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LES ÉBLOUIS **

21 Nov

3sur5  Le point de vue d’enfant conforte l’intensité mais aussi tous les biais et limitations évidemment associés ; le dossier s’alourdit sans se nuancer, même lors des horreurs. On ne survole pas le sujet, mais le traverse avec des œillères. Au lieu d’aller chercher les racines du conformisme, on se contente d’en tenir un outrancier et en désigner les effets. C’est peut-être une façon de mieux poser son refus et de réécrire l’histoire d’une adolescence accomplie après des épreuves de honte et de privation. Le film conduit à se révolter et, modérément, souffrir par procuration (ce n’est pas carrément une décharge comme peut fournir n’importe quelle œuvre un peu cruelle et amorale telle Love Hunters), mais il tâtonne et s’avère oublieux s’agissant de sonder ou simplement s’expliquer une secte ou un embrigadement. La poignée d’éléments solides sont simplement cités à nouveau au lieu d’allonger la liste – par exemple ces bêlements des fidèles accueillant le prêtre (puis l’inévitable attentat sexuel qui pourtant a une vertu : être le plus limpide donc celui autorisant la rupture, l’abandon de sa propre inhibition).

L’absence de recul rend même les personnalités clés insignifiantes et plus seulement volées comme elles le sont dans cette expérience. La mère, sur laquelle le film mise beaucoup au départ, est rapidement mise à distance. Elle est l’instrument d’une scène géniale où elle se fait dire cette phrase merveilleuse (hors-contexte ou généralisée) : « Si tu n’es pas capable de perdre tu n’as pas ta place ici ». Décidément, la faiblesse appelle la faiblesse et tous les remèdes sont pourris ! On voit cette femme ravaler sa colère et subir l’injustice légitimée par ceux qui lui parlent à tort ou à raison comme à une enfant – encore ! Et la gamine voit sa mère définitivement enfermée dans son enfer et mise à terre ; elle ne peut se faire confiance ni même s’entendre, elle est faible, tourmentée et crispée sur les pauvres acquis qui peuvent la consoler et enfin la cadrer ; rien de surprenant à ce que plus tard elle trahisse ceux sur lesquels elle doit veiller. Malheureusement pendant une heure, elle n’a plus été intégrée que pour jouer son rôle caricatural dans la secte ou, plus spécifiquement pour l’auditoire, son rôle de mère déviante par petites touches convenues. Le personnage est probablement isolé (plutôt que véritablement délaissé) faute de traitement satisfaisant. Comme pour Au nom de la terre, l’autobiographique est handicapant s’agissant de prendre le dossier et les personnes en charge jusqu’à l’os. Trop de pudeur là où il serait bon de mettre la lumière, pour améliorer la conscience des êtres et donc la perception de ce qui a réellement été. Les éblouis se condamne donc à la stérilité analytique sur l’aliénation – mais pas instrumentale, car il peut servir de renfort à un public engagé, athée ou même des groupes sociaux désireux de justifier l’intrusion dans la vie privée des familles et collectivités.

Son regard reste puissant et il est efficace comme réquisitoire tempéré par une juste compassion pour les lâches complices – ni pardon ni diabolisation. Au-delà l’éveil d’une jeune fille et des fanatiques, il donne à voir la réalité comme le royaume des zombis et de leurs complices tout aussi passifs : l’ensemble des gens y sont aveuglés, terrassés par la force d’inertie, partout, même le copain attentif, les grands-parents indignés, ou à la limite la femme de la brigade des mineurs qui est sensible et prête à entendre la fille, mais est resté bien leste. Les gens peuvent bien brailler ou être en proie à l’anxiété, ils restent des réceptacles. Malheureusement cette conscience n’est pas assimilée ou assumée et cela engendre un film qui refuse de se voir lui-même, de sortir de son cadre pour ne pas être l’otage d’un compte-rendu qui n’a que sa subjectivité pour se dominer – doublé d’un jouet parfait pour ceux qui aiment glisser le poids de la norme dans le rétroviseur et jamais dans les institutions ou les forces du présent, ni dans les ghettos bien sous tous rapports voire couronnés de prestige. Par exemple, il serait bon de signaler que les souvenirs ‘atroces’ réveillés lors des prières sont un élément commun avec la psychanalyse – secteur autrement difficile à attaquer ; tandis que contre les cathos, surtout s’il s’agit de les amalgamer avec leur pire, la bienveillance et les subventions coulent aisément. Avec des acteurs aux compositions étonnantes dans le cas présent, spécialement Camille Cottin en comptable hypersensible et guindée.

