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CAM CLASH *

14 Mai

2sur5  Cette émission fascinante est un remarquable témoin de la rectitude morale superficielle de notre époque (cette superficialité casse des réputations et anéanti les débats mais reste un progrès par rapport aux véritables inquisitions, dans la mesure où l’exclusion, les amendes et les interdictions sont la peine légale capitale). Les passants sont pris à partie ou simplement exposés à des injustices, des souffrances, des discriminations (ou même des excentricités) et réagissent ou s’abstiennent dans un contexte de caméra cachée. Cam Clash prétend donc organiser des expériences (d’observation) sociales. C’est avant tout une émission de vérificateurs : les gens sont-ils sensibles aux supposées plus hautes vertus et donc au respect de chacun, c’est-à-dire de leur égalité et de leur liberté à tous les uns par rapport aux autres ? Sous l’indifférence, n’y aurait-il pas des racistes en sommeil, des machistes ou des réactionnaires ?

Cette émission de service public (diffusée sur France 4) utilise aussi des thèmes en-dehors du catalogue de la « cage aux phobes » (haïssez De Villiers mais constatez aussi qu’un programme si surréaliste donne des armes à lui et à d’autres de son bord). Ce sont généralement des extensions ou des sujets à la mode (le manspreading). Le goût de s’indigner pour tout et n’importe quoi tant que c’est acquis ou insipide fait chuter parfois. Ainsi l’opus sur la discrimination des fumeurs est un ratage même du point de vue du gueulard enragé ou de la victime aux aguets. Celui sur le doublage dans les files d’attentes est bien crétin aussi. En fait, lorsqu’il s’agit d’incivilités pures et simples, l’effondrement est facile – les gens s’ennuient ou s’agacent, que peuvent-ils bien faire d’autre ? D’ailleurs l’émission ne récolte rien de mieux. Elle prend alors la tournure d’un sketch en train de s’écraser.

La non-surprise c’est que les gens dans la rue vont massivement dans le sens des commanditaires. Ironiquement, dans les témoignages d’individus face caméra suivant les simulations, chacun vient confirmer simplement, ou pire, marteler son indignation simplette et catégorique. Il y a même des champions pour venir pleurer, se plaindre, rappeler que le combat n’est pas fini, que le progrès ça continue, qu’il ‘y en a encore’ [des gens comme ça !], qu’il ‘y a encore’ de l’homophobie, du racisme, etc. Parfois, ce qui est simultanément mieux et pire (car on passe à la candeur suspecte), certains s’étonnent juste de l’insensibilité des gens (abstraits ou participants). Cam Clash est donc une piqûre de rappel : les gens absorbent l’ingénierie sociale et, outils, parlent comme des outils, pour sauter aux conclusions, relever le compteur et appliquer le diagnostic prescrit – qui doit rester insatisfait éternellement, comme tout idéal, comme toute utopie.

Nombre de ces témoins, à l’égal des organisateurs de l’émission, tendent à oublier la réalité dès qu’il est question des races ou des sexes (moins quand le problème tient strictement à des comportements, où l’identité de la personne perd de son importance). En regardant Cam Clash on pourrait croire que tout ce qui les structurent intellectuellement, tout ce qu’ils ont de sens moral est social, dépendant et ‘gentil’. La moralité d’ado complaisant a gagné. Nous sommes au niveau des gens postant des commentaires sur youtube ou les sites d’info (ou de réinfo new age/apocalyptique) en accusant tout le monde d’être des égoïstes, des arriérés ou atrophiés (avec des qualificatifs variables selon le niveau et les cibles propres au lieu), des abrutis. Le ‘non-jugement’ s’élève comme principe fondamental, hypocrite et éventuellement inquisiteur, de l’homme de la rue aujourd’hui. Il ne doit pas estimer, hiérarchiser les choses. Les reacs anti-selfies, eux, ‘jugent’. Chose amusante, les populations normalement préservées, en tout cas dans les sujets relatifs au racisme ou aux discriminations, peuvent s’avérer les seuls fautifs ! Même les arabes vont devoir passer au rouleau-compresseur du ‘politiquement correct’ et on voit qu’ils sont récalcitrants (et que des gens hésitent à répondre pour porter la bonne parole face à eux), notamment sur ‘Il n’est pas Charlie’. Avec la relativité du politiquement correct (la vieille musulmane devient l’intolérante de service face à une fille vêtue trop court) et le sinistrisme, chaque communauté ou personnalité peut donc avoir du souci à se faire. Voilà de quoi rassurer les troupes de non-gauche ou de non-‘civilisés’, dont les rangs pourraient grossir si les opérations et opérateurs de la justice sociale desservent davantage qu’ils ne servent leurs clients ou vaches à laits.

