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LES ÉBLOUIS **

21 Nov

3sur5  Le point de vue d’enfant conforte l’intensité mais aussi tous les biais et limitations évidemment associés ; le dossier s’alourdit sans se nuancer, même lors des horreurs. On ne survole pas le sujet, mais le traverse avec des œillères. Au lieu d’aller chercher les racines du conformisme, on se contente d’en tenir un outrancier et en désigner les effets. C’est peut-être une façon de mieux poser son refus et de réécrire l’histoire d’une adolescence accomplie après des épreuves de honte et de privation. Le film conduit à se révolter et, modérément, souffrir par procuration (ce n’est pas carrément une décharge comme peut fournir n’importe quelle œuvre un peu cruelle et amorale telle Love Hunters), mais il tâtonne et s’avère oublieux s’agissant de sonder ou simplement s’expliquer une secte ou un embrigadement. La poignée d’éléments solides sont simplement cités à nouveau au lieu d’allonger la liste – par exemple ces bêlements des fidèles accueillant le prêtre (puis l’inévitable attentat sexuel qui pourtant a une vertu : être le plus limpide donc celui autorisant la rupture, l’abandon de sa propre inhibition).

L’absence de recul rend même les personnalités clés insignifiantes et plus seulement volées comme elles le sont dans cette expérience. La mère, sur laquelle le film mise beaucoup au départ, est rapidement mise à distance. Elle est l’instrument d’une scène géniale où elle se fait dire cette phrase merveilleuse (hors-contexte ou généralisée) : « Si tu n’es pas capable de perdre tu n’as pas ta place ici ». Décidément, la faiblesse appelle la faiblesse et tous les remèdes sont pourris ! On voit cette femme ravaler sa colère et subir l’injustice légitimée par ceux qui lui parlent à tort ou à raison comme à une enfant – encore ! Et la gamine voit sa mère définitivement enfermée dans son enfer et mise à terre ; elle ne peut se faire confiance ni même s’entendre, elle est faible, tourmentée et crispée sur les pauvres acquis qui peuvent la consoler et enfin la cadrer ; rien de surprenant à ce que plus tard elle trahisse ceux sur lesquels elle doit veiller. Malheureusement pendant une heure, elle n’a plus été intégrée que pour jouer son rôle caricatural dans la secte ou, plus spécifiquement pour l’auditoire, son rôle de mère déviante par petites touches convenues. Le personnage est probablement isolé (plutôt que véritablement délaissé) faute de traitement satisfaisant. Comme pour Au nom de la terre, l’autobiographique est handicapant s’agissant de prendre le dossier et les personnes en charge jusqu’à l’os. Trop de pudeur là où il serait bon de mettre la lumière, pour améliorer la conscience des êtres et donc la perception de ce qui a réellement été. Les éblouis se condamne donc à la stérilité analytique sur l’aliénation – mais pas instrumentale, car il peut servir de renfort à un public engagé, athée ou même des groupes sociaux désireux de justifier l’intrusion dans la vie privée des familles et collectivités.

Son regard reste puissant et il est efficace comme réquisitoire tempéré par une juste compassion pour les lâches complices – ni pardon ni diabolisation. Au-delà l’éveil d’une jeune fille et des fanatiques, il donne à voir la réalité comme le royaume des zombis et de leurs complices tout aussi passifs : l’ensemble des gens y sont aveuglés, terrassés par la force d’inertie, partout, même le copain attentif, les grands-parents indignés, ou à la limite la femme de la brigade des mineurs qui est sensible et prête à entendre la fille, mais est resté bien leste. Les gens peuvent bien brailler ou être en proie à l’anxiété, ils restent des réceptacles. Malheureusement cette conscience n’est pas assimilée ou assumée et cela engendre un film qui refuse de se voir lui-même, de sortir de son cadre pour ne pas être l’otage d’un compte-rendu qui n’a que sa subjectivité pour se dominer – doublé d’un jouet parfait pour ceux qui aiment glisser le poids de la norme dans le rétroviseur et jamais dans les institutions ou les forces du présent, ni dans les ghettos bien sous tous rapports voire couronnés de prestige. Par exemple, il serait bon de signaler que les souvenirs ‘atroces’ réveillés lors des prières sont un élément commun avec la psychanalyse – secteur autrement difficile à attaquer ; tandis que contre les cathos, surtout s’il s’agit de les amalgamer avec leur pire, la bienveillance et les subventions coulent aisément. Avec des acteurs aux compositions étonnantes dans le cas présent, spécialement Camille Cottin en comptable hypersensible et guindée.

