Tag Archives: reboot

LE ROI LION ***

20 Juil

4sur5 Cette version ‘live’ tient ses promesses, en premier lieu celle d’un visuel sublime. C’est bien une sorte de reboot plutôt qu’une actualisation ; le souci de correction et de ne fâcher personne ne renvoie pas spécialement à aujourd’hui. Certains points forts ont tout de même été ripolinés voire évacués : les êtres et les relations sont désexualisés, la relation entre Nala et Simba y perd. Les féministes apprécieront peut-être qu’elle se montre sarcastique (sans connotation d’aigreur) et batte trois fois son inlassable ami-amant ; elles pourront aussi relever la chef des hyènes, distinctement au-dessus des autres, posée et intelligente, l’allure souffrante et profonde, quand Shenzi n°1 était davantage pleutre, geignarde et roublarde.

Il n’y a qu’un seul sacrifice sévère mais c’est un des plus énormes imaginables : Soyez prêts est réglé en une minute de basse intensité. Il faut reconnaître que la danse, l’ambiance dionysiaque lugubre et le défilé auraient été compliqués à intégrer dans un contexte hyperréaliste (comme la descente dans les épines, sûrement une source de sensations trop agressive). Tout est moins théâtral et les envolées cartoonesques ne sont plus au rendez-vous ; les scènes poignantes le sont encore mais aucun moment ne se détache absolument (peut-être la course dans les adventices). En contrepartie Le roi lion sert des fantaisies crédibles (évidemment pas vraisemblables), des figurants ravissants et se permet quelques séquences de doc naturaliste enjoué (la souris menant à Scar) ou péripéties silencieuses façon Minuscule (la touffe de Simba témoin d’une destinée moins mystique). Même la VF (où Jean Reno paraît sur le point de mourir plutôt que d’éduquer et où reprendre Semoun aurait été aussi bien) ne saurait gâcher les instants de ravissements ou de contemplation (pas tous délicats puisque certains auraient leur place dans Rage ou Mad Max).

C’est dans le son qu’on trouve les points faibles, voire les fautes empêchant la séance d’être parfaitement magique – un moment d’évasion ou d’abrutissement heureux accompli. Toutefois si le chant explosif de l’ouverture ne vous gâche pas le plaisir, les deux heures devraient se passer sans gêne. Les ajouts conséquents sont rares mais du plus bel effet : les lionnes sous le règne de Scar avec ses servantes en patrouilles permanentes, toute la faune amicale incarnant la philosophie du Hakuna Matata dans une sorte de paradis mi-hippie mi-individualiste acharné. Ces deux bouts du film ouvrent à des univers déjà présents en 1994 mais de manière synthétique et toujours centrée sur la poignée de protagonistes clés ; aujourd’hui ils sont superficiellement étoffés (le retour compulsif à la résistance passive du conseil des lionnes peut frustrer, même si Sarabi rationalise efficacement avec son sens du devoir ; l’égoïsme revendiqué des nihilistes contredit leur facilité à partager). Disney comme le reste a tendance à se reposer sur des marques établies, alors on peut craindre ou rêver des prolongations dans cet eden libertaire.

Rétrospectivement les ellipses étaient nombreuses dans l’original, alors qu’ici on s’étend copieusement. L’exemple relativement malheureux est le retour de Nala et Simba, occasion de servir un dégueulis girly égalant le pire de La reine des neiges (auquel au doit sa notoriété). Certains cas ou personnages semblent négligés (les déçus a-priori diront placés par obligation) puis réintègrent le cycle avec force : c’est le cas de Rafiki (chaman génial et farceur devenu une figure paternelle décontractée). Les hyènes et leur environnement sont bien plus sinistres. Seul l’humour très appuyé autour du débile de la bande (davantage un dépendant pathétique qu’un attardé achevé) adoucit le trait. L’humour est justement le second témoin ou réceptacle des limites du film, après la musique : il n’est pas spécialement balourd mais donne quand même dans un second degré plombant à l’occasion. Lors des logorrhées de Zazou on perd en charme sans y gagner en drôlerie ; celles de Timon et Pumbaa sont convaincantes (Ivanov était un choix excellent pour réformer Pumbaa). Une fois que la glace a été trop vite brisée ils poussent la décontraction assez loin pour ne pas inspirer de regrets (cela implique malheureusement une démonstration bruyante qu’un Norbit lui, par sa vocation, n’avait pas le droit d’éviter).

Enfin le sous-texte politique est plus explicite et brouillé : la philosophie des doux anars est précisée et son illustration attractive, les marginaux sont devenus carrément écœurants mais ils sont plus blessés que ridicules, on entend leur amertume autant que leur envie. Ils sont mal-nés certes et pas moins irrécupérables – et d’aspect ingrat (Scar décharné, affublé d’une piteuse crinière). Leur détresse a le tort de les avoir endurcis plutôt qu’invités à l’acceptation du bel ordre du royaume (la résilience ne fait pas partie des concepts envisagés). Sur ce plan Le roi lion n’est pas plus conservateur qu’il y a 25 ans, il a simplement perdu de son sens mystique (dans les processus comme dans les symboles) ; il est davantage ‘bourgeois matérialiste et réactionnaire’ (d’où cette moindre aisance lors de l’apparition du spectre bienveillant). Car le problème désormais est autant économique que dynastique. Comme autrefois Scar fait des promesses d’abondance et parasite son propre domaine – lui et sa horde sont des chasseurs irresponsables dignes de Cersei dans GOT. Leur manque de conscience et de culture commerciale doublé de leur avidité les poussent à croire qu’il n’y a qu’à se servir, dans un lieu de paradis où les denrées sont inépuisables – mais seraient confisquées arbitrairement. Quoiqu’il en soit cette seconde mouture ne fera pas de l’ombre à l’original concernant les dialogues et chansons cultes ; même des enfants enclins à fuir une animation dépassée devraient trouver les anciens plus percutants.

Note globale 72

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Suggestions… Alice au pays des merveilles/Burton + Un amour de coccinelle

Les+

  • visuellement et techniquement brillant
  • une foule de figurants adorables
  • effort de vraisemblance pour les déplacements des animaux
  • des ambiances sévères et tristes
  • plus grande possibilité d’expression et plus d’humanité pour les méchants
  • pas trop guilleret ou niaiseux
  • le nouveau Pumbaa et sa VF

Les-

  • son, musiques
  • des détails bâclés ou éludés
  • les phrases cultes coulent avec le reste
  • des demi-copies pas du meilleur effet (comme l’amour sans étoiles)

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LES VISITEURS EN AMÉRIQUE **

25 Jan

2sur5  Souvent exclu de la saga alors même que la première suite est déjà très contestée, Les Visiteurs en Amérique s’est attiré les foudres du public. Les spectateurs français l’ont inscrit au top250 des plus mauvais films de tous les temps sur Allocine et le film a une réputation exécrable.

Ce troisième opus est un remake à l’usage des Américains, attirés par le phénomène mais rebutés par certains excès. Jean-Marie Poiré est toujours aux commandes, avec le même duo Clavier/Reno. Tout le reste est réformé. Il en résulte des Visiteurs dévitalisés, mais tout de même une petite comédie US potable à vocation de consommation rapide – c’est la faiblesse des ambitions qui a dérangé : ici on ne vise pas le culte, mais le plaisir, ou à défaut  »l’impact », immédiat.

La conversion américaine exigeait un ripolinage à tous les étages. On pourra arguer que la marque gagne un surplus d’élégance, ce qui reste à démontrer. Si les effets spéciaux peuvent s’avérer originaux (le dragon et surtout la transformation), ils sont généralement très laids (le mage dans son hôtel). Quand aux séquences prenant place au Moyen-Age, elles ressemblent aux suites de Shrek. On perd toute la vigueur de l’esprit originel. Même si tout n’est pas à jeter, en comparaison de la base fournie, c’est un gâchis qui a été conçu pour pénétrer le marché US. Deux possibilités dès lors : si on a pas vus les premiers opus, on ne perçoit que l’aspect surfait ; et si on les a vus : c’est pareil. En effet, tout est trop précipité et schématique. Les grands repères de l’action et les interactions importantes sont peu crédibles, l’assimilation s’opère maladroitement.

