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MINI 13 ou 2020-1

2 Mar

Gatsby le magnifique ** (USA 1974) : Une des deux principales adaptations du roman de Fitzgerald, avec celle de Lhurman en 2013 qui ne m’a pas attiré. Propre, éventuellement captivant à certains endroits quand on sent l’envie ou l’opportunité de le regarder autrement qu’en dilettante. On aurait peut-être pas gagné grand chose à condenser la séance en 1h40 au lieu de 2h25, mais on y perdait certainement rien. (58)

Le tailleur de Panama ** (USA 2001) : Éclatant comme d’habitude avec Boorman, mais désespérément inintéressant, sauf pris scène par scène et sans souci de continuité. Léger assurément, drôle difficilement. On sourit, on s’ennuie. Rien à reprocher au casting ou à la technique, ni aux dialogues hormis leur proportion excessive. (48)

A couteaux tirés ** (USA 2019) : Quatrième film que je vois cette année et premier issu de la précédente (le premier de 2020 sera Les vétos) ; vu en salle (bondée et réceptive, au moins à l’humour) au début de sa sixième semaine. Même si la séance et le casting sont agréables, je ne suis pas convaincu et préfère finalement la série télé Les enquêtes d’Agatha Christie sur France2, du moins la seconde saison dont j’ai vu plusieurs morceaux. Dès que l’enrobage a finit de produire son effet, À couteaux tirés s’avère pauvre, avec pour sa défense qu’une mécanique ironiquement prévisible et simpliste. Il monte des trucs qu’il va dégonfler ensuite (la coolitude de Captain Evans) et effectivement, il va surprendre, c’est promis – il prend à revers, toujours – et toujours comme convenu. Il faut être attentif et ne pas trop écouter ni se laisser happer par les gens et alors on a quadrillé le terrain comme le ferait le spectateur d’une vieille série télé policière aux recettes usées. Si on vise l’endroit où ‘on’ doit atterrir, comme le suggère Benoit Blanc, on voit tout venir ; seulement on emprunte des routes ou cumule des anecdotes qui n’ont pas de raison d’être devinées – rien ne peut prédire qu’il y aura une course-poursuite essoufflée par exemple. Comme lui, on repère un détail et rien ne sera surprenant [mamie croyant voir Ransom], ou seulement des détails en chemin (que les manipulations fonctionnent et durent, par exemple). Que le style soit aussi criard est donc une bonne chose pour passer sans s’ennuyer la séance. Je préfère de loin Wedding Nightmare, film d’horreur de l’an dernier, plus adolescent et différemment outrancier, où on trouvait une héroïne dans une configuration similaire. (52)

True Grit / 100 dollars pour un shériff ** (USA 1969) : Beaux décors naturels. Le garçon manqué a joué 26 ans plus tard dans Halloween VI. Quelques détails ou répliques de temps à autres pour arracher à l’ennui (comme une chute dans une fosse à serpent au milieu d’une interminable confrontation). C’est assez mou et sans grand attrait à mes yeux, comme l’ensemble des quelques films signés Hathaway que j’ai vus jusqu’ici ; peut-être plus sobre [ou moins ouvertement mielleux] et démesurément bavard. Les deux partenaires principaux sont trop faux (des durs de soap sous un emballage vieillot) et leur duo laborieux. Qu’une fille garçon manquée soit en tête d’affiche et que les Coen aient fait un remake (True Grit) est tout ce qui tire ce western de l’oubli et l’insignifiance – même si à l’époque ce film a connu un beau retentissement (le seul Oscar attribué à Wayne, des suites télé). (54)

Deux jours une nuit * (Belgique 2014) : Une esthétique pauvre et débile pour compenser une écriture lamentable et un discours de tract courant après les grands. Toujours les mêmes scènes pendant une heure, chialeuses malgré le semblant de sobriété et proches du reportage irrégulier sous le verni du pseudo-réalisme. Ensuite deux types osent des percées amusantes voire gentiment grotesques – on aperçoit une sous-intrigue immédiatement résolue (la femme lâche son macho), du reste rien ne naît, même au niveau du couple de Sandra/Cotillard. J’ai succombé à Gloria Mundi (en découvrant Guédiguian, maintenant les frères Dardenne – marge d’erreur : un oubli envisageable) mais ici la répartition des rôles et des taches est atrocement sommaire. Et surtout les personnages sont trop nuls, au point où on a pas l’occasion de savoir s’ils sont cons – ou quoique ce soit. Dès que le film essaie de faire autre chose que coller aux basques de la démarcheuse, il est navrant – la scène musicale en voiture fait pitié (quoique la fin soit.. renversante..), heureusement pour ce film les émotions suscitées voire ‘suscitables’ sont faibles ; le mépris pour ce pauvre numéro paraît encore trop intense. L’espèce de décontraction téléfilmesque rend la séance moins exaspérante qu’une orchestrée par Loach ou un autre spécialiste très sérieux et affecté de la misère ouvrière. C’était donc fort pourri, à en regretter Louise Wimmer, comparativement plein de panache, d’espoir authentique et de variété. (28)

Houseboat/La péniche du bonheur ** (USA 1958) : Une de ces comédies sentimentales avec romance et contrariétés sans incidences, où des bourgeois s’encanaillent avec bonne volonté jusqu’à l’inéluctable fin de recré. Mais si le scénario est juste décent, les dialogues sont bons, souvent drôles, dominant la niaiserie de leurs sujets (bien que la VF en rajoute dans le mielleux, avec les voix compassées des dames soignées). Dans l’absolu c’est du niveau de frontalité d’une comédie douce, mais dans le domaine c’est déjà assez franc quant aux motivations et préoccupations de sa faune humaine. Le casting est bon et le duo principal fonctionne ‘merveilleusement’. Par contre Sophia Loren est sur-maquillée à l’occasion et son personnage de Madame Sans-Gêne bien qu’encore plus con était aussi plus libre. (56)

Tarzan trouve un fils ** (USA/UK 1939) : Beaucoup de mouvements, de personnages, d’animaux et de trucs outranciers ou délicieusement datés (comme nous en averti Arte, grande adepte du politiquement correct) ; pourtant c’est difficilement captivant, faute d’écriture sérieuse ou d’enjeux solides. Issu de la franchise des années 1930-40 où Johnny Weissmuller interprète le personnage. Premier exemplaire à me passer sous les yeux ; j’ai par contre vu et aimé Greystoke avec Lambert (1984). (48)

Indiscret ** (USA 1958) : Aimable grâce aux principaux intéressés, mais gentiment bête et trop léger pour tenir sur la durée. Le luxe et la célébrité amènent un enfermement supplémentaire à un petit manège qui n’a pas tellement sa place hors du théâtre, si ce n’est pour afficher quelques décors pimpants et une balade dans les rues de Londres. Quand la romance s’engage tout semble fini et les modestes qualités d’écriture sont prostituées ; dans la dernière ligne droite une petite révélation apportera du piment – mais aussi des dialogues de grosse comédie de boulevard, plus ou moins heureux ou délicieusement caricaturaux (« I don’t need.. »). Les personnages secondaires meublent décemment et compensent même, par leur lourdeur assurée et leurs traits exacerbés, le décalage sensible entre Bergman et l’ambiance voire envers son personnage – tandis que Cary Grant se traîne paisiblement, en expert. (44)

The Old Man & the Gun ** (USA 2018) : Balade avec des gens au soir de leur vie. Pas le niveau déjà modeste de nervosité de la Mule d’Eastwood. De bons dialogues, effets triviaux avec les répétitions et les signes de coolitude fatigué. Un film représentatif de l’extinction des fantasmes de liberté de l’âge des ‘boomers’ (un passage avant le sursaut ultime rappelle Seuls sont les indomptés). (58)

Cahill U.S. Marshal / Les cordes de la potence ** (USA 1973) : Nous invite à pardonner au papa qui a failli tout en recomposant la famille et ramenant la confiance pour un papa réhabilité et volontaire dans ses fonctions. Essaie très fort d’être grave et intense, n’avance à rien et reste aussi niais que la concurrence. John Wayne se rapproche de Trump par son maquillage mais s’en écarte par la largeur d’esprit. Attention la date de production du film peut surprendre – malgré quelques détails un peu durs ou crus comme la mort d’un proche, on croyait voir un film des années 1950. (46)

Suggestions : Le grand McLintock, Rio Bravo.

The Man from beyond / L’homme de l’au-delà ** (USA 1922) : Où Harry Houdini s’essaie au cinéma (comme acteur, scénariste et producteur), bien que la réalisation incombe à un autre. Laborieux et lent même relativement à l’époque. Décousu et fumeux en bonus. Au moins ce n’est pas tiède ni trop laid, c’est techniquement plus que décent, mais rien n’inspire trop le sérieux ou le respect – scénario bancal et faible, acteurs livrés à eux-mêmes, dialogues et thèses foireux. Les envolées spirituelles suggérées (et pas les pérégrinations romantiques) sont le seul point où l’originalité se concrétise. Mais des courts plus ou moins fantaisistes avaient déjà poussé bien plus loin et fourni mieux, ne serait-ce que parmi les bricolages de Méliès ; en revanche j’ignore à quel point l’idée de cryonie était neuve. À ma connaissance elle n’a pas tenu une place centrale, sinon marqué personne, avant Hibernatus. (44)

4.500e film enregistré sur SC (vs 4.819 musiques, 317 livres, 264 séries, 199 bd, 68 jeux vidéo).

Un homme idéal ** (France 2015) : Du genre explicite, avec du ‘gros’ et des invraisemblances en abondance. Prend un tour stressant bien qu’on perde estime pour Antoine, car il enchaîne actions irréfléchies. C’est toujours bon de nous mettre du côté d’un irrécupérable qui le mérite mais qui souffre, ça fonctionne cette fois encore. Mais même en fermant les yeux sur les largesses que s’accorde le film, il est encore trop attentiste sur le développement des personnages. Que tous soient des potiches-obstacles autour de lui a du sens dans la mesure où on épouse son point de vue, mais participe à délégitimer le scénario. Le rythme lui est bon, même les gens qui n’aimeront pas voire railleront le film devraient le suivre sans trop s’ennuyer. (56)

Suggestions… Dexter (série), Five, Plein soleil, L’homme qui voulait vivre sa vie, Le témoin du mal.

Octopussy ** (UK 1983) : Avant-dernier James Bond avec Roger Moore. Un des sommets de la franchise en termes d’exploitation féminine (à proximité d’On ne vit que deux fois). Plus franchement divertissant et comique que son prédécesseur, assez proche de Dangereusement vôtre au niveau de l’entertainment débridé (avec encore trop de ces sous-intrigues ou justifications parallèles qui nuiront au climat de Permis de tuer) ; mais bizarrement le coup de mou du dernier acte peut être plus nocif que celui de Rien que pour vos yeux, où les cascades et déambulations maritimes sans humour assuraient autrement l’ambiance. Bon lot de pitreries et d’aberrations charmantes. Des scènes avec les animaux choqués lors des furies ‘automobiles’ – comme dans Moonraker, mais plus appuyé et moins phénoménal ; le filon serait-il trop bon et trop con ? (62)

Grâce à ces deux derniers films le nombre de notés 6 et 7 sur mon profil SC s’égalise (916 notes/3.850 parmi 4.510 films enregistrés – courts & longs indifférenciés sur la BDD) et probablement se croise (au bénéfice du 6).

Psychobitch ** (Norvège 2019) : Diffusé en France grâce à Arte en janvier 2020, l’année d’avant a parcouru les festivals en Europe de l’Est et en Turquie. Du goût pour le trivial – passages dans les chiottes. Musique pleine de trucs gênants pour femelles déterminées de supermarché. (62)

The party * (UK 2017) : Casting alléchant, choix lénifiants, résultats atterrants. Le film se veut acerbe mais est niaiseux comme un spectacle d’humour moyen et cliché comme une comédie de boulevard pour avinés – sans en avoir la lourdeur efficace. Les vices de chacun sont excessifs, les portraits unilatéraux et simplistes, les situations laborieuses et, c’est le plus immédiatement nocif, la progression narrative quasi nulle. Le noir et blanc est une caricature (inepte mais nécessaire) de cache-misère. La VF enfonce, spécialement pour les femmes – largement majoritaires. Bien sûr le personnage de Patricia Clarckson est un peu amusant, mais même lui est paresseusement et bêtement conçu. (34)

Suggestions… La communauté, Carnage.

L’union sacrée * (France 1989) : Bien sûr un peu ringard mais pas si cruellement ‘vieilli’ quand on le trouve trente ans après. Polar pas loin d’être aussi invraisemblable qu’une grosse comédie des années à venir type Les anges gardiens, pas tant à cause du déroulement que de données inconsistantes – comme le cas du ‘harki’ joué par Richard Berry. La famille prend trop de place, comme le reste des éléments mielleux. Pourtant les faiblesses de l’intrigue restent nues et le temps long. Bande-son typée et agréable mais pas nécessairement adéquate. Marqueurs politiques limpides avec piteux laius à teneur maximale en ‘padamalgam’ (les musulmans normaux et laïcisés au moins visuellement VS les terroristes lapidant la ‘street credibility’ de la community). L’annotation accompagnant (pour la condamner) la vengeance clôturant le film prête à sourire. (38)

Ça reste entre nous * (France 1998) : S’affale complètement à partir du départ de Maurice puis se termine de façon aberrante, en ratant tout le dévoilement. Des choses très bizarres, au minimum des raccords douteux, sinon des oublis. (36)

Das kalte Herz / Cœur de pierre *** (Allemagne 2016) : Une œuvre de fantasy parfois proche du ‘light’ et de l’esprit hobbit mais plus largement ‘dark’ et dans la rêverie nostalgique. Basé sur Le cœur froid (1827) du romantique Wilhelm Hauff, le film interpelle d’abord par ses qualités esthétiques (maquillages, costumes honorant l’environnement au sens large). La morale finit par l’emporter, heureusement sans rien sacrifier du conte de fées ; tout de même, dans la dernière partie la leçon trop de place et renforce la manie du film de revenir à l’évidence sur un plan narratif. L’optimisme est excessif puisque tout finit réparé mais on est moins dans la niaiserie que dans une espèce de reflet ‘magique’ de la maturité. Ce qu’on peut aussi reprocher mais m’a peu dérangé, c’est des effets parfois cheap, notamment lors de la scène du chien, avec le forçage et les contrechamps laborieux pour tenter de nous faire avaler son gigantisme. Malgré ses petits défauts ou ses normalisations exagérées, ce film reste un joli et bon moment à passer, avec une remarquable capacité à encaisser [gracieusement] le ridicule et animer une histoire prévisible. (66)

Suggestions… Les frères Grimm, Cœur de verre/Herzog, Le vampire et le sang des vierges, Wolfskinder/Les enfants-loups.

