le réveil à l’hôtel sans le matin-vomi. Même les habituelles petites livraisons comme Scoop sont bien plus significatives et pour le style on redescend à un niveau intermédiaire après le beau Wonder Wheel. Reste la petite musique allenienne, son rythme, le charme des acteurs davantage que leurs personnages excessifs, certaines pointes d’humour mais quand il se fait crû plutôt que réjoui par son ironie – badine heureusement sinon c’était gênant, à la manière des blagues sur les blondes (comme ce poids mort lamentable dans Three Billboards alors que l’actrice a montré l’étendue de son talent un an après via Ready or Not).

Note globale 46

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SUMMER OF SAM ***

27 Déc

4sur5  En 1999, Spike Lee, cinéaste polémique souvent focalisé sur la communauté afro-américaine (She’s Gotta Have It, Malcolm X), relate l’été new-yorkais de 1977. Pendant cette période de canicule, la psychose a gagné toute la ville à cause de meurtres en série signés par le « fils de Sam ». Il s’agissait de David Berkowitz, dont l’affaire a fait jurisprudence (il a tiré des bénéfices de sa biographie), alimenté des théories du complot et marqué la conscience collective américaine.

Summer of Sam n’est pas du tout un policier conventionnel. C’est une constellation de portraits flirtant avec le film musical sensuel et décadent (avec des choix habilement orientés dans la playlist disco de l’époque). Spike Lee présente un gigantesque patchwork : une époque, son ambiance, ces gens-là, les exclus et les jeunes en situation de survie, livrés aux pressions des bandes, des groupes sociaux en présence et de la mafia. Le tueur est presque secondaire (un type harcelé par un chien noir, dont on visite l’antre dans une poignée de scènes lapidaires), l’intérêt est ce qu’il déclenche dans la ville et les communautés de la rue.

Pour l’émulation, Spike Lee est un très grand. Il est capable d’accomplir ces séquences courtes, intenses, cristallisant l’humour, la jouissance, le désespoir, tout en un instant. Revers : c’est un film trop multiple. Cela n’entame pas sa puissance, mais bien sa contribution : on peut disserter largement sur le film ou n’avoir presque rien à en livrer en l’ayant vu avec les mêmes yeux. Spike Lee évoque comme toujours la communauté noire et fait un cameo dans la peau d’un journaliste  »bounty », mais comme l’ensemble des thèmes du film, il ne fait que graviter autour.

Tant pis, tant mieux. Spike Lee, c’est un style : représenter un moment, une histoire, une dynamique, avec ivresse, mais toujours en cherchant un résultat sinon conforme, reflétant le réel. Cette façon de s’impliquer, en taisant ses propres valeurs et les laissant ressurgir parmi les caricatures épinglées enrichit considérablement un propos qui sans cela serait docte et inconsistant. Rarement Spike Lee se sera autant déchaîné et cela donne un thriller irrationnel mais bouillant et malin. Avec un mirifique « J’ai les couilles au bord de l’apoplexie » en bonus.

Note globale 72

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MINI-CRITIQUES 6

2 Nov

Port du désir ** (France 1955) : Avec Gabin (excellent) et Henri Vidal, à Marseille. Un film autour des milieux marginaux, du ‘small business’ garanti sans vertus bourgeoises. Passages au bordel, sans scènes explicites bien entendu, mais le vocabulaire et le cynisme constant compensent largement. De l’esprit (cru), pas de profondeur ni de direction dans le scénario ; côté pacotille. (52)

Merci pour le chocolat ** (2000) : Un Chabrol moyen, trois ans avant La fleur du mal, plus vicieux et du même niveau (plus saoulant aussi car trop désireux d’afficher et de choquer). Mouglalis joue une sorte de grande gamine futée, à la fois fragile et intrépide (le caractère de sa mère a dû largement forger cette apparence), ce qui donne un effet bizarre.

Son camarade Guillaume campe l’horrible abruti de service, un jeune type se montrant un peu réfractaire voire provocateur au début (lors du mariage), s’avérant incapable de discernement et de présence à tous niveaux ; vite ébranlé, forcément. Que ce personnage-là soit mis sur la touche est donc bien défendu, mais la façon dont la plupart s’évanouissent au fur et à mesure est moins évidente, ressemble davantage au résultat de lacunes de scénario.

L’évidence a éclatée, dès le début, semble-t-il. Dutronc est nonchalant sur le sujet ; les autres font semblant de rien trop savoir, qu’il n’y a là qu’un curieux concours de circonstance, une anecdote amusante au plus. Mais Mouglalis est bien là, en train de forcer l’édifice. Puis les soupçons sont balayés, le malaise se focalise ailleurs ; quoiqu’il arrive, la vérité sera derrière le personnage d’Huppert. Au fond c’était juste une énième variation autour de son aura de profonde névrosée – elle a réussi à se faire passer pour aimable pendant des années – et pendant la première demi-heure. (58) 

The Hole/ Le refuge ** (2001) : Côté satirique au début, concernant les rois du lycée, le milieu scolaire supérieur (et nanti), le conformisme et les groupes figés à l’université. Centré sur une ‘grosse’ invisible amie d’une espèce de INTJ sensible et mort de faim (‘friendzoné’).

Puis le jeu commence. Fondé sur une série de flash-back par rapport à un présent où les deux pré-cités sont survivants. Nous allons découvrir la vérité en même temps que la psychologue et les enquêteurs ; et surtout, pas simplement un nouveau points de vue, mais redécouvrir la réalité : on nous a menti sur les personnages, leurs relations, etc.

Film ‘ado’ accrocheur, plein d’effets de mise en scène superflus et tapageurs. Ne vaut pas The Faculty mais se montre plus téméraire. Avec deux acteurs qui seront très populaires dix ans plus tard : Desmond Harrington (grâce à la série Dexter) et surtout Keira Knightley. (62) 

Mauvaise graine ** (1934) : Premier film en tant que réalisateur de Billy Wilder (alors crédité pour une dizaine de scénarios), qui partage la casquette de réalisateur avec Alexandre Esway. Il quitte la France peu après et rejoint Hollywood où il entamera sa véritable carrière huit ans plus tard, en léguant la crème des comédies loufoques ou de mœurs de l’époque.

Apparition de Danielle Darrieux, au début de son ascension. Plusieurs têtes d’affiche sont assez médiocre, une autre partie du casting ne fait que passer pour cabotiner. Rythme efficace, style léger, scénario rempli et instable. Pas tourné dans des conditions théâtrales, d’où un relatif intérêt ‘documentaire’ concernant la vie à Paris en 1934, en tout cas celle des oisifs et des garagistes de luxe – avec une balade dans le sud de la France sur la fin. (48)

The Love Witch *** (2016) : Très inspiré des années 1970 – par la musique, l’esthétique (psychédélique ; les couleurs flashy ; etc), aussi dans son coté transgressif sombre et candide à la fois. Explore l’occulte et en cite de nombreux fétiches ou références – évoque la Wicca, l’arc-en-ciel (élément récurrent chez les anglo-saxons ; ‘somewhere over the rainbow’).

Les explications sur la sorcellerie, sur l’idéologie des ‘déesses primitives’, soutiennent une espèce de féminisme mystique. Les nymphos conquérantes ne sont pas des prédatrices absolues, vident voire tuent sans intention malveillante (sans grands états d’âmes pour l’autre non plus) ; c’est que les femmes qui doivent se faire aimer ainsi ! (même pas prendre le pouvoir, ce qui se produit pourtant).

Paradoxal (fumeux ?) mais beaucoup à raconter. Original mais se répète, n’évolue pas beaucoup – pour le scénario, les démonstrations (cultes, décollages ‘glamours’), les idées (rapports hommes-femmes, attentes et fantasmes respectifs). (68)

Manchester by the Sea ** (2016) : Assez typique du film soigné, très grave, sur des drames et vies de beaufs à la con. L’approche est pachydermique, l’instrumentalisation presque parodique (par exemple avec l’inconnu moralisateur dans la rue – ce qui rend la séance sympathique par le mauvais bout).

