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LE ROI LION ***

20 Juil

4sur5 Cette version ‘live’ tient ses promesses, en premier lieu celle d’un visuel sublime. C’est bien une sorte de reboot plutôt qu’une actualisation ; le souci de correction et de ne fâcher personne ne renvoie pas spécialement à aujourd’hui. Certains points forts ont tout de même été ripolinés voire évacués : les êtres et les relations sont désexualisés, la relation entre Nala et Simba y perd. Les féministes apprécieront peut-être qu’elle se montre sarcastique (sans connotation d’aigreur) et batte trois fois son inlassable ami-amant ; elles pourront aussi relever la chef des hyènes, distinctement au-dessus des autres, posée et intelligente, l’allure souffrante et profonde, quand Shenzi n°1 était davantage pleutre, geignarde et roublarde.

Il n’y a qu’un seul sacrifice sévère mais c’est un des plus énormes imaginables : Soyez prêts est réglé en une minute de basse intensité. Il faut reconnaître que la danse, l’ambiance dionysiaque lugubre et le défilé auraient été compliqués à intégrer dans un contexte hyperréaliste (comme la descente dans les épines, sûrement une source de sensations trop agressive). Tout est moins théâtral et les envolées cartoonesques ne sont plus au rendez-vous ; les scènes poignantes le sont encore mais aucun moment ne se détache absolument (peut-être la course dans les adventices). En contrepartie Le roi lion sert des fantaisies crédibles (évidemment pas vraisemblables), des figurants ravissants et se permet quelques séquences de doc naturaliste enjoué (la souris menant à Scar) ou péripéties silencieuses façon Minuscule (la touffe de Simba témoin d’une destinée moins mystique). Même la VF (où Jean Reno paraît sur le point de mourir plutôt que d’éduquer et où reprendre Semoun aurait été aussi bien) ne saurait gâcher les instants de ravissements ou de contemplation (pas tous délicats puisque certains auraient leur place dans Rage ou Mad Max).

C’est dans le son qu’on trouve les points faibles, voire les fautes empêchant la séance d’être parfaitement magique – un moment d’évasion ou d’abrutissement heureux accompli. Toutefois si le chant explosif de l’ouverture ne vous gâche pas le plaisir, les deux heures devraient se passer sans gêne. Les ajouts conséquents sont rares mais du plus bel effet : les lionnes sous le règne de Scar avec ses servantes en patrouilles permanentes, toute la faune amicale incarnant la philosophie du Hakuna Matata dans une sorte de paradis mi-hippie mi-individualiste acharné. Ces deux bouts du film ouvrent à des univers déjà présents en 1994 mais de manière synthétique et toujours centrée sur la poignée de protagonistes clés ; aujourd’hui ils sont superficiellement étoffés (le retour compulsif à la résistance passive du conseil des lionnes peut frustrer, même si Sarabi rationalise efficacement avec son sens du devoir ; l’égoïsme revendiqué des nihilistes contredit leur facilité à partager). Disney comme le reste a tendance à se reposer sur des marques établies, alors on peut craindre ou rêver des prolongations dans cet eden libertaire.

Rétrospectivement les ellipses étaient nombreuses dans l’original, alors qu’ici on s’étend copieusement. L’exemple relativement malheureux est le retour de Nala et Simba, occasion de servir un dégueulis girly égalant le pire de La reine des neiges (auquel au doit sa notoriété). Certains cas ou personnages semblent négligés (les déçus a-priori diront placés par obligation) puis réintègrent le cycle avec force : c’est le cas de Rafiki (chaman génial et farceur devenu une figure paternelle décontractée). Les hyènes et leur environnement sont bien plus sinistres. Seul l’humour très appuyé autour du débile de la bande (davantage un dépendant pathétique qu’un attardé achevé) adoucit le trait. L’humour est justement le second témoin ou réceptacle des limites du film, après la musique : il n’est pas spécialement balourd mais donne quand même dans un second degré plombant à l’occasion. Lors des logorrhées de Zazou on perd en charme sans y gagner en drôlerie ; celles de Timon et Pumbaa sont convaincantes (Ivanov était un choix excellent pour réformer Pumbaa). Une fois que la glace a été trop vite brisée ils poussent la décontraction assez loin pour ne pas inspirer de regrets (cela implique malheureusement une démonstration bruyante qu’un Norbit lui, par sa vocation, n’avait pas le droit d’éviter).

