Tag Archives: slasher

HALLOWEEN ***

17 Jan

3sur5  Suite directe du Halloween originel, cet Halloween 2018 enjambe toute la saga – sans livrer quelque chose de foncièrement différent. Quarante ans après [la sortie de son modèle phare] le domaine a été écumé et probablement épuisé – il faut le tordre pour l’amener ailleurs (quitte à le décomposer comme l’ont fait Wes Craven ou l’Angustia de Luna), de l’excellence et sans doute un génie à raffiner la sauvagerie pour le hisser à des hauteurs respectables (les Maniac, Bloody Bird ont su relever le défi).

L’équipe historique garantissait une certaine continuité pour ce déjà onzième opus (la saga est définitivement une des plus prolifiques), tandis que du sang neuf joliment labellisé assurait de se raccorder [aux attentes ou habitudes du présent]. D’un côté donc : Carpenter a participé en tant que conseiller (il n’était pas impliqué pour les précédents essais), Malek Akkad, fils de Moustapha qu’il a relayé à la (co-)production de l’ensemble de la saga à partir d’Halloween 6 est toujours là ; puis surtout Jamie Lee Curtis retrouve la peau à laquelle elle reste identifiée en priorité, malgré plusieurs succès retentissants ou performances marquantes (True Lies, Trading Places, Wanda, Freaky Friday). De l’autre, l’entreprise en phase très ascendante Blumhouse a mis la main sur la franchise, tirée du chapeautage des frères Weinstein (sur l’affaire depuis cinq épisodes) et le réalisateur est un touche-à-tout prometteur avec encore beaucoup à prouver. Le résultat est concluant mais pas mirobolant : les surprises sont minces, le drame sans profondeur, le tour de piste efficace et bien charpenté. En degré, c’est un slasher conventionnel, pourvu d’une dizaine de morts brutales (servies par les excellents effets gores de Christopher Nelson) ; en qualité, c’est tout de même le haut du panier. Il manque d’intensité par rapport à ceux (fous) de Zombie – il est bon par rapport à ce qui se fait de notable dans le registre.

L’essentiel du travail relève du fétichisme et de la ré-actualisation d’un univers et de sa marque. Ce n’est pas une reconstitution, mais une reconstruction. Les éléments cultes sont discrètement omniprésents, comme cette respiration de Nick Castle, l’homme sous le masque en 1978. Le theme mythique est de retour, via un remix (encore un) composé par le trio impliquant Carpenter John et Cody avec leur parent Daniel Davies (ces fils et filleul étaient déjà ses collaborateurs pour les excellents Lost Themes – série d’album au titre trompeur). Michael reste mutique et sans réaction – sans même volonté soupçonnable d’être fermé. Les ados lourds et épanouis prêtent à sourire, sans affectation – le dégoût perceptible envers la médiocrité en 1978 n’est de la partie qu’à un niveau résiduel, fonction du spectateur. L’Amérique trumpienne (ou provinciale) occupe le décors et le style, les vêtements surtout, sont un peu datés (des seventies, l’espace où a démarré l’an précédent la série Mindhunter). Or on parle des tests ADN, voit un couple en Bonnie & Clyde inversés. Halloween 2018 sait mettre à profit l’arrière-pays (l’ordinaire par opposition au folklorique) où présent et passé sont mélangés, où les vestiges vintage et la culture profonde disputent des parts de visibilité aux tendances gouvernant sans nuances dans les capitales.

Malheureusement les aspects positifs sont trop froids ou superficiels pour recouvrir durablement les défauts, même si la plupart sont modérés eux aussi. Si l’histoire générale et spécialement celle de Laurie a été habilement réinventée, c’est en largeur plutôt que dans le détail ou en intensité. La façade des personnages est étoffée, ils traînent une histoire définie, mais comme dans les romans de Simenon il faut surtout compter sur l’imagination pour compléter entre les lignes (ou bien ils tournent au grotesque pas tout à fait maîtrisé comme ce nouveau Loomis, responsable d’un moment de débilité à vertu pédagogique quand il rencontre Laurie). Cela conduit à un dernier acte où la cohérence souffre, pas à cause de graves négligences ou d’audaces incontrôlées, mais parce qu’une faute insignifiante suffit à broyer toute illusion. Ainsi Laurie a de mauvais comportements, une ou deux légèretés critiques pour une survivaliste – alors qu’elle approche la pureté le reste du temps. Sa réplique radicale versus Michael sera du plus bel effet, mais pour une fin irrecevable – la survie du monstre est très probable (c’est à peine spoiler). Et cette réponse est frustrante de toutes manières, à cause du gâchis des ressources (à quoi bon remplir si fort cette cave ?) et dans une moindre mesure du scénario.

