Tag Archives: Halloween (cinéma)

HALLOWEEN ***

17 Jan

3sur5  Suite directe du Halloween originel, cet Halloween 2018 enjambe toute la saga – sans livrer quelque chose de foncièrement différent. Quarante ans après [la sortie de son modèle phare] le domaine a été écumé et probablement épuisé – il faut le tordre pour l’amener ailleurs (quitte à le décomposer comme l’ont fait Wes Craven ou l’Angustia de Luna), de l’excellence et sans doute un génie à raffiner la sauvagerie pour le hisser à des hauteurs respectables (les Maniac, Bloody Bird ont su relever le défi).

L’équipe historique garantissait une certaine continuité pour ce déjà onzième opus (la saga est définitivement une des plus prolifiques), tandis que du sang neuf joliment labellisé assurait de se raccorder [aux attentes ou habitudes du présent]. D’un côté donc : Carpenter a participé en tant que conseiller (il n’était pas impliqué pour les précédents essais), Malek Akkad, fils de Moustapha qu’il a relayé à la (co-)production de l’ensemble de la saga à partir d’Halloween 6 est toujours là ; puis surtout Jamie Lee Curtis retrouve la peau à laquelle elle reste identifiée en priorité, malgré plusieurs succès retentissants ou performances marquantes (True Lies, Trading Places, Wanda, Freaky Friday). De l’autre, l’entreprise en phase très ascendante Blumhouse a mis la main sur la franchise, tirée du chapeautage des frères Weinstein (sur l’affaire depuis cinq épisodes) et le réalisateur est un touche-à-tout prometteur avec encore beaucoup à prouver. Le résultat est concluant mais pas mirobolant : les surprises sont minces, le drame sans profondeur, le tour de piste efficace et bien charpenté. En degré, c’est un slasher conventionnel, pourvu d’une dizaine de morts brutales (servies par les excellents effets gores de Christopher Nelson) ; en qualité, c’est tout de même le haut du panier. Il manque d’intensité par rapport à ceux (fous) de Zombie – il est bon par rapport à ce qui se fait de notable dans le registre.

L’essentiel du travail relève du fétichisme et de la ré-actualisation d’un univers et de sa marque. Ce n’est pas une reconstitution, mais une reconstruction. Les éléments cultes sont discrètement omniprésents, comme cette respiration de Nick Castle, l’homme sous le masque en 1978. Le theme mythique est de retour, via un remix (encore un) composé par le trio impliquant Carpenter John et Cody avec leur parent Daniel Davies (ces fils et filleul étaient déjà ses collaborateurs pour les excellents Lost Themes – série d’album au titre trompeur). Michael reste mutique et sans réaction – sans même volonté soupçonnable d’être fermé. Les ados lourds et épanouis prêtent à sourire, sans affectation – le dégoût perceptible envers la médiocrité en 1978 n’est de la partie qu’à un niveau résiduel, fonction du spectateur. L’Amérique trumpienne (ou provinciale) occupe le décors et le style, les vêtements surtout, sont un peu datés (des seventies, l’espace où a démarré l’an précédent la série Mindhunter). Or on parle des tests ADN, voit un couple en Bonnie & Clyde inversés. Halloween 2018 sait mettre à profit l’arrière-pays (l’ordinaire par opposition au folklorique) où présent et passé sont mélangés, où les vestiges vintage et la culture profonde disputent des parts de visibilité aux tendances gouvernant sans nuances dans les capitales.

Malheureusement les aspects positifs sont trop froids ou superficiels pour recouvrir durablement les défauts, même si la plupart sont modérés eux aussi. Si l’histoire générale et spécialement celle de Laurie a été habilement réinventée, c’est en largeur plutôt que dans le détail ou en intensité. La façade des personnages est étoffée, ils traînent une histoire définie, mais comme dans les romans de Simenon il faut surtout compter sur l’imagination pour compléter entre les lignes (ou bien ils tournent au grotesque pas tout à fait maîtrisé comme ce nouveau Loomis, responsable d’un moment de débilité à vertu pédagogique quand il rencontre Laurie). Cela conduit à un dernier acte où la cohérence souffre, pas à cause de graves négligences ou d’audaces incontrôlées, mais parce qu’une faute insignifiante suffit à broyer toute illusion. Ainsi Laurie a de mauvais comportements, une ou deux légèretés critiques pour une survivaliste – alors qu’elle approche la pureté le reste du temps. Sa réplique radicale versus Michael sera du plus bel effet, mais pour une fin irrecevable – la survie du monstre est très probable (c’est à peine spoiler). Et cette réponse est frustrante de toutes manières, à cause du gâchis des ressources (à quoi bon remplir si fort cette cave ?) et dans une moindre mesure du scénario.