Conformément à la logique, le film est moins franchouillard ; mais surtout, moins gras. Ce n’est que potache poli. Conséquence perverse mais inévitable : on est presque désolé de la petitesse de l’humour par endroits, de ce mélange de banalité, de puérilité et finalement, malgré tout, de vulgarité théâtrale. Que les américains s’offusquent de l’humour frenchie pour se gausser de vannes pour enfants de ce style (avec toujours les blacks trop  »fun ») a joué en la défaveur du film.

A l’arrivée, Les Visiteurs III pêche par son épanchement dans une espèce de beaufitude festive libératrice, avec le shopping par André le Patté comme point culminant (adhésion réussie à ce monde de consommation, là où les Visiteurs II ridiculisaient cette rencontre). Les habituels clichés des névrosés libéraux sont partout : en lieu et place de la bourgeoisie gouailleuse, c’est une femme fragile qui campe la descendante, un « petit chaton » stéréotypé et un peu triste. Une petite princesse pure et timide, dévouée. Son conjoint est affiché comme l’arriviste odieux par excellence ; à travers lui, on retrouve cette même notion d’imposture de la part des roturiers s’investissant sur des terrains qui ne les ont pas attendus. Le découpage hiérarchique naturel est bien établi et le guindé cynique de la bande a finalement les mêmes goûts qu’un gueux explicite comme Jacquouille ; par ailleurs, trop gourmand et égoïste, il ne respecte rien et dilapide le patrimoine de son épouse pour le simple gain. De même, le coup de la jolie prolétaire (remplaçant Ginette Sarclay) tombant dingue d’un Jacquouille relativement hideux et pas tellement propre sur lui est difficile à avaler, à moins d’avoir abusé de comédies de Noël.

Les Visiteurs 3 ne mérite pas les foudres qu’il a subies. On se délecte de quelques scènes généreuses, comme celle du restaurant et explorer ce nouveau terrain de jeu reste alléchant. Si les ajouts de gadgets  »fun » comme l’enchanteur anachronique et rock’n’roll laissent à désirer, certains gags dépendants du seul contexte de ces Visiteurs 3 (celui d’une mégalopole comme Chicago) sont réussis. La confrontation de Godefroy, le preux chevalier à la ville contemporaine (« connais-tu un enchanteur » aux passants) est intéressante ; dommage cependant que le film n’explore pas davantage la mélancolie qu’il ressent, le déracinement qu’il évoque et même, le dégoût que lui inspire ce monde-là.

Note globale 49

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VENDREDI 13 (2009) **

31 Oct

vendredi 13 2009

2sur5  Les Vendredi 13 n’ont pas laissé de films ou même de séquences honorables, mais lèguent à la postérité un boogeyman culte : Jason, le tueur au masque de hockey. Après Halloween et son Michael Myers, c’est à ces piteux films que le slasher doit sa définition. Contrairement à son modèle Michael Myers, Jason dispose d’une histoire et donc d’une mythologie faiblement étendues. Il lui a fallut trois opus pour prendre forme et il n’est même pas présent dans celui de Cunningham qui ouvre la saga. Les Vendredi 13 se distinguent positivement d’Halloween par le contexte des meurtres, une campagne reculée où ce brave Jason Verhoees mutique et au faciès toujours plus proche des Ghoulies au fil des épisodes massacre de façon propre et nette des adolescents dévergondés.

Presque trente ans après la popularisation du slasher, ce nouveau Vendredi 13 remet de l’ordre dans ce sous-genre de l’Horreur particulièrement dévoyé. Les trois célèbres sagas dans le domaine (Freddy, Halloween et Vendredi 13) se sont éternisées et Vendredi 13 remporte la palme avec ses douze opus, ce remake inclus. Record absolu de l’horreur, en tout cas à une échelle visible en Occident ; record aussi en terme de médiocrité, Vendredi 13 incarnant un genre dans toute sa dégénérescence et son opus originel étant le ‘classique’ le plus honteux de l’histoire de l’Horreur.

Produit notamment par Michael Bay, ce douzième Vendredi 13 est le meilleur opus de la série ; rafler ce titre était facile, il suffisait de faire mieux que Jason le mort-vivant (la meilleure suite voir le meilleur Vendredi 13 pour la majorité) ou Un nouveau défi (cinquième opus assez controversé au ton très différent). Il faut donc préciser que ce film est bon en lui-même : c’est un slasher puriste, d’un très grand sérieux dans l’exécution, traitant ses personnages avec un second degré calculé, presque subtil dans le domaine. Jason apparaît plus sportif et expansif physiquement, il n’est plus cette simple armoire mutique, cette masse ultra-placide ; il est également intelligent dans ses manières de fonctionner et plein de ressources, puisqu’il sait tirer à l’arc avec adresse.

Cette version moderne emploie une franche dose d’humour direct [au sein des intrigues elles-mêmes], totalement absente autrefois, ou alors très lointaine et plus nanar que potache. La dimension parodique de Jason à Manhattan (8) ou dans l’Espace (10) aura pu amuser par son idiotie intrinsèque et quasi militante, mais ici Marcus Nispel est aux commandes et il sait manipuler les codes du slasher sans se dérober. Les studios ont manifestement été sensibles à son remake de Massacre à la tronçonneuse, produit décevant et semi-échec artistique mais qui a su donner un semblant de fraîcheur à la saga et la relancer pour quelques rounds.

Finalement, cette version 2009 a beau poser le pitsch de façon très sommaire et brutale au début avec la mère de Jason, il ne s’agit plus vraiment d’un Vendredi 13, ou alors c’est une réinvention. L’indépendance est telle qu’il faut parler de reboot plutôt que de remake ; et là encore, préciser que le reboot concerne la saga (avec de possibles références expéditives aux trois voir quatre premiers opus, mais aucun appui véritable sur eux) et non l’opus originel. Après les onze premiers opus, celui-là arrive comme un réconfort ; sinon, le néophyte (qui n’y perd rien) pourra apprécier ce slasher classiciste, dans ses recettes et l’application des codes, donc en rupture avec les gaudrioles du néo-slasher. Le scénario bourrin des auteurs de Freddy contre Jason est relayé par la mise en scène et la photo remarquables propres aux travaux de Nispel. Remarquables mais souvent sans âme, d’ailleurs le slasher bucolique ne trouve pas encore d’emblème américain, ce que Nispel aurait été en mesure d’approcher compte tenu de son joli Pathfinder.

Note globale 53

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Suggestions… Détour mortel

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FREDDY & SES SUITES, L’INTÉGRALE DES GRIFFES DE LA NUIT

1 Sep

Cet article évoque l’intégralité de la saga Freddy/Les Griffes de la Nuit, opus par opus : comme pour les Guinea Pig, Massacre à la tronçonneuse et Saw.

 

Les chroniques des quatre premiers opus et du remake ont déjà été diffusés sur un ancien blog il y a cinq ans (2009), les autres rédigés dans la foulée. Quelques textes ont subis des coupes ou des ajouts, certains presque aucun (le 5). Deux cas se distinguent : Freddy 7 (mon préféré), puisque l’article a été écrit pour les besoins de ce grand bilan ; et le 2, car j’ai profondément changé de regard sur lui.

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Si vous voulez d’autres rafales sur les diverses sagas existantes, consultez le tag « Sagas Intégrales ». Plus spécifiquement : Halloween, Vendredi 13, Hellraiser. En-dehors de l’Horreur : Die Hard, Indiana Jones.

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freddy 1

LES GRIFFES DE LA NUIT **

2sur5   En 1984, Wes Craven offre au cinéma d’horreur une nouvelle figure culte, caution à des suites guère ambitieuses si ce n’est pour des meurtres et cauchemars tape-à-l’œil. Incarné par un Robert Englund qui se retrouvera ainsi cantonné à celui-ci, le personnage de Freddy Krueger innove alors par son originalité, puisque l’un des premiers [et toujours des plus fameux] boogeyman en série de l’histoire du cinéma est loin du tueur froid et sans nom auquel le public a l’habitude de se trouver confronter.

En effet, Freddy Krueger est un croque-mitaine qui n’intervient que dans les rêves de ses victimes, d’ou l’atmosphère paranoïaque que dégagent ces Griffes de la Nuit. Le film demeure -chose rare- potentiellement impressionnant ou effrayant un quart de siècle après sa sortie. Wes Craven mixe fantastique et horreur pure [ces Griffes de la Nuit sont outrageusement violentes, ce qui ne sera pas tant le cas de sa flopée de successeurs] et invoquant une peur universelle puisque liée aux cauchemars d’enfance -et surtout à leur anticipation.