Des limites plus contrariantes sont atteintes du côté du croquemitaine. H2018 évite les occasions de montrer un Michael trop diabolique ou consistant dans son indifférence à l’acceptable (pour le monde et pour le cinéma). Qu’il passe à côté d’un bébé braillard n’est pas conforme au personnage. Il peut être indolent ou ignorer certains détails/humains, mais sauf urgence il doit saccager ce qui traîne sur son chemin, surtout si la chose est turbulente. Cette erreur intervient dans le cadre d’un film d’horreur sévère puisqu’un mineur peut y mourir (suite à un accident de voiture) – sévère mais pas encore réaliste ni troublant. Il aurait mieux valu que le petit enfant soit absent, ou couper – ce qui impliquait renoncer au semblant de plan-séquence – dispensable sauf pour l’hommage.

Par conséquent et même s’il les porte à un beau niveau grâce aux qualités d’exécution, H2018 rebondit souvent sur les clichés. Son script lui-même en est cousu – seuls des nouveaux venus entendront évoquer sans broncher un transfert de la Bête le lendemain [de la réception de ces journalistes ambitieux mais stériles]. La sobriété a ses contreparties (donne une séance assez irréprochable de loin et dans les grandes lignes) – et des exigences surtout négatives : les ouvertures et excentricités de la saga sont refoulées. Ainsi le lien filial entre Michael et Laurie (annoncé dès la première suite) devient une légende urbaine d’après un dialogue. Pas de magie au programme bien entendu et pas de fille Strode venue distraire Michael de son long sommeil (c’était le cas avec Jamie Lloyd dans les épisodes 4 à 6). L’hypothétique série Haddonfield devra accepter des risques de cette nature, avec ou sans regard dans le rétro – car en même temps qu’il prouve la solidité du filon, Halloween 2018 souille les espoirs de seconde jeunesse cachée du côté des Strode.

Note globale 64

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Suggestions… Les griffes de la nuit/2010, Get Out, American Nightmare, Alien Covenant, La Maison du diable, La Malédiction, You’re next, Pas un bruit

Scénario/Écriture (6), Casting/Personnages (6), Dialogues (5), Son/Musique-BO (7), Esthétique/Mise en scène (7), Visuel/Photo-technique (7), Originalité (5), Ambition (7), Audace (6), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (6), Pertinence/Cohérence (4)

Les +

  • très bon comme slasher ou film d’horreur indistinct
  • relève honorable pour la franchise (qu’il resitue proprement, sans emphase et presque sans explications niaiseuses)
  • la réinvention de Laurie Strode
  • aspects techniques au sens large

Les –

  • assez mou concernant Michael
  • drame superficiel, maintient l’ensemble dans la tiédeur
  • mauvaise fin
  • personnages qui ne décollent pas (après la bonne première impression)

 

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FREDDY CONTRE JASON **

8 Nov

freddy vs Jason

2sur5  Cela faisait depuis Jason le mort-vivant (1986), soit dix-sept ans que l’idée traînait. La promesse officielle remonte à la fin de Jason va en enfer (1992) où Vendredi 13 venait d’être rachetée par la New Line, détentrice des deux sagas. En 2003 le projet abouti enfin : voici la réunion des deux boogeyman les plus célèbres des années 1980, en marge bien sûr du roi Michael Myers (Halloween), trop souverain et trop sombre pour être imaginé mêlé à ses concurrents. À gauche, Freddy de la saga A Nightmare On Elm Street, le pédophile à la peau brûlée pénétrant les rêves des adolescents pour les massacrer avec une ingéniosité toute sadienne au départ, puis plus prosaique, rigolarde par la suite. À droite, Jason de la saga Vendredi 13, la franchise la plus longue du cinéma d’horreur à ce jour, devançant de quelques foulées les Freddy et Halloween. Jason le redneck aux budgets minimalistes et l’homme à la machette, dont l’identité s’est façonnée sur le tard (il n’est pas présent dans l’opus originel) avant de servir de prétexte à des délires lorgnant vers la SF.