Des limites plus contrariantes sont atteintes du côté du croquemitaine. H2018 évite les occasions de montrer un Michael trop diabolique ou consistant dans son indifférence à l’acceptable (pour le monde et pour le cinéma). Qu’il passe à côté d’un bébé braillard n’est pas conforme au personnage. Il peut être indolent ou ignorer certains détails/humains, mais sauf urgence il doit saccager ce qui traîne sur son chemin, surtout si la chose est turbulente. Cette erreur intervient dans le cadre d’un film d’horreur sévère puisqu’un mineur peut y mourir (suite à un accident de voiture) – sévère mais pas encore réaliste ni troublant. Il aurait mieux valu que le petit enfant soit absent, ou couper – ce qui impliquait renoncer au semblant de plan-séquence – dispensable sauf pour l’hommage.

Par conséquent et même s’il les porte à un beau niveau grâce aux qualités d’exécution, H2018 rebondit souvent sur les clichés. Son script lui-même en est cousu – seuls des nouveaux venus entendront évoquer sans broncher un transfert de la Bête le lendemain [de la réception de ces journalistes ambitieux mais stériles]. La sobriété a ses contreparties (donne une séance assez irréprochable de loin et dans les grandes lignes) – et des exigences surtout négatives : les ouvertures et excentricités de la saga sont refoulées. Ainsi le lien filial entre Michael et Laurie (annoncé dès la première suite) devient une légende urbaine d’après un dialogue. Pas de magie au programme bien entendu et pas de fille Strode venue distraire Michael de son long sommeil (c’était le cas avec Jamie Lloyd dans les épisodes 4 à 6). L’hypothétique série Haddonfield devra accepter des risques de cette nature, avec ou sans regard dans le rétro – car en même temps qu’il prouve la solidité du filon, Halloween 2018 souille les espoirs de seconde jeunesse cachée du côté des Strode.

Note globale 64

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Suggestions… Les griffes de la nuit/2010, Get Out, American Nightmare, Alien Covenant, La Maison du diable, La Malédiction, You’re next, Pas un bruit

Scénario/Écriture (6), Casting/Personnages (6), Dialogues (5), Son/Musique-BO (7), Esthétique/Mise en scène (7), Visuel/Photo-technique (7), Originalité (5), Ambition (7), Audace (6), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (6), Pertinence/Cohérence (4)

Les +

  • très bon comme slasher ou film d’horreur indistinct
  • relève honorable pour la franchise (qu’il resitue proprement, sans emphase et presque sans explications niaiseuses)
  • la réinvention de Laurie Strode
  • aspects techniques au sens large

Les –

  • assez mou concernant Michael
  • drame superficiel, maintient l’ensemble dans la tiédeur
  • mauvaise fin
  • personnages qui ne décollent pas (après la bonne première impression)

 

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DEMON HOUSE (NIGHT OF THE DEMONS III) **

14 Juin

2sur5 Poursuivis par la police et un blessé sur les bras, une éclectique bande de jeunes se planque à l’intérieur d’une villa abandonnée ; une membre apeurée et passablement idiote en connaît la légende : ce serait une maison possédée et le passage vers l’enfer. Pas de doute, Demon House est une série B flirtant avec le Z, une pure kitscherie surnaturelle avec effets spéciaux  »halloween » fluos (magnifique démonstration avec les ectoplasmes volants du générique) et ingrédients traditionnels : érotisme marqué, bande d’ados typés, néons bleus, tentatrice edwoodienne, maison abandonnée, forme semi-humaine cauchemardesque déboulant dans le corridor ; et l’indépassable flic au seuil de la retraite bien décidé à élucider cette foutue affaire.