Les dehors sont raffinés, les méthodes conventionnelles, le fond vulgaire. Adagio (in G Minor) d’Albinoni est servi sur toute la nuit de l’incendie – et maintenu sur plusieurs scènes, y compris lorsqu’Affleck raconte cette nuit, avec sa façon crue.

La bêtise du personnage domine les autres aspects – sa dépression, son agressivité. Ce type continue à vivre alors qu’il en a perdu l’envie et peut-être ne s’en sent plus la légitimité. Nous observons une désintégration. Il y avait donc un terrain, mais les auteurs ont décidé de limiter leur perception à l’extérieur et aux interactions les plus turbulentes. L’ensemble des personnages féminins est bien débile aussi – une manifestation de la subjectivité de ce Lee ?

Sa résistance passive-agressive est le seul trait retenu – il faut dire qu’avant le drame révélé au bout des flash-back (et coupant le film en deux), c’était un sacré tocard. Par conséquent, peu importe les malheurs de ce type, lui et le film deviennent rapidement gonflants. Mis sous pression (en milieu de séance), il sera encore plus odieux ; un véritable abruti. (52) 

Fascination/Possessed *** (1931) : Joan Crawford en femme forte née chez les prolétaires, gravissant les échelons grâce à sa beauté et sa détermination – surtout grâce à la beauté, tant qu’il s’agit d’exister pour ses cibles ; ses ruses transparentes ne causent alors aucun dommage. L’essentiel du film se passe quelques années après son intégration éclair (lors de son arrivée à New York).

Belle fin. Dommage que l’écriture ne vise pas plus large ni profond.

Dans une courte scène, le potentiel ‘bienfaiteur’ de Crawford fait l’inspection de sa recrue, commente ce que dégagent les grands axes de son visage (bouche affectueuse, donc à cacher, etc). Dommage que le film ne multiplie pas ce genre d’exemples cyniques, concrets et ‘ludiques’ ; il fait plutôt partie de ces productions théâtrales très bavardes, pleines de joutes et de confrontations avec muselière.

Par Clarence Brown, réalisateur de Flesh and devil. Avec Clark Gable sans moustache. (74)

Non coupable *** (France 1947) : La revanche d’une crapule. Met du temps à décoller, peut-être surchargé, mais le personnage de Michel Simon, ses motivations et les dialogues sont très réussis. Troisième réussite d’Henri Decoin à me passer sous les yeux. Bon aussi en tant que film sur l’alcoolisme, la solitude, le dégoût et la médiocrité d’un individu. (72)

Contre-enquête *** (France 2007) : Bon thriller mais à proscrire aux amis de la subtilité. Les dégaines des trois pervers (dont un au passage éclair) sont bien marquées – c’est l’occasion de vérifier le talent de Jean-François Garreaud, étrangement crédible dans le costume d’un type bousillé depuis sa tendre enfance et légèrement retardé à l’arrivée. Dujardin finit par évoquer OSS 117 dans ses moments les plus raides.

Quelques répliques bien pittoresques, comme : « J’ai fait des conneries dans ma vie mais faudrait pas tout me foutre sur le dos » (le tueur de quatre enfants) et « Tu vas voir ce que ça fait de se la prendre dans le cul quand t’es pas d’accord » (à Laurent Lucas). (64)

Pension Mimosas *** (France 1935) : Sur la relation entre une mère de substitution et son fils, lors de retrouvailles après que celui-ci soit devenu un gigolo parisien. Petite apparition d’Arletty. Dialogues de qualité, style ‘droit au but’ et énergique. (74)

Les manèges humains ** (Canada 2013) : Une fille accrochée à sa caméra, initialement pour tourner un film professionnel, accumule les entrevues centrées sur la sexualité. Au milieu du film son excision est révélée. Hormis pour le voyeurisme, ce film ne sert et dit pas grand chose – mais évoque le fantasme de la vierge offerte. La confession donne le seul moment à retenir. Les réactions (des deux hommes impliqués) sont étirées sans gagner en valeur ou en profondeur. Sur le même sujet, voir Fleur du désert. (48)

Le domino vert ** (France 1935) : Tourné par Henri Decoin aux débuts de sa carrière et de sa collaboration (et relation) avec Danielle Darrieux. Produit avec une version allemande en simultané par Herbert Selpin. Très bavard, avance lentement ou pour pas grand chose et s’enlise dans la seconde moitié, mais au moins ‘parle’ franchement. (46)

Froid comme la mort ** (1986) : Film d’Arthur Penn ultra-kitsch, Dead of Winter pourra plaire aux adeptes de Brian De Palma et d’Hitchcock à ses heures les plus désinhibées. Réserve de beaux moments d’appels au secours désespérés et de paranoïa justifiée, mais aussi de face-à-face grotesques et d’horreur sans hémoglobine. Se prend facilement avec humour (l’encourage vu l’abondance de détails lourdingues), mais trop luxueux et raffiné pour un ‘nanar’ même de qualité. Final plus clairement dans la farce (et en allant au bout du grand-guignol), sans perdre en charme et en intensité. Dans un registre proche, voir aussi Dead Again et Témoin muet. (6)

Le diable dans la peau *** (France 2013) : Interpelle grâce à l’acteur principal (enfant/ado), un style très sombre et une certaine originalité. Trop jaloux de ses secrets pour se développer à bon escient. Peut plaire quand on a aimé les trois opus actuels de Laugier. Tourné en Corrèze, tout se passe à la campagne (sauf scènes dans le train). (64) 

Mud sur les rives du Mississippi *** (2013) : Meilleure expérience personnelle avec un film de Jeff Nichols, après avoir été très dubitatif face à Take Shelter puis Shotgun Stories (pas vu Midnight Special ni Loving sortis récemment). Vaut pour la forme, le fond est trivial et presque désuet, mais le rythme est efficace et la sensibilité vive. Peut devenir saoulant à force avec ses histoires d’amour déçues et les leçons de vie sur le sujet ; a trop peu à dire et ses personnages ne le prononcent pas assez bien. Casting excellent, enfilant des costumes sans complexité. (64)

Aux frontières des Indes *** (1959) : ‘Ordure cosmopolite’ rapidement spotted ! Elle a le statut d’antagoniste de braves sujets de la couronne britannique. Le méchant de service est un malpropre (et une fouine comme sa profession l’indique), mais il a tout de même droit à la parole. L’establishment britannique est clairement désigné lorsqu’on entonne l’air d’Eton Boat Song (que je connaissais grâce à sa parodie horrifique dans Society).

Les décors sont magnifiques, la narration et les répartitions efficaces ; le plus important (et éventuellement gênant, quoique cela semble peu relevé et pas au point de le pénaliser) c’est que nous avons à faire à un film de colon. Le moralisme est ‘cool’ mais jamais flexible au point d’être innocent.

Au-delà de cet aspect précis, le film diffuse en abondance des laïus bien-pensants, des réflexions très générales sur les relations humaines ou entre sexes – avec une certaine délicatesse dans la forme. Il a aussi un réel charme, capable de dissiper les résistances critiques et d’enchanter un public candide.

