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THALASSO ***

8 Sep

3sur5 Si on connaît les protagonistes, on a pas de surprises, ou alors minuscules et agréables. Ils jouent le rôle par lequel on les identifie, quoiqu’on ne s’attendait pas nécessairement à Houellebecq vaniteux. Cette suite de L’Enlèvement (téléfilm de 2014 diffusé sur arte) a le bon goût d’accepter un certain état de paresse et délabrement tempéré par les satisfactions d’une conduite anarchique. Contrairement à Valley of Love qui à force de fan-service docile et d’attention scrupuleuse pour son couple iconique devenait simplement insipide, Thalasso se vautre sans pudeur ni justification dans une gaudriole à la mesure de ce tandem formant « la honte de la France ». Il est conforme à leur image sans croire nécessaire de les rehausser ou de les défendre ; eux-mêmes ne se soucient pas d’être récupérables, tout au plus se régalent-ils de se laisser-aller publiquement et ainsi soigner leur crédibilité de demi-humoristes inconvenants, surtout Houellebecq pour qui c’est moins fréquent.

L’écrivain avait fait part de son incapacité à se convertir au catholicisme ; dans ce centre de soins ses tentations mystiques apparaissent plus concluantes. Dans sa première ivresse [du film] il confie croire à la résurrection des corps, lui qui en porte un malade, fuyant manifestement la vie sans renoncer à la jouissance. Michel se lance alors dans un déni pathétique de la mort, cet accès d’émotivité est le morceau le plus déstabilisant de la séance. Ses airs de petit garçon passif-agressif et de moribond détendu étaient déjà connus, mais prennent une tournure tendre au début avec sa compagne. Les petites échappées fantastiques liées aux rêves de Michel sont le deuxième élément relativement insolite. La présence incongrue d’un Stallone potentiellement alternatif renvoie à cette bizarrerie des romans de Houellebecq : l’introduction de personnalités médiatiques métamorphosées de manière improbable ou jouant un second rôle dont on peut douter de la pertinence. Cela va de l’anecdotique avec Philippe Sollers en éditeur du narrateur dans Les particules au craquage avec Pernaut en capitaliste souriant et homosexuel mondain de La carte et le territoire. Le compère Depardieu est forcément plus limpide, alimente les monologues croisés et évite à tous, y compris au premier intéressé, de sombrer dans les réflexions mélancoliques et les humeurs vaseuses de Michel. À l’occasion Gérard fait son gros dur de cour de récré, sans méchanceté, en bon Obélix teigneux pour la forme – ou pour lever sans tarder les ambiguïtés qui menacent de la gonfler.

Ce film ressemble à une récré pour adultes gâtés ou profondément blasés. C’est quasiment un nanar exigeant mais en roue libre, un peu comme Tenue de soirée – évidemment c’est loin d’être fracassant comme du Blier, mais les dialogues sont savoureux en moyenne, excellents parfois. Les situations ne sont pas nécessairement meilleures que prévues, mais plus originales que ce que laissait entrevoir les bande-annonces. On écoute des bourrés cultivés, truculents ou portant en eux les résidus d’heures fort inspirées. Il y a un côté Absolutely Fabulous dépressif au masculin, à observer des privilégiés rétamés voire diminués par leur alcoolisme, ainsi qu’une proximité avec Groland à cause des octogénaires en rupture (et de l’attitude sombre mais sanguine de monsieur). La thalasso apparaît comme un EHPAHD ‘de luxe’, un mouroir AAA ou semi-HP farniente pour vieilles célébrités semi-démentes ou demi-vieux usés. Attention la fin façon Triplettes de Belleville (ça ne ‘divulgache’ rien) n’est qu’un petit tour pour nous scotcher au fauteuil en guettant un éventuel bonus. Vous pouvez économiser une minute et accepter simplement ce dénouement à l’arrachée, décevant même avec les faibles attentes induites par le scénario et la participation de branquignoles.

