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MINUSCULE ***

17 Sep

4sur5  Lancée en 2006, Minuscule en est aujourd’hui à sa troisième saison (depuis 2012) et a eu les honneurs d’une adaptation en salles, l’excellente Vallée des fourmis (2014). La série met en scène les péripéties de petits animaux, insectes notamment, dans la campagne française. L’animation 3D se mêle aux décors naturels. Le résultat est extrêmement joli, en toutes situations. Malheureusement, un aspect peut s’avérer plombant (il concerne surtout la première saison) : les auteurs de Minuscule semblent interdire à leur série de développer son propre caractère.

Inspiré du film documentaire Microcosmos (1996), Minuscule en est une version burlesque et quelquefois, contemplative elle aussi. C’est ici qu’est le problème : dans le rythme et le contenu même des balades. Il y a beaucoup de redites dans les gags ou les idées, les histoires sont parfois faibles et les personnages trop souvent peu réactifs. Là encore, cela concerne surtout la première saison 1 et les débuts, mais cette dimension restera une donnée de fond toujours prête à exercer son influence. Même les stars comme la coccinelle mettent du temps à s’affirmer avec des traits structurés.

L’humour est généralement un problème et gagne à rester à l’arrière-plan. Pour autant, il reste toujours un charme intact, des éclats redonnant la foi pendant les tunnels trop longs ; et accessoiremment, un potentiel mirifique ! De plus, on ne soulignera jamais assez la qualité technique de Minuscule : il ne s’agit pas seulement de sa beauté plastique, mais également de l’aspect de ses petites créatures ou de son animation modèle ! Les  »voix » et bruitages sont à cette image, signant un travail immense et virtuose, malgré cette sécheresse récurrente, cette âme en sommeil.

Curieusement, un certain relâchement au niveau de la narration va profiter à la série au fil de son évolution. La saison 2 se montre beaucoup plus inventive et mise sur de nouvelles initiatives des insectes pour s’approprier l’environnement, au lieu de les empêtrer dans des situations cocasses et besogneuses. Le ton se fait plus délicat, l’action plus lisse, fermée autour d’une initiative : on cherche (et trouve) l’agréable performance en expérimentant des lubies audacieuses, comme la conduite d’une voiture ou la fabrication de pièges. Enfin il faut reconnaître que cinq minutes de Minuscule, n’importe lesquelles, valent largement le lot commun des courts de Pixar.

Note globale 7+

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MR. BEAN ****

16 Sep

4sur5  Pour qualifier Bean et justifier son adhésion ou son rejet, on convoque souvent cette étiquette faisant si souvent autorité : « humour britannique ». Dans son style et dans ses drames, Bean est anglais, certes, mais avant tout il est l’homme puéril pris en flagrant délit de médiocrité et de décalage grotesque. Il vaut mieux passer pour un assassin que pour un Bean : il vaut mieux être un peu inhumain que d’être bas à ce point sur l’échelle de la dignité humaine.

Immature, dépourvu de la moindre profondeur ou pensée, réunissant tous les vices les plus minables ou régressifs, Bean est aussi un être touchant dans sa connerie. Il n’est pas certain qu’on en veuille pour ami, mais côtoyer un tel cataclysme a quelque chose de fascinant. Bean est presque une figure anar, malgré lui naturellement. À chacune de ses actions, il s’illustre par sa bêtise d’enfant égoiste dans un monde cohérent et adulte. Ce monde, il n’en comprend jamais rien, d’ailleurs Mister Bean ne saisit ni ne soupçonne l’essence et la logique de tout les objets auxquels il se cogne, qu’ils soient vivants ou inertes, adaptés ou pas.

Ainsi il passe pour un forcené totalement destroy, même quand il ne l’est pas ! Ce qu’il y a de brillant dans sa surenchère de débilités, c’est cette manie de parodier le réel en permanence, jusqu’à soi-même être un gros troll apocalyptique de façon systématique. La série est aussi un bonheur dans le sens où elle ose se moquer d’un état physique et mental ingrat ! Mais Bean le rend bien à ce public invisible se moquant de lui : jamais il ne ratera l’occasion de commettre une méchanceté, attitude qui en d’autres circonstances (notamment s’il avait du pouvoir) le rendrait très inquiétant.