C’est un des premiers films ‘remarquables’ de Jack Lee Thompson, plus tard ‘director’ des Canons de Navarone, des Nerfs à vif première version et de deux suites dans la saga Planète des Singes. (68)

Domino * (France 1943) : De l’esprit, de l’humour, mais aussi de l’erreur de casting, en plus de celles en interne. Se dégonfle progressivement, les interprètes masculins perdant en crédibilité, la mise en scène peu vive ne colmatant rien. Bernard Blier apparaît dans un de ses premiers rôles. Adapté d’une pièce (éponyme) de Marcel Achard (1932). (42)

L’assassin est à l’écoute * (France 1948) : Vingt minutes au début dans la salle de radio, aussi grande qu’un plateau de jeu télé bien peuplé. Enquête le reste du temps. Scénario lourd et superficiel, cabotinage généralisé. Décousu. Certains dialogues complètement cons. Les pics de violence sont encore moins crédibles que les déguisements des deux malfrats vers la fin. Parfois, de jolis décors, ou avec un relatif intérêt ‘documentaire’. Les deux personnages féminins sont plus sympathiques. (34)

Le camion blanc ** (France 1943) : Road-movie sympathique mais pas lumineux. Typique des petites/moyennes productions ‘à gros tirage’ de l’époque, versant récréatif. Une histoire fondée sur quelques embrouilles et un truc insolite (ici, le camionneur sous le signe du destin). Quasiment aucune seconde sans parole. Acteurs connus ou récurrents de l’époque (comme François Périer, sept ans après Hôtel du nord). Mise en scène plate, rigide par défaut. (46) 

Cécile est morte ** (France 1944) : Adaptation réalisée par Maurice Tourneur (tourné entre La Main du Diable et Le Val d’enfer) du roman éponyme publié en 1942. Ponctuellement, voix-off de liseur du roman. Quelques monologues intérieurs du commissaire, dont l’interprète est dépourvu de charisme. Sympathique mais pas typique ni enrichissant pour l’univers Maigret. (56)

Le jour de la haine ** (Italie 1967) : Western mélo, surfant à plusieurs niveaux sur la popularité de Django et des ‘Il était une fois’ encore tout frais. Qualités de mise en scène et superbes décors, interprétations et ‘trucs’ proches du cartoon posé, dialogues cons. (56)

L’imposteur ** (USA 1944) : Signé Duvivier, film pompeux à forte fibre patriotique tourné aux Etats-Unis pendant la seconde guerre mondiale. Cite De Gaulle. Faible intérêt en-dehors de cette fonction et faible scénario ; pas beaucoup plus riche que Le Messager sorti onze ans avant où Gabin s’égarait aussi en ‘mission’ loin du sol français. Jolie intention avec cette conversion de l’ancien condamné à mort sans foi ni attachements ; mais que de bavardages et tout est contrit (d’où un Gabin ‘faux’ comme rarement). (46)

Antibirth * (USA 2016) : DTV tapageur avec sujets vulgaires et bons interprètes (les deux principales sont Chloe Sevigny, déjà vue chez Larry Clark et dans American Horror Story – et Natasha Lyonne, découverte pour ma part). ‘Carré’ et débraillé, axé ‘mauvais goût’ psychotique/psychédélique, conventionnel et sérieux dans son genre d’écumeur de poubelles. Potentiel évident. Divertissant et assez rigoureux à sa façon, mais mou en action comme en imagination et finalement débile dans le body horror et l’écriture. S’arrête au pire moment, en soulignant sa somme d’impuissances. Pour ceux qui se sont épris de Dremcatcher. (42) 

Capitaine sans peur ** (USA 1951) : Film de Raoul Wash (L’enfer est à lui, Le voleur de Bagdad) où Gregory Peck interprète le personnage Horatio Hornblower (héros né sous la plume du britannique Cecil Scott Foster), lui-même inspiré de l’amiral Thomas Cochrane. Démarre de façon prometteuse et s’englue rapidement dans les sentiments. La bataille à la fin ‘fait le job’ mais tout ce déroulement est très mécanique. Décevant en tant que film d’aventures, sans intérêt tout court. Délaisse les mystères et prend les personnalités par le bout ‘soap’ de la lorgnette. Reste la mise en scène et les décors, au bénéfice du plaisir fétichiste du cinéphile et du nostalgique/rêveur. (52)

Il était une forêt ** (France 2013) : Troisième film de Luc Jacquet, après La Marche de l’Empereur puis Le renard et l’enfant. Avec le botaniste Francis Hallé. Pédagogique, délicat, presque doté d’odeurs mystiques. Commentaires assez triviaux (hors-informatif) et écriture bien légère. Les ‘pousses’ artificielles sont envahissantes à en devenir laides. (58)

La garçonne *** (1936) : Adaptation homonoyme du roman (à ‘scandale’) de Victor Margueritte (1922). Sort après une version censurée (1923) ; une autre sortira en 1957. Une jeune fille (jouée par Marie Bell), qui a vécu jusqu’ici à la campagne chez sa tante est rappelée à Paris par ses parents et bientôt mariée. Elle rompt avec sa famille et un certain conventionnalisme, mais pas avec les loisirs de la ville ; elle se jette dans d’autres milieux parisiens et se développe socialement, monte son entreprise avec l’aide de l’entremetteuse jouée par Arletty.

Le film ne s’étale pas sur les côtés licencieux, ni trop tristes. Il contient les éléments ‘chocs’ du livre sur un mode très atténuée (ses nouvelles fréquentations, l’opium et la bisexualité). La mise en scène est assez elliptique. Quelquefois, un peu dans la déclamation, l’assertion empruntée (l’ouverture notamment) ; mollasson sur la fin et d’une théâtralité étouffante.

Sorti deux ans après l’instauration du code Hayes aux USA, le film est complaisant avec Monique, soutient son opposition aux mœurs bourgeoises, à l’intéressement des parents. Il devient doux voire confus, plutôt que ‘recadrer’ à partir du désir d’enfant et de la relative normalité acquise par la protagoniste.

Petit rôle d’Edith Piaf. (68)

En équilibre ** (2015) : Film sur le dépassement de calibre téléfilmique et gentillet. En mode ‘oui c’est possible – mais restons prudents, aérons-nous simplement’. Doucereux, futile, s’apprécie et s’oublie vite, sauf pour des instants ‘perçants’ (et complaisants). Les doublures sont visibles, les raccourcis et fautes de cohérence aussi. À voir pour le duo Cécile DeFrance/Bernie, tous les deux bien vieillis mais sur des chemins positifs. Dommage qu’une année de mise au point soit zappée ; c’est là qu’allait se passer le plus intéressant. Le film est tourné en Bretagne – une scène passe par les marais salants. (46)

Princesse Tam Tam * (France 1935) : Notable pour la participation de Joséphine Baker, qui chante à deux reprises. Rencontre de deux cultures : on fait difficilement plus niais. ‘L’époque’ ne doit pas être la seule raison, car elle n’a pas empêché les auteurs de cumuler les sous-entendus lubriques – ou souligner le cynisme en société (avec cette fausse distance critique typique des mondains hystériques).

Avec ou sans cela, c’est le cinéma français de l’époque – celui de la mauvaise pente – dans toute sa médiocrité mais en mettant le paquet (en termes de décors, de casting -avec sa guest- ; avec les éternelles intrigues romanesques guillerettes et mal embranchées ; ici l’exotisme en bonus).

Ni rythme ni fluidité, écriture paresseuse et bordélique, direction d’acteurs catastrophique ; souvent de jolis plans et quelques prises non-triviales (la rafale de coups de téléphone, le spectacle à la fin), mais aucune performance à retenir au détail, hors des parties musicales (au bar avec les Noirs). Les moyens sont là et pour le reste on ‘bourre’.

Dans le dernier plan, un âne dévore la couverture en papier d’un livre nommé ‘Civilisation’ – dans la joie et l’allégresse, loin des ‘snobs’. On est lo’. (28) 

Coherence *** (2014) : Thriller/SF à petit budget. Séance à envisager comme un cauchemar, passant par des moments logiques et suivant un canevas qu’elle détraque un peu à loisir.

Certaines cachotteries ajoutent au mindfuck – vient un moment où il n’est plus certain que tout ça tienne. L’isolation du groupe (et de ses variantes) par rapport au reste de la ville n’est jamais bien précisée ; tout ce qui fait le cadre n’est pas défendu. Autre problème : pourquoi ces gens évitent des initiatives rationnelles et conjointes ? L’audace d’Emily peu avant la disparition de la comète permet de balayer l’essentiel de ces flous. Le final garanti de gros effets et pas des réponses rigoureuses, même si cette sortie se justifie humainement.

