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LA NUIT A DÉVORÉ LE MONDE **

4 Sep

2sur5  Il y a sûrement autant de façons de rendre plat et routinier un film à base de zombies que de films balourds officiant dans cette catégorie. La nuit a dévoré le monde a trouvé une méthode efficace et éprouvée : le drame à la française, plus précisément le drame de chambre ou drame de pouète-pouète maudit amoureux transi – ou mélancolique.

Ce n’est pas un essai typique dans le registre comme La horde. La lourdeur (sinon débilité) des cinéphiles spécialisés à réclamer du conventionnel en le nommant ‘de genre’ aura donc encore une occasion de se manifester – pour être frustrée. C’est plutôt La route à huis-clos, mais plus proche du livre d’une pesanteur infinie que de son adaptation. Sur le viscéral au propre comme au figuré, le résultat est palot.

La recette inclus un peu de réalisme français pour soutenir le dégraissage poétique – de ce réalisme plan-plan, axé petites choses, jamais trop concerné par l’environnement, seulement obsédé par les remous d’esprit et ressentis dans le contexte. On se fout de la nature objective de la réalité ou de ce qu’elle contient, tant qu’elle n’est pas sous les yeux ou dans les replis des états d’âmes de héros pudiques mais tourmentés. Mais ça aussi n’est jamais approfondi – comme ce serait odieux – ce sera simplement démontré avec régularité.

Tout Paris a été quasiment retourné en une petite nuit, c’est normal. Tout est vidé dès le début, comme si les zombies avaient en plus fait le ménage, oui peut-être. Pas de réaction venant de l’extérieur, bien entendu. Quelle importance ? La nuit est un film sensible, ne fait pas dans le documentaire ou l’anticipation.

Dès le départ tout était clair. Ça allait être un film de zombie à la française, mais horreur, fantastique, zombie, épidémies, révolution ou requins enflammés, tout ça ne compte pas – ce qui compte c’est le héros, un héros français. Il ne saurait être autre chose que cet homme taciturne et ému (avec cette discrétion particulière, affichée), parisien de fait et vadrouilleur dans son cœur, affublé d’une grosse barbe courte et avec en bandoulière ses aspirations artistiques [comprendre musicales, spontanéistes ou larmoyeuses].

Dans l’ouverture il débarque dans une soirée pour trouver une espèce d’ex-amante (et future ?), fait sa crise d’éploré implorant (en sourdine et en le maquillant) puis très vite se cache (en se traînant et laissant apercevoir un peu). Quand la catastrophe survient, il ne s’informe pas sur l’événement. Par contre il consulte les répondeurs avec messages vocaux triviaux. Plus tard des enregistrements audio de gamins le réconforteront. Au bout d’une demi-heure (de séance – oui le produit compte et c’est lui l’important, encore une imbécillité pour les fins esprits naturellement), le voilà jouant de la batterie. Car il faut profiter de la vie même quand il n’y a plus rien.

Forcément notre héros ne plante pas les zombies – ce n’est pas que ce soit difficile, ce n’est peut-être même pas immoral, c’est simplement trop mesquin (et trop évident – ne tombons pas dans les sots clichés !). Des inhibitions doivent se lever quand tout autour s’effondre – mais les siennes étaient sans doute ailleurs. Son attitude exige une discipline. Elle donne quelques trucs doucement farfelus, comme ses moments avec l’otage de l’ascenseur (probablement sauvés par le choix de l’acteur). Sam essaie de garder son humanité, profite du désert pour donner de l’espace aux choses qu’il aime ; ses prises de risque inutiles voire ses égarements se comprennent. Il doit soutenir sa vitalité. Mais il est trop enfoncé dans ses sentiments et perpétuellement. Il ne prend quasiment aucune mesure profitable or de son souci de bien-être subjectif. Tout au plus il récolte de l’eau sur les toits – le seul élément qui l’intéresse, comme quoi son univers a le mérite de la cohérence. Il n’essaie rien même quand il en a les moyens. Les soumis déguisés en masos et les humbles forcenés trouveront encore de la beauté là-dedans. Quand il tire enfin, c’est sur un humain (après une tentative sur lui). Tragique – décidément il n’est fait que pour un style précis de sauvagerie.