Note globale 62

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Suggestions…

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LES HIRONDELLES DE KABOUL ***

7 Sep

3sur5 Ce film arrive à palper l’horreur sans l’esthétiser ni rendre la séance invivable (ou simplement laide, comme le sont souvent les films ‘live’ sur l’Occupation, où tout doit être gris). Un peu de fantaisie ou de niaiserie l’aurait sans doute condamné et comme le film sera vu par des neutres ou des convaincus, il pouvait facilement s’effondrer dans la connivence – d’ailleurs il ne brille pas par sa complexité ou sa considération pour les antagonistes. Heureusement en plus du manifeste anti-autoritaire irréprochable mais fatalement tiède, nous avons droit à un tableau vivant des façons de vivre dans un environnement fondamentaliste. Y gesticulent des héros compromis.

Bien qu’en première instance il soit question de la violence et de la soumission des femmes le film est concentré sur les hommes. Ils sont souvent coupables, les deux principaux dans cette histoire sont complices malgré eux, tandis que Nazish (demi-fou transformé en vieillard dans le film) est lointain. Quand vient le temps de sanctionner la femelle égarée l’ouaille disciplinée bombarde une déviante nichée sous sa burka ; de quoi conserver une distance, qui vaut bien une drogue pour renforcer les convictions forgées par des années de rappels extérieurs et de dialogue intérieur sous contrôle. Le film démarre sur une distance doublement perdue pour Mohsen (avec la voix de Swann Arlaud, aussi en monsieur sensible décalé et désabusé dans Perdrix sorti au même moment) : en participant aux festivités il perd ses certitudes sur lui-même et ses convictions, tout en étant charnellement affecté par ce qui jusqu’ici l’indignait simplement (ce personnage est le meilleur pour établir une connexion avec l’auditoire occidental ou n’importe quel autre, car ses concitoyens, moins dans leurs états d’âmes et davantage dans la réalité, sont trop imprégnés, même si c’est en rageant de ne pouvoir déteindre sur la couleur locale).

L’autre pilier masculin n’en est plus à avoir peur de son ombre. Le marié présente une attitude ‘dépressive’ avec son orgueil et sa combativité anéantis. Pourtant ces deux hommes semblent des personnages positifs. Loyaux et tourmentés, ils n’ont pas les moyens de leur courage. Ils confirment douloureusement l’impuissance et le malheur généralisés, qui concernent les individus des deux sexes ; à l’inverse, certaines femmes semblent trouver leur compte dans cette ambiance totalitaire miteuse. C’est la fuite en avant du sujet incorporant l’oppresseur ou mieux encore, le prêcheur hostile à sa liberté ; malheureusement ce sont des figurantes aussi dans le film. S’il met à profit ses 80 minutes et ouvre à de nombreuses et discrètes perceptions, on peut aussi lui reprocher une certaine superficialité, voire une écriture schématique (et ce scénario rachitique, le point noir ‘technique’ du film). Le livre de Khadra semble moins à charge, évoque les raisons de chacun (l’aveu y survient bien avant le drame). Ici elles se devinent, mais on ne voit pas l’effet du conditionnement sur les individus clés et leur construction, seulement le résultat du conditionnement ou la façon dont on le gère aujourd’hui (cyniquement pour Mirza, avec cruauté pour Qassim). Par contre on en tire une grande force émotionnelle sans sacrifier l’élégance.