Aussi, la lutte contre Freddy apparaît impossible ; l’insomnie est la seule solution pour échapper à ce tueur tout-puissant à l’allure particulièrement terrifiante. Chaussé de son éternel chapeau, vêtu de son incontournable pull à rayures rouges et vertes [le choix de Craven aurait été guidé par le fait qu’il s’agit des couleurs réputées comme les plus agressives] et armé de ses gants et lames démesurées, Freddy arbore un visage brûlé, inhumain, rendant sa présence d’autant plus dérangeante. Indestructible, il va même jusqu’à s’auto-mutiler devant ses proies afin d’accroître leur effroi.

Car c’est la peur qui sert d’abord le bourreau. Wes Craven nourrit son personnage d’obsessions personnelles ; cauchemars infantiles, peur du noir et de l’abandon, le réalisateur traitant, au-delà de la peur de s’endormir, de celle du passage à l’âge adulte. Adultes demeurant ici en-dehors, ne croient et ne pourraient croire à ces histoires que vivent leurs enfants. Or, c’est à cause de leurs méfaits du passé (et dans une moindre mesure grâce à leur négligence d’aujourd’hui) que ces derniers subissent aujourd’hui Freddy. Cet héritage sera évoqué dans quelques suites et notamment le troisième opus, reconnu de façon générale comme l’une sinon la meilleure suite [c’est oublier toutefois la réussite de Freddy 7, avec Craven de nouveau aux commandes, une très maline entreprise de démystification].

Pourtant le film peut laisser sur une impression mitigée, malgré ses qualités, sa proposition initiale et son principe de fond. Les scènes de cauchemars constituent évidemment les meilleurs passages ; ces scènes tendent à être superbes, elles le sont dans la première moitié du film, mais cela ne dure pas et dans la seconde moitié, elle se raréfient. Du reste, les dialogues sont limites et surtout le rythme est extrêmement bizarre, le film suivant une ligne droite avec quelques soubresauts (les visions et/ou meurtres). L’écriture du film est ainsi très contrastée, tout comme le rapport de Craven aux archétypes las du slasher (implantés depuis déjà 5 ans avec Halloween et Vendredi 13) : les personnages sont en phase avec la réalité et capables de parler aux adolescents (divorce, situations familiales particulières, etc).

Mais en dépit de cette sensibilité, Craven se tient à proximité des impératifs du genre, comme s’il redoutait d’allez au bout de son univers. Il n’est pas étonnant qu’il soit plus performant dans Freddy VII et se soit illustré avec les Scream, exercices de style éblouissants et fonctionnels tout en lorgnant vers la farce ‘réflexive’. La bizarrerie du rythme est peut-être la résultante de ce même élan de pudeur voir de résignation quand à son inspiration. Cela abouti en tout cas au très bancal piège dans la maison, puis à final abrupt où le cas du monstre est réglé pour de faux. Les Griffes de la Nuit laisse le sentiment d’avoir assisté à un work in progress dont nous aurions un résumé rapide et c’est embarrassant Les effets du film s’en trouvent d’ailleurs dilués et ses traits plus profonds (la situation de Marge Thompson) sont contournés, à la limite du zapping opportuniste.

Si le film semble échouer à de multiples niveaux et que son univers peut laisser de marbre, il faut avouer que l’ensemble reste honorable et dépaysant. La BO de Chris Bernstein est très sophistiquée dans le genre, avec une atmosphère de révélation limite surnaturelle. Bien qu’aillant un peu vieilli, Freddy sait toujours effrayer, pourra étonner (à défaut d’inquiéter immédiatement) y compris par son degré de sanguinolent [le premier meurtre (Tina) en particulier – inspiré de L’Exorciste?], diverti largement plus que le premier opus d’Amityville et est d’un tout autre niveau que celui minable de la saga Vendredi 13. Objet sympathique et frustrant, Les Griffes de la Nuit apparaît comme une sorte de semi-échec ou de semi-réussite.

Jamais complètement convaincant, Fred Krueger sera en tout cas très rentable pour la New Line, cette maison de production étant boosté par le film de Craven et la saga en découlant. Elle rachètera Vendredi 13 à la fin des années 1980 et organisera un cross-over entre Freddy et Jason, les tueurs des ces sagas de slashers de référence (partageant leur domination avec une troisième, la meilleure : Halloween). Les groupies de Johnny Depp doivent également voir ce film puisque leur idole y jouait son premier rôle au cinéma, léguant à la postérité une mort blobesque ; il fera un cameo dans L’ultime cauchemar, cinquième suite des Griffes.

Note globale 53

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FREDDY II : LA REVANCHE DE FREDDY **

3sur5  Après un premier épisode discrètement comique, les nombreuses séquels des Griffes de la Nuit [cinq comprises ici, de Freddy II à VI] vogueront vers le grand-guignol et un humour prosaïque, optant même pour la pochade vulgaire dès le 3e opus. Il faudra attendre le Freddy 7 de Wes Craven pour un retour en grâce net et global, opus portant un regard critique sur la saga et s’illustrant par sa rigueur et sa prise de distance. D’ici là, Jack Sholder prend en charge cette première suite avant de signer son Hidden, puis une flopée de nanars et de purs divertissements bis.

Le Krueger bouffon de l’horreur devra cependant attendre l’opus de Chuck Russell (le 3e), le très mal nommé Freddy’s revenge entrant en dissonance. Freddy 2 est un slasher complet et Krueger est de la partie comme toujours, mais il frôle le hors-série. Toute la dynamique rêves/réalité est mise de côté, voir éjectée si ce n’est dans l’exposition et le final. Freddy atterrit dans la réalité, s’invite dans une fête et s’avère omnipotent. La Revanche trahit donc complètement les principes posés par le premier opus et s’intéresse à la détresse psychologique du héros, nouvel occupant de la maison des Thompson à Elm Street. Harcelé par Freddy le voulant comme partenaire et l’utilisant comme son bras droit pour tuer, Jesse (Mark Patton) se demande s’il sombre dans la folie.

Le film n’est pas effrayant au sens habituel du film d’horreur, mais il est parcouru par une tension lié à son imagerie crypto-gay et à la perversion disséminée par Freddy. Celui-ci est plus qu’un simple boogeyman (et contrairement à Jason ou Michael Myers, il n’est pas mutique) : c’est un monstre sadien. Quand à la trajectoire de Jesse, elle devient la métaphore d’un coming-out inassumé virant à la psychose. L’ambiance et les sous-entendus homo-érotiques sont constants, avec Graddy, la demande de protection à un meilleur ami loin des regards. Pourtant jamais la notion d’homosexualité n’est évoquée explicitement ni n’existe dans les échanges ou même le conscient des personnages ; il n’y a qu’une évocation, à la sauvette, concernant le vicieux prof de sport auquel Freddy réserve une mort à la limite du BDSM. Le résultat est très inquiétant et donne un vrai drame, en terrain étranger ; le 5 aussi tentera une approche plus sensible avec Alice et son enfant. D’ailleurs on note que passée cette expérience, les producteurs manifestement dans l’embarras ne confieront plus jamais la franchise à un héros masculin.

Si le Freddy troupier n’est pas encore pour cet opus, ce Freddy 2 n’est pas toujours du meilleur goût et tutoie régulièrement le nanar. Il y a de petits côtés ridicules incontrôlés parfois et surtout cette scène ahurissante de la perruche, passage hallucinant digne d’une place d’honneur dans la galaxie Nanarland. Des inspirations en décalage (comme des aperçus d’un autre film) se ressentent, donnant un charme au film sans trop avancer son intrigue, en évoquant Society ou Le Dentiste. Le rêve lié au bus est un trip enfantin très décevant, digne des pitreries au surréalisme niaiseux de Freddy 6 (le pire opus de la saga). Les opus 3 et 4 seront bien plus expansifs niveau morceaux bravoure, alors que l’heure n’est pas encore au cumul d’exploits. En revanche, lorsqu’elle est présente, la violence graphique est extrême et assez grave, ce qui tend à aligner Freddy 2 sur son prédécesseur et les isoler du gore pop-corn rayonnant sans partage par la suite.

Note globale 60

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Note arrondie de 59 à 60 suite à la mise à jour générale des notes.