The Cider house rules / L’œuvre de Dieu la part du diable ** (USA 1999) : Mielleux et pas trop niaiseux malgré son allure. Enfin, ça l’est suffisamment pour éviter d’aborder la dureté des éléments cruciaux, soit l’avortement, l’abandon et la mort d’enfants. Une œuvre d’optimistes sucrant la réalité, mais sachant ‘parenter’ sans étouffer. Du cinéma signé Hallstrom j’avais relativement apprécié ses deux films centrés sur un chien (Hatchi et Mes vies de chien) et je me souviens seulement avoir été excédé par son Chocolat. (46)

Jabberwocky ** (UK 1977) : Il est difficile d’être un dieu (haut) en couleur et sans la branlette snobinarde. Une satire pas absolument débile mais quand même bien creuse, par Terry Gilliam lentement en train de s’autonomiser des Monthy Python (deux des membres sont encore dans ce projet). Son style est déjà manifeste : surchargé, alternativement dynamique et rabougri, hystérique et inepte à terme, comme le seront nombre de ses films à venir même excellents ‘en moyenne’ (L’armée des 12 singes est hors-catégorie). Pince-sans-rire même dans le potache et naturellement deux fois trop long. Des plans intéressants dignes d’Evil Dead et même quelques vues subjectives typiques du slasher à l’avènement imminent. La créature viendra pour trois des dix dernières minutes mais c’est la plus grosse blague ; pour le reste, le film passe par divers niveaux mais souvent n’est pas si dégueulasse malgré sa préférence pour la gaudriole – et bien qu’on patauge de A à Z dans la crasse, physique ou morale. Un autre film s’est basé sur le poème de Lewis Caroll : le court Jabberwocky de Svankmajer. (52)

Suggestions… Le jardin des délices/Saura, La compagnie des loups, Le roi et l’oiseau.

La religieuse ** (France 2013) : Plus gracieux que les autres films de Guillaume Nicloux (auteur des très cools mais bien moches Thalasso et L’enlèvement de Houellebecq) mais pas nécessairement moins plat (que Valley of Love). Cette adaptation de Diderot ne vaut pas celle de Rivette mais confirme la force de l’histoire. L’institution catholique n’est pas attaquée ni profondément traitée ; on est plutôt dans la complaisance envers le matériau comme le sujet, avec la beauté des chants au début et le défilé de mauvaises fréquentations forcées. Perd sur tous les plans aux abords de l’arrivée de la sœur lesbienne campée par Huppert. Sa contribution ne fait que rendre la séance plus pathétique et froide, sa passion en échec reflète la raideur émotionnelle du film. La fin abrupte est doublement significative : on ne prend pas le matériau à bras le corps et on ne veut surtout pas retourner vers la société commune, vers ‘les gens’ ordinaires, afin d’éviter de blâmer qui que ce soit ou quelque classe que ce soit. (52)

OSS 117 n’est pas mort * (France 1956) : Premier film OSS 117, une adaptation plus sérieuse mais à peine moins ennuyeuse, laissant de côté les détails loufoques – qu’elle ne peut se permettre, comme les micro-films cachés dans les dents (remplacées par un vulgaire sonotone), ou n’ose, comme une bagarre saignante en ouverture. À la place, essaie de paraître comme un film noir léger, mais fait trop de manières sans avoir l’équipement nécessaire. Les appréciations souvent crues et bêtes, quelquefois croustillantes, disparaissent au bénéfice de petits blablas poseurs d’époque – même pas des laïus. Au moins ils ont le mérite d’être souvent directs et efficaces. Un film pas dégueulasse (par sa réalisation comme par ses interprètes) mais étriqué sur tous les plans et insipide. (36)

A Testrol és Lelekrol / Corps et âme ** (Hongrie 2017) : Une jolie idée, un premier tiers parfois amusant ou vaguement percutant (la descente à l’abattoir, l’entretien d’embauche) et une vision souvent désuète des individus (le regard du film se confond avec celui du directeur, paternaliste demi-impuissant et soporifique avec une tendance à s’enfler injustement cautionnée). La femme est un cas intéressant puisque bloquée dans l’ensemble son développement émotionnel. Le film est gratuitement crade et provocateur en dernière partie – on se coltine le souffle insupportable du mec de 50 en train de poutrer à vitesse et ampleur d’escargot l’autiste de 30. Finalement c’était un simple film sentimental et terre-à-terre pompeusement emballé. (52)

Herrliche zeiten / Le temps des seigneurs *** (Allemagne 2018) : Sans doute un peu lourd (comme toute satire) mais ne se tasse pas sur un point de vue, une thèse, ou même le fil prévu. Avec un des héros de Dark en principal intéressé. (72)

Suggestions… Chien, Les vestiges du jour, Paradis amour, Parasite.

Rio Grande ** (USA 1950) : Un film bien armé mais où les multiples chants (une curiosité dans le western, peut-être moins à l’époque ?) et les nombreuses gesticulations compensent une incapacité à faire décoller le scénario et les personnages d’une toute petite coquille. C’est de toutes façons trop proche du film de propagande ou d’hypnotisés pour apporter quoi que ce soit de consistant (sur l’amour filial, sur cette aventure en particulier ou le rapport aux autochtones) – et c’est trop doux et respectueux pour interpeller ou sérieusement divertir en-dehors des proches ou initiés. Puis John Wayne avant d’être vieux est tellement fadasse qu’on l’ignorerait face à ses camarades si les studios n’avaient pas décidé de le mettre au centre ; Gabin au même âge était généralement plus charismatique et taillé pour jouer le patriarche. (48)

MINI CRITIQUES SDM 2020 (1 : Janvier)

27 Jan

Désormais les critiques seront rares. Au départ je pensais à un modèle fixe pour les séances de l’année en cours – tous les trois mois, pour autant d’éditions que de saisons ; exceptionnellement tous les six ou neuf mois si je manque les sorties en salles ou n’en vois qu’une ou deux certains trimestres. Finalement je m’en tiendrais à un mois minimum et une année maximum. Je n’inclus que les films vus dans et de l’année, pas les récentes sorties en salles qui appartiendraient à celle écoulée (comme A couteaux tirés le deuxième jour de l’année). Le prochain SDM sera probablement en Mars ou Avril.

Pour cette première vague :

  • Les vétos ** (comédie dramatique, France)
  • L’Adieu/Farewell ** (comédie dramatique, USA)
  • Les enfants du temps ** (animation, Japon)
  • Selfie ** (comédie, France)
  • La llorona *** (drame/thriller fantastique, Guatemala)
  • Marche avec les loups ** (documentaire, France)
  • Adoration *** (drame/thriller/aventure, Belgique – Du Welz)
  • 1917 *** (guerre, UK – Sam Mendes)
  • Underwater ** (fantastique, USA) 
  • Scandale * (comédie dramatique, USA – Nicole Kidman) : critique à venir

LES VÉTOS ** : Sympathique et vaguement séduisant, mais paresseux et tendance à ‘forcer’ : direction d’acteurs souvent lourde, traits appuyés plutôt qu’étayés, humour évident et précipité. Tendance aussi à aligner élégamment les clichés. Le regard est assez plat même si pas sans subtilité, parfois limite crétins comme dans le cas des contrastes entre la vie de chercheur et l’aisance urbaine versus l’engagement et l’affection pour le low-tech en province. Sur la désertification des campagnes avec focus sur une profession typique, Petit paysan est plus complet sur tous les points (et sa platitude musicale vaut mieux que les tentatives d’ici). (56)

Suggestions : Perdrix, La Ritournelle. Au nom de la terre.

L’ADIEU / THE FAREWELL ** : Fin et doux, pas original. Se regarde sans ennui malgré le ressenti d’une séance assez longue. Des rotations un peu désagréables à l’œil, ralentis et recours musicaux lourdingues, petits effets éculés. N’en fait pas trop concernant la conscience des fossés culturels, les positions diverses face aux traditions, aux responsabilités et au principe de réalité. Se place loin des fautes, loin de toutes révélations aussi. Garde une distance, par pudeur peut-être, qui amène à survoler le comique comme le tragique. Des instants croustillants ou révélateurs mais généralement stériles (ce qui concerne l’amant de grand-maman – une relation bien stérile aussi et tellement typique) ; pas d’évolution tout le long du film, même sur les points clés du scénario. Voilà un film raisonnablement compatissant et résolument modéré recommandable uniquement à ceux qui aiment jeter un œil sur les coutumes et les ambiances chinoises, en gardant un pied et des références bien de chez eux. (56)

LES ENFANTS DU TEMPS ** : Japanim décente et ennuyeuse, du kikoo-kawai propre. Quelques beaux plans sous la neige. Identité propre faible malgré les initiatives autour des ‘filles-soleil’. Ampleur importante sur le plan sonore en terme de qualité comme d’originalité, en gardant le sommet toujours très éloigné, mais aussi en évitant l’irritant trop prononcé. (46)

SELFIE ** : Efficace et assez juste, pas téméraire. L’humour est évident, les quatre sketches ont tous un certain niveau de pertinence et balaie l’essentiel ‘superficiel’ sans entrer dans le glauque ou les marges. Le sketch avec Blanche Gardin sert de liant et est le plus proche par son style de Black Mirror grâce à son ton d’une platitude sournoise et son humour résolument blasé. Les personnages sont mêlés, les secondaires appelés à prendre une plus grande place dans un suivant, ce qui permet notamment au protagoniste du quatrième de s’octroyer une espèce de tenue alors qu’il reste méchamment insignifiant. Le premier sketche est très typé romcom et montre le mieux une bêtise absolument pas propre aux médias sociaux : celle des profs. Le second est le plus typiquement relié à l’époque et repose sur un jeune assez débile, au point où on pourrait (à tort) demeurer sceptique quant à sa transformation. Le troisième sketche a des côtés Dupieux et le pathétique l’emporte plus violemment, car le type est aliéné et crétinisé au maximum. Le quatrième s’achève en faisant retomber la pression et suggérant à raison qu’un peu de responsabilisation et de dédain pour l’opinion des autres dégonflerait une large part des angoisses liées au numérique – en même temps c’est une façon de s’accommoder de la captation de la vie privée, donc en tant que fatalisme une sorte de sagesse et de renoncement odieux. (58)

LA LLORONA / THE WEEPING WOMAN *** : Plutôt calibré pour me convaincre, par de nombreux éléments de sa mise en scène (style froid rigide et intimiste, empathique sans tendresse, le réalisateur a parlé de « réalisme magique » en interview), par les thèmes et sensations qu’il illustre (déni et culpabilité, mélange de honte et de loyauté, héritage malsain dont on est tributaire, superstition omniprésente et jouant un rôle propre dans des milieux différents). Pourtant le film traîne beaucoup de lourdeurs (explicitations futiles, probablement pédagogiques, par exemple pour clore la scène entre papa et « princesse ») ou d’auto-indulgence, avec ses lenteurs faciles (y compris pour soit surligner, soit faire planer le doute sur la nature de l’invitée), son symbolisme redondant de la montée des eaux – quand même le truc élémentaire dans le genre. Mais l’immixtion de l’inconscient dans cette réalité crépusculaire et sinistre fonctionne. Elle favorise l’empathie via la projection dans l’autre, pour un ressenti à vif, au-delà des valeurs ou de l’intellect – et donc au-delà de la simple ‘bonne conscience’. C’est une excellente façon de ré-humaniser des personnes trop éloignées – doublées de victimes dans le cas présent.

Entre dans la catégorie des « +85% féminin », beaucoup moins fournie que son pendant masculin. Il aurait pu tomber également dans l’escarcelle du « Cosmopolitiquement correct » et a un fort potentiel de séduction chez les clients du genre, puisque la cible est droitière sur tous les plans et que l’ex-général génocidaire évoque lors de son procès la nécessité de bâtir une ‘identité nationale’ ; en même temps la sympathie pour les Mayas, comme tout ce qui se rapproche du souci des droits et de la réhabilitation des autochtones, a une proximité avec les luttes de libération nationale – par définition cosmopolitiquement compatibles pour un temps. (68)

Suggestions : Le jardin des délices/Saura, La déchirure/Killing Fields, Ne nous jugez pas, La maison du diable, Mama.

MARCHE AVEC LES LOUPS ** : Si on retirait le seul membre de l’Humanité retenu, ce serait excellent. Le milieu du film est ravagé par les laïus incessants de l’écolo militant. Bertrand ne rate jamais une occasion de plaider pour « l’ouverture » d’esprit et accuse « nôtre civilisation » de ne pas avoir le goût du partage. Nous sommes d’affreux territorialistes et Yann Artus-Bertrand le disait déjà, avec plus d’ambition et de visées sociales dans Home. Ici la conclusion est la décroissance et l’éco-centrisme, plutôt que le cosmopolitisme expansif. Au moins la Nature et ses habitants sont omniprésents et pas tenus en laisse ; l’intégrité est là. La pertinence et jusqu’à la bonne foi pas tellement. En-dehors de l’observation de la vie des loups et opportunément des autres animaux, Bertrand ne se préoccupe que de son catéchisme (et de se mettre en valeur en temps qu’insouciant résilient, sans peurs ni reproches – la séquence d’ouverture contient toutes les contradictions et la part d’arnaque du projet ; le montage et les drones anéantissent les postures, ce dont le réalisateur se moque ou qui reste dans son angle mort). C’est au point où il nous prend un peu pour ses ombres consentantes – la scène du berger allié en esprit restant le summum (et l’évocation des brebis galeuses hostiles au loup un autre, dans la caricature du déni et du simplisme gauchiste) ; les niaiseries de la cabane nous rapprochent des errances maîtrisées d’Agnès Varda (et soulignent l’égocentrisme prosaïque et ennuyeux des personnages engagés dans ce type d’aventures – effectivement, Into the Wild est d’un romantisme et d’un idéalisme ridicules comparés à ces récurrences vraies). (62)

Suggestions : Cliffangher, Captain Fantastic.

ADORATION *** : Troisième film dans les Ardennes après deux policiers qui sentaient la commande – surtout par contraste (avec l’Alléluia furieux flanqué au milieu). Toujours cette grande capacité d’imprégnation.La présentation est excellente, les péripéties moins, la tournure prévisible. Heureusement les événements comptent moins que le climat – environnemental, sensitif, psychologique. Le gamin est certes un peu benêt mais aussi handicapé par ses ‘références’ : sa mère en plus d’être une demandeuse agressive et malsaine ne le prépare ni à la maturité ni au monde ; ‘forcément’ l’individu passe d’une tordue à une autre. Ce film n’aidera pas à ‘banaliser’ la figure du schizophrène, le cas local est trop violent ; mais d’autres fous dangereux déjà vus au cinéma, spécialement chez les belges, ont peut-être simplement eu le bonheur de ne pas être étiquetés. C’était un des films, sinon le seul, que j’attendais cette année. (72)

Suggestions : Kes/Loach, La balade sauvage, La nuit du chasseur, Jeux interdits, Les yeux sans visage, L’enfance d’Ivan, La première nuit/Franju, Journal d’un curé de campagne.

Réalisateur : Quand on est amoureux c’est merveilleux, Calvaire, Vinyan, Colt 45, Alleluia, Message from the King.

