MINI-CRITIQUE 10 (2019-1/3)

1 Juil

The Town That Dreaded Sundown *** (USA 2014) : Starship Troopers du slasher. Vire au cartoon déguisé plus clairement à partir du milieu. Mise en scène plutôt raffinée, photo radieuse. Dénouement assez décevant, heureusement la séance est courte. (66)+

Calmos *** (France 1976) : Inventif avec d’excellents dialogues (pas dix secondes sans eux). Les délires sont parfois coupés trop vite alors que d’autres sont sur-développés – la fin est abrupte. 4000e film enregistré sur la base SC (courts inclus). (72)

Fortress ** (USA 1992) : Accrocheur grâce à sa prison et à ses notions dystopiques, sans être futé. Agréable via ses outrances et ses scènes d’action. Nanardeux – une bonne part au début, beaucoup à la fin où la logique s’abîme définitivement. Le jeu tout en puissance de Christophe Lambert n’est pas plus crédible que la moyenne des autres, mais tout ça reste convaincant malgré tout – comme peuvent l’être les armes bien affûtées d’une aventure régressive. Film potable en général et très bon ‘mauvais film sympathique’. (62)

Flight *** (USA 2012) : Très sobre, boosté par une mise en scène tout en profondeur et une photo AAA. Un des meilleurs mais aussi des moins ressemblants de la part de Zemeckis. Franc en général dans ce qu’il présente (d’autres diront ‘racoleur’), pertinent en particulier sur l’alcoolisme, le tout sans jamais s’étendre (se tient aux situations, produit des scènes éloquentes en refoulant les excès manifestes – sauf pour la rechute). La tendance au déni de l’aviateur semble relever aussi de sa psychologie. Les quelques mauvais points possibles passent bien (les façons trop appuyées par Washington, l’issue mielleuse et sa question en suspens, la musique à fond pour souligner le caractère fracassant du dealer par John Goodman). (74)

Clash of the Ninjas / Clash Commando * (Hong-Kong 1970-1986) : Complètement débile, la VF transforme l’essai pour emmener au bout de la bêtise et souligner l’invraisemblable. Très agréable et divertissant pour un nanar, bien que les développements soient lents et 82 minutes encore bien long. Musiques plutôt bonnes ! Bien supérieur à Hitman the cobra, attribué au même réalisateur (Godfrey Ho) et pas drôle. (28)

Le Témoin du Mal *** (USA 1998) : Deuxième film signé Gregory Hoblit, après Peur primale et avant Fréquence interdite. Thriller à base d’occulte et de fantastique (démon Azazel). Effets visuels convaincants pour illustrer le ‘cas’ analogue à Shocker (sa vue subjective comme les scènes de passages, notamment où il confronte le flic – inculte sur les bords). Progresse assez peu et lentement sur deux heures, même en enchaînant les paliers. Bons personnages autour de Denzel Washington, même si ce n’est pas l’endroit pour les développer. Malheureusement peu de raisons sont développées concernant les relations entre personnages, y compris celle entre les deux principaux (pourquoi l’a-t-il choisi, pourquoi s’amuser spécialement avec lui quand le monde est si vaste ? – mais ça pourra toujours se défendre bien qu’il y ait un ‘vide’). Voix-off un peu niaise où les limites bonhommes du protagoniste se font doucement sentir (et pas la violence de son alter-ego). Tourné principalement à Philadelphie. Scénarisé par Nicholas Kazan, fils d’Elia. Aurait pu être meilleur avec plus de déterminations, à moins qu’il englue sa partition de réponses bêtes et/ou frustrantes. L’ambiance est travaillée presque à la perfection, sans recourir à des démonstrations de violence. (68)

Sayonara ** (USA 1957) : Cosmopolitisme kawai. Longueur déraisonnable mais visuellement plein d’arguments et pas trop ennuyeux dans son récit (ou le moins possible). Quand même trop mielleux pour dépasser franchement la moyenne. Une aberration de casting concernant l’artiste japonais aux traits ‘de chez nous’ (acteur très bon au demeurant, adéquat sur le fond ) – engagé faute de mieux ou placé par conviction ? Dans ce cas nous sommes proches des délires anti-racistes actuels, mais aussi des égarements des films tournés jusque dans ces années où les étrangers (africains ou indiens généralement) étaient incarnés par des américains/anglais grotesquement grimés. (52)

