Tag Archives: action (film)

ASSAUT ***

26 Avr

4sur5  Assaut, c’est l’action autrement : une proposition radicale pour un genre dont la caractérisation est souvent bâclée, réduite à une essence simpliste, qu’une majorité de ses productions honore. Second film de Carpenter après Dark Star, Assaut sera lui aussi un échec en salles, mais il interpelle les cinéphiles et est acclamé par la critique de l’époque. Carpenter espérait tourner un western dans la lignée de El Dorado mais en raison de son budget nain, il se tourne vers la relecture d’un autre film de Howard Hawks qu’il admire : Rio Bravo.

Toute la virtuosité, la gravité sublime mais inquiétante qu’on retrouvera dans Halloween est dans Assaut. Carpenter y opère une approche de l’action à la fois concrète car aride, brutale ; et carrément abstraite. L’ange d’attaque de Carpenter est quasiment mathématique, ce qui donne à son film un côté éthéré et très puissant à la fois. Les forces antagonistes n’ont pas de motifs grossiers comme souvent dans le cinéma d’exploitation : elles n’en ont aucune. Elles sont anonymes et omniprésentes. Ces menaces déshumanisées, lorgnant vers le surnaturel, deviendront une signature du style Carpenter, mieux exprimées que jamais dans Prince des Ténèbres et dans Fog, où cette fois la dimension magique sera assumée explicitement.

La sécheresse de Assaut heurte et contrariera les amateurs d’action plus hystérique et conventionnelle. La violence y est somme toute peu présente en volume, les effets sont minimalistes quand ils existent. Le talent de Carpenter est justement dans cette mobilisation implacable de tous les éléments du décors, dans cette contemplation du Mal hégémonique aussi. Le rythme est lent mais il n’y a jamais ni creux ni boursouflure. Comme dans Halloween, la ville semble gagnée par des forces patientes et impitoyables, s’installant tranquillement dans un espace toujours plus vide et vulnérable.

 

 

Sec, tendu, mais pas toujours intense, Assaut grave des images fortes dans l’esprit et laisse songeur. À l’image de sa BO, l’ensemble de ses propriétés sont à la fois décalées, un peu rigides et pourtant percutantes. Son absence totale d’exubérance semble une audace et une aberration, mais son style exerce un envoûtement indéfinissable, que les flash conservés en mémoire confirment. Comme Rio Bravo auquel il se réfère, Assaut est un film de genre contre-nature, ne donnant pas vraiment ce qu’on en attend. Contrairement à Rio Bravo cependant, Assaut n’est pas dans le bavardage et surtout il a une qualité que le classique d’Hawks n’a pas : le courage.

Ces clin-d’oeils aux prédécesseurs (dans le western – La Nuit des morts-vivants est plus un cousin de fait qu’une source d’inspiration) peuvent être l’objet d’une incompréhension. Le « Gotta’s smoke » de Wilson est une espèce de running gag pas forcément évident. C’est une référence de plus aux westerns traditionnels, mais celle-ci ne gagne pas à être explicite car son insistance enferme le film dans la ringardise bien plus sûrement que les canons esthétiques des seventies. L’humour à froid de Carpenter peut aussi décontenancer et certaines saillies du film, notamment avec le flic noir, volent bas.

Assaut a fait l’objet d’un remake avec Assaut sur le central 13 (2005) et Nid de guêpes (2002) en est plus qu’un hommage, un véritable reboot. Ce film étonnant mérite d’être remastérisé et est desservi par les copies exécrables distribuées.

Note globale 74

 

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HAUTE VOLTIGE **

25 Mar

3sur5  Le joli titre français va mieux à ce film que ce qu’aurait donnée une traduction littérale à la québécoise, Entrapment se convertissant en  »piégeage ». Haute Voltige c’est : deux heures de virtuosité pure, de rebondissements légers et de péripéties conventionnelles, encadrés par une romance bigger than life. L’ex James Bond Sean Connery est recyclé en richissime gentleman cambrioleur et monte avec Catherine Zeta-Jones un coup ambigu.

Comme un Limier sans peur de flancher sous le poids des approximations, Haute Voltige se nourrit de jeux d’alliances et de manipulations, auxquels se mêlent sentiments et autres formes de loyautés subjectives. Des incohérences mineures parsèment la séance, comme l’ADN laissé par le chewing-gum au moment du vol du masque. Ça n’inquiète pas les pros anticipant les moindres détails ? Manifestement non. Est-ce que ça passe : totalement, si on consent à se laisser bercer par des illusions aussi grossières.