Des points communs avec The Invitation (mais le dîner est plus chaleureux et les membres aimables), Timecrimes/Los Cronocrimines et Would you rather. (68) 

L’envers du paradis * (France 1953) : Par le réalisateur de Princesse Tam Tam, juste avant Port du désir avec Gabin. Sentimental complet avec une pointe d’humour ‘piquant’ mielleux (efficace contre le flic, sûrement car son cas n’a rien de romantique). Dans sa phase enquête et prises de têtes, fait des mystères en excès et à rallonge. Insipide et interminable, mais jamais gênant ou agaçant – et même mignon quand le romantisme s’accomplit. Le marin échoué là est Eric von Stroheim en mauvaise condition. (42)

El Dorado ** (1967) : Huit ans après Rio Bravo, Howard Hawks dirige une sorte d’auto-reboot. El Dorado égale voire dépasse son grand frère en abandonnant la mièvrerie des familles. Il commence bien mais manque de nerf et de gravité. Robert Mitchum en alcoolique vaillant est le seul véritable motif d’amusement à partir de la remontée en scelle du shériff. John Wayne est fort badass, sans forcer, mais aussi en train des vieillir. Les américains essaient d’être plus légers voire tremper dans le second degré, ce qui ne va pas aider à dominer la vague italienne dans le western. (58)

Fast and Furious 6 ** (2013) : Quatrième opus d’affilée réalisé par Justin Lin, qui aura plutôt convaincu après la tentative Tokyo Drift et surtout avec le 5e épisode. Le sixième reprend l’action immédiatement après. Souvent drôle dans la première moitié, surtout avec le snob agressif puis servile. Tente un certain romantisme avec la manipulation de l’amnésique (Michelle Rodriguez). Un peu long, mais remplit son contrat. (52)

Tonnerre ** (France 2014) : Film doux avec des gens ‘du réel’ et un peu bohèmes. Par le réalisateur d’Un monde sans femmes avec un acteur fraîchement hype (Vincent Macaigne). Léger jusqu’à une rupture due à un excès de sensibilité du protagoniste. Après sa réaction agressive, un bizarre apaisement. (58)

Viktor and Viktoria *** (Allemagne 1933) : Basé sur un (faux) travestissement pour raisons professionnelles, avec bientôt un objectif romantique additionnel. Approche bon enfant sans devenir niaise. Le Viktor initial est assez exalté pour paraître en état d’ivresse dans ses moments normaux ; ses simagrées en rajoutent et accompagnent naturellement le film dans ses écarts vers la comédie musicale. La séance s’améliore en lui accordant moins d’attention et se concentrant sur l’héroïne (Susanne en ‘Mr Victoria’ – par Renate Muller), embarquée dans un double combat.

Aujourd’hui le film peut être repéré grâce au Victor Victoria produit en fin de carrière de Blake Edwards. Il a été l’objet de plusieurs autres remakes, tous antérieurs (ce dernier aurait-il intimidé les prétendants ?) : une version anglaise dès 1935, une allemande en 1957. Schunzel lui-même tournera une édition alternative française nommée Georges et Georgette. (68)

Premier vainqueur du Top Hebdo qui ne sera pas l’objet d’une critique. Il arrive de très peu devant The Last Girl (67), sortie récente et critiquée.

Effets secondaires ** (USA 2013) : Cet opus de Soderbergh rappelle particulièrement Contagion sur la forme (avec l’aspect oppressant des milieux urbains) et Erin Brokovich pour son postulat ; il évolue vers le thriller plus conventionnel ensuite. La charge directe contre la psychiatrie n’a pas lieu, mais la médicalisation pathologique de la société reste indiquée jusqu’au-bout (pubs pour médicaments ; réflexe ancré, recours pour accompagner le travail, la vie sociale, dans les hautes sphères même avec une compétition modérée ou déplacée). Elle sert également le suspense et montre des méthodes à haut potentiel pour les ‘méchants’ ou n’importe quel type malveillant dans un film de ce genre (quand vient l’heure de l’arrangement où les salauds ou demi-salauds se sont confondus depuis longtemps). (62)

Ned Kelly * (Australie 2003) : Sur le fameux bushranger, objet du possible premier long-métrage (l’australien The story of Kelly Gang produit en 1906). Pompeux et idéalisant, avec bande-son hystérique et casting en or (certains acteurs, comme Heath Ledger, étant alors encore à leurs débuts de haute notoriété ou de starification). Seul les physiques ne sont pas ‘surfaits’ ou lissés : un point positif. Direction d’acteurs (mâles) et décors ‘impeccables’, éclairages sombres et cajoleurs. (38)

Le grand méchant loup * (France 2013) : Triviale histoire de double cocufiage et d’ennuis des messieurs dans le mariage. Névroses superficielles de bourgeois franciliens insipides. Comédie écrit avec le cul réunissant toute la fine fleur des super-beaufs de France, avec les nouvelles types venues de Canal. Les personnages de Kad Merad et Léa Drucker ont un petit potentiel. Pas 100% non-drôle mais d’une longueur ressentie phénoménale. Inspiré d’un conte, Les trois petits cochons, qui ne semble pas peser lourd. Dans le même registre, j’avais été réceptif aux Infidèles. (26)

Le fruit défendu ** (France 1952) : Tiré du roman Lettre à mon juge (1947) de Simenon, deuxième film réalisé par Verneuil avec Fernandel dans le rôle principal. Interprètes de qualité, mais ensemble trop long, remplit poussivement ‘entre les lignes’ du récit. Tourné à Arles et Marseille. Parlera probablement davantage aux hommes ‘d’âge mûr’ plus ou moins concernés. (58)

La rose écorchée ** (France 1970) : Série B sentant l’heure de la ‘libération sexuelle’. Directement inspiré des Yeux sans visage. Mise en scène abrupte, avec des manières caricaturales sensationnalistes, parfois jolies ou relativement sophistiquées (les flous, les cadrages subjectifs), d’autres fois à la limite de la bouffonnerie agressive. Cette brutalité ne compense pas un développement trop lent et le manque d’épaisseur – et ne rehausse pas le niveau des bagarres, les seules vaguement crédibles étant les chahuts ‘sexuels’. Le film a tout de même de bonnes idées et des pics grand-guignols en réserve. Certains acteurs, surtout femmes, donnent un jeu très théâtral en restant agréables. Moins fluide et divertissant que le futur Les prédateurs de la nuit. (52)

Fenêtre sur Pacifique ** (1990) : De Schlesinger, auteur de l’excellent Marathon Man. Thriller à base d’harcèlement ‘passif’ ou maquillé, avec un locataire parasite. N’appuie pas assez sur les ressentis spécifiques et les conflits, pose un regard très ‘neutre’ tout en s’envolant vers les lourdeurs autour de son ‘méchant’. Très marqué et typique du genre à son époque. Pour quelque chose d’un peu plus ‘pénétrant’ il faut voir plutôt JF partagerait appartement de Schroeder sorti deux ans après. (52)

Lamb / Zeleke ** (Éthiopie 2015) : Probablement le premier film que je vois de cette nationalité et un des rares africains dans ma collection. Connu internationalement grâce à sa sélection pour les Oscars étrangers de 2016 (également projeté à Cannes en 2015 dans ‘Un certain regard’).