Hardcore Henry *** (Russie 2016) : La vue subjective renvoie au jeu vidéo et invite qui le souhaite à prendre la place d’Henry. Comme dans Half-Life 2, c’est sans coupures. Le protagoniste se réveille amnésique et semi-cyborg, reste mutique – effet FPS optimal. C’est vulgaire mais efficace et ça reste original de la part du cinéma – la tournure est souvent excentrique, sans tomber dans le nanar (mais elle affaiblit la partition lors de la rencontre avec l’handicapé). Au final – un excellent film d’action avec de belles manières gores. (68)

Apollo 13 ** (USA 1995) : Parfaitement prévisible (sans parler de l’histoire qui l’est nécessairement). Une certaine force émotionnelle dans des proportions très raisonnables. N’avance à rien le curieux, diverti mollement – mais offre une représentation parmi ce que le cinéma peut concéder de plus réaliste (recours à beaucoup de dialogues et de surchauffes indirectes pour compenser le manque de ‘spectaculaire’ franc). Les personnages sont comme le reste, bien aimables, vus de loin, garnis de détails inutiles sans être criards ni obscènes dans leur futilité. Finalement Mission to Mars par DePalma (2000) était intéressant. (48)

Les garçons sauvages ** (France 2018) : Toutes ces citations, cette façon de transgresser, ce formalisme à tout prix, sont lassants ; même il y a dix ou vingt ans ce film aurait été surfait et saoulant. Il aurait mieux valu aller bien à fond dès le départ et non dans les vingt dernières minutes ; exploiter davantage le personnage du Capitaine, entre autres occasions lourdes manquées. C’est assez con finalement ; la limpidité ne permet pas d’engranger des points quand on est rendu à ce point. Le parti-pris pour les femmes est d’un grotesque bien triste et opportuniste, heureusement peut-être la cohérence et le sérieux ne sont que des options remises à la charge du spectateur. Pour ma part ce film paraît plus moche que beau, sa grossièreté plus développée que son originalité – qu’il soit aussi orgueilleux et transparent permet de passer plus tranquillement [pas ‘agréablement’] les tunnels. (46)

The Guilty ** (Danemark 2018) : Huis-clos fonctionnel et irrésistiblement creux. Du ‘film radio’ qu’on peut se contenter d’écouter, à quelques variations près. Fonctionne sur son histoire, efficace et bien calibrée même si elle ne fait pas de miracles. C’est plaisant mais finalement à quoi bon ; qu’apporte le film par lui-même ? Les révélations tardives ne permettent pas de remettre grand chose en perspective – sauf pour confirmer combien monsieur s’est trompé de bonne foi et apprécier son rachat final. Un épilogue aurait été intéressant mais broyait tous les efforts de cette mise en place. Il est peut-être curieux que le mec laisse son portable à la fille enfermée à l’arrière. (54)

Assassination Nation * (USA 2018) : voir la critique. (38)

Hidden ** (USA 1987) : Crypto-nanar qui régale les amateurs de films d’action et de SF des années 80. Probablement à raison car les arguments sont là. Le ton est décontracté et le degré n’a même pas besoin d’être premier. Le grotesque et les libertés de l’extraterrestre peuvent plaire, sa parodie minimaliste d’humanité a une efficacité comique proche de celle d’un Bean ou autre bouffon, en moins intense naturellement. La réalisation est globalement d’un bon niveau quoiqu’elle paraisse déséquilibrée (comme les ressources, celles d’une série B mais nullement dépouillée) – le réalisateur, Sholder, est celui de Freddy 2. Je laisse l’adoration aux autres car le manque absolu de sérieux sur le fond en limite l’intérêt ; dans le domaine de la fantaisie gluante, je préfère Prince des ténèbres sorti au même moment. Avec le même ingrédient du parasite unique se transférant d’un corps à l’autre, je préfère de très loin Shocker – mais aussi Le témoin du mal sorti plus tard. (58)