Voilà donc une incursion en territoire zombie pour public féminin ou débordant d’émotivité à projeter. Un brave film sur la solitude comme on en fait tant (Oslo 31 août était d’une autre sorte), donnant dans la posture ‘minimaliste et puissant’ – donc plaquant une musique atmosphérique profonde sur un mec cuisant ses pattes dans un plan d’ensemble dégoulinant de compassion et de sobriété. C’est la version intimiste de l’espagnol Extraterrestre plus qu’un film véritablement existentiel. Il a une qualité essentielle : son intégrité (elle cautionne ses angles morts et discrédite les impressions qui ne la rejoignent pas). Les groupies pourront apprécier les quelques scènes torse nu de leur homme français idéal au moins en estime – jeune et joli, tellement romantique malgré son évident masque d’individualisme. Ceux qui ne seront ni sous le charme ni identifiés à ces vues de l’esprit et cette façon d’être se diront que le type aurait été exterminé dans Walking Dead où les rôdeurs ne courent pas.

Note globale 46

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Rec + Dernier train pour Busan + La nuit des morts-vivants + Je suis une légende

Scénario/Écriture (4), Casting/Personnages (4), Dialogues (4), Son/Musique-BO (7), Esthétique/Mise en scène (5), Visuel/Photo-technique (6), Originalité (4), Ambition (7), Audace (4), Discours/Morale (3), Intensité/Implication (4), Pertinence/Cohérence (3)

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THE LAST GIRL – CELLE QUI A TOUS LES DONS ***

21 Oct

3sur5 Les fictions à base de zombies ou de catastrophes épidémiologiques osent rarement accepter la situation en ce qu’elle engage de définitif ; même des œuvres brillantes préfèrent s’en tenir au présent, voire s’y attachent exclusivement. Dans The Last Girl, le monde a changé mais un futur qui ne soit pas qu’à base de survie et de régressions est envisageable – avec ou sans la maladie. La maladie cryptogamique (ou fongique) est responsable de la mort de millions ou milliards de personnes, soit ; elle pourrait servir une mutation de l’Humanité plutôt que sa simple extinction. Bien que jamais reconnue par les personnages, une stabilité future avec des zombies-humains apparaît envisageable tout le long des découvertes et des discussions. La protagoniste, Mélanie (autour de 10 ans), appartient à la seconde génération exposée au fléau – née de contaminés, elle a les ‘appétences’ de zombies, reste dotée des caractéristiques humaines ordinaires pour le reste. Ses sujets sont donc développables, éducables.

Ce film au titre franglais très inutile confirme que les zombies peuvent avoir un superbe avenir au cinéma et encore se diversifier. The Last girl n’est pas le produit de remplacement pour fans de Walking Dead en attente de la prochaine saison (ce qu’a été brillamment World War Z). C’est bien un produit de synthèse réussi, avec des nuances, des originalités à la marge et des ouvertures. Il ne s’égare pas dans les fioritures ou promesses sans suite. En contrepartie, il n’a pas le temps pour aller très loin ou renforcer ses hypothèses ; dans le plan final, les principes l’emportent sur la vraisemblance (le résultat a le mérite d’éviter la banalité). Il est attentif à la morale et aux sentiments, peu dans l’émotion – ce registre est laissé au personnage de Gemma Arterton, dont les débordements valent pour ce qu’ils retardent ou provoquent, non pour eux-mêmes.

Sa vision du ‘plus grand bien’ est plus facile à communiquer devant une foule que celle de la scientifique, différemment responsable et visionnaire. La situation du docteur Caldwell (Glenn Close) face aux militaires renvoie au Jour des morts-vivants (1985) – sans le goût des contrastes grotesques propre à Romero et aux séries B de ce temps-là. La tribu d’enfants dans le dernier tiers peut évoquer une digression sauvageonne des Révoltés de l’an 2000 ou un héritage très trash de Sa Majesté des mouches. Ces enfants livrés à eux-mêmes forment des groupes d’animaux vivaces, grognent, sont menés par leurs instincts – et encore pourvus des quelques avantages logistiques d’une carcasse d’Homme. Cet échantillon de vivants en déshérence pose le challenge (politique et ‘humain’ pour les gens porteurs d’espoirs sans fondement rationnel) ; le film ne cherche pas à faire dans l’insolite à travers eux.

