HELLRAISER, LE PACTE *****

28 Nov

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5sur5  Il faut revenir vers Hellraiser en sachant les secrets qu’il porte de nous. Cette éminente référence du cinéma d’horreur, au-delà de ses performances gores et de ses excès absolument ébouriffants pour son époque (1988), propose un scénario structuré jusque dans ses moindres ramifications. Il s’en dégage un pouvoir de suggestion achevé et permanent ; quand bien même on pourra juger l’œuvre dépassée dans ses effets spéciaux ou son aspect graphique (quoi de plus évident au fur et à mesure qu’un produit vieilli), la force de ce scénario traversera les âges parce qu’Hellraiser se frotte à l’essence même du désir et bafoue allègrement les tabous les plus enracinés dans notre culture. C’est en outre un modèle de cinéma inépuisable pour la densité de son propos et ses  »niveaux de lectures » abondants.

L’existence d’Hellraiser le film est la conséquence de l’adaptation vidéo des écrits de Clive Barker avec Transmutations. L’artiste est abasourdi par cette série Z. Devant cette expérience malheureuse, il décide d’adapter une de ses œuvres sans mettre en péril son univers aux mains d’obscurs auteurs bis peu attachés à mettre en valeur la dimension éthique et transgressive du matériau, traitant tout ce qui leur ait offert sans égards particuliers.

Avant de devenir culte, Hellraiser est un projet qui a peiné à s’affirmer. D’abord, le film devait s’intituler Sadomasochists from Beyond the Graves, titre évocateur, peut-être un peu trop. Par ailleurs, il devait s’accompagner d’une BO forgée par le groupe Coil, dont la musique expérimentale inquiète la production ; Barker devra se contenter d’une BO plus traditionnelle, celle de Christopher Young. Celle-ci demeure une réussite fulgurante et insinue dans le film un climat des plus mystérieux (le theme principal est assurément un classique pour les adeptes de cinéma fantastique). Toutefois, l’atmosphère dégagée par les titres de Coil aurait rendu probablement rendue la vision d’Hellraiser autrement plus étrange et décalée (peut-être le film serait-il moins glacial et inquiétant ? plus proche du cauchemar psychédélique ?) ; difficile d’imaginer l’impact d’un morceau aussi déroutant que Video Recorder.

En dépit de ces quelques compromis, Hellraiser nous est parvenu sans être dénaturé. L’absence de censure est d’ailleurs un phénomène qu’on s’explique toujours assez mal aujourd’hui ; surtout que Hellraiser 2 ne bénéficiera pas de cette clémence et sera allègrement amputé (pour compenser la tolérance accordée au premier opus ?). Clive Barker, lui-même assez perplexe, estimera d’ailleurs que les comités de censure « n’ont sans doute rien compris ». Il n’y a donc qu’à s’en réjouir. Pourtant, on sait combien la culture SM, au cœur de l’œuvre, est peu accessible dans les 80’s, ce qui redoubla l’intensité du choc occasionné par la vision d’un film aussi radical et incisif.

La figure de Pinhead, incarnation agressive, sophistiquée et grand-guignole de cette culture SM, imprègnera directement la conscience collective des amateurs de cinéma  »déviant ». Toujours incarné par Doug Bradley (acteur dans Cabal et le récent Bienvenue au cottage) et intervenant dans les huit opus de la saga (bien que les direct-to-video lui réserveront une place limitée),  »tête d’épingle » est devenu une icône goth macabre ; son allure est si impressionnante qu’il compte de nombreux admirateurs ignorant jusqu’à sa source et son nom. Cet ange hédoniste, ambassadeur du plaisir par la souffrance, suscite tour à tour attraction et répulsion auprès des spectateurs comme des personnages, fascinés par cette synthèse inédite des désirs les plus ténébreux et interdits des Hommes.

Pourtant, à ce stade de la saga, la mythologie de Pinhead et de ses acolytes, les Cénobites, des damnés éternels eux-même emportés vers l’au-delà par leurs voeux de jouissance éternelle, reste au second plan. Hellraiser se concentre davantage sur le personnage de Julia (interprétée par Clare Higgins, théâtreuse de formation). C’est d’abord un conte adulte, à contre-courant de la bienséance ou du carnavalesque inconséquent imprégnant alors le genre horrifique, déjà en 1988 rarement axé sur des thématiques ambitieuses mais plutôt sur des performances gores potaches, ou simplement barbaques (Freddy et Jason font alors la loi).