Note globale 62

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MALÉFIQUE LE POUVOIR DU MAL **

27 Oct

3sur5 Une suite à la hauteur et marquant ses points ailleurs, où toutes velléités en ‘complexité’ sont définitivement enterrées. Avec son style baroque/rococo précoce (on reste théoriquement au XIVe siècle), Maléfique 2 semble fantasmer un passé uchronique, où la mise à mort d’un monde féerique n’aurait pas eu lieu, où la magie se serait maintenue grâce à un transfert bienveillant. L’univers est ravissant, les effets spéciaux irréprochables et on nous sert toujours au moins une sublime ‘méchante’. Après une scène d’horreur pour enfants nous sommes introduits dans ce monde de fantasy par voie aérienne, puis quand nos pieds toucheront terre nous aurons droit à des costumes de qualité, des bestiaires discrets mais abondants et quelques orgies chromatiques. L’encadrement est assuré par un probable nouveau yes-man qui vient de signer le dernier (5e) Pirates des Caraïbes (le co-réalisateur récurrent d’un [compatriote norvégien] Sandberg depuis Bandidas). Aussi on reste à la maison, il n’y a rien de prodigieusement neuf ou sérieux sur le fond (sauf via les automatismes et la couche idéologique), mais en plus toute ampleur tragique est définitivement flinguée – sauf dans la mesure et les instants où la vigueur technique permet de la leurrer.

Pour les protagonistes à haut statut une résurrection reste toujours possible, même à deux reprises – de quoi atténuer le suspense déjà résiduel – mais aussi de quoi doper l’émotion pour les publics sous emprise. Le développement est carrément prévisible et à l’occasion démesurément lent mais il suffit de vagues affinités avec ce monde enchanté et on ne s’ennuie jamais. La seule faute grave est du côté de l’argument numéro 1 : après une introduction décente et une préparation l’amalgamant avec un Sheldon, Maléfique dégringole auprès de son groupe d’anges déclassés. Angelina Jolie prend l’allure d’une sorte de Béatrice Dalle à l’IMC dramatiquement bas et s’engage dans un des surplaces gênants du film (l’autre est ce piège évident où les gens de la Lande exhibent en deux temps leur réactivité d’une médiocrité apocalyptique – voir un bel arbre se sacrifier pour une triplette de naines sera d’autant plus accablant). Pour ce qui la concerne, on croirait assister à une pub exotique soufflant ‘réveillez vos sens’ sauf que rien ne se produira avant le grand match. Et que son partenaire éventuel devient évanescent (et même mourant) dès que son identité perd de son mystère (pendant que la racaille poursuit son tapage). L’ensemble des personnages sont atteints par ce sombre mal qui affectait déjà le premier opus. Au démarrage Aurore Fanning ‘fait’ gentiment adulte, très vite une piteuse promesse de mariage la fait rechuter, puis les manipulations de la marraine de substitution vont l’enfoncer. Prince couillon est d’allure plus royale ou ‘apollinienne’ qu’il l’aurait été avec le premier prévu (Brenton Thwaites) mais c’est sa seule vertu – il s’exprime encore trop.

Le corbeau désormais principalement sous forme humaine et la reine-mère sont de loin les mieux lotis dans cette foire – souvent présents et pas à l’état liquide, bien qu’eux aussi soient prisonniers d’une écriture simplette. Pfeiffer apparaît d’abord à armes égales face à Maléfique, en reine classique au ‘bling-bling’ pseudo-médiéval face à l’ange déchu au style sobre et différent. Deux sortes de magnétismes, d’autorités et de raffinement. L’une relativement impulsive et passionnée, l’autre calculatrice et au plus haut de la forme humaine. La compétition est rude mais à l’issue de la déclaration de guerre la reine l’emporte (jusqu’à une bataille où certains éléments sont mal raccommodés). Cette reine chauviniste menée par la haine et l’avidité joue le rôle d’une espèce de némésis morale à laquelle on accorde sa dernière heure de gloire – avant le triomphe d’une normalité consistant à introduire le carnaval de Rio à Versailles et enlacer la cité orgueilleuse via une Nature redevenue souveraine. Adieu l’âge de fer et les fantasmes d’exclusivité humaine, place aux créatures et aux tribus – et aux jouvenceaux nouveaux prenant une voie forte pour déclamer les vieilles niaiseries grandiloquentes. Simplement aujourd’hui la foule flattée est bigarrée et le temps de lui donner des ordres semble dépassé.