Les deux tueurs étaient à la retraite depuis 1993-1994 et Freddy avoue en avoir particulièrement souffert, lui qui n’est plus en mesure depuis longtemps d’effrayer les adolescents. Ses auteurs l’ont tué deux fois de façon définitive (opus 6 et 7), alors que Jason a eu le droit à ces morts improbables laissant toujours soit une porte ouverte, soit dans le fond ne valant rien. Jason a même un tour d’avance puisqu’un an plus tôt (2002) il est réapparu via l’abject Jason X pour frapper un grand coup, avec même Cronenberg en cameo – ce qui n’est pas forcément judicieux vu l’écart entre son univers et ceux de l’exécrable Vendredi 13. Freddy appelle donc Jason à la rescousse dans un Elm Street où sa mémoire a été effacée, peuplé de jeunes insouciants et obscènes comme Jason aime les étriper.

Des tas de questions se posent : Jason va-t-il rester mutique, comment vont se rencontrer les deux tueurs, comment vont-ils pouvoir collaborer alors que leurs styles diffèrent tant ? Entre le raffinement et les distorsions de Freddy, l’implacabilité et l’obstination pour Jason le zombie massif et terre-à-terre, il y a deux éthiques du massacre. Ronny Yu, réalisateur chinois ayant effectué son premier pas dans l’horreur US avec La fiancée de Chucky (1998), réussi à justifier cette rencontre en adaptant les deux antihéros au néo-slasher, dans le sillage des bébés de Scream, tout en respectant les particularités de chacun. Les deux tueurs se réveillent mutuellement et se partagent les tâches, avant d’entrer en compétition ; il y a en plus de la vulgarité un certain courage de la part de Ronny Yu, lequel osera même désigner un vainqueur.

Entre le pervers facétieux et le plouc badass, l’attention de Ronny Yu balance plutôt vers le premier, maître des opérations et concepteur dérangé. Jason apparaît comme un performer rebelle et laconique, exécutant les exploits les plus francs, propres et nets. Freddy est plus ambitieux et vicieux, joue avec ses victimes, tout en étant enclin à échouer et se faire humilier à son tour, notions inexistantes pour le monstrueux Jason, dont l’aura n’est pas entamée puisqu’il garde son masque tout le film. Freddy contre Jason relève clairement du ‘plaisir coupable’ tant il manque d’élégance et se complaît dans le recyclage d’archétypes discount. Il démarre en trombe, maintient un haut niveau un certain temps, mais aurait gagné à être écourté. Lorsque les deux tueurs entrent en conflit, au lieu de s’amuser en remplissant le film, le divertissement devient plus las, comme un Souviens-toi l’été dernier sur le point d’agoniser et s’autorisant la der des der. Pur divertissement, lorgnant vers le carnaval décérébré, déchiré entre farce et happening volcanique.

Note globale 53

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Suggestions… Piranhas 3D

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LINK ***

18 Nov

3sur5  Dans le bis pittoresque, Link atteint la stratosphère, avec ses singes boostés à 85 de QI et son climat franchement second. Malheureusement, il est difficile de savoir où il veut en venir, ou plutôt, il est difficile de comprendre la stratégie de ses auteurs. Partant sur des bases très ambitieuses, le film se réduit de manière invraisemblable, pour devenir une espèce de slasher qui n’aurait le droit de dire son nom. En plus de sa villa dans un cadre bucolique et de ses animaux mutants dont on adoptera à l’occasion le point de vue, Link partage de nombreux points communs avec Phenomena, film italien d’Argento sorti un an et demi avant.

La réalisation est charmante et l’intelligence de la mise en scène est d’autant plus troublante, face à la légèreté voir aux béances du scénario. Une tension étrange se ressent : le suspense ne saurait exister, mais la folie se répand librement. Rien ne viendra contrecarrer la descente aux enfers prévisible, tandis que les rares humains autour de Jane sont évincés systématiquement, à commencer par le professeur Phillip. Link minore sciemment toutes les voies scientistes que les projets de ce dernier suggéraient ; il y préfère une espèce de romance sans amour et à sens unique, se rapprochant du film d’épouvante, où une otage semi-consentante laisse Link, le singe surdoué, refermer son piège sur elle.