Une pluie sans fin ** (Chine 2018) : Premier long tourné par un chef opérateur. L’atmosphère puissante attend un relais coté écriture. Malgré ses pions sur les terrains social, politique, économique, le film n’avance rien de fort et est restrictif/uniforme dans sa démonstration. Il rend superbement cette ville du Hunan gangrénée par la désolation, grande cage à ciel ouvert de laissés-pour-compte présents ou imminents. Les allers-retours boostent laborieusement un scénario éculé et minimaliste, tenant sur de gros morceaux et des orientations générales jamais creusées (comme cette amourette qui n’aura que de vagues nuances tout au plus, soit crise de larmes puis chute finale). Mais il y a un autre problème, plus flagrant et manifeste d’entrée de jeu : impossible de ne pas penser à certains grands et gros titres (Black Coal, Prisoners), ni relever les clichés du genre. Les références du film policier ‘sombre’ sautent à l’esprit ; nous sommes dans la lignée de Seven pour la décrépitude, de Memories of Murder pour l’ancien monde agonisant tandis que le nouveau n’arrive que péniblement, ou de façon morcelée, quand il arrive (nouveaux moyens d’investigation avec les empreintes digitales). Puis, mais cela pèse surtout à la mise en place, il y a le vieux flic au bord de la retraite, le jeune relativement ambitieux – le ‘relativement’ est important ici (à cause de son rejet déclaré de la corruption, de son aspiration mystérieuse), c’est la seule originalité saillante de ce film lent et sans humour, porté haut par son esthétique toxique, dé-saturée et une photo proche de la perfection. (58)

Jack Frost * (USA 1997) : Je continue avec les âmes criminelles survivant en se téléportant dans un nouveau corps – mais ce n’est pas du niveau de Shocker ou du Témoin du mal et à côté Hidden semblait sérieux. Ce Jack Frost est une bouffonnerie réussie, grâce à la conviction des acteurs (pour des personnages et dialogues souvent grotesques), un scénario rocambolesque et des scènes gratinées (dont celle peut-être trop malsaine du viol par la carotte du bonhomme de neige). Comédie grasse et ‘parodique’ (avec des détails ouvertement non-crédibles, comme les réactions suite à la mort d’un ado et la balle dans le pied). Beaucoup de jeux de mots et vannes verbales (balance trois fois la blague du bonhomme versus la bonne femme des neiges !). Vaut mieux que d’autres nanars à base de créatures (souvent alimentaires) mutantes et violentes, tels L’attaque des tomates géantes, ou extraterrestres comme Critters. DTV, y compris pour son pays d’origine. Une authentique comédie de Noël du même nom est sortie quelques mois après. (42)

L’ouragan vient de Navarone ** (USA 1978) : Suite des Canons de Navarone 17 ans plus tard avec un casting neuf. Bon divertissement, souvent puéril mais pas plus qu’un James Bond. Les quarante minute en moins que son prédécesseur contribuent à lui donner un meilleur rythme. Fin bien vaine qui tend la perche à une seconde suite, inconnue au bataillon. (56)

Conte d’été ** (France 1996) : Second Rohmer vu, après L’amour l’après-midi (1972) et son court dans Paris vu par (1965). Un film et des héros tout en bavardages et en écriture. Bizarrement réaliste pour un produit tellement littéraire, si penaud dans le montage. Poupaud, au début en sensible jouant les nonchalants et les amoureux du hasard, est effroyablement baladé par trois filles. Une pathétique victime – mais sa faiblesse lors des misérables perches accordées le rend coupable. De telles pseudo-princesses ne mériteraient pas quelques secondes d’attention ; mais comme le mec, elles ont fini par croire à leurs formules. Les personnages sont bien fouillés, en contrastes (pas de ‘contradictions’ magiques de scénariste) ; Pauline à la plage n’a pas cette subtilité ni cette cohérence. (56)

Pauline à la plage * (France 1983) : Poursuite de la soirée Rohmer sur Arte. Sans doute pas si inférieur à Conte d’été mais moins crédible et accrocheur. Pauline est clairement la plus estimable, adoubée entièrement par l’auteur, mais tout ce qui tournait autour de son cas m’est passé au-dessus. Arielle Dombasle campe le personnage de loin le plus sympathique. La drôlerie un peu malencontreuse du film passe notamment par ses dialogues et ses braves prescriptions – surtout celles qu’elle adresse à Pierre, dont l’attitude m’a semblé vaguement absurde (même si l’acteur est bon). Sauf que l’ensemble des confrontations et conclusions entre personnages sentent l’absurde aussi. Ce n’est pas désagréable pour une télénovela crypto-bourgeoise, mais la couche d’intellect sucrée ne fait que distinguer la chose, pas la rehausser (comme elle apporte son lot de demi-aberrations et sape les bons mais ‘gras’ arguments). (38)