Inspiré du roman récent (The Girl with all the Gifts – 2015) d’un nouvelliste (Mike Carrey) travaillant pour Vertigo et les Marvel Comics (et ré-éditant le scénario pour cette adaptation), The Last Girl satisfait les attentes en gore ou en action sans en avoir le culte. Seul aspect purement spectaculaire et donc un peu ‘gratuit’ à son compte : les créatures contaminées. Ces infectés courent très vite, s’immobilisent comme les troupeaux sous hypnose de Silent Hill et forment des masses compactes comme dans 28 weeks later. Le film ne fonde pas sa valeur sur eux, à raison car il serait forcé à la surenchère, dont il n’a peut-être pas les moyens. Sur la stricte forme, l’ensemble penche vers l’irréprochable, le travail d’ambiance est discret et efficace, les décors éloquents et parfois mémorables. Ces qualités associées à tout ce qu’agite intellectuellement le film compensent certaines ambiguïtés dans le déroulement (avec certains détails techniques ou psychologiques – qui ne vont jamais jusqu’à choquer de manière flagrante même pris isolément et pourraient se justifier par des raisons ‘internes’, focus justement sacrifié). Les spectateurs avides de sensations devront plutôt se tourner vers Dernier train pour Busan.

La séance est quelquefois prévisible, relativement aux événements (risques encourus par les individus, pas nécessairement sous l’emprise de l’émotion) ou aux ingrédients spécifiques de ces ‘voraces’ (dans la VF de Walking Dead, ce sont les ‘rôdeurs’, dans la VO ils auraient des dizaines d’appellations mineures). Heureusement elle ne reste jamais en plan. Les personnages ne sont pas nécessairement brillants ou attachants mais les interprètes excellents, parfois sensiblement à contre-courant de leur costume générique. Les spectateurs ont souvent relevé les correspondances du film avec le jeu-vidéo Last of US, à cause de la végétation envahissant le monde urbain abandonné et pour la gamine comme potentielle rédemptrice dans tout ce bazar. Cette prolifération du champignon de l’apocalypse rappellera également à un public plus restreint le roman L’immonde invasion de la collection française des ‘Gore’ (une belle pantalonnade avec un ‘héros’ loser formidable, parue en 1988, se déroulant également en Grande-Bretagne).

Note globale 68

Page Allocine & IMDB + Zoga sur SC

Suggestions… Contagion/Soderbergh + Grave + Jane Doe Identity + Calvaire + Je suis une légende + Pandémie/2013

Scénario/Écriture (3), Casting/Personnages (4), Dialogues (3), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (4), Visuel/Photo-technique (4), Originalité (2), Ambition (3), Audace (3), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (3)

MBTI-Ennea : Gemma Aterton souffre d’excès de F. Mélanie semble fonctionner comme une INFJ (ses comportements évoquent parfois aussi les IxTP, l’ISTP pour quelques ‘éclats’ et l’INTP au repos et sur une plus longue durée). Glenn Close correspond probablement à l’archétype 258 ou 251 (dans l’ordre 582).

Note arrondie de 67 à 68 suite à la mise à jour générale des notes.

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WALKING DEAD – SAISON 6 ***

21 Sep

Je traite cette saison épisode par épisode plutôt qu’avec une critique. Ce sera probablement exceptionnel. J’ai revu les trois premières saisons avant les derniers épisodes de celle-ci ; c’est bien ce qu’est devenu Walking Dead qui est plutôt trivial, je n’ai pas eu d’hallucinations sur les cinquante premiers épisodes.

Le pilote (62min) comprend de nombreux ‘flash-backs’ en noir et blanc (scènes nouvelles ou déjà diffusées ?). Les petits intermèdes avec les zombies ponctuent les confrontations plus intimistes et les démarchages de Rick. Épisode très sentimental, orienté relations, d’une manière qui permet rappels et mises au point.

Second épisode excellent, barbaque, combats, urgence, avec des antagonistes sortant de tous les coins et même des humains malfaisants ; tout ce qui fait la force et l’intérêt de cette série.

Le troisième contient un événement de la plus haute importance, entre autres catastrophes tombant sur nos héros ; de quoi compenser des manières poussives et un énième tambourinage, cette fois sur les doutes et les tergiversations plus que sur les sentiments.

Épisode 4 prodigieusement con, formulant avec génie de la pure connerie. Quand un groupe ou des individus se sortiront de galères apocalyptiques avec ce genre de mentalités, nous aurons changé de dimension. D’ailleurs, on en voit déjà les résultats ; il reste à supposer que pendant six ans le type s’en est tiré, puis forcément dans le présent, ce serait trop gros à avaler. On peut (faire semblant de) croire, tant que la crédibilité n’a pas à être testée. En somme c’est plutôt une bulle de rêve, reconnue in fine comme telle, tout en exaltant les tentations mielleuses polluant la série depuis le début (et actives depuis la quatrième saison).

Cette dimension niaiseuse ravage l’opus suivant, sans que ce soit trop dégoulinant, pour une raison simple et triste : c’est devenu une habitude et un devoir. Tout le monde chouine, s’entraide, parle en vain, fait et refait ses grands constats mélodramatiques – mais le souffle n’y est pas, c’est juste une mécanique. Heureusement cet épisode contient quelques surprises (ou embrassades/cajoleries), dont une au niveau du design, avec les zombies des égouts.