1917 *** : Spectacle prenant, techniquement formidable, avec des décors excellents ; il n’y a rien à dire contre l’interprétation et très peu contre le casting ; le reste, qui pèse peu, est moyen. Les invraisemblances et facilités jalonnent le parcours, heureusement nous avons l’esprit ailleurs – et Schofield à sa mission. Malheureusement ces bizarreries concernant le levé du jour ou d’autres progressions temporelles nuisent à la garantie plan-séquence ; de même que le splendide passage au village nécessite des artifices voyants – rien qui ne nuise à l’immersion et encore moins à la beauté du geste. Une pointe d’absurde nuance le caractère épique. Une telle virée est probablement plus efficace que de nombreux discours ou exposés sur la guerre ou même sur celle-ci ; pourtant, même si la mort et les cadavres s’empilent, même si le danger et la précarité couvrent tout, les représentations sont encore aseptisées. On anticipe les gueules cassées seulement en survolant les rangées de blessés dans l’une des dernières scènes. Les dégueulasseries de ces conditions de vie ne sont pas assez visibles ou encore trop lisses. Et surtout l’héroïsme reste préservé, la crise de foi est tempérée par le lyrisme et l’immédiateté. Enfin les gens ne se trompent pas : 1917 ressemble énormément à un jeu vidéo, si sa narration n’est pas carrément calquée dessus : le passage du milieu où il perd conscience (comme dans Half Life) et se réveille dans un univers transformé, les objets à emmener aux PNJ, puis bien sûr la succession de niveaux et les combats pour en sortir. (68)

UNDERWATER ** : Pas à la hauteur d’Alien Covenant à mes yeux (l’univers est loin d’être aussi vaste, impressionnant et développé) ni de Crawl (le rythme est beaucoup plus relâché et la narration plus confuse). C’est plutôt du niveau d’Un cri sous l’océan, mais d’un ton beaucoup plus grave. Les acteurs ont des partitions sympa et crédibles, mais rien de fort ne s’en dégage. Crédibilité médiocre (ouvertement lorsqu’il est question de ‘séisme’ ou d’oxygène). On gardera difficilement de ce film des impressions durables, même si celles du début et de la fin sont bonnes. Des passages obscurs à tous points de vue – il y aura peut-être des détails à redécouvrir grâce aux sorties vidéo. La créature a le mérite de ne pas être tout à fait convenue (malgré la quasi citation de la prise de contact dans l’Alien d’il y a 41 ans). Je m’attendais à quelque chose d’un peu plus criard mais aussi d’un peu plus malin ou intelligent. Les exhibitions malheureuses des parties grasses du sidekick TJ Miller servent-elles à justifier l’exposition récurrente de Kristen Stewart en deux pièces ? (58)

Suggestions : Humanoids from the Deep/Les monstres de la mer, Leviathan, Battleship, Le chant du loup, Pacific Rim, Tremors, Le choc des titans, The Host, Dagon, Necronomicon, Alien 4.

MINI-CRITIQUES SDM 2019

2 Jan

Même pour les sorties présentes voire des mois précédents, je ne tiens plus à faire de critique systématique. Pour certains cas je recourrais à des mini-critiques, soit en-dessous de 300 mots. Cela revient à reprendre le principe des ‘SDM/Sorties Du Moment’ au début de ce blog, sans la perspective d’un texte nécessairement équilibré. Les 49/61 critiqués sont à retrouver dans le Top annuel.

Pour cette première vague, les films vus dans les quarante derniers jours de l’année :

  • J’accuse *** (drame-histoire, France, Polanski)
  • Child’s Play / Jeu d’enfant ** (horreur, USA) – saga Chucky
  • Le daim ** (comédie dramatique, France, Dupieux)
  • Seules les bêtes *** (comédie dramatique, France, Dominik Moll)
  • Gloria Mundi *** (drame, France, Guédiguian)
  • Vice ** (comédie, USA, Adam McKay)
  • Le Chant du Loup ** (drame, France)
  • The Dead Don’t Die ** (comédie horrifique, USA, Jim Jarmusch)
  • The Prodigy ** (thriller surnaturel/horreur, USA)
  • Glass ** (drame/fantastique, USA, Shyamalan)
  • Dragons 3 *** (animation, USA, Dreamworks)
  • The King ** (historique, Netflix)

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J’ACCUSE ** : J’ai étrangement été happé pendant un long moment, malgré la relative modestie de la réalisation et même des passages aux filtres proches de l’amateurisme. L’exposition de l’époque et du milieu, son ambiance sérieuse, la propreté de l’ensemble des intervenants, m’ont rendu la séance agréable. Dujardin est définitivement un acteur brillant et arrive à rendre irréprochables des réparties appelées à glisser vers l’esprit OSS 117. Mais sur l’affaire et la précision du témoignage je reste tiède. Le récit élude ou minimise les éléments à charge, ridiculise l’argumentaire graphologique, décrété fruit d’un scientiste allumé – qu’on voit mesurer les cranes pour l’amalgamer avec des pseudo-sciences ou supposées telles. Cet amalgame avec le racisme de l’époque fait partie du lot de maux attribués aux adversaires, avec la corruption ou plus précisément le cynisme et le mensonge généralisés. En somme le film ne fait que nourrir la vision d’un ordre établi inique envers le juif et d’une droite française sacrifiant systématiquement la vérité au profit de son idéal ; rien de nécessairement faux mais c’est utiliser un levier douteux pour la défense du camp Picquart. Lorsque viennent les conclusions les flous ne sont pas résolus et la nervosité des anti-dreyfusards est finalement le seul bloc d’arguments complet et évident. Oh bo l’assassin a disparu dans les fourrées – c’est la vie enchaînons ou dramatisons un coup. Enfin l’homme de l’affaire devenu secondaire apparaît taciturne et sensible, fragilisé en plus et certainement vertueux, or Dreyfus comme Picard n’étaient probablement ces braves hommes effacés, moraux et au-dessus de tout soupçon. Enfin Garrel ne s’exhibe pas et sur ce point cet énième Polanski mineur sort des sentiers battus. (58)

CHILD’S PLAY : LA POUPEE DU MAL ** : Plus fort que l’oubli des suites ou le simple remake, voici une remise à zéro (un ‘reboot’). Pas sûr que la franchise Chucky puisse en profiter, finalement elle n’a produit de bon jusqu’ici que de l’humour gras, une poupée marquante avec des saillies agressives et quelques plans excellents d’horreur kitsch (l’usine dans Poupée de sang, le second opus). Et la révolution ne vient pas avec ce septième essai. Il contient quelques grosses scènes de farce (trois personnages seront cruellement malmenés), est sanglant sans faire gicler des hectolitres mais quand même en renvoyant à Saw lors d’un cruel passage à la cave. Le jeune héros est convaincant (servi par un de ces enfants/ados interprètes irréprochables et intenses dont même Stranger Things n’a pas pu se revendiquer – Drew Barrymore en était une à l’époque de Charlie). Le reste de la troupe n’est pas brillant ou sous-exploité, mais facilement sympathique ou agréable à détester. La nouvelle allure de Chucky est réussie, c’est une imitation perverse de l’attachement des humains à leurs amis, plutôt qu’une sorte d’humain méchant, lourdingue ou déviant comme il l’a été, ou comme l’est l’ours Ted. L’humour en-dehors du gore est ras-du-bitume et souvent gentillet, avec quelques quiproquos durables efficaces. On en retiendra quelques détails ou moments insolents. (54)

LE DAIM ** : Confirmation après Au poste que Dupieux ne souhaite plus se renouveler ni faire d’efforts. Je fais ce constat en ayant revu et revalorisé Steak, plus carré que dans mes souvenirs. La flemmardise et le cynisme d’Au poste étaient compensés par l’abondance de petites phrases, de bons morceaux, par les numéros d’acteurs ; cette fois c’est le régime sec, les perles sont rares, tout est simplement propre dans son registre insolite et résolument vain. Ça met trop de temps à démarrer puis s’arrête trop tôt. Je dirais bien que c’est du niveau de Rubber mais il est possible que je revalorise celui-là aussi et il me semble qu’il poussait plus loin l’originalité – et le décalage Dupieux était encore frais, n’était pas devenu une méthode déjà ‘finie’. (48)

SEULES LES BÊTES *** : Comédie dramatique vaguement absurde, sensible mais peu compatissante. Entre dans la vie des gens, leurs réalités sociales et affectives, sans verser dans le téléfilm usé ou l’engagement miteux. Divisé en plusieurs parties concentrées sur un protagoniste et vivant la disparition ou ses effets, même éloignés. Alice au début essaie de recouper les morceaux mais on se doute qu’elle est fatalement dépassée et dans l’ignorance ; les segments suivants sèment des détails qui seront tous résolus pendant la dernière partie centrée en Afrique. Le final laisse la morosité l’emporter du point de vue de ceux qui rechignent à se faire grand-remplacer ; la position des principaux intéressés apparaît définitivement symbolique, du cuck précipitant tout ce manège à l’égoïste repliée sacrifiée, avec la jeune paumée utilisée sans états d’âme, la conjointe lésée (elle n’a même pas rempli sa fonction de pondeuse) travaillant dans le ‘social’, jusqu’à l’espèce de notable trouvant de quoi égayer sa retraite. Mais avant tout ce film donne l’occasion d’apprécier les humains comme des bouffons involontaires, embarqués dans des mécaniques assez tristes mais sur lesquelles on aurait tort de pleurer ; à la place on peut constater l’ironie de cet arnaqueur riant des sentiments de son pigeon mais lui-même sous le joug du numéro encore plus grotesque d’une espèce de curé arriéré. (72-74)

GLORIA MUNDI *** : Comme du Loach en radicalement moins pleurnichard, plus lucide que partisan quasiment tout le temps, bien qu’empathique. Un brin lourdingue sur plusieurs détails et via les performances du couple de jeunes beaufs riches et agressifs, mais dans des proportions raisonnables. Tout en faisant partie d’un univers misérabiliste et populiste, ce film pose les ambiguïtés et responsabilités personnelles ; évoque le poids de l’indulgence, le prix de la solidarité ; la relativité de certaines expériences de vie, de leur valeur – le sacrifice final est aussi un choix du moindre mal ou de la moindre errance ! Compte tenu de mes préférences au sens large je devrais être peu réceptif à un tel film, mais sa méthode et son humilité me plaisent. Même s’il est probablement un peu trop ‘nourricier’ à l’égard de ses personnages, plaintif et bien-pensant quand l’occasion se présente, son attitude face à la misère m’a plu – c’est celle de la (grand-)mère et à la limite de ses deux amants. On se retire des illusions criardes sans être assommé par le désespoir ; accepte la bêtise et l’incurie, tâche de s’arranger avec ce qui existe ; pas de magie dans la vie, pas de gain à se mentir, même en sachant que ‘aller de l’avant’ quand on est col bleu ou exclu c’est peut-être simplement accumuler un sous-capital en médiocrité. De quoi me rendre les situations significatives et les personnages aimables, même quand ils commettent des erreurs. Par contre je n’ai pas pu trouver de respect ou de complaisance envers Nicolas, antipathique car il enchaîne les niaiseries, ni envers Richard dont l’axe de vie semble être la négligence et la soumission bovine. Tous les deux expriment des tendances superstitieuses et semblent incapables de concevoir la réalité comme elle est. (68)

CHANSON DOUCE ** : Vu en salles, comme l’écrasante majorité des films de cette année et trois des cinq précédents dans cette liste (les mieux notés). Voir la critique. (54)

THE LIGHTHOUSE **** : Vu en salles (plusieurs femmes ont déserté en milieu de séance), contrairement à ceux en-dessous. Voir la critique. (78)

VICE ** : Rapidement classé dans ma liste des « Déséquilibrés ». Les acteurs sont excellents et le couple remarquable, encore en mettant de côté leur spectaculaire transformation physique et leur vieillissement. Pour le reste c’est généralement déplorable mais indéniablement efficace. J’ai eu l’impression de regarder l’œuvre de QI à deux chiffres se sentant très engagés et briefés par des QI normaux ou supérieurs leur filant les notes adéquates. Le factuel a une place importante dans les passages accélérés, ce qui ne fait pas du film un pamphlet carré mais le sauve de la partialité criarde et tarte à la crème. Ce n’est pas les préférences idéologiques ou la lourdeur qui posent problème – parfois c’est au service de judicieuses bien que grotesques intuitions, comme la présentation de Dick Cheney comme un mix entre François Hollande et Dark Vador. C’est quand elles sont mal étayées ou sans compensations ni compromis et quand elles ne se reposent que sur elles-mêmes (et s’étirent avec gourmandise comme cette fausse fin). L’épilogue confirme lamentablement le niveau de l’approche – même si c’est un peu drôle et hypnotisant, c’est davantage gênant de suffisance infondée – d’imposture. Aujourd’hui je ne peux plus être indulgent envers ce style crétinisant digne des heures grasses de l’investigation made in Canal+ ou des effets accompagnant les démonstrations dans Cash Investigation. Et comme dans Chanson douce, je sens le regard suspicieux d’extravertis/grégaires sur les plus réticents ou détachés qu’eux, nécessairement sombres ou malins ; aucune raison de valider ce préjugé de retardé bien partagé en communauté. Dans le cas présent, un habitué des allées du pouvoir n’est que le reflet traître de ces artistes et intellectuels publics avides de reconnaissance et d’idées faciles, mais ‘du bon côté’, du bord crémeux et mondainement approprié, contrairement à celui des cyniques de droite impérialiste. (48)

LE CHANT DU LOUP ** : Entre kitsch et sérieux, avec des interprètes aimables davantage que convaincants. La sous-intrigue sentimentale est mignonne et fait partie de ces nombreux éléments au goût de service commandé (comme l’emphase sur le jargon du milieu) – mais service à demi enthousiaste, bien intériorisé. La partie sonore reste le plus consistant, le reste laisse dubitatif tôt ou tard. Plusieurs plans ou métaphores sont d’un pompeux un peu déconcertant, souvent avec Kassovitz qui a dû trouver ici une bonne occasion de blâmer les torts d’institutions que les droitards croient vertueuses. (56)

THE DEAD DON’T DIE ** : J’étais un peu honteusement dans l’accueil et l’indulgence jusqu’à ce que le film tourne définitivement en blague bâclée et croule sous son pauvre discours. Les deux tiers du film sont une caricature néanmoins fantaisiste, où l’auteur Jarmusch débarque en terrain conquis et révolu ; le tiers restant réunit cette piteuse sortie et l’ensemble des remarques ou commentaires trop lourdement liés aux notions contemporaines ou au ‘méta’ gratuit, devant lesquelles les tentatives d’humour laissent plus particulièrement circonspect. C’est moins foutraque mais pas beaucoup moins moisi que Cowboys et envahisseurs. Et finalement c’est idéologiquement pathétique comme ça en a l’air, avec sa jeunesse consciente mais aliénée ou flouée sous son masque sarcastique, son trumpiste débile et méchant, ses masses consuméristes et zombies d’avance, le tout asséné avec un peu moins de nonchalance que la moyenne et une niaiserie très avancée. (48)