Bleu d’enfer ** (USA 2006) : Bon divertissement ‘low-IQ’ non-démoulé de façon débile, comme certains Fast & Furious où Paul Walker s’est également illustré. Le scénario n’est pas mirobolant mais exploite habilement les tensions entre personnages et nos attentes à leurs égards. À un niveau parfaitement cru le quatuor est avidement exploité (avec éthique et respect bien entendu), sans obscénités à l’exception d’un POV arrière sur Ashley Scott. Naturellement (légitimement) Scott Caan est moins exposé et Jessica Alba l’est le mieux. Beaucoup de plans sous l’eau, élevant à un honnête niveau une réalisation pleine de bon sens. Les requins sont secondaires dans cette affaire mais on en voit déjà plus que dans The Meg, centré sur eux – mince alors. (58)

Ce film m’a donné l’idée d’ouvrir cette liste : « Low-IQ but good« .

Les pirates de la côte ** (Italie 1960) : Bon démarrage malgré des légèretés, puis le manque de personnalité et de suspense du film le rend gentiment insipide. Les deux méchants rehaussent un peu l’intérêt, le brave de la bande est aussi grave qu’évanescent, les femmes font de la figuration mais certaines apportent un supplément de vie. Pour les amateurs de pirates et de Cinémascope. (48)

Chantage/Blackmail ** (UK 1929) : Débuts d’Hitchcock. Un des premiers films anglais parlants, où la parole est encore décalée et partielle (les scènes parlantes seraient retournées ; pas de postsynchronisation puisqu’elle arrive trois ans après). Pas grand intérêt sinon ; d’une mollesse effarante avant l’événement crucial, personnages et scénario simplistes. Heureusement il reste l’expressivité du muet. (52)

Bon Cop Bad Cop ** (Canada 2006) : Un des plus gros succès du cinéma québecois, mais pas exporté comme ceux de Dolan. Reflète les buddy-movie états-uniens une décennie après les Arme fatale. Deux caractères bien tranchés : Chouard bruyant et négligent, méthodes brutales, possessif avec famille, ego à fleur de peau ; Martin propre sur lui, sûr de sa personne et de son discours mais facilement dépassé par l’exubérance de son collègue ou des rencontres. Primaire et passe-partout, plutôt efficace. (54)

Murder ! ** (UK 1930) : Débuts d’Hitchcock et du parlant ; souvent théâtral et simplet. Il faut passer de nombreux flottements pour arriver à une poignée de séquences notables, pour leur technique ou leur démonstration (comme celle du monologue intérieur incarné par Marshall, ou le long dénouement avec le trapéziste – lui-même débouchant sur des explications maladroites). Lors de la délibération des jurés : débats lourdauds, accessibles aux petites classes d’enfant, comme l’ensemble des suggestions de la mise en scène à l’égard des caractères et des petites choses se jouant au second plan. Une ironie tout aussi appuyée revient constamment ensuite mais les mots ne viennent pas la rabaisser – les arrêts le peuvent. (58)

First Man, le premier homme sur la Lune ** (USA 2018) : Focus sur les tests, le bricolage et les mauvais expériences, puis fermeture immédiate après l’alunissage. Survole les aspects politiques – Gosling et le projet planent ailleurs. Sobre, flirte avec le point de vue de Neil/Gosling dès que la mission l’emporte. Apparences ‘anti-spectaculaire’ et sans ‘héroïsme’ ; en fait spectaculaire de basse intensité et intimiste, avec héros mutique et détaché (passerait pour renfermé voire apathique aux yeux des affectifs). Même chose pour la bande-son : pas de grosse artillerie, une emphase sur les ambiances pures dans les vaisseaux. Repose beaucoup sur la face personnelle d’Armstrong (qui ne se livre jamais sur ses états d’âme), en sachant être synthétique mais en épuisant le filon des joies niaises familiales. La caméra pousse à la gerbe lors de scènes sur Terre les plus spontanées ou turbulentes. Un peu meilleur qu’Apollo 13 (et Seul sur Mars). (54)