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FREDDY III : LES GRIFFES DU CAUCHEMAR **

3sur5  Après un second opus faisant guise de parenthèse, Freddy III est la première vraie suite des Griffes de la Nuit. Revenant à l’avant-scène, Freddy enfile pour la première fois son costume burlesque et ose les punchline bouffonnes. Ce Nightmare On Elm Street 3 est donc responsable du tournant grand-guignol de la saga et donc de son identité générale, pour le meilleur et pour le pire. Le meilleur c’est justement cet opus réalisé par Chuck Russell [auteur du ferveur et fabuleusement con Blob sorti un an après], d’une grande inventivité, avec même une certaine grâce, comme lorsque Freddy s’incarne dans un pantin pour s’inviter dans l’espace d’un rêve. Le pire, c’est ce dédain pour l’horreur véritable au profit de spectacles proposant d’autres genres de sensations fortes aux adolescents venant pour un train-fantôme. Le pire c’est donc surtout les opus 4, 5 et 6, tous redevables à cette troisième mouture et tous des déclinaisons inférieures.

Sans les maladresses ni la foi aveugle en ses excès tape-à-l’oeil du premier opus, Freddy 3 respecte assez scrupuleusement les avatars de sa mythologie tout en boostant son langage. Avec le très moyen sixième volet qui tentera de mettre un terme à la saga, Freddy 3 est celui qui cherche le plus à amplifier l’univers du croquemitaine et à en explorer de nouveaux horizons. Plus axé sur le fantastique que l’horreur pure, le film permet à ses adolescents d’exploiter leurs rêves, leur permettant d’y déambuler afin de pouvoir mettre fin à Freddy et de facto à leurs cauchemars. Ce dernier devient un véritable showman, soignant ses entrées, raffinant ses agressions et surtout les personnalisant [qu’une fillette se repose sur une figure paternelle rassurante et il se révèle ; en ce sens, Freddy 3 est la seule suite à tutoyer les thématiques du film de Craven]. Le sadisme de Krueger est subtil et son personnage a une épaisseur que Jason Vorhees comme Myers n’ont pas. Il est bien trop dissipé et criard pour concurrencer Pinhead de Hellraiser, mais son charisme est supérieur au boogeyman standard. Freddy gagne également en épaisseur en tant qu’individu puisqu’on apprend sa genèse et l’existence d’Amanda Krueger.

L’emprunte de Wes Craven s’impose en toile de fond mais de nombreux choix divergents s’y ajoutent ; ne jetant pas l’éponge comme il le fit sur Freddy 2, il laisse aux producteurs de la saga un scénario largement réécrit par le tandem pour le moins improbable Russell/Darabont. Si sa créature lui semble définitivement dépossédée, ses pérégrinations trouveront ici leur point d’orgue, avant la décrépitude dans des proportions raisonnables (le crash total des Vendredi 13 est loin). Le film a vieilli mais sa désuétude plutôt que de l’handicaper lui confère aujourd’hui une touche vintage qui lui sied bien, au contraire du 4 bien trop dans la farce has-been. Mariant le spectaculaire, l’horrifique et le grand-guignol avec une efficacité indéniable, l’ensemble tend parfois au délire carnavalesque, graphique [à partir de rêves d’ados complètement décérébrés, le film est bien plus sombre et extravagant visuellement] comme scénaristique, mais avec toujours une main de fer pour canaliser ce goût pleinement assumé pour l’absurde afin que les déviances « fun » ne basculent pas dans un ridicule involontaire prenant le pas sur le grotesque gratuit.

Le compromis entre un récit suffisamment consistant et une dose polie d’hystérie bis, la légèreté du ton et le volontarisme dans l’outrance, permet la réussite de cette entreprise honnête et régressive, aux ambitions récréatives menées à leur terme. Cette effusion de gadgets, de gore et d’ironie donne curieusement force à un mythe, l’enrichit en tirant vers le haut son potentiel grandiloquent. En même temps Freddy III s’affirme en réel film d’épouvante, même inefficace ou rigolard, car il a la dimension exploratrice nécessaire aux exigences de ce registre. Cet équilibre se reflète dans le traitement des personnages, souvent considérés avec dérision : répliques à la bêtise ironique ; malades qu’on nous invite à davantage prendre pour des imbéciles que pour des sommes d’angoisse ; pittoresque scène de la journaliste TV ; lycéenne se rêvant punk et rebelle jusqu’au bout des ongles, etc. Simultanément, c’est avec une empathie sincère, étouffée sous la couche de bouffonneries, qu’il jette son dévolu sur d’authentiques peurs ou préoccupations adolescentes, la tentation du suicide en tête.

Note globale 60

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FREDDY IV : LE CAUCHEMAR DE FREDDY *

2sur5  Démonstration du tournant définitivement ce Freddy vers le statut de vache à laid grand-guignol [ce sera le gros succès de la saga], cette quatrième mouture se distingue par sa cynique nullitude et ses frustes manières de film MTV. Avec The Dream Master, Freddy devient un gros beauf et la mascotte d’un train fantôme. Ridicule mais divertissant, Le cauchemar de Freddy tient du clip pop-rock à rallonge et n’a plus beaucoup à voir avec un film d’épouvante. On sent les années 1990 arriver au travers de cette intrigue et ce traitement superficiels et glam-trash, anticipant les Souviens-toi l’été dernier ou Dangereuse alliance. L’ensemble est d’une profonde stupidité dès le départ et c’est le premier opus assumant à ce point la bullshit générale ; il restera indépassable, même le 6 (plus minable que crétin festif) ne pouvant concurrencer. La bêtise cohabite avec la flamboyance et cet opus est à sa façon le plus lumineux, en tout cas celui brillant par ses effets spéciaux.

L’histoire se concentre sur une victime en particulier ; cette fois, l’héroïne est introvertie et relativement timide, mais pas seule au monde. Alice rêve de briser la glace et envoyer tout [le monde] valser, ou de s’affirmer et entrer dans la compétition sexuelle, mais ne le fait pas, évidemment. Mais lorsque démarre sa lutte contre Freddy, alors elle sort d’elle-même et entre dans une phase ultime de rebellitude. A l’image de ses camarades, la jeune Lisa Wilcox est une interprète honorable, mais est bien la seule à infuser une habile dose de second degré à sa personnage [notamment lors de sa  »métamorphose »].

Produit d’une grande vulgarité (le chien pisseur du feu), le film de Renny Harlin (l’homme des navets loufoques crâmant leur budget dans l’allégresse – Peur bleue) fait toutefois preuve d’une grande maîtrise technique et son visuel arbore des allures nettement plus contemporaines, même si le goût est tout aussi has been. Beaucoup de choses peuvent être reprochées à Freddy 4 (dont le sabotage du mythe), mais c’est une réussite graphique et son catalogue d’exploits aussi bêtes que spectaculaires fait la différence avec la plupart des autres sequel. Sans afficher le style de Freddy 5, le film s’inscrit décemment dans la lignée du film de Chuck Russell quand à l’imagerie glauque clownesque. À la hauteur de sa mission, Freddy 4 fait preuve d’une certaine inventivité dans les scènes de rêve et de meurtres [la fille aspirée par un grand écran notamment ; ou encore l’exemple, souvent cité, de celle muée en cafard], lesquelles évoquent toujours un certain parfum de contrefaçon et une espèce de surréalisme discount. Les ados se font (inter)venir les uns les autres dans leurs rêves, d’autant plus librement qu’il n’y a pas de narration réfléchie.

Versant dans le teen-movie degré zéro, crétin mais pas forcément plus que la moyenne, la franchise se complaît dans la banalité, mélangeant ses propres poncifs à ceux de tout un genre. L’humour lourdeau tente de se marier à l’horrifique pour offrir un cocktail adroitement calculé aux dehors extravagants, pendant que Freddy et ses victimes se vautrent allègrement dans une beaufitude sans fards – mais une beaufitude bankable, propre. En gentleman appliqué, Freddy se surpasse s’agissant d’y aller de sa petite vanne ; il nous garnit d’un tout bidon « j’aime la nourriture spirituelle » alors qu’il se repaît d’une tête d’olive, et ne passe pas non plus à côté du « bienvenue au pays des merveilles, Alice ». Raté, ce zèle ne lui permettra pas de se classer parmi les incontournables : on peut accepter le contrat (se vider le cerveau devant un show gratiné et totalement creux) et repartir avec quelques anecdotes (la nymphe piégée dans le matelas d’eau), à la fin il faut admettre que le croquemitaine y perd.