Dans le fond (et c’est là qu’il est le plus obsédant), Hellraiser trace l’itinéraire d’une renaissance via la transgression des interdits les plus élémentaires. Julia (Clare Higgins) est celle qui franchit les limites posées par la morale et la civilisation. Proche de la dépression au début du film, c’est une âme endormie et asséchée qui n’attendait désespérément que d’être de nouveau irriguée. La restauration de ses pulsions marquera le climax de son existence.

Julia, la renaissance

Avant l’intervention de Frank, les deux héros du film sont le couple Larry/Julia. Un tandem dynamique, aisé, bourgeois, venu de Brooklyn pour s’installer dans la demeure familiale délaissée. On découvre une Julia assez passive, laissant à Larry le soin de gérer leur vie. Julia est, sans surprise, peu enthousiaste devant sa nouvelle résidence, mais elle s’incline. Mais que Frank ait habité ici réveille Julia. Déjà, le simple souvenir de sa sulfureuse liaison avec le frère de Larry la tire de son présent léthargique pour invoquer ses désirs égarés. Lorsqu’elle trouve des photos sans ambiguïtés (elles montrent la dégradation d’une femme) abandonnées par Frank, Julia acquiesce avec force. Nous sommes encore au stade de la résurgence des fantasmes, et Julia pourrait encore demeurer une femme frustrée au tempérament fuyant.

C’est encore le cas pendant un long moment. Julia est un corps étranger dans l’univers qui la cloisonne. Le premier atout d’Hellraiser tient dans cette évocation du conflit entre le monde intérieur et les désirs d’un individu et l’atmosphère de son entourage. Julia est comme privée d’une part d’elle-même, bloquée dans un monde qui ne voit, ne comprend rien. Il est impossible pour elle de se soulever contre cet ordre établi qu’elle abhorre ; elle ne connaît rien d’autre et n’a pas d’appui, personne pour venir la sauver, ou simplement la rejoindre. Elle semble donc condamnée à vivre dans un milieu qui n’est pas le sien ; en ce sens, le film s’adresse et plaira plus particulièrement à ceux qui auront vécus dans un cadre déplaisant, trop codé, trop strict, ou en même temps s’échappaient les instincts primaires de congénères observés par le vilain canard avec condescendance (une émotion qui engendre aussi bien le dépit que la fureur).

Barker insiste sur une opposition très marquée entre Julia et le reste du monde ; Julia est entourée d’individus naturels, spontanés, mais gavés d’eux-mêmes, sans curiosité et recroquevillés sur leur petite vie. Ils ne sont en quête de rien. Il y a dans Hellraiser une approche de la  »beaufitude » ordinaire, cette réalité si commune et si terrible. A ce titre, la scène du dîner est édifiante. Julia, probablement décontenancée par l’ineptie et la triste banalité des invités de Larry, reste blottie dans une posture songeuse, à l’écart du groupe. C’est une galerie de  »copains » de bureaux qui forme la table des invités ; uniquement des personnages médiocres, moins socialement (ils semblent avoir réussis leur vie) que dans leur vie intérieure (dont on devine la platitude infinie). Il y a une femme aux répliques insipides et tellement attendues, un petit crétin épatant Kirsty, la fille née de la première union de Larry, personnage approfondi au même titre que Julia dans le film, mais ici véritable niaise transie devant un micro-exploit digne des plus grossières traditions champêtres. Il y a surtout cet époux au ton grivois et faussement mielleux qui aimerait faire boire un autre verre à Julia, quand celle-ci se damnerait plutôt que de lui ressembler. Parce qu’il ne faut pas se leurrer ; leur tendre la main, entrer dans leur jeu, c’est gommer les frontières qui nous séparent.

En parfaite borderline, Julia quittera l’assemblée. Avec délicatesse, gêne même. Mais au fond, Julia est partagée entre détresse et désir de mettre un terme à cette mascarade. A ce moment, Frank baisse la tête, vaguement mal-à-l’aise ; il sait qu’il a déçu, qu’il a peut-être perdu à jamais les liens qui l’unissaient encore à Julia. C’est ici, à cet instant précis, que tout se rompt et qu’Hellraiser entre dans une nouvelle dimension.

C’est l’heure de la rencontre qui va changer sa vie ; l’heure qu’elle n’attendait plus qu’en rêves, et encore, ceux-ci commençaient à se dissiper. Julia monte au grenier, s’avançant comme vers les fantômes radieux du passé. Elle se plonge dans les ténèbres ou, exaltée et étourdie au souvenir de Frank un peu plus tôt, elle retrouve celui-ci, sous la forme d’un amas de chaire et de nerfs.