Note globale 66

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Suggestions… Near Death Experience + Les Valseuses + Donnie Darko

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US *

19 Juil

1sur5 Les gens sceptiques concernant Us en raison des déclarations et préférences racistes de son réalisateur oublient l’essentiel : ce film est mauvais. Est-il raté ou simplement bâclé ? Son inconséquence et son martelage de propos stériles l’empêchent d’être pertinent. Il y a bien cette représentation de la difficulté à s’approprier la parole et éviter le ridicule voire l’étrangeté lorsqu’une ombre revient dans le monde, le reste est affaire d’imaginaires privés. C’est évidemment un alter ego de Parasite ou un Body Snatchers très synthétique dans un îlot verni, mais c’est aussi un peu tout ce qu’on veut, s’est fait et se fera. Us se planque dans la confusion des genres pour assumer son ambition esthétique et politique tout en restant ‘fun’ et disponible aux interprétations engagées : à elles d’aller au bout de ses intentions (sans doute nobles, l’objet de l’empathie étant le même que dans Metropolis).

Le style est criard, les voisinages et références multiples. Us est principalement fait à l’ancienne et pas en ramassant le meilleur. Il ose des clichés dépassés comme la coupure électrique en 2019, reprend les gimmicks des vingt dernières années (comme les chants saccadés effrayants). On se rend compte [au plus tard] dans la seconde maison que les doubles au costume rouge lorgnent sur Funny Games. Juste avant cet énième contraste de bourrin sarcastique et mélodramatique que le cinéma ‘choc’ nous sert depuis Orange mécanique – un air des Beach Boys sur une scène sanguinolente avec la victime en train de ramper.

Le programme est convenablement justifié si on est coulant, au seul niveau de la structure : la réalisation aligne les présages, les symboles pleuvent. Concernant les raisons des événements, leur origine et les motivations des envahisseurs, c’est calamiteux. Sur la gestion de ces souterrains et l’ensemble des questions matérielles, le niveau zéro est atteint. Même les Freddy les plus extravagants s’arrangeaient pour que leurs folies aient une cohérence interne. Le petit nombre d’éléments curieux et la bonne facture technique peuvent donner l’impression de flotter près d’eaux potables mais même le potentiel est surfait. Il n’y a ici que de l’image ‘forte’ à prendre et pour ça les bande-annonce font déjà le travail ; quand à l’ensemble du récit il pouvait être tassé en une trentaine de minutes sans rien sacrifier d’unique, d’important ou de stimulant.

Et c’est le pire malaise : tous les arrangements servent l’idéal de train fantôme, mais tout est voyant, creux et à peine efficace. Les personnages sont en retard sur le spectateur. L’humour, les sous-entendus, les clins-d’œil sont balourds et futiles. Les amateurs pourront apprécier la petite patte dans le ‘yo mama’ et le potache grâce à papa ESFP. Comme on pouvait s’y attendre après Get Out la séance est gratinée en bouffonneries glauques mais au lieu d’un festival nous avons droit aux répétitions et aux langueurs rendant définitivement la séance impossible à prendre au sérieux. Le summum est naturellement la rencontre avec la mère alternative (dont la VF est un comble). À force de la jouer sous-blockbuster ce film s’interdit tout ce qui fait la qualité d’une série B et accumule les manières d’un nanar sans s’en attribuer le charme.

Il reste simplement à spéculer tout le long, où l’absence de nouveaux éléments à une exception près permet de maintenir son point de vue sur la chose et rester ouvert en vain. Le face-à-face final entre néo-slasher d’il y a 20 ans et pitreries depalmaesques redonne des couleurs à cette fantaisie – si prévisible. Puis un grand malheur se produit : la fin est reportée. L’occasion de déballer de nouvelles bizarreries dont on ne peut trop savoir si elles sont bien les pures incohérences dont elles ont l’air ; sans éclairer cette ‘affaire’ parallèle et les motivations (en-dehors de celles indispensables et kitschouilles des jumelles maléfiques). Par contre on nous pond de beaux travellings jusqu’à l’annonce d’une révolution, avec en ornement des œillades invitant à se re-palper le menton. Prenez plutôt le risque de (re)découvrir Society, lui aussi ne redoutait pas le ridicule (ni d’avoir l’air soap) ; ou bien Killer Klowns et Le sous-sol de la peur si vous placiez vos espoirs dans la déglinguerie horrifique.

Note globale 32

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Suggestions… La prisonnière du désert + Disjoncté + Wonder Wheel + Abandonnée + The Mirror/Oculus + It comes at night + Caché/Haneke

Les+

  • certainement tourné et produit par des gens doués..
  • l’image (même ce + est tiède)
  • le culot inoffensif d’un film faisant n’importe quoi
  • de l’idée mais on est encore scotché aux germes
  • casting ok

Les-

  • .. mais sur ce coup soit cyniques soit irréfléchis
  • nombreux dialogues et personnages déplorables
  • ironie plate et bruyante
  • débile
  • ringard et actuel à la fois
  • même pas original
  • ennuyeux malgré le grabuge et l’enfilade de conneries
  • mystères foireux
  • incohérences probables dans le délire
  • des postures physiques et des réactions qui font douter du sérieux au montage et au scénario
  • osons couper le son !

