Tag Archives: .62

LA MULE **

31 Mar

3sur5 Sans reproches ni grandes vertus. Cette Mule ne vaut pas grand chose dans l’absolu et nous paraîtrait probablement fade (pas ‘molle’ malgré la lenteur et l’absence de surprises) sans Clint – et la conscience que lui aussi fait un de ses derniers tours de piste. La condition même d’Earl Stone est triviale – ses fardeaux familiaux remontant à loin, les pesanteurs relationnelles, son éternelle décontraction minée par les faiblesses présentes et des prises de conscience (brutes, peu remâchées par la réflexion).

Naturellement cette vieille mule ressemble à son interprète, vieil actif, modérément taciturne, installé sur une pente ataraxique, passe-partout – grâce à ses restes d’ambition et de bon sens commercial, aussi car il a la santé pour jouir des privilèges de l’âge, se rapprocher de l’état de mascotte. Au plus cynique il est encore sans méchanceté, alors on lui pardonne tout. Y compris son racisme, sans haine ni discriminations [conséquentes]. Qu’il soit largué par l’époque contribue sûrement à cette candeur, puis surtout c’est l’heure des comptes – donc de se ramasser sur l’essentiel, plutôt que s’abîmer à jouer un rôle ou s’insérer dans un temps qui n’est pas le sien. Dans ce cas l’approche de la mort décuple une tendance naturelle : les bonnes raisons de vivre encore et d’avoir vécu sont la famille et le plaisir ; Earl Eastwood n’est pas venu sur Terre pour la changer !

Rien de fulgurant ni de déshonorant là-dedans. Autour de cette trajectoire tout est net, précis, sans doute trop privé. Les personnages sont habilement pris en charge par un casting de qualité (le héros d’American Sniper joue un flic traquant le passeur), mais eux-mêmes resteront pauvres – pour laisser toute la place à celui de Clint ? Comme précédemment chez lui (Gran Torino notamment), la photo n’est pas nécessairement jolie, les décors se situent dans le monde réel du commun des spectateurs ruraux (car finalement l’essentiel sur grand écran se passe en ville et/ou dans des conditions atypiques et/ou vernies), la séance est mielleuse sans relever de la niaiserie. Ne donnez pas sa chance à la VF, elle sonne trop série méchamment bisse, seul le sérieux la sauve.

Note globale 62

Page IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions… The Mule/Border Run + Breaking Bad 

Scénario/Écriture (5), Casting/Personnages (6), Dialogues (5), Son/Musique-BO (6), Esthétique/Mise en scène (6), Visuel/Photo-technique (7), Originalité (3), Ambition (6), Audace (4), Discours/Morale (7), Intensité/Implication (7), Pertinence/Cohérence (6)

Les +

  • casting excellent ou joliment exploité
  • séance aimable
  • point de vue positif

Les –

  • alentours et personnages pas fouillés
  • sans originalité ni scénario musclé

Voir l’index cinéma de Zogarok

Publicités

THE SKY CRAWLERS **

13 Fév

3sur5 Adaptation par Oshii (l’homme d’Avalon et de Ghost in the Shell) d’un seinen de Hiroshi Mori, centré sur l’existence ambiguë d’un jeune pilote. Dans un futur apparemment proche et délivré des conflits, Yuichi Kanmani est affecté à une nouvelle zone. Il n’a pas de souvenirs et de motivations que celles de sa vocation artificielle. Il fait partie des kildrens, ces jeunes soldats qui suite à leurs engagements cessent de grandir, quoique l’ordre soit incertain dans le regard offert au spectateur.