Et les arguments sont là. Association de deux magiciens, un vieil expert et une hôtesse de charme, l’élégant tandem de Entrapment vole au-dessus de ces considérations. L’une des scènes-clés du film consiste à observer les contorsions de Catherine Zeta-Jones et sa doublure dans une tenue très serrée. Le film tourne à la démonstration d’excellence formelle (et un peu émotionnelle) de la part de John Amiel, déjà réalisateur du classiciste et surtout beau thriller Copycat.

Note globale 56

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TERMINATOR DARK FATE **

31 Oct

3sur5 Ce sixième opus ne laissera pas de grands souvenirs mais est honorable dans le paysage actuel et par rapport aux errements de la franchise. Il évite les emballements scénaristiques et les allers-retours temporels qui ont rendu T5 divertissant mais sévèrement bancal. Genisys avait une tendance malheureuse à gâcher ses propres efforts voire à annuler certaines donnes, Dark Fate évite ces écueils et les résurrections, retournements de veste ou de dernière minute. Il est donc un peu moins kitsch et beaucoup moins incohérent, sans offrir un filon manifestement ‘juteux’ pour la suite – des bases plates plutôt que solides ou contraignantes. Rien de surprenant où que ce soit : Cameron a annoncé un mois avant la sortie une trilogie à venir si cet opus est rentable, c’était déjà l’espoir présidant à Genisys voire à Renaissance ; le nouveau film ne vole pas nécessairement plus haut que ses trois prédécesseurs mais personne ne devrait regretter l’écrémage d’une saga si peu respectée que même les geeks ont assez peu nourri la polémique passé le climax cool/pré-ringard de l’extrême de Terminator 2.

Les abus et choses incongrues sont fatalement de la partie, en particulier concernant la métamorphose de Schwarzy et son vécu entre-temps ; des grossièretés fonctionnelles plutôt que des gratuités, même si clairement les auteurs ne se sont pas foulés. Le film livre ce qu’on attend de lui, propose de longues scènes énergiques, spécialement la course-poursuite du début qui n’est pas trop ridicule par rapport à celle de Gemini Man. On peut être un peu las quand vient le passage de la fonderie, ou quand précédemment celui en centre de détention ou à la maison s’éternisent, mais les effets spéciaux ne déçoivent pas et les statuts évoluent au niveau des personnages. Ces derniers restent assez frustes à l’exception de Sarah Connor, ou véritablement de Linda Hamilton, la seule apparemment en mesure de délivrer largement son jeu et tirer son épingle sans être trop surlignée par le montage ou starifiée (contrairement à la nouvelle recrue qui ne prend vaguement d’étoffe que par ce biais dans le dernier tiers).

Malgré ce détail il n’y a pas de discours et encore moins des convictions, seulement de l’opportunisme pour étancher les rouages. T6 est éventuellement ‘féministe’ de fait puisqu’il présente un trio d’héroïnes dans l’action, des humaines diversement améliorées – mais leur genre ne sert même pas à doper spécifiquement comme dans le film d’exploitation Revenge ou dans des Lara Croft. Même chose concernant les positions anti-Trump, les mexicains et l’immigration ; la fille est une latino et on passe la frontière avec une série de wagons remplis de mexicains où les deux blanches sont des intruses. Là-dedans pas de discours, juste de la normalisation superficielle d’un bout d’existence de ces gens – peu importe qui est à bord, leur sort n’est rien par rapport à ce qui se joue dans le film. Les studios feraient mieux de tenir cette position d’ouverture et d’indifférence en se souciant plutôt d’un casting crédible donc sportif, ce à quoi nous avons droit ici. L’ancrage et la nostalgie ont permis de placer des vieux dans de de telles positions, c’est un autre bon point (c’est ennuyant de voir des jeunes fraîchement sorti des écuries Disney/Instagram, ou dotés d’une tête à s’y retrouver, s’ébrouer avec leur manque de personnalité). Néanmoins ces adultes sont trop lisses par rapport à John Rambo et Schwarzenegger n’a plus le charisme dont il jouissait dans Le dernier rempart.