En effet celui-ci apparaît comme un faire-valoir de placements produits ; au-delà de Krueger chaussant ses Ray Ban, le spectateur est surtout abreuvé d’un rock piteux ou de rap lisse, de l’easy-listening de boeufs si on préfère. Par décence ou minimum syndical de respect envers les créateurs et notamment LE créateur, Wes Craven [de nouveau sur la fiche technique pour le troisième opus, il a contribué à la réussite de la seule ‘vraie’ sequel un peu plus que potable], les producteurs tuent de nouveau Freddy au terme de sa nouvelle aventure. Mais pour de faux, on le sait.

Note globale 42

Page Allocine & IMDB + Zoga sur SC

Suggestions…

Note arrondie de 41 à 42 suite à la mise à jour générale des notes.

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freddy, l'enfant 5

FREDDY V : L’ENFANT DU CAUCHEMAR **

3sur5  Souvent considéré comme le plus inintéressant de la saga par de nombreux fans, Freddy 5 est pourtant, à un stade ou la saga aura blasé les plus impatients, une très bonne surprise – et un film fantastique assez captivant. Moins primairement « second degré » et grand-guignol [mais nettement plus finement quand il s’agit d’adopter cette posture], l’opus du futur réalisateur de Predator 2 ne se confond pas dans la bouffonnerie : c’est peu de le dire et pour un Freddy, c’est déjà beaucoup, presque un parti-pris impertinent vis-à-vis du caractère général de la saga : les deux opus précédents et le suivant relèvent de la gaudriole unilatérale (quelque soit leur niveau par ailleurs).

Dissipant l’exubérance stérile devenue caution à un nivellement par le bas, L’enfant du Cauchemar adopte un ton franchement solennel concernant les péripéties de son personnage principal, à l’instar du second opus. Réexploitant certains éléments de son prédécesseur [la maison abandonnée et Alice, qui de nouveau se bat contre Freddy dans ses rêves], le film démarre cette fois sur une idée aussi astucieuse qu’abradabrantesque, Freddy se réincarnant dans le bébé qu’Alice doit enfanter. Rompant donc avec la vulgarité et le tape-à-l’oeil mais pas avec certains recours faciles, Freddy 5 se montre plus audacieux, même si ses innovations se concrétisent avec plus ou moins de bonheur (le final n’est pas forcément concluant et laisse sur un goût mitigé). Contrairement à ce qui est admis généralement, le croquemitaine y apparaît moins comme un bouffon, par contre son image est fragilisée. Moins terrifiant, perdant de sa superbe et de sa toute-puissance, le personnage évolue pour se muer en une sorte d’écorché soudain vulnérable.

Toujours aussi grossier, Freddy gagne en épaisseur alors qu’il n’évoluait en rien dans le précédent opus où il vacillait vers la figure du vieil oncle amuseur en chef de galerie familiale. Mais surtout, si son humour [ »noir »] s’étiole, il est plus déchéant, plus résolument trash. Ce vieux bonhomme qui se met au champagne et s’arrache le bras plus hilare que jamais semble résigné à sa propre décadence. Le mouvement est loin de celui ostentatoire de Freddy 7, surtout moins délibéré, mais en s’épurant de ses marques de fabrique, le boogeyman acquiert un nouveau souffle, court mais alternatif. Cette nouvelle déclinaison ne vit que pour masquer sa terreur d’assister à l’épuisement d’une formule avec laquelle elle se débat.

Malheureusement en tentant d’étendre cette chétive mythologie, démultipliant à l’infini les possibilités [Freddy dans ce corps-là, puis dans celui d’un autre, puis dans une voiture, puis plus dans une voiture] comme dans Hidden (réalisateur de Freddy 2!), le film a le défaut de vouloir brasser un peu trop, échouant globalement à réinventer son mobile de fond en comble. Finalement assez lisse malgré son apport conséquent au personnage-fétiche, le scénario est inspiré mais pas toujours parfaitement cohérent ou limpide. Quelques références, non attestées cependant, nourrissent le film : Rosemary’s Baby bien sûr, mais aussi Labyrinthe et ses escaliers, Eraserhead pour les joues de hamster ou Tetsuo pour le premier meurtre.

Lorsque les ambitions lacunaires s’effacent au service du spectaculaire, l’inventivité de Freddy 5 s’affirme pleinement dans sa facette graphique (la BD, les poupées, l’usine). Plus noir et surtout baroque, presque gothique, le film se dote de ce qui manquait à l’effervescent Freddy 4 : une ambiance et un style. L’enfant du Cauchemar inspire bien plus le cauchemardesque [scène du dîner très réussie]. Freddy 5, en bout de course, est un petit film d’horreur de facture plutôt classique mais très bien conçu, dont les parfois réjouissantes qualités plastiques prennent le pas sur la psychologie de personnages pourtant abordés avec un mélange d’empathie et d’ironie plus ambigu encore que dans le film de Chuck Russell. Le fan s’y retrouve donc difficilement, le néophyte peut estimer cet essai hybride comme une bouffée d’oxygène. Pour les simples curieux, c’est peut-être mieux ainsi.

Note globale 58

Page Allocine & IMDB + Zoga sur SC

Suggestions… L’échelle de Jacob + L’armée des 12 singes

A Nightmare On Elm Street – Part 5 : The Dream Child** (5/10)

Notoriété>10.100 sur IMDB (plus faible, nettement) ; 425 sur allociné (2e plus faible, de peu)

Votes public>4.7 sur IMDB (2e moins bon score : légère tendance féminine) ; France : 4.8 (allociné ; 2e plus mauvais ex-aeco avec Freddy 6)

Note arrondie de 57 à 58 suite à la mise à jour générale des notes.

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FREDDY VI : LA FIN DE FREDDY – L’ULTIME CAUCHEMAR *

1sur5   Ecopant d’une lourde perte de vitesse de ses recettes, reçu tièdement par les fans, Freddy 5 amène la société de production New Line à ré-envisager le cas du croquemitaine. Il est clair qu’à ce stade le filon est épuisé, l’ambition a disparue, ainsi que toute fraîcheur ou illusion. Des suites sans inspiration dont l’inventivité concernait surtout les meurtres ou exploits visuels ont dénaturé l’esprit d’un film initial lui-même devenu particulièrement suranné et rétrospectivement révélé dans toute sa redondance, ses lacunes et sa platitude.

La mise à mort définitive de Freddy est ainsi décrétée. Prend place alors le rendez-vous raté avec un final qui serait une fête, révélant les coulisses, invitant à « vivre » le mythe au plus près, pénétrer dans l’intimité de Freddy en levant le voile sur l’essentiel des mystères planant sur une mythologie paresseuse. Donner un passé au croquemitaine était essentiel pour consolider l’initiative et dans les grandes lignes cet Ultime cauchemar réussit à répondre de façon cohérente à la logique de la saga, en faisant vaincre Freddy Krueger par sa propre fille. Loin de toute intensité (quoique l’absurde combat final soit hypnotisant), leurs retrouvailles ficellent adroitement la biographie du monstre ; Les Griffes originelles campaient un propos sur le passage à l’âge adulte et les peurs de l’enfance, un boogeyman arroseur arrosé constituait la plus facile mais aussi la meilleure sortie possible.

Le cheminement vers l’évidence ne se fait pas sans révélations plombantes. Flash-back à l’appui, le scénario met en scène un Freddy « pré-freaks », côté réalité, mais le portrait de ce père de famille aux tares inavouables annihile tout mystère sans contrebalancer par de quelconques nouvelles pistes. Carrément cartoonesque, Freddy tente de faire peur à nouveau mais ne parvient jamais à saisir le ton juste, le film adoptant des allures d’ennuyeuse série B audiovisuelle vaguement prétentieuse. Comme pris de convulsions, il passe d’une sobriété feinte confinant parfois au ridicule à la blague épaisse, traînant ces deux pôles antinomiques avec un professionnalisme embarrassé.

Même dans le 4 très borderline, il y a toujours une construction spontanée et une cohérence dans les actions. Là, le scénario est honteux : quelques idées sont posées et elles sont finalement survolées ou traitées avec amnésie (les adolescents décimés, les Nightmare On Elm Street partout, puis tout ce repompage du Village des Damnés). Le manque d’intelligence est phénoménal : le 4 est dans la bêtise, mais sa bêtise est celle d’un show ouvertement dans la farce et il enchaîne avec force. Là, si ce n’est un sabotage pénible, c’est une tentative d’arriérés : en d’autres termes, le 4 est conçu pour nous abrutir dans la joie MTVesque quand le 6 semble initié par des monocellulaires sous coke s’adressant à des débiles légers.