Avec ces tendances cohabitent une grande sensibilité aux normes et au regard des autres, ainsi qu’un besoin de mettre les objets en conformité. Là s’exprime sa dualité : soit il appuie des règles extérieures d’une pauvreté assez triste dans le fond, soit il applique son bon sens totalement décalé. Ces deux polarités, comme sa dynamique permanence entre conformité aberrante et égoisme abyssal, nourrissent le comique du spectacle ; et on le voit ainsi déambuler entre des options toujours excessives et pathétiques.

Tournée entre 1990 et 1995, la série ne compte que 14 épisodes de 26 minutes. S’y ajoutent deux opus de dix minutes (The Library et The Bus Stop), prolongements bienvenus. Ce nombre relativement faible étonne rétrospectivement pour une série citée à ce point, qui est restée active longtemps et de surcroît avec un format court. Le personnage de Bean est une telle référence que Rowan Atkinson y est assimilé pour l’éternité. Il a ressuscité l’homme aux mille borborygmes pour un numéro spécial pendant la cérémonie des JO 2012 (à Londres).

Les péripéties se sont prolongées dans une version animée. Il y a eu également deux films officiels : le premier, Bean (1996) extrapole la bêtise du personnage et aligne des morceaux de bravoure inouis ; le second, Les vacances de Mr Bean (2007), abandonne définitivement la méchanceté, pour le meilleur et pour le pire.

Note globale 8

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JA’MIE PRIVATE SCHOOL GIRL – SAISON 1 ***

17 Oct

4sur5  Les délires qu’a cru avoir Michael Youn (Parle à ma main, Fatal) ou que Guillaume Gallienne commettait avec une sincérité douteuse (Guillaume et les Garçons), ce que Borat et Bruno rataient finalement, tout ça est balayé par Ja’mie. Cette série australienne, à laquelle participe la filiale locale de HBO, suit la dernière année dans un prestigieux lycée privée de Ja’mie King.

Issue d’une famille immensément riche, elle s’arroge tous les droits et s’attend à ce qu’aucune barrière ne lui résiste. Entourée de son gang de  »quiche », c’est-à-dire les filles atteignant l’au-delà du  »sexy », elle revendique l’autorité morale et symbolique, en tant que pur produit de son milieu. Elle est aussi la quintessence de l’adolescente superficielle et égocentrique.

Obsédée par son image de fille modèle, incarnant la réussite et les valeurs chrétiennes, elle déverse sa mesquinerie ordinaire sans le moindre recul. Pendant les six épisodes, nous la verrons accabler sa mère dépressive, adopter un africain pour obtenir une médaille, se ridiculiser en privé pour parvenir à ses fins. Il y a en Jamie une nouvelle Divine en sommeil, une Divine romantique et cartmanisée.

Elle vomit ses schémas mentaux primaires et odieux, revendique l’autorité tout en se dégradant continuellement, fait part sans ménagement de son racisme intégral, de son homophobie (les internes « lesbiennes » et campagnardes sont ses cibles favorites). Harcelée par des complexes grotesques ou pathétiques (elle se prétend par exemple ex-anorexique pour ses petits seins), elle se répand en projections.

Ja’mie est un personnage bigger than life reflétant en permanence des réalités objectives, tout en les condensant dans une seule fille, laquelle a les moyens de les exacerber. Chris Lilley, réalisateur et scénariste de la série, a l’habitude d’interpréter des personnages du sexe opposé ou des bouffons absolus. Il met ici toute sa lourdeur au service d’une caricature hilarante et très aggressive, choisissant toujours les options les plus licencieuses et définitives. En d’autres termes, il passe de Elie Semoun à South Park.

Note globale 76

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TWIN PEAKS ****

9 Oct

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4sur5  Twin Peaks est un pionnier des séries mystères audacieuses, qui se sont répandues à partir des 90s (comme Les 4400 ou Lost). À l’époque (1990-91), le genre est encore mal perçu, surtout en-dehors des États-Unis. Les séries se ressemblent, respectent des formats comparables et apparaissent comme de stricts divertissements, sans ambition et souvent sans originalité particulière. Mark Frost et David Lynch créent alors ce monde en vase-clos, plongeant les spectateurs dans une ville rurale de l’état de Washington, au bord du Canada, de la nature et des sentiments et passions les plus dangereuses.