Enfin le sous-texte politique est plus explicite et brouillé : la philosophie des doux anars est précisée et son illustration attractive, les marginaux sont devenus carrément écœurants mais ils sont plus blessés que ridicules, on entend leur amertume autant que leur envie. Ils sont mal-nés certes et pas moins irrécupérables – et d’aspect ingrat (Scar décharné, affublé d’une piteuse crinière). Leur détresse a le tort de les avoir endurcis plutôt qu’invités à l’acceptation du bel ordre du royaume (la résilience ne fait pas partie des concepts envisagés). Sur ce plan Le roi lion n’est pas plus conservateur qu’il y a 25 ans, il a simplement perdu de son sens mystique (dans les processus comme dans les symboles) ; il est davantage ‘bourgeois matérialiste et réactionnaire’ (d’où cette moindre aisance lors de l’apparition du spectre bienveillant). Car le problème désormais est autant économique que dynastique. Comme autrefois Scar fait des promesses d’abondance et parasite son propre domaine – lui et sa horde sont des chasseurs irresponsables dignes de Cersei dans GOT. Leur manque de conscience et de culture commerciale doublé de leur avidité les poussent à croire qu’il n’y a qu’à se servir, dans un lieu de paradis où les denrées sont inépuisables – mais seraient confisquées arbitrairement. Quoiqu’il en soit cette seconde mouture ne fera pas de l’ombre à l’original concernant les dialogues et chansons cultes ; même des enfants enclins à fuir une animation dépassée devraient trouver les anciens plus percutants.

Note globale 72

Page IMDB    + Zoga sur SC

Suggestions… Alice au pays des merveilles/Burton + Un amour de coccinelle

Les+

  • visuellement et techniquement brillant
  • une foule de figurants adorables
  • effort de vraisemblance pour les déplacements des animaux
  • des ambiances sévères et tristes
  • plus grande possibilité d’expression et plus d’humanité pour les méchants
  • pas trop guilleret ou niaiseux
  • le nouveau Pumbaa et sa VF

Les-

  • son, musiques
  • des détails bâclés ou éludés
  • les phrases cultes coulent avec le reste
  • des demi-copies pas du meilleur effet (comme l’amour sans étoiles)

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MINUSCULE LES MANDIBULES DU BOUT DU MONDE ****

5 Fév

4sur5  Un grand et surtout beau film d’aventures, pour les enfants et pour tous les autres. L’essentiel était déjà dans la série mais elle souffrait de l’enfermement dans un humour au souffle court, souvent en percutant les humains ou leurs objets ; de la suite dans ces jets-là était nécessaire. Ces défauts étaient déjà moins prononcés dès la saison 2 et le passage au long-métrage a permis à tout cet univers d’exulter tout le long d’une Vallée des fourmis devenue théâtre d’un grand affrontement, à la façon d’une Citadelle assiégée prenant des libertés. Le réalisme est définitivement mis au placard dans ce second opus (jusqu’à attribuer une petite coupe frisée [sur l’abdomen et sur la tête] à une fourmi noire des Antilles), au service d’une certaine immanence poétique, pas dans une perspective fantasy – le merveilleux vient se superposer au réel. À l’extrême quelques plans pourraient se confondre avec ceux du cinéma de science-fiction, lors d’une course sur câbles ou d’une visite.

Ce mélange de détachement et de présence au monde concret accroche immédiatement. Les créatures sont davantage confrontées à l’Humanité qu’auparavant, en allant marcher sur ses plates-bandes. Le spectateur peut avoir l’agréable impression de ré-infiltrer le monde humain et la joie plus grande de seulement le croiser. Pour les coccinelles et leurs camarades, il faut passer au travers par nécessité, entre deux périodes de stabilité heureuse dans sa micro-communauté (famille et amitiés fortes). La séance a des airs de rêverie anarchiste, de cet anarchisme où les prescriptions superflues du monde n’ont pas prise et où il n’est pas nécessaire de tout compartimenter (non de l’anarchisme des contestataires fixés dans l’insolence à perpétuité) – et surtout où s’exprime une solidarité organique et une moralité immanente (sans vigiles et à une exception sans docteurs). Même l’isolement de la petite diva inventive et mélomane est une robinsonnade tempérée et ne relève pas de l’ivresse égotique – qui dans le tout-venant des films d’animation viendrait se marier au grégarisme débile et hystérique (que Lego prétendait critiquer de l’intérieur pour s’inventer un supplément d’âme que les ex-enfants ont bien voulu valider au nom, probablement, de leurs lointaines imaginations).