Présentant son film en 3-D, Rachel Talalay ne semble à l’aise que lorsqu’elle aborde le terrain des effets spéciaux. Mais la virtualité au cœur du film est loin de le booster, le sens du spectaculaire de l’équipe technique tenant ici du ridicule achevé. Le voyage ouvertement ludique au cœur d’effets kitschs éreinte dans une interminable dernière partie, puis sidère lors de son morceau le plus fameux, celui de l’inénarrable incursion de Krueger dans un jeu vidéo très moche et primitif (sachant qu’il y a deux produits dérivés dans ce domaine, sortis en 1989). Aspirant dans une télévision [rappelant clairement Videodrome, autant dire qu’on frôle le blasphème tant un bon lot d’années-lumières sépare les deux niveaux] un ado qu’il pourchasse avant de le tuer, Freddy se livre à une expérience aguichante seulement sur le papier, devenue culte chez la minorité de fanatiques qui ne fut pas assommé par la médiocrité de cette farce ratée de bout en bout.

Mêlant une froideur toute 90′s à la folie simulée des Kruegers 80′s, L’Ultime Cauchemar propose de tuer Freddy en chaussant ses lunettes, instaure un présupposé BG de service au poste de héros et fait péter le rock consensuel à fond les ballons. Le hic : tout n’est que laideur et lieux communs – sinon, pour l’originalité, la mort très branque de John. La scène d’intro, référence avouée et sans ambiguïté au Magicien d’Oz, pourra amuser les fans de ce classique mais n’en demeure pas moins hideuse. Freddy semble ainsi tirer sa révérence en frisant l’escroquerie, sous des allures pleines d’entrain et de sincérité. Et lorsque défile un best-of de l’épopée Kruegerienne sur fond de merdique tube d’un jour d’Iggy Pop, pas une once de nostalgie, ce n’est autre que le soulagement qui nous envahit.

Note globale 30

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Gacy + Halloween Resurrection + Demon House + Halloween 3 + L’Antre de la Folie 

Note arrondie de 29 à 30 suite à la mise à jour générale des notes.

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freddy 7 sort de la nuit 2

FREDDY SORT DE LA NUIT (FREDDY VII) ***

4sur5  Trois ans après l’affreux Ultime cauchemar marquant la mort de Freddy et un final où il reprenait sa forme humaine, Wes Craven relance pour un dernier opus la saga. Cette reprise en main est une façon de régler son compte à une franchise qui le contrarie, l’ensemble des suites ayant rompu avec ses Griffes de la Nuit pour évoluer vers la performance trash et la gaudriole. Néanmoins Craven lui-même est en pleine décadence pendant cette décennies (années 1990) et ses ‘classiques’ de l’Horreur sont parmi les plus sur-cotés : La dernière maison sur la gauche, La colline a des yeux (balayés par leurs remakes) et même Les griffes de la nuit.

Prenant tout le monde à revers, Freddy sort de la nuit est une réflexion sur le boogeyman, son traitement par Hollywood et par les médias, son interaction avec le public et avec ses auteurs. Heather Langenkamp, héroine des Griffes de la Nuit et présente dans Les griffes du cauchemar (3e opus) interprète son propre rôle, tout comme Robert Englund et Wes Craven. Langenkamp a mis de côté le cinéma et s’occupe de son enfant Dylan. Lorsque New Line (réellement productrice des Freddy) la contacte, elle refuse de reprendre le rôle pour le 7e opus en préparation, sur lequel un scénariste travaille dans le secret depuis deux mois.

Mise en abyme de rigueur et plutôt qu’un véritable film dans le film, c’est un tournage secret dans le film, où les parties impliquées de près ou de loin deviennent les pions de cet obscur projet. L’idée du scénario dirigeant la réalité renvoie à L’antre de la folie, l’un des sommets de John Carpenter qui sortira l’année suivante et l’exploitera avec une plus grande envergure. Craven passe en revue l’impact de Freddy sur le public et la façon dont celui-ci a été transformé par le marché et le collectif. Il est désormais un bouffon de l’horreur et l’ombre pathétique de celui qu’avait élaboré Wes Craven. Néanmoins, lorsque Robert Englund vient satisfaire la ‘freddymania’ sur un plateau, l’aura malsaine du boogeyman se ressent du point de vue de Heather Langekamp.

Le nouveau statut de Freddy reflète par ailleurs la banalisation de l’Horreur dans les esprits, celle-ci étant (au cinéma) devenue un objet de consommation courante parfaitement mobilisateur. Les enfants eux-mêmes connaissent les monstres, en tout cas celui des Griffes de la Nuit ; c’est d’autant plus ironique dans son cas puisqu’il est un pédophile devenu démon suite à sa mise à mort. Craven combine son désir de revanche et son approche conceptuelle en se réappropriant sa créature de façon critique ; il entame sa grâce de freaks, son crédit de star et lui accorde un maquillage plus ostensiblement fait de plastique (qui a énormément heurté ses groupies, peu sensibles au discours du film et à son rythme). Jamais Freddy n’aura cependant été aussi inquiétant et son meurtre à l’hôpital est un véritable moment de terreur et de désarroi pour la victime.

En plus de poursuivre ses propres créateurs, Freddy reprend le pouvoir sur la farce dont il est devenu le héros. Prenant acte de sa mort dans la saga, il vient se réfugier dans la réalité en amadouant les spectateurs comme il amadouait les enfants, pour finalement les faire basculer dans son territoire. La thèse de Craven est multiple et se lit comme un tandem de boucles croisées et achevées. Rétrospectivement, Freddy sort de la nuit apparaît comme la préfiguration de Scream. Avec celui-ci et ses suites, Craven portera à nouveau un regard sur l’horreur et ses clichés, mêlés entre premier et second degré, tout en traitant leur héritage dans la réalité. Cette entreprise ambiguë entre ré-enchantement et auscultation de l’Horreur aboutira à une vague de néo-slashers parodiques, portant un coup fatal à l’Horreur, bien plus que les farces doublement inoffensives que constituaient les Freddy 3 ou 4. Jusqu’au-bout, la démonstration (plusieurs en une, en fait) est parfaite, valorisant son directeur tout en corrompant ses instruments.

Note globale 76

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…

Note arrondie de 75 à 76 suite à la mise à jour générale des notes.

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freddy remake

LES GRIFFES DE LA NUIT (REMAKE) **

2sur5 Toucher à un sanctuaire horrifique condamnait inéluctablement Samuel Bayer (directeur du clip de Smells Like Ten Spirit) au mépris de la classe cinéphage, encline par nature à ce type de railleries la confortant dans ses assurances douillettes. Et quoiqu’effectivement très mal accueilli, ce reboot des Griffes de la Nuit était une proposition intéressante. Le potentiel du film de Wes Craven se dissipait tant sous des graisses kitschs que la simple idée de les voir élaguées par un second tour de piste plus sombre et pas moins calibré promettait, à défaut de justifier cette réputation franchement surfaite, au moins de restaurer l’intelligence diffuse des obsessions distillées par cet opus originel.

Sans pleinement satisfaire ces timides espoirs ni même tout à fait escroquer son lynchage, Les Griffes de la Nuit 2010 est une relecture intéressante du mythe de Freddy. Ce huitième opus [ou neuvième, en comptant l’hors-série Freddy contre Jason, cross-over avec la saga Vendredi 13] est une des productions de Michael Bay et sa série de remakes/reboot. Celle-ci est une synthèse laquée de l’horreur premier degré et principalement pour ados qu’Hollywood a engendré autour de 2006-2013. Un réalisateur novice venu du clip, des jeunes acteurs qui ne se sont pas souillés dans l’horreur parodique, un style très grave tout en restant évasif, des personnages intenses mais superficiels.

Comme la version 2009 de Vendredi 13 supervisée par la même équipe, cette version 2008 de Nightmare on Elm Street fait partie des bons éléments. Contrairement au nouveau Vendredi 13, plus neutre, ici le ton est mature. L’heure est au sérieux extrême, les adolescents sont tous troublés ou résignés. Le réalisme s’en trouve décuplé, l’évocation de la pédophilie est frontale et Freddy concerne le passé des grands ados, pas de leurs parents. Cette solennité et ce pragmatisme relatif inclus tout, y compris le personnage de Freddy dont l’allure est celle d’un authentique grand brûlé et non d’un démon. Il y a peu d’humour de la part de Freddy et lorsqu’il y en a, les punchline sont ‘sombres’, pour rester sobre.

