BODY SNATCHERS ***

3 Juin

4sur5  Belle série B aux envolées cauchemardesques et aux tunnels lyriques, Body Snatchers fait partie des transferts sur l’écran du roman L’Invasion des Profanateurs. Il existe trois autres films inspirés du même ouvrage, considérés comme des remakes mais les quatre versions sont parfaitement indépendantes.

Allégorie de la solitude adolescente

La solitude dans la ville béante, le chaos et l’angoisse sourde derrière l’abondance appelaient Ferrara, cinéaste du désenchantement et de la compulsion au sublime même dans l’ombre des horreurs ordinaires. Le contexte, dans sa version, est sur le papier et dans les faits moins ambitieux puisque l’action se déroule dans une cité isolée et non dans une grande ville, comme c’était notamment le cas de la seconde adaptation. Toutefois la façon dont l’infiltration se déroule et l’ordre extraterrestre s’impose est tout aussi vénéneux. Et on y succombe avec délice.

Poursuivant les extrapolations autour du sujet matriciel (le conformisme et l’apathie généralisée, concrétisée par l’hégémonie d’aliens volant les identités pendant le sommeil), Body Snatcher joue sur une angoisse très profonde. Il déroule la mise en doute dans l’identité (comparable à celle éprouvée dans Society de Stuart Gordon, au scénario de ce film de Ferrara) ; où l’environnement dans lequel on baigne s’avère une pure surface ; où les individus mêmes les proches deviennent la froide parodie de leur enveloppe. De surcroît, les processus s’opèrent dans un terrain en vase-clos, un bout du monde (la famille aménage pour un mois auprès d’une base militaire en Alabama pour raisons professionnelles du père).

Body Snatcher offre une magnifique représentation d’une certaine perte de sens propre aux mutations adolescentes. Pendant toute la première partie, il développe cette sensation d’isolement. Où on se sent progressivement passer dans un monde parallèle, parce que vos semblables sont tous les mêmes mais ne sont plus de simples mortels comme vous. Cohérent dans sa dialectique, le film se transforme dans sa seconde partie en survival tétanisant, pressant ses héros à la lutte et à l’hypocrisie.

Film politique

Les Profanateurs (le roman et le premier film) ont généralement été considérés comme des allégories anticommunistes. Cinéaste politique, aile psychique (L’Ange de la Vengeance est épris de justice et de sacré, avec sa morale dissidente), Ferrara agrémente avec force et clarté la dimension sociale et idéologique du matériau, tout en donnant la priorité à leur conversion spectaculaire. Dépassant largement le simple cadre d’inspiration bolchévique, Body Snatcher se concentre sur un trait essentiel de l’autoritarisme, le conformisme, décliné sous plusieurs formes et se définissant par l’acceptation sans restriction de son caractère de maillon dans la société, dévoué jusqu’à sa dernière parcelle à l’autorité.

D’une part, les extraterrestres invitent à la résignation : ils y voient à la fois une fatalité, une nécessité, mais aussi une voie salutaire et la meilleure qui soit, aussi ils tentent de persuader, mais en dernière instance agiront par la force. Par ailleurs, une faction de ces extraterrestres évoque « la race » et son bien-être primant sur l’individu, pour mieux entretenir le groupe et le tirer vers le haut, dépasser son potentiel (le fascisme et le progressisme comme associés pour un élan visionnaire, une fois la conversion assumée).

Ce que les héros de Body Snatchers subissent, c’est la marche triomphale du conformisme, non celui des esprits paresseux ou des masses ineptes, mais celui des ouvriers d’un projet absolutiste, contaminant la société ; des aliénés volontaires, voyant dans leur servitude un moyen d’atteindre un état supérieur, efficient et tâchant donc de démontrer par tous les moyens les vertus de cette aliénation, se trouvant d’autant plus légitimes pour l’infliger.

Génial par habitude, Ferrara se montre parfaitement pertinent dans ce qui devrait ne constituer qu’un divertissement haut-en-couleur. D’ailleurs il ne sacrifie pas cette pure facette d’entertainment et charme d’autant plus qu’il sait comment exalter la fibre passionnelle du spectateur, lui proposer une aventure.

Enfin, cette unique commande de Ferrara jouit d’un suprême côté kitsch, notamment par le biais de ses personnages à la structure logique mais relativement bigger-than-life, son idylle clichée avec le brun mutique. Cette grandiloquence parfaite (l’ultime plan est génial, plusieurs heurtent positivement l’esprit) appuie la traduction du sens politique mais aussi plus purement intime d’un individu se retrouvant noyé dans un monde uniforme.

Note globale 76

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

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