Air Force One ** (USA 1997) : De la grosse ouvrage apparemment au service d’une Amérique la main sur le cœur. On y retrouve le discours interventionniste pour des motifs humanitaires – de nobles sentiments et une forte conscience du malheur des autres auraient soudain gagné [le président] après la visite d’un camp de victimes d’une guerre dans l’ex-URSS. Les gens, tous bien entendu très brillants, vomissant ce film pour son patriotisme et la puissance grotesque du président des USA, négligent ce point ! Si les USA se posent en gendarme du monde, il ne se joue pas qu’une fierté et propagande niaiseuse auto-centrée. Ces spectateurs seraient-ils trop pressés de cracher sur Air Force One ? De coller une étiquette ? C’est triste d’oublier d’aller au bout de sa haine et de son mépris – ou de sa conscience politique aiguisée. Peut-être que les missionnaires moins ‘prosaïques’ ou WASP à l’ancienne ont intérêt à maintenir l’illusion d’une séparation.

Quoiqu’il en soit, Air Force One n’est pas plus con qu’un autre ; c’est un film d’action et suspense décent sinon plus. Mais plus traditionnel (ou prudent) que visionnaire dans son approche : il était déjà anachronique avec ses adversaires russes. Ses ressorts sont éculés : typique du genre, on laisse la parole à l’adversaire mais sa charge flotte en l’air ; grande fraternité similaire à celle des films-catastrophes mais le patriotisme en plus ; aspect ‘choral’ avec large panel d’inclus dans la mission.

Le réalisateur est un des plus fameux assignés aux ‘divertissements’ de masse alors en exercice, Wolfgang Petersen (Troie, L’Histoire sans fin). Trois ans avant, il tournait Dans la ligne de mire avec Eastwood en agent de sécurité du président. (48)

Le Grand McLintock ** (USA 1963) : Western tirant vers la comédie, avec des indiens appréciés par le patron et un vieux couple dépareillé (John Wayne dans son rôle habituel et Maureen O’Hara en précieuse aigrie à la garde-robe luxueuse). Bien brave mais trop long et pratique deux fessées suspectes. (48)

Rich and Strange / À l’est de Shanghai ** (UK 1931) : Se veut fracassant et se montre décousu, elliptique en excès. Tandem interpellant mais pas nécessairement ‘crédible’. (52)

Le merdier/ Go tell the Spartans ** (USA 1974) : Bidasserie amère, molle et laborieuse. Cynique et même sombre, dénigre les participants américains et laisse dire plusieurs fois qu’il s’agit de ‘leur guerre’ [plutôt que de ‘la nôtre’, américains]. Soldats ‘touristes’ et orgueil mal placé (la France est raillée pour son échec local alors qu’eux aussi sont en train de s’embourber). Quelques bons mots mais tout ça a été mieux soutenu avant (Croix de fer, chez Peckinpah) – et bien sûr il y aura Full Metal Jacket 13 ans après. (42)

Tous au Larzac *** (France 2011) : Un documentaire sur la communauté de l’arche, où on évoque le souvenir de Lanza dal Vasto, des images de Guy Tarlier (apparemment un orateur qui ferait du bien à la gauche d’aujourd’hui – avec son style gaulois). Succession de témoignages et tourné sur les lieux des événements, avec quelques archives et en retraçant la décennie passée, jusqu’à l’avènement de Mitterrand. (72)

Trois couleurs : Bleu *** (Pologne 1993) : Sur le deuil, option sobre et éthérée, avec dépouillement et solitude obstinés. Suit La double vie de Véronique dans la carrière de Kievloswski et ouvre la trilogie des couleurs [du drapeau français]. (68)

Zoltan le chien de Dracula * (USA 1978) : Des scènes correctes avec le chien ou avec ses maîtres, bien que ça reste nanardesque (et les yeux jaunes sont un effet intenable quarante ans après – déjà que rien n’était ‘crédible’). Rénove absurdement le vampire, l’absence de sang et les rayons du soleil ne sont plus un problème pour celui-ci. S’attarde dans beaucoup de scènes superflues, mais pas désagréables, surtout les crypto-hippies. Majorité des dialogues triviaux et surfaits. Les attaques du trio de chien pendant les vingt minutes finales sont insipides. Cujo et Dressé pour tuer ne sont pas meilleurs. Réalisé par le futur producteur de plusieurs Stuart Gordon, comme From Beyond ou Castle Freak. (38)