En osant un peu tout et surtout n’importe quoi, Demon House parvient à maintenir l’attention dans son ensemble, grâce à une chasse à l’homme gratinée à faire pâlir d’envie les auteurs de Vendredi 13. Même si la course-poursuite entre un troll au masque satanique et le tandem romantique de service atteint quelques sommets de tiède bouffonnerie, le produit se distingue par sa radicalité, notamment dans les pièges tendus mais aussi dans les scènes licencieuses, pas si souvent assumées dans le domaine. Car avec ses faibles moyens, Demon House réussi tout de même à compiler de folkloriques séquences ; si on a l’esprit d’un ado rieur et des réminiscences d’enfant avide de grand-guignol démoniaque, la séance est amusante. Difficile en revanche de le recommander, sinon aux amateurs avertis du nanardesque triomphant.

Pour l’anecdote, Demon House est en vérité le troisième opus de la série Night of the Demons et doit ce titre à la commercialisation DVD, laquelle a largement semé la confusion quand à l’ordre de la saga et même la coexistence des trois films. Pourtant, le scénariste de ND III est le réalisateur du premier (lui-même rebaptisé Demon House!) ; et Amelia Kinkade intervient dans les trois opus, passée cependant au statut de maîtresse de la maison maudite dans les deux suites. Pour le reste, les histoires sont indépendantes et les personnages recyclés, alors que le style est sensiblement différent, le premier étant classiciste, le second plus burlesque.

Note globale 40

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HALLOWEEN PAR ROB ZOMBIE ***

1 Nov

HALLOWEEN – 2007/REMAKE ***

4sur5 Rob Zombie fait partie de ces spectateurs sur qui un film a exercé une attraction contrastée, entre admiration de l’objet en tant que tel et projections de ce qu’il aurait pu être ou devenir. Nos films préférés peuvent être achevés et toucher une fibre intérieure pour toujours, il y a parfois ce paradoxe là : nous nous y retrouvons tellement mais ce serait génial de reformater le produit. En général, en y ajoutant quelques éléments sublimes mais difficiles à imposer en raison de la morale ou des moyens ; et parfois, en transformant tout à sa mesure. C’est ce qu’a fait Rob Zombie en reprenant la saga Halloween pour un remake, qui aura sa propre suite.

 

La première partie est fascinante, surtout lorsque Michael est en prison. Envisageant la plongée dans l’enfance d’un monstre, Rob Zombie tient à humaniser le personnage, lui fournir une genèse, poisseuse et surtout médiocre en l’occurrence. Zombie nous peint donc un contexte de whit trash aux stigmates manifestes voir extrêmes, avec le beau-père brutal et alcoolique, l’odeur de l’inceste et la virilité tourmentée.

 

Après avoir passé sa rage sur des animaux, Michael laisse sa violence surgir. On a donc la scène de bascule prévue, puis par paliers mais assez vite, l’enfant n’a de reconnaissance, lâche toutes ses références. Ainsi ni sa mère, ni cet aimable gardien (Danny Trejo – mr le gangster mexicain !!) n’ont de statut particulier pour lui. Il va devenir pleinement qui il est, un monstre, total, implacable. Et puis quinze ans plus tard, c’est un bloc massif et mutique attendant son heure – oubliez la séquence d’évasion de Terminator 2.

 

La seconde partie voit le retour de Michael à Haddonfield, où le film fait écho à l’original avec plusieurs balises et citations, mais en s’en distanguant en à peu près tout, dans le style, dans l’orientation, dans l’épaisseur. L’efficacité de la vision de Rob Zombie vient de son aptitude à donner des raisons à ce qui est injustifiable : la boucherie, tout en gardant la logique de l’inné et de la déviance. Et Rob Zombie est un grand metteur de scène de l’injustifiable, surtout que The Devil’s Reject, lui, n’avait clairement aucun but, aucune vocation autre que le happening de dégénérés.

 

Nous sommes donc dans son univers, bien en forme ; ça n’a rien à voir avec la banalité de l’horreur barbaque, c’est extrêmement réaliste, avec une présence sèche et maléfique venue saboter l’équilibre modeste de braves gens ordinaires. L’intérêt de cette partie c’est finalement de ré-actualiser les évangiles de la bible Halloween en illustrant donc le genre, avec tous ses poncifs, sans allez vers la routine ou l’anecdote. Le talent de shocker de Zombie s’est épanoui dans ce film plus que jamais. Halloween 2 va venir confirmer cela, en décuplant cette lucidité dont Zombie avait besoin, car sa frontalité seule ne menait à rien de probant.