Le programme est alors ouvertement marginal, à l’écart des conventions, quitte à inventer des scories ou à paraître parfois surfait aujourd’hui. Celui qui est venu au monde dix ans après Twin Peaks sera déconcerté par ce qu’il assimilera, à juste titre, à un OVNI planté quelque part entre des Feux de l’Amour transgressifs et un Breaking Bad excentrique. Le spectacle peut être difficile à suivre, car il est ultra-émotionnel et radical dans ses ruptures de ton.

Par exemple, les auteurs rendent les drames grotesques… et n’ôtent rien de leur caractère tragique et bouleversant, c’est tout le contraire ! De ces combinaisons étranges et puissantes naît un charme magique et pittoresque. Un contact intense se noue avec le spectateur (qui peut s’en trouver dégoûté, c’est entendu).

Ce qui rend Twin Peaks si fascinant, c’est sa manière de fusionner le naturalisme intrusif et les affects humains les plus nuancés dans un grand tourbillon abstrait, tout en étant le théâtre du trivial. Comme le confie Donna (Lara Flynn Boyle), c’est « le plus beau des rêves et le plus horrible des cauchemars en même temps ».

La série se donne aussi comme un chantier d’expérimentations, à l’instar de ces effets clownesques et bizarres, ces ralentis et déformations de voix. Elle multiplie les gimmicks (la femme à la bûche et ses intros – héritée des débuts de Lynch cinéaste) en les reliant habilement, crée des espaces à part entière se promettant (et finalement se délivrant) comme des matrices, la chambre aux rideaux rouges étant évidemment le grand totem mystique de tout ce labyrinthe.

Avant, ces incursions vers le thriller n’existait pas dans les productions à des destination du petit écran ; avec les séries fantastiques comme La Quatrième Dimension (qui pourrait toutefois être justement l’exception), il s’agissait de sonder ses dilemmes et ses angoisses ou aspirations universelles ; mais briser la glace, à la façon du grand puceau de Blue Velvet découvrant l’horreur et le vertige de l’essence humaine, de sa nature en action ; sans égards pour les considérations existentielles, directement dans l’organique et le monde instinctif des personnages, voilà qui était nouveau et fait toujours la puissance de Twin Peaks.

Le spectacle se poursuit avec un prequelle, le film Fire Walk With Me, le plus fou et furieux de David Lynch.

 

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Épisode pilote

À l’instar d’une autre célèbre série de l’époque (Columbo), Twin Peaks s’ouvre sur un épisode pilote de 1h30. Tout le charme de la saison 1 y est déjà, ainsi que cette aptitude à nous faire passer par tous les (pres)sentiments.

Saison 1

Le cœur de la série, finalement : c’est la saison 1. Le mythe se résume presque à elle et ses sept épisodes, tandis que la dizaine de suivants sert plus de bonus aléatoires. Tous les grands sujets et caractères ; toutes les fondations et le mystère le plus épais sont ici. Si possible, à voir d’affilée pour une nuit (ou une journée) blanche.

C’est déchirant et absurde d’une seconde à l’autre, sans jamais se trahir, toujours en suivant un écoulement limpide. Déjà dans cette première saison se diffuse un humour décalé (comme l’est chaque aspect de la série, au demeurant), tandis que pour compléter en arrière-plan, on installe des personnages secondaires ridicules, par un caractère fade, faible ou histrionique, traités avec un subtil mélange de compassion et de sarcasmes.

Saison 2

La saison 2 compte 22 épisodes. Elle est incroyablement inégale et justement, c’est en tous points un tour de montagnes russes.

Dès les premiers épisodes, nous savons que désormais ce sera une série à tiroirs. Les grands mystères ont été exposés, une foule d’autres est à découvrir maintenant, au-delà de la grande enquête autour de Laura Palmer. La satisfaction, c’est que la tension s’accroît considérablement autour de quelques gros pôles, comme la maison de plaisirs, tandis que certains personnages se révèlent de manière inattendue. Le problème, c’est qu’il manque parfois un fil conducteur.