C’est alors qu’ils scelleront leur pacte faustien, l’élément fondateur de la mythologie Hellraiser et du film. Toute l’œuvre est, de cette manière, assez littéraire. A chaque nouveau fait, Barker multiplie les parallèles, à chaque vérité, il impose un reflet déformé, voir antithétique. Hellraiser jouit ainsi d’une grande cohérence narrative et thématique ; c’est aussi de ces effets narratifs que naissent la grande profondeur du propos. Barker n’a pas peur d’apporter des réponses ; s’il y a un pouvoir de suggestion au-delà du gore, c’est parce que le film ne se contente pas d’afficher des figurines, il les travaille sous nos yeux (les préparant de telle façon qu’il permettra à Hellraiser 2 d’aller au-devant des fantasmes et du monde narcissique, largement dessinés, de chacun).

Quand l’interdit moral et les tristes façons de s’en accommoder préparent l’horreur

Hellraiser se penche donc sur le rapport au monde de ses personnages et axe son point de vue essentiellement autour de celui de Julia. Les données majeures de départ pour le film sont la religion et la beaufitude ; Barker en fait les deux chapelles de l’interdit, celles qui astreignent l’Homme et réduisent son champ d’action. Il assène ses coups hargneux, vraisemblablement vengeurs et sans retenue, contre cette religion castratrice, contre les autorités morales fagocitant, non seulement la liberté de mœurs, mais surtout jusqu’à la liberté de l’imaginaire. Elle pollue insidieusement cette dernière en y investissant sa morale rigoureuse et restrictive ; d’ailleurs, Julia est une enfant du catéchisme. Sa réaction devant Frank est dictée par ce qu’on lui a inculquée ; en lâchant « vous êtes un démon, vous venez de l’enfer », elle se cramponne sur les références qui maintiennent un équilibre dans sa logique et sa pensée (alors qu’elle aimerait s’en débarrasser – sauf qu’elle ne sait même plus que c’est cette source qui l’empêche de s’épanouir et l’enferme dans un circuit d’échecs). Le Monde a adopté cette rigueur, elle lui colle à la peau et lui donne des allures si brutales, si obscènes (chaque morceau d’humanité devient laid car il est perverti par l’intolérance du dogme) ; avec Frank, c’est l’émancipation, de cet idéal imposé, de cette sexualité triviale, de sa mise en scène poussive par les Hommes.

C’est alors une Julia qui, au plus profond de sa nature, se réenvisageant d’une façon insoupçonnée, fait tomber ses névroses. Elle s’affranchit de la honte et de la culpabilité, abolit l’emprise des forces oppressives grâce à Frank, l’hédoniste, le jouisseur en quête de plaisirs inconnus, qui lui rapporte l’expérience, physique et spirituelle, ultime. Il s’agit de s’extraire du marasme commun, de la tristesse du Monde, pour atteindre une réalité supérieure. Lorsque Frank, évadé des Enfers régis par Pinhead, lui demande de lui rapporter des hommes pour reconstituer sa peau, elle fait la promesse de répondre à ses besoins. C’est comme une communion, une profession de foi, et un engagement irréversible.

En face, les Autres sont demeurés à un stade primaire. On en revient à ce rapport au  »beauf » ; la séquence des déménageurs est explicite. À ces deux ombres vulgaires, Julia refuse d’accorder la moindre empathie ou connivence, affichant le fossé entre eux en les toisant. Froide pour ceux qu’elle méprise, Julia voue une sainte haine à ces roturiers buveurs de bierres. Lorsqu’elle répond par la négative à leur demande, c’est pour mieux leur signifier tout le dégoût qu’elle éprouve à leur simple vision. Sans doute devine-t-elle combien ces vulgaires obsédés se confondent dans une sexualité rustre et pataude.

Hellraiser explore ainsi cette frustration des hommes démissionnaires devant l’inconnu et la liberté. Ce refus de se livrer à soi, de s’abandonner à ses désirs, investit la cellule familiale, que le film explose en y bafouant les normes en vigueur, ou même simplement en allant au-delà de celles acquises et admises. Jusque dans ce repère, il n’y a désormais plus de remparts avant la sauvagerie ; c’est même le lieu des premières loges pour l’émergence des fantasmes les plus noirs. Kirsty, l’ado, a l’occasion de voir le monstre dans l’adulte – c’est pour elle l’occasion du  »passage », mais en bonne âme étendard de la morale, elle ne songera même pas à s’avancer.