Le film abonde en détails et micro-conflits significatifs, comme ce contraste entre le mari embrouillé récoltant une proposition de trafic (d’armes) de la part de son ex-chef de guerre [contre les russes] versus celle du vieux prof dans une université désaffectée incitant Mohsen à enseigner du ‘vrai’ et des humanités dans son école clandestine [contrairement à l’école coranique]. Ou encore ce passage au commissariat où rien ne peut se dire puisqu’existe déjà la ‘version’, or remettre ici et maintenant cette version en doute, même pour une affaire locale et spécifique, pousserait à toutes sortes de dissonances insoutenables. On ne peut laisser place au doute, à la moindre omission ou ambiguïté, ce seraient autant d’échappatoires dans lesquels les malins s’engouffreraient et les candides s’abîmeraient ; suffit de croire absolument, même un instant, en quelque chose pour sentir aussi cette menace. Il n’y a que la force et le déni prescrit pour soutenir un système avec des bases exclusives et unilatérales, qu’elles soient morales ou autrement construites.

Dans le détail se retrouve ce style de vie ‘autoritaire’ où tout doit être codifié et encadré dans les comportements (et où tout revient aux comportements car eux seuls apportent des garanties au surveillant), dans un contexte miséreux et débile, donc porteur d’aucune grâce ou justification (aucune valeur ‘progressiste’ dans le sens dépassé, actuel comme celui dégradé de la notion). C’est par exemple ce petit geste inutile du chef tapant sur le toit de la voiture pour lancer le signal de démarrage ; quand ils n’ont pas les réseaux sociaux, les nerveux en besoin de souligner leur existence savent bien trouver un moyen de faire écho – et comme d’habitude, il n’y a pas de meilleure manière que celle du courant dominant ou des plus agressifs. Puis il y a ces connexions ‘normales’ qui ne peuvent émerger dans un contexte de censure généralisée : les dessins pourraient servir de preuves en faveur de la tueuse, pourraient indiquer un accident ou un crime passionnel plutôt qu’un meurtre calculateur ; autant de suggestions parasites quand on a par le livre ou la loi un jugement d’office.

Pour les adultes Les hirondelles de Kaboul n’apportera rien de neuf sur le fond. Les gens indifférents à ses thématiques s’ennuieront gentiment, ceux sensibles aux beaux efforts dans l’animation auront de quoi se tenir motivés avec ce monde en aquarelle introduisant des qualités artistiques où il n’y en a pas. Pour les enfants et adolescents c’est une bonne propagande, avec une démonstration claire grâce à la trajectoire de Zunaira, l’introduction de plusieurs lignes de discours et l’absence de rabâchage. Ce film agacera nécessairement ceux qui voudraient montrer tous les visages de l’islam ou rappeler ses vertus, donc fouiller dans le passé lointain. Ici nous avons un focus sur le pire de l’islam, dans un territoire clôt en esprit et détaché en pratique ; cela dit, même avec ses prétentions universelles, elle reste un culte qui dans les faits soutient le comble des sociétés fermées et régressives (les sociétés communistes ont au moins des reliquats de développement technologique et des larbins-citoyens parfois propres sur eux) – les îlots high-tech avec foules de galeux semblent encore des exceptions en trompe-l’œil. Finalement ce film relève sur le fond et sur les principes de ce qu’on peut attendre de mieux de la gauche ‘culturelle’ et de créateurs gravitant dans le [cosmo]politiquement correct. Son existence vaut mieux et pourrait s’avérer plus efficace que la conjugaison d’un million de ‘Pray for Paris’.

