Tag Archives: Trilogie Il était une fois (Sergio Leone)

IL ÉTAIT UNE FOIS EN AMÉRIQUE ****

30 Jan

il était une fois en amérique

4sur5  Troisième et dernier volet de la trilogie sur l’histoire américaine de Sergio Leone (les Il était une fois), Once Upon a Time in America est aussi l’ultime film du réalisateur italien. Objet massif, chef-d’oeuvre terminal, fresque d’une durée (3h49) voir d’une ampleur équivalentes à Autant en emporte le vent, Il était une fois en Amérique fait l’unanimité et érige Sergio Leone au rang des fournisseurs de classiques absolus, tant pour le public que la critique, parfois réticente face à ses œuvres. Il aura fallu le premier opus des Il était une fois, celui dans l’Ouest, pour que celle-ci accepte de réviser son jugement.

Il était une fois en Amérique est cependant en-dessous de ses deux prédécesseurs. En participant à la nouvelle vague d’évocations épiques du gangstérisme, entamée avec Le Parrain de Coppola en 1974, Sergio Leone apporte son style propre mais semble parfois légèrement cadenassé par cet univers dont l’aura mythique ne lui est pas tant redevable, contrairement au western spaghetti où il règne sans partage. Le résultat de ces 30 semaines de tournage et d’un budget assez pharaonique de 30 millions de $ oscille entre génie formel pur et classicisme chahuté par l’ultra-violence, avec cette touche sombre et bonhomme inimitable de toute création signée Leone.

Il y a paradoxalement un certain dépouillement dans Il était une fois en Amérique, lié à sa conception du temps et à la destinée cocasse de Noodles. Ce personnage interprété par Robert DeNiro est un gangster redoutable dont la carrière et la vocation sont finalement avortées. Au début du film, Noodles est absent de chez lui et d’autres meurent à sa place ; à la fin, il est à nouveau dans la fumerie d’opium, rêvassant à défaut de prendre toute sa part. La construction des films de Leone a toujours été irréprochable, comparable à celles d’un Kubrick, la différence majeure étant dans l’objet : Kubrick fabrique des systèmes, Leone des épopées humaines.

Ici cette construction s’avère particulièrement complexe, à la limite du sinueux alors que le résultat semble étonnamment limpide et synthétique. Les fabuleux enchaînements marquant ce film ne sont pas seulement des prouesses techniques brutes : ils renforcent cette sensation d’allez-et-venir sans que le temps n’ait de prise, sans que le vrai et la logique ne puissent atteindre cette histoire. L’ascension et l’exclusion de Noodles sont remplies de choses triviales et pourtant sont magnifiques. La dernière clé du film sur cette vie volée fait prendre conscience de l’envoûtement exercé et de l’échappée qui s’est produit.

L’imagination personnelle du spectateur peut s’approprier l’objet sans le dénaturer. Ce destin gigantesque plombé par les remords et la souffrance, ces 35 ans de vide que nous avons traversés la tête dans les flash-backs, constituent une prouesse remarquable de la part de Leone. La faille du film, ce n’est absolument pas d’être un film obèse, mais plutôt d’empêcher certains personnages de prendre tout à fait prise, certains d’entre eux et d’entre elles apparaissant comme des formes à la présence et aux caractères marqués, mais dont la personnalité est somme toute fantômatique, elle aussi. Ce genre d’angle mort n’est ni sans charme, ni incohérent.

Note globale 79

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IL ETAIT UNE FOIS LA REVOLUTION ****

25 Déc

il était une fois la révolution

5sur5  Après avoir définit le western spaghetti et atteint un sommet avec Il était une fois dans l’Ouest, Sergio Leone se permet Il était une fois la Révolution. Avec cet objet improbable, un géant désormais reconnu et respecté met le feu à tout un genre, à sa carrière, laissant les producteurs et les observateurs perplexes. Alors que les variations parodiques du western spaghetti émergent tout juste, les Trinita avec Rod Spieger venant de démarrer, Sergio Leone semble rejoindre cet univers, tout en réalisant un film valorisant plus que jamais son génie, soutenu par des décors gigantesques, une mise en scène sophistiquée, des morceaux de bravoure électrisants.

Il était une fois dans l’Ouest subjugue, certaines séquences en arrivent à rendre obsolète une approche critique. Il était une fois la Révolution n’a pas ce lyrisme exacerbé, ni cette fibre romantique ; il est même grossier a-priori, ne craint pas de se souiller avec le trivial. Et pourtant, il sidère par sa splendeur, son unité, sa beauté de chaque instants, même dans les recoins les plus gras. Il met KO et montre au cinéphile blasé que la surprise et la fascination sont encore possibles. Mêlant gaudriole et gravité, badass et nihilisme, Il était une fois la Révolution est un produit bien trop acrimonieux, hirsute et incorrect pour devenir un classique.