Pour le meilleur et pour le pire c’est efficace. On s’imagine ce qu’on répondrait dans la situation, ou revient à ce qu’on pense (et le met à jour ?). Les mises en situation basées sur le harcèlement fonctionnent, notamment lorsqu’une obèse ou une transsexuelle est attaquée gratuitement. Les ‘bourreaux’ sont alors insupportables, car ils en sont vraiment. Comme les beugleurs du métro sympathisants FN ou assimilés, ils commettent l’erreur d’attaquer un individu et d’y trouver l’incarnation prête et parfaite d’un vice, d’une menace, d’un égarement, réels ou présumés. Contrairement à eux ils se contentent du mode de vie et du cas strictement individuel d’une personne pour l’attaquer alors qu’ils n’en connaissent rien (et même dans ce cas il en faudrait beaucoup pour prétendre à un début de légitimité). L’humiliation voire l’exploitation des inférieurs en tant qu’employés sont également choquantes. Pour le reste, Cam Clash est l’occasion de constater à quel point on est dur ou cynique, ou simplement blasé ou découragé, par rapport à ce qui serait présentable devant un auditoire jeune, urbain, mixte et policé.

Mais Cam Clash et les probables trucs dans le genre oublient une chose majeure : tout le monde n’est pas dans la ‘réaction’. Et les accidents mis en scène peuvent aussi introduire d’autres impressions ou anticipations. La méfiance par rapport à un traquenard n’est jamais évoquée (n’est-elle légitime que de nuit ?) – sauf, sur une soixantaine d’éditions, par un pleutre parmi d’autres critères pour justifier sa lenteur. Tout le monde ne s’inscrit pas simplement dans le moment présent, à se braquer direct, sans voir ou entendre rien de plus que ce qui s’affiche immédiatement. Tout le monde n’a pas envie de s’impliquer dans quelque joute sans impact ni bénéfice. Cette omission de la part de Cam Clash n’est pas que toxique. Elle est conditionnée par une volonté de démonstration, qui rappelle l’optimisme nourrissant cette vision de la justice et des liens sociaux, dont Cam Clash est un agent. Mais là-dedans il n’y a pas de place pour le dialogue, ou alors hypocrite, téléguidé, servant plutôt à répartir des rôles. C’est prégnant au restaurant asiatique avec les clients hilares et incultes. Que voulez-vous faire contre des débiles décidés à brailler ? Il n’y a que la répression et le silence qui vaillent pour l’immédiat (les leçons ou même l’apport d’informations seraient bien vains) ; mais il y a aussi la possibilité de s’étaler, se souiller dans des conversations aberrantes entre sales gosses puants et gosses valeureux, enfin d’afficher son indignation et l’opposer à ces forces obscures, en l’étayant avec ses émotions et une gravité le moins feinte possible. D’après Cam Clash, les dignes et les braves s’étalent.

Tout le malheur de cette émission c’est de monter des hommes de paille. Elle nous fournit le racisme (et le reste) vus par ses ennemis ‘bien-pensants’. Les déviants vont trop loin tout en restant parfaitement odieux ou stupides, la combo étant bien sûr appréciée. Dans ‘Un pays de race blanche’ la plus vieille des complices balance « La France, on nous l’a dit à la télé hein, c’est un pays de race blanche » ; le Jean-savant en face va la rabrouer pour sa bêtise, idem dans chaque sketch basé sur la discrimination ou le racisme. Une facho ne réfléchit pas ; son contradicteur consciencieux au contraire s’abstient certainement de regarder Hanouna, d’aimer Trump et sait avoir ‘du recul’ comme tout individu posé et évolué (en pratique cela consiste à ne trop rien penser de précis, ne pas dépareiller et convoquer des expertises ponctuellement). Certaines défenses sont remarquables et devraient sonner comme des lapsus. Dans ‘Elle insulte une femme voilée’ (publié dans les débuts en février 2015, dépasse les 7 millions de vues), les compatissants (et protecteurs au grand cœur) brandissent à la facho : « vous avez qu’à fermer les yeux ». Il faut s’éteindre et accepter. Les yeux ce n’est qu’un début, l’esprit doit suivre absolument. Jusqu’à ressortir une telle phrase pour remettre sur les rails une déviante – non pour sous-entendre qu’on est contrarié soi aussi sauf qu’il n’y a pas de recours, ce qui à froid semblerait plus évident (s’agirait-il d’un retour du refoulé ?! On est jamais sûr que la bête est morte – cette émission d’ailleurs le laisse entrevoir !).