Note globale 58

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GEMINI MAN **

11 Oct

3sur5 Quand on voit le film en 2D, on devine les moments les plus spécialement taillés pour la 3D et relève facilement les qualités et l’ampleur de la mise en scène. Quand on vient à la 3D+ (ou 3D 4k avec 60 images/secondes pour les cyclopes et 120 pour les autres au lieu des 24 traditionnelles) on profite pleinement du spectacle et constate les limites de ses performances et de sa vocation. Les profondeurs de champ sont déjà saillantes en 2D, même si rien n’est immédiatement révolutionnaire ; en 3D on est partagés entre les vertus de cette mise en relief et ses défauts à la prégnance parfois violente (le premier face-à-face dans les rues et bâtiments colorés de Carthagène (la colombienne) n’est finalement pas beaucoup plus impressionnant en version améliorée). Le malaise principal concerne cette impression régulière de superposition du premier plan. Lorsqu’il ne s’agit que d’éléments secondaires instaurant une distance ou pour des plans très larges, cela devient presque gênant : au commissariat, les branches à droite semblent posées gratuitement, l’aspect est celui d’un cadre mortellement kitschouille. En revanche, quand un décors semble nous abriter ou un objet ou un personnage se braquer vers l’intérieur de l’écran, l’effet est séduisant (avec le sniper, sous un préau ou derrière des colonnes). On est davantage exposé à la vallée de la douleur oculaire qu’à celle de l’étrange, néanmoins l’immersion est ambiguë car trop consciente, manifestement artificielle. Pour les spectateurs étrangers un détail habituellement lourdingue ou sans incidence selon les personnes devient dans l’absolu embarrassant : les sous-titres. Dans le contexte leur présence devient presque ironique par rapport aux ambitions de ‘fusion’ du spectateur avec la pseudo-réalité du film. Ils gagneraient à être placés plus bas, voire supprimés – comme les enjeux philosophiques sont aussi écrasants que superficiellement traités, comme nous sommes face à du cinéma pop-corn (relevé), ça ne sacrifiera rien d’important.

Les jeux avec les perspectives restent fructueux, notamment à Budapest, au balcon ou dans les catacombes. La 3D est du meilleur effet dans les espaces surchargés, dans certains plans rapprochés. Les vues d’en haut (moins celles d’en bas) sont les plus immersives et crédibles. Pour certains détails laconiques la 3D apporte des améliorations mitigées : la visée infrarouge est un gadget bienvenue mais pas renversant, le passage du train au début donne un rendu presque plat en 3D alors qu’en 2D on a le droit à une image cassée nous indiquant d’emblée qu’on a acheté le mauvais ticket. Les bagarres et fusillades sont excellentes en version traditionnelle, où on peut déjà apprécier la clarté des poursuites, les dizaines de secondes sans coupures (et sans tâches). Le flou de mouvements est déjà résiduel. Mais en 3d, les éléments en pleine course semblent curieusement statiques dans leur déplacement. En offrant une netteté inaccessible aux humains 1.0 correctement démoulés, le film devient paradoxalement moins spectaculaire et plus appréciable pour un amateur de mécaniques attentif aux détails. L’objectivité absolue a moins d’impact émotionnel ou sensoriel que l’objectivité humaine. Quand un véhicule vous arrive dessus et qu’on a supprimé les effets de mouvement, vous goûtez au charme de la bizarrerie plus qu’à la vraisemblance ; peut-être vous anticipez-vous en tant que cyborg, en tout cas la sensation est décalée de votre corps d’humain. Au détail, il y a quand même cette imitation ou cette espèce de presbytie naturelle qui n’est pas gommée – lorsque la fille arrachée au sommeil tend son flingue trop près de notre nez, que Will Smith garde longtemps suspendu le sien, mais aussi quand un personnage se penche sur un téléphone ou quand les éclats du miroirs nous reviennent après le lancer de grenade – les extrémités proches sont relativement floues. Difficile de savoir s’il s’agit d’imperfections ou d’ajustements pour tempérer l’inconfort de la pseudo-perfection. Curieusement les jeux avec les animations entre nous et l’écran (des bulles lors de la noyade, ou des petits insectes) sont rares, peut-être car les concepteurs craignaient que les spectateurs se laissent absorber par trop de diversions réalistes au lieu de profiter des sensations fortes.

