DE ROUILLE ET D’OS **

2 Déc

2sur5 Depuis le sacre d’Un Prophète, on sait que Jacques Audiard, fils de Michel, est un auteur sur lequel il faudra compter dans les décennies à venir. C’est plutôt bon signe car c’est un cinéaste au regard intense, affûté quoique plombé par un désir d’exhaustivité, emphatique jusque devant le trivial. De rouille et d’os, avec Marion Cotillard la princesse devenue handicapée et Matthias Schoenaerts le père indigne, est une immersion dans la vie des prolos. Audiard nous amène parmi les survivors, ceux qui vivotent avec les moyens du bords et l’assistance accessible, exultent entre deux portes et dans des coins sordides, font de l’argent sur quelques peccadilles. C’est à proximité de ce contexte-là et aux côtés d’un monolithe dévoué (hissé par Bullhead) que Marion Cotillard va redécouvrir la vie alors qu’avant son accident, elle la survolait, la consumait comme si c’était une parodie impersonnelle, comme si déjà elle était foutue. C’est une application concrète de la morale « ce qui ne te tues pas te rend plus fort », avec à défaut de force l’espoir et l’ouverture.

De rouille et d’os est un mélo sachant persuader de sa vérité, pourtant il laisse en définitive sur sa faim par un trop grand manque d’ampleur psychologique. Audiard préfère enchaîner les tracas que sonder la crise réelle ; ses personnages sont autant contrariés par les aléas du quotidien que par leurs véritables problèmes. Mais il réussit à confondre leur point de vue : comme eux, il croule sous tous ces coups du sort intempestifs, sans élargir sa focale, sans prendre conscience de son état. C’est à ce titre que De rouille et d’os est une réussite : il sait infiltrer la trajectoire et la condition de damnés de la Terre (plus que de purs marginaux).

C’est beau, c’est accrocheur, ça coule de source et ça passe sans laisser de traces. De rouille et d’os est aussi un drame impudique et sincère, assez lourd et pataud derrière la pose langoureuse et écorchée. Ainsi le dernier tiers s’oriente vers la surenchère dans le drame et la misère humaine paroxystique ; comme si cette galerie de personnages ne pouvait cumuler que les galères et les préoccupations sensorielles. On ne voit ni l’intention, ni les motivations de ces individus ; juste une jolie histoire racontée avec style. Pour ces grands enfants fragiles et écœurés en perpétuelle coma existentiel, Audiard est au niveau de la complainte solennelle ; c’est généreux même si a le goût de l’artificiel. A force de nier la confusion, on reste à scruter le grand vide, meublé avec beaucoup de tendresses et d’instincts crus.

Note globale 52

Page Allocine

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