Sur l’ensemble de la séance, Disney est fidèle au label Maléfique : c’est toujours la plus méchante qui a le plus de charisme et de poids. Forcément, comme celle-ci est ‘vraiment’ odieuse et ne protège qu’un peuple abstrait et non ses proches ou un gang d’opprimés, elle devra être être remise à la place supposée rassurer l’auditoire. Son humiliation finale est cohérente avec l’idéal de tolérance et de régime pacifiste ouvertement revendiqué, mais à ce moment le consensuel et le bas-de-gamme paraissent synonymes et se liguent contre une voie certes partiale et violente, mais autrement remuante et créative. Heureusement personne ne s’attendait à l’inverse, mais c’est ironique ; on a pris le parti d’une demi-méchante pour la pousser sur la voie de la liquéfaction dès que son ambiguïté est assimilée et gommée par sa bonté ; puis voilà une autre marâtre diabolique, la seule à toucher les limites de l’ouverture et du dépassement revendiqués par Disney. Mais le lissage a des vertus et Maléfique 2 est propre, avec probablement l’humour le plus doux et le minimum de vulgarités envisageables.

Note globale  62

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Suggestions… Bacurau + Alice Madness Returns

Les+

  • visuel et univers
  • technique
  • Michelle Pfeiffer

Les-

  • légèretés dans le montage et le scénario
  • simplet et prévisible, dégoupille toute tension tragique
  • Maléfique en voie d’affadissement

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ROUBAIX UNE LUMIÈRE **

11 Sep

3sur5 Arriver devant Roubaix une lumière en connaissant son supposé sujet principal devrait être une garantie d’ennui. Avec une attente précise, la tendance du film à louvoyer apparaîtra rapidement. Dans le cas inverse, la mise en scène immersive et la vivacité des affaires courantes meublent assez l’esprit pour qu’on ait plus qu’à constater sans dommages (et sans regrets si on savait qu’on venait chez le réalisateur d’Un conte de Noël) que finalement ce film n’avait rien de costaud dans son scénario.

Pendant une heure Roubaix est un digne successeur du L.627 de Tavernier. Éclaté entre différentes sortes d’enquêtes et d’interventions, il évoque à l’occasion Melville et Simenon, avec un encart dans la gaudriole via Philippe Duquesne (mais peut-il surgir pour autre chose ?). Deux affaires mineures surnagent, puis on s’oriente discrètement vers un dossier qui occupera tout l’espace pendant une demi-heure. Comme le signale la mention initiale le film se veut respectueux des faits et nous épargnera donc au maximum les perversions de l’imagination et du suspense. Logiquement le résultat devrait chuter près de la masse des reportages vulgaires et des productions télé policières, mais une trop forte pulsion anti-naturaliste le lui interdit. On la sent au travers de nombreux mouvements de caméra ou de petites choses appuyées. Toutes pointent vers une aspiration au dépassement de cette immanence puante et lasse au bénéfice d’un point de vue cajolant, aveugle comme une morale sans jugement. La mise en scène alourdit constamment et installe une certaine urgence sentimentale, en laissant couler les enquêtes, d’où la possible impatience d’une partie même complaisante a-priori du public et l’adhésion un peu romantique de beaucoup d’autres. La bande-son est pleine d’embardées à contre-temps, par moments Hetzler semble aspirer à la résurrection d’Hitchcock, or le ‘film noir’ va accoucher d’un mélo.

Ce qui peut passer pour une faute est revendiqué par Desplechin : dans son film, comme le commissaire, on ne cherche pas le pourquoi, seulement le comment. Afin d’aider les gens à nommer les choses, en évitant de les juger et les blesser, tout en recadrant et s’acquittant de son devoir de policier. On ne veut pas s’expliquer les motivations, mais tutoyer les âmes. Notre émissaire est un curé caché sous son costume de flic taciturne et irréprochable. C’est un héros au sens fort, y compris celui d’un roman : le commissaire déclare toujours deviner la culpabilité et l’innocence ; on consent, la réalisation ne viendra que le saluer. Elle ne le conteste pas lorsqu’il se fait paternaliste gâteux avec la gamine. Une certaine proximité physique et relationnelle le légitime sur le plan matériel, les démonstrations empathiques lui donnent carte blanche. Ces élans mielleux sont autant d’accomplissements de ce film de doux. Quelque soient ses qualités il ne peut s’empêcher d’emmener tout le monde vers sa glu sereine, accorder sa compassion avec facilité et heureusement sans s’engager – comme si la lumière avait traversé les heureux témoins. Voilà un film d’assistante sociale libérée des pesanteurs du devoir et sans autres responsabilités que celles soufflées par leur brave cœur – dans ce menu-là c’est un cœur raffiné, même si lors de l’épuration du sang mauvais quelques fonctions vitales ont dû morfler.