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PERSONA ***

27 Nov

3sur5  Bergman s’est livré à une thérapie originale ; pour le spectateur, c’est une escale dans une sorte d’îlot maladif, pour le réalisateur sans doute, la voie d’accès à ses secrets. Malheureusement Persona est ravagé par ce qu’il sonde – une dépression identitaire dont n’émergent que des faux reliefs et un inexorable rebond malheureux. Ce qui limite ce film est cette volonté d’embrasser des camps distincts sans nourrir profondément et profusément la cause d’aucun (Elisabet est-elle, peut-elle, doit-elle, être une personne forte ?). Il exprime la nostalgie et in fine le vœu de dépassement d’un état de prostration – mondain, mental, physique. Tout ce qui s’autorise alors est une illustration, plutôt splendide et troublante si on s’y laisse prendre, reposant sur des motifs et des principes toujours abstraits – avec de rares bouts de concret prenant des proportions exagérées et exclusives.

Pourquoi ne pas étayer concernant ce probable nœud masochiste ? La majeure partie du crédit accordé à Persona vient du succès de ses étrangetés formelles, qui en font un ancêtre, après Bunuel (Chien andalou, Age d’or), des films et clips surfant sur des images apparemment échappées de l’inconscient au lieu de raconter simplement ; cependant ces effets semblent un peu gratuits. Ces penchants surréalistes, vidéos hors-sujets et déraillements de la pellicule n’expriment pas une volonté de flouer. Ils font sentir une habileté et une invention palpable, incitants à la curiosité. Mais ils sont des gratifications, des bonus, se posant au mieux en éventuelles explications cryptiques. En affichant des motifs personnels, Bergman amalgame de pures fantaisies avec le développement plus objectif et au fond limpide du programme ‘psychologique’ (inspiré des notions signées Jung) – l’exposition a pris le pas sur la définition et même sur la psychologie.

L’essentiel repose sur l’infirmière, absorbée par ce monde de décroissance totale ou de morgue déguisée ; ses émotions et ses mots sont forts (dès qu’elle quitte son corset de professionnelle soumise [sa ‘persona’ basique, de papier], dans le cadre de la clinique), meublent un programme abonné à l’échec. Alma ne se heurte plus à rien, ou si peu – elle est au stade où les moindres petites secousses pourraient prendre sens (comme chez Lynch [Eraserhead] où la fantasmagorie et le trivial sont conjoints), sauf si on en est dans une [‘non’]-humeur à les ignorer car usé par ce sens. Bien sûr Persona est inconfortable, mais il n’est pas frustrant qu’à cause de son génie, il l’est aussi par sa démonstration à la fois vernie et aseptisée d’une désintégration (et aussi d’une reprise de soi, ce qui est un comble). Il est céleste mais en restant à la fois fleuri et dégarni, universel en étant personnel et d’une économie inutile, comme si elle était fin en soi, avec les schémas psychologiques comme vérités révélées.

Ce que dit la doctoresse au début suffi[sai]t : elle est d’une précision remarquable à propos de l’apathie défensive, de ce qui se rapproche de ces ‘schizophrénies’ plus ou moins volontaires ou conscientes. Tout le reste revient à se plier à ce mensonge (mais la dérive feint de s’assumer tout en protégeant ce mensonge et cette aventure, les emballant dans un paquet propret – même tragique il est émoussé). Alma a été foudroyée : tout ce qu’on fait ‘dans le monde’, voir déjà rien qu’auprès de lui, est devenu aberrant à son âme. Cette dernière fait alors le choix de l’impuissance active. Puis Alma ne peut s’approcher de la vie plus que pour geindre, s’effacer, ou bien entraîner dans son impuissance. C’est un puits sans fond. Sa résignation propre à tous les humains qui ont été au bout, ou se font surprendre par des éclairs de lucidité ou d’absurdisme mesquins, semble en être une de confort – et ce confort est responsable de l’absence de contreparties, mêmes de forces toxiques créatrices ; la crainte et la panique viendront nuancer sa fatigue et l’accabler encore. Elle s’est perdue pour de bonnes raisons mais n’a pas pris le temps ni l’énergie pour les muscler.

