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ANATOMIE **

18 Mai

3sur5  Thriller teuton tourné dans le sud de l’Allemagne mais inspiré du modèle américain, Anatomie ressemble à son contemporain Les rivières pourpres. Les postulats sont équivalents mais le film de Kassovitz a un rapport plus fantaisiste au complot. Celui de Ruzowitsky se réfère aux anti-Hippocrate, médecins prêts à laisser de côté l’éthique pour faire progresser leur discipline et le bien-être de l’Humanité.

Dans Anatomie, un ordre fondé sur ce principe a jeté son dévolu sur l’université d’Heidelberg, la plus ancienne du pays. La protagoniste, une étudiante fraîchement débarquée, constate des pratiques passées sous silence et se lance dans une enquête, à la fois peu vraisemblable et conventionnelle pour un film du genre. Elle la mènera à prendre conscience des raisons ou de la rançon du prestige. Franka Potente confirme alors les qualités de son jeu, peu après avoir été repérée par le grand-public grâce à Lola rennt.

Dans ce chaînon manquant entre Skulls et le futur Hostel, l’humour et le grivois sont omniprésents. Le style est un peu grossier et parfois bizarrement suave. Farces de campus et grand-guignol, gore et délassement sont au programme. Le pire adversaire est un psychopathe à l’enthousiasme excessif, causant du tort à la brave secte (ces meurtres seraient donc une dérive pour les briseurs de serment – organisés). Sa passion n’est pas très bien pensée, mais la forme est inspirée.

De façon générale l’ordre sert de couverture à la mesquinerie de jeunes excités sans morale – et sur ce plan Anatomie revient à la réalité crue sans temporiser (ou blanchir). Le film brasse ses thèmes superficiellement (l’héritage puant par exemple), mais mène sa barque avec des manières sûres et efficaces. Il est comparable à un film comme American Psycho, aux grandes lignes et aux exploits graphiques ‘chocs’ à partir d’un filon prometteur, assimilé mais de manière simpliste.

Note globale 62

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Suggestions… Complots/Donner-Gibson + Hypnose

Scénario/Écriture (2), Casting/Personnages (2), Dialogues (2), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (2), Ambition (3), Audace (3), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (2)

Note arrondie de 61 à 60 suite à la mise à jour générale des notes. Portée à 62 [juillet 2019] suite à l’exclusion des -0.

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TESIS ****

3 Jan

4sur5 Les 90s sont une période de renouveau pour le cinéma espagnol, toujours dominé par les retombées de la Movida et les auteurs Almodovar et Saura. Plusieurs nouveaux réalisateurs émergent alors, avec leur style propre, plus sombre ou excentrique encore, mais délaissant dans tous les cas l’euphorie et l’optimisme de leurs prédécesseurs (y compris dans le cinéma social, lui-même plus morose et réaliste, après une période d’affirmation et de célébrations).

Parmi eux, le plus talentueux est Alejandro Amenabar. Son approche inédite du fantastique lui a ouvert les portes d’Hollywood, qui lui a confié la direction de Les Autres avec Nicole Kidman. Pour son premier long-métrage avant le génial Ouvre les Yeux, le jeune cinéaste aborde l’univers du snuff, ces films clandestins où des personnes réelles sont torturées et assassinées sous le regard de la caméra, le tout enregistré en plan-séquence dans des conditions artisanales. Dans Tesis, une étudiante préparant une thèse sur la violence audiovisuelle s’approche de cet univers au cours de ses recherches. Un de ses professeurs, censé l’aider en consultant la vidéothèque de l’université, est retrouvé mort dans une salle de projection alors qu’il visionnait une K7 qu’elle subtilise ; avec son allié de circonstance Chema, un adepte de cinéma extrême (il lui montre des extraits de Face à la Mort), elle découvre la nature de cette vidéo. Tous deux vont prendre conscience de l’existence concrète de cette obscure légende urbaine et surtout, de sa proximité.

Le regard est épuré et pragmatique, proche du documentaire, agrémenté d’une poésie secrète et surtout d’une sensation de réalisme magique. Cette nature donne une dimension discrètement intrusive tout en renforçant la proximité avec cette réalité, comme si nous était soumises des  »images volées », de la même manière que Angela s’infiltre là où rien ne l’invite ni ne saurait la rassurer. Tesis nous met dans l’état d’esprit sinon la condition de celle ou celui qui, enchaîné avec un plaisir certain et une terreur absolue, reçoit des confidences atroces. Amenabar subjugue un rôle subtil et primaire du cinéma : le spectateur est dans l’implication passive, écrasé par ses affects et ses repères floués, embarqué mais impuissant, ce qui a le don de le rendre toujours plus fou et captif.