THE PRODIGY : Petit film d’horreur surnaturelle, recycle habilement, fonctionne franchement. J’ai doucement apprécié le casting, le style, le rythme ; sur le reste tout est correct ou commun. La liste des enfants interprétant adéquatement des méchants va pouvoir s’allonger. (56)

GLASS * : J’ai critiqué Split, largement oublié Incassable. La touche Shyamalan n’est plus évidente. C’est long, bavard et compliqué, criard, sombre, déplaisant ; on s’impatiente. Les deux vieilles stars semblent se forcer à passer au-dessus d’une inévitable ringardisation (Bruce Willis paraît rétrospectivement en forme dans Die Hard 5), les deux nouvelles copient-collent ce pour quoi elles sont appréciées ces dernières années (or la balourdise allègre d’American Horror Story n’est pas de la partie) ; tout donne l’impression de courir après un délire grotesque aux ambitions démesurées. Heureusement l’issue est intéressante, sur le moment et pour les futurs bilans sur les initiatives du cinéma de super-héros (on bascule ici dans le monde de Batman voire à terme de Watchmen). (42)

DRAGONS 3 *** : Ce film regorge de plans et de détails ravissants ! L’histoire est décente et non abrutissante, mais l’originalité demeure absente (jusque dans le point fort crucial, l’image). Avec ses qualités (ciblées ou relatives) et ses défauts insignifiants, c’est un très bon film d’animation et finalement le meilleur de la fameuse trilogie. (66)

THE KING ** : Production Netflix de toute prestance vue d’un œil penaud mais minimaliste quand on la regarde sérieusement. Les dernières scènes amènent un approfondissement douteux, spécialement celle où la nouvelle reine paie son laïus de miss lucide – mais celle avec la reddition du roi de France place aussi haut la barre dans le débile hautain (sans parler des niaiseries précédentes avec le comploteur zozoteur et le français débauché). Au moins la candeur du roi face à ce qui ressemblait à de flagrantes manipulations est assumée et notre Gary Stue a donc ses limites, mais elles sont minces puisqu’il se corrige aussitôt et pèche par bonté. Quand aux scènes de batailles, comme toute la fibre épique ou avoisinant, elles sont mollassonnes et cheap. Un film pour les pacifistes blasés et les cyniques pompeux, bien soignés et pas trop dérangeants. (44)

MINI-CRITIQUES 11 (2019-2)

15 Juil

Sans toit ni loi *** (France 1985) : Une vagabonde et parasite authentique, donc puante, égocentrique, insensible et désagréable, avec une tendance au chapardage et à l’ingratitude. Heureusement pour tout le monde rien n’est trop appuyé. Les acteurs ne sont pas brillants mais Macha Méril fait une excellente surprise (elle qui a pu nuire quelquefois, peut-être à cause de rôles trop laconiques et excentriques). Inhabituellement froid et mesuré de la part de Varda, sans spécialement imposer de distance (pour certains ce sera même ‘brûlant’ – d’autres égarés ou des femmes rétives qui s’y reconnaîtraient). Les bulles face caméra de Yolande Moreau brisent la cohérence et l’efficacité du film, ramenant le niveau vers l’art et essai balourd et superflu. Malheureusement la séance se traîne sur la fin – un écho volontairement ‘gauche’ de plus au parcours débile de cette fille. (64)

Flic Story ** (France 1975) : Une des collaborations Delon-Deray, où Delon pourchasse Trintignant, sombre crapule. Bien foutu ; finalement très routinier et prosaïque. (58)

La veuve noire *** (USA 1987) : Une enquête dans la première partie, une affaire personnelle dans la seconde. Chez les riches et dans des décors exotiques. Du kitsch de qualité et de compétition, bien de cette époque radieuse (fin des années 80 et années 90). Tension sexuelle et corruption autour de la veuve noire. L’instrumentalisation de la relation entre les deux femmes est le plus vicieux – il y a artifice mais la motivation n’est jamais sûre (‘acheter’ la concurrente, la bloquer, la donner en pâture pour se protéger – profiter de ses charmes et de sa personne, sincèrement ou pas). (72)

Cléo de 5 à 7 ** (France 1962) : Excellent casting féminin, les mecs sont bien lourds en moyenne. Contient le court Les fiancés du Pont Macdonald. Le temps resserré ne m’est pas paru évident, avant la rencontre avec le légionnaire – peut-être à cause de nombreux essais similaires convaincants réalisés depuis. (62)

Préjudice *** (Belgique 2015) : voir la critique. (64)

Ready Player One * (USA 2018) : voir la critique. (26)

The Wicker Man * (USA 2006) : Passable mais confus à force de vouloir enfler le mystère. Animé par un Cage ne calculant rien (quand il hurle et court tout le sérieux de l’affaire est ruiné – la fin contient de délicieux moments, celui où il se déplace en combinaison d’ours a ma préférence). Des pans importants de l’original (tourné en Écosse) ont disparu – le truc de la virginité éclispé. Des faux suspenses étranges (notamment celui de la paternité), des questions longues à sortir et mal posées, des réponses fragmentaires et inadéquates. Effets un peu cheap, la bizarrerie et la brutalité les sauvent – ou les enfoncent aux yeux des nanardophiles compulsifs. Dialogues WTF plus qu’à l’occasion. Beaux décors situés dan l’état de Washington. (42)

The Lobster ** (Irlande 2015) : Cette farce sinistre est ma meilleure expérience avec Lanthimos, même si les deux autres opus sont finalement plus intéressants (Canine et Mise à mort) et qu’au moment de dresser les comptes celui-ci n’est pas beaucoup moins désespérant.

La voix-off et les notions curieuses de ce monde tirent vers le conte, les dialogues et situations vers la comédie. Les personnes s’expriment candidement, presque sans états d’âme ni arrière-pensées – c’est la franchise formelle, aliénée (on est franc mais intégralement prisonniers). Ce décors rappelle The Invention of Lying. Les gens ont quand même plus de latitude pour calculer ou retenir ce qu’ils disent, le mensonge reste possible. Les émotions sont réprimées mais pas supprimées – rares remontées de spontanéité et micro déviances (la gifle d’une condamnée à son amie).

Je suis peut-être indulgent avec ce film tant la deuxième partie n’est qu’un dégonflage sans fin. S’y ajoute l’incongruence : étrange que ces gens des bois ne soient pas repérés, leur couverture et probablement leurs moyens étant faibles et flous. Et puis Léa Seydoux en leader : non.

Dans les deux contextes la hantise du conformisme chez Lanthimos trouve à se nourrir : la résistance est stérile face à un ordre social accompli, la secte répressive et ‘libératrice’ se charge aussi de vous annihiler ; enfin le couple exige de lourds sacrifices. Lanthimos ne croit pas aux évasions romantiques ni à la possibilité d’une ‘liberté’ pour les pauvres humains. Il fait partie de ces gens qui se replient sur les galeries d’art et probablement les perspectives de socialo-communistes sans rêves ni espoirs, du moins concernant l’humain. (46)

Dans la maison *** (France 2012) : Avec du voyeurisme avançant sous le masque de l’amour de l’art, de l’envie mal placée (d’être un mentor, de compenser ses impuissances et de se rapprocher très fort de sa cible) sous la vertueuse prétention à jouer le tuteur. L’ado vicieux à face angélique et à l’imaginaire sadique m’en rappelle confusément d’autres – thrillers teen, We need to talk, variations sur les thèmes de Bel-Ami. Il utilise son monde, se colle à un prof aigri et un camarade falot, tous les deux dans l’attente sans le pouvoir de réclamer. Le traitement des proches en personnages de fiction et l’interpénétration sont stimulantes pour les manipulateurs comme pour les spectateurs (les personnages restent longtemps à ré-évaluer). Les deux aspirants écrivains se dopent à l’imagination pour entrer par effraction dans la réalité et la maîtriser. Le résultat est plus agréable que véritablement concluant, comme souvent chez Ozon ; l’issue sera décevante. Bien qu’effectivement c’est la plus sinon la seule soutenable, elle est un peu grossière et réductrice concernant les jeux dramaturgiques. Casting excellent, le couple prof/galeriste sonne vieux semi-socialistes devenus réacs à temps complet. (68)

Some Freaks *** (USA 2017) : Point de vue honnête et empathique sur des pas beaux donc marginaux. La fille est la plus digne et intéressante du trio, elle m’est devenue spécialement sympathique après que sa défensive et ses phrases théâtrales m’aient gavé. Blasé et cynique concernant les humains et notamment son exemplaire le plus ‘libre’ [de croire en sa force] donc cruel, la jeunesse. (74)

Effraction ** (USA 2012) : Mise en scène positivement lourde pour cette sorte de double-épisode de série policière pour la télé, en plus libre et coloré. Généreux en rebondissements avec une tendance à titiller l’invraisemblance. C’est une façon de compenser le peu de progressions voire de véritables événements – la violence concrétisée est rare, les preneurs d’otage sont finalement trop [durablement] inhibés pour que le film soit crédible – d’où des répertoires limités pour les acteurs (heureusement les Nico sont attachants et excellents dans l’absolu). Les flashback censés nous plonger dans le doute concernant la volonté et les liens de deux personnages sont trop kitsch. (54)

Greystoke **** (UK 1984) : Un gros défi relevé du mieux possible : l’accommodement avec les animaux est remarquable. Lambert paraît tout de suite plus crédible et intéressant si on le voit commencer sa carrière ici – je vivais inconscient ! Jane est probablement trop en retrait par rapport à ce qu’on pourrait espérer, mais cet affichage modeste n’est pas aberrant (les pesanteurs culturelles s’ajoutent aux barrières plus primaires). La descente du vieux dans l’escalier est d’une débilité épique (avec un goût de Fanny et Alexandre) et abouti à une des morts les plus joyeusement consternantes du cinéma, près de celle du spécialiste dans World War Z. (78)

Embrasse-moi vampire *** (1988) : Original et excentrique avec des séquences magiques et la source préhistorique de l’usine à même>département Nicolas Cage. Engage une approche humble, passionnée et pertinente de la folie. Le ‘nanar’ est proche, je ne sais trop à quel point ; évidemment les pitreries du pseudo-vampire semblent en relever et l’indifférence du film aux bornes et à un scénario bien ‘fixe’ l’amène dans les contrées incertaines ; le ridicule en est décuplé. Cette tentative sans psychologie, pièces rapportées ni grosses pudeurs et craintes pour le prestige ou la crédibilité est excellente car elle nous rapproche du réel et de la subjectivité d’un individu loin de la terre ferme. (76)

Douce nuit sanglante nuit *** (1984) : Rend son tueur attachant et pathétique en montrant les deux traumatismes de son enfance. Peut-être un ‘nanar’ et sûrement un slasher réussi. De l’horreur parfaitement premier degré, sérieuse et décontractée, permissive comme sa catégorie ‘bisse’ l’y dispose. La violence graphique reste modérée, trois effeuillages sont à relever. Les diverses figures d’autorité et les adultes apparaissent non-fiables et diversement pervers ou stupides. (72)

La vérité de Bébé Donge **** (France 1952) : Couple Gabin-Darrieux. Pas spécialement engageant au départ mais captivant à partir de la concrétisation de leur relation. Sobre et mordant. À ce stade je vais devoir tenir Henri Decoin pour une valeur sûre (j’ai peut-être eu tort de retenir ma note sur Les amoureux sont seuls au monde). (78)

Boyz’n the Hood, la loi de la rue ** (USA 1991) : Casting 100% noir avec de futures têtes bien connues (Laurence Fishburne, Cuba Gooding Jr et Angela Bassett) et le rappeur Ice Cube (vu dans 22 jump street et Ghosts of Mars). Curieusement compte tenu de son statut ‘culte’, c’est un exemplaire du cinéma conventionnel de l’époque – musiques, mouvements de caméra, enchaînements sont joyeusement datés. Gentiment pertinent, aucunement délirant ou hargneux, pas mal chialeux. Une séance cool et grossièrement mélo. (48)

La piste des éléphants ** (USA 1953) : Scénario soigné mais finalement pointant pas grand chose. Taylor et l’exotisme souvent artificiel des décors sont les vrais arguments. (48)

La planète blanche *** (France 2006) : Bande-son curieuse et souvent déplaisante, parfois d’une originalité relativement raccord (notamment sous l’eau, par exemple avec les bélugas). Il faut reconnaître un certain culot à balancer du Bjork dans un film pour la famille et les enfants. Sujets magnifiques et quelques plans excellents. Commentaires pas fortiches et heureusement rares, mais à quoi bon ces tentatives de créer du suspense et d’instrumentaliser si c’est pour s’arrêter toujours si vite ! Autrement dit pourquoi prendre un pouce de La Marche de l’empereur – autant tout laisser de côté. Sur le plan documentaire les propos sont un peu stériles. (64)

Les Lois de l’hospitalité / Our Hospitality ** (USA 1923) : Muet avec Buster Keaton et second long où il est (co-)crédité à la réalisation (après The Three Ages). Commence dans la tristesse voire l’effroi. Carré et fluide sinon, capable de toucher sans trop ébranler, à défaut d’employer en profondeur des ressorts ‘universels et transgénérationnels’. Joliment restauré. (62)

Between Worlds ** (USA 2018) : Réjouissant ! Cage à son apogée post-respectabilité : en slip, en T-shirt crocodile (l’acteur est fan de reptiles, d’où probablement leur présence dans Bad Lieutenant NO). Devient direct un de mes ‘nanars’ préférés. Au sommet avec trois autres : Les Gaous, Kill for Love, T’aime. Le premier produit hors de l’Hexagone ! (62)

Le Livre d’image ** (Suisse 2018) : Reste aberrant mais, quand on connaît le Godard récent, c’est facilement regardable, quoique plus haché qu’Adieu au langage et Film Socialisme, vu qu’on se rapproche de l’ambition de Fast Film. On redécouvre éventuellement et sans fards le gauchisme de Godard, qui s’attarde chez les arabes jusqu’à déclarer qu’il sera « toujours du côté des bombes ». (38)

Le Livre de la jungle *** (France 1967) : En-dehors de l’air principal, les musiques ne me resteront pas, bien que je les ai appréciées. Aucun personnage ne me marque ou me plaît suffisamment, contrairement à Robin des Bois vu il y a cinq mois. (72)

Quasimodo / The Hunchback of Notre Dame ** (USA 1939) : Visuellement irréprochable et techniquement sophistiqué. Quelques horreurs [principalement] grâce au ‘freaks’ porté par Charles Laughton. Personnages et axes narratifs globalement statiques, les interprétations s’en ressentent. Cela fait de beaux tableaux et une séance à la fois remarquablement ‘facile’ pour un film de 80 ans, en même temps pas forcément passionnante. Claude Frollo est un homme de l’establishment fanatique, sombre et engourdi. Son frère est aussi un homme de pouvoir et d’Église – je n’ai pas lu le livre mais dans Notre-Dame de Paris de Delannoy (1956) il n’a aucune importance. Louis XI est un vieux débonnaire et un roi libéral, encourage les progrès techniques et sociaux – mais il n’est pas nécessairement pro-actif, compose avec les superstitions (s’en remet au hasard lors du procès) et paraît presque niais face à l’adversité. (62)