Après deux épisodes inauguraux un peu laborieux (des initiatives improbables, celle du confesseur par exemple), la fièvre reprend. Elle culmine entre le 4e et le 8e épisode, avec une réapparition de Bob aussi enchanteresse que démoniaque. Ce temps est peut-être le plus bouleversant de toute la série.

Puis à partir du 10e épisode, l’essentiel étant passé ; la série se répand en anecdotes, poursuit sur les affaires secondaires ; les petites excentricités surréalistes, proches du cartoon pour enfants, se multiplient ; des intrigues parallèles un peu trop méchamment soap occupent la place (certaines sont séduisantes, notamment ce qui concerne Audrey Horne).

La série suit alors un rythme presque pépère, émaillée d’étrangetés caractéristiques, sacrifiant ses dernières cartouches sans susciter de tension sur le long-terme. Quelques surprises d’un onirisme saugrenu, comme Window Hearl.

Les creux de la saison 2 confinent parfois à de vraies dépressions. Mais il n’y en a finalement pas tant que de prouesses, de folies ; en fin de saisons, des dialogues profonds s’engagent (McLahlan avec la nouvelle serveuse), les idylles totales se dessinent (des rencontres spirituelles), puis surtout les affaires reprennent : nouveaux mystères, nouvelles enquêtes. La poignée de derniers épisodes est un impressionnant pic qualitatif, particulièrement aventurière et allant au terme des possibilités, avec une dernière balade interminable.

 

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SILICON VALLEY – SAISON 1 ***

6 Sep

4sur5  Silicon Valley est une série comique de la chaîne américaine HBO, créée par Mike Judge, à l’origine de Beavis et Butt-Head, série-culte des années 1990. Il a aussi lancé plus récemment King of the Hill. Elle raconte les aventures de six colocataires d’une vingtaine d’années, programmeurs plutôt géniaux tentant de s’imposer dans la Silycon Valley. Parmi eux, Richard crée un algorithme innovant qui attirera des groupes importants. La série démarre là-dessus.

Les critiques à son sujet font souvent le parallèle avec The Big Bang Theory, miroir de geek homologué. Silycon Valley est beaucoup plus franc et adulte que cette dernière, où les rapports avec le sexe opposé, la famille ou ce genre de turpitudes occupent beaucoup l’espace. De même, les personnages ne sont pas si hystériques : ils se contentent d’être des caricatures, des caricatures au langage geek plutôt que des quintessences de geek. Le meilleur protagoniste est naturellement Elrich (T.J.Miller) l’irlandais, un Cartman mature (South Park).

Le dynamisme de cette première vient surtout du décalage entre le talent, voir le génie donc, de cette équipe et leur position dans le milieu. Une des trouvailles de Richard lui est dépossédée, les menaces sont omniprésentes. C’est un univers rempli d’opportunités mais injuste, où il y a seulement deux moyens d’exister : détenir le pouvoir ou avoir une nouvelle idée, qu’on soit apte à protéger et à commercialiser. C’est tout le problème de cette équipe, où seul le très agité Elrich est capable de défendre un produit, quitte d’ailleurs à s’en attribuer les mérites.

Silicon Valley moque, sans aigreur, juste par l’absurde et la caricature, cet univers élitiste aussi bien au niveau intellectuel, technologique, que sur le plan financier. Les premiers épisodes laissent une petite place à des leaders de puissantes corporations, dont le bouffon Gavin Belson (Matt Ross, éternel connard), avec son conseiller spirituel et ses actions caritatives. Il montre la plupart des acteurs de cette course, y compris ces anonymes grandiloquents (dont font partie Erich et d’autres) brandissant tous leurs applications aberrantes ou les parts qu’ils en détiennent.

Les dialogues sont généralement excellents, le ton très catégorique, ce n’est pas visionnaire mais malin et c’est l’une des séries les plus drôles depuis Breaking Bad et 30 rock. Vous en avez pour à peine 4 heures et la saison 2 devrait arriver en avril 2015.

Note globale 72

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