Le dégueulis bouddhique-Charlie psy-cul s’amplifie dans l’épisode 6 puisque Sasha prend la parole face à la brute épanouie de service, campée par un rouquemoute à moustache. Les mésaventures de Daryl relèvent le niveau, sans être à l’abri.

Mdr illépamor ! Ainsi commence le septième volet, fort en parlotte et en moments très très dramatiques. C’est déjà beaucoup : en terme d’actions (ou d’impulsions) stupides, on va également battre un ou deux records (les ‘autochtones’ essaient de se viriliser). Heureusement cet épisode lance plusieurs ouvertures – jusqu’au coup-d’envoi décisif au plan final.

Le huitième épisode marque un sursaut grâce à l’invasion. Le niveau émotionnel remonte (rage ‘avec’ Carol), en plus du barbaque. Les mots de la mourante sont touchants, pour une fois – et avec sa notion de « famille » l’agonisante est encore plus aux prises avec le vrai que tous les autres illuminés de la bienfaisance.

Le neuvième épisode sera l’un des meilleurs de cette saison. Après une intro truculente, il réserve notamment une scène incroyable (cauchemardesque par le contexte, presque aussi dans le rythme et la forme), avec un solde de trois voire quatre morts en quelques petites minutes.

Dixième épisode posé, efficace et sans baratin. Ça fonctionne, mais la reprise de la série n’est pas garantie.

Arrivée dans la communauté de Jésus pour le onzième épisode. Le contact est difficile et quelques détails sont brutalement (annoncés ou) réglés. La série se tient mais on reste dans l’expectative.

La lenteur du 6×12 le confirme, avec son passage en revue des recrues et de leur moral, avant l’opération contre la communauté adverse. La mise en scène est lourde, la musique envahissante. Les personnages sont tendus et doivent se positionner. On sent la volonté de frapper fort mais le résultat relève du film d’action ‘carré’ avec supplément mielleux.

Toutes ces pudeurs morales sont enfin mises à bon escient et confrontées à la pratique dans le treizième épisode, excellent à l’échelle de cette saison.

Quatorzième opus un peu mou, avec le boostage des deux nerds de service. Contient la mort d’une personnalité secondaire.

Nouvelle démonstration de force contrainte par Carol dans l’avant-dernier épisode, où elle tente une fuite en solo. Son personnage avait déjà considérablement évolué pendant la saison 2, elle s’est à la fois perfectionnée et attendrie dans cette saison 6.

L’ultime épisode est en forme de road-movie nihiliste. Il marque l’entrée de Negan et sa bande et s’achève de manière très brutale.

Note globale 70

MINI-CRITIQUES 3

24 Juin

Témoin muet ** (Allemagne 1995) : Essai ambitieux et haut-en-couleur, où une fille semble découvrir le tournage d’un snuff-movie. L’intro grotesque parodie celle de Blow Out, déjà sarcastique, en tirant vers la ‘dark zone’ chez Hélène et les garçons.

Cache-cache ; duperies (et faux suspenses) en présence de la police ; puis la traque et le grand piège. Au bout, rebondissements constants – donnant un avant-goût du plongeon vers la diarrhée d’action pour la dernière ligne droite du prochain film d’Anthony Waller (Le loup-garou de Paris).

Garde un côté bis très propre et sensationnaliste à la fois ; glauque et aérien, bis irréel. Le cachet photographique et plusieurs détails dans les scènes à haute tension rappellent Argento (celui de Suspiria et Opéra).

Prix du Jury Fantastic’Arts 1996, l’année où Le Jour de la bête remporte le Grand Prix. (62)

The Refrigerator ** (USA 1991) : Bouffonnerie assez colossale et très décalée. Du nanar de haute volée, souvent délié, plein d’énergie, conséquent dans ses fantaisies, avec une certaine recherche dans la mise en scène (et peu de préoccupations pour l’élévation technique). Essaie des sketches sexuels façon Nightdreams ou Dressed to Kill. Yo-yo permanent : ennuyant voire assommant, enthousiasmant la séquence d’après grâce à son culot. (52)

Contracted *** (USA 2013) : Centré sur la contamination d’une jeune fille/grande ado après une relation sexuelle peu/non-recherchée. La sanction est d’autant plus cruelle. Anxiogène et intense, unité d’action, état d’esprit ‘jeune’. La victime est prisonnière du cynisme ou de l’indifférence des autres, dont les jugements sont souvent faux ou négligents ; elle tend à être niée et objectivée. Les transformations sont spectaculaires et repoussantes même si la fille conserve, un temps, une certaine attractivité – le phénomène ressemble alors à une transition vers un état de créature désespérée (et hargneuse ?), peut-être celui d’une sirène. (70)