 

Abondamment critiqué voir calomnié, le film a bien des défauts, notamment dans son écriture explicite ou ses dialogues parfois franchement bis (quand le journaliste raconte la nuit de l’horreur – l’ouverture de H20 était de ce niveau, ça n’a pas empêché d’aboutir à l’un des meilleurs slashers américains qui ait existé). Mais quelle mise en scène ! Quelle viscéralité ! Et comment peut-on jouer les sceptiques sous prétexte que donner un aperçu de la source du Mal gâcherait tout ; alors que Zombie ne fait aucunement du psychologisme et nous donne plutôt un Michael autre, plus proche de lui et de nous.

Note globale 73

 

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Suggestions…

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HALLOWEEN 2 – 2010 ***

4sur5  Zombie lui-même a dit n’être pas totalement satisfait du remake d’Halloween qu’il avait dirigé en 2007. Ce bel essai, accueilli de façon mesurée et mesquine par la critique mais bien plus chaudement au box-office, souffrait d’un goût d’inachevé mais redonnait son souffle à une franchise tournant en rond depuis les premières sequels [Halloween 20 ans après étant l’unique exception].

 

Ce n’est pas tant la faiblesse des films que la difficulté à évoluer avec de nouveaux acquis définitifs qui contrarie la puissance de cette saga. Elle n’en reste pas moins, surtout après la contribution de Zombie, la meilleure de l’histoire de l’horreur au cinéma (Vendredi 13 était médiocre dès le départ, Freddy voué à la ringardise, les restes de Hellraiser ne valent pas grand chose).

 

Suite directe de son propre film, le second Halloween 2 est, à l’instar troisième opus de la saga originelle, un hors-sujet quasi-total, loufoque et à la démarche et la structure déstabilisantes. Quitte à reprendre l’affaire, Rob Zombie a décidé d’aller jusqu’au-bout de son point de vue passionnant, accouchant ainsi d’un film d’horreur des plus personnels.

 

Dans un premier temps, cette nouvelle mouture donne la sensation de brouiller futilement les pistes ; après vingt première minutes tenues pour une relecture efficace du film de Rosenthal (la première suite), le programme commence réellement. Ce faux-passage par l’hôpital nous indique la place de l’Halloween du passé, celle de l’imaginaire flottant. L’Halloween réel, c’est celui que nous prenons maintenant, il est sauvage et frontal.

 

Dès lors, c’en est fini des pirouettes et Zombie, répondant avec virulence à certaines attaques en extrapolant et auto-parodiant certains points de détails fustigés [l’abus de  »fuck » en particulier], décide que son contrat est rempli. Assumant sans ménagement ses voeux de ruptures, il fonce dans son sens, plus brouillon et bouillonnant que jamais.

 

C’est Michael Myers au pays de Rob Zombie ; et Rob Zombie sur les plates-bandes fantasmées (par l’ex-White Zombie et personne d’autre) de Michael Myers. Le personnage s’intéresse aux ordures que les autres esquivent, agrémentant son film de séquences trashs d’une violence inouie [jusque dans sa peinture de caractères, peut-être in fine la plus véhémente de sa filmo], mais aussi de séquences oniriques plus particulièrement casse-gueules. Elles s’intègrent à merveille dans cette œuvre de graphiste : une grande part de la richesse de Halloween 2 provient du sens visuel de son auteur, ses profondeurs de champ, ses tableaux éblouissants, le cliché des éclairages bleus trouvant une nouvelle expression.

 

En outre, c’est la continuation du Michael Myers réformé de Rob. L’artiste s’intéressait déjà au psychisme de Michael Myers ; dans ce second opus, il y entre et l’expose au travers de sa mythologie du chevalier blanc. Basculant définitivement vers la schizophrénie, le Michael Myers d’Halloween 2 est un gamin autiste et déchiré courant après sa soeur, guidé dans ses hallus par sa mère défunte. Omnipotente et impassible toujours, ce n’est plus  »la Forme » immobile de Halloween 1 à 8, mais la Bête méthodique.

 

La vision est discutable, parfois surlignée [l’exemple d’un Dr Loomis métamorphosé, se confondant dans une fausse distance avec le cas Myers, tiraillé entre mercantilisme et obsession du mythe], la symbolique de la psyché de  »la Forme » peut s’avérer cheap. Indéniablement, la profusion entraîne la confusion et les cafouillages induits par le retournement final (alors que le scénario est impeccable) compromettent la profondeur de cette histoire surchargée.