Note globale 68

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Suggestions… Parvana

Les +

  • des intuitions et invitations à la réflexion sur les sociétés et le grégarisme fondamentalistes
  • animation et montage, son, mise en scène

Les –

  • trop simple, le scénario en est le premier affecté

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MIDSOMMAR ***

8 Août

4sur5 Le successeur d’Hérédité procède par envoûtement. Il relève brillamment le défi de rendre des horreurs éventuellement acceptables intellectuellement [les penseurs et transgresseurs tout émoustillés de malmener un Christian les admireront certainement], à défaut de permettre une isolation/abstraction ; tout en ménageant un certain stress quand à la suite des événements et alimentant les attentes plus primaires, plus ‘foraines’. Le suspense est pourtant passablement éventé d’entrée de jeu, mais les qualités immersives en sortent indemnes. Il doit bien y avoir un prix à ce tour de force, c’est peut-être pourquoi les personnages sont si crétins ou évanescents, malgré l’écriture d’excellente tenue. Le spectateur risque peu de les estimer et manque d’éléments pour s’y projeter profondément. La monstruosité du film et de la communauté en est atténuée, en même temps que les individualités sont dissoutes – parfaitement raccord avec cette aliénation tempérée par l’inclusion.

Les rejets aussi sont spontanés et épidermiques, car ce n’est pas seulement un film d’horreur ou d’épouvante, mais d’abord une sorte de reportage romancé (et secrètement romantique) sur cette communauté. Le public sent cette invitation dans une normalité qu’on sait (et que le film lui-même reconnaît) anormale. D’où probablement ces explosions de rire excessives dans les salles lors des scènes de copulation (éructations certainement embarrassantes pour les pauvres personnes encore persuadées ou désireuses de trouver chez la masse des Hommes des créatures matures). Dans ces manifestations on retrouve la gêne normale dès qu’on s’oriente sous la ceinture, l’amusement face au grotesque de la scène, puis surtout une occasion vigoureusement saisie de ‘soulagement’. Tout ce monde-là est quand même déplorable ou invraisemblable, cette outrance permet de casser l’hypnose et de minimiser le malaise (la résistance et éventuellement le caractère obtus des rieurs les valorisent donc finalement, en les distinguant des dangereux sujets fascinés ou pire, volontiers complices).

Or à quelques angles morts près le tableau est irréprochable. Dans les premières minutes Dani baigne dans un monde gris, plus ou moins lot de l’écrasante majorité des spectateurs, intellectuels avides y compris. Il lui manque un entourage au sens complet ; c’est pourquoi ces étranges mais pas surprenantes scènes d’hystéries sont le comble du spectacle et non une gâterie pittoresque (ce que sont les exploits gore). Ces primitifs en costumes immaculés n’ont rien à dire aux individualités (sauf dans leur chair angoissée demandeuse de protection, guidance et soutient), mais ils sont capables d’empathie pour les animaux ou païens blessés en grand désarroi. La simulation, à l’usure et en concert, devient un soutien réel et approprié pour la personne ciblée ou la foule impliquée. Les imbéciles journalistes (et beaucoup moins les critiques officiels – eux, comme le reste, se contentent de galvauder les mots et les définitions) nous rabattent les oreilles avec la ‘folk horror’, en louant l’originalité du film mais en le saisissant pour faire part de ce genre venu de loin et prétendument incroyablement prolifique ces temps-ci (il est déjà bien tard pour abandonner tout espoir de consistance de la part de ces gens, mollusques émotionnels et buses mentales, capables d’être raccords qu’avec la publicité, la pensée pré-mâchée et les indications des acteurs ou prospectivistes en chef du milieu). Midsommar s’inscrit effectivement sur ce terrain mais il est aussi sur celui, général, de la religion, dans son optique régressive puisque nous avons à faire à un culte sectaire (et meurtrier). Peut-être ne veut-on pas simplement l’apprécier comme tel car beaucoup de gens instruits d’aujourd’hui sont sensibles aux fumisteries totalitaires et à l’abrutissement par la magie, y retrouvant ce dont ils se privent en arrêtant l’Histoire au présent (voire à l’actualité) et confiant servilement le futur aux experts et aux chimères. Peut-être que les observateurs éclairés sont encore habités par la foi dans le sacrifice et les vertus de l’absolutisme, que les humanistes avancés éprouvent une attirance inconcevable pour ce qui nie ou écrase l’humain.