Impasse des deux anges *** (France 1948) : Dernier film de Maurice Tourneur, où un romantisme froid vient troubler des matérialistes épanouis. Une femme s’apprête à épouser un aristocrate, vieux con (encore frais) qui veut en faire sa chose. Simone Signoret a un jeu affecté au début ; crédible en réaliste sans états d’âmes, excessive quand elle passe en mode garçonne ; en même temps, un tel profil est vraisemblable. Idem pour l’artificialité de certains (totalement crédible vu le milieu).

Le film tire toujours des vertus de la fausseté des individus, de leurs propres mises en scène. Les dialogues peuvent être redevables de leurs absurdités et de leurs prétentions (les laïus de la vieille la jouant maîtresse des us de salon et du cynisme parfumé, les tirades de ‘monsieur’ : « Je suis pour les traditions c’est la superstition des gens bien élevés »). Spirituel, malgré un manque d’élan dans le développement. Les gens espérant de l’émotion ou des grands sentiments incarnés seront déçus. (68)

Monsieur Hire *** (France 1989) : Leconte s’approche du thriller glauque en gardant sa fibre sentimentale (la comique est exclue). Michel Blanc joue un antihéros dont le type semble être ISTJ 5w4 mais romantique (Secondaire radical, plutôt non-actif et Émotif sur la caractérologie de Le Senne). Ce protagoniste semble atypique ; il est surtout [l’asocial obsessionnel] extrême – un type triste et sombre, inhibant ses réactions, semble peu animé ou de manière très sélective.

Le film rappelle Le Locataire de Polanski, même si la comparaison le disqualifie. Éclairages contrastés, participent à un travail d’ambiance important et concluant – le scénario est presque conventionnel, le traitement de fond reste assez fade (la pudeur est probablement en cause). Très court (à peine 80 minutes). Le ‘theme’ est sur-exploité. Si vous avez aimé, essayez Willard (pour le solitaire excentrique ‘amoureux’ des souris) et Les Vestiges du jour (pour l’espèce de schizo formaliste). (72)

Visiteurs extraterrestres *** (1993) : Fait beaucoup languir mais ne se dérobe pas, sera démonstratif. Donne même une superbe scène ‘d’horreur’. Ciblé, pas de trous d’air, les moments flous ou apparemment superflus trouvent une réponse/dénégation ou une utilité. Compatible avec les attentes des fans de Spielberg et du public de Stranger Things. (68)

Killer Crocodile ** (Italie 1989) : Nanar réputé dans le domaine de la boucherie animalière. À base de croco radioactif. Comme Refrigerator, vaut largement le coup pour les amateurs de détritus savoureux/insolite ; n’a pas la folie de ce dernier. Personnages bien typés, dialogues de lucide bourré ou parodique, pas de temps morts, générosité dans l’action et les drames. (54)

Le miroir se brisa *** (UK 1980) : Tiré d’un opus de Miss Marple, la saga d’Agathie Christie. Frappe surtout via son casting. Charmant notamment grâce aux décors, dialogues bien affûtés, le niveau de tension est plus modeste. Par Guy Hamilton, réalisateur spécialisé dans les James Bond, également auteur de l’adaptation Meurtre au soleil concernant la romancière. (68)

Le jeu de la mort * (Hong-Kong 1978) : Dernier film de Bruce Lee, à la notoriété dopée par l’hommage de Tarantino via Kill Bill. C’est un gros bricolage, le film de base tourné en 1972 étant complété par des ajouts de 1978, doublant sa durée (de 40 à 82 minutes, ou 96 en version longue).

Différent de Big Boss ou La Fureur de Vaincre/du Dragon, cet opus donne beaucoup de place à une intrigue policière et tout y est plus occidental (divertissements, médias, etc). Les personnages sont très affectés, sans le minimum de ‘suite’ et de sensibilité présent dans les opus cités précédemment.

Montage brutal, scénario très bricolé et s’évaporant à partir d’une trentaine de minutes, rythme hystérique. Ni grâce ni ennui, ni intérêt à développer, sauf essentiellement pour les fétichistes et les fans. Pas de quoi inhiber les opportunistes : ce Jeu de la mort lance une saga. (38)

Le choc des titans *** (USA 1981) : Encore plus kitsch qu’Excalibur ou Legend, cette représentation du mythe de Persée fait défiler un grand bestiaire de dieux, créatures naturelles, mécaniques ou surnaturelles, héros, sages et souverains, etc. Les décors/maquettes sont monumentaux, les effets spéciaux désuets (dès le vol de mouette en ouverture). Les espèces d’animatronics relèvent plutôt du dessin animé.