Sa rébellion est stérile. D’après ce que le film indique (mais qu’il ne prescrit pas – car il n’ose se le permettre ?), il lui faudrait soit retourner vers les emprunts sociaux, soit s’engager ; opter pour l’abandon donc, un abandon dans l’action, un don de soi manifeste. Ou bien il faut creuser ce recul – mais Elisabet n’est plus habitée que par ce mur, son recul, sans être vide, est une négativité et non le résultat d’une positivité qui ne trouverait pas d’autre refuge ou méthode. Si elle n’est plus une égarée en détresse, sa manie de faire peser ce recul sur les autres devient ignoble, car ce recul lui-même est faux. C’est juste un lâcher prise radical, du genre à vous ramener au pré-natal. Le film est ambigu à ce sujet. La persona d’Elisabet est abattue, son anima, force vitale, inconsciente, ne formant pas d’objectifs, est sinon en ascension au moins en train de se libérer dans sa conscience ; mais elle ne fait qu’en rajouter dans l’impuissance. L’anima est finalement censurée, ou bien son contenu a été évacué (et la réalisation vient anesthésier puis sublimer). Bergman et Elisabet cassent le véhicule comme on casse le thermomètre pour régler une maladie – Elisabet quitte son masque mais pour épuiser ses ressources (ce qu’elle inflige à Alma), Bergman peut-être abandonne sa dérive mais en y revenant pour la transfigurer, soit il admet que c’était d’abord une fantaisie vide, une facilité, soit il imite des profondeurs qu’en même temps il ne veut que nommer, auxquelles il ôte tout matériel, toute vibration sincère. Alors il meuble cette contemplation, qu’il ne veut pas livrer pour ce qu’elle est, dans ce qu’elle a de pathétique – en tire une sorte de [plate-forme à] catharsis, potentiellement très efficace.

S’il faut un modèle de descente en soi dégénérée, ce concourant et Seul contre tous sont chacun à deux pôles extrêmes ; celui (vulgaire) de Noé est direct, agile, même s’il y a un crapaud immonde à la surface comme sous le crâne. Bergman s’assigne une tache plus difficile car son sujet n’est plus dans le temps des démonstrations ou du bouillonnement intérieur avec participation volontaire ; mais à généraliser la souffrance et l’expérience de son cas, à force d’en nier les spécificités ou les ramener à des détails ‘clés’ étanches, il se fait complice de cette patiente, pose un mur au spectateur en l’incitant à dialoguer avec quelque chose qui se fait fort d’avoir fait le tour de sa chapelle et n’avoir plus rien à répondre (l’absence de particularismes et l’aspect cryptique des confessions laissant intacts les objets du film – il ne nous communique pas leur nature, sauf par des impressions dont on ne sait trop si elles sont littérales, fantasmées, allégoriques – à bon escient pour les sentiments même si c’est aussi appauvrissant). Il reste alors à ressentir, en communion avec les deux femmes du film (le transfert rend la blonde sympathique), des états comparables, en passant peut-être par la mémoire, sinon par l’intime ou les connaissances – ou à se laisser gagner par le dédain, la peur, l’hostilité ou le scepticisme concernant ce plongeon dans un monde englouti verrouillé – ce petit manège secrètement répugnant et complètement débile, près de la mer. Il serait donc étrange que peu de gens lui résistent ou s’en détachent – les éloges couvrant Persona sont légitimes, mais l’expression d’un dégoût ou d’un agacement à son égard devraient se faire entendre aussi (en-dehors de la fermeture au caractère expérimental ou austère d’un film).

Note globale 66

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Suggestions… Mulholland Drive + En présence d’un clown + A travers le miroir + Le Silence

Scénario/Écriture (6), Casting/Personnages (7), Dialogues (7), Son/Musique-BO (-), Esthétique/Mise en scène (7), Visuel/Photo-technique (9), Originalité (8), Ambition (9), Audace (8), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (7), Pertinence/Cohérence (7)

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Les +

  • photo, qualités plastiques
  • aspect expérimental, audacieux
  • illustration de concepts psychologique – pas pré-mâché mais accessible pour qui s’informe, le tire suggérant où chercher

Mixte

  • psychologie en mode art-déco/ exposition d’art
  • sublime plutôt qu’explorer, y compris les rares bouts de concret voire de trivialité (anecdote grasse confiée au lit)