Le film est d’une lenteur radicale, avec les écueils fréquents et les compensations du ‘contemplatif’. Les démonstrations dans le ciel, avec ou sans simulations de batailles, offrent les moments les plus enchanteurs et ludiques. Les modèles sont inspirés de prototypes japonais réalisés pendant la seconde guerre mondiale, la base est sous influence européenne. Plusieurs séquences hors des bureaux et des repères quotidiens flattent l’œil, l’ensemble est mis en scène avec soin : prises de vue, panoramiques, éclairages raffinés, profondeur du dessin. Mais la balade manque de substance ; trop de secrets ou de non-dits appuyés. Les thèmes sont forts, l’environnement sous-employé, la cohérence respectée.

Fidèle à son sujet, Sky Crawlers est répétitif et plongé dans une expectative gommée. La trajectoire du protagoniste est emblématique d’une absurdité collective. L’état de Kanmani reflète un évanouissement global, contre-coup du dépassement des conflits. L’Humanité s’est maîtrisée en sacrifiant le sens de l’Histoire et les souvenirs de ses petits prodiges avec ; c’est le temps où les héros ne voient et ne savent plus rien, sont dépossédés, inaptes au martyr, incapables de savourer la sérénité dans laquelle ils sont insérés. La vie éternelle devrait multiplier les risques ; alors on entre dans une boîte très étroite. Les badauds viendront admirer la situation. Le spectateur a le droit aux coulisses, avec son luxe compartimenté, ses divertissements fades.

Note globale 62

Page Allocine & IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions… Appleseed + Fourmiz + Blood the last vampire + Jin-Roh + Memories

Scénario/Écriture (2), Casting/Personnages (2), Dialogues (2), Son/Musique-BO (4), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (4), Originalité (3), Ambition (4), Audace (2), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (2)

Voir l’index cinéma de Zogarok

MANDY **

30 Déc

3sur5  Cosmatos fils confirme son identité de réalisateur avec ce film de genre caricatural virant au nanar volontaire explosif. Référencé à outrance (avec ses motards issus d’Hellraiser et Mad Max 2, sa proximité avec Winding Refn), Mandy s’avère plus incarné et vivant que Beyond the Black Rainbow, même si lent. Le scénario est grotesque, les clichés abondants, par exemple au début avec les parlottes sur l’oreiller entre Red et Mandy. Elles participent à répandre un peu de symbolisme utile pour la suite – à l’instar de la corne d’Abraxas et autres breloques.

Grâce à quelques expressions même confuses ou noyées dans la bizarrerie camée ou hippie, le film cultive une certaine force émotionnelle. Suffisamment pour soutenir la pose et digérer des moments de langueur excessifs. Le couple reste parfaitement creux, tandis qu’on trouve un peu plus d’épaisseur (même peut-être ‘psychologique’) du côté de la secte (avec son gourou tyrannique et la vieille assistante énamourée). La direction artistique est brillante même si ses dettes sont abyssales. Le rendu [‘evil psychedelic’] est généreux et généralement accompli, sauf pour les passages sous forme de bande-dessiné (évoquant Métal Hurlant), sans évolution notable à partir du premier plan.

Le son fait partie des meilleurs points. Le compositeur Johann Johannson (qui s’est précédemment illustré dans Sicario) amalgame des genres profonds mais non-extrêmes du metal avec du King Crimson ou du Vangelis revisités. Mais le meilleur vient du pétage de plombs de Nicolas Cage (en amant tragique puis en Michael Myers à Ghost Rider), permettant simultanément une prise de distance et un encouragement du ‘délire’. Après sa forge façon Conan, il part en roue libre – et le film avec dans le road-movie horrifique folklorique. Sa démarche épique de bonhomme déglingué pourrait sérieusement convaincre, ses effusions aberrantes rendent la séance jubilatoire – l’humour et la légèreté, absents de Beyond, permettent à cette séance-là de devenir séduisante.