De plus les auteurs ont eu l’excellente idée d’introduire la notion de micro-sommeils et en tirent de quoi doper l’ambiance avec un minimum de justifications. Ce manège glacial fonctionne tant que le spectateur est sensible aux charmes maniéristes sans être saoulé par le conformisme aux codes de l’époque. Le soin technique apporté à la remastérisation de visions dantesques initialement déjà frivoles ravit nos pupilles par à-coups. Quelquefois se ressent cette satisfaction d’apercevoir l’once d’une terreur ou d’un pouvoir de fascination immédiat ; un potentiel immense, avec déjà le contenant, qu’il ne resterait qu’à orienter un peu plus. De ce point de vue ces Griffes 2 sont à la hauteur des Griffes 1, dont les séquences oniriques faisaient un petit effet tant que l’initiative et sa beauté suffisaient à omettre le vide et l’absence de destination.

Malheureusement, il y a Rooney Mara et il est temps de remettre en question l’exploitation de cette actrice ; ici elle ne joue pas mal, elle est là, lâche son texte sans se départir de sa poker face parfois crispée, entre le flegme et le malaise face aux événements. Sa simple présence devient parfois une lourdeur, heureusement dissipée par Kyle Gallner (Quentin) partageant quasiment le rôle-phare avec elle à mesure que le film avance. Celui-ci s’achèvera de façon idiote, mais conforme, posant un petit choc ultime gratuit une fois que tout est réglé : c’est fait comme du bis luxueux de son temps, mais en soi c’était déjà l’issue du film de Craven. Globlament, le premier film solo de Bayer laisse la sensation d’un spectacle un peu vain comme prévu, mais prenant parti et allant au bout, se positionnant bien parmi la masse sans s’en distinguer.

Note globale 53

Page Allocine & IMDB + Zoga sur SC

Suggestions… Carrie la Vengeance    

A Nightmare On Elm Street-remake**

Notoriété>7.000 sur IMDB

Votes public>5.6 sur IMDB (tendance très marquée -30 ans) ; USA : 6.0 (metacritic)

Critiques presse>USA : 3.4 (metacritic) ; UK : 4.0 (screenrush)

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freddy les griffes

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Voir l’index cinéma de Zogarok

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FRANKENWEENIE, VERSIONS 1984 & 2012 **

9 Jan

FRANKENWEENIE (REBOOT – 2012) **

2sur5 Comme à chaque fois, on va parler de « retour » (grand retour!) de Burton ; la traversée du désert créatif est finie – ou alors c’est pour bientôt, immédiatement après ce sursaut inespéré, c’est évident ! Auto-remake (mais au premier degré, au sens officiel cette fois-ci), Frankenweenie est résolument et exclusivement burtonien, rempli d’auto-citations et de références en circuit fermé. C’est un produit banal, trivial, léger, égal au reste de son œuvre, dans le traitement comme dans le sujet et tous les avatars habituels y sont ; ce n’est ni plus ni moins spécifique et divertissant que le monde burtonien que nous arpentons en permanence.

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Du Burton cadenassé

A l’instar de son modèle de 1984, court-métrage hystérique et lui-même déjà curieusement superficiel et placide malgré lui, Frankenweenie version 2012 reprend très fidèlement la figure et l’univers de Frankenstein, jusque dans l’habillage. Les références au film d’Universal Monster ainsi qu’aux films de monstres des 50s et 60s sont appuyées et permanentes. Une disposition assez beauf sous le vernis darky, mais prévisible : Burton tisse toujours autour de la même toile, à partir et à destination des mêmes motifs.

On y retrouve son brio formel éternel, sa signature impeccable. Le scénario lui est évanescent et transparent ; inutile d’avoir parcouru un synopsis ou aperçu l’original, tout est couru d’avance. La trame générale survole totalement ce postulat fabuleux, le déni forcené d’une mort (abordé de façon plus puérile mais aussi plus courageuse dans l’original). Toujours les mêmes marottes, les mêmes fils, les mêmes détournements et retournements.

Pour autant, Frankenweenie 2012 se regarde avec un plaisir certain, car on apprécie la qualité graphique, l’expressivité des créatures. Mais le trait est lourd et la rengaine désuète ; on s’ennuie, cordialement puisque ça en vaut encore la peine et que le généreux (voir outrancier) remplissage trompe habilement notre impatience. Il y a une foule d’archétypes attrayants mais superficiels (méchant ingénieur et destructeur du monde entier depuis son garage) ; beaucoup de figures habituelles qui sont restées des fantômes et de tristes caricatures de la Burton’s touch. Un défilé presque gênant par sa grossièreté esthétique et sa banalité intrinsèque, la gamine blême au visage creuse synthétisant ces aspects malheureux. Ces éléments semblent issus du cerveau embrumé d’un boutonneux caverneux ; il faut bien l’avouer, ils accrochent néanmoins, c’est ce qui stimule les fans et explique l’indulgence même des plus excédés. Tant de gueules et toute cette ribambelle, toute cette atmosphère, même épaisse et édulcorée, ça ne se refuse pas.

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Ma différence à moi & l’affreux reste du Monde

Comme toujours, le film est centré autour d’un gamin  »différent », désocialisé, ancré dans ses rêveries à apprivoiser des créatures imaginaires morbides et sensibles (un contexte plus particulièrement proche de Beetlejuice). En face, que de monstres ordinaires, de vilains conformistes barrant la route et brisant les enthousiasmes du petit héros timide, crédule et exalté. Avec notamment, d’entrée de jeu, un méchant voisin aigri et perfectionniste (si un chevalier noir n’est pas aux commandes, la perfection ça craint, c’est laid et signe de fermeture d’esprit).

Oncle Bob, maire de la vielle, est en fait atteint, dans le jargon psychanalytique, de « névrose obsessionnelle ». Nous assistons à la conversion de son malaise (indéfini) sur un objet extérieur ; mais cette compulsion-là (on peut parler de « formation réactionnelle ») n’intéresse pas Burton. Burton n’aime « la différence » que dans ce qui lu ressemble. Des petits êtres chétifs, lunaires, aptes au bonheur et à le partager, mais dont la douceur est contrariée par un monde de brutes psychorigides. Le petit rêveur monomaniaque, improductif, attendrissant mais totalement égoïste et auto-centré : c’est toujours la même figure de poète distrait, de fragile créature censément pleine d’imagination mais ressassant toujours les mêmes lubies ; pour conclure finalement que seule sa famille, élue ou acquise, en vaut la peine et que le reste du monde est vilain, moutonnier et soit aveugle, soit sans la moindre finesse ni bonté.

Burton devrait comprendre que parmi la plèbe, le misérable absolu, l’ordure définitive n’existe pas, que tout le monde peut encore être métamorphosé ou lâcher quelque contribution intéressante, ou révéler des traits appréciables, même dans une situation ou un angle de vue paradoxal (soit dit en passant, c’est pour ça qu’on aime toujours le méchant de service). Il devrait aussi comprendre qu’un normopathe et un misanthrope, contrairement à la caricature voulue par les rebellocrates de son espèce, ont généralement peu à voir. Il devrait s’ouvrir à ces personnages tout aussi caricaturaux que ceux qu’il affectionne, parce que ceux-là ont eux-mêmes beaucoup de symptômes intéressants, et qu’il y a toute une vérité à traduire derrière leur comportement apparent. Oui, Burton qui fustige ces Autres qui ne savent pas lire entre les lignes, qui s’arrêtent à l’identité extérieure, ne franchit jamais ce seuil lui-même : les autres sont juste des veaux, des monstres ou des abrutis s’ils ne voient pas sa propre beauté. Alors qu’elle n’est que cumul de naïveté et d’opportunisme, avec rupture totale ; comme un mirage devant tout le réel, les exigences sociales et humaines ; alors que le monde est remplit d’alter-égo à découvrir..