Les aventures de Tintin : le secret de la Licorne *** (USA 2011) : Malgré ses multiples ‘fautes’ depuis une vingtaine d’années, voire depuis toujours, Spielberg mérite sa réputation. C’est un entertainer génial. Ce n’est pas du Tintin puriste, notamment à cause de scènes d’action bigger than life ; c’est une version Indiana Jones. Évidemment le film n’en dit que malgré lui sur les affaires du monde, ce qui n’est pas plus mal (les films politisés sous la main de Spielberg sont déplorables – Lincoln, Pentagon Papers) mais creuse encore le fossé avec Hergé. Les personnages et leurs caractères sont respectés, Tournesol gardé pour un éventuel ‘plus tard’ (malgré les libertés et recoupages dans le scénario, l’essentiel n’est pas violé). Perd en pertinence à partir de la Castafiore, au profit d’une fuite en avant et de scènes plus rocambolesques (comme celle de la poursuite). (68)

Conte de printemps ** (France 1990) : Premier des quatre Conte de Rohmer. De la jacasserie pleine de grands mots précieux au service d’une intrigue lénifiante. Tout ce que le film a d’aimable repose sur l’invitée. (44)

Overlord *** (USA 2018) : Des arguments de nanar de la nazisploitation dans une production JJ Abrams, pour un mélange des genres réussi (contrairement à Cowboys & Envahisseurs par exemple, quoique son ratage ne venait pas tant de la tambouille que de son incapacité à décoller). Généreux et immersif – décors excellents, laboratoire à la hauteur des attentes. Carnassier, très violent. Scénario sans surprise, d’où un dernier acte légèrement plombant (et des méchants caricaturaux). Une once d’humour qui pourrait ne pas en être (surtout en intro avec la cohorte éructante dans son avion). Un anti-Sans un bruit au niveau des sorties ‘horreur/épouvante’ 2018. (68)

Juste avant la nuit * (France 1971) : Un opus où le cinéma de Chabrol s’entretient plutôt qu’il ne se poursuit. La femme infidèle et Le boucher sont largement préférables. La progression, comme les ingrédients, sont bien entendus entièrement convenus, la mise en scène est lourde et les allusions très grossières. La séance s’écoule lentement. Les décors et la musique meublent joliment. Les interprétations sont assez déroutantes – ce n’est pas du Rohmer mais c’est pire. Même Stéphane Audran passe ou ‘sous-joue’ d’une façon qui pourrait éventuellement avoir des bénéfices dans une comédie, ou un film noir particulièrement dédaigneux envers le genre humain. Certains détails épicent un peu la séance, comme ce court instant où Audran traite son mari à terre comme un chien ou un esclave (mais lui n’est pas d’humeur à jouer !) – dommage que ces poussées folkloriques restent stériles. Un collègue publicitaire de Mr Masson ressemble à Austin Powers. (42)

Lock Out ** (USA 2012) : Le début est bien gras et la signature Europacorp est bien là. Tout se met très vite en route. On a droit à une séance musclée et efficace, qui pourrait plaire à des joueurs de FPS dans l’espace et des amateurs non ‘gardiens’ de Fortress ou New York 1997. Bon lot d’occasions de se marrer (jusqu’au laïus ultime de Lennie James), en revanche l’humour délibéré de Guy Pearce est gentiment misérable (les typiques petites répliques de mec détaché et second degré). (58)

Smoke *** (USA 1995) : Portraits de personnages traversant le champ – ils ‘vivent’ en-dehors du temps présent et enregistré, c’est la grande force de Smoke. L’ouverture du scénario et du développement finissent par légèrement compromettre le film, surtout que certaines actions sont désolantes et laissent dans l’expectative aux pires moments (la dernière scène de révélation avec Forest Whitaker). (66)

Total Recall : Mémoires programmées ** (USA 2012) : Total Recall recyclé en film d’action/SF AAA routinier, à l’ombre de Time Out. Pas déshonorant dans l’absolu mais le comparer à l’original resterait une hérésie ; et s’il faut trancher avec Lock Out, celui-ci perd. On s’enfonce dans la glue avec les passages de Cranston, méchant de médiocre calibre. (44)