Note globale 62

Page Allocine & IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions… Mother !, Annihilation, Hérédité, Tous les garçons aiment Mandy Lane, Revenge, The Devil’s Rejects

Scénario/Écriture (3), Casting/Personnages (5), Dialogues (4), Son/Musique-BO (7), Esthétique/Mise en scène (7), Visuel/Photo-technique (7), Originalité (6), Ambition (6), Audace (7), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (6), Pertinence/Cohérence (3)

Les +

  • direction artistique
  • Nicolas Cage
  • les excentricités des acteurs, de paysages ou de citations
  • bon équilibre grâce à l’inclusion de l’humour

Les –

  • scénario et caractères assez misérables
  • souvent traînard, d’où une perte d’intensité
  • pas lumineux
  • passages BD timorés

Voir l’index cinéma de Zogarok

AU POSTE !

28 Nov

3sur5 Farce originale dans l’absolu mais où son auteur se renouvelle peu. Au contraire le cadre est neuf – relocalisé, en intérieurs, similaire au huis-clos et sur un temps court, proche de celui du spectateur (l’interrogatoire s’étale sur une nuit – multiple). Ce n’est pas une bombe ubuesque à la Wrong Cops avec sa virée chez les nihilistes ordinaires, ni tellement sombre comme l’était Réalité, ni à la frontière de l’expérimental comme l’ont été Wrong et Rubber.

C’est même plutôt prosaïque, mais comme ça peut l’être chez Dupieux – l’aberration s’infiltre dans la banalité, les protagonistes réagissent en parfaits débiles logiques, irréprochables si leurs principes sont bien choisis. Souvent ils se disent ce qui ne saurait se dire, par bienséance, souci de pertinence ou conscience de soi (consultez Invention of Lying pour l’option radicale). Ils ne font et ne sont qu’en fonction de ce qu’ils savent, ou s’y appliquent le plus possible – si une huître est un aliment l’agent moustache ne voit aucune objection à la croquer. Évidemment les gens sont trop confus pour soutenir la logique et ne serait-ce que leurs standards, il ne peut donc y avoir que des petites catastrophes ou le règne du ridicule perpétuel, devenu normal à l’usure.

Tout coule avec facilité, dans les deux sens du terme. Les enchaînements sont un peu prévisibles (le coup de l’équerre) ou immédiatement repérables à moins d’être subjugué par la loufoquerie. L’humour si improbable se fait aussi littéraliste (même en mode discret, avec le cadavre dans le placard). Le film a le mérite de ne pas souligner de moments de solitude, ralentir le rythme (sauf scène d’ouverture – fantaisie sans rapport avec l’aventure à suivre), imposer des flottements supplémentaires à ceux de son récit aberrant (ce que pratiquait encore Réalité) – le quota d’égarement est déjà bien assez grand.

Les dialogues sont jubilatoires, le duo et certains retours perplexes près de l’immeuble évoquent Buffet froid. Le meilleur est certainement dans les vingt premières minutes, le niveau voire le plaisir se tassant au cours des sept allers-retours. Les invasions de souvenirs et autres attentats diégétiques réduisent l’impact de la seconde moitié. La révélation pré-finale n’apporte qu’elle-même et donne occasion d’un petit épilogue improbable ; pour les concepteurs elle permet de se tirer de cette histoire de fou (ou au moins de la boucler), pour les spectateurs elle a de quoi frustrer (à moins que les citations-hommages possibles soient plus importantes que la définition d’un [non-]sens personnel).

Cette fin conforte l’impression d’avoir assisté à un exercice de mariole – efficace malgré tout. Notez que la courte durée de cette bêtise sophistiquée peut être une qualité (1h13, enlevez sept minutes pour le générique – sept minutes de moins en faisaient un moyen-métrage). Si vous devez y accéder au tarif plein, passez votre chemin, à moins d’être un adepte. Sinon, il faut tenter cet opus, le plus accessible de Dupieux, dépassant même Steak sur ce plan.

Note globale 62

Page Allocine & IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions… Inspecteur Labavure

Scénario/Écriture (5), Casting/Personnages (6), Dialogues (7), Son/Musique-BO (-), Esthétique/Mise en scène (7), Visuel/Photo-technique (6), Originalité (7), Ambition (5), Audace (-), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (7), Pertinence/Cohérence (4)

.