Les –

  • faible substance derrière les généralités et les représentations mystérieuses
  • centré sur une femme à la résistance dont on ne sait rien

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SOUS LE SABLE ****

31 Jan

4sur5  Séverine de Belle de Jour trente ans plus tard et avec un mari qui vaut le coup. Une bourgeoise, enseignante, à la vie sans contraintes – pas tout à fait oisive. Lors d’un séjour dans la maison de campagne du vieux couple, Jean (Bruno Cremer) disparaît. Est-il mort, a-t-il pris la fuite.. Marie (Charlotte Rampling) bascule dans le déni.

Un fantôme vit avec elle et lui rend visite, quand il a le temps, entre deux affaires à l’extérieur. Se pose un problème de ressources à long-terme, mais c’est sans incidence réelle – et puis ce sera réglé naturellement ; quand à celui de l’équilibre, elle s’en charge, en s’enfouissant [sous le sable]. Et puis le manque se fait sentir. Concrètement, puisque les émotions ne sont pas reconnues ou perçues comme telles chez elle.

Escortant Rampling presque seule en scène, Ozon raconte un crépuscule vécu à fond, de tout son être, combattu de la même façon. Une certaine vacuité confortable, dans son bunker et le Paris triste. Une angoisse qui arrive et que la neurasthénie organisée s’applique à étouffer. Et, plus trivial et certain que l’horreur ; la tragédie qui consiste à voir sa vie balayée par morceaux ; et soi-même réduit à son corps, aux lambeaux de son rôle social, aux choses du quotidien qui figent tout ; c’est-à-dire au néant. Comme si la date de péremption était passée et que l’heure où la vie perdait son éclat, et nous le ressenti d’une connexion naturelle à cette vie, qui file devant nous sans générer ni la peur ni l’envie, arrivait maintenant.

Aussi lorsque son amie (qu’elle voit rarement – sa vie est solitaire) l’incite à  »tourner la page » ; elle ne comprend pas que pour Charlotte Rampling, il n’y a pas de page et surtout il n’y a pas d’autre livre. Elle est seule à palper le vide, évanouie dans son intimité. On lui fait rencontrer Vincent, un homme… pleinement homme certes, mais si ordinaire, besogneux ; si lamentablement doux et collant ; avec ses remarques naïves, ses conceptions infantiles derrière une intelligence standard. Elle s’en amuse, comme d’un objet ou d’un ado jetable. Il n’y a ni affection ni intérêt, mais un petit camarade pour l’occuper ; qu’on lui a confié de surcroît ; et, droite et complaisante, elle le prend, le méprise, mais s’en contente – ne perdant même pas de temps à lui dire ce qu’il vaut à ses yeux ; ne prenant même pas celui de réaliser combien il est dégoûtant et comme sa présence est déplacée, téméraire même, surtout dans ces circonstances où sa minable silhouette d’avorton croit jouer un rôle de substitution ou diffuser un quelconque charme.

Le quatrième film de François Ozon est plus serein et posé que ce qu’il a pu produire, surtout auparavant, se rapprochant de son ultérieur Le Temps qui reste ; un autre drame à l’intensité froide sur le deuil. Toujours un deuil existentiel, avec ce sentiment profond de connivence envers la mort et le calme offert par l’idée que tout désormais est réglé ici-bas. Que le meilleur ne pourra plus se dérouler qu’à l’intérieur – Melvil Poupaud lui honorera sa place au monde, mais Rampling est déjà partie très loin.

Note globale 84

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Note arrondie de 83 à 84 suite à la mise à jour générale des notes.

MBTI-Enneagramme = Le film est intéressant par rapport aux variantes instinctives ; Rampling est ici un bel exemple de SO-last (sans en être pénalisée), avec SX fort (mais plutôt Sp/Sx). C’est naturellement une J (Pi et Je), mais le personnage, bien que tout à fait cohérent, est extrêmement difficile à cerner au-delà sur une grille impersonnelle (plutôt Ni et Te ; plutôt I mais une ExxJ mature pourrait arriver à ce genre d’attitude). Sur l’enneagramme, elle est 1w9 (comme l’est l’actrice elle-même). Quand à Vincent, c’est aussi un personnage ambigu, probablement un ISFj (se donnant des mots et imitant les processus mentaux des N et surtout des NP). 

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