Visuellement splendide, Minuscule Mandibule s’inscrit dans la continuité. La part de travail artisanal et de maquettes reste massive. Les effets spéciaux sont impeccables et le sens du détail remarquable (fulgurant lors de la tempête). Seules les apparitions des chenilles urticantes sont clairement artificielles – leur première scène est d’ailleurs étrange avec cette crise à la Bob l’éponge. L’encadrement documentaire s’estompe. La caméra est volontiers mobile, les scènes de vol particulièrement ludiques vues face à un grand écran ou dans les éventuelles conversions futures. L’apport est un peu limité concernant la romance (avec les embrassades bruyantes, pour troubler en douceur les gosses et faire sourire les autres – attendrir est déjà acquis), mais le langage limpide et gracieux – le plus souvent seules d’infimes variations (oculaires, ou des grésillements) sont nécessaires (seule une communauté semblant venue d’ailleurs laissera dans l’expectative aussi bien devant qu’à l’écran). De quoi en faire un exemplaire remarquable parmi les rares films non-muets sans dialogue (il ne commet l’erreur de laisser les hommes l’ouvrir – ce qui tend à les priver d’une bonne part de leur contenance, les rendant plus manifestement crétins aliénés – pas nécessairement antipathiques, plutôt oublieux de l’absence de séparation entre eux et la Nature).

Les films Minuscule sont définitivement meilleurs [que la série et que l’ensemble de la concurrence] et libèrent le potentiel de son univers grâce à la poursuite d’intrigues étoffées ; en laissant de la place pour les personnages ; en autorisant surtout à prendre le large ou attaquer de gros conflits. Mandibule est moins théâtral que le premier mais draine toujours son lot de rencontres et de cameo pittoresques ; comme lui il a le mérite de ne jamais entrer dans la comédie à gros sabots (les adeptes de cartoon ne doivent pas fantasmer cet opus). Ses rebondissements sont plus nombreux mais aussi plus prévisibles et de moindre ampleur, le scénario en général n’étant pas vecteur d’originalité. Mandibule profite d’améliorations techniques et d’une musique spéciale sous influence de Ravel. Enfin les adeptes du ‘cocorico’ seront repus puisque, si on en croit son équipe, le film a été intégralement tourné en France – la seule fausse note est cette portion de financement chinois, probablement responsable de l’épilogue sans autre intérêt qu’une promesse de Minuscule 3 à Macao.

Note globale 84

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Suggestions… La Grande Aventure + La Tortue rouge + Le renard et l’enfant + Koyaanisqatsi + Dragons + Shaun le mouton le film + Playtime + L’Île nue + Begotten

Scénario/Écriture (7), Casting/Personnages (9), Dialogues (-), Son/Musique-BO (8+), Esthétique/Mise en scène (9), Visuel/Photo-technique (9), Originalité (7), Ambition (8), Audace (6), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (8), Pertinence/Cohérence (6)

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MINUSCULE ***

17 Sep

4sur5  Lancée en 2006, Minuscule en est aujourd’hui à sa troisième saison (depuis 2012) et a eu les honneurs d’une adaptation en salles, l’excellente Vallée des fourmis (2014). La série met en scène les péripéties de petits animaux, insectes notamment, dans la campagne française. L’animation 3D se mêle aux décors naturels. Le résultat est extrêmement joli, en toutes situations. Malheureusement, un aspect peut s’avérer plombant (il concerne surtout la première saison) : les auteurs de Minuscule semblent interdire à leur série de développer son propre caractère.

Inspiré du film documentaire Microcosmos (1996), Minuscule en est une version burlesque et quelquefois, contemplative elle aussi. C’est ici qu’est le problème : dans le rythme et le contenu même des balades. Il y a beaucoup de redites dans les gags ou les idées, les histoires sont parfois faibles et les personnages trop souvent peu réactifs. Là encore, cela concerne surtout la première saison 1 et les débuts, mais cette dimension restera une donnée de fond toujours prête à exercer son influence. Même les stars comme la coccinelle mettent du temps à s’affirmer avec des traits structurés.

L’humour est généralement un problème et gagne à rester à l’arrière-plan. Pour autant, il reste toujours un charme intact, des éclats redonnant la foi pendant les tunnels trop longs ; et accessoiremment, un potentiel mirifique ! De plus, on ne soulignera jamais assez la qualité technique de Minuscule : il ne s’agit pas seulement de sa beauté plastique, mais également de l’aspect de ses petites créatures ou de son animation modèle ! Les  »voix » et bruitages sont à cette image, signant un travail immense et virtuose, malgré cette sécheresse récurrente, cette âme en sommeil.