Harryhausen tire une révérence embarrassante d’un point de vue tech(nolog)ique, car sa contribution artisanale est en dissonance avec le reste ; mais le charme opère encore et cette participation achève d’inscrire le film dans un esprit plutôt ‘cartoon’ et ‘fantasy’ innocent, à l’exotisme réel mais discipliné – comme un reflet inversé de Conan. (70)

La Nuit du jugement * (USA 1993) : Film de série B avec actions intenses, scénario débile et personnages insipides. Photo sombre, tons bruns et glauques, plans réfléchis et parfois insolites. Survival urbain et souterrain charriant du néant. Travail sur l’atmosphère, bande-son typée. Un film raté de plus dans la carrière de Stephen Hopkins (Perdus dans l’espace, L’ombre et la proie), avec des qualités techniques et un beau potentiel esthétique, mais rien dans le ‘ventre’. (38)

Le caporal épinglé ** (France 1962) : Adaptation d’un livre de Jacques Perret, commençant sur la fin de la ‘drôle de guerre’ (1940). Renoir (assisté de Guy Lefranc) reprend le thème de La grande illusion, sans donner dans le mielleux et l’euphorie cette fois. C’est son avant-dernier film, à un moment où il est déjà passé à la retraite concernant le cinéma, préférant la télévision, le théâtre et l’écriture.

Les personnages (hommes en âge de servir, jeunes pour la plupart) se comportent en galopins, rebelles en étant fuyards ou dissidents sur des questions pratiques, sans aller ouvertement dans des confrontations désespérées (pas d’héroïsme). Successions de tours, de déplacements et replacements ; éparpillé et insipide, en exprimant amour conséquent (profond mais primaire) de la liberté (sans idéalisme par ailleurs).

La direction d’acteurs semble aléatoire. Quelques dialogues forts envoyés par Claude Rich. (52)

Les Révoltés du Bounty *** (USA 1962) : La mutinerie sur le navire Bounty (1789) a inspirées de nombreuses œuvres, dont un roman de Jules Verne et un autre de Robert Merle, puis au moins deux films avant celui de Milestone en 1962. Il faut le voir pour ses qualités plastiques au sens large (temps à Tahiti, Technicolor, costumes). La construction est un peu ‘flottante’. Trois heures c’est trop long pour que ça contient et ce que ça envoie. Les personnages sont brillamment portés et habités, plus courts en eux-mêmes ; les portraits sont succincts, les auteurs jouent sur la solitude du pouvoir mais laissent couleur au lieu d’aller en profondeur – alors qu’il y a le terrain pour. De bons dialogues, de bonnes gueules ; courts passages éloquents (face-à-face tendus, tribunal). (64)

Mais où est passée la 7e compagnie ? *** (France 1973) : Premier vu de la franchise. Un classique du film de bidasses (genre dominé par les français à l’époque, concernant le grand écran).

Réalisation brutale, pataude au début ; des gags pachydermiques, les meilleurs sous forme de farces prenant le temps de s’étaler (ne pas confondre avec le running gag) – au contraire du second opus, plein de jets ‘spontanés’ s’écrasant aussitôt. Les scènes contre les allemands, ou à leur détriment, sont les meilleures ; plus mordantes, sans sacrifier l’esprit ‘gentil’.

Cet opus garde la meilleure réputation de la trilogie – il est largement au-dessus de ce qui doit venir en effet. (64)

Pathology *** (USA 2008) : Cousin d’Anatomie, cite également le serment d’Hippocrate (avec une ouverture gênante), avec deux nuances colossales. Cette-fois le serment n’est plus dévoyé mais carrément oublié, même si dans tous les cas c’est le tremplin à une curiosité perverse. Et surtout il ne s’agit plus d’approcher la bête ou le complot ; la focalisation est à l’intérieur.

Inclus dans un groupe de tueurs peu après son entrée dans l’unité, le protagoniste est l’un des seuls individus sympathiques – il arrive à le rester malgré ses crimes. Car c’est notre repère au milieu du panier de crabes (celui qui se frotte à notre place, qu’on s’y projette ou l’accompagne doctement) – son ignominie est relativisée par celle des autres.