C’est aussi un premier film avec un garçon de huit ans lancé dans une nouvelle vie, avec des parents de remplacement. Il va longtemps traîner sa brebis, seul objet restant de sa mère. Le film est gentil mais pas très enrichissant, sinon pour le coup-d’œil qu’il permet de jeter sur un ‘ailleurs’ (beaucoup de temps autour de la bouffe). Propret, ne secouera personne, mais fera se balader virtuellement sur les hauts plateaux. (48)

Anthony Zimmer ** (France 2005) : Mise en scène efficace pour le suspense et pour allécher, justifiant la qualification du réal pour l’adaptation de Largo Winch – j’ai pensé à la BD. Mais le scénario rocambolesque s’auto-intoxique. La révélation finale balaie trop d’éléments injustifiables (j’en ai douté car elle m’apparaissait trop débile, impossible à assumer hors d’un état d’esprit nanardophile). À trop vouloir ménager ses super-effets le film bousille toute sa charpente. Il faudrait n’avoir aucune mémoire, être totalement submergé et acceptant, pour être ‘ébloui’ ; d’autant plus qu’à ce niveau de ‘libertés’, il n’y a plus rien de malin dans un twist.

Un remake américain est sorti cinq ans après : The Tourist avec Angelina Jolie et Johnny Depp, qui semble un mauvais client pour la relève de l’anté-glamour Yvan Attal. (48)

Cent mille dollars au soleil ** (France 1964) : Noir et blanc, avalanche de bons mots, pas très dense en terme d’aventures et rebondissements peu remuants. (56)

La barbe à papa *** (USA 1973) : Le film le plus connu de Peter Bogdanovich après La dernière séance. Choisi le noir et blanc. Au Kansas pendant la Grande Dépression. Du Lolita passif-agressif et des Raisins de la colère retournés. Les personnages ne sont pas spécialement aimables, plutôt d’un cynisme ‘blanc’, sans arrières-pensées, devenu seconde nature de ces déshérités.

Remarquable pour son enfant manipulatrice et donc en avance, consciente – performance saluée par un Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle pour cette fille de 9 ans (Tatum O’Neal). Serait un des films préférés de Fincher. (64)

Sicario (USA 2015) ** : L’intro est excellente, puis Sicario se tasse après le lancement de l’opération mystère. La fille est borderline et tremblante en excès – sa psychologie faible est à l’avant-garde, puisque les caractères sont progressivement évacués, au bénéfice de la cavalcade soap, à la limite du nanar d’exploitation avec grosses idées/gros postulat. Joue le film engagé, dur, pour des intrigues pompeuses et conventionnelles. Si vous en voulez plus sur les trafics, essayez Cartel Land.

Finalement c’est du Villeneuve as usual : ça arrive avec majesté et se déballonne avec la plus grande des délicatesses, en gardant une forme pimpante et anxiogène. Trop de façons pour en venir à nous dire que les flics et les bandits sont les mêmes. Prend des détours, laisse en suspens, pour attendre la toute dernière partie où tout se règle et s’affiche avec grandiloquence. On se croirait devant un petit frère vaniteux de No country for old men.

Induit peut-être en transe ceux qui s’y tiennent, car ne ‘lâche’ jamais sa ligne. (52) 

La French ** (France 2014) : Par un réalisateur marseillais dans son premier film solo. Film de gangsters français avec le face-à-face des deux grosses stars glamour locales (déjà réunies et même soudées dans Les Infidèles).

Tiré d’une histoire vraie (celle du juge Michel et du truand Zampa), elle-même appartenant au trafic international d’héroïne démantelé en 1975 nommé la ‘french connection’ (illustrée par Friedkin dans l’œuvre homonyme de 1971).

Les deux têtes d’affiches, voire Magimel inclus, ne sont pas nécessairement crédibles dans leur rôle, mais l’écriture est suffisamment ‘réaliste’ et viscérale pour mettre de l’équilibre. Particulier dans ses choix d’ellipses ou d’étirements. Quelques incohérences ou flous dans les formes secondaires. (56)

Caught / Pris au piège ** (USA 1949) : Opus suivant Lettre d’une inconnue dans la carrière de Max Ophuls – une adaptation de roman également. Histoire d’un mariage intéressé pesant très lourd à une jeune femme dont on ne sait trop si elle est aliénée, rongée par l’ennui, ou entre les mains d’un monstre modéré. Robert Aldrich (Vera Cruz, Baby Jane) était assistant réalisateur pour ce film.

Sur un thème similaire, plus cynique et compassionnel, mieux vaut voir Fascination. (52)

The Bible – In the beginning ** (USA 1966) : Film forcément d’une ambition extraordinaire, pris en charge par John Huston et financé par les écuries De Laurentiis. Le film représente les 22 premiers chapitres de la Genèse et le réalisateur joue Noé. Images somptueuses.

Moins soucieux que Le Message d’Akkad d’en rajouter sur la morale ou d’écarter le reste (l’Histoire et les histoires) et surtout mieux doté pour le budget et les décors. Plutôt synthétique et équitable (sauf pour Noé et Abraham qui prennent une plus large place), mais perd de sa fluidité en avançant.

Les mauvaises notes générales viennent probablement d’un ‘front’ de frustrés naturels. Les chrétiens qui pourraient ne pas apprécier de voir le grand livre mis en forme, ou trouver inappropriée la sensualité de certaines scènes et de la direction d’acteurs. Des athées et les ‘cartésiens’ pourraient s’agacer de voir des ‘énormités’ ainsi sublimées. (62)

Un tramway nommé désir *** (USA 1951) : Cette fameuse adaptation de Tennesse Williams souffre d’une grave erreur de casting, sinon d’une hypocrisie remarquable. Marlon Brando est censé être ‘bestial’ ou ‘commun’ : sa belle-sœur le lui reproche, les autres acquiescent. On lui refile des tournures se voulant caractéristiques (des prolos) et un boulot ingrat (de prolo) et l’illusion doit opérer ; le spectateur voit sa plastique ‘parfaite’ (et hors-norme par ce qu’elle réunit d’apparemment contradictoire). C’est un ouvrier au physique de boxeur et à la tête d’ange, nullement abîmé. Enfin il est fréquent que les gens du cinéma oublient de souiller leurs interprètes de miséreux ; alors forcément, quand ils en tiennent un spécialement glamour, l’ajustement devient impossible.

Cet élément gêne assez peu le spectacle, l’essentiel étant tenu par Vivien Leigh, avec son personnage exagérément dramatique et aux grandes postures esthétiques. Le film reste dépendant de son modèle ; les scènes sont longues, ‘étroites’ par ce qu’elles disent ou explorent et les restrictions physiques du théâtre se sentent également. Les personnages sont assez statiques et le flux de laius contient une majorité de choses inutiles. Les considérations sont toujours très particulières, sauf recours aux vérités générales ou traditionnelles.

Sur Wikipedia on peut lire « C’est un film mythique qui annonce l’irruption des pulsions sexuelles dans l’univers cinématographique hollywoodien jusque-là très feutré ». Or ce Tramway sort pendant la mode freudienne et arrive 20 ans après la courte époque des ‘films pré-Code’. Ce genre de justifications de la réputation du film semble conditionné par les réalisations à venir d’Elia Kazan. (64) 

Mata-hari, agent h21 ** (France 196) : Artificiel et éparpillé. Les acteurs ne sont pas fautifs, mais ne font que se croiser. Tournicote entre l’espionnage et la fantaisie historique pour s’étaler dans le tragico-romantique professionnel. (50)

La maison Russie ** (USA 1990) : Sorti peu après À la poursuite d’Octobre rouge. Film d’espionnage de toute fin de Guerre froide. À voir principalement pour le couple formé par Connery et Pfeiffer. (56)

Limitless ** (2011) : Très bon comme divertissement voire comme comédie noire, à condition d’accepter une certaine naïveté (dérisoire par rapport au Lucy de Besson). Elle pose quand même quelques problèmes notables : soudain, pour l’amie de Cooper, l’optimisation des capacités se traduit par des perceptions sensorielles de cyborg ; on devine des choses plus vite que le surdoué artificiel ; puis il y a ce foirage final. La séance se suit sans ennui et avec quelques enthousiasmes. (62)