Il est loué mais néanmoins camouflé derrière les deux autres opus de la trilogie américaine de Leone, or il les vaut largement, car lui aussi est un climax. Leone y exprime une sensibilité autre, énorme et généreuse. Il affiche son point de vue fataliste sur la Révolution, notamment via une fameuse sortie de Steiner (77e minute), ce genre de considérations sanguine vous pétant à la gueule, valant mille fois ce qu’un Tarkovski (Andrei Roublev, Le Sacrifice) met trois heures à toucher du bout des doigts. Langage grossier à foison, ajouts pittoresques, flirt avec le pastiche, ralentis sentimentaux dont la part d’ironie et de premier degré est indistincte : Il était une fois la Révolution est aussi bourrin que passionnant. Une sorte de pré-Mad Max obscène et grand.

Note globale 86

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IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L’OUEST ****

28 Nov

il était une fois dans l'ouest

5sur5  Après la Trilogie du Dollar (ou de l’Homme sans Nom), Sergio Leone signe celle des Il était une fois. À l’instar du final en apothéose de la précédente trilogie, Le Bon la Brute et le Truand, l’ouverture des Il était une fois est un classique ultime, venu balayer tous les torts prêtés à Sergio Leone. C’est avec ce film que le cinéaste désarme les critiques, ce qu’il rééditera seize ans plus tard avec le chapitre final de sa carrière, Il était une fois en Amérique (1984).

C’era una volta il West est au western ce qu’Halloween est au film d’horreur ou Alien à la science-fiction : le film final, dominant et se libérant simultanément de son domaine. Leone voulait en finir avec les westerns mais les producteurs n’attendaient que cela de lui, il a donc dû assumer ses orientations nouvelles avec les Il était une fois. Le changement de ton est marqué ; loin du côté rigolard de Pour une poignée de dollars ou même de la Révolution qui va suivre, Il était une fois dans l’Ouest est une grande marche élégiaque. La mélancolie toujours discrètement présente chez Leone s’expose au grand jour et Leone raconte la fin d’un mirage : la fin de la conquête de l’Ouest et donc de tout le mythe qu’il a constitué.

Une légende se déploie sous nos yeux, celle d’un film et celle d’un territoire. La modernité s’installe, le sadisme et la violence règnent toujours, les derniers moments de ce règne marqueront à jamais. Le point de vue de Leone n’est pas dépressif, il tient plutôt du fatalisme bonhomme et majestueux. La mélancolie existe toujours en lien avec l’activité ; les personnages de Leone sont résignés mais pas moins combatifs. Claudia Cardinale, seul personnage féminin, ne se laisse pas plomber par les tourments et malgré ses doutes, sa volonté de retourner à La Nouvelle-Orléans où elle aura un avenir bien plus sûr, elle incarne la possibilité d’une renaissance de ce Far West.

Ainsi elle décide de rester, bien qu’elle ait tout abandonné pour rejoindre une famille décimée par les monstres éternels de ces lieux. C’est qu’elle doit aller au bout de son destin, même s’il a été brisé en chemin. Si on laisse les choses couler, les zombies de La Horde Sauvage vont naître à la prochaine génération et tout emporter sur leur passage. Sergio Leone fait de l’acceptation de son sort et d’une réalité affreuse mais surmontable l’équilibre, l’occasion de réconcilier le vice et la vertu, l’élan et l’ancrage, le sentiment de connexion à l’univers et l’individualisme le plus mesquin.

Avec Il était une fois dans l’Ouest, le cinéma de Leone se découvre une délicatesse, voir un côté glamour, lequel allié à sa force intrinsèque abouti à un résultat proche de la perfection. La séance est parfois proche de l’hypnose, peut-être moins dans le milieu du film. Sergio Leone transcende la notion même de classique : rendant hommage à John Ford (La Prisonnière du désert, La Chevauchée fantastique), il livre une œuvre gigantesque et personnelle, divertissante à tous les degrés, synthèse du western américain des premiers temps et du western spaghetti.

Il prépare le terrain de Peckinpah et laisse l’une des bande-originales les plus époustouflantes de l’histoire du cinéma. Signée Ennio Morricone, celle-ci comprend quatre grands thèmes, chacun assimilé à un des principaux personnages et joués lors de leurs apparitions. Il y a le son glaçant de l’harmonica associé à Charles Bronson, un orchestre mobilisé pour l’homme le plus complexe de la région (Frank), les envolées lyriques pour héroïne de tragédie, le pittoresque improbable de Cheyenne. Pour un objet si époustouflant, il fallait bien une somme ahurissante de talents : outre cette partition musicale et ce casting prestigieux, il y a également deux immenses cinéastes au scénario, Dario Argento et Bernardo Bertolucci, puis cette photographie de Tonino Delli Colli, collaborateur de tous les cinéastes les plus connus de son pays.

Note globale 94

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