LES ÉGARÉS (Téchiné) **

27 Jan

3sur5  En France pendant l’exode de 1940, une institutrice et ses enfants se détachent des cortèges de réfugiés livrés aux balles allemandes. Avec un adolescent sorti de nulle part, ils trouvent rapidement une maison abandonnée. À l’abri des allemands, de la foule et de la société, ils s’installent dans ce sanctuaire plutôt luxueux. Au lieu de poursuivre la fuite ou trouver de l’aide aux alentours, ils procrastinent et deviennent une famille recomposée, avec répartition des rôles ambiguë. Ce retrait et cette liberté ne sauraient durer, mais d’ici le rappel aux réalités collectives et le rattrapage par les autorités (noires allemandes, grises françaises), l’autarcie libertaire vivra.

Cette agréable prison est l’occasion de rabattre les cartes ; c’est une planque pour lâcher prise et réaliser l’obsolescence de ce qu’on a pu être ou interpréter. Le personnage d’Odile (Emmanuelle Béart – ce rôle a pu l’indiquer pour Vinyan) est l’objet d’une attention toute particulière, sans être iconisé ou flatté. La situation ébranle tous les principes de cette femme « si sévère et si perdue en même temps » comme le remarque un nouvel arrivant. Les conseils qu’elle professait n’ont plus aucune validité, le portrait qui se dessine paraît décalé ; il n’en reste que la carcasse vidée, quoique dure, s’affichant impénétrable sans que ce soit plus ni crédible ni nécessaire.

Tourné par Téchiné d’après le roman Le Garçon aux yeux gris (de Gilles Perrault), ce 15e opus recoupe ses thèmes habituels (réunions improbables, bouleversements des mœurs, mondes intimes parfois en friche, apprentissages en accéléré) en leur donnant une tournure apparemment plus légère et une perspective morose. Le devenir du quator ne semble pas une anomie heureuse, mais l’impossibilité de développer leur petit ordre microscopique ; ils n’ont ni les ressources ni le caractère pour honorer des desseins survivalistes. Les égarés le sont sur tous les plans ; tirés de leur isolation, ils sont en même temps ramenés à un contexte historique net (en introduction et conclusion du film). C’est donc une escapade aux charmes vénéneux, stériles, la foucade de gens en sursis.

Les adeptes de Gaspard Ulliel pourront le retrouver dans la peau d’un sauvage adapté, juste avant sa grande heure de gloire (qui le mènera notamment à interpréter Hannibal jeune dans Hannibal Lecter : les origines). Téchiné retrouve ici Emmanuelle Béart, dix ans après J’embrasse pas où il la faisait interpréter une prostituée qui avait eu le tort de se croire promise au luxe. Quatre années après ses photos nues dans Elle, Béart s’expose à nouveau ; Téchiné l’emmènera plus loin dans Les Témoins, où elle jouera une quatrième roue libérée mais aux manies abjectes. Le film est tourné dans un cadre bucolique (dans le Tarn cette fois) comme souvent avec Téchiné : Le Lieu du crime, Les roseaux sauvages, Ma saison préférée se déroulent dans sa région d’origine et reflètent des émotions ou expériences d’enfance.

Note globale 66

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Swimming Pool + Tiresia

Scénario & Écriture (3), Casting/Personnages (3), Dialogues (3), Son/Musique-BO (-), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (3), Ambition (3), Audace (2), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (3)

Voir l’index cinéma de Zogarok

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