Starbuck ** (Canada 2011) : Pas si mauvais que je le redoutais, mais mielleux et conciliant au lieu de prendre son sujet à bras le corps. Le postulat est insolite, les personnages gentils, l’écriture pas brillante. L’ambiance est douce et pas désagréable, sans être accrocheuse. L’origine québecoise doit être pour beaucoup dans la popularité du film (bien achalandé pour son pays et avec des accents et tournures amusantes pour les étrangers francophones). (46)

De l’autre côté du periph * (France 2012) : Ce film engage Omar Sy un an après Intouchables, pour servir sa volonté de créer (lancer?) une Arme fatale française (cite Le flic de Beverly Hills et Le Professionnel). Le résultat peut attirer la sympathie mais sûrement pas l’admiration. Le film joue à fond et exclusivement sur les oppositions – avec un personnage original pour le cinéma dans ce genre de postures, mais plutôt commun au fond : celui de Laffite. Il incarne un jeune connard droitiste arrogant, cynique et soucieux de son image. De quoi valoriser son côté psychopathe (voir Elle). Pour le reste, c’est trop banal, avec des bouffées racoleuses et une capacité modeste mais certaine à amuser. Le récit sera rattrapé par la démago, après l’avoir employée mollement. (38)

L’Homme qu’on aimait trop ** (France 2014) : Septième collaboration de Téchiné avec Deneuve pour une commande manifeste. Tiré d’un faits divers des années 1970, prend le parti ‘contre’ le tueur présumé, interprété par un Canet assombri, quelques mois avant La prochaine fois je viserai le cœur. Deneuve apparaît vieillie et rabougrie à la fin (Canet aussi, mais là il n’y avait pas d’image à entamer). Les acteurs sont convaincants mais l’ensemble est tiède, à force de louvoyer. (54)

Equalizer ** (2014) : Adaptation d’une série diffusée sur CBS en 1985-99. Sombre et énergique, sans entrer dans la débilité ou la confusion visuelle – la réalisation a été confiée au director de Training Day. Le protagoniste est dans la continuité pour Denzel Washington et relève du vigilante movie. Ses capacités très développées avant d’entrer dans le lard rappellent Limitless – mais dans celui-là rien n’est si méthodique ou méritoire. Malgré ses gadgets ce Robert utilise son corps, s’expose et subit les mêmes limites que beaucoup de monde (transports en commun, marche à pied, boulot sans gloire le jour). Quelques très bonnes scènes (confrontations où la violence est retardé ou déplacée ; ou certaines scènes lourdes de symboles brillant surtout par leur texture). (58)

Tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir des parents communistes ** (France 1993) : Entre les clichés balourds plus posés et la tendresse. Sans hystérie mais peu réfléchi aussi. Josiane Balasko montre l’étendue de ses talents. Quelques courts instants ou dialogues pour refléter la valeur du communisme pour les gens. (48)

Flic ou voyou ** (France 1979) : De Lautner avec les dialogues de Audiard. Marquait le retour de Belmondo après deux années sabbatiques ; lancement d’une nouvelle période, où il allait devenir une caricature. Du rocambolesque mais trivial dans tous ses ressorts, dans le cabotinage à tous les niveaux et presque aussi creux que Ne nous fâchons pas. (48)

Devdas ** (Inde 2003) : Largement diffusé en Occident en 2002-03, Devdas fait partie des rares films indiens actuellement connu par nos foules. Il est responsable de la popularisation de Bollywood, industrie de comédies musicales (gratinées) dont cet opus reste un des plus luxueux. Adaptation du célèbre écrivain bengali Chattopadhayay (‘Chatterjee’) et de son équivalent de Romeo & Juliette local. Tient ses promesses. (60)

Danger : Diabolik ! ** (Italie 1968) : Vu sur Arte où il est désigné comme un « nanar » jubilatoire. Tiré d’une série de fumetti (BD italiennes) nommée Diabolik. Certainement mieux équipé et plus habile mais pas plus passionnant que Flash Gordon ou les berezina semi-volontaires dans ce registre. Très créatif quoique typique des fièvres esthétiques sixties. Certaines productions audiovisuelles (clips, Austin Powers) recyclant les logorrhées chromatiques et érotiques de l’époque passent par ce film ‘culte’. Les acteurs et personnages y sont peu importants ou accablants (Piccoli semble égaré ou retenu de force), quoique pas autant que le scénario. Bava avait déjà versé dans le psychédélique avec The Trip. (46)

Doctor Dolittle * (USA 1998) : Vu en VF avec donc un sifflement désagréable pour le hamster. Humour infantile, potache et scato. Eddy Murphy est très bon comme d’habitude. (36)

MINI-CRITIQUES 3

24 Juin

Témoin muet ** (Allemagne 1995) : Essai ambitieux et haut-en-couleur, où une fille semble découvrir le tournage d’un snuff-movie. L’intro grotesque parodie celle de Blow Out, déjà sarcastique, en tirant vers la ‘dark zone’ chez Hélène et les garçons.

Cache-cache ; duperies (et faux suspenses) en présence de la police ; puis la traque et le grand piège. Au bout, rebondissements constants – donnant un avant-goût du plongeon vers la diarrhée d’action pour la dernière ligne droite du prochain film d’Anthony Waller (Le loup-garou de Paris).

Garde un côté bis très propre et sensationnaliste à la fois ; glauque et aérien, bis irréel. Le cachet photographique et plusieurs détails dans les scènes à haute tension rappellent Argento (celui de Suspiria et Opéra).

Prix du Jury Fantastic’Arts 1996, l’année où Le Jour de la bête remporte le Grand Prix. (62)

The Refrigerator ** (USA 1991) : Bouffonnerie assez colossale et très décalée. Du nanar de haute volée, souvent délié, plein d’énergie, conséquent dans ses fantaisies, avec une certaine recherche dans la mise en scène (et peu de préoccupations pour l’élévation technique). Essaie des sketches sexuels façon Nightdreams ou Dressed to Kill. Yo-yo permanent : ennuyant voire assommant, enthousiasmant la séquence d’après grâce à son culot. (52)

Contracted *** (USA 2013) : Centré sur la contamination d’une jeune fille/grande ado après une relation sexuelle peu/non-recherchée. La sanction est d’autant plus cruelle. Anxiogène et intense, unité d’action, état d’esprit ‘jeune’. La victime est prisonnière du cynisme ou de l’indifférence des autres, dont les jugements sont souvent faux ou négligents ; elle tend à être niée et objectivée. Les transformations sont spectaculaires et repoussantes même si la fille conserve, un temps, une certaine attractivité – le phénomène ressemble alors à une transition vers un état de créature désespérée (et hargneuse ?), peut-être celui d’une sirène. (70)

Impasse des deux anges *** (France 1948) : Dernier film de Maurice Tourneur, où un romantisme froid vient troubler des matérialistes épanouis. Une femme s’apprête à épouser un aristocrate, vieux con (encore frais) qui veut en faire sa chose. Simone Signoret a un jeu affecté au début ; crédible en réaliste sans états d’âmes, excessive quand elle passe en mode garçonne ; en même temps, un tel profil est vraisemblable. Idem pour l’artificialité de certains (totalement crédible vu le milieu).

Le film tire toujours des vertus de la fausseté des individus, de leurs propres mises en scène. Les dialogues peuvent être redevables de leurs absurdités et de leurs prétentions (les laïus de la vieille la jouant maîtresse des us de salon et du cynisme parfumé, les tirades de ‘monsieur’ : « Je suis pour les traditions c’est la superstition des gens bien élevés »). Spirituel, malgré un manque d’élan dans le développement. Les gens espérant de l’émotion ou des grands sentiments incarnés seront déçus. (68)

Monsieur Hire *** (France 1989) : Leconte s’approche du thriller glauque en gardant sa fibre sentimentale (la comique est exclue). Michel Blanc joue un antihéros dont le type semble être ISTJ 5w4 mais romantique (Secondaire radical, plutôt non-actif et Émotif sur la caractérologie de Le Senne). Ce protagoniste semble atypique ; il est surtout [l’asocial obsessionnel] extrême – un type triste et sombre, inhibant ses réactions, semble peu animé ou de manière très sélective.