Les +

  • dialogues
  • le duo Poelvoorde/Ludig
  • les détails grotesques
  • comédie efficace

Mixte

  • la durée
  • scènes en-dehors du bureau de police

Les –

  • vraiment aberrant finalement
  • moment où un réalisateur se décalque ou s’imite lui-même

Voir l’index cinéma de Zogarok

WOLF **

8 Nov

wolf nicholson pfeiffer

3sur5  En-dehors des deux films phares de son début de carrière (Le Lauréat et Qui a peur de Virginia Woolf?), Mike Nichols n’a pas livré d’autre ‘chef-d’oeuvre’ largement homologué. Que de succès petits ou contextuels, diversement appréciés. Parmi ces plus modestes succès émerge Closer en 2004 qui a eu un certain retentissement et jouissait d’un casting quatre étoiles ; un téléfilm sur la maladie en 2001, peu connu mais bien noté ; puis d’autres anecdotes encore, donc ce Wolf, produit mineur mais un des plus vus de son auteur, grâce à ses deux stars principales.

Sorti en 1994 à une période où Nichols s’essaie à de nouveaux genres (et se plante dans la comédie de SF – De quelle planète viens-tu ?), Wolf réunit Jack Nicholson et Michelle Pfeiffer pour former un couple atypique, sept ans après leur idylle à quatre des Sorcières d’Eastwick (avec Cher et Susan Sarandon). Wolf approche le degré de kitsch de ce film de Miller et le devance en terme d’essais désuets et enfantins voir ridicules. La nouvelle approche du loup-garou proposée par Nichols et son équipe ne manque pas d’esprit, mais bien de clarté.

Il en résulte un divertissement agité, charmeur et brouillon. Le ton est à la fois grivois et facile, mais aussi cohérent et très sombre. Le fatras ‘mystique’ reste aussi risible a priori que les effets spéciaux improbables (les sauts en l’air notamment et surtout le choc des loups final), mais cette propension au grotesque le plus péremptoire intrigue et amuse plus qu’elle n’invite à la moquerie. La mise en scène est d’une grande lourdeur, révèle avec astuce et décalage l’animalité triomphante du futur loup (le prestigieux éditeur new-yorkais développe des capacités sensorielles extraordinaires, pisse sur les chaussures en daim de son adversaire).

En marge de la transformation, sur un plan plus propre au drame bourgeois où s’est révélé Nichols;les réflexions et réactions exubérantes de Nicholson concernant ses pérégrinations, en entreprise ou dans ses relations, sont un des meilleurs arguments du film. Il y a des punchline un peu surfaites mais l’ensemble est malin, avec une part d’innocence bizarre. Wolf laisse quelques images fortes à l’esprit (les yeux de Plummer et Pfeiffer) et surtout la sensation d’un spectacle syncrétique, singulier mais vulgaire, avec beaucoup à exprimer sans s’être accompli. C’est aussi un exemple de maestria ivre, entre aisance et grossièreté, cheap et originalité, régression (abus de fondus lourdauds) et sophistication (certains plans très inspirés, qui auraient pu être pénétrants dans un contexte plus réfléchi).

Note globale 62

Page Allocine & IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions… Wolfen (1981) + Le Loup-Garou de Londres (1981) + Le Loup Garou (1941) + Wolfman (2010) + La compagnie des loups + Les Vestiges du Jour

.

Scénario & Ecriture (3)

Acteurs/Casting (4)

Dialogues (4)

Son/Musique-BO (3)

Esthétique/Mise en scène (3)

Visuel/Photo-technique (3)

Originalité (4)

Ambition (3)

Audace (3)

Discours/Morale (3)

Intensité/Implication (3)

Pertinence/Cohérence (3)

.

 Voir l’index cinéma de Zogarok

.