Bref dans Midsommar les détails sont soignés et significatifs, pour affermir le scénario, les thèmes et l’univers, spécialement pour représenter les stigmates banales ou curieuses du fondamentalisme. Le freaks du club s’avère le chaman à la dégénérescence voulue ; il cumule tous les paramètres requis pour n’être « pas obscurci par la connaissance » et avoir un accès aux « à la source ». Ce goût dévoyé de la pureté se retrouve dans une des dernières scènes où les deux volontaires n’ont apparemment pas reçu l’anti-douleur qui leur était promis pour mieux accueillir les flammes (le lieu et ses moments renvoient à Mandy – par ailleurs l’à peine moins frais The Witch a pu venir à l’esprit). On peut apercevoir plusieurs fois un blond extatique et débile en arrière-plan. Voilà une illustration tout juste exotique d’un ‘ravi de la crèche’, toujours exalté pendant les célébrations. C’est lui qui perd tout contrôle lorsqu’un innocent agresse l’arbre de l’ancêtre ; car son bien-être et sa conviction absolue sont brisés. Seule la colère, la violence et d’autres poussées irréfléchies peuvent émaner d’un tel type face à la crise. Car pendant qu’on s’extasie, on est moins enclin à progresser et s’armer – s’armer intellectuellement (ce dont on peut se passer) mais aussi sur les autres plans (et ça l’héroïne doit le sentir compte tenu de sa difficulté de se laisser-aller). Le film s’avère juste également dans ses passages les plus familiers : ces trucs de couples, de jeunes, d’étudiants universitaires, sont absolument banals mais conçus sérieusement. Sur le papier ils pourraient servir de matière à une sitcom mais ils semblent trempés dans le réel, comme ces sentiments lourds et idiots, ces relations navrantes – éventuellement comiques mais jamais grotesques ou exagérées. Le portrait d’une fille dévorée par ses peurs et anxiétés (et sûrement d’autres choses) est le premier atout par lequel le film convainc (à moins de ne supporter l’exposition de femmes ou filles faibles, compliquant vainement les choses, trop pénibles pour que leurs qualités soient encore manifestes). Le premier par lequel il se déshabille aussi : grâce à Dani, incurable en l’état, j’ai grillé la fin et l’essentiel dès le départ.

Car Dani est comme la borderline de La Maison du diable (film d’épouvante mésestimé et tenu pour un trivial ancêtre des débiles trains fantômes gavés de jump scares – l’habituelle cécité et mauvaise foi des cinéphiles), soumise à la panique, dépendante et en quête constante de réassurance. Elle est peut-être un peu plus individualiste (en pratique – c’est-à-dire qu’elle s’y efforce ou y est forcée) mais aucunement plus résiliente. Il lui faut trouver une famille ou une communauté, un cadre stable avec des liens collectifs infrangibles, confortés et animés par des traditions. Avant d’y parvenir la suspicion demeure, l’enfonce dans sa maladie psychologique et son impuissance à régler ses besoins. Sa conscience de soi éprouvante la conduit près de la paranoïa – la scène avec le groupe de ‘moqueuses’ lors de l’arrivée l’illustre de façon directe et brillante. Plus tard ces portions d’images mouvantes relèveront davantage du gadget raffiné et séduisant. Ces ressentis flous sont la meilleure justification de la passivité et de la confusion des invités à Harga. Les plans ‘vomitifs et anti-épileptiques’ (latéraux, circulaires, semi-perpendiculaires, renversés) du début ne sont pas si pertinents ni originaux – heureusement il s’agit d’une version tout-public, loin du niveau d’une expérience avec Noé (Enter the Void, Climax), plutôt voisine des effets d’un Jordan Peele (Get Out, Us).