Ang Lee s’est focalisé sur la technique mais pour relever le pari du divertissement. Il échoue sans doute à lui faire atteindre un niveau remarquablement supérieur mais ouvre une brèche convaincante. Et en attendant il fait voyager, un peu à la façon des James Bond trois ou quatre décennies auparavant, où les grosses ficelles étaient une niaiserie nécessaire pour justifier le vol d’un continent à l’autre en moins de deux heures. Bien sûr pour l’occasion on exploite un programme ramolli sur le papier, avec des éléments ringards : l’acolyte sympa issu de la diversité (un chinois à la présence particulièrement médiocre), la coéquipière avec laquelle on ne sait trop s’il fricote et qui pourrait être la première à le tirer de certaines ornières. Le positif avec ce scénario trivial (d’un projet écrit en 1997 qui a failli déboucher avec Eastwood en 2012) : c’est sans bavures ni fioritures, même concernant les rares gags – le film est riche en sous-entendus épais, mais sobre sinon (le sidekick n’en fait pas des tonnes, la fille n’est pas sexualisée à outrance – on y perd peut-être en charmes grossiers). Une chose amusante, c’est que la guerre froide, désuète au moment où le projet est né, est redevenue actuelle et crédible. Lors des entretiens entre sommités de la sécurité intérieure, madame raison & modération défend le principe que les USA doivent liquider leurs brebis galeuses à l’étranger, tandis que monsieur progrès & efficacité trouve naturel de faire porter le chapeau à la Russie. Ces déclarations sont compensées plus tard dans les bains hongrois où un russe se moque de la sensiblerie des agents secrets américains surpris par la rouerie de leur gouvernement alors que chez lui c’est la norme évidente.

Même au minimum de vigilance on perçoit des trucs bêtes ou négligés, mais ils coulent avec le spectacle voire le facilite, comme le coup du jet privé, forcément rameuté à l’envie et garé sans souci. Certains sont plus crétins comme la piqûre approximative contenant le remède. Ang Lee s’intéresse davantage aux parallèles techniques et aux double-sens visionnaires (à partir de reflets et amalgames entre le regard du spectateur, la place de Will Smith et celle de son clone, la confrontation entre le genre ‘action’ et ses vieux ingrédients versus son renouveau). Les petites phrases de Clive Owen annonçant le remplacement sur les théâtres de guerre et d’opérations mortifères d’humains limités par des clones ignorant la souffrance renvoient au plan lui-même, ainsi qu’au futur des acteurs. Seront-ils demain éjectés par leurs avatars puis par des nouvelles versions de stars ? Elles aussi ne connaîtront pas la chute et l’oubli, ou n’en seront pas affectées – un gain social attrayant malgré les peurs et les pudeurs. Quand le méchant délivre son discours final, avec de misérables drapeaux américains au fond du plan, il s’agit d’un numéro consensuel davantage que d’une condamnation ou d’une assertion nostalgique. Comme il n’y a pas de réponse à la hauteur, hormis un cri du cœur (préparant un happy end insipide), l’idée que cette intervention sert à habituer l’opinion est au moins aussi défendable que celle de la simple démagogie sciento-sceptique. Les auteurs et leurs créanciers sont peut-être eux-mêmes partagés ou simplement acceptent passivement pour le moment ce qui semble être le sens de l’Histoire.

Grâce à son travail sur la forme cette séance est loin de l’insignifiance, mais son entrée dans l’histoire n’est pas garantie (or elle est certainement envisagée, compte tenu des passages en train ou en taxi hautement connotés pour les cinéphiles). Elle ne sera probablement qu’un détail et d’autres essais plus forts pourraient rapidement l’éclipser sur son terrain ; peut-être y aura-t-il un ‘pionnier de la 3D+’ pour le grand-public dans les mois à venir, à moins qu’une fois encore cette technologie ne suscite que des enthousiasmes éphémères. Les créations numériques pour le remake du Roi Lion (diffusé depuis l’été) n’ont d’ailleurs pas empêchées les foules de se prétendre froides – ni de se précipiter dans les salles. The Irishman qui sort le mois suivant sur internet double l’enchère sur le créneau de la star rajeunie. Dans le pire des cas Gemini Man, spécialement crée pour la 3D contrairement à l’ensemble des films vendus avec cet argument qui sont convertis après-coup, rejoint une petite liste où le précédent notable est Avatar. Enfin on peut remarquer que Will Smith est devenu un acteur excellent, peut-être autant boosté par sa progéniture que par le défi technique – entre les drames et sa collaboration avec son fils dans After Earth il semble s’être creusé pour gagner en épaisseur et revient au divertissement explosif comme ‘grandi’.