En revanche, les ‘victimes’ ou ‘bonnes personnes’ selon la mise en scène ont carte blanche (à quelques exceptions près où il s’agit de vérifier la tolérance aux nuisances dans les transports en commun). Et c’est ainsi que Cam Clash s’autodétruit. L’épisode ‘Elle ne sait pas se garer’ en est le paroxysme. La femme au volant galère longtemps et se place en mode ‘jédédroi’ pour épuiser son monde. Sa répartie ingénue mais agressive est une blague, un appel à colère ou la moquerie, surtout quand un homme propose de garer la voiture – ah mais justement, cette intervention est SEXISTE ! Le complice essaie de pousser ses cibles à prononcer des saletés afin de faire tenir la démonstration et d’épingler des coupables. Au pire il faudra des oppresseurs masqués ou des gens inconscients de leurs discriminations et de leurs préjugés. En conclusion de ‘Femme enceinte’, l’animateur et son interlocutrice doivent composer avec de maigres résultats : personne n’a dit d’horreurs, mais des gens pensent tout bas comme ‘ça’, c’est sûr !

Potentiellement, tout ça relève facilement du comique. Mais la chape morale est là, qui s’abat même dans les cas objectivement grotesques. Elle atteint le lourdingue dans ‘Femme enceinte’ avec ce personnage insupportable de femme teigneuse (une de ces ordures trop imbues de leurs bonnes raisons de s’afficher et de faire ‘scandale’), qu’apparemment il faut trouver tout à fait courageuse et méritante. Les interventions avec le chauve ou la blonde souvent tenue pour ‘vieille dame’ touchent au limite ; ‘Il n’aime pas les vieux dans les transports’ a tellement l’air d’une farce, le décalage maintenu par l’émission en devient curieux si on ne l’a pas simplement oublié car on est occupé à se marrer. Rien que cette prémisse selon laquelle il faudrait être sur le qui-vive, à chercher les injustices et victimes à protéger, a de quoi rendre sceptique ou hilare selon sa sensibilité – chez les gens ne sentant pas cet appel, naturellement. En tout cas le visionnage vaut le coup. C’est délicieusement lourd et il y traîne de modestes perles, côté chevaliers blancs ou bien salauds. L’essai sur l’avortement donne à réfléchir : la dame au bar a bien raison en proférant « des fois un coup de bite ça débouche les neurones ». Cette jeune catholique le mérite sûrement (par principe – enfin un qui soit noble et agréable) ! mais elle devrait aussi poursuivre son combat – or ce n’en est pas un, car nous sommes en 1974+41. Tout comme le refus d’accueillir des réfugiés, ce n’est pas une ’cause’ puisque c’est une mauvaise ’cause’.

Note globale 36

Critique sur SC

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WALKING DEAD – SAISON 6 ***

21 Sep

Je traite cette saison épisode par épisode plutôt qu’avec une critique. Ce sera probablement exceptionnel. J’ai revu les trois premières saisons avant les derniers épisodes de celle-ci ; c’est bien ce qu’est devenu Walking Dead qui est plutôt trivial, je n’ai pas eu d’hallucinations sur les cinquante premiers épisodes.

Le pilote (62min) comprend de nombreux ‘flash-backs’ en noir et blanc (scènes nouvelles ou déjà diffusées ?). Les petits intermèdes avec les zombies ponctuent les confrontations plus intimistes et les démarchages de Rick. Épisode très sentimental, orienté relations, d’une manière qui permet rappels et mises au point.

Second épisode excellent, barbaque, combats, urgence, avec des antagonistes sortant de tous les coins et même des humains malfaisants ; tout ce qui fait la force et l’intérêt de cette série.

Le troisième contient un événement de la plus haute importance, entre autres catastrophes tombant sur nos héros ; de quoi compenser des manières poussives et un énième tambourinage, cette fois sur les doutes et les tergiversations plus que sur les sentiments.

Épisode 4 prodigieusement con, formulant avec génie de la pure connerie. Quand un groupe ou des individus se sortiront de galères apocalyptiques avec ce genre de mentalités, nous aurons changé de dimension. D’ailleurs, on en voit déjà les résultats ; il reste à supposer que pendant six ans le type s’en est tiré, puis forcément dans le présent, ce serait trop gros à avaler. On peut (faire semblant de) croire, tant que la crédibilité n’a pas à être testée. En somme c’est plutôt une bulle de rêve, reconnue in fine comme telle, tout en exaltant les tentations mielleuses polluant la série depuis le début (et actives depuis la quatrième saison).