Drôle de frimousse *** (USA 1957) : Lent. J’ai aimé mais sans accrocher comme devant Charade ou Chantons sous la pluie. (66)

Les Triplettes de Belleville **** (France 2003) : Animation soigneusement déglinguée avec un goût pour le grotesque et la sublimation de l’hideux. La toute dernière minute est décevante et la musique de générique écœurante. D’ailleurs l’album reprenant la bande-originale est pollué par les passages chantés. (84)

Summer of 84 *** (USA 2018) : Réalisé à la façon d’une grosse pointure américaine des années 1980, évoque Body Double et Stand by Me. Dégage un réel charme nostalgique qui a autant à voir avec la jeunesse, le franchissement des interdits, le maintien de craintes vaguement ‘magiques’ et bien charnelles. De lourds clichés répondent présent et le récit a tendance à flatter les fantasmes du protagoniste, avec la grande fille complaisante à son égard, presque centrée sur lui ou du moins sa réalité. La musique est parfaitement raccord : sur-appuyée à l’occasion pour des effets éculés mais sentant bizarrement le frais. Puis ce film flirte sérieusement avec le registre horrifique et se distingue in fine des Stranger Things et Super 8, en se montrant peu mélo et pas trop gâteux. Un point négatif : l’ouverture et la fermeture sont d’un ringard et d’une ‘coolitude’ standard un peu trop plombants. (68)

Battleship Island *** (Corée du Sud 2018) : Opte avec succès pour un registre épique ; efficace même si je ne fais pas partie des publics pour qui ce sera mémorable. À voir si vous avez aimé Dunkerque ou Pandémie. (68)

Moi, Tonya *** (USA 2018) : Empathique mais sans complaisance ni intrusions vicieuses ou oiseuses (beaucoup de parties, notamment l’amitié entre Tonya et Nancy, sont quasiment invisibles). J’ai aimé que ce ne soit pas engagé ni manichéen ; ce film est comme l’avocat de Tonya en ‘off’. On voit les responsabilités, les pièges, les ornières de la championne ; son entourage la rattrape et saccage sa vie jusqu’au-bout. Sa mère indigne en premier lieu – celle qui trouve enfin la force de la féliciter quand le monde aussi l’a cassée pour de bon. Je regrette seulement quelques manières laides parmi la série d’effets brisant le quatrième mur et/ou simulant le reportage – notamment cette intro qui a failli me faire fuir. Recommandé à ceux qui ont apprécié Dallas Buyers Club pour l’immersion réaliste bien que toujours sensationnelle chez les rednecks. (74)

Upgrade *** (Australie 2018) : Ne m’évoque pas tant Black Mirror que la SF américaine des années 1990 (comme Stranger Days ou plusieurs rôles fracassants de Schwarzenegger). Aussi un cousin pas du tout intimiste de Realive. Bon film d’action, avec quelques détails flottants dans le scénario justifiés in extremis. A des chances de rejoindre le club des films du genre qu’on retiendra de la décennie, avec Looper et Ex Machina, mais plane clairement moins haut. (68)

L’autre côté de l’espoir * (Finlande 2017) : Le cinéma placide, léger et lourdement engagé, d’aspiration poétique, de Kaurismaki. Il ne semble jamais assumer sa tentation du burlesque mutique, reste lunaire. Tout en silence et personnages flegmatiques. Plus vieillot et délavé que d’habitude, ce qui commence à placer haut le curseur. Les autorités finlandaises sont froides et prudentes ou indifférentes – elles n’ont pas la méchanceté compulsive des françaises dans Le Havre. Les seuls méchants agissant ouvertement comme tels sont les videurs ou skinheads, à la présence marginale. Plusieurs bizarreries d’enfant-citoyen curieux du monde, comme le troupeau d’asiatiques lors de la conversion ‘sushi’ du restaurant (car c’est présumé à la mode, donc pas à cause d’une forte présence ethnique). Je le range dans le dernier tiers du réalisateur ; c’est peut-être l’opus le plus lent et soporifique, heureusement plus tonique à partir de l’embauche (donc pour à peine quarante minutes). (28)

La ballade de Buster Scruggs ** (USA 2018) : Démarrage à l’enthousiasme contagieux. Finalement plus de gueule et de compétences que d’histoires à raconter. Notes des six segments : 7, 6.5, 6.5, 6.5, 7, 5.5. (66)

L’homme au pistolet d’or *** (UK 1974) : Dernier des quatre signés Hamilton ; son premier, Goldfinger, est mon James Bond préféré à ce jour (devant les deux premiers et Sa Majesté). Celui-ci (où je découvre Roger Moore) le rejoint quasiment grâce à tous ses atouts criards ou exotiques et ses nombreux aspects pittoresques. À force de flirter avec la gaudriole et le nanar de luxe le film touche aussi ses limites – les scènes de bagarre avec les chinois sont trop longues. Déconseillé aux femmes. (58)

L’impossible monsieur Bébé ** (USA 1938) : Loin de m’avoir ennuyé comme La dame du vendredi. Bien que certains de ses élans restent désuets, infantiles et surfaits (Hepburn jouant la fille de la rue à la fin), c’est à peine gênant. (58)

Les galettes de Pont-Aven *** (France 1975) : Un road-movie franchouille et un sinon le film emblématique avec Marielle en macho volage. Excessif et ridicule mais pas nécessairement irréaliste. (68)

L’innocent *** (Italie 1976) : J’ai été peu réceptif à ce dernier film, sorte de résumé tragique et régressif de l’œuvre de Visconti. La nostalgie s’y fait amère, se démystifie, comme la et les valeurs du monde aristocratique dont vient le réalisateur. Acteurs excellents bien qu’ils aient offert le principal angle d’attaque des critiques à l’époque et malgré leur provenance ‘populeuse’. (58)

Vilaine * (France 2008) : Une gentille comédie pas spontanée et totalement rabougrie dans sa seconde partie. Marilou Berri et deux des trois fées sont correctes, le reste du casting à la ramasse ou enfermé dans d’inévitables surjeux. (34)

Hamlet *** (Allemagne 1921) : Adaptation pour le moins ‘libre’ car Hamlet est une femme et les personnages sont et agissent différemment, peuvent être plus engagés ou malveillants. Relativement facile à voir aujourd’hui. Les interprétations ne sont pas loufoques ou exagérément expressives bien que nous soyons encore dans le muet. La performance d’Asta Nielsen (actrice suédoise célèbre à l’époque) vaut mieux que le scénario, léger mais pas fin. Les adeptes du trouble dans le genre pourront y trouver une belle ambition. La séance est censée durer 2h11 mais les copies visibles semblent toujours amputée de 20 minutes. En introduction, un texte récapitulant les points de vue de grands penseurs et auteurs sur la pièce et le personnage crées par Shakespeare. (66)

3h10 pour Yuma *** (USA 1957) : Western atypique puisqu’on y trouve du positif et des libertés inimaginables chez John Wayne (sur les relations hommes-femmes, entre le camp des gentils et des hors-la-loi). Un ‘héros’ simple et en difficulté subjugué par un chef de gang de passage (Glenn Ford, le poison dans Gilda) – trop roublard et en même temps trop offrant. Mise en scène très soignée, peu d’artifices. Seconde adaptation (connue) d’Elmore Leonard, qui signera plus tard directement le scénario de Joe Kidd et a donné les bases de Jackie Brown et Hors d’atteinte. (68)

Un pont trop loin *** (USA 1977) : Film à gros budget et énorme casting (De Niro et Steve McQueen ont refusé un rôle – et Aldrich la réalisation). Porte à l’écran l’opération ‘Market Garden’, une offensive britannique (aux Pays-Bas en septembre 1944) qui s’est soldée par un échec face au Reich. Au lancement des opérations montre doucement le cynisme des généraux ; vers 1h35 une séquence où le sergent Dohun [James Caan] menace un médecin en pleine bataille pour examiner un capitaine apparemment mort qu’il vient de ramener d’une zone où le camp Allié s’est fait atomiser. Grosse ampleur et mise en scène moins inspirée pour les espaces confinés ou intérieurs. Un peu long avec ses 2h50. Plusieurs éléments du casting sont finalement peu exploités et je ne comprend pas pourquoi Redford a décroché plus d’un million pour de telles apparitions éclairs et non décisives. L’ensemble est plus proche de Dunkerque que ne l’est Week-end à Zudycoote. (66)

Wolfskinder / Les enfants-loups ** (Allemagne 2014) : Synopsis, démarrage et contexte prometteurs. Un peu mou quand même ; peut-être trop fixé sur la fratrie et ses retrouvailles ; peut-être que je n’étais pas le public idéal. Le titre n’est pas une référence poétique mais la citation directe d’un sinistre phénomène à l’est de la Prusse-Orientale. (56)

Films apparentés : Les Évadés/Téchiné, Le bois lacté, Le mur invisible.

Aileen : life and death of a serial killer *** (USA 2003) : Documentaire sur celle dont la vie et l’œuvre servent de base au film Monster. Broomfield est assez complaisant envers cette multi-damnée fascinante – repoussante et pathétique. Loin d’être exhaustif mais aussi significatif que possible dans la poignée d’entrevues et de vidéos qu’il nous rapporte. Par sa face Aileen a parfois des côtés Dumberette, mais elle tient une couche mystique comme en atteste cette fascinante prémonition : l’Irak envahissant les USA en l’an 2019 – dommage ! (68)

La bataille d’Angleterre *** (UK 1969) : Vaut surtout pour son esprit et pour les scènes d’action (aviation). Plus court et ‘lié’ qu’Un pont trop loin, mais c’est aussi la vertu d’un scénario plus humble. Excellente bande originale. (68)

Gloria ** (USA 1980) : Une réalisation plus conventionnelle de la part de Cassavetes. La vraisemblance n’est pas la priorité, de même que la richesse et la bonne tenue du scénario ; si les mafieux laissent à ce point filer Gloria tout en sachant la localiser, c’est qu’il faut servir la volonté du film de bâtir une femme forte (entre autres messages explicites – le machisme inculqué à l’enfant mâle étant pas mal surligné aussi). Les quelques faux raccords ou étrangetés s’amalgament avec cet ‘oubli’ des réalités. Séance agréable dans tous les cas. Les décors et les deux protagonistes sont joliment filmés. (58)

Autres films de Cassavetes : Shadows, Faces, Minnie et Moskowitz, Meurtre d’un bookmaker chinois, Une femme sous influence, Opening Nights.

Pauvres millionnaires * (Italie 1959) : Comédie parfois burlesque de mongolos bien éduqués ou d’humbles de bonne foi, aux âmes guillerettes et puériles, aux préoccupations triviales – puis sentimentales. Avant cette évolution, le truc de l’amnésie ne donne lieu qu’à des situations criardes et paresseuses. Certains gags sont d’une nullité qui donne envie de mourir passé sept ans. Les personnages sont trop gentillets et insipides, le scénario et les agissements de même, la mise en scène est pour le moins minimaliste et souvent relève du théâtre ‘effervescent’ et certains acteurs, notamment masculins, jouent les retardés modérés d’une manière plus convaincante que dans Dumb et Dumber (Salvatore a un air de crétin bien au-delà du nécessaire et du raisonnable). Impossible de s’y intéresser, sauf si on est client du genre, si on a une connexion spéciale (une nostalgie ou une culture adaptée). Heureusement il y a la musique – de quoi entrer un peu dans l’ambiance – par un orteil peut-être. Et surtout le dernier tiers, avec le réengagement du couple, devient regardable ! La sortie du délire, avec la résolution indigne de la pire parodie hypothétique de Mars Attacks ou d’un épisode de Bean, dope aussi l’attention : bien sûr il ne servait à rien de se réveiller car pour se tirer d’un tel niveau de niaiserie on replonge simplement dans la logorrhée insignifiante et les farces de cour de récré. Je commence aussi mal la filmo de Dino Risi que j’avais entamé celle de Kaurismaki (avec Le Havre). (24)

In Dreams / Prémonitions *** (USA 1999) : J’ai apprécié le plan et son exécution ; le scénario n’est pas épais mais il est juste. Bande-son excellente. Décors/photos : un style particulier et d’époque, dont je suis client. Les délires des vingt dernières minutes et surtout leur géniteur peuvent laisser dubitatif : il ne faut pas être allergique au grotesque. Christian Rea pas à son meilleur, desservi par son personnage superficiel en plus d’avoir le ‘mauvais rôle’. Belle interprétation de la protagoniste. Recommandé si vous aimez ou recherchez les films sur la schizophrénie ou la maternité. (72)

Films apparentés : Le témoin du mal, Dogville, Le silence des agneaux, Jigsaw, Chucky, Blue Velvet.

Meurtres sous contrôle ** (USA 1976) : Original en mode nanar ambitieux, convaincu par son cahier des charges mais sans foi authentique. À la fois saoulant (presque ennuyant quand démarre l’enquête) et valant le coup-d’œil pour sa bizarrerie et son culot. Le contexte de production manifestement légèrement cheap n’empêche pas une bonne mise en scène – moins pour les scènes de rue et en admettant de courts passages plus confus (l’escalier dans la pénombre, illisible). Très inégal au niveau des interprètes ; petit côté cronenbergien à la fin ; musique perce-tympans. (58)

Films apparentés : Visiteurs extraterrestres, Panics, Tarentula.