On ne le relève jamais, peut-être par pudeur, ou bien par manque d’intérêt, mais Hellraiser évoque bien l’inceste, et pas seulement avec le fameux « viens voir papa » proféré par Frank. Larry lui-même, derrière ses apparences irréprochables, est un de ces ogres du passé ; au-delà de la consensualité apparente, voir du manque de substance, du personnage, on aperçoit cet air à la fois rassurant (paternel, dévoué) et intéressé (incestueux). Certains seront sceptiques, mais goûtez plutôt cette échange qui sera sans doute passée inaperçue, avant que son sens profond ne surgisse avec évidence qu’au bout de plusieurs visions :

Larry : « Oh chérie tu adorerais cette maison »

Kirsty : « Tu adorerais celle-ci »

Lorsque Kirsty découvrira la maison gagnée par le couple, on la verra, face-à-face avec son père, soudain échanger leur posture. Leur geste est apparemment inconscient, irréfléchi car spontané, et ne signifie sans doute rien. Mais à ce moment, Kirsty est passé dans une position d’infériorité par rapport à son père ; c’est désormais lui qui la regarde de haut. Ce petit déplacement n’était-il voué qu’à observer les nuances du plafond, ou bien n’avait-il pour but que de rétablir un contact dominant/dominé entre le père et la fille, celui dont chacun a tellement besoin ? Autre détail, qui pourra passer pour un caprice de grande petite fille, mais tout de même ; pourquoi Kirsty appelle-t-elle son père chez lui alors qu’elle vient de faire un cauchemar ? Son inquiétude ne tient-elle pas aussi à la peur de perdre le pilier sans lequel elle se retrouverait livrée à elle-même ? Larry est un père recroquevillé sur son petit monde, son petit circuit ; il veut garder à soi sa fille, lui interdit de s’approprier quoique ce soit, la dissuade de travailler. Il l’éduque dans la perspective de ne pas l’ouvrir au monde ; puisque ce que pourrait offrir le Monde, lui-même en a peur ; il pourrait y trouver sa vraie nature. Et si Kirsty la trouvait avant lui ? Impossible !

Tout cela se déroule dans un climat de silence et de non-dits dont seule Julia semble avoir conscience. L’omerta familiale règne : il s’agit de garder nos frustrations et les trahir entre nous. Ce système va à l’encontre des aspirations de Julia, laquelle n’a aucune foi (l’a-t-elle perdue en rencontrant Frank) dans de telles valeurs.

La domination et les rapports de force

Hellraiser va ainsi à la source de la relation sadomasochiste ; le masochiste accepte la bêtise, les instincts ou le désir de sublime d’une autorité supérieure. Avec ses dialogues à double-tranchant, le film peint des caractères résolument humains, trop humains. Le premier rapport de force exhibé est celui concernant Larry et Julia. Bien que Larry entreprenne, fasse des projets, Julia entretient avec lui un rapport de supériorité, comme si elle s’adressait à un enfant dans la posture d’une mère castratrice. Aussi le rassure-t-elle pour sa blessure (connotée sexuellement par le montage du film), comme elle le ferait pour un gamin, pour son fils. Elle s’applique sans y réfléchir mais aussi sans aimer le faire ; sa réaction est simplement  »normale », logique, évidente.

Mais les rapports de force se lisent également avec les hommes que Julia aborde dans le but de restaurer la forme physique de Frank. Julia ne quitte la maison, son antre parfaite entre morosité et perspective d’un dépassement mortifère et sensuel, que pour y revenir avec des provisions. Elle apparaît alors comme une femme fatale extrême, un produit très  »film noir », signant définitivement son style. Et quand Julia ramène une nouvelle proie, forcée et dévouée pour son Frank, elle pose la main sur son épaule, met en confort son hôte pour le convaincre de franchir un cap, autrement plus anodin que celui qu’elle a dépassé, puisqu’il s’agit de celui de l’adultère. Dans cette position, Julia semble se vendre à cet homme éprouvant de la honte, tout en restant maître du jeu ; elle passe avec lui un  »pacte », inégal car elle connaît les vrais termes du contrat. Elle est le guide d’hommes effrayés à l’idée de transgresser le plus courant et banalisé des interdits occidentaux.