Il faudrait donc saluer cette volonté de trouver ou diffuser de la lumière là où un esprit sensé et soucieux d’efficacité éprouverait de l’agacement, de la morgue et de la tristesse. Malheureusement l’amour est facile lorsqu’il se donne à des sujets dont on ne regarde que l’innocence brisée et face auxquels on est en position de supériorité, apte à moduler la distance ou le rapprochement comme l’envie nous le dicte. Fatalement le récit en souffre. Les marges de progression sont réduites, tout ce qu’il y a à faire est consoler ou canaliser des sujets infantiles, avec plus ou moins de tendresse au moment de les emprisonner ou de les renvoyer. Le nouvel arrivant récupère les fruits gentiment moisis de tout cet état d’esprit. Avec son timbre et ses réflexions efféminées, c’est un paroxysme de ces flics touristes qui auraient manifestement dû être psy pour élèves ou moniteur de colo (ceux de Perdrix sont de graves nihilistes répressifs à côté). Il a pourtant une fibre investigatrice et passablement voyeuse, mais cette dimension pointe sans être assumée – et le tartinage de ses bons et loyaux efforts l’envoie aux oubliettes. Il échoue à atteindre le niveau de maturité de Yacoub Daoud car il n’est pas prêt, encore trop attaché et trop exigeant envers ses cibles. Et peut-être car il est religieux même si son culte est gentil – c’est par excellence le type maintenu enfant à l’âge adulte grâce à son angélisme et ses petits rites soufflés par le catholicisme.

Le film doit l’essentiel de ses points et de sa faculté d’absorption aux ressources humaines. Les amateurs renforcent le programme grâce à leur naturel, ne se jouent pas eux-mêmes comme le font souvent des non-professionnels soudain figés par la caméra, ou bien tout patauds et hystérisés. On doit à Léa Seydoux la surprise du film. Souvent contestée, probablement à raison, surtout depuis que les auteurs s’obstinent à lui attribuer des costumes inadaptés, elle est ici parfaite en déchue menteuse et manipulatrice. On sent que son personnage n’a pas admis sa condition de rebut et lutte entre s’accrocher à son image valable de soi et s’adapter pour ne pas finir épave complète, comme celles qu’elle fréquente et probablement cherche à contrôler. Son acolyte est encore plus frappante – pauvre punaise presque émouvante car née cassée, seule à inspirer immédiatement des sentiments marqués (du dégoût jusqu’à la pitié, voire la honte qu’on peut ressentir en étant attendri mais pressé de fuir devant un cas humain si désespéré). Cette prestation de Sara Forestier semblerait extravagante sans l’ancrage terre-à-terre et les connexions attenantes. L’actrice avait fait forte impression dans Le nom des gens mais finalement c’est en jouant brillamment les crasseuses et diminuées qu’elle est devenue sérieusement intéressante.

Note globale 62

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Suggestions… Au poste ! + The Lobster120 battements par minute

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LA MULE **

31 Mar

3sur5 Sans reproches ni grandes vertus. Cette Mule ne vaut pas grand chose dans l’absolu et nous paraîtrait probablement fade (pas ‘molle’ malgré la lenteur et l’absence de surprises) sans Clint – et la conscience que lui aussi fait un de ses derniers tours de piste. La condition même d’Earl Stone est triviale – ses fardeaux familiaux remontant à loin, les pesanteurs relationnelles, son éternelle décontraction minée par les faiblesses présentes et des prises de conscience (brutes, peu remâchées par la réflexion).