Curieusement, un certain relâchement au niveau de la narration va profiter à la série au fil de son évolution. La saison 2 se montre beaucoup plus inventive et mise sur de nouvelles initiatives des insectes pour s’approprier l’environnement, au lieu de les empêtrer dans des situations cocasses et besogneuses. Le ton se fait plus délicat, l’action plus lisse, fermée autour d’une initiative : on cherche (et trouve) l’agréable performance en expérimentant des lubies audacieuses, comme la conduite d’une voiture ou la fabrication de pièges. Enfin il faut reconnaître que cinq minutes de Minuscule, n’importe lesquelles, valent largement le lot commun des courts de Pixar.

Note globale 7+

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Suggestions…

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LA GRANDE AVENTURE / DET STORA AVENTYRET (1954) ****

23 Jan

5sur5  Cinquante ans avant Le Peuple Migrateur et La Marche de l’Empereur, La Grande Aventure était un documentaire animalier aux orientations originales. Ce premier long-métrage d’Arne Sucksdorff (écopant du Prix International à Cannes en 1954) croise la vie quotidienne d’humains et d’animaux dans un même récit, entre romanesque et reportage. Les animaux sont filmés de près, la bande-son rapporte précisément leurs bruits et leurs cris. Ils sont suivis dans la forêt, dans les chasses, lors d’expéditions contre les biens des humains (la capture des poules à la ferme) ou d’autres concurrents.

Les principaux acteurs sont des renardeaux et une loutre (Otty). Beaucoup d’autres animaux tiennent un petit rôle dans leurs traversées : oiseaux, canetons, écureuils, etc. Le principal antagoniste est un lynx. Les humains reprennent la main dans la seconde moitié : après une course à la loutre, le film part du point de vue et des initiatives des enfants ou des adultes. Contrairement au Renard et l’enfant un demi-siècle plus tard (film français ciblant la jeunesse, avec des renards dressés), il montre une cohabitation possible entre un animal sauvage et des humains, mais restant contraignante pour les deux partis et défaite en dernière instance. Les commentaires sont réduits à l’essentiel, livrés surtout au début et la mystification pas autorisée. Beauté, entraide et cruauté dominent spontanément la réalité, à hauteur d’instincts. Naturel ou artificiel, le dressage est toujours au programme de la vie. Ces images apportent une joie saine et douce, sans nourrir d’illusions et en continuant de plaider pour le rôle des Hommes.

L’authenticité et la dévotion de cette approche, la qualité de la direction et de la technique, font la force du film. L’intervention auprès des êtres est discrète, les mœurs animales ne sont pas trahies. Nous ne sommes pas dans le dessin animé prêtant une humanité aux animaux, ou simplement leur donnant la parole (comme le fera Martin Rosen, en leur laissant leurs préoccupations, dans La Folle escapade et Plague Dogs). Cette séance a également valeur de premier bilan dans l’œuvre d’un explorateur, traçant une philosophie, synthétisant des acquis et une expertise (sur le mode de vie des bêtes comme sur les tournures visuelles). Arne Sucksdorff était alors auteur de nombreux courts-métrages mettant en valeur la faune et les paysages de Suède. Ses principales réalisations à venir seront le documentaire El Djungelsaga/L’arc et la flûte (1957) et la fiction Le garçon dans l’arbre (1961). Des intérêts humanitaires s’ajouteront à sa fibre écologiste ; il finit sa carrière en activiste lié à l’UNESCO.

Note globale 88

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Suggestions…

Scénario/Écriture (3), Casting/Personnages (5), Dialogues (3), Son/Musique-BO (5), Esthétique/Mise en scène (4), Visuel/Photo-technique (5), Originalité (4), Ambition (4), Audace (3), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (4), Pertinence/Cohérence (4)

Note arrondie de 87 à 88 suite à la mise à jour générale des notes.

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INCIDENTS DE PARCOURS (Romero) ***

2 Nov

4sur5  A-priori Monkey Shines a tout pour virer à la gaudriole ou au ‘nanar’. À l’arrivée c’est une jolie fantaisie philosophique marchant sur plusieurs genres et registres : thriller, comédie sarcastique, absurde sombre. La relation entre Allan et la guenon Ella (singe capucin) passe par différentes étapes insolites. Pour ce jeune scientifique subitement devenu paraplégique, elle est d’abord une alliée inespérée, en lui apportant soutien et même compréhension. C’est le seul être avec lequel il puisse cohabiter sans gêne ni contrariété (il voit à ses côtés deux femmes infectes : la bonne aigrie et plaintive, la mère possessive et frustrée), tout en ayant pas à ralentir ou s’ennuyer comme s’il s’agissait d’un animal ordinaire. Chacun se dope, lui accélère son développement, elle favorise le rétablissement de sa vitalité (énergie, ‘moral’, assertivité).