Ado typique du cinéma horrifique des 80s, sans être cette fois l’héroïne, Kirsty est un repère antagoniste, un bloc d’innocence. Ange compatissant (elle fait ses profits dans les sentiments), elle qui accepte un rapport de force défavorable avec son père, d’où elle tire un certain confort, ne peut instinctivement que ressentir le malaise et l’effroi à l’égard de ces transgressions trop fortes. Ce n’est pas leur caractère fondamental, mais bien leur virulence qui ravage son monde. Elle ressent toujours une suspicion à l’égard de Julia, perçoit des désirs torturés, sa violence inouïe derrière la sécheresse. Lorsqu’elle intervient pour empêcher l’horreur, il ne s’agit même pas pour elle de condamner ou de comprendre ; elle la rejette, purement et simplement, elle voit la monstruosité, accepte cette vérité, mais n’en tolère rien. Elle est comme immunisée, grâce finalement à sa simplicité, voir sa platitude psychique, son absence d’introspection, sa pureté superficielle.

Une esthétique profane

L’architecture de la maison a un rôle central dans le film. C’est le lieu où tout se déroule, un foyer où s’impose tacitement une hiérarchie, que l’espace reconnaît. Au-delà encore de l’étage où dorment les parents ou les adultes, trône le grenier qui renferme le passé d’abord, avec ses lourdeurs et ses totems, mais également le stade terminal de toute vie ; et l’univers où l’adulte est allé trop loin. Le grenier, le sommet, est le lieu du passage, pour goûter au plaisir ou recevoir la justice (au caractère divin dans les deux cas). Frank en descendra pour tirer vers cet au-delà de la vie ou menacer les sages parents ou enfants, notamment en s’infiltrant dans la chambre à coucher. Lorsqu’il se plaît à terroriser Julia en laissant supposer qu’il va s’en prendre à Larry, il la met dans la position du sauveur qui ne peut dire à la victime, dans une position infantile, qu’elle est en danger sans sa bienveillance d’une part, qu’elle-même a totalement rompu avec l’innocence dans laquelle elle se trouve.

Ce foyer est comme une cathédrale. La religion est partout, enracinée dans les esprits et dans les chairs. L’ambivalence règne à son égard (ridiculisée mais intériorisée), toutefois elle est presque une affaire seconde, une étoile morte qui a valeur de référence esthétique et bien sûr de base morale sévèrement dégénérescente. Dans la maison à l’arrivée de Larry et Julia restaient de vieux bibelots chrétiens, folkloriques et un peu ridicules ; le couple s’en débarrasse, pourtant ces objets n’ont pas dérangé Frank, le voyou. Plus loin une vignette christique prévient les brebis du danger qui rôde à l’étage. Elle récolte un regard de défi, une très fine grimace de dégoût, incontrôlée et presque invisible, de la part de Julia. A ce moment, l’installation dans la maison scelle la rupture avec les lambeaux du surmoi chrétien.

Toute son œuvre, avec Frank, retourne les interdits moraux. Et, plutôt que de se contenter d’abolir les rites religieux, elle la pervertit, s’empare de ses codes pour ériger une nouvelle norme à sa tête ; Julia et Frank ne se défont pas de leurs racines chrétiennes, mais ils les mettent en relief (les souillent, peut-être) et agrémentent leur forme ; Frank dissémine sa propre religion et Julia est son meilleur disciple, c’est même l’élève qui pourrait dépasser le maître, alors qu’il était d’abord timide, inquiet, pas sur de lui en franchissant le pas.

Note globale 100

Page Allocine & IMDB

Suggestions…

La Saga >> Hellraiser le Pacte + Hellraiser II Hellbound : les Ecorchés + Hellraiser III : Hell On Earth + Hellraiser IV Bloodline + Hellraiser V Inferno

Voir l’index cinéma de Zogarok

 

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6 Réponses to “HELLRAISER, LE PACTE *****”

  1. Voracinéphile novembre 29, 2013 à 11:15 #

    Deux ans qu’on attendait cette chronique ! Félicitations pour le résultat, tout est développé, j’acquiesce sur tous les points. Je compte toutefois revérifier pour le détail que tu soulèves entre notre référence morale Kristy et son paternel lors de la découverte de la maison. Une subtilité qu’apparemment, je n’ai pas relevé lorsque je m’étais concentré sur ma chronique 3 ans plus tôt. J’en suis à peaufiner les détails, dans l’ensemble, je pense aussi que c’est l’efficacité du scénario et le peaufinage de tous les personnages qui rend Hellraiser si passionnant (moins pour les cénobites que cette famille américaine « modèle »).