Burning *** (Corée du Sud 2018) : Film sentimental prudent et vicieux sous une forme de thriller. Les natures et motivations des deux acolytes restent essentiellement mystérieuses. Ben (Steven Yeun de Walking Dead) est un manipulateur tendre, indulgent, presque un grand frère cajolant (au point où sa froideur le lui permet), méprisant sans hargne ses deux petits trophées. (68)

Sur la piste des Mohawks ** (USA 1939) : Sur la vie des colons/pionniers américains, au XVIIIe. Joyeux et complaisant. (58)

Selma ** (USA 2015) : En entrée juste avant l’explosion : « Ensemble nous allons détruire l’illusion de la suprématie pour rétablir la vérité de l’égalité » (approximatif au niveau des liaisons). De quoi poser l’ambiance et faire péter le pop’corn ; effectivement c’est une belle propagande mais propre et aveugle plutôt que niaise et sentencieuse. Standard, absolument lisse, avec une pointe d’exaltation et une direction artistique irréprochable (ce qui ne signifie pas beau ou interpellant). Plus vivant que Lincoln de Spielberg. (46)

Utu ** (Nouvelle-Zélande 1983) : Sorte de western avec une insurrection maori contre les blancs en Nouvelle-Zélande vers 1870 (protectorat britannique). Te Wheke est inspiré de Te Kooti dont il romantise la prestation, notamment avec cette triste fin (Kooti est mort 25 ans après le massacre de la Poverty Bay – 1868). Assez bordélique avec un récit avançant par à-coups laborieux, où chaque pan d’histoire est peu nourri, sans cesse reconfirmé ou à la limite de rétrograder (l’espèce d’amourette). Beau par sa photo comme ses paysages – l’image a probablement été ‘redynamisée’ pour sa ressortie de 2017. Signé Geoff Murphy, réalisateur du Dernier survivant (pendant les 1990s il officiera dans le cinéma d’action mal coté, puis disparaîtra). (54)

La couleur des sentiments *** (USA 2011) : Bons sentiments. Ne cherche pas à choquer, ni à montrer le pire et les violences physiques ou les exactions du KKK, ce qui le rendra insipide pour de nombreux regards. Ségrégation au sens large : femme célibataire, ‘rebelle’ ; paysanne, servante ; les épouses, la mère ; les accommodements. Mielleux et pas manichéen – a conscience de ce manichéisme qu’il tâche de repousser, dans la fiction comme dans sa vision ; prend en considération le poids des aliénations, valeurs, nécessités. Rappelle un peu Beignets de tomates vertes au début – comme lui 100% féminin ou pas loin. (68)

Spider-Man : New Generation / Spider-Man : Into the Spider-verse ** (USA 2018) : Réforme la mythologie Spider-Man (en démultipliant le super-héros) et la revisite (les antagonistes et références fameuses sont recasées, sans trop de pose nostalgique, de façon bien fluide). Assez convaincu au départ, y compris pour son humour si contemporain (et ses personnages secondaires prétentieux). J’ai décroché dès l’arrivée du Parker ressuscité, puis la réunion de la team est désespérante. Le second degré et l’éternelle pseudo-distanciation deviennent lourdingues. Les recours aux autres dimensions, les raccommodages en tous genres, ont le don de me lasser ; dans ces conditions il n’y a plus que des options égales et rien de profond à raconter. À partir de l’entrée du Rôdeur l’action et la pression s’intensifient, mais ce n’est que du recyclage ou des banalités marvelliennes (sans déplaisir j’attendais la fin). (48)

Gilda *** (USA 1946) : Connu pour le fétichisme autour de l’actrice suite à ce rôle – mais il était déjà bien entamé, notamment grâce à ses posters dans les casernes distribués par le producteur Harry Cohn. Séduisant et sophistiqué, mais bancal passé une heure : les personnages s’avèrent faibles, spécialement Bernard dont les motivations restent évanescentes ; hasards et combinaisons bien légères dans le scénario, les rencontres. Ambiance de parano, méfiance et surveillance entre individus ; on discute et maîtrise les choses plus qu’on les vit ou en jouit – Gilda y compris. (66)

John Wick ** (USA 2014) : Theon Greyjoy reprend du service – un éternel malfrat-boulet remis à sa place par les plus gros prédateurs qu’il n’a pas su discerner. Film d’action et de vengeance un peu grotesque, un peu long, qui ‘fait le job’. (56)