Naturellement cette vieille mule ressemble à son interprète, vieil actif, modérément taciturne, installé sur une pente ataraxique, passe-partout – grâce à ses restes d’ambition et de bon sens commercial, aussi car il a la santé pour jouir des privilèges de l’âge, se rapprocher de l’état de mascotte. Au plus cynique il est encore sans méchanceté, alors on lui pardonne tout. Y compris son racisme, sans haine ni discriminations [conséquentes]. Qu’il soit largué par l’époque contribue sûrement à cette candeur, puis surtout c’est l’heure des comptes – donc de se ramasser sur l’essentiel, plutôt que s’abîmer à jouer un rôle ou s’insérer dans un temps qui n’est pas le sien. Dans ce cas l’approche de la mort décuple une tendance naturelle : les bonnes raisons de vivre encore et d’avoir vécu sont la famille et le plaisir ; Earl Eastwood n’est pas venu sur Terre pour la changer !

Rien de fulgurant ni de déshonorant là-dedans. Autour de cette trajectoire tout est net, précis, sans doute trop privé. Les personnages sont habilement pris en charge par un casting de qualité (le héros d’American Sniper joue un flic traquant le passeur), mais eux-mêmes resteront pauvres – pour laisser toute la place à celui de Clint ? Comme précédemment chez lui (Gran Torino notamment), la photo n’est pas nécessairement jolie, les décors se situent dans le monde réel du commun des spectateurs ruraux (car finalement l’essentiel sur grand écran se passe en ville et/ou dans des conditions atypiques et/ou vernies), la séance est mielleuse sans relever de la niaiserie. Ne donnez pas sa chance à la VF, elle sonne trop série méchamment bisse, seul le sérieux la sauve.

Note globale 62

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Suggestions… The Mule/Border Run + Breaking Bad 

Scénario/Écriture (5), Casting/Personnages (6), Dialogues (5), Son/Musique-BO (6), Esthétique/Mise en scène (6), Visuel/Photo-technique (7), Originalité (3), Ambition (6), Audace (4), Discours/Morale (7), Intensité/Implication (7), Pertinence/Cohérence (6)

Les +

  • casting excellent ou joliment exploité
  • séance aimable
  • point de vue positif

Les –

  • alentours et personnages pas fouillés
  • sans originalité ni scénario musclé

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THE SKY CRAWLERS **

13 Fév

3sur5 Adaptation par Oshii (l’homme d’Avalon et de Ghost in the Shell) d’un seinen de Hiroshi Mori, centré sur l’existence ambiguë d’un jeune pilote. Dans un futur apparemment proche et délivré des conflits, Yuichi Kanmani est affecté à une nouvelle zone. Il n’a pas de souvenirs et de motivations que celles de sa vocation artificielle. Il fait partie des kildrens, ces jeunes soldats qui suite à leurs engagements cessent de grandir, quoique l’ordre soit incertain dans le regard offert au spectateur.

Le film est d’une lenteur radicale, avec les écueils fréquents et les compensations du ‘contemplatif’. Les démonstrations dans le ciel, avec ou sans simulations de batailles, offrent les moments les plus enchanteurs et ludiques. Les modèles sont inspirés de prototypes japonais réalisés pendant la seconde guerre mondiale, la base est sous influence européenne. Plusieurs séquences hors des bureaux et des repères quotidiens flattent l’œil, l’ensemble est mis en scène avec soin : prises de vue, panoramiques, éclairages raffinés, profondeur du dessin. Mais la balade manque de substance ; trop de secrets ou de non-dits appuyés. Les thèmes sont forts, l’environnement sous-employé, la cohérence respectée.

Fidèle à son sujet, Sky Crawlers est répétitif et plongé dans une expectative gommée. La trajectoire du protagoniste est emblématique d’une absurdité collective. L’état de Kanmani reflète un évanouissement global, contre-coup du dépassement des conflits. L’Humanité s’est maîtrisée en sacrifiant le sens de l’Histoire et les souvenirs de ses petits prodiges avec ; c’est le temps où les héros ne voient et ne savent plus rien, sont dépossédés, inaptes au martyr, incapables de savourer la sérénité dans laquelle ils sont insérés. La vie éternelle devrait multiplier les risques ; alors on entre dans une boîte très étroite. Les badauds viendront admirer la situation. Le spectateur a le droit aux coulisses, avec son luxe compartimenté, ses divertissements fades.

Note globale 62

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Suggestions… Appleseed + Fourmiz + Blood the last vampire + Jin-Roh + Memories

Scénario/Écriture (2), Casting/Personnages (2), Dialogues (2), Son/Musique-BO (4), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (4), Originalité (3), Ambition (4), Audace (2), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (2)

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