Cette dimension niaiseuse ravage l’opus suivant, sans que ce soit trop dégoulinant, pour une raison simple et triste : c’est devenu une habitude et un devoir. Tout le monde chouine, s’entraide, parle en vain, fait et refait ses grands constats mélodramatiques – mais le souffle n’y est pas, c’est juste une mécanique. Heureusement cet épisode contient quelques surprises (ou embrassades/cajoleries), dont une au niveau du design, avec les zombies des égouts.

Le dégueulis bouddhique-Charlie psy-cul s’amplifie dans l’épisode 6 puisque Sasha prend la parole face à la brute épanouie de service, campée par un rouquemoute à moustache. Les mésaventures de Daryl relèvent le niveau, sans être à l’abri.

Mdr illépamor ! Ainsi commence le septième volet, fort en parlotte et en moments très très dramatiques. C’est déjà beaucoup : en terme d’actions (ou d’impulsions) stupides, on va également battre un ou deux records (les ‘autochtones’ essaient de se viriliser). Heureusement cet épisode lance plusieurs ouvertures – jusqu’au coup-d’envoi décisif au plan final.

Le huitième épisode marque un sursaut grâce à l’invasion. Le niveau émotionnel remonte (rage ‘avec’ Carol), en plus du barbaque. Les mots de la mourante sont touchants, pour une fois – et avec sa notion de « famille » l’agonisante est encore plus aux prises avec le vrai que tous les autres illuminés de la bienfaisance.

Le neuvième épisode sera l’un des meilleurs de cette saison. Après une intro truculente, il réserve notamment une scène incroyable (cauchemardesque par le contexte, presque aussi dans le rythme et la forme), avec un solde de trois voire quatre morts en quelques petites minutes.

Dixième épisode posé, efficace et sans baratin. Ça fonctionne, mais la reprise de la série n’est pas garantie.

Arrivée dans la communauté de Jésus pour le onzième épisode. Le contact est difficile et quelques détails sont brutalement (annoncés ou) réglés. La série se tient mais on reste dans l’expectative.

La lenteur du 6×12 le confirme, avec son passage en revue des recrues et de leur moral, avant l’opération contre la communauté adverse. La mise en scène est lourde, la musique envahissante. Les personnages sont tendus et doivent se positionner. On sent la volonté de frapper fort mais le résultat relève du film d’action ‘carré’ avec supplément mielleux.

Toutes ces pudeurs morales sont enfin mises à bon escient et confrontées à la pratique dans le treizième épisode, excellent à l’échelle de cette saison.

Quatorzième opus un peu mou, avec le boostage des deux nerds de service. Contient la mort d’une personnalité secondaire.

Nouvelle démonstration de force contrainte par Carol dans l’avant-dernier épisode, où elle tente une fuite en solo. Son personnage avait déjà considérablement évolué pendant la saison 2, elle s’est à la fois perfectionnée et attendrie dans cette saison 6.

L’ultime épisode est en forme de road-movie nihiliste. Il marque l’entrée de Negan et sa bande et s’achève de manière très brutale.

Note globale 70

MINUSCULE ***

17 Sep

4sur5  Lancée en 2006, Minuscule en est aujourd’hui à sa troisième saison (depuis 2012) et a eu les honneurs d’une adaptation en salles, l’excellente Vallée des fourmis (2014). La série met en scène les péripéties de petits animaux, insectes notamment, dans la campagne française. L’animation 3D se mêle aux décors naturels. Le résultat est extrêmement joli, en toutes situations. Malheureusement, un aspect peut s’avérer plombant (il concerne surtout la première saison) : les auteurs de Minuscule semblent interdire à leur série de développer son propre caractère.

Inspiré du film documentaire Microcosmos (1996), Minuscule en est une version burlesque et quelquefois, contemplative elle aussi. C’est ici qu’est le problème : dans le rythme et le contenu même des balades. Il y a beaucoup de redites dans les gags ou les idées, les histoires sont parfois faibles et les personnages trop souvent peu réactifs. Là encore, cela concerne surtout la première saison 1 et les débuts, mais cette dimension restera une donnée de fond toujours prête à exercer son influence. Même les stars comme la coccinelle mettent du temps à s’affirmer avec des traits structurés.