Révélé par Patrick en 1978 et connu pour Psychose II, le réalisateur australien Richard Franklin s’est dit insatisfait du résultat. Il n’a probablement pas pu communiquer une richesse de sentiments et d’intentions, qui n’arrivent au spectateur que de façon fragmentée. Link laisse des impressions un peu chancelantes, mitigées s’il faut les évaluer, mais son originalité et même son éventuel ratage interpellent. On a l’impression d’avoir participé à une expérience perçante, mais comme tétanisée au moment d’affirmer sa vocation. C’est comme arriver sur une île lointaine, où se ressent une familiarité indicible, puis rester assigné à la salle d’attente, où les histrions du coin se délassent, avec parfois un féroce sens du style.

Note globale 64

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Suggestions… Magic + Paperhouse + Troll + Hellraiser  

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Scénario & Ecriture (2), Casting/Personnages (2), Dialogues (3), Son/Musique-BO (4), Esthétique/Mise en scène (4), Visuel/Photo-technique (4), Originalité (4), Ambition (4), Audace (3), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (2)

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URBAN LEGEND *

17 Nov

urban legend

2sur5  En 1996, Wes Craven (un ‘subversif’ des 70s –La dernière maison sur la gauche, La colline a des yeux– puis géniteur de la saga Freddy la décennie suivante) présente Scream, pastiche ‘assassin’ et néanmoins efficace d’un genre : le slasher spécifiquement, l’Horreur plus largement. Immense succès, ce film encourage une vague de néo-slashers souvent médiocres et surtout un affadissement de l’Horreur, devenant second degré comme elle ne l’avait jamais été. L’hémoglobine coule sur les campus, le criard prend le pas sur l’angoisse, les cadavres de jeunes adultes ‘sexy’ s’empilent. Au tournant de l’an 2000, cette pauvreté complaisante facilitera l’émergence des films de genre japonais et espagnols.

Il y a néanmoins des choses honorables au sein de ce mouvements de néo-slashers, en tant que divertissements expéditifs : c’est le cas de Souviens-toi l’été dernier, pas celui d’Urban Legend, dont le seul atout sans failles est la photographie. Cet opus reprend avec paresse et clinquant les codes les plus éculés ; les générations ados pendant les deux décennies suivantes auront facilement l’impression d’assister à un Scary Movie involontaire, juste plus sophistiqué mais tellement en vain. Le problème majeur est dans l’écriture et la faculté à aller chercher des opportunités : résolument sans originalité (ou en rejetant le développement), Urban Legend peut séduire, surtout rétrospectivement, par son kitsch, mais il ne saurait inspirer le respect. Quand le jeu se lance, il serait temps de suggérer quelles légendes urbaines sont susceptibles de passer, doper et nourrir le Cluedo morbide en somme ; c’est totalement ignoré, au profit de prouesses toujours grotesques, avec une pointe de potache. 

Par contre le film laisse germer les hypothèses sur le responsable de cette foire ; surprise garantie à la levée du secret, toutefois il est aisé d’étonner quand on s’autorise à peu près n’importe quoi. Les meurtres sont inventifs et impromptus, quelques gimmicks amusants, celui de la black de la sécurité de loin en tête. L’habillage sonore est corrosif. La connerie des dialogues est variable en qualité, les excès de relativisme du proviseur étant son meilleur, l’ensemble trop creux ou banal pour se moquer efficacement. Concernant Robert Englund (interprète du croquemitaine dans Les Griffes de la Nuit), à ce niveau de sous-exploitation, ça devient un cameo – moins percutant que celui non crédité de Brad Dourif, dans la séquence d’ouverture carrément guignole. Urban Legend est un sous-Souviens-toi l’été dernier (sorti un an avant), qui était effectivement l’un des meilleurs cru de la vague, mais en aucun cas un modèle à prendre et sûrement pas au niveau de la matrice (Scream). Comme son prédécesseur, Urban Legend aura deux suites, encore plus mal reçues.