Le seul point où le film omet la logique (outre la lenteur des produits importés n’ayant d’égal que celle du développement) doit lui être accordé sous peine de tout annuler. Car une communauté, aussi atypique et située dans le monde occidental aujourd’hui, se crée une menace en procédant ainsi (même les Amish, relativement conventionnels et fiables, se compromettraient en démarchant des visiteurs). Son élite ne semble pas assez naïve ou démente pour l’ignorer.. à moins que le groupe apporte effectivement une sensation d’invincibilité, que le culte et la bulle les ait convaincus d’être rendus ‘intouchables’. En revanche il aurait été intéressant d’en savoir sur les relations entre ce monde clôt et le monde extérieur. Il déborde au travers du terme « matcher » (utilisé, en référence aux profils astrologiques, par la patronne pour convaincre le piteux amant de livrer sa semence), de la référence aux enfants regardant Austin Powers et au petit équipement électronique sur la cheville d’une fille. Sauf qu’il doit être bien plus étendu puisque nous en sommes là ; sur ce point The Cage’s Wicker Man (le costume d’ours est probablement une référence appuyée davantage que le fruit de sages recherches sur l’occultisme) était plus solide et généreux, tout en ne précisant quasiment rien.

Note globale 74

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Suggestions… Candyman + L’Heure du loup + Mort à Venise + Persona + Nicky Larson et le parfum de Cupidon

Ennéagramme : Elle 6 (ou 9 désintégrée), son copain 9w8 à défaut d’une meilleure hypothèse, le black 5, le roux 7w6. Le suédois plus difficile à cerner, avec son milieu d’origine obscurcissant encore la donne : 2, 9w1, 6w7 ?

 

Les+

  • exigence de la mise en scène
  • qualités esthétiques
  • de beaux morceaux
  • sait garder l’attention malgré des manques et des surcharges qui devraient y nuire

Les-

  • longueur certainement inutile (le défaut est courant)
  • des invités bien lents et complaisants ; une communauté aux contours flous et aux relations extérieures opaques, qui pourraient bien anéantir toute crédibilité
  • prévisible

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THE MAGDALENE SISTERS ***

22 Déc

magdalene

3sur5  Récompensé du Lion d’Or à la Mostra de Venise en 2002, le film de Peter Mullan (surtout connu en tant qu’acteur) a crée la polémique en étant accusé d’être un brûlot contre l’Eglise. De quoi renforcer son pouvoir d’attraction, malgré le démenti du réalisateur, assez pleutre alors que son film peut être aisément taxé d’anticléricalisme, primaire éventuellement compte tenu du manichéisme exprimé. Rien ne rachète les sœurs du Magdalene Asylum, toutes des bourreaux, leur directrice en particulier.

Cette univocité reste une composante du film, dont la démarche est somme toute assez facile. Elle nourri cependant la dénonciation de deux systèmes concentrationnaires, l’un de nature religieuse donc, l’autre psychiatrique. Ces deux fonctions se chevauchent et le film montre ainsi à quel point la psychiatrie, au cours de son histoire sinon à la racine, est un cancer potentiel et le prétexte des tyrans. Religion et psychanalyse peuvent facilement être employés par des salauds troquant le courage de surmonter les épreuves de l’homme ordinaire pour des grilles de lecture livrées sans ménagement.

Celles-ci referme alors tous les questionnements, y compris sur soi-même et donc la faculté à s’améliorer fondamentalement ; et autorisent à exercer une emprise sur les faibles qui vous sont confiés, si le pouvoir (ou au moins l’autorité) sont complaisants voir du côté de ces systèmes. Mullan ausculte cet abus de position d’autorité et filme minutieusement le quotidien et les états d’âmes des victimes. Il prend leur parti mais ne déguise rien. En revanche, il perd cette combinaison de sympathie ostensible et neutralité dans l’exécution pour diaboliser les figures négatives, lesquelles n’existent que par leurs exactions ou, comme la mère supérieure, ne font que découvrir des couches supplémentaires de nocivité.