L’humour est généralement un problème et gagne à rester à l’arrière-plan. Pour autant, il reste toujours un charme intact, des éclats redonnant la foi pendant les tunnels trop longs ; et accessoiremment, un potentiel mirifique ! De plus, on ne soulignera jamais assez la qualité technique de Minuscule : il ne s’agit pas seulement de sa beauté plastique, mais également de l’aspect de ses petites créatures ou de son animation modèle ! Les  »voix » et bruitages sont à cette image, signant un travail immense et virtuose, malgré cette sécheresse récurrente, cette âme en sommeil.

Curieusement, un certain relâchement au niveau de la narration va profiter à la série au fil de son évolution. La saison 2 se montre beaucoup plus inventive et mise sur de nouvelles initiatives des insectes pour s’approprier l’environnement, au lieu de les empêtrer dans des situations cocasses et besogneuses. Le ton se fait plus délicat, l’action plus lisse, fermée autour d’une initiative : on cherche (et trouve) l’agréable performance en expérimentant des lubies audacieuses, comme la conduite d’une voiture ou la fabrication de pièges. Enfin il faut reconnaître que cinq minutes de Minuscule, n’importe lesquelles, valent largement le lot commun des courts de Pixar.

Note globale 7+

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MR. BEAN ****

16 Sep

4sur5  Pour qualifier Bean et justifier son adhésion ou son rejet, on convoque souvent cette étiquette faisant si souvent autorité : « humour britannique ». Dans son style et dans ses drames, Bean est anglais, certes, mais avant tout il est l’homme puéril pris en flagrant délit de médiocrité et de décalage grotesque. Il vaut mieux passer pour un assassin que pour un Bean : il vaut mieux être un peu inhumain que d’être bas à ce point sur l’échelle de la dignité humaine.

Immature, dépourvu de la moindre profondeur ou pensée, réunissant tous les vices les plus minables ou régressifs, Bean est aussi un être touchant dans sa connerie. Il n’est pas certain qu’on en veuille pour ami, mais côtoyer un tel cataclysme a quelque chose de fascinant. Bean est presque une figure anar, malgré lui naturellement. À chacune de ses actions, il s’illustre par sa bêtise d’enfant égoiste dans un monde cohérent et adulte. Ce monde, il n’en comprend jamais rien, d’ailleurs Mister Bean ne saisit ni ne soupçonne l’essence et la logique de tout les objets auxquels il se cogne, qu’ils soient vivants ou inertes, adaptés ou pas.

Ainsi il passe pour un forcené totalement destroy, même quand il ne l’est pas ! Ce qu’il y a de brillant dans sa surenchère de débilités, c’est cette manie de parodier le réel en permanence, jusqu’à soi-même être un gros troll apocalyptique de façon systématique. La série est aussi un bonheur dans le sens où elle ose se moquer d’un état physique et mental ingrat ! Mais Bean le rend bien à ce public invisible se moquant de lui : jamais il ne ratera l’occasion de commettre une méchanceté, attitude qui en d’autres circonstances (notamment s’il avait du pouvoir) le rendrait très inquiétant.

Avec ces tendances cohabitent une grande sensibilité aux normes et au regard des autres, ainsi qu’un besoin de mettre les objets en conformité. Là s’exprime sa dualité : soit il appuie des règles extérieures d’une pauvreté assez triste dans le fond, soit il applique son bon sens totalement décalé. Ces deux polarités, comme sa dynamique permanence entre conformité aberrante et égoisme abyssal, nourrissent le comique du spectacle ; et on le voit ainsi déambuler entre des options toujours excessives et pathétiques.

Tournée entre 1990 et 1995, la série ne compte que 14 épisodes de 26 minutes. S’y ajoutent deux opus de dix minutes (The Library et The Bus Stop), prolongements bienvenus. Ce nombre relativement faible étonne rétrospectivement pour une série citée à ce point, qui est restée active longtemps et de surcroît avec un format court. Le personnage de Bean est une telle référence que Rowan Atkinson y est assimilé pour l’éternité. Il a ressuscité l’homme aux mille borborygmes pour un numéro spécial pendant la cérémonie des JO 2012 (à Londres).

Les péripéties se sont prolongées dans une version animée. Il y a eu également deux films officiels : le premier, Bean (1996) extrapole la bêtise du personnage et aligne des morceaux de bravoure inouis ; le second, Les vacances de Mr Bean (2007), abandonne définitivement la méchanceté, pour le meilleur et pour le pire.