Le rapport à la représentation et la gestion de la violence – thème de la thèse, on l’oubliait – trouve une réponse théorique virulente lors d’un final en guise de métaphore SF, peut-être un peu boursouflé. Plus que dans l’anticipation ou l’interrogation purement mentale, le véritable intérêt de Tesis se situe au niveau des tripes, de la confrontation avec le sordide et ses propres tolérances ; à la marge, dans sa vision très noire et placide (qui tend à confier que certaines hypocrisies sont nécessaires – question de morale bien sûr, question de garder des jardins secrets et ménager les aspirations asociales aussi). C’est un thriller suffocant comme rarement, il a amplement mérité ses cinq Goyas (les Oscars espagnols) en 1996 et les vaut encore.

Note globale 81

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SOUS LE SABLE ****

31 Jan

4sur5  Séverine de Belle de Jour trente ans plus tard et avec un mari qui vaut le coup. Une bourgeoise, enseignante, à la vie sans contraintes – pas tout à fait oisive. Lors d’un séjour dans la maison de campagne du vieux couple, Jean (Bruno Cremer) disparaît. Est-il mort, a-t-il pris la fuite.. Marie (Charlotte Rampling) bascule dans le déni.

Un fantôme vit avec elle et lui rend visite, quand il a le temps, entre deux affaires à l’extérieur. Se pose un problème de ressources à long-terme, mais c’est sans incidence réelle – et puis ce sera réglé naturellement ; quand à celui de l’équilibre, elle s’en charge, en s’enfouissant [sous le sable]. Et puis le manque se fait sentir. Concrètement, puisque les émotions ne sont pas reconnues ou perçues comme telles chez elle.

Escortant Rampling presque seule en scène, Ozon raconte un crépuscule vécu à fond, de tout son être, combattu de la même façon. Une certaine vacuité confortable, dans son bunker et le Paris triste. Une angoisse qui arrive et que la neurasthénie organisée s’applique à étouffer. Et, plus trivial et certain que l’horreur ; la tragédie qui consiste à voir sa vie balayée par morceaux ; et soi-même réduit à son corps, aux lambeaux de son rôle social, aux choses du quotidien qui figent tout ; c’est-à-dire au néant. Comme si la date de péremption était passée et que l’heure où la vie perdait son éclat, et nous le ressenti d’une connexion naturelle à cette vie, qui file devant nous sans générer ni la peur ni l’envie, arrivait maintenant.

Aussi lorsque son amie (qu’elle voit rarement – sa vie est solitaire) l’incite à  »tourner la page » ; elle ne comprend pas que pour Charlotte Rampling, il n’y a pas de page et surtout il n’y a pas d’autre livre. Elle est seule à palper le vide, évanouie dans son intimité. On lui fait rencontrer Vincent, un homme… pleinement homme certes, mais si ordinaire, besogneux ; si lamentablement doux et collant ; avec ses remarques naïves, ses conceptions infantiles derrière une intelligence standard. Elle s’en amuse, comme d’un objet ou d’un ado jetable. Il n’y a ni affection ni intérêt, mais un petit camarade pour l’occuper ; qu’on lui a confié de surcroît ; et, droite et complaisante, elle le prend, le méprise, mais s’en contente – ne perdant même pas de temps à lui dire ce qu’il vaut à ses yeux ; ne prenant même pas celui de réaliser combien il est dégoûtant et comme sa présence est déplacée, téméraire même, surtout dans ces circonstances où sa minable silhouette d’avorton croit jouer un rôle de substitution ou diffuser un quelconque charme.

Le quatrième film de François Ozon est plus serein et posé que ce qu’il a pu produire, surtout auparavant, se rapprochant de son ultérieur Le Temps qui reste ; un autre drame à l’intensité froide sur le deuil. Toujours un deuil existentiel, avec ce sentiment profond de connivence envers la mort et le calme offert par l’idée que tout désormais est réglé ici-bas. Que le meilleur ne pourra plus se dérouler qu’à l’intérieur – Melvil Poupaud lui honorera sa place au monde, mais Rampling est déjà partie très loin.

Note globale 84

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Note arrondie de 83 à 84 suite à la mise à jour générale des notes.

MBTI-Enneagramme = Le film est intéressant par rapport aux variantes instinctives ; Rampling est ici un bel exemple de SO-last (sans en être pénalisée), avec SX fort (mais plutôt Sp/Sx). C’est naturellement une J (Pi et Je), mais le personnage, bien que tout à fait cohérent, est extrêmement difficile à cerner au-delà sur une grille impersonnelle (plutôt Ni et Te ; plutôt I mais une ExxJ mature pourrait arriver à ce genre d’attitude). Sur l’enneagramme, elle est 1w9 (comme l’est l’actrice elle-même). Quand à Vincent, c’est aussi un personnage ambigu, probablement un ISFj (se donnant des mots et imitant les processus mentaux des N et surtout des NP). 

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