La folie des grandeurs est en ligne de mire mais s’avère moins pertinente pour ces cas-là que la recherche de sensations fortes. Style prévisible, droit au but, soigneusement malsain ; pour une séance intense, sans niaiseries ni pudeurs. Quelques passages fondent vers le clip glauque (avec percées SM) et le sexe est récurrent après les meurtres (à deux). (72)

On a retrouvé la 7e compagnie ** (France 1975) : Toujours à la télé (sur TMC), je découvre la première suite d’Où est passée la 7e compagnie. Même configuration au début, puis cette fois l’équipe (une seule modification, avec Aldo Maccione remplacé) se retrouve détenue dans un château avec des officiers français. Les crétins doivent assurer le salut et l’évasion des grands, ils vont multiplier les évasions et les pas de côté.

Le spectateur est jeté directement dans les événements et donc dans la gaudriole. Le résultat est sans ressorts. Aucun rire pour ma part, contrairement au premier opus. La réalisation ne s’est pas améliorée et la laideur s’est ajoutée. Les personnages secondaires sont sous-exploités, y compris les truculents comme Jackie Sardou (en vieille Crouzy). (46)

Cotton Club *** (USA 1984) : Francis Ford Coppola récupère cette salle ‘mythique’ à Harlem, où des noirs jouaient (et dansaient) – Cabe Calloway et Duke Ellington ont triomphé ici. Le film se déroule donc pendant les roaring twenties (sœur américaine des années folles) puis la Prohibition.

Le Cotton Club sert de fond et d’ambiance au moins ; les spectacles (claquettes et autres) passent régulièrement au premier plan régulièrement. Le trompettiste (cornettiste ?) Dixie Dwyer est une des rares exceptions (joué par un Richard Gere, qui semble plus jeune et vulnérable que dans American Gigolo) sur le plan racial – d’ailleurs ce protagoniste n’existe qu’en fiction. Un casting de ‘masse’ défile et le tout s’achemine vers le clash de gangsters, avec tornade finale.

Coppola essaie de faire quelque chose d’ample, sur une surface réduite (script et rapports humains compris). Derrière circule une petite foule de personnages et de situations, qui resteront secondaires mais se relient (les affaires raciales, les concurrences amoureuses, les ambitions et les -sales- coups).

Le film s’élève à un niveau technique qui reste rare et mobilise une reconstitution très exigeante. (74)

L’économie du couple *** (Belgique 2016) : Lui a une personnalité infecte ; un passif-agressif, toujours en position de victime puis de revendicatif lésé. Elle est impitoyable, dans l’entre-deux entre dureté et abus vis-à-vis de son mari, face auquel elle ne veut rien céder ; veut en faire le comptable et responsable de son dégoût, ses amertumes ?

Film de mœurs, assez trivial et ‘français’ à l’arrivée, mais lucide sur les rapports en famille et les confrontations de deux anciens amants sortis de leur joyeux sommeil. Petits instants Tellement vrai chez les petits-bourgeois.

L’éducation des enfants semble regrettable. Les gamines prennent des largesses. Les dommages viennent notamment de l’irresponsabilité et des faiblesses de la figure paternelle. Point de vue cohérent de la part de Joachim Lafosse, auteur du plutôt réac Élève libre. (64)

Toni Erdmann *** (Allemagne 2016) : La protagoniste a une fonction proche de celle de Clooney dans In the Air, l’issue du film est très différente. Le point de vue est sidérant, à l’image des personnages, qui se débattent avec leur perplexité de gens pauvres et stériles (et bien lotis). Le film n’est pas dans la moquerie, plutôt dans la tentative d’empathie et le soutien passif, à la façon d’un guide bienveillant et non-directif – comme la femme aux œufs (à la compréhension surprenante). Humour acide, précis, étalage de malaises, froideur constante.

Très mécanique, joue sur la surenchère quitte à l’enfoncement (côté Ma Loute). Au programme, du pétage de plombs/de la régression d’absurdiste tout neuf et trop vieux, décalé – à sec. Le père, avec ses errements et ses missions-rôles, montre qu’il n’est pas un génie de la blague, mais un lourdaud ‘entier’ dans ses provocs. En théorie le récit est celui d’une double-libération ratée, les oppositions sont surlignées – c’est le clash du Fi loser vivant sur ses grosses rentes vs TJ usée, sauf qu’un demi-siècle après 68′ c’est bien la jeune qui assume le sérieux. Ce père est un peu un nul, vieil optimiste et humaniste primaire (‘il faut vivre’, « le bonheur » etc) ; inconséquent dans son rôle, sait pas réparer.