Le film rappelle Le Locataire de Polanski, même si la comparaison le disqualifie. Éclairages contrastés, participent à un travail d’ambiance important et concluant – le scénario est presque conventionnel, le traitement de fond reste assez fade (la pudeur est probablement en cause). Très court (à peine 80 minutes). Le ‘theme’ est sur-exploité. Si vous avez aimé, essayez Willard (pour le solitaire excentrique ‘amoureux’ des souris) et Les Vestiges du jour (pour l’espèce de schizo formaliste). (72)

Visiteurs extraterrestres *** (1993) : Fait beaucoup languir mais ne se dérobe pas, sera démonstratif. Donne même une superbe scène ‘d’horreur’. Ciblé, pas de trous d’air, les moments flous ou apparemment superflus trouvent une réponse/dénégation ou une utilité. Compatible avec les attentes des fans de Spielberg et du public de Stranger Things. (68)

Killer Crocodile ** (Italie 1989) : Nanar réputé dans le domaine de la boucherie animalière. À base de croco radioactif. Comme Refrigerator, vaut largement le coup pour les amateurs de détritus savoureux/insolite ; n’a pas la folie de ce dernier. Personnages bien typés, dialogues de lucide bourré ou parodique, pas de temps morts, générosité dans l’action et les drames. (54)

Le miroir se brisa *** (UK 1980) : Tiré d’un opus de Miss Marple, la saga d’Agathie Christie. Frappe surtout via son casting. Charmant notamment grâce aux décors, dialogues bien affûtés, le niveau de tension est plus modeste. Par Guy Hamilton, réalisateur spécialisé dans les James Bond, également auteur de l’adaptation Meurtre au soleil concernant la romancière. (68)

Le jeu de la mort * (Hong-Kong 1978) : Dernier film de Bruce Lee, à la notoriété dopée par l’hommage de Tarantino via Kill Bill. C’est un gros bricolage, le film de base tourné en 1972 étant complété par des ajouts de 1978, doublant sa durée (de 40 à 82 minutes, ou 96 en version longue).

Différent de Big Boss ou La Fureur de Vaincre/du Dragon, cet opus donne beaucoup de place à une intrigue policière et tout y est plus occidental (divertissements, médias, etc). Les personnages sont très affectés, sans le minimum de ‘suite’ et de sensibilité présent dans les opus cités précédemment.

Montage brutal, scénario très bricolé et s’évaporant à partir d’une trentaine de minutes, rythme hystérique. Ni grâce ni ennui, ni intérêt à développer, sauf essentiellement pour les fétichistes et les fans. Pas de quoi inhiber les opportunistes : ce Jeu de la mort lance une saga. (38)

Le choc des titans *** (USA 1981) : Encore plus kitsch qu’Excalibur ou Legend, cette représentation du mythe de Persée fait défiler un grand bestiaire de dieux, créatures naturelles, mécaniques ou surnaturelles, héros, sages et souverains, etc. Les décors/maquettes sont monumentaux, les effets spéciaux désuets (dès le vol de mouette en ouverture). Les espèces d’animatronics relèvent plutôt du dessin animé.

Harryhausen tire une révérence embarrassante d’un point de vue tech(nolog)ique, car sa contribution artisanale est en dissonance avec le reste ; mais le charme opère encore et cette participation achève d’inscrire le film dans un esprit plutôt ‘cartoon’ et ‘fantasy’ innocent, à l’exotisme réel mais discipliné – comme un reflet inversé de Conan. (70)

La Nuit du jugement * (USA 1993) : Film de série B avec actions intenses, scénario débile et personnages insipides. Photo sombre, tons bruns et glauques, plans réfléchis et parfois insolites. Survival urbain et souterrain charriant du néant. Travail sur l’atmosphère, bande-son typée. Un film raté de plus dans la carrière de Stephen Hopkins (Perdus dans l’espace, L’ombre et la proie), avec des qualités techniques et un beau potentiel esthétique, mais rien dans le ‘ventre’. (38)

Le caporal épinglé ** (France 1962) : Adaptation d’un livre de Jacques Perret, commençant sur la fin de la ‘drôle de guerre’ (1940). Renoir (assisté de Guy Lefranc) reprend le thème de La grande illusion, sans donner dans le mielleux et l’euphorie cette fois. C’est son avant-dernier film, à un moment où il est déjà passé à la retraite concernant le cinéma, préférant la télévision, le théâtre et l’écriture.

Les personnages (hommes en âge de servir, jeunes pour la plupart) se comportent en galopins, rebelles en étant fuyards ou dissidents sur des questions pratiques, sans aller ouvertement dans des confrontations désespérées (pas d’héroïsme). Successions de tours, de déplacements et replacements ; éparpillé et insipide, en exprimant amour conséquent (profond mais primaire) de la liberté (sans idéalisme par ailleurs).

La direction d’acteurs semble aléatoire. Quelques dialogues forts envoyés par Claude Rich. (52)

Les Révoltés du Bounty *** (USA 1962) : La mutinerie sur le navire Bounty (1789) a inspirées de nombreuses œuvres, dont un roman de Jules Verne et un autre de Robert Merle, puis au moins deux films avant celui de Milestone en 1962. Il faut le voir pour ses qualités plastiques au sens large (temps à Tahiti, Technicolor, costumes). La construction est un peu ‘flottante’. Trois heures c’est trop long pour que ça contient et ce que ça envoie. Les personnages sont brillamment portés et habités, plus courts en eux-mêmes ; les portraits sont succincts, les auteurs jouent sur la solitude du pouvoir mais laissent couleur au lieu d’aller en profondeur – alors qu’il y a le terrain pour. De bons dialogues, de bonnes gueules ; courts passages éloquents (face-à-face tendus, tribunal). (64)

Mais où est passée la 7e compagnie ? *** (France 1973) : Premier vu de la franchise. Un classique du film de bidasses (genre dominé par les français à l’époque, concernant le grand écran).

Réalisation brutale, pataude au début ; des gags pachydermiques, les meilleurs sous forme de farces prenant le temps de s’étaler (ne pas confondre avec le running gag) – au contraire du second opus, plein de jets ‘spontanés’ s’écrasant aussitôt. Les scènes contre les allemands, ou à leur détriment, sont les meilleures ; plus mordantes, sans sacrifier l’esprit ‘gentil’.

Cet opus garde la meilleure réputation de la trilogie – il est largement au-dessus de ce qui doit venir en effet. (64)

Pathology *** (USA 2008) : Cousin d’Anatomie, cite également le serment d’Hippocrate (avec une ouverture gênante), avec deux nuances colossales. Cette-fois le serment n’est plus dévoyé mais carrément oublié, même si dans tous les cas c’est le tremplin à une curiosité perverse. Et surtout il ne s’agit plus d’approcher la bête ou le complot ; la focalisation est à l’intérieur.

Inclus dans un groupe de tueurs peu après son entrée dans l’unité, le protagoniste est l’un des seuls individus sympathiques – il arrive à le rester malgré ses crimes. Car c’est notre repère au milieu du panier de crabes (celui qui se frotte à notre place, qu’on s’y projette ou l’accompagne doctement) – son ignominie est relativisée par celle des autres.

La folie des grandeurs est en ligne de mire mais s’avère moins pertinente pour ces cas-là que la recherche de sensations fortes. Style prévisible, droit au but, soigneusement malsain ; pour une séance intense, sans niaiseries ni pudeurs. Quelques passages fondent vers le clip glauque (avec percées SM) et le sexe est récurrent après les meurtres (à deux). (72)

On a retrouvé la 7e compagnie ** (France 1975) : Toujours à la télé (sur TMC), je découvre la première suite d’Où est passée la 7e compagnie. Même configuration au début, puis cette fois l’équipe (une seule modification, avec Aldo Maccione remplacé) se retrouve détenue dans un château avec des officiers français. Les crétins doivent assurer le salut et l’évasion des grands, ils vont multiplier les évasions et les pas de côté.