    Au fait, depuis, j’en ai profité pour revoir Hellraiser II en VO non censurée. Assurément un film à redécouvrir. Chaque séquence à effets spéciaux est rallongée, on gagne en fluidité dans le montage, et surtout l’oeil se régale. A noter toutefois que cette suite se débarrasse de la logique de son créateur pour privilégier les visions fantasmées de l’enfer, tout en laissant les personnages s’exprimer au delà de la logique. Histoire de promouvoir Julia au rang de guide des enfers ^^

    • zogarok décembre 5, 2013 à 13:34 #

      Je n’ai pas Kristy pour référence morale personnellement, d’ailleurs cette référence est présentée comme peu consistante. Elle ne prend du relief que face à la crise et l’horreur, où elle est contrainte de sortir de l’état d’enfant ; parc que justement elle ne peut, enfin, plus le supporter.
      Ma référence est plutôt Julia même si je ne saurais l’approuver ni la suivre moralement.
      Ce climat incestueux est peut-être l’un des deux piliers du film, avec la condition de Julia. Les Cénobites, l’hédonisme aventureux de Franck : c’est plutôt du second plan.

  2. Voracinéphile novembre 29, 2013 à 11:18 #

    Et au fait, bravo pour cette découverte de la bande originale de Coil pour une BO finalement non exploitée, mais trouvable sur youtube… J’ai pu découvrir cela via ta collection SC, d’intéressantes compositions. Très bon travail de collecte !

  3. eelsoliver janvier 22, 2014 à 08:15 #

    un excellent premier épisode et aussi le meilleur de la saga: finalement, un classique du cinéma horrifique !

  4. Moonrise août 31, 2014 à 19:14 #

    Je ne m’attendais pas à ce que ce film passe si bien ! Je ne suis pas forcément adepte du genre et même si ce que j’en connaissais était intrigant, j’avais lu pas mal de critiques mitigées à son sujet.

    Au final c’est le développement psychologique des personnages que j’ai moi aussi préféré, même si le film m’a aussi un peu fait peur (ce qui n’est pas si courant). Le personnage de Julia est effectivement le plus intéressant ! J’ai eu l’impression que le film s’attachait beaucoup à son point de vue au début, puis qu’il basculait vers celui de Kirsty une fois que cette dernière comprend ce que que sa belle-mère fait. Et à partir de là on voit moins l’aspect passionnel, et davantage l’horrifique.
    Celui-ci m’a donc marquée aussi : la transgression de Julia et de Frank ne relève pas seulement des moeurs ou de la religion, elle est aussi morale (meurtres d’innocents dont le mari/le frère) ! Du coup, le point de vue de Kirsty ne me paraît pas seulement relever de son manque de maturité. La transgression est importante, et elle finit d’ailleurs par être punie.

    Ta critique est intéressante en tout cas, fouillée mais aussi assez personnelle. J’y ai vu des aspects m’ayant échappés, que je n’aurais pas pu percevoir (par exemple la raison pour laquelle Julia a épousé Larry : parce qu’elle ne connaissait rien d’autre avant). Je trouve en tout cas ce film plus intéressant que ce pour quoi il est souvent tenu (j’ai l’impression que l’aspect de pure horreur avec Pinhead & cie, qui m’a moins intéressée, est souvent ce qui retient le plus l’attention).

    • zogarok septembre 2, 2014 à 02:28 #

      Oui progressivement le spectateur est amené à adopter la perspective de Kirsty, lorsque l’horreur prend définitivement le pas sur le drame personnel de Julia. Elle est isolée face à cet entourage pervers, tout comme Julia est isolée au départ.
      Pour la punition, tous les personnages ont un rapport ambigu à elle. Frank la recherche, comme d’autres délinquants ; même s’il se détache des autorités il prend au passage leurs coups, surtout qu’il se sent trop fort pour être abattu par si peu de choses.
      Ce n’est pas seulement que Julia n’ait rien connu d’autre, c’est surtout qu’elle n’a pas essayé et que Larry correspond à ses besoins : de sécurité, de certitude. Même la routine dans laquelle elle s’endort avec lui a pour rôle de la rassurer – et pourtant elle en meurt, mais après tout elle contrôle le carcan qui l’étouffe. D’ailleurs entre eux deux, elle domine, à défaut d’avoir la moindre satisfaction dans son existence. Elle le domine mais elle le méprise ; et elle ne voit pas qu’entre elle et Frank c’est un peu le même rapport, sauf que là, le dominant est la bête – alors qu’avec Larry, la bête c’est lui.

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