Sa vision est telle qu’on croit souvent assister à une série B horrifique, d’ailleurs la mise en scène s’y prête, tout en excluant bien sûr gore et autres manifestations franches. C’est donc un film coup-de-poing dont la valeur est plutôt sentimentale et physique, la critique sociale vers laquelle il tend, peut-être opportunément plus que fondamentalement, étant désuète et fragile. Le label « based on a true story » ne suffit pas à universaliser le propos, sauf, définitivement, s’il s’agit de montrer comme les individus peuvent se rassembler au sein d’organisations malveillantes en se déguisant derrière des postures normatives respectées ou acceptées par la société. Enfin le film doit beaucoup à ses actrices.

Note globale 69

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Suggestions… Dog Pound + Salo ou les 120 journées de Sodome + Boys don’t cry + Boy A + Tyrannosaur 

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THE BURNING HELL **

1 Juin

2sur5  Film de propagande évangélique dont les négatifs originaux de 16mm ont été restaurés (après avoir été victimes d’une inondation en 2010) en partie grâce à Winding Refn (le réalisateur de Drive et Bronson), qui a fait resurgir cet obscur objet, parmi d’autres (comme Night Tide, Hot thrills and warm chills). Celui-ci est probablement le plus méconnu de tous.

Le pasteur du Mississippi, Estus Washington Pirkle, a également participé à deux autres films, dont la réalisation était confiée à Ron Ormond. Cet ancien nom de ‘l’exploitation’ (principalement dans le western) a fait son grand saut chrétien vers 1970, après avoir été rescapé d’un crash aérien. Il garde une efficacité et une brutalité ‘sereine’ dans la mise en boîte de ce projet fondamentaliste.

Techniquement le film peut se montrer assez laborieux – il est presque misérable concernant les maquillages (dignes du Lac des morts-vivants) et la mise en scène de l’absorption par l’Enfer. La charge macabre n’est pas aberrante en elle-même et participe à rendre concret le danger – les tortures sont physiques, l’âme n’est pas citée en priorité (ce n’est peut-être pas à elle qu’il faut ‘ouvertement’ parler, avec les cibles modernes ?), elle doit sans doute être vouée à contempler éternellement cette damnation.

Hors de ces scènes grand-guignoles, le film se concentre sur les propos du directeur de conscience, la plupart du temps dans son sermon à l’Église, face à un public souvent l’air ravi. Il s’oppose notamment à l’idée que l’Enfer serait sur Terre et souhaite diffuser une représentation de l’Enfer conforme à celle du Nouveau Testament. Il a également le mérite de prévenir les non-chrétiens et les pécheurs de ce qui les attend ! À cette fin le film a été traduit en plusieurs langues, comme l’espagnol et le portugais (l’Amérique du Sud doit être dans le viseur) – les français étant un cas désespéré, ils ont été oubliés.

La séance peut donc être amusante (contrairement à Blood Freak, l’anti-drogues ravagé) sinon agréable, à deux conditions. Il faut avoir le goût des montagnes russes artificielles, de cet aller-retour entre ambiance ravie de la crèche et décharges de violences punitives (des mots d’experts aux flirts avec la cruauté de l’Enfer, en passant par les assauts des asticots). Les charmes régressifs du bis et ceux euphorisants de la prêche religieuse se combinent ! Il faut surtout ne pas se sentir crispé ou menacé par le prosélytisme (et de ne pas être un de ces enfants exposés -donc éventuellement troublé- à l’occasion de son catéchisme -ce qui n’a pas dû se reproduire depuis les seventies).

Note globale 48

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Suggestions… Jesus Camp + Fric et Foi

Scénario/Écriture (4), Casting/Personnages (5), Dialogues (5), Son/Musique-BO (5), Esthétique/Mise en scène (5), Visuel/Photo-technique (4), Originalité (6), Ambition (7), Audace (6), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (5), Pertinence/Cohérence (5)

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