Burton et ses créatures reprochent aux autres d’avoir un idéal, une volonté ; alors qu’eux ont tellement de sentiments intenses, tellement de profondeur dans leurs visions, tellement de variété dans leur imaginaire. Ils évitent de vous le confier frontalement, mais ils ne font qu’insister lourdement à ce sujet, espérant la récompense, la prime à l’originalité et au délire le plus crânement enfantin et roudou-esquement punk.

Alors, comme d’habitude, Burton fabrique des ennemis partout et se projette dans ses bébés, en artiste maudit et incompris (même si rien n’est à démêler), génie autarcique au milieu de la foule insipide. Seul quelques passants (comme le professeur) attirent sa considération ; mais ceux-là non plus il ne les sondent pas. Comme tous les artistes unilatéralement épris d’eux-mêmes, à quelque degré que ce soit, réussis ou pas, assimilés ou marginaux, Burton a juste une haine de ce qui n’est pas lui. Il y a chez lui un absolutisme diffus, qui ne revendique rien d’autre que la prise en compte de son artistisme tellement puissant et singulier. Les autres sont des ploucs ; ou des concurrents ; et quelquefois, des acolytes ou des bienfaiteurs. Il y a seulement quelques carrément illuminés pour recevoir sa clémence, bien qu’elle soit paradoxale dans le cas d’adjuvant (comme le méchant commandant et inventeur à la voix éraillée).

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Burton, (notre) gothic destroy institutionnel

Tout ce venin d’ado attardé mais sophistiqué atteste d’un mépris des cultures pré-existantes et par extension, des enracinés, avec cette peinture d’une localité (celle d’Edward aux mains d’argent en noir & blanc) reflétant une civilisation lessivée, sur la pente descendante. Une telle posture s’accorde bien à la morale néolibérale contemporaine. Le prof (Mr Rzykruski) qui parle de « ce pays » qui refuse de « se poser des questions », contrairement au sien (un Eden de la connaissance et de la recherche dont on demande à voir l’emblème) est partie intégrante de cette démarche mesquine.

Cependant c’est lui qui se démarque dans cet univers, le seul disposant encore de cet élan vital qui fait défaut au Burton post-Mars Attacks. Le vrai climax du film est la séquence où il sabote l’occasion de s’attirer les grâces d’une population asthénique et suspicieuse. Il préfère affronter la vérité et la partager plutôt que colmater ce qui n’en vaut pas la peine. Voilà un personnage original et authentiquement dissident (avec cette fibre de chercheur et cette pointe, là encore, d’adolescence attardée dans le comportement, mais autant au service de l’égo que de l’esprit) ; pas un sweet dreamer monomaniaque, mais un artiste insatiable. Ce goût trop fort de la vérité, Burton devrait l’adopter au lieu de simplement saliver devant lui.

Comme Dark Shadows, Frankenweenie 2012 est un aimable spectacle – et c’est ce que produira Burton maintenant. Déjà moins chatoyant cependant ; mais on appréciera quelques fulgurances éparpillées, dans un contexte usé jusqu’à la corde. Le dernier-tiers, avec ses petites gargouilles lâchées dans la ville («les anges de la mer »), assume la vraie vocation et le vrai potentiel du film : défouloir ludique, gratiné et graphiquement réjouissant. Un film pour les fêtes de fin d’année, plutôt que pour la période d’Halloween où il est sorti.

De la belle ouvrage, institutionnelle et conservatrice malgré les illusions dans lesquelles ses auteurs se bercent. S’ils entraînent le public avec eux, c’est parce que la marchandise est loyale et que seul Burton croit encore que brûle en lui une flamme révolutionnaire ; en vérité, c’est une ferveur iconoclaste totalement essorée, sous contrôle et labellisée. Et nous aimons tous honorer certaines traditions, quitte à suspendre son jugement et sa déception critique, pour profiter d’une cérémonie dépassée mais toujours charmante (et naturellement fédératrice).

Note globale 54

Page Allocine

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MBTI : Comme toujours avec Burton, les INFP 4w5 sp/sx dominent la partie ; et sont éprouvés par d’atroces TJ et SJ intolérants. Au stade où il en est, Tim Burton n’est pas pressé à la remise en question : aujourd’hui plus que jamais il répand la haine de son « ombre », l’archétype ESTJ, dont il ne saisit toujours pas les subtilités bien qu’arrivé à mi-vie.

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FRANKENWEENIE (1984) **

3sur5 Tim Burton n’a pas encore réalisé Pee Wee, son premier long, lorsqu’il confectionne Frankenweenie, moyen-métrage à la construction et au style proche de La Quatrième Dimension, dans une version enfantine et bavarde. Anticipant déjà des pans entiers de Sleepy Hollow, Edward et Beetlejuice, Frankenweenie abonde de références au cinéma Z d’Ed Wood, au producteur Disney et aux spectaculaires contes gothiques de la Hammer.

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Avec Burton, la banlieue US policée des sweet fifties masque des intentions malveillantes mais aussi des petits individus blessés cherchant à se reconstruire. L’introduction est totalement (et délibérément) surannée, ancré dans un cadre petit-bourgeois ravi de la crèche et allègrement assimilé par l’american way of life le plus anachronique.

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Cette candeur que Burton raille est aussi la matière de son inspiration et sa protection flagrante, puisque c’est un écrin dont il ne se défait jamais vraiment. La mort du chien arrive très rapidement, puis son enterrement dans un contexte hautement expressionniste et gothique ; toutefois, Burton ne prend jamais son indépendance vis-à-vis du théâtre de bouffons esquissé avec nonchalance. Somme toute, l’homme est manifestement trop candide pour nourrir une véritable méchanceté, même à l’égard de cette galerie de personnages outranciers, voisins radoteurs et intolérants.

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L’auteur s’identifie très clairement au petit garçon rêveur et iconoclaste, prêt à défier les lois de la nature, plus par curiosité et soif de découverte que par défiance ou avidité, notions totalement étrangères à son comportement. Coincé entre des parents doux et aimants, mais totalement naïfs et bien trop conciliants ; et des voisins hystériques, passablement idiots, égoïstes et malveillants, l’enfant arbore le caractère le plus lisse de tout cet univers. A force d’emphase pour cette pureté, Burton crée un petit personnage aimable, mais banal et indistinct, dans lequel se projettera facilement tout enfant timide.

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Comme dans Edward, nous retrouvons un être morbide, sensible et différent (le chien Sparky – et son maître, car ils sont traités comme les deux facettes d’une même entité), qui finit mort pour de faux afin de se prémunir de la fureur de ploucs armés de fourches et de haine. Nuance avec l’œuvre emblématique de Burton, ici, ce déchaînement de médiocrité et d’agressivité précède un retour à la vie dans la joie et porté par une vague subite de solidarité. Doucement macabre et ubuesque, ce final au moulin sera autrement plus tragico-romantique dans le remake. Ici, sa dimension baroque est expédiée, loin de la liberté et de la fureur créative du court-métrage phare Vincent.

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Concis, sympathique et rythmé, ce moyen-métrage de 1984 gagne à être étriqué dans une durée de 28 minutes. Il dit somme toute bien peu de choses, mettant en exergue un style et des avatars qui ne demandaient alors qu’à croître et s’affirmer, appuyés par des scénarios et des univers plus étoffés. Néanmoins, le message présent traduit l’essence de toute l’œuvre burtonienne : éloge de la différence un brin niaiseux et pas que sur les bords, Frankenweenie n’a pas perdu de son charme trois décennies plus tard.

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Plus vivant que son reboot de 2012, il ne le surpasse cependant que pour des raisons logistiques et une plus grande harmonie interne, une unité qui ne suffit pas à compenser la grossièreté de ses sophismes arrogants d’artiste incompris, mais dépassant difficilement ce constat d’incompréhension et sa mise en scène pour affirmer sa vigueur créatrice. Il faut dire que déjà, c’est le sentiment d’être une exception, intuition régressive et odieuse, qui stimule tout le programme et motive chaque choix de réalisation, pour le meilleur (originalité réelle du postulat, sensibilité probable) et pour le pire (intrigue et propos creux, atmosphère bancale).

Note globale 61

Page Allocine  

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Théorie des Humeurs : La mère est une caricature de « Phlegmatic ». Petite bourgeoise passive-agressive, auto-centrée sur ses humeurs et sensations, indifférente et molle, mais aussi dévouée et ponctuant le quotidien d’éruptions de mesquineries et de reproches indirects. 

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Tim Burton >> Dark Shadows, Alice au Pays des Merveilles, Batman Returns, Batman


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