Bellissima * (Italie 1951) : Troisième fiction de Visconti qui par ses gueules, ses sujets et ses manières ressemble à d’autres de cette époque (celle du néoréalisme et du développement des affinités avec les américains) et peu à Rocco (sans parler du Guépard et de l’après). Les postures sont respectables mais la séance est imbuvable, à cause de cette femme qui n’en finit pas de brailler – l’environnement a pu l’y prédisposer mais elle est facilement la championne. Tous les autres personnages, même récurrents ou hystériques, restent à l’état de figurants. (42)

Gambit / Un hold-up extraordinaire ** (USA 1966) : On a d’abord droit à vingt minutes où tout est fluide et élégant, la fille mutique et appliquée (d’une inertie presque surnaturelle) ; à la fin, quand vient le moment de lui remettre les 5.000 et alors qu’elle passe à côté d’un grand destin, on se dit pour de bon ‘dommage’ : or c’est maintenant que le film commence. Succession d’accroches au lancement du plan, puis tangente dès la rencontre avec Shahbandar. En-dehors de ce trio remarquable et de l’excellent tour du départ, pas grand chose à signaler. A eu son remake avec Cameron Diaz en 2013. (52)

Alibi.com ** (France 2017) : Comédie chargée en gras avec quelques gros morceaux (comme le gode avec belle-maman, la branlette de l’ami de famille). Interprétations parfois médiocres et accumulation d’incohérences ou incongruités, au-delà de la grosse farce nécessairement peu crédible. Quelques passages ringards en musique (en plus l’âge des titres est raccord) – mais cette ringardise pourrait être courante dans le genre, je ne suis pas assez connaisseur. Didier Bourdon (après Madame Irma et son rôle ‘sombre’ dans une fiction télé) s’actualise avec un tel film, Nathalie Baye semble davantage en terre inconnu – la scène de la salle de bains est d’une bassesse dans laquelle elle a rarement dû tremper. Enfin le postulat renvoie à un genre d’idées bête mais excellentes, qu’il va devenir urgent d’aborder, au sérieux comme pour assaisonner nos bouffonneries de masse. (36)

Saint Jack / Jack le magnifique *** (USA 1979) : Un joli film sur la corruption avec une bonne bande-son. Ressemble à du Cassavetes en mieux foutu et surtout plus aimable – peut-être car je me sens moins étranger à Gazzara ici que chez lui. Ne pas s’attendre à beaucoup d’intensité ou d’événements, seulement aux déambulations et petites affaires d’un type sans destin qui a su amortir sa perdition – je suis sceptique concernant le ‘Saint Jack’ car en quoi serait-il déchu ou plus noble qu’un autre ? Signé Bogdanovich, de retour sous le chapeautage du producteur Roger Corman (dans la maison ‘New World Pictures’), après des échecs commerciaux. (64)

Nevada Smith ** (USA 1966) : Un western qui a de la gueule et des interprètes convaincants, son lot de rocambolesque, mais aussi un ton foncièrement enfantin malgré les multiples meurtres. Paresseux pour assurer la crédibilité de ses bons sentiments et de son humanisme pratique ; le soit-disant mixage génétique n’est pas évident contrairement à ce qu’on y prétend (ni le côté jeune premier du protagoniste). Steve MacQueen campe un bon héros pour le public américain, pour bien d’autres et pour celui bercé par l’idéologie de Victor Hugo : pauvre analphabète braquant une banque par nécessité, impliqué dans des rixes, mais bien entendu avec bon cœur donc pas si coupable. Musique niaiseuse à souhait. (52)

Main basse sur la ville ** (Italie 1963) : Cynique et transparent dans sa dénonciation de la pourriture politique et de la pourriture mêlée à la politique. De bonnes illustrations des palabres et petites plaisanteries ou hypocrisies publiques des professionnels du milieu. Le tout sans recourir à la violence physique et aux grosses démonstrations mafieuses ; urbanité oblige. Les notables et même les religieux sont là pour aseptiser et valider le ‘projet’ devant les yeux de la foule. Malheureusement c’est bavard et à l’occasion lourdement démonstratif ou pédagogique sans avoir beaucoup à présenter – ne serait-ce qu’en anecdotes. Et ça croit en la gauche ou du moins en l’authenticité de son champion et de son discours au Parlement (comme dans Le président avec Gabin pour les populistes-réacs), quand chez les autres un type est prêt à compromettre son fils pour se sauver. Quoiqu’il en soit la gauche est exclue de l’accord de ce panier de crabes-ci où s’associent droite et centre [ces trois termes sont ceux des sous-titres]. (62)

Alexandre le bienheureux ** (France 1968) : Une comédie bucolique simplette avec un humour redondant, comme l’ensemble des réalisations dans son registre ; mais pas spécialement criant sur ce terrain et contient un lot décent de petits conflits. Plusieurs allusions graveleuses.

Ce n’est pas tant l’attitude d’Alexandre que la vie rurale qui paraît ‘facile’ et simple. Sa paresse exagérée fait partie des éléments dignes d’une fable ou une BD. Sa préférence constante pour une existence amorphe ressemble bien à un gâchis : il est fort physiquement, il a des terres, du matériel et un savoir-faire à portée de mains – et sans autres obstacles que la volonté. La résistance passive-agressive (à son maximum quand il suit bêtement les consignes de sa femme pour noyer l’outil de travail) se comprendrait mieux pour un salarié abruti, dépossédé et/ou limité, dans un cadre plus moisi, urbain, hiérarchique, complexe ou bureaucratique.

Cette façon d’être a tout de même une valeur – petite : celle qu’on peut accorder à un anarchisme/hédonisme doux et spontanément mis en œuvre. Sans être un activiste ou un convaincu, ce bienheureux est insoumis et anticonformiste. Il ne se laisse pas bouffer par l’environnement, sa morale, ses institutions ; l’embourgeoisement et le mariage s’avèrent une menace et comme d’habitude il sait y échapper. Tout ça ne se produirait pas si notre oisif n’était pas un propriétaire paysan – en train de probablement laisser pourrir son héritage, mais le film s’arrête bien avant que la situation soit critique ou compromettante pour lui. Ses démonstrations de générosité vireront-elles à l’exhaustif ? (56)

Mr.Holmes *** (UK 2015) : Un récit calme et sentimental sur la vieillesse, la douleur de l’attachement, le détachement raisonnable. Adaptation du roman Les abeilles de monsieur Holmes, un meilleur titre ; la mise en scène est classique mais le film pas si dérisoire. Déconseillé tout de même aux allergiques aux téléfilms sur grand-écran. Moins flamboyant que les autres versions certainement, moins lourd aussi sûrement. Sherlock sans son chapeau n’est pas un homme à femmes – il est gentleman bien après son rôle d’intellectuel. Tourné par un réalisateur auquel on a auparavant confié Twilight 3 et 4, Bill Condon. (68)

L’avocat de la terreur ** (F 2007) : Malheureusement c’est un documentaire générique, croulant sous les témoignages, certains de gens peu impliqués ou de journalistes. Il est pédagogique avec ses petites indications colorées ; mais pas très bien conçu, en donnant une part démesurée au dossier Carlos et aux terroristes gauchistes. Ce n’est même pas un portrait (ni une biographie) du clown passablement diabolique. Les spectateurs contemporains aux affaires apprendront peu sinon rien. Ce qui s’est produit chez les Khmers rouges et dans d’autres périodes louches : nous n’en sauront rien, sauf l’avis des autres. Quelques archives laconiques et des démonstrations en louvoiement de toute beauté par l’avocat bouchent les trous. (62)

Rosita ** (USA 1923) : Une comédie romantique dans un contexte historique, avec le roi d’Espagne épris d’une chanteuse de rue. Son petit amant est désargenté mais quand même aristocrate – le politiquement ‘libertaire’ superficiel est possible mais la bluette pour jeune princesse candide sort indemne. Propre et sans grand intérêt, aurait probablement gagné en allant sur le terrain de la fable, où sa mièvrerie aurait pu se répandre sans complexe. À la place on sent plutôt l’origine théâtrale (la source est une pièce française de Frédérick Lemaître). Le personnage de Mary Pickford est gamin, d’une vulgarité bien savonnée pour la rendre aimable au salon. Pour le reste, le casting compte des gueules communes mais flasques ou satisfaites dignes de bouffonneries italiennes des années 1960-80 ; comme les moches et les pauvres n’ont pas l’air trop indignes ou malheureux, la médiocrité des interactions a une saveur ‘moderne’. Le scénario et surtout sa résolution imposent cette même niaiserie égalitaire – il n’y a même pas d’hypocrisie là-dedans. Réalisé par Lubitsch (encore allemand) à son arrivée aux États-Unis. (46)

Much Loved ** (Maroc 2015) : Assez pauvre dès qu’on met de côté le contexte de production et se préoccupe de scénario, mais convaincant notamment grâce aux acteurs. Proche du reportage plutôt que du documentaire ; prend la vie telle qu’elle vient maintenant (pas de passé ou de psychologie) – en fait un catalogue, d’où l’aspect forcé et exhaustif. Je n’aurais pas deviné que le réalisateur est le même que pour Les chevaux de Dieu. Analogue à Divines sans partager sa douce beauferie bling-bling ; vue plus placide de la ‘liberté’ et des im/possibilités. Les gentils et les progressiste voyant en ces filles des ‘femmes fortes’ ont besoin de sortir de l’hypocrisie, du déni ou de la soumission aux femmes/à leur idée des femmes. Ces putes ont probablement une meilleure vie que leurs mères et surtout une vie plus rentable, mais ce n’est pas encore suffisant pour leur tailler un caractère spécialement fort ou indépendant, ni des personnalités de conquérantes ; ce sont des professionnelles dans un domaine embarrassant pour la société. (48)

Madame Sans-Gêne ** (France 1961) : Un brave divertissement ; assez difficile de s’y laisser prendre au départ. Il se traîne de nombreux défauts inhérents à sa légèreté. L’interprète de Lefebvre (Robert Hossein !) ne se foule pas pour jouer ce ‘bon bougre’. Sophia Loren est une ex-prolo au teint parfait : on patauge en pleine caricature de dérive fictionnelle et mieux vaut tolérer l’extravagance, y compris historique. La fille du peuple finira par tutoyer, comme au temps où il n’était pas grand chose, l’empereur Napoléon ; dommage que tout s’arrête alors. Ce film ne vaut peut-être pas grand chose mais il est assez curieux, amusant et racoleur pour surnager. (56)

Christophe Colomb * (UK 1949) : Une vision méchamment biaisée et consciencieusement niaiseuse du cas Colomb. Le film est pompeux avec, pour défendre le projet de Colomb, une pédagogie lourdingue (comme d’habitude) et bas-du-front digne d’un produit destiné aux écoles primaires. Le développement a sa part de réalisme : dans un premier temps, les intérêts, les questions de statut, de placement de soi et de son argent s’opposent à la détermination du navigateur ; plus tard c’est l’équipage sceptique prêt à la mutinerie. Mais ce film ne met l’accent sur des aspects cyniques (et les motivations essentiellement financières à la cour) de l’environnement que pour mieux mythifier son sujet. Le débarquement à San Salvador est un gag involontaire imaginable seulement dans une satire aujourd’hui ; les autochtones viennent se soumettre avec candeur puis se laissent gentiment réformer, diriger et déguiser. C’est la belle harmonie et le multiculturalisme à une voie : du colonialisme pour ravis de la crèche. Le pacifisme catho s’oppose à la logique du commerce ou de la guerre, aux préoccupations triviales et égocentriques des petits (marins) comme des nantis : il est en mouvement pour convertir, donc certainement pour sauver et protéger. Le gros interprète de Francisco de Bobadilla tient tous les mauvais rôles du réac cynique défendant sa bourse et l’ordre établi, d’ignare satisfait et impatient, d’orgueilleux vivant sur de vieilles gloires qui moralement ne devraient pas en être. À la fin, Colomb lésé par les seigneurs, les ‘bureaucrates’ etc, malgré l’amitié de la reine (une noble sentimentale raccord avec son idéalisme) ; vieux et rabougri, il sort en prétendant qu’on se souviendra de lui pendant ces siècles contrairement à ces idiots. Le visionnaire sort de scène, « Fin ». (38)

Téléfilm> Sharknado * (USA 2013) : Le pilier du courant des nanars volontaires avec requins exploités dans toutes les positions. Du cinéma bourré de compétition diffusé sur Syfy puis projeté dans quelques salles à cause d’une demande euphorisée. Ce qui m’a le plus marqué est son sens des proportions aberrants, ainsi que le quasi surplace d’un plan à l’autre lors de fuites. La réactivité régulièrement décalée, les actions incohérentes et les enchaînements aberrants sont légion. Les faux raccords sont constants et on a droit à une avalanche de trucs clichés : le vieux trauma de la fille déjà liée au sujet, les scènes sentimentales et familiales ‘obligées’. Même si je n’en suis pas fan, c’est du lourd et sûrement plus ‘pertinent’ dans son registre que la plupart des concurrents, car cet opus ne suggère pas. Il donne de quoi rire. Ce n’était peut-être pas une raison d’en tirer une si longue saga (avec des suites et déclinaisons). Le requin à cinq têtes est moins débile et moins fourni en bouffonneries mais j’avais autant aimé. (28)

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Autres Mini-critiques : 10, 9, 8, 7654321 + Mubi 4, 3, 21 + Courts 3, 2, 1 + Mubi courts 2, 1

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MINI-CRITIQUE 10 (2019-1/3)

1 Juil

The Town That Dreaded Sundown *** (USA 2014) : Starship Troopers du slasher. Vire au cartoon déguisé plus clairement à partir du milieu. Mise en scène plutôt raffinée, photo radieuse. Dénouement assez décevant, heureusement la séance est courte. (66)+

Calmos *** (France 1976) : Inventif avec d’excellents dialogues (pas dix secondes sans eux). Les délires sont parfois coupés trop vite alors que d’autres sont sur-développés – la fin est abrupte. 4000e film enregistré sur la base SC (courts inclus). (72)

Fortress ** (USA 1992) : Accrocheur grâce à sa prison et à ses notions dystopiques, sans être futé. Agréable via ses outrances et ses scènes d’action. Nanardeux – une bonne part au début, beaucoup à la fin où la logique s’abîme définitivement. Le jeu tout en puissance de Christophe Lambert n’est pas plus crédible que la moyenne des autres, mais tout ça reste convaincant malgré tout – comme peuvent l’être les armes bien affûtées d’une aventure régressive. Film potable en général et très bon ‘mauvais film sympathique’. (62)

Flight *** (USA 2012) : Très sobre, boosté par une mise en scène tout en profondeur et une photo AAA. Un des meilleurs mais aussi des moins ressemblants de la part de Zemeckis. Franc en général dans ce qu’il présente (d’autres diront ‘racoleur’), pertinent en particulier sur l’alcoolisme, le tout sans jamais s’étendre (se tient aux situations, produit des scènes éloquentes en refoulant les excès manifestes – sauf pour la rechute). La tendance au déni de l’aviateur semble relever aussi de sa psychologie. Les quelques mauvais points possibles passent bien (les façons trop appuyées par Washington, l’issue mielleuse et sa question en suspens, la musique à fond pour souligner le caractère fracassant du dealer par John Goodman). (74)

Clash of the Ninjas / Clash Commando * (Hong-Kong 1970-1986) : Complètement débile, la VF transforme l’essai pour emmener au bout de la bêtise et souligner l’invraisemblable. Très agréable et divertissant pour un nanar, bien que les développements soient lents et 82 minutes encore bien long. Musiques plutôt bonnes ! Bien supérieur à Hitman the cobra, attribué au même réalisateur (Godfrey Ho) et pas drôle. (28)

Le Témoin du Mal *** (USA 1998) : Deuxième film signé Gregory Hoblit, après Peur primale et avant Fréquence interdite. Thriller à base d’occulte et de fantastique (démon Azazel). Effets visuels convaincants pour illustrer le ‘cas’ analogue à Shocker (sa vue subjective comme les scènes de passages, notamment où il confronte le flic – inculte sur les bords). Progresse assez peu et lentement sur deux heures, même en enchaînant les paliers. Bons personnages autour de Denzel Washington, même si ce n’est pas l’endroit pour les développer. Malheureusement peu de raisons sont développées concernant les relations entre personnages, y compris celle entre les deux principaux (pourquoi l’a-t-il choisi, pourquoi s’amuser spécialement avec lui quand le monde est si vaste ? – mais ça pourra toujours se défendre bien qu’il y ait un ‘vide’). Voix-off un peu niaise où les limites bonhommes du protagoniste se font doucement sentir (et pas la violence de son alter-ego). Tourné principalement à Philadelphie. Scénarisé par Nicholas Kazan, fils d’Elia. Aurait pu être meilleur avec plus de déterminations, à moins qu’il englue sa partition de réponses bêtes et/ou frustrantes. L’ambiance est travaillée presque à la perfection, sans recourir à des démonstrations de violence. (68)