Ces facultés extraordinaires se retournent progressivement contre l’entourage (subi) d’Allan puis contre lui-même. Elles sont le résultat d’une obscure expérimentation menée en solo par Geoffrey, l’ami qui donne Ella en cadeau à Allan. Son sérum ‘d’intelligence’ (attendons quelques années et on osera inoculer la schizophrénie dans le B de luxe via L’esprit de Caïn) est un trop grand succès, avec des effets secondaires psychiques ravageurs, poussant le film vers le fantastique (ou la science-fiction viscérale type Frankenstein). Le spectateur reste longtemps seul à connaître cette réalité (avec Geoffrey), ce qui rend le déroulement plus intéressant et pousse à l’anticipation. Il s’agit alors d’avoir du répondant et le film en aura (sur le plan graphique y compris – avec les trois vues subjectives du singe la nuit, dehors : le ‘démon’ d’Allan libéré comme dans un cauchemar), malgré quelques raccourcis et la mise en suspens de certains points : si l’alliance avec Ella avait perduré, si Allan lui avait pardonné ou essayait de la canaliser, ou mieux s’il entrait dans le déni, le film aurait pu devenir autrement intéressant. Mais ici l’irrationalité d’Allan prend l’écran et cette force serait probablement compromise. L’exercice reste donc pertinent car le discours est ‘plein’ et la voie horrifique est porteuse.

Les deux communiquent à double-sens, au détriment d’Allan, du moins le croira-t-il ; certainement au détriment de son ego et de sa conscience ! Le singe le pousse à extérioriser son refoulé au propre et en propre comme au figuré ; à réveiller sa colère, ses mauvais sentiments. En retour Allan lui infuse ses désirs, auxquels Ella se dévoue avec une intensité proportionnée – c’est justement l’horreur de la situation pour Allan, obtenant la satisfaction de ses élans les plus primitifs et lointains, mais souvent aussi les plus courts ; mais cela en déléguant les gestes et sans doute le plaisir, tout en gardant la culpabilité, la honte – et éventuellement en sentant l’hypocrisie de ses souffrances. Malheureusement pour lui même les objets chéris provoquent des envies carnassières. En somme Ella est une sorte de prophétesse ‘spontanée’ pour le réveil de l’animal chez les humains ; la fin prévue devait libérer une armée de singes ‘réformés’ sur la ville. Elle a été recalée sur réclamation d’Orion, une première pour Romero dont le précédent tournage, Creepshow, avait été sans heurts malgré le label Warner Bros (avant cela le pape du zombie au cinéma était en ‘indépendant’ avec le relais de Richard P.Rubinstein).

Suivant un trope plus habituel, qui en est un peu la version chimérique et primaire, Incidents de parcours est aussi le spectacle du ‘mauvais génie’ en roue libre, dont on regrette bien vite d’avoir autorisé les gratifications contre-nature. Le choix d’un homme handicapé, aux affects réprimés et à la surface mielleuse, est excellent sur tous les plans. La construction est suffisamment métaphorique et ordonnée pour compenser les détours trop faciles des représentations. Les parallèles entre Ella et Allan sont expressifs pour le meilleur (significatif et puissant) et pour le pire (lourdeur du passage avec les dents, mais la lourdeur est une rançon du succès et pas un gage d’idiotie). Le film est typé, de son temps, bien de son ou ses genres d’emprunt, mais il tient la distance et crée une différence. Romero a pris le risque du ridicule et du premier degré, il réussit son tour avec candeur ; Monkey Shines est remarquable pour ça. Les défauts tiennent plutôt au traitement léger de certains personnages secondaires, à l’inutilité modérée des déambulations de Geoffrey – et peut-être à cette scène avec une perruche agressive, drôle d’image déjà transmise dans Freddy 2 (1985). Il faut tout de même voir que cette anecdote grotesque est fluide et ‘congruente’ dans le contexte (ce n’est pas le cas dans Freddy 2). Sur un thème comparable, il existe aussi Link (1986), In the shadow of Kilimandjaro et Sharkma (1990).

Note globale 76

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Suggestions…

Scénario & Écriture (3), Casting/Personnages (4), Dialogues (3), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (4), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (4), Ambition (4), Audace (4), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (4), Pertinence/Cohérence (4)

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