Idée du travestissement pour arriver à communiquer, pour rompre avec les ‘voies sans issues’, la vie trop réglée et l’âme glacée, etc ; pour briser le faux ce n’est pas géant – mais tentative rapprochements entre êtres, incapacité à sortir de rôles pré-écrits, personnages ‘vides’.. Le sens de l’humour est inaccessible (à Ines/Sandra Huller), comme toute sincérité. (70)

L’attaque des crabes géants ** (USA 1952-57) : Roger Corman, phobie nucléaire, crabes radioactifs et mémoires d’humains mutés. Évoque les vieux rêves du cerveau humain (sans âme) sauvé après la mort. Contrairement à de nombreux concurrents, ce bis montre la créature régulièrement. À son échelle les effets spéciaux sont convenables. Très court. Sérieux, active des rengaines fondamentales, sans forcer ni se planter. Bon spécimen pour les fans de ‘nanars’ sauf s’ils espéraient la folie des grandeurs ou une vraie nullité. (54)

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Autres Mini-critiques : 9, 8, 7654321 + Mubi 4, 3, 21 + Courts 2, 1 + Mubi courts 2, 1

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L’ARMÉE DES MORTS **

30 Avr

3sur5   Evidemment les gardiens du bon mauvais goût ont répété que le propos politique avait été liquidé. Or c’est une saine décision : il serait temps d’avouer que le substrat idéologique des premiers Romero est d’une grande platititude, quelque soit son orientation et ses intentions.

 

Donc, voici L’Armée des Morts, remake déloyal du Zombie de 1978, film-phare du genre éponyme et critique de la société de consommation. Ce second Dawn of the Dead a permis à Romero de se re-lancer, ce dernier ayant pu revenir avec Land of the Dead avant de retourner en terres zombies en gênant ses fans, un peu comme l’Argento post-Stendhal.

 

En ce qui concerne L’Armée des Morts, la supervision par Zack Snyder lui permet de transcender sa nature très étriquée et une écriture douteuse. C’est un film d’action gracieux et puissant, où s’exprime cette façon de s’approprier l’espace assez géniale propre à l’auteur de Watchmen et Man of Steel. La rançon, c’est un catalogue de petits plans inutiles, juste pour la beauté du mouvement. Plus rude à apprécier : les scènes additionnelles ultra beauf – du Very Bad Trip soft au nihilisme extrême toujours lancinant, souvent révélé dans une dernière pirrouette, chez Snyder. Et comme toujours avec lui, cette attraction pour des idées fondamentalistes, cette obsession d’une élite lumineuse et punitive, d’un moralisme impitoyable pour les humbles.

 

Contrairement aux autres grands survival zombies, les personnages sont réduits à un lieu et pataugent à cause de leur incroyable manque de stratégie et de discipline ; on ne les verra qu’arpenter la même courte zone, entre apathie, conneries appliquées puis conneries à réparer. Exemple : allons sauver ce chien qui s’en sort très bien ! Allons sauver cette fille perdue, qui nous annonce une rafale d’emmerdes car « il faut faire quelque chose »

 

Snyder nous dresse des personnages de plus en plus cartonnesque, s’exprimant de façon très définitive alors que si on prend un peu de recul, on constate l’inanité de leurs décisions et de leurs actions : la palme va bien sûr à Ana (Sarah Polley), la leader charismatique inattendue qui nous fait la démonstration de son sang-froid de guerrière, même si, déformation professionnelle oblige, elle aura besoin de se prendre pour un chevalier blanc : de préférence, évidemment, lorsque ça ne sert à rien.

 

Ce mélange de pompiérisme et de connerie chez les membres, d’abord très discret, finit par devenir la boussole du film et par caractériser ses protagonistes. Autant dire que leur mort est une bagatelle, ce qui pose problème dans de telles circonstances. Par ailleurs on remarque que la petite troupe est un peu lente à comprendre la nature de la situation dans laquelle elle est plongée.

 

Eh, tas de demeurés grandiloquents, évitez de vous mettre dans la gueule du loup ! Idem, comater alors que quelqu’un vient de mourir n’est pas particulièrement visionnaire ! Ce n’est qu’à la moitié du film qu’ils agissent de façon logique et dès lors, en étant systématiques (tuer les infectés, donc). Mais la légèreté opposée à la menace gâche en profondeur ce spectacle pourtant intense, sans temps mort et si bien pourvu. À ranger auprès de The Crazies, remake sans fatras social ou métaphysique également, plus carré et cohérent humainement.

Note globale 61

 

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Suggestions… Rec + V/H/S 2 + Le Projet Blair Witch

 


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