Note globale 58

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RAMBO LAST BLOOD ***

2 Oct

4sur5 Au moment où Rambo arrache l’aorte d’un mec, je me suis dit ‘oui ce film est grave’ et pour ça j’y adhère définitivement. Après une ouverture torrentielle annonçant une séance sous le sceau des sensations fortes, on nous invite à l’empathie pour lui et ses rares proches. C’est primaire mais indispensable et on y va sans retenue. Il n’y a pas cette distance mesquine imprégnant l’ensemble des productions violentes ou amères aujourd’hui. L’homme de la situation n’est pas une noble victime ou une star de bande-dessinée ; ici pas de super-héros ou de héros sophistiqué avec sa mythologie ; vous n’aurez pas le second degré ou la fantaisie douce dans lesquels se réfugier pour aimer et (s’)accepter. Rambo Last Blood présente une vision exécrable des rapports humains et ose le faire sans humour ou sarcasmes d’artiste misanthrope à ses heures. Il ne le fait pas sans cœur ni espoir. Ce film d’action bourrin renvoie à l’essentiel de ce qui a de la valeur, quand on ne croit plus ; en même temps et comme pourraient le dire ses détracteurs, il touche le fond. Il active des leviers fondamentaux : l’envie d’harmonie et le besoin de tout casser.

Sur l’effort sociologique le film mérite zéro. Pourquoi et comment les salauds en sont là, dans ce ‘job’ : peu importe, car on refuse de développer envers eux une sympathie. On peut bien deviner de nous en eux, repérer des liens à certains endroits, mais c’est la pourriture et on ne la veut pas aimable. Ce milieu est nauséeux et on ne réforme ou pardonne pas aux hommes et aux espaces qui se sont livrés à la boue des boues. C’est direct à la fosse, au goulag les places sont déjà prises ! Les mauvaises fréquentations menant à ce désastre ne sont pas moindrement abjectes ou corrompues, seulement moins criminelles. Ce dégoût généralisé, voire cette paranoïa et cette hostilité, dopent la tension. La tendance du film à récupérer des clichés ou cibler le sale sans précautions y ajoute en fatalisme et détermination. Il est évident que la gamine va s’enfoncer dans un traquenard, que son amie trop soucieuse de son apparence (pourtant ridicule) est un poison. Et naturellement chercher une connexion ou seulement des réponses dignes est souvent un acte désespéré ; l’est toujours là où il n’y a que de la bêtise et de l’égoïsme débile.

La mise en scène d’une lourdeur et d’une candeur exquises rend l’expérience presque passionnante, en tout cas immersive. Les spectateurs réticents vont d’autant plus s’exaspérer qu’ils auront légitimement l’impression d’être forcés. Si on apprécie pas ce qu’est devenu Rambo, on aura l’ivresse mauvaise ou rejettera en bloc, d’autant plus si au lieu de plans sans détours on préfère des ouvertures, au lieu d’un choix manichéen on préfère tendre la main. Pourtant ce cinquième Rambo assure une continuité et une synthèse parfaites, spécialement avec les premier et quatrième opus, soit les sérieux où le personnage apparaît comme une icône brisée et se prête facilement à la critique de l’imaginaire guerrier ou impérialiste américain. Simplement il est tard et les questions de gloire ou de contre-gloire ont perdu leur sens. John est un personnage tragique approchant le crépuscule. C’est un homme fort qui met sa monstruosité au service d’actes justes, est capable de maîtriser sa violence potentiellement infinie et chaotique. Ses actes sont extrêmes mais son attitude est simple.

La stylisation est ‘naturelle’ ou axée sur ses comportements, sa présentation pourtant complaisante n’a rien de fantoche ou à demi surnaturelle. À 73 ans il ressemble parfois à MacGyver et est à l’opposé des chorégraphies asiatiques ou des déambulations de pacotille qu’elles soient hollywoodiennes ou exotiques comme celles dans Bacurau. Contrairement à celui de sa seconde jeunesse (donc des opus II et III), le Rambo actuel a des limites, souffre durablement et sur tous les plans après une dérouillée. Même lui peut être impuissant (comme le sauveur incomplet dans Hardcore), ce n’est pas Chuck Norris ou JCVD, ni Bruce Lee, il est soumis aux mêmes lois que les autres, simplement il est largement plus fort. C’est son don et sa malédiction. C’est pourquoi ce film est à la fois réaliste et grotesque, en allant aux extrêmes du vraisemblable et d’une vie extraordinaire, celle d’un type au désir de paix éternellement frustré, honnête et capable d’amour même au comble de sa rage. Il faut peut-être un film d’exploitation désinhibé pour toucher ces émotions sans passer par des médiations amphigouriques : ceux qui souhaitent des justifications n’ont qu’à se reporter sur John Rambo, l’opus précédent approuvé par David Morell (le créateur du personnage).

Note globale 76

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