 

Pour autant Zombie vise  »bas » et précis : les gens ne sont pas à leur meilleur, les mourrant comatent avec vraisemblance. C’est un uppercut via la vision d’une humanité cynique, pleine de prédateurs ordinaires et de gens sans boussole morale. On retrouve aussi ce filtre social déjà marqué dans le repère. Zombie nous présente des gens des classes moyennes ou populaires (le flic, les jeunes), souvent random mais de bonne foi, puis autour ces propriétaires rednecks infamants, cette caste de rats percevant le monde comme une manne à exploiter et n’osant pas se confronter aux répercussions de leurs actes, bien plus avides engageants que ceux de paumés anodins.

 

Avec ce quatrième long Rob Zombie, moins jeune chien fou que sur The Devil’s Rejects, quoique tout aussi furieux, consacre sa patte de cinéaste. Ce nouveau visage est radical et ne s’exprimera pleinement que dans un cadre informel ; débarrassé des relatives mais indéniables  »concessions » du remake du classique de Carpenter, ce film  »malade », sorti uniquement en direct-to-dvd en France, permet à la saga de se refermer, provisoirement, sur sa pièce la plus constructive, celle qui enfin multiplie son champ d’action en l’ouvrant à des perspectives adultes et insolentes.

 

Néanmoins, compte tenu de cet Halloween 2 bouleversant et totalement ingérable : il n’y aura probablement pas de 11e Halloween avant longtemps ou avec Rob Zombie. Les films, d’horreur ou pas, si puissants, si sombres aussi, sont rares.

Note globale 76

 

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Suggestions… Dark Floors

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La saga :

* tous les opus du 2 au 6 + Halloween 20 ans après & Halloween Resurrection

* la nouvelle saga (dont le remake) de Rob Zombie

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HALLOWEEN, LA NUIT DES MASQUES ****

30 Oct

halloween nuit

5sur5  Et si le premier grand film d’horreur formaliste n’était pas Shining, mais plutôt le sommet du slasher-movie ? Plus de trois décennies après, Halloween la Nuit des Masques demeure un monument d’angoisse et de suspense à partir de rien ou presque (ce rien étant le grand sujet invisible du film). Aucune effusion de violence ni de gore, aucun effet appuyé si ce n’est sa musique culte omniprésente tout au long du métrage. Le scénario aussi est épuré ; il n’empêche que sa construction est un modèle de perfection (et donc, d’efficacité).

 

A la fin des 70’s, Moustapha Akkad, qui sera producteur de l’ensemble de la lucrative saga, épaté par la vision de son Assaut, demande à John Carpenter d’écrire et réaliser un film mettant en scène un tueur psychotique s’en prenant à une babysitter. Carpenter et sa compagne Debra Hill confectionnent ensemble le projet, mais modifient sensiblement ses ingrédients. L’auteur s’est exprimé à ce sujet : « Je voulais faire depuis longtemps un film effrayant et c’est Psychose qui m’a donné envie de faire Halloween. J’ai simplement ajouté au film d’Hitchcock une dimension surnaturelle en faisant du tueur masqué une incarnation du Mal ».

 

C’est grâce à ce parti-pris que cette humble série B à petit voir micro budget (325.000 $) et au tournage de trois semaines deviendra l’un des films les plus rentables de tous les temps (à l’instar de Blair Witch), décrochera une foule de récompenses dont le grand prix d’Avoriaz (1979) et, surtout, marquera la véritable inauguration du slasher, appelé à devenir un des sous-genres les plus fréquentés du domaine de l’horreur. Pour l’anecdote historique, le genre avait connu ses premiers balbutiements avec Black Christmas quatre ans plus tôt, toutefois le film canadien, encore plongé dans une forme assimilable au giallo (genre italien considéré comme ancêtre direct du slasher, notamment par rapport à certains travaux de Mario Bava comme La Baie Sanglante), ne sera pas comme Halloween une matrice dont chaque tics sera inlassablement repris.