Sauvage ** (France 2018) : Typique d’un cinéma voyeuriste sous couvert empathique et ‘social’ pour qui veut le saisir. Aligne des réalités ou anecdotes grotesques, la plus criarde étant le gode ‘sapin’ bien trop massif enfilé dans le pauvre protagoniste (manifestement masochiste puisqu’il reste accroché à cette vie de merde et s’accommode de vivre et pourrir comme un chien galeux – mais tringlé). Trop mal imité la sodomie du vieux, avec le drap qui dépasse et rend normalement improbable la besogne à moins de saloper le tissu ! J’ai éprouvé de la compassion pour l’handicapé qui lâche 100euros pour voir ses deux clients s’embrasser alors que leur embrassade est poussive. On a aussi l’occasion d’envisager la prostitution comme une vraie profession – notamment lorsqu’un mec accordant des pipes à 5 euros (alors que le tarif officieux est 20 euros) devient une concurrence déloyale à corriger. Enfin on trouve un type au piano amateur de tortures avec un faciès à la Milo Yiannopoulous (le jeune gay de l’alt-right). (46)

Necronos – Tower of Doom ** (Allemagne 2010) : voir la critique. (52)

Le grand bain *** (France 2018) : Katerine, Amalric et le vieux rocker excellents. Le personnage naturellement sarcastique de Marina Fois est étrangement adapté. Le beau-frère est réellement, banalement, infâme. Ouverture affreuse. Quelques minutes et beaucoup de musiques en moins auraient fait le plus grand bien. Perd beaucoup avec le changement d’entraîneuse, la seconde inspirant autre chose que le rire, sauf les deux fois où elle se fait rabrouer. (68)

Dogman ** (Italie 2018) : Malheureusement commun et surtout Pusher écrase tout. Trop d’ellipses et de contemplation. Encore un film où l’interprétation prend le pas sur l’approfondissement des personnages, où les décors sont plus forts et significatifs que les événements. (52)

Les chatouilles *** (France 2018) : voir la critique. (72)

Under the Silver Lake *** (USA 2018) : voir la critique. (64)

I Feel Good ** (France 2018) : Dujardin en wannabee chercheur d’or admiratif des ‘grands patrons’ à la façon d’un larbin commercial ; c’est lui qu’il trompe le mieux. Comme d’habitude la fin est mielleuse en excès mais c’est insignifiant ce coup-ci par rapport à Saint-Amour. (62)

Un peuple et son roi * (France 2018) : voir la critique. (22)

The House that Jack built ** (Danemark 2018) : voir la critique. (54)

Apparitions/ Dragonfly ** (USA 2002) : Cousin spiritualiste de Ghost, d’où sa note faible (méritée) sur SC (comme Noé d’Aronofsky). Énonce quand même de braves bêtises, notamment lors de la rencontre avec la naine religieuse. Réduit Kathy Bates à une simple voisine lesbienne aux scènes et au soutien largement inutiles. On peut avoir l’impression de regarder du Shyamalan à l’eau de rose, voire fast-food, mais pour un réalisateur venu de la comédie bien grasse (Ace Ventura, Menteur menteur et Professeur Foldingue), Shadyac s’en tire brillamment. (52)

A Beautiful Day/ You Were Never Really Here * (USA 2018) : LPT bobo tête caractérisé (Lourd-poseur-tragique + psy des profondeurs). Une mise en scène sophistiquée et un protagoniste magnifié pour un programme éculé (impossible de ne pas penser à Léon et Taxi Driver dès qu’on monte en intensité ou ‘conclue’). Malgré sa grosse allure ce film est dérisoire. Comme dans We need to talk about Kevin il donne une impression redoutable de vacuité. Cette fois la psychologie s’effondre complètement et le spectacle ne devient plus qu ‘exercice de style’. Joaquin Phoenix est plus juteux que jamais commercialement car un hipster, kikoo à barbe ou apparenté pourra immédiatement se projeter sur lui en bad boy ou type sombre et profond. Son trauma d’enfance et tout le reste de sa condition sonnent prodigieusement cliché et cache-misère. Fatalement les plus grandes indications lâchées à la fin n’ont aucune valeur. On nous a envoyé du lourd dans la face, alors ça ne peut pas être totalement insipide, seulement il n’en restera rien. (38)

 

 

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