Sayonara ** (USA 1957) : Cosmopolitisme kawai. Longueur déraisonnable mais visuellement plein d’arguments et pas trop ennuyeux dans son récit (ou le moins possible). Quand même trop mielleux pour dépasser franchement la moyenne. Une aberration de casting concernant l’artiste japonais aux traits ‘de chez nous’ (acteur très bon au demeurant, adéquat sur le fond ) – engagé faute de mieux ou placé par conviction ? Dans ce cas nous sommes proches des délires anti-racistes actuels, mais aussi des égarements des films tournés jusque dans ces années où les étrangers (africains ou indiens généralement) étaient incarnés par des américains/anglais grotesquement grimés. (52)

Hardcore Henry *** (Russie 2016) : La vue subjective renvoie au jeu vidéo et invite qui le souhaite à prendre la place d’Henry. Comme dans Half-Life 2, c’est sans coupures. Le protagoniste se réveille amnésique et semi-cyborg, reste mutique – effet FPS optimal. C’est vulgaire mais efficace et ça reste original de la part du cinéma – la tournure est souvent excentrique, sans tomber dans le nanar (mais elle affaiblit la partition lors de la rencontre avec l’handicapé). Au final – un excellent film d’action avec de belles manières gores. (68)

Apollo 13 ** (USA 1995) : Parfaitement prévisible (sans parler de l’histoire qui l’est nécessairement). Une certaine force émotionnelle dans des proportions très raisonnables. N’avance à rien le curieux, diverti mollement – mais offre une représentation parmi ce que le cinéma peut concéder de plus réaliste (recours à beaucoup de dialogues et de surchauffes indirectes pour compenser le manque de ‘spectaculaire’ franc). Les personnages sont comme le reste, bien aimables, vus de loin, garnis de détails inutiles sans être criards ni obscènes dans leur futilité. Finalement Mission to Mars par DePalma (2000) était intéressant. (48)

Les garçons sauvages ** (France 2018) : Toutes ces citations, cette façon de transgresser, ce formalisme à tout prix, sont lassants ; même il y a dix ou vingt ans ce film aurait été surfait et saoulant. Il aurait mieux valu aller bien à fond dès le départ et non dans les vingt dernières minutes ; exploiter davantage le personnage du Capitaine, entre autres occasions lourdes manquées. C’est assez con finalement ; la limpidité ne permet pas d’engranger des points quand on est rendu à ce point. Le parti-pris pour les femmes est d’un grotesque bien triste et opportuniste, heureusement peut-être la cohérence et le sérieux ne sont que des options remises à la charge du spectateur. Pour ma part ce film paraît plus moche que beau, sa grossièreté plus développée que son originalité – qu’il soit aussi orgueilleux et transparent permet de passer plus tranquillement [pas ‘agréablement’] les tunnels. (46)

The Guilty ** (Danemark 2018) : Huis-clos fonctionnel et irrésistiblement creux. Du ‘film radio’ qu’on peut se contenter d’écouter, à quelques variations près. Fonctionne sur son histoire, efficace et bien calibrée même si elle ne fait pas de miracles. C’est plaisant mais finalement à quoi bon ; qu’apporte le film par lui-même ? Les révélations tardives ne permettent pas de remettre grand chose en perspective – sauf pour confirmer combien monsieur s’est trompé de bonne foi et apprécier son rachat final. Un épilogue aurait été intéressant mais broyait tous les efforts de cette mise en place. Il est peut-être curieux que le mec laisse son portable à la fille enfermée à l’arrière. (54)

Assassination Nation * (USA 2018) : voir la critique. (38)

Hidden ** (USA 1987) : Crypto-nanar qui régale les amateurs de films d’action et de SF des années 80. Probablement à raison car les arguments sont là. Le ton est décontracté et le degré n’a même pas besoin d’être premier. Le grotesque et les libertés de l’extraterrestre peuvent plaire, sa parodie minimaliste d’humanité a une efficacité comique proche de celle d’un Bean ou autre bouffon, en moins intense naturellement. La réalisation est globalement d’un bon niveau quoiqu’elle paraisse déséquilibrée (comme les ressources, celles d’une série B mais nullement dépouillée) – le réalisateur, Sholder, est celui de Freddy 2. Je laisse l’adoration aux autres car le manque absolu de sérieux sur le fond en limite l’intérêt ; dans le domaine de la fantaisie gluante, je préfère Prince des ténèbres sorti au même moment. Avec le même ingrédient du parasite unique se transférant d’un corps à l’autre, je préfère de très loin Shocker – mais aussi Le témoin du mal sorti plus tard. (58)

Une pluie sans fin ** (Chine 2018) : Premier long tourné par un chef opérateur. L’atmosphère puissante attend un relais coté écriture. Malgré ses pions sur les terrains social, politique, économique, le film n’avance rien de fort et est restrictif/uniforme dans sa démonstration. Il rend superbement cette ville du Hunan gangrénée par la désolation, grande cage à ciel ouvert de laissés-pour-compte présents ou imminents. Les allers-retours boostent laborieusement un scénario éculé et minimaliste, tenant sur de gros morceaux et des orientations générales jamais creusées (comme cette amourette qui n’aura que de vagues nuances tout au plus, soit crise de larmes puis chute finale). Mais il y a un autre problème, plus flagrant et manifeste d’entrée de jeu : impossible de ne pas penser à certains grands et gros titres (Black Coal, Prisoners), ni relever les clichés du genre. Les références du film policier ‘sombre’ sautent à l’esprit ; nous sommes dans la lignée de Seven pour la décrépitude, de Memories of Murder pour l’ancien monde agonisant tandis que le nouveau n’arrive que péniblement, ou de façon morcelée, quand il arrive (nouveaux moyens d’investigation avec les empreintes digitales). Puis, mais cela pèse surtout à la mise en place, il y a le vieux flic au bord de la retraite, le jeune relativement ambitieux – le ‘relativement’ est important ici (à cause de son rejet déclaré de la corruption, de son aspiration mystérieuse), c’est la seule originalité saillante de ce film lent et sans humour, porté haut par son esthétique toxique, dé-saturée et une photo proche de la perfection. (58)

Jack Frost * (USA 1997) : Je continue avec les âmes criminelles survivant en se téléportant dans un nouveau corps – mais ce n’est pas du niveau de Shocker ou du Témoin du mal et à côté Hidden semblait sérieux. Ce Jack Frost est une bouffonnerie réussie, grâce à la conviction des acteurs (pour des personnages et dialogues souvent grotesques), un scénario rocambolesque et des scènes gratinées (dont celle peut-être trop malsaine du viol par la carotte du bonhomme de neige). Comédie grasse et ‘parodique’ (avec des détails ouvertement non-crédibles, comme les réactions suite à la mort d’un ado et la balle dans le pied). Beaucoup de jeux de mots et vannes verbales (balance trois fois la blague du bonhomme versus la bonne femme des neiges !). Vaut mieux que d’autres nanars à base de créatures (souvent alimentaires) mutantes et violentes, tels L’attaque des tomates géantes, ou extraterrestres comme Critters. DTV, y compris pour son pays d’origine. Une authentique comédie de Noël du même nom est sortie quelques mois après. (42)

L’ouragan vient de Navarone ** (USA 1978) : Suite des Canons de Navarone 17 ans plus tard avec un casting neuf. Bon divertissement, souvent puéril mais pas plus qu’un James Bond. Les quarante minute en moins que son prédécesseur contribuent à lui donner un meilleur rythme. Fin bien vaine qui tend la perche à une seconde suite, inconnue au bataillon. (56)

Conte d’été ** (France 1996) : Second Rohmer vu, après L’amour l’après-midi (1972) et son court dans Paris vu par (1965). Un film et des héros tout en bavardages et en écriture. Bizarrement réaliste pour un produit tellement littéraire, si penaud dans le montage. Poupaud, au début en sensible jouant les nonchalants et les amoureux du hasard, est effroyablement baladé par trois filles. Une pathétique victime – mais sa faiblesse lors des misérables perches accordées le rend coupable. De telles pseudo-princesses ne mériteraient pas quelques secondes d’attention ; mais comme le mec, elles ont fini par croire à leurs formules. Les personnages sont bien fouillés, en contrastes (pas de ‘contradictions’ magiques de scénariste) ; Pauline à la plage n’a pas cette subtilité ni cette cohérence. (56)

Pauline à la plage * (France 1983) : Poursuite de la soirée Rohmer sur Arte. Sans doute pas si inférieur à Conte d’été mais moins crédible et accrocheur. Pauline est clairement la plus estimable, adoubée entièrement par l’auteur, mais tout ce qui tournait autour de son cas m’est passé au-dessus. Arielle Dombasle campe le personnage de loin le plus sympathique. La drôlerie un peu malencontreuse du film passe notamment par ses dialogues et ses braves prescriptions – surtout celles qu’elle adresse à Pierre, dont l’attitude m’a semblé vaguement absurde (même si l’acteur est bon). Sauf que l’ensemble des confrontations et conclusions entre personnages sentent l’absurde aussi. Ce n’est pas désagréable pour une télénovela crypto-bourgeoise, mais la couche d’intellect sucrée ne fait que distinguer la chose, pas la rehausser (comme elle apporte son lot de demi-aberrations et sape les bons mais ‘gras’ arguments). (38)

Bleu d’enfer ** (USA 2006) : Bon divertissement ‘low-IQ’ non-démoulé de façon débile, comme certains Fast & Furious où Paul Walker s’est également illustré. Le scénario n’est pas mirobolant mais exploite habilement les tensions entre personnages et nos attentes à leurs égards. À un niveau parfaitement cru le quatuor est avidement exploité (avec éthique et respect bien entendu), sans obscénités à l’exception d’un POV arrière sur Ashley Scott. Naturellement (légitimement) Scott Caan est moins exposé et Jessica Alba l’est le mieux. Beaucoup de plans sous l’eau, élevant à un honnête niveau une réalisation pleine de bon sens. Les requins sont secondaires dans cette affaire mais on en voit déjà plus que dans The Meg, centré sur eux – mince alors. (58)

Ce film m’a donné l’idée d’ouvrir cette liste : « Low-IQ but good« .

Les pirates de la côte ** (Italie 1960) : Bon démarrage malgré des légèretés, puis le manque de personnalité et de suspense du film le rend gentiment insipide. Les deux méchants rehaussent un peu l’intérêt, le brave de la bande est aussi grave qu’évanescent, les femmes font de la figuration mais certaines apportent un supplément de vie. Pour les amateurs de pirates et de Cinémascope. (48)

Chantage/Blackmail ** (UK 1929) : Débuts d’Hitchcock. Un des premiers films anglais parlants, où la parole est encore décalée et partielle (les scènes parlantes seraient retournées ; pas de postsynchronisation puisqu’elle arrive trois ans après). Pas grand intérêt sinon ; d’une mollesse effarante avant l’événement crucial, personnages et scénario simplistes. Heureusement il reste l’expressivité du muet. (52)

Bon Cop Bad Cop ** (Canada 2006) : Un des plus gros succès du cinéma québecois, mais pas exporté comme ceux de Dolan. Reflète les buddy-movie états-uniens une décennie après les Arme fatale. Deux caractères bien tranchés : Chouard bruyant et négligent, méthodes brutales, possessif avec famille, ego à fleur de peau ; Martin propre sur lui, sûr de sa personne et de son discours mais facilement dépassé par l’exubérance de son collègue ou des rencontres. Primaire et passe-partout, plutôt efficace. (54)

Murder ! ** (UK 1930) : Débuts d’Hitchcock et du parlant ; souvent théâtral et simplet. Il faut passer de nombreux flottements pour arriver à une poignée de séquences notables, pour leur technique ou leur démonstration (comme celle du monologue intérieur incarné par Marshall, ou le long dénouement avec le trapéziste – lui-même débouchant sur des explications maladroites). Lors de la délibération des jurés : débats lourdauds, accessibles aux petites classes d’enfant, comme l’ensemble des suggestions de la mise en scène à l’égard des caractères et des petites choses se jouant au second plan. Une ironie tout aussi appuyée revient constamment ensuite mais les mots ne viennent pas la rabaisser – les arrêts le peuvent. (58)

First Man, le premier homme sur la Lune ** (USA 2018) : Focus sur les tests, le bricolage et les mauvais expériences, puis fermeture immédiate après l’alunissage. Survole les aspects politiques – Gosling et le projet planent ailleurs. Sobre, flirte avec le point de vue de Neil/Gosling dès que la mission l’emporte. Apparences ‘anti-spectaculaire’ et sans ‘héroïsme’ ; en fait spectaculaire de basse intensité et intimiste, avec héros mutique et détaché (passerait pour renfermé voire apathique aux yeux des affectifs). Même chose pour la bande-son : pas de grosse artillerie, une emphase sur les ambiances pures dans les vaisseaux. Repose beaucoup sur la face personnelle d’Armstrong (qui ne se livre jamais sur ses états d’âme), en sachant être synthétique mais en épuisant le filon des joies niaises familiales. La caméra pousse à la gerbe lors de scènes sur Terre les plus spontanées ou turbulentes. Un peu meilleur qu’Apollo 13 (et Seul sur Mars). (54)

Air Force One ** (USA 1997) : De la grosse ouvrage apparemment au service d’une Amérique la main sur le cœur. On y retrouve le discours interventionniste pour des motifs humanitaires – de nobles sentiments et une forte conscience du malheur des autres auraient soudain gagné [le président] après la visite d’un camp de victimes d’une guerre dans l’ex-URSS. Les gens, tous bien entendu très brillants, vomissant ce film pour son patriotisme et la puissance grotesque du président des USA, négligent ce point ! Si les USA se posent en gendarme du monde, il ne se joue pas qu’une fierté et propagande niaiseuse auto-centrée. Ces spectateurs seraient-ils trop pressés de cracher sur Air Force One ? De coller une étiquette ? C’est triste d’oublier d’aller au bout de sa haine et de son mépris – ou de sa conscience politique aiguisée. Peut-être que les missionnaires moins ‘prosaïques’ ou WASP à l’ancienne ont intérêt à maintenir l’illusion d’une séparation.

Quoiqu’il en soit, Air Force One n’est pas plus con qu’un autre ; c’est un film d’action et suspense décent sinon plus. Mais plus traditionnel (ou prudent) que visionnaire dans son approche : il était déjà anachronique avec ses adversaires russes. Ses ressorts sont éculés : typique du genre, on laisse la parole à l’adversaire mais sa charge flotte en l’air ; grande fraternité similaire à celle des films-catastrophes mais le patriotisme en plus ; aspect ‘choral’ avec large panel d’inclus dans la mission.