Le spectateur est jeté directement dans les événements et donc dans la gaudriole. Le résultat est sans ressorts. Aucun rire pour ma part, contrairement au premier opus. La réalisation ne s’est pas améliorée et la laideur s’est ajoutée. Les personnages secondaires sont sous-exploités, y compris les truculents comme Jackie Sardou (en vieille Crouzy). (46)

Cotton Club *** (USA 1984) : Francis Ford Coppola récupère cette salle ‘mythique’ à Harlem, où des noirs jouaient (et dansaient) – Cabe Calloway et Duke Ellington ont triomphé ici. Le film se déroule donc pendant les roaring twenties (sœur américaine des années folles) puis la Prohibition.

Le Cotton Club sert de fond et d’ambiance au moins ; les spectacles (claquettes et autres) passent régulièrement au premier plan régulièrement. Le trompettiste (cornettiste ?) Dixie Dwyer est une des rares exceptions (joué par un Richard Gere, qui semble plus jeune et vulnérable que dans American Gigolo) sur le plan racial – d’ailleurs ce protagoniste n’existe qu’en fiction. Un casting de ‘masse’ défile et le tout s’achemine vers le clash de gangsters, avec tornade finale.

Coppola essaie de faire quelque chose d’ample, sur une surface réduite (script et rapports humains compris). Derrière circule une petite foule de personnages et de situations, qui resteront secondaires mais se relient (les affaires raciales, les concurrences amoureuses, les ambitions et les -sales- coups).

Le film s’élève à un niveau technique qui reste rare et mobilise une reconstitution très exigeante. (74)

L’économie du couple *** (Belgique 2016) : Lui a une personnalité infecte ; un passif-agressif, toujours en position de victime puis de revendicatif lésé. Elle est impitoyable, dans l’entre-deux entre dureté et abus vis-à-vis de son mari, face auquel elle ne veut rien céder ; veut en faire le comptable et responsable de son dégoût, ses amertumes ?

Film de mœurs, assez trivial et ‘français’ à l’arrivée, mais lucide sur les rapports en famille et les confrontations de deux anciens amants sortis de leur joyeux sommeil. Petits instants Tellement vrai chez les petits-bourgeois.

L’éducation des enfants semble regrettable. Les gamines prennent des largesses. Les dommages viennent notamment de l’irresponsabilité et des faiblesses de la figure paternelle. Point de vue cohérent de la part de Joachim Lafosse, auteur du plutôt réac Élève libre. (64)

Toni Erdmann *** (Allemagne 2016) : La protagoniste a une fonction proche de celle de Clooney dans In the Air, l’issue du film est très différente. Le point de vue est sidérant, à l’image des personnages, qui se débattent avec leur perplexité de gens pauvres et stériles (et bien lotis). Le film n’est pas dans la moquerie, plutôt dans la tentative d’empathie et le soutien passif, à la façon d’un guide bienveillant et non-directif – comme la femme aux œufs (à la compréhension surprenante). Humour acide, précis, étalage de malaises, froideur constante.

Très mécanique, joue sur la surenchère quitte à l’enfoncement (côté Ma Loute). Au programme, du pétage de plombs/de la régression d’absurdiste tout neuf et trop vieux, décalé – à sec. Le père, avec ses errements et ses missions-rôles, montre qu’il n’est pas un génie de la blague, mais un lourdaud ‘entier’ dans ses provocs. En théorie le récit est celui d’une double-libération ratée, les oppositions sont surlignées – c’est le clash du Fi loser vivant sur ses grosses rentes vs TJ usée, sauf qu’un demi-siècle après 68′ c’est bien la jeune qui assume le sérieux. Ce père est un peu un nul, vieil optimiste et humaniste primaire (‘il faut vivre’, « le bonheur » etc) ; inconséquent dans son rôle, sait pas réparer.

Idée du travestissement pour arriver à communiquer, pour rompre avec les ‘voies sans issues’, la vie trop réglée et l’âme glacée, etc ; pour briser le faux ce n’est pas géant – mais tentative rapprochements entre êtres, incapacité à sortir de rôles pré-écrits, personnages ‘vides’.. Le sens de l’humour est inaccessible (à Ines/Sandra Huller), comme toute sincérité. (70)

L’attaque des crabes géants ** (USA 1952-57) : Roger Corman, phobie nucléaire, crabes radioactifs et mémoires d’humains mutés. Évoque les vieux rêves du cerveau humain (sans âme) sauvé après la mort. Contrairement à de nombreux concurrents, ce bis montre la créature régulièrement. À son échelle les effets spéciaux sont convenables. Très court. Sérieux, active des rengaines fondamentales, sans forcer ni se planter. Bon spécimen pour les fans de ‘nanars’ sauf s’ils espéraient la folie des grandeurs ou une vraie nullité. (54)

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Autres Mini-critiques : 9, 8, 7654321 + Mubi 4, 3, 21 + Courts 2, 1 + Mubi courts 2, 1

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L’ÉVENTREUR DE NEW YORK **

25 Mai

2sur5 On trouve difficilement plus malsain qu’un tel film, difficilement plus loufoque aussi. C’est kitsch mais maniéré, ça s’annonce un peu comme du Sadique à la tronçonneuse amélioré. Le mariage du giallo et du slasher (comme l’a fait un peu plus tard Bloody Bird, avec élégance et fureur) fonctionne, les deux cahiers des charge sont fusionnés avec brio. C’est l’apparence du rejeton qui pue, fidèlement à son destin et même au-delà.

Dans une salle de cinéma, un théâtre porno. Parmi les spectateurs de la représentation, sous l’impair gris, c’est une femme qu’on retrouve et c’est certainement celle qui se délecte de la façon la plus ouverte. La transcendance des déviants italiens est un peu là, dans cette exposition brutale de motifs féminins impossibles traduisant quelques gros problèmes et fixations à l’égard du genre. Fulci, connu pour une trilogie gore (L’enfer des zombies, Frayeurs, L’au-delà) se rapproche ici effectivement de Argento qu’on a souvent, à tort, rangé dans la même case. Mais la proximité n’est encore que dans les thèmes et a plus de sens sur le papier.

Justement L’Eventreur de New York est un film outrageusement stylé et fait de Fulci le cinéaste qui a osé, pas tant allez si loin (invasion du sexe – sale, souvent), mais allez là, dans ce torrent d’absurdités et d’immondices qu’il nous balance comme personne. Avec la liberté d’un zeddard mais une certaine précision, une cohérence, que d’autres n’auraient pas manifestées.

Mais pourquoi ce tueur… aux cris de canard… Quel est le projet, le délire, l’ambition ? Fulci se sent coupable de délivrer un travail (relativement) de qualité et doit alors le saboter avec un élément nanardesque irrécupérable ? Le fétichisme total ne saurait se passer d’une louche de comédie beauf ?

Ces bizarreries sans grâce plombent rapidement le film et le rabaisse à un produit d’exploitation avec ses qualités mais pas moins aberrant. Fulci reste l’esclave de ses tourments d’enfant glauque et de son incroyable mauvais goût, restant sur l’estomac plus qu’il ne suscite de trouble consenti ou d’attraction.

Autre point à la décharge de ce parangon de déviance vintage, L’éventreur de New York est largement tributaire de Maniac, sorti deux ans plus tôt. Au final, c’est un produit décalé, un maelstrom confus pouvant susciter une certaine sympathie voir pour les amateurs d’épanchements scabreux, quelques extases. On peut trouver du charme n’importe où. Le bis dégénéré est là pour ça.

Note globale 46

Page Allocine & IMDB + Zoga sur SC

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