Note globale 42

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Suggestions… Sexcrimes (1998) + Halloween Resurrection + The Faculty (1999) + Destination finale (2000) + Sixième Sens (1999)

Scénario & Ecriture (1), Casting/Personnages (2), Dialogues (2), Son/Musique-BO (1), Esthétique/Mise en scène (2), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (2), Ambition (2), Audace (2), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (1)

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VENDREDI 13 (2009) **

31 Oct

vendredi 13 2009

2sur5  Les Vendredi 13 n’ont pas laissé de films ou même de séquences honorables, mais lèguent à la postérité un boogeyman culte : Jason, le tueur au masque de hockey. Après Halloween et son Michael Myers, c’est à ces piteux films que le slasher doit sa définition. Contrairement à son modèle Michael Myers, Jason dispose d’une histoire et donc d’une mythologie faiblement étendues. Il lui a fallut trois opus pour prendre forme et il n’est même pas présent dans celui de Cunningham qui ouvre la saga. Les Vendredi 13 se distinguent positivement d’Halloween par le contexte des meurtres, une campagne reculée où ce brave Jason Verhoees mutique et au faciès toujours plus proche des Ghoulies au fil des épisodes massacre de façon propre et nette des adolescents dévergondés.

Presque trente ans après la popularisation du slasher, ce nouveau Vendredi 13 remet de l’ordre dans ce sous-genre de l’Horreur particulièrement dévoyé. Les trois célèbres sagas dans le domaine (Freddy, Halloween et Vendredi 13) se sont éternisées et Vendredi 13 remporte la palme avec ses douze opus, ce remake inclus. Record absolu de l’horreur, en tout cas à une échelle visible en Occident ; record aussi en terme de médiocrité, Vendredi 13 incarnant un genre dans toute sa dégénérescence et son opus originel étant le ‘classique’ le plus honteux de l’histoire de l’Horreur.

Produit notamment par Michael Bay, ce douzième Vendredi 13 est le meilleur opus de la série ; rafler ce titre était facile, il suffisait de faire mieux que Jason le mort-vivant (la meilleure suite voir le meilleur Vendredi 13 pour la majorité) ou Un nouveau défi (cinquième opus assez controversé au ton très différent). Il faut donc préciser que ce film est bon en lui-même : c’est un slasher puriste, d’un très grand sérieux dans l’exécution, traitant ses personnages avec un second degré calculé, presque subtil dans le domaine. Jason apparaît plus sportif et expansif physiquement, il n’est plus cette simple armoire mutique, cette masse ultra-placide ; il est également intelligent dans ses manières de fonctionner et plein de ressources, puisqu’il sait tirer à l’arc avec adresse.

Cette version moderne emploie une franche dose d’humour direct [au sein des intrigues elles-mêmes], totalement absente autrefois, ou alors très lointaine et plus nanar que potache. La dimension parodique de Jason à Manhattan (8) ou dans l’Espace (10) aura pu amuser par son idiotie intrinsèque et quasi militante, mais ici Marcus Nispel est aux commandes et il sait manipuler les codes du slasher sans se dérober. Les studios ont manifestement été sensibles à son remake de Massacre à la tronçonneuse, produit décevant et semi-échec artistique mais qui a su donner un semblant de fraîcheur à la saga et la relancer pour quelques rounds.

Finalement, cette version 2009 a beau poser le pitsch de façon très sommaire et brutale au début avec la mère de Jason, il ne s’agit plus vraiment d’un Vendredi 13, ou alors c’est une réinvention. L’indépendance est telle qu’il faut parler de reboot plutôt que de remake ; et là encore, préciser que le reboot concerne la saga (avec de possibles références expéditives aux trois voir quatre premiers opus, mais aucun appui véritable sur eux) et non l’opus originel. Après les onze premiers opus, celui-là arrive comme un réconfort ; sinon, le néophyte (qui n’y perd rien) pourra apprécier ce slasher classiciste, dans ses recettes et l’application des codes, donc en rupture avec les gaudrioles du néo-slasher. Le scénario bourrin des auteurs de Freddy contre Jason est relayé par la mise en scène et la photo remarquables propres aux travaux de Nispel. Remarquables mais souvent sans âme, d’ailleurs le slasher bucolique ne trouve pas encore d’emblème américain, ce que Nispel aurait été en mesure d’approcher compte tenu de son joli Pathfinder.

Note globale 53

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Suggestions… Détour mortel

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