Note globale 8

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BREAKING BAD ****

15 Sep

5sur5  Depuis une dizaine d’années, le monde de la fiction adule les anti-héros. Avec Breaking Bad (2008-2013), nous en trouvons un plus subtil, véritablement ordinaire lui, propulsé vers un destin d’exception mais peu enviable. Au tout début, Walter White (Bryan Cranston, soit Hal le papa hystérique dans Malcolm) est un petit prof de chimie légèrement victimisé. Il apprend qu’il a un cancer du poumon. Voilà où il en est, dans sa petite vie sage de fantôme résigné. Il a raté sa vie, nous découvrirons à quel point au fur et à mesure, car c’est un génie potentiel qu’on a étouffé. Il s’engage alors, soudainement, dans un trafic de drogue avec son ancien élève Jesse Pinkman (Aaron Paul). D’abord avec un prétexte, puis très rapidement, toute une vie en marge commence.

La saison 2 est marquée par l’entrée en scène de nouveaux personnages sensationnels, comme Saul, l’avocat aberrant ; Jane, proche de Jesse ; Mike ; puis déjà s’immisce Gus. Les scènes ubuesques se multiplient, notamment avec le deal factice et les premiers contacts avec l’avocat. Dans la saison 3, Walter est séparé de sa famille et de sa femme, désormais au courant de son trafic et sa double-vie. Le démarrage de la saison 4 est curieusement moins convaincant ; puis on atteint des sommets de gravité et de tension, avec des personnages totalement remis en question et chamboulés par les événements. Cette saison est une incroyable accélération, voir rupture.

Enfin dans la saison 5, Walter est à la tête du petit royaume de la met’. Encore une fois et même s’il ne s’en rend pas compte, Walt n’a pas la carrure, ou alors il devra encore forcer sa nature. Même s’il gère efficacement, il n’est pas crédible à cette place. Mais il est ambitieux et stratégique, parfois risque-tout. La fièvre et la dureté sont bien canalisées, pour construire un « empire ». Ce business est sa seule raison de vivre et d’agir, il a tout perdu, il n’a plus qu’à être une légende ; il est déjà sinon mort, au moins plus de ce monde, sans plus de contact avec ce qu’il a été. Il est une puissance sans attache ni label, une machine et il ira au bout. Cette dernière saison est une folie et elle renforce la position de Breaking Bad dans la liste des meilleures séries connues à ce jour.

Breaking Bad n’est pas une série comme une autre. Quand un drame surient, il n’y aura pas de substitut, pas de deus ex machina. Chaque action, chaque événement, a des conséquences sur lesquelles aucune ellipse ni aucun truc cinématographique n’a de prise. Les scénaristes osent composer avec les contingences logiques de la mise en relief de leur inspiration. S’il y a une bonne idée, il faut prendre tous ses aspects, ceux qui vont menacer à moyen ou long-terme aussi. Tout n’est pas possible : et il est rare qu’une œuvre, dans quelque domaine que ce soit, soit capable d’assumer le principe de réalité et se montre irréprochable sur ce point. C’est d’autant plus admirale que dans Breaking Bad, cette résignation décuple l’intelligence du récit et amène à des situations aussi imprévisibles que  »terriennes ».

Et c’est ainsi que Breaking Bad nous semble toujours si limpide. Son authenticité crue est un cadeau inespéré. La série aime montrer toutes les tentatives désespérées, les moments de solitude des personnages. Elle cultive une proximité avec nous spectateurs, devant ces personnages ordinaires dans des situations tendues ou extrêmes certes, mais presque toujours parfaitement réalistes. Les personnages sont tous croqués avec soin et profondeur et un attachement presque  »objectif » se crée pour chacun d’eux, parce que nous avons l’impression d’écouter des inconnus que nous pourrions croiser. Il faut enfin noter ce lot de séquences hilarantes et miraculeuses, ces petites bombes burlesques comme celles avec le vieux à la sonnette (on dirait du Coen en plus mordant).

Cette série déclenche une boulimie impressionnante ; on la regarde avec une facilité déconcertante. Il n’y a même pas de retour sur soi ; quand la nécessité d’un jugement se fait sentir, on est simplement impuissant : on a déjà senti cette légèreté, ou peut-être ces  »exploits » trop bons mais trop évidents : mais ils font partie du plaisir et de la perfection de cette série : tout y frappe avec une puissance douce et une précision absolue. Un joyau pur, où rien n’est de trop et qui n’a besoin de rien de plus.

Note globale 93

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