Le réalisateur est un des plus fameux assignés aux ‘divertissements’ de masse alors en exercice, Wolfgang Petersen (Troie, L’Histoire sans fin). Trois ans avant, il tournait Dans la ligne de mire avec Eastwood en agent de sécurité du président. (48)

Le Grand McLintock ** (USA 1963) : Western tirant vers la comédie, avec des indiens appréciés par le patron et un vieux couple dépareillé (John Wayne dans son rôle habituel et Maureen O’Hara en précieuse aigrie à la garde-robe luxueuse). Bien brave mais trop long et pratique deux fessées suspectes. (48)

Rich and Strange / À l’est de Shanghai ** (UK 1931) : Se veut fracassant et se montre décousu, elliptique en excès. Tandem interpellant mais pas nécessairement ‘crédible’. (52)

Le merdier/ Go tell the Spartans ** (USA 1974) : Bidasserie amère, molle et laborieuse. Cynique et même sombre, dénigre les participants américains et laisse dire plusieurs fois qu’il s’agit de ‘leur guerre’ [plutôt que de ‘la nôtre’, américains]. Soldats ‘touristes’ et orgueil mal placé (la France est raillée pour son échec local alors qu’eux aussi sont en train de s’embourber). Quelques bons mots mais tout ça a été mieux soutenu avant (Croix de fer, chez Peckinpah) – et bien sûr il y aura Full Metal Jacket 13 ans après. (42)

Tous au Larzac *** (France 2011) : Un documentaire sur la communauté de l’arche, où on évoque le souvenir de Lanza dal Vasto, des images de Guy Tarlier (apparemment un orateur qui ferait du bien à la gauche d’aujourd’hui – avec son style gaulois). Succession de témoignages et tourné sur les lieux des événements, avec quelques archives et en retraçant la décennie passée, jusqu’à l’avènement de Mitterrand. (72)

Trois couleurs : Bleu *** (Pologne 1993) : Sur le deuil, option sobre et éthérée, avec dépouillement et solitude obstinés. Suit La double vie de Véronique dans la carrière de Kievloswski et ouvre la trilogie des couleurs [du drapeau français]. (68)

Zoltan le chien de Dracula * (USA 1978) : Des scènes correctes avec le chien ou avec ses maîtres, bien que ça reste nanardesque (et les yeux jaunes sont un effet intenable quarante ans après – déjà que rien n’était ‘crédible’). Rénove absurdement le vampire, l’absence de sang et les rayons du soleil ne sont plus un problème pour celui-ci. S’attarde dans beaucoup de scènes superflues, mais pas désagréables, surtout les crypto-hippies. Majorité des dialogues triviaux et surfaits. Les attaques du trio de chien pendant les vingt minutes finales sont insipides. Cujo et Dressé pour tuer ne sont pas meilleurs. Réalisé par le futur producteur de plusieurs Stuart Gordon, comme From Beyond ou Castle Freak. (38)

Les aventures de Tintin : le secret de la Licorne *** (USA 2011) : Malgré ses multiples ‘fautes’ depuis une vingtaine d’années, voire depuis toujours, Spielberg mérite sa réputation. C’est un entertainer génial. Ce n’est pas du Tintin puriste, notamment à cause de scènes d’action bigger than life ; c’est une version Indiana Jones. Évidemment le film n’en dit que malgré lui sur les affaires du monde, ce qui n’est pas plus mal (les films politisés sous la main de Spielberg sont déplorables – Lincoln, Pentagon Papers) mais creuse encore le fossé avec Hergé. Les personnages et leurs caractères sont respectés, Tournesol gardé pour un éventuel ‘plus tard’ (malgré les libertés et recoupages dans le scénario, l’essentiel n’est pas violé). Perd en pertinence à partir de la Castafiore, au profit d’une fuite en avant et de scènes plus rocambolesques (comme celle de la poursuite). (68)

Conte de printemps ** (France 1990) : Premier des quatre Conte de Rohmer. De la jacasserie pleine de grands mots précieux au service d’une intrigue lénifiante. Tout ce que le film a d’aimable repose sur l’invitée. (44)

Overlord *** (USA 2018) : Des arguments de nanar de la nazisploitation dans une production JJ Abrams, pour un mélange des genres réussi (contrairement à Cowboys & Envahisseurs par exemple, quoique son ratage ne venait pas tant de la tambouille que de son incapacité à décoller). Généreux et immersif – décors excellents, laboratoire à la hauteur des attentes. Carnassier, très violent. Scénario sans surprise, d’où un dernier acte légèrement plombant (et des méchants caricaturaux). Une once d’humour qui pourrait ne pas en être (surtout en intro avec la cohorte éructante dans son avion). Un anti-Sans un bruit au niveau des sorties ‘horreur/épouvante’ 2018. (68)

Juste avant la nuit * (France 1971) : Un opus où le cinéma de Chabrol s’entretient plutôt qu’il ne se poursuit. La femme infidèle et Le boucher sont largement préférables. La progression, comme les ingrédients, sont bien entendus entièrement convenus, la mise en scène est lourde et les allusions très grossières. La séance s’écoule lentement. Les décors et la musique meublent joliment. Les interprétations sont assez déroutantes – ce n’est pas du Rohmer mais c’est pire. Même Stéphane Audran passe ou ‘sous-joue’ d’une façon qui pourrait éventuellement avoir des bénéfices dans une comédie, ou un film noir particulièrement dédaigneux envers le genre humain. Certains détails épicent un peu la séance, comme ce court instant où Audran traite son mari à terre comme un chien ou un esclave (mais lui n’est pas d’humeur à jouer !) – dommage que ces poussées folkloriques restent stériles. Un collègue publicitaire de Mr Masson ressemble à Austin Powers. (42)

Lock Out ** (USA 2012) : Le début est bien gras et la signature Europacorp est bien là. Tout se met très vite en route. On a droit à une séance musclée et efficace, qui pourrait plaire à des joueurs de FPS dans l’espace et des amateurs non ‘gardiens’ de Fortress ou New York 1997. Bon lot d’occasions de se marrer (jusqu’au laïus ultime de Lennie James), en revanche l’humour délibéré de Guy Pearce est gentiment misérable (les typiques petites répliques de mec détaché et second degré). (58)

Smoke *** (USA 1995) : Portraits de personnages traversant le champ – ils ‘vivent’ en-dehors du temps présent et enregistré, c’est la grande force de Smoke. L’ouverture du scénario et du développement finissent par légèrement compromettre le film, surtout que certaines actions sont désolantes et laissent dans l’expectative aux pires moments (la dernière scène de révélation avec Forest Whitaker). (66)

Total Recall : Mémoires programmées ** (USA 2012) : Total Recall recyclé en film d’action/SF AAA routinier, à l’ombre de Time Out. Pas déshonorant dans l’absolu mais le comparer à l’original resterait une hérésie ; et s’il faut trancher avec Lock Out, celui-ci perd. On s’enfonce dans la glue avec les passages de Cranston, méchant de médiocre calibre. (44)

Burning *** (Corée du Sud 2018) : Film sentimental prudent et vicieux sous une forme de thriller. Les natures et motivations des deux acolytes restent essentiellement mystérieuses. Ben (Steven Yeun de Walking Dead) est un manipulateur tendre, indulgent, presque un grand frère cajolant (au point où sa froideur le lui permet), méprisant sans hargne ses deux petits trophées. (68)

Sur la piste des Mohawks ** (USA 1939) : Sur la vie des colons/pionniers américains, au XVIIIe. Joyeux et complaisant. (58)

Selma * (USA 2015) : En entrée juste avant l’explosion : « Ensemble nous allons détruire l’illusion de la suprématie pour rétablir la vérité de l’égalité » (approximatif au niveau des liaisons). De quoi poser l’ambiance et faire péter le pop’corn ; effectivement c’est une belle propagande mais propre et aveugle plutôt que niaise et sentencieuse. Standard, absolument lisse, avec une pointe d’exaltation et une direction artistique irréprochable (ce qui ne signifie pas beau ou interpellant). Plus vivant que Lincoln de Spielberg. (42)

Utu ** (Nouvelle-Zélande 1983) : Sorte de western avec une insurrection maori contre les blancs en Nouvelle-Zélande vers 1870 (protectorat britannique). Te Wheke est inspiré de Te Kooti dont il romantise la prestation, notamment avec cette triste fin (Kooti est mort 25 ans après le massacre de la Poverty Bay – 1868). Assez bordélique avec un récit avançant par à-coups laborieux, où chaque pan d’histoire est peu nourri, sans cesse reconfirmé ou à la limite de rétrograder (l’espèce d’amourette). Beau par sa photo comme ses paysages – l’image a probablement été ‘redynamisée’ pour sa ressortie de 2017. Signé Geoff Murphy, réalisateur du Dernier survivant (pendant les 1990s il officiera dans le cinéma d’action mal coté, puis disparaîtra). (54)

La couleur des sentiments *** (USA 2011) : Bons sentiments. Ne cherche pas à choquer, ni à montrer le pire et les violences physiques ou les exactions du KKK, ce qui le rendra insipide pour de nombreux regards. Ségrégation au sens large : femme célibataire, ‘rebelle’ ; paysanne, servante ; les épouses, la mère ; les accommodements. Mielleux et pas manichéen – a conscience de ce manichéisme qu’il tâche de repousser, dans la fiction comme dans sa vision ; prend en considération le poids des aliénations, valeurs, nécessités. Rappelle un peu Beignets de tomates vertes au début – comme lui 100% féminin ou pas loin. (68)

Spider-Man : New Generation / Spider-Man : Into the Spider-verse ** (USA 2018) : Réforme la mythologie Spider-Man (en démultipliant le super-héros) et la revisite (les antagonistes et références fameuses sont recasées, sans trop de pose nostalgique, de façon bien fluide). Assez convaincu au départ, y compris pour son humour si contemporain (et ses personnages secondaires prétentieux). J’ai décroché dès l’arrivée du Parker ressuscité, puis la réunion de la team est désespérante. Le second degré et l’éternelle pseudo-distanciation deviennent lourdingues. Les recours aux autres dimensions, les raccommodages en tous genres, ont le don de me lasser ; dans ces conditions il n’y a plus que des options égales et rien de profond à raconter. À partir de l’entrée du Rôdeur l’action et la pression s’intensifient, mais ce n’est que du recyclage ou des banalités marvelliennes (sans déplaisir j’attendais la fin). (48)

Gilda *** (USA 1946) : Connu pour le fétichisme autour de l’actrice suite à ce rôle – mais il était déjà bien entamé, notamment grâce à ses posters dans les casernes distribués par le producteur Harry Cohn. Séduisant et sophistiqué, mais bancal passé une heure : les personnages s’avèrent faibles, spécialement Bernard dont les motivations restent évanescentes ; hasards et combinaisons bien légères dans le scénario, les rencontres. Ambiance de parano, méfiance et surveillance entre individus ; on discute et maîtrise les choses plus qu’on les vit ou en jouit – Gilda y compris. (66)

John Wick ** (USA 2014) : Theon Greyjoy reprend du service – un éternel malfrat-boulet remis à sa place par les plus gros prédateurs qu’il n’a pas su discerner. Film d’action et de vengeance un peu grotesque, un peu long, qui ‘fait le job’. (56)

Sauvage ** (France 2018) : Typique d’un cinéma voyeuriste sous couvert empathique et ‘social’ pour qui veut le saisir. Aligne des réalités ou anecdotes grotesques, la plus criarde étant le gode ‘sapin’ bien trop massif enfilé dans le pauvre protagoniste (manifestement masochiste puisqu’il reste accroché à cette vie de merde et s’accommode de vivre et pourrir comme un chien galeux – mais tringlé). Trop mal imité la sodomie du vieux, avec le drap qui dépasse et rend normalement improbable la besogne à moins de saloper le tissu ! J’ai éprouvé de la compassion pour l’handicapé qui lâche 100euros pour voir ses deux clients s’embrasser alors que leur embrassade est poussive. On a aussi l’occasion d’envisager la prostitution comme une vraie profession – notamment lorsqu’un mec accordant des pipes à 5 euros (alors que le tarif officieux est 20 euros) devient une concurrence déloyale à corriger. Enfin on trouve un type au piano amateur de tortures avec un faciès à la Milo Yiannopoulous (le jeune gay de l’alt-right). (46)

Necronos – Tower of Doom ** (Allemagne 2010) : voir la critique. (52)

Le grand bain *** (France 2018) : Katerine, Amalric et le vieux rocker excellents. Le personnage naturellement sarcastique de Marina Fois est étrangement adapté. Le beau-frère est réellement, banalement, infâme. Ouverture affreuse. Quelques minutes et beaucoup de musiques en moins auraient fait le plus grand bien. Perd beaucoup avec le changement d’entraîneuse, la seconde inspirant autre chose que le rire, sauf les deux fois où elle se fait rabrouer. (68)

Dogman ** (Italie 2018) : Malheureusement commun et surtout Pusher écrase tout. Trop d’ellipses et de contemplation. Encore un film où l’interprétation prend le pas sur l’approfondissement des personnages, où les décors sont plus forts et significatifs que les événements. (52)

Les chatouilles *** (France 2018) : voir la critique. (72)

Under the Silver Lake *** (USA 2018) : voir la critique. (64)

I Feel Good ** (France 2018) : Dujardin en wannabee chercheur d’or admiratif des ‘grands patrons’ à la façon d’un larbin commercial ; c’est lui qu’il trompe le mieux. Comme d’habitude la fin est mielleuse en excès mais c’est insignifiant ce coup-ci par rapport à Saint-Amour. (62)

Un peuple et son roi * (France 2018) : voir la critique. (22)

The House that Jack built ** (Danemark 2018) : voir la critique. (54)

Apparitions/ Dragonfly ** (USA 2002) : Cousin spiritualiste de Ghost, d’où sa note faible (méritée) sur SC (comme Noé d’Aronofsky). Énonce quand même de braves bêtises, notamment lors de la rencontre avec la naine religieuse. Réduit Kathy Bates à une simple voisine lesbienne aux scènes et au soutien largement inutiles. On peut avoir l’impression de regarder du Shyamalan à l’eau de rose, voire fast-food, mais pour un réalisateur venu de la comédie bien grasse (Ace Ventura, Menteur menteur et Professeur Foldingue), Shadyac s’en tire brillamment. (52)

A Beautiful Day/ You Were Never Really Here * (USA 2018) : LPT bobo tête caractérisé (Lourd-poseur-tragique + psy des profondeurs). Une mise en scène sophistiquée et un protagoniste magnifié pour un programme éculé (impossible de ne pas penser à Léon et Taxi Driver dès qu’on monte en intensité ou ‘conclue’). Malgré sa grosse allure ce film est dérisoire. Comme dans We need to talk about Kevin il donne une impression redoutable de vacuité. Cette fois la psychologie s’effondre complètement et le spectacle ne devient plus qu ‘exercice de style’. Joaquin Phoenix est plus juteux que jamais commercialement car un hipster, kikoo à barbe ou apparenté pourra immédiatement se projeter sur lui en bad boy ou type sombre et profond. Son trauma d’enfance et tout le reste de sa condition sonnent prodigieusement cliché et cache-misère. Fatalement les plus grandes indications lâchées à la fin n’ont aucune valeur. On nous a envoyé du lourd dans la face, alors ça ne peut pas être totalement insipide, seulement il n’en restera rien. (38)