 

C’est le film d’un genre, mais parce que c’est un film autonome sur le fond, avec quelques codes repris et d’autres qu’il va imposer sur la forme. Avant d’être le modèle du slasher (ce qui n’était pas délibéré), Halloween est un film parfait, le spectacle analytique du Mal engouffré dans l’ordre des hommes (ce qui n’était peut-être pas délibéré non plus, c’est le contre-coup du génie). Le spectateur est renvoyé à beaucoup de normes (les amies de Laurie sont des pouffes de leur époque) et concernant le Mal, aux conceptions du Dr Loomis qui pourchasse Michael Myers (les yeux de charbon comme ceux du Diable, par exemple – mais le Diable est encore trop complexe et sinueux). Il n’y a pas de parti-pris idéologique ou de message et sur le fond le film est, en un sens, parfaitement vide. Ce vide c’est celui de Michael Myers venu déchirer la toile doucereuse du réel, celui où tout le monde dort éveillé, celui qui recèle quelque chose de magique tant que le trivial et les désirs ne se font pas trop voir.

 

Par le biais de Michael Myers le film traduit la présence du Mal, inscrite dans les rouages de l’harmonie du monde, en sommeil permanent. Toutefois Michael est présenté comme une force de la nature insubmersible et implacable : rien ne semble pouvoir en venir à bout. Qu’il n’ait aucune motivation apparente, aucun passé traumatique connu rend d’autant plus impuissant à se rassurer car la rationalisation est encore plus ardue que la résistance à son emprise.

 

Et ce Mal habitant Myers n’a pas attendu d’être forgé. Il était en lui et s’est déployé ; le choc, c’est que cette première manifestation absolue se produit lorsqu’il a six ans, où il assassine froidement sa sœur de dix ans son aînée. Une enfance dont la vocation est l’annihilation, nette, sans souillure. Myers et Laurie Strode se reflètent à ce niveau : voilà deux jeunes personnes procrastinant pour devenir tout à fait adultes, mais le sont déjà néanmoins, au point d’être précocement secs et placides. Le tueur et l’héroïne sont deux adultes-enfants à l’étroit, lui dans un monde qu’il ne voit pas, elle dans un qu’elle comprend sans parvenir à l’ingérer en profondeur ; lui attendant son heure, elle redoutant la sienne.

 

Enfin si Halloween exerce une telle fascination c’est pour son effet de réel incomparable, qu’il doit à sa mise en scène subtile et sa simplicité achevée. L’action est resserrée autour de quelques lieux et personnages exposés à fond, quitte à contempler la banalité de leur existence, en sachant toutefois que celle-ci se trouve soudain sous la menace. C’est cet enveloppement du Mal dont l’odeur se fait sentir sans qu’il se trahisse qui alimente la tension. Carpenter gère son film comme une chorégraphie, qu’il épure et aère, capture dans des plans larges et via des lumières crues. Il nous prête la position de Michael Myers en de multiples occasions (la vision subjective) au point que nous sommes mis en position de complice potentiel, mais sans connaître toujours vraiment la nature du regard présent.

 

On a reproché au film des traits puritains. Il n’y a pourtant pas de posture morale et il n’y en a probablement même pas chez Michael Myers. Toutefois il s’en prend effectivement à de grands adolescents ou jeunes adultes  »pêchant » par la drogue et le sexe. Probablement ces élans vitaux vulgaires contrarient l’ataraxie de Michael Myers, main sereine et implacable de la Mort. John Carpenter a regretté une telle association, lui dont le cinéma plutôt contestataire, quelquefois proche du mysticisme, est peu enclin à ce genre de préoccupations. L’ironie, c’est qu’on a aussi reproché à son film (et à la suite directe, le très violent Halloween 2, plus encore) d’être une sorte d’hymne à la dégradation et de déversoir de mauvaises passions. Au demeurant, tout le genre subit cette double accusation : fonctionner sur des schémas puritains et les valider ; être racoleur et d’un cynisme démoniaque.

 

En tout cas, Halloween a forgé les clichés d’un sous-genre horrifique et a contaminé bien au-delà. Ça s’appelle une matrice et en plus c’est un film définitif. Tout y résonne à merveille ; contrairement au genre, justement, parangon de superficialité. Les slashers des 80s avec en vedette les concurrents de Michael Myers l’ont démontré (Freddy et Jason) et même mais dans une très moindre mesure, les nombreuses suites de Halloween.

Note globale 98

 

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Suggestions…

 

La saga :

* tous les opus du 2 au 6 + Halloween 20 ans après & Halloween Resurrection

* la nouvelle